mardi 16 novembre 2021

Steven Guilbeault : la lutte contre les changements climatiques passe par le savoir et le leadership autochtone

Déclaration lors de la COP 26 à Glasgow, de la part du ministre de l’Environnement et du Changement Climatique (et non des Affaires autochtones), la profession de foi du théologien Steven Guilbeault. 


 

Autochtones ?

De quels peuples autochtones parle Steven Guilbeault ? L’immense majorité des habitants de la Terre sont des peuples autochtones. Ils ne sont pas les descendants d’immigrants.

Il semble que M. Guilbeault veuille dire les peuples « primitifs », les Premières Nations, les peuples non industrialisés. Son petit laïus n’était probablement que de l’« affichage vertueux » woke à destination de la gauche et des médias canadiens. Ces Autochtones ne seraient donc pas les Allemands, les Congolais, les Malgaches, les Chinois, les Bengalis, les Indonésiens, ni les Péruviens, mais plutôt les Amérindiens du Canada.

Figure imposée et mythe de l’Indien écologiste

Nombreux sont ceux qui croient encore aujourd’hui que les « Sauvages » à l’arrivée des Européens en Amérique se préoccupaient davanatage de la conservation de la Nature (parce qu’animistes) que les colons français. Ce n’est pas ce que révèlent les textes historiques.

Les Amérindiens étaient-ils vraiment plus soucieux de l’environnement que les anciens Européens ? Ne gaspillaient-ils vraiment jamais ? Avaient-ils toujours des comportements que nous qualifierons d’écologiques ? Les Amérindiens avaient-ils des croyances spirituelles qui les menaient à adopter des comportements antiécologiques ?

Réponses d’un anthropologue et d’un sociologue et historien : non, non, non et… oui. Mais voyons cela dans le détail.

D’après Denys Delâge, sociologue et historien de l’Université Laval, les Amérindiens n’étaient pas plus écologiques que nos ancêtres paysans. Mais les paysans québécois ce n’est pas très glamour, trop identitaire, trop enraciné, pas assez ouvert sur « la diversité ».

Pour illustrer la conscience écologique des Amérindiens, on cite souvent Pehr Kalm, un Suédois venu en Nouvelle-France en 1749. Il décrit dans sa relation de voyage les tourtes, les « pigeons sauvages » de l’Amérique. Selon lui, les Amérindiens ne tuaient jamais ces pigeons lorsqu’ils couvaient ou lorsqu’ils avaient des petits. Ils n’acceptaient pas non plus que d’autres le fassent, menaçant même à une occasion un Français qui avait tenté d’en tuer quelques-uns.

Mais les pigeons sauvages étaient pour les Amérindiens ce qu’étaient les poules ou les vaches pour les Français, c’est-à-dire des animaux domestiques. Les tourtes faisaient « partie de l’ordinaire », de leur vie de tous les jours. Les tuer était donc l’équivalent pour le colon de voir un Amérindien abattre une de ses vaches. L’habitant de la Nouvelle-France, tout comme ses descendants vivant dans les campagnes québécoises jusqu’au milieu du XXe siècle, possédait aussi ses propres habitudes écologistes.

Selon Delâge, les colons européens comprenaient très bien qu’il ne fallait pas exterminer tous ses animaux durant une même année, au risque de mourir de faim l’année suivante. Pas question non plus de gaspiller les restes : tout était récupéré, recyclé. On salait, on congelait ou on mettait en conserve les surplus. Les restes de table servaient de nourriture aux chiens et aux chats, on n’utilisait ni emballage de plastique ni produit chimique. Les vêtements étaient faits de fibres naturelles, de lin et de laine, et lorsqu’ils étaient trop usés, ils étaient recyclés en tapis et en courtepointes. Le bois servait à construire, à chauffer et à récolter de l’eau d’érable. Aucun habitant n’aurait songé à couper à blanc le petit bois si utile près de chez lui. Presque aucun déchet ne venait donc polluer l’environnement de ces habitants. Même le contenu des latrines extérieures, les « bécosses », était parfois utilisé comme engrais.

Lequel vivait alors le plus en harmonie avec la nature : le Blanc ou l’Indien ? En fait, chacun adaptait son style de vie à ses besoins et ses croyances. Ce style de vie était marqué dans les deux cas par l’autosubsistance, où il fallait gérer habilement ses ressources pour survivre. Les choses ont changé lors du passage à une économie de marché. Pour les cultivateurs, c’est à ce moment que l’agriculture à grande échelle s’est imposée et qu’ils ont commencé à détruire la nature avec la machinerie, la surexploitation des sols et l’utilisation d’engrais chimiques.


Les Amérindiens pas toujours si écologiques que cela… 

Le jésuite Paul Le Jeune, dans la Relation de 1635, s’inquiétait déjà de la surexploitation du castor par des Amérindiens. Il relate de quelle façon les Montagnais les tuaient tous dans leurs huttes, alors qu’il leur conseille d’y laisser au moins quelques petits afin qu’ils se reproduisent.

Cette surchasse est extrêmement contradictoire avec la vision du monde des Amérindiens évoquée plus haut. Certains cherchant des raisons pour l’expliquer ont affirmé que les autochtones se sont mis à tuer les animaux parce qu’ils les tenaient responsables des maladies qui les frappaient. Cette théorie a toutefois été vivement contestée. Un historien américain comme Charles A. Bishop croit plutôt que, malgré le respect voué à la nature, il n’y avait rien dans les croyances des Amérindiens qui les empêchait de tuer beaucoup d’animaux, à condition que leurs restes soient bien traités et que la traite rapporte quelque chose de bénéfique. C’était bien le cas, puisqu’un grand nombre d’objets utiles étaient échangés contre des fourrures. Il s’agit peut-être là d’une piste d’explication de l’apparente absence de scrupules des Amérindiens à chasser le castor presque jusqu’à l’extinction complète de l’espèce.

Denys Delâge apporte également certaines nuances aux pratiques des autochtones qui paraissaient en harmonie avec la nature. Bien que la plupart d’entre eux tuaient d’abord les animaux pour survivre, ils considéraient aussi que ces animaux se donnaient et venaient s’offrir à eux. « Cela aurait paru mesquin de ne pas prendre tous les animaux offerts : on pouvait, on devait même, en certaines occasions, tuer au-delà des besoins », affirme-t-il. Des sacrifices étaient également réalisés, particulièrement de chiens. Le Père de Charlevoix écrivait dans son Journal historique en 1721 comment les chiens étaient parfois immolés ou suspendus vivants à un arbre par les pattes de derrière jusqu’à la mort lorsque les Amérindiens devaient franchir des rapides ou des passages dangereux. Des pratiques qui feraient frémir des écologistes de nos jours.

Plusieurs autres gestes pouvaient aussi avoir des conséquences assez graves pour l’environnement. Le père Louis Nicolas racontait dans son Histoire naturelle des Indes qu’il avait vu des Amérindiens couper des arbres entiers pour ramasser les noix ou accéder aux nids d’oiseaux. Les autochtones allumaient également des feux pour toutes sortes de raisons. On fertilisait les terres avec des feux, on régénérait les forêts de pins et d’épinettes ou encore on facilitait ainsi le transport. Mais les Amérindiens perdaient parfois le contrôle de ces incendies et, en plus de la pollution qu’ils provoquaient, ils détruisaient d’autres plantes et animaux qui n’étaient pas utilisés par la suite.

La réincarnation, une croyance religieuse amérindienne antiécolo

Comme l’expliquait l’anthropologue Shepard Krech dans le Washington Post du 29 août 1999 (traduit dans le Courrier international du 20 avril 2000), s’il est vrai que l’Europe a fait exploser la demande en castors, en bisons et en cerfs, « dans la plupart des cas, les Indiens y ont répondu avec enthousiasme, contents d’échanger des peaux de peu de valeur pour eux contre des couteaux, des vêtements ou des fusils. » Dès que naissait un marché pour la fourrure dans une région, le nombre des castors y chutait rapidement, à cause de la chasse intensