mercredi 5 mai 2021

La Chine se prépare à annoncer une baisse historique de sa population

Les vacances du 1er mai sont arrivées, et les mandarins rouges du Bureau national des statistiques (BNS) sont restés muets. Les autorités chinoises avaient promis de révéler « le 10 avril » les résultats très attendus du recensement national conduit en 2020, qui doit mettre à jour, pour la première fois depuis une décennie, les chiffres de la population de la seconde puissance mondiale. Après des semaines de spéculations, le BNS a une nouvelle fois retardé l’échéance, nourrissant encore l’hypothèse d’une crise démographique encore plus profonde qu’anticipée, aux lourdes implications sociales, économiques et géopolitiques pour la Chine renaissante du président Xi Jinping (Hsi Tsin-p'ing), déjà vieille avant d’être riche. « Ça veut dire que les chiffres sont très moches. Et le bureau des statistiques a besoin de temps pour les retravailler », persiflent des internautes sur Weibo, la messagerie en ligne, surnommée le Twitter chinois.

Sous pression, le bureau s’est fendu d’un communiqué lapidaire, jeudi dernier, affirmant que « la population chinoise a continué de croître en 2020 », mais se gardant de révéler les données tant attendues. Une réplique à un article explosif du Financial Times (voir le billet originel ci-dessous), la veille, qui affirme que la population chinoise a déjà commencé à se réduire comme peau de chagrin, une première depuis les famines du Grand Bond en avant de l’ère maoïste. Rattrapé par un vieillissement plus grave qu’anticipé et une natalité en chute libre, l’empire du Milieu serait déjà en recul, à l’instar du Japon, ou de la Corée du Sud, bien avant d’avoir atteint le niveau de développement de ses voisins d’Asie du Nord-Est, ce qui annonce un cortège de défis socio-économiques pour le régime communiste, pointe le quotidien londonien.

La plupart des démographes officiels à Pékin jugent cette affirmation fracassante exagérée, mais admettent que le recul de la natalité est plus grave qu’anticipé, et que la population chinoise est sur le point d’atteindre son pic. Le nombre de morts devrait excéder celui des naissances dès 2022, affirme He Yafu, interrogé par le très nationaliste Global Times, journal affilié au Parti.

Déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants

Le nombre de nouveau-nés a chuté de 24 % l’an dernier dans la capitale Pékin, un record depuis une décennie, en ligne avec les chiffres de nombreuses municipalités de la façade côtière prospère du pays, comme Wuxi dans le Jiangsu, ou Shenyang dans le Nord-Est industriel.

« La sévérité de la crise démographique en Chine dépasse l’imagination, et les perspectives économiques sont bien plus sombres que l’ont prédit les économistes », juge Yi Fuxian, chercheur à l’université de Wisconsin-Madison. Le démographe affirme que la population est en recul depuis 2018, qu’elle est déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants, bien loin du 1,4 milliard mis en avant par le pouvoir et relayé par les organisations internationales.

La Chine a perdu son statut de « pays le plus peuplé du monde » depuis 2013, dépassé par l’Inde (1,36 milliard), affirme Yi, qui juge les statistiques volontairement gonflées, notamment à l’échelon local, par des cadres en quête de subventions, ou de bons points de Pékin. Il y aurait ainsi 140 millions de faux « hukou » (permis de résidence), estime le chercheur basé aux États-Unis.

Sous pression, le bureau s’est fendu d’un communiqué lapidaire, jeudi dernier, affirmant que « la population chinoise a continué de croître en 2020 », mais se gardant de révéler les données tant attendues. Rattrapé par un vieillissement plus grave qu’anticipé et une natalité en chute libre, l’empire du Milieu serait déjà en recul, à l’instar du Japon, ou de la Corée du Sud, bien avant d’avoir atteint le niveau de développement de ses voisins d’Asie du Nord-Est, ce qui annonce un cortège de défis socio-économiques pour le régime communiste, pointe le Finacial Times.

La plupart des démographes officiels à Pékin jugent cette affirmation fracassante exagérée, mais admettent que le recul de la natalité est plus grave qu’anticipé, et que la population chinoise est sur le point d’atteindre son pic. Le nombre de morts devrait excéder celui des naissances dès 2022, affirme He Yafu, interrogé par le très nationaliste Global Times, journal affilié au Parti.

Le nombre de nouveau-nés a chuté de 24 % l’an dernier dans la capitale Pékin, un record depuis une décennie, en ligne avec les chiffres de nombreuses municipalités de la façade côtière prospère du pays.

« La sévérité de la crise démographique en Chine dépasse l’imagination, et les perspectives économiques sont bien plus sombres que l’ont prédit les économistes », juge Yi Fuxian, chercheur à l’université de Wisconsin-Madison. Le démographe affirme que la population est en recul depuis 2018, qu’elle est déjà sous la barre de 1,28 milliard d’habitants, bien loin du 1,4 milliard mis en avant par le pouvoir et relayé par les organisations internationales.

La Chine a perdu son statut de « pays le plus peuplé du monde » depuis 2013, dépassé par l’Inde (1,36 milliard), affirme Yi, qui juge les statistiques volontairement gonflées, notamment à l’échelon local, par des cadres en quête de subventions, ou de bons points de Pékin. Il y aurait ainsi 140 millions de faux « hukou » (permis de résidence), estime le chercheur basé aux États-Unis.

De lourds défis

Ces manipulations statistiques viennent aggraver le vieillissement spectaculaire de l’empire du Milieu. Depuis l’an 2000, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a été multiplié par deux et représentera 14 % de la population, rattrapant le taux des pays développés (20 % en France) à une vitesse inédite dans l’histoire. La Chine a rejoint le cercle des sociétés âgées en 22 ans, là où la France a mis 140 ans, et les États-Unis sept décennies, pointe un récent rapport alarmiste de la banque centrale de Chine (PBOC). Une trajectoire spectaculaire rendue possible par la radicale politique de l’enfant unique lancée en 1978, couplée à l’extraordinaire décollage économique des quatre dernières décennies.

Mais en brûlant les étapes, « l’usine du monde » s’expose à de lourds défis qui menacent le « rêve chinois » de renaissance du président Xi. « Les pays développés ont généralement atteint le stade du grand âge lorsqu’ils avaient des revenus élevés tournant autour de 30 000 dollars par habitant. Dans notre pays, il n’est que de 10 000 dollars », s’inquiète le rapport commandé par les argentiers chinois. Quatre fois moins qu’en France, pour faire face à une hausse à venir des maladies du grand âge, dans un système où l’État-providence reste rudimentaire.

« Étant donné les profondes implications démographiques sur le régime fiscal ou le secteur immobilier, les autorités sont sur le qui-vive à l’heure de révéler le recensement », pointe une note d’Eurasia Group. Si Pékin peut s’appuyer encore sur une croissance de 6 %, le vieillissement devrait accroître les tensions sur le système de retraite, et affaiblir la demande immobilière dans les villes de second rang, juge le cabinet américain.

Le « plus grand marché » du monde

L’inéluctable repli démographique est également lourd d’enjeux géopolitiques, à l’heure où Pékin affirme ses ambitions mondiales, sous la houlette de Xi, champion d’un nationalisme décomplexé. Ces statistiques de « déclin » sont en contradiction avec l’image d’une Chine en pleine ascension projetée par le pouvoir, et qui use de la taille de son marché pour séduire les investisseurs, et parfois intimider les chancelleries.

« Avec ses fausses données démographiques, la Chine a trompé les pays étrangers et les investisseurs, faisant passer un vieux chat malade pour un lion plein de vigueur », juge Yi Fuxian. La diplomatie chinoise aime à rappeler à ses principaux partenaires économiques comme l’Union européenne, qu’ils ne peuvent se passer de la profondeur du « plus grand marché » du monde, qui devrait devenir le premier PIB mondial d’ici à la fin de la décennie.

Le décrochage démographique vis-à-vis de l’Inde est également un enjeu délicat à gérer sur le front intérieur, alors que le régime chinois célèbre en fanfare le centenaire du Parti, et promet la prospérité d’ici à 2049, dans un environnement mondial lourd d’incertitudes, marqué par une rivalité croissante avec l’Amérique. De quoi faire trembler les mandarins du Bureau national des statistiques, et justifier un délai précieux pour la divulgation des résultats du recensement, afin d’avoir le temps de présenter des chiffres « présentables ».

La politique de l’enfant a créé des petits princes qui ne veulent pas d’enfants

L’intraitable politique de l’enfant unique imposée par Pékin à la fin des années 1970 pour enrayer la « bombe démographique » a imposé dans les esprits l’idée d’un foyer familial réduit, sapant les efforts des autorités qui aujourd’hui tentent au contraire de relancer la natalité. L’expérimentation sans précédent dans l’histoire de l’humanité a laissé des traces psychologiques durables sur une génération de « petits princes » choyés, mais souvent solitaires, et tétanisés par les immenses attentes placées en eux. « Je vois que beaucoup de maris sont nuls. Ils ne font pas le ménage, ne participent pas à l’éducation de l’enfant. Ce sont des bébés géants », persifle Xiao (Hsiao) Yuan interrogée par le Figaro.

Mao, qui affirmait que les « femmes soutiennent la moitié du ciel », encourageait leur rôle actif au sein du prolétariat, mais le décollage économique, couplé à l’afflux des filles à l’université a fait voler en éclats le modèle ancestral, dans lequel elles étaient cantonnées à une position de mère au foyer. « Désormais, les Chinoises ont une double peine. Elles ont une carrière tout en s’occupant du foyer. Alors, elles retardent le plus possible la maternité », explique la sociologue Li Yinhe. Dans cette culture confucéenne et ultra-compétitive dès le plus jeune âge, les parents dépensent sans compter pour l’éducation de leur progéniture, des cours de piano aux meilleurs répétiteurs, et préfèrent investir leurs ressources sur un seul bambin. Ils marchent ici sur les traces d’autres sociétés pétries de confucianisme, comme la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour.

Ces réalités sonnantes et trébuchantes, couplées aux désirs d’accomplissement individuel des nouvelles générations, sont en décalage avec les admonestations désormais natalistes du Parti communiste, qui remet au goût du jour les valeurs traditionnelles longtemps piétinées par la Révolution culturelle, sous la houlette de Xi Jinping (Hsi Tsin-p'ing). « La famille est la cellule de base de la société et l’école de la vie. Quels que soient les changements des modes de vie, nous devons y intégrer les valeurs socialistes fondamentales, et promouvoir les vertus familiales traditionnelles de la nation chinoise », a déclaré le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao.

Ces incantations peinent à se traduire dans les maternités, malgré l’autorisation d’avoir un deuxième enfant accordée depuis 2016. Le taux de natalité a poursuivi son déclin depuis, en dépit des politiques d’aides volontaristes déclinées par les autorités. Et cette trajectoire devrait se poursuivre, jugent les experts. « Je pense que les mesures gouvernementales auront très peu d’effets sur ma génération », affirme en écho Ouyang Zhezhe (Ouyang Tchö-tchö). Cette tendance devrait encore accélérer le vieillissement de la population, alors que le nombre de Chinois âgés de plus de 60 ans a pratiquement doublé lors de la dernière décennie, pesant sur les perspectives socio-économiques du géant renaissant qui deviendra « vieux » avant d’avoir rejoint le club des pays développés. La réticence des nouvelles générations à enfanter illustre les limites de la reprise en main idéologique du Parti sur la société, orchestrée par Xi. « Le gouvernement ne peut plus traiter les gens comme des “choses”, affirme Yi Fuxian (Yi Fou-hsien). La population ne peut s’ouvrir ou se fermer comme l’eau du robinet. »

 


 Billet du 29 avril 

Le retard de la publication des résultats du septième grand recensement, initialement prévue pour début avril, agite la Chine. La situation est pourtant prévisible : on s’attend à une baisse de la population chinoise. Pour certains observateurs, cette inflexion démographique est inévitable, et ses effets devraient se faire sentir rapidement.

C’est un média britannique qui a annoncé la nouvelle le 27 avril. La Chine est sur le point de signaler son premier déclin démographique depuis la famine liée au Grand Bond en avant, politique économique désastreuse de Mao Tsé-Toung qui a causé la mort de dizaines de millions de personnes à la fin des années 1950 », rapporte le Financial Times.

Une précision délicatement enlevée dans la version en chinois, qui met plutôt l’accent sur le contexte actuel : « La Chine annoncera son premier déclin démographique depuis 1949, malgré l’assouplissement de la stricte politique gouvernementale en matière de planification familiale, censée inverser la chute du taux de natalité. »

Chine — Malgré la fin de la politique de l’enfant unique, la natalité continue de baisser

 Moins de 1,4 milliard de Chinois

Bien que les mots aient été pesés avec prudence, la version chinoise de l’article du Financial Times a aussitôt été supprimée du réseau social chinois Weibo le 28 avril. Selon le quotidien économique, le dernier recensement s’est achevé en décembre et devrait ramener la population totale du pays à moins de 1,4 milliard. Alors que, précise le journal, « en 2019, la population chinoise aurait dépassé la barre des 1,4 milliard d’habitants ».

Aucun média chinois n’aborde pour l’instant ces chiffres, « très sensibles », comme le souligne le journal britannique. Les discussions sur ce sujet sur les réseaux sociaux, comme Douban, ont tout simplement été supprimées et bloquées.


« Dans les plus brefs délais »

Conscient que la société chinoise est très préoccupée par ce recensement, le Bureau national des statistiques (BNS) a fait une déclaration à ce propos le 16 avril, que rapporte le média économique Diyi Caijing (Ti-yi Ts’ai-tsing en transcription française) : « Nous accélérons l’avancement de nos travaux et nous nous efforcerons d’annoncer les résultats définitifs dans les plus brefs délais. »

En mars, le BNS avait déclaré que les résultats du recensement seraient publiés début avril, a rappelé le Réseau chinois d’actualités (中国新闻网) sur Weibo.

« Certaines régions ont déjà publié des statistiques préliminaires sur le nombre de naissances en 2020. À en juger par ces données, certaines baisses sont importantes », a toutefois indiqué l’administration. Une précision perçue par les Chinois comme une tentative de préparer le terrain à la publication des résultats définitifs.

La fin de la structure familiale « idéale »

Comme tous les dix ans, l’Empire du Milieu évalue sa population. Mais ce septième recensement pourrait signifier un bouleversement dans la vie des Chinois. Spécialiste des études urbaines, Huang Hancheng (Houang Han-tch’eng) a partagé ses inquiétudes quant à la structure familiale dans un article publié sur le réseau social Wechat : « Si, en 2020, le nombre moyen de personnes par ménage est inférieur à trois, cela signifie que la structure familiale traditionnelle [promue par Pékin comme idéale pendant les années du système de l’enfant unique] a été renversée. »

Une menace pour les ambitions de Pékin

Sur un ton très alarmant, le magazine Foreign Affairs explique que le dépérissement de la famille chinoise est désormais pratiquement inévitable et que ses conséquences se feront sentir rapidement. Il se traduira en effet une population active moins importante et plus de personnes âgées : « Cela imposera de lourdes charges financières aux individus et limitera leur capacité à se déplacer et à poursuivre des carrières entrepreneuriales risquées. »

Pour le média américain, l’État chinois verra sa puissance économique et sa politique de défense réduites. « Dans une mesure que les dirigeants chinois n’ont peut-être pas encore anticipée, l’évolution de la structure de la famille chinoise constitue une menace pour les ambitions de grande puissance du pays dans les décennies à venir », assure le magazine.

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