vendredi 18 novembre 2022

mercredi 16 novembre 2022

Ontario — l'euthanasie pour éviter la pauvreté et l'itinérance

Autre conséquence de la folie des prix du logement en Ontario qui concentre une grande partie de l’immigration du Canada, pays avec le plus haut taux d’immigration du G7 : le désespoir des gens qui ne parviennent pas à se loger et qui, parfois, considèrent l’euthanasie plutôt que de devoir être confrontés à l’itinérance et à la pauvreté.

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mardi 15 novembre 2022

Une fois en Amérique Nord, l'empreinte carbone d'un immigré est multipliée par plus de trois (3)

M. Trudeau veut importer un demi-million d’immigrés par an au Canada, très peu provenant d’Europe. Il se dit aussi très soucieux du bilan carbone du Canada. Comment ces deux buts sont-ils conciliables alors que chaque habitant en Amérique du Nord a une empreinte carbone très largement supérieure à celle des pays d’où proviennent les immigrés ?

Même le Québec aurait une véritable empreinte carbone de 15 tonnes de gaz à effet de serre par habitant (et non 10 tonnes selon d’autres calculs). C’est bien plus que les moins de 2 tonnes par personne en Afrique subsaharienne, les 2 à 3 tonnes en Asie du Sud-Est et près de 4 tonnes pour l’Amérique du Sud. 

Chaque personne qui immigre au Canada en provenance du Sud détériore donc le bilan carbone de la planète, il aurait eu une empreinte carbone nettement moindre s’il était resté dans son pays ou avait immigré dans un pays avec une moindre empreinte carbone (soit quasiment tous les pays du monde).

Il existe sans doute une solution pour concilier à la fois la mégalomanie immigrationniste du fils Trudeau et diminuer le bilan carbone du Canada : réduire considérablement notre niveau de vie en augmentant sensiblement le prix de l’énergie. Le confort, le transport, l’industrie et l’automatisation ne sont qu’énergie transformée. En réduisant sensiblement notre niveau de vie, l’État pourra imposer la simplicité « involontaire » à tous et accueillir plus d’immigrants tout en baissant le bilan carbone du pays. Quel avenir radieux ! Est-ce là la voie ensoleillée dont nous parlait Trudeau en 2015 ?

 La hauteur correspond aux émissions moyennes exprimées en tonnes de CO2 par personne et par an. La largeur désigne la taille de la population. Le Canada est à 15,2 tonnes (tout en haut en vert) alors que l’Inde est à 1,7 tonne…

Les calculs d’un groupe d’économistes de l’École d’économie de Paris (PSE) sont légèrement différents avec des données de 2019 et en comptabilisant les importations nettes de biens et services. En moyenne, chaque être humain émet 6,6 tonnes de CO2 par an. Comme l’indique notre carte, cette moyenne varie de 1,6 tonne par personne en Afrique subsaharienne, à 20,8 tonnes par habitant en Amérique du Nord. Sur le Vieux Continent, le niveau d’émissions de CO2, qui inclut l’impact des biens et services importés d’autres régions, se situe actuellement à 9,7 tonnes par Européen.

 

Pour ce qui est de l'impact de la hausse des coûts de l'énergie sur l'économie, il suffit de considérer ce qui se passe en Europe actuellement.


lundi 14 novembre 2022

Humour déconstructeur


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M. Drainville, faites cesser le tripotage des notes !

Un texte de Joseph Facal publié dans le Journal de Québec.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Bernard Drainville (ci-contre), disait récemment vouloir s’attaquer à des questions concrètes et obtenir des résultats concrets.

Excellente idée. Il n’aura pas à chercher bien loin.

Je lui suggère un point de départ à la fois concret et crucial : qu’il fasse cesser le maquillage des notes.

M. Drainville disait récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires. Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Maquillages et tripotages

Commençons par le primaire.

La question n’est pas neuve. La pratique a souvent été dénoncée, mais elle se poursuit et se réinvente, sans cesse justifiée par les fumisteries qui servent de fondements théoriques aux gourous qui tiennent en otage le ministère et les facultés de sciences de l’éducation.

Un exemple récent vient d’être dévoilé dans un excellent reportage de la journaliste Louise Leduc.

Vous allez voir, c’est assez tordu, merci.

La nouvelle trouvaille, le nouveau tour de passe-passe se nomme le régime de « modification des attentes ».

Un jeune a des difficultés. Normalement, les notes dans son bulletin devraient refléter ses difficultés. Il sera, comme le dit le jargon éducatif, « en situation d’échec ». Mais au Québec, on ne veut pas faire échouer et forcer le redoublement.

L’enfant sera donc dans une classe [normale], mais ne fera pas les mêmes examens que ses camarades.

L’enseignant baissera ses attentes et modifiera sa correction. Dans le bulletin, il sera dit que l’enfant aura « réussi » et, hop, il passe à l’année suivante.

Disparues les notes épouvantables ! Les écoles, elles, pourront afficher de belles statistiques de « réussite ».

Mais cette « réussite » est fausse, artificielle.

Mme Leduc rapporte le cas d’une jeune fille en 6e année du primaire, dans une classe régulière, qui fait ses mathématiques… de 4e année.

L’an prochain, elle doit entrer au secondaire. Il arrivera quoi vous pensez ?

On a répertorié au moins 16 000 enfants dans cette situation, mais ils sont en réalité beaucoup plus nombreux parce que beaucoup de directions ont refusé de répondre aux questions de la journaliste.

Les parents interrogés, eux, ne sont pas du tout complices de la supercherie. Ils veulent la vérité.

La vraie manière sensée d’attaquer ces difficultés serait évidemment de faire des classes particulières, de mettre des orthopédagogues et des psychoéducateurs dans le coup, et de cesser de dénigrer les métiers manuels.

Fondamentalement, c’est très simple : pour savoir si on s’améliore ou pas, il faut mesurer objectivement.

Comment mesurer objectivement si on tripote ce qui est censé servir de marqueur ?

En fait, c’est plus pervers encore : on sait que ça va mal, mais on fait semblant que ça va bien.

Bouillie pour les chats

M. Drainville disait aussi récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires.

Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Je mets ma main au feu qu’on lui expliquera que ces traficotages ont d’excellentes raisons d’être et qu’ils sont là pour le bien des enfants.

L’explication sera très convaincante. Cela ne l’empêchera pas d’être de la bouillie pour les chats.


samedi 12 novembre 2022

À l'usage, l’écriture dite « inclusive » se révèle excluante

Texte paru dans La Dépêche du Midi en marge de la publication de l’ouvrage collectif intitulé Malaise dans la langue française. Pour La Dépêche, Sami Biasoni, qui a dirigé le projet, revient sur les questions soulevées par les signataires. 

 — Selon vous, le langage inclusif perturberait l’évolution de la langue française ?

— Ces personnes, favorables à l’écriture inclusive, pensent qu’on peut changer la langue française à l’image d’un produit mécanique. Mais nous pensons que de telles tentatives sont dommageables, car il ne faut pas oublier que nous avons affaire à un bien commun. On ne peut accepter, sans débattre, qu’il soit confisqué par certains aux revendications militantes queer ou wokistes, en vue d’être remanié et imposé à tous. D’ailleurs, à l’image du wokisme, qui pouvait avoir des aspirations justes, il y a des conséquences et une forme d’irresponsabilité dans ce mouvement.

Des femmes tués ?

— Pourquoi ne serait-il pas envisageable de modifier radicalement notre langue ?

— D’une part, parce que la langue se forme dans et par le temps. Elle est le résultat d’usages « naturels » entre des groupes d’individus libres de leurs choix langagiers et non pas de confrontations directes, au sens politique du terme. Ici, nous faisons face à une démarche forcée, c’est-à-dire que l’on vient édicter des règles, non pas parce qu’elles sont nécessaires à la langue, mais parce que d’aucuns estiment que les critères qui doivent prévaloir sont des critères de nature morale qui sont ceux des théories de la déconstruction. Par exemple, si via l’usage du point médian [ndlr : utilisé pour tenter de regrouper au sein d’un même mot le masculin et le féminin], on met les Françaises avant les Français, on peut sous-entendre que vous avez fait un choix de préférence sociale. C’est extrêmement dangereux. 


 

— Vous parlez de conséquences, quelles seraient-elles ?

— Dans l’ouvrage, Mazarine M. Pingeot évoque une ligne de fracture entre « nous et eux ». Ce « nous » désigne ceux qui détiennent le capital social et symbolique — les intellectuels, les milieux académiques — et qui sont capables de suivre ces évolutions très rapides de la langue et de comprendre pourquoi « iel » [ndlr: pronom qui évoquerait selon ses partisans une personne, quel que soit le « genre » qu’il prétend avoir] existe. Le « eux », c’est la grande majorité des Français qui récuse très fortement les formes dites « inclusives » dont il est question.

— Vous insinuez que l’inclusif pourrait mettre en difficulté certains Français ?

— Les grandes associations qui luttent contre la dyspraxie et la dyslexie le disent très clairement, de nombreux parents, personnels éducatifs ou psychologues également : il s’agit d’une difficulté supplémentaire majeure dans l’acquisition des compétences de lecture et d’écriture pour les enfants, notamment pour ceux qui se trouvent déjà en difficulté. C’est là une autre ligne de fracture : lorsque l’on ne maîtrise pas la langue et ses subtilités, on risque l’exclusion du monde du travail, comme du champ démocratique. C’est notamment en cela que l’écriture dite « inclusive » se révèle, à l’usage, excluante.

Voir aussi 

Trente-deux linguistes énumèrent les défauts de l’écriture inclusive

Malaise dans la langue française — Promouvoir le français au temps de sa déconstruction 

Polémique autour de l’écriture inclusive en Espagne  

Des points bonus accordés pour l’utilisation de l’écriture inclusive 

France — Comment l’écriture inclusive prend le pouvoir à l’université

 


 

 

 

vendredi 11 novembre 2022

Trudeau au show travelo

Texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Québec.

La nouvelle a fait le tour du monde : Justin Trudeau se joindra le temps d’une soirée au jury d’une émission [nous venant d'Ontario et qui célèbre les] drag-queens. [Ces travestis masculins trop maquillés et vêtus de manière exubérante.]

Nulle surprise ici.

[Trudeau à la Cage aux folles]

Le premier ministre Justin Trudeau en compagnie du présentateur de Canada’s Drag Race, Brooke Lynn Hytes (nom de scène de Brock Edward Hayhoe)

Justin Trudeau, avant d’être un homme politique, est un homme de théâtre. Il n’aime rien tant que l’univers du déguisement. Depuis sa première élection, ne joue-t-il pas à être premier ministre ? De tous les déguisements, c’est hélas ! celui qui lui va le moins bien.

L’univers des drag-queens est fait pour lui faire : c’est celui du travestissement le plus extravagant, associé à la culture du cabaret.

[Cabaret, de l'anti-authenticité, une parodie outrée, de l'appropriation de genre]

Mais il y a quelque chose d’usé dans ce grand retour de Justin Trudeau qui mise sur la variété pour se refaire une popularité, comme s’il ne se rendait pas compte que son vieux tour de chant ne fonctionne plus. Le jeune premier qu’il était passera désormais pour un crooner sur le retour, cherchant désespérément un dernier micro pour réactiver un charme qui ne fonctionne plus.

À moins que Justin Trudeau ne mise sur le « buzz » entourant les drag-queens pour se redonner un peu d’éclat ? En Amérique du Nord, elles sont à la mode. On les retrouve partout.

Apparemment, on veut même faire de la drag-queen la nouvelle figure porteuse de la cause LGBTQI2T+, dans la mesure où elle parodie les codes du masculin et du féminin, et révélerait leur caractère artificiel. D’ailleurs, Justin Trudeau ira à cette émission pour faire la promotion de « l’inclusion ».

Notre époque veut croire que rien n’est plus important que de déconstruire ces codes, au point même de chercher à en convaincre les enfants, pour les persuader que leur identité sexuelle biologique importe peu, et qu’ils sont libres de choisir leur genre – autrement dit, de décider s’ils sont hommes, femmes, non-binaires ou autre chose. Nous ne sommes pas loin du jour où un homme né homme et se vivant comme un homme passera en société pour un affreux réactionnaire. Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

La drag-queen donne ainsi un air ludique à la théorie du genre.

Peut-être est-ce pour cela qu’une drag-queen jouera le rôle de la fée des étoiles lors de la parade du père Noël. Il ne faudrait pas manquer une occasion de s’emparer d’un symbole et de la redéfinir selon les codes diversitaires.

Mais revenons à Justin Trudeau.

Quoi qu’on pense de son initiative télévisuelle, n’a-t-il pas mieux à faire qu’aller aux variétés ?

Déconstruction

Je m’en suis souvent moqué en le surnommant la reine d’Angleterre, en disant qu’il régnait, mais ne gouvernait pas. Alors qu’il faisait le beau en nous montrant fièrement les motifs de ses chaussettes, les élites de Toronto et d’Ottawa gouvernaient le pays à leur manière.

Désormais, les choses sont un peu plus compliquées. Car si Justin Trudeau parade encore, on sait désormais que Chrystia Freeland lui succédera.

J’oserais même dire qu’elle lui a déjà succédé de manière officieuse.

Pendant ce temps, il va au carnaval, insouciant. Comme sur un nuage, il y est heureux.


Malaise dans la langue française - Promouvoir le français au temps de sa déconstruction

Pourquoi l'écriture inclusive aboutit-elle à l'exclusion et en quoi, faussement civilisatrice, repose-t-elle sur le barbarisme ? Ce sont Mazarine Pingeot, Boualem Sansal, Matthieu Bock-Côté qui, entre autres, répondent ici à cette question cruciale pour l'avenir du bien commun qui est notre langue.

Lutter contre les discriminations ? Si elles sont souvent réelles, parfois fantasmées, nous voilà aujourd’hui sommés d’adopter un idiome artificiel jugé conforme aux droits des uns et des autres. Pourquoi ? Afin de manifester notre adhésion sans réserve à la cause sacrée de l’« inclusion ». Or, la langue inclusive cristallise tensions et incompréhensions. Seulement, qui oserait la contester tant elle apparaît relever du progrès ?

Les systèmes autoritaires ont toujours voulu contrôler la parole et l’écriture. L’actualité montre qu’il est urgent de protéger la langue française des assauts qu’elle subit. C’est la conviction des douze écrivains et penseurs de premier plan et de tous bords que réunit ce livre. Ils y analysent et combattent ce phénomène de société paradoxal, défendant ensemble l’universalisme républicain. Un ouvrage salutaire.

Préfacé par Annie Genevard, dirigé par Sami Biasoni, cet ouvrage réunit Mathieu Bock-Côté, Jean-François Braunstein, Jean-Michel Delacomptée, Yana Grinshpun, Nathalie Heinich, Anne-Marie Le Pourhiet, Bérénice Levet, Mazarine M. Pingeot, François Rastier, Xavier-Laurent Salvador, Boualem Sansal et Jean Szlamowicz.

Malaise dans la langue française,
par collectif,
publié en septembre 2022,
aux éditions du Cerf,
264 pp.,
ISBN : 9782204145466


mardi 8 novembre 2022

Université — Après le bannissement du mot « nègre », celui de la périphrase « le mot en “n’ » ?

Impression de déjà-vu à l’Université d’Ottawa, où un professeur de sciences politiques a essuyé les critiques de certains de ses étudiants pour avoir abordé « la situation du mot en “n’’ », sans nommer directement le terme, dans un de ses cours, en septembre dernier.

Derrière le sérieux de la façade néoclassique, des étudiants intolérants et bornés ?

Le journal étudiant anglophone de l’Université d’Ottawa, The Fulcrum, indique dans un article du 2 novembre avoir reçu un courriel provenant d’étudiants qui dénoncent une discussion portant sur « le mot n », tenue dans le cadre d’un cours de pensée politique de deuxième année, donné par le professeur Jean-Rodrigue Paré, au mois de septembre.

« La classe discutait de la lecture assignée qui portait sur Socrate, le philosophe, et son raisonnement moral sur la justice. Soudainement, le professeur a évoqué le mot “n” en disant “comme la situation du mot ‘n’… oui, je vais en parler”. Il l’a évoqué comme un moyen de justifier que toutes les idées et tous les mots soient autorisés dans une salle de classe », a témoigné un des étudiants au Fulcrum, qui a demandé à ce que son identité demeure anonyme.

Même si le mot en soi n’a pas été prononcé, la discussion autour du terme a rendu certains étudiants « mal à l’aise » et « pas en sécurité », poursuit l’article, si bien que des étudiants ont préféré quitter la classe.

Une autre étudiante qui a témoigné anonymement a décidé pour sa part de se désinscrire du cours. « Je ne pouvais pas être dans un environnement d’apprentissage qui était activement hostile aux Noirs », a-t-elle mentionné au journal étudiant.

Rappelons que la professeure à temps partiel de l’U d’O., Verushka Lieutenant-Duval, a été suspendue à l’automne 2020 pour avoir prononcé le « mot en n » dans le cadre d’un de ses cours, ce qui avait déclenché un véritable débat de société sur la liberté d’expression dans un cadre académique. Mme Lieutenant-Duval témoigne depuis août dernier aux audiences du tribunal d’arbitrage qui doit déterminer si sa suspension était justifiée. La prochaine journée d’audience est prévue le 1er décembre prochain.

Le professeur s’explique

Appelé à commenter le dossier au Droit, le professeur Jean-Rodrigue Paré a avancé qu’il tentait d’expliquer la philosophie du penseur anglais John Stuart Mill, selon laquelle « lorsqu’on empêche quelqu’un de s’exprimer, lorsqu’on empêche des idées de circuler, on ne sait jamais si c’est au prochain Socrate qu’on vient de fermer la gueule. » M. Paré a également mis de l’avant la philosophie de David Hume, qui établit que ce n’est ni le mot ni l’idée « qui porte en soi la connotation morale ».

« C’est ce que j’expliquais tout bonnement. Et là j’ai senti le malaise. Il y a eu un gros silence. […] Quand j’ai senti le gros froid, j’ai dit ah ! Vous pensez “au mot en n’’ ? »

La discussion a eu lieu au moment où les audiences de Verushka Lieutenant-Duval battaient leur plein. « C’était comme l’éléphant dans la pièce », a affirmé M. Paré.

Le professeur a soutenu avoir entamé une discussion avec une étudiante offusquée en lien avec ses propos, à savoir si le terme en question pouvait comporter une utilisation d’intentions justes. « J’ai dit absolument, comme n’importe quel mot, n’importe quelle idée et n’importe quel objet, lance-t-il. Et là, le scandale est parti. C’est d’avoir dit ça, d’avoir dit que ce mot-là pouvait être utilisé avec des intentions justes. Il y a une dizaine d’étudiants sur 150 qui ont pris ça de travers. Alors je me suis dit on va s’expliquer. »

M. Paré, qui enseigne depuis plus de 20 ans à l’Université d’Ottawa, a toutefois indiqué que les élèves qui ont été offensés n’ont pas digéré [accepté, compris ?] ses explications.

« Si je vous dis “le mot en n’’, vous avez le mot à l’esprit. Que je le dise ou que je ne le dise pas, ça ne change strictement rien. C’est de l’évoquer, ça amène l’existence du mot lui-même. En faisant ça, ceux que ça dérange, de dire “le mot en n’’ ça les offense aussi, parce que ça les fait penser au mot. Alors c’est extrêmement difficile de naviguer à travers ça. Il y a un flou intellectuel que j’essayais de clarifier. […] J’ai fait la différence entre le droit de le dire et est-ce que c’est une bonne chose de le dire. »

Le professeur note avoir constaté que certains élèves ont effectivement quitté son cours avant la fin, dans la foulée du tollé créé par la discussion. « Je comprends leur intention qui est valable aussi, a souligné M. Paré. On veut s’assurer que les gens soient confortables, qu’il y ait un [bon climat] dans la classe. Je comprends tout à fait ça. Mais le moyen de le faire est totalement injuste à mon avis. Ce n’est pas en empêchant les gens de s’exprimer qu’on va pouvoir manifester la justice et l’injustice de l’intention. »

Un courriel a été envoyé au groupe d’étudiants au lendemain des événements pour réitérer la position du professeur, sans que celui-ci ne présente toutefois ses excuses, comme ce que lui demandaient des élèves. « Si je m’excuse, c’est que j’ai fait quelque chose de mal de manière intentionnelle, ce qui n’est absolument pas le cas. »

Le professeur croit-il que cet incident aura un impact sur la façon dont il compte enseigner à l’avenir ? M. Paré estime que sa méthode d’enseignement n’en sera pas affectée. « J’ai la chance d’avoir la couenne dure et je ne pense pas que l’Université ait un grand appétit pour continuer ce débat-là. »

Le Droit a d’ailleurs demandé une réaction à l’Université d’Ottawa, pour savoir si une plainte sera déposée contre M. Paré dans la foulée de ces événements. Nous attendons une réponse.

Source : Le Droit de Gatineau


Québec — Les résultats en français en baisse au secondaire

Les élèves de 5e secondaire ont été moins nombreux à réussir leurs cours de français en 2022 qu’avant la pandémie. Les taux de réussite en mathématiques et en sciences ont également diminué, révèlent les plus récents chiffres du ministère de l’Éducation obtenus par La Presse de Montréal.

 


 

En 2018, le taux de réussite au cours de français de 5e secondaire s’élevait à 91 %. En juin 2022, il était de 87,1 %.

Pour en arriver à ce taux, le ministère de l’Éducation prend en compte le résultat à l’épreuve unique administrée à la fin de l’année, mais aussi la note attribuée par les enseignants. Sont exclus de ce calcul les élèves qui ont décroché avant de terminer leurs études secondaires.

Au sortir de la pandémie, ces résultats ne surprennent pas Priscilla Boyer, professeure agrégée du département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« J’ai hâte de voir si les résultats des prochaines années seront plus faibles. Ce n’est pas vrai que l’apprentissage est équivalent quand on est une journée sur deux à la maison », dit Mme Boyer.

Au plus fort de la pandémie, des élèves de 3e, 4e et 5e secondaire ont passé plusieurs semaines à faire l’école à la maison la moitié du temps. [Les élèves suédois de même âge n’ont jamais dû faire de même]

En français, explique Priscilla Boyer, les élèves de 5e secondaire doivent écrire un texte argumentatif. Cette année, ils devaient répondre à la question : « Les objets connectés contribuent-ils à notre mieux-être ? »

Cet examen avait été préparé en 2020, mais a été annulé en raison de la pandémie. En 2022, le Ministère a réutilisé les copies déjà imprimées « dans un souci d’écoresponsabilité et de saine gestion des fonds publiques [sic] », avait expliqué la directrice de la sanction des études dans une lettre envoyée aux centres de services scolaires.

Or, certains textes que devaient lire les élèves en préparation à leur rédaction « étaient datés » [de deux ans], dit Mme Boyer. « Les élèves devaient en parler au passé, ça a peut-être influencé [le taux de réussite] », poursuit la professeure. [Les élèves de cet âge ne maîtrisent donc pas les temps du passé !?]

Car la recherche a démontré que le thème de l’examen a un effet sur les résultats, dit Mme Boyer, qui donne en exemple l’examen de français de 2014, où les élèves devaient répondre à une question sur les personnes âgées.

« Les jeunes ont galéré pour trouver des arguments, ils ne comprenaient pas super bien le sujet, et ça a représenté un tel défi que ça a fait chuter les résultats en orthographe », relate-t-elle.

L’examen de français, « une recette à appliquer »

Spécialiste de l’enseignement du français, Suzanne-G. Chartrand émet quant à elle l’hypothèse que les enseignants ont peut-être passé moins de temps à préparer les élèves à cet examen de 5e secondaire.

Dans les écoles, préparer l’examen de français de 5e secondaire, « ce n’est plus un mois, c’est un trimestre ! », dit Mme Chartrand.

Dans le passé, Priscilla Boyer a enseigné à ce niveau et constate elle aussi que la dernière année de français au secondaire est « construite autour de cet examen » pour que les élèves réussissent.

« On formate tellement le genre que c’est une recette à appliquer : ta première phrase, c’est ton sujet amené. La deuxième, ton sujet posé. Mais un texte argumentatif, ce n’est pas toujours comme ça, il n’y a qu’à regarder n’importe quelle chronique dans le journal », observe Mme Boyer.

Si elle croit que l’épreuve unique de français est un outil précieux pour suivre l’évolution des connaissances des élèves québécois, elle observe néanmoins qu’on « perd de vue un certain objectif, qui est de maîtriser le français ».

La difficile maîtrise de l’orthographe

Suzanne-G. Chartrand estime que dans ce contexte, les taux de réussite en français ne reflètent en rien la réalité. Il suffit de regarder les élèves qui entrent au cégep et qui se retrouvent dans des centres d’aide en français, dit-elle.

« Ils ne savent pas écrire un texte ou organiser minimalement une pensée. Sur le plan de l’orthographe, de la ponctuation, de la syntaxe : c’est minable ! C’est 40, 50 % des élèves », dit Mme Chartrand. [C’est vrai avec ou sans pandémie, voir les liens ci-dessous.]

Les épreuves ministérielles en français montrent que le volet de l’orthographe « a toujours été problématique », abonde Priscilla Boyer, elle-même spécialisée en orthographe.

« Comment se fait-il que depuis 1986, on considère que 50 % des jeunes qui sortent [du secondaire] n’ont pas la note de passage au volet orthographe, même s’ils ont réussi l’épreuve d’écriture ? », demande Mme Boyer.

Celle qui a fait de l’orthographe sa spécialité observe aussi un grand écart entre les élèves.

« La réalité, c’est que ça prend plus qu’une 5e secondaire pour apprendre la langue. Ça se termine à l’université, pour ceux qui se rendent jusque-là. Ça prend du temps, apprendre à orthographier. »

– Priscilla Boyer, professeure agrégée du département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières

[C’est très contestable, beaucoup de gens qui n’allaient pas à l’université savaient bien écrire il y a cinquante ans ou plus. On sait que les résultats en dictée baissent en France, même dictée à 30 ans d’écart avec dans les deux cas une scolarité généralisée.]

Une baisse en maths et en sciences

Les taux de réussite en mathématiques et en sciences ont également diminué, révèlent les données fournies à La Presse par le ministère de l’Éducation.

En mathématiques régulières, le taux de réussite a chuté de 2,6 points de pourcentage, passant de 79,9 % en 2018 à 77,3 % en 2022.

C’est aussi le cas en sciences et technologie, où les taux de réussite sont passés de 92,2 % en 2018 à 87,8 % en 2022, une baisse de plus de 4 points de pourcentage.

Que ce soit en français, en mathématiques ou en sciences, le taux de réussite à ces cours a augmenté pendant la pandémie. En combinant tous les cours qui comportent une épreuve unique, les taux de réussite ont bondi, allant jusqu’à atteindre près de 92 % pour l’ensemble du Québec. [Est-ce que ces taux de réussite veulent encore dire quelque chose quand les résultats baissent, mais que les taux de réussite augmentent ?]

Voir aussi 

Le français écrit au primaire pâtit de la gestion de la COVID-19 

Moins d’heures de français à l’école : le niveau de grammaire et d’orthographe baisse 

Baisse de niveau : comparaisons en calcul et dictée de 1987 à 2017 

France — les ados sont devenus nuls en dictée (1976 et 2009)

Québec : La piètre connaissance du français par les candidats enseignants diffère l’obtention de leur diplôme

Québec, faiblesse en français et valorisation de l’anglais  

Enseignement au Québec — On prend « n’importe qui »

France — Malgré un budget de l’éducation publique en hausse constante, l’enseignement privé remporte la mise

L’enseignement intensif de l’anglais au primaire financé à coup de dizaines de millions de dollars par Ottawa   

Sombre diagnostic sur la maîtrise du français au cégep francophone..

France — L’inquiétant niveau de français des bacheliers

Québec — « On diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire » 

27 % des diplômés universitaires sont ou deviennent analphabètes fonctionnels

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique.   

Français, que fait l’école québécoise ?

« Ils ont une haine de la langue, de l’effort de réflexion » : Sylvie Germain répond aux lycéens qui la harcèlent  

Face au mot « ludique », des lycéens en détresse   

Après recul sur cours en français au cégep anglo, la CAQ veut renforcer l’anglais à l’école franc 

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre...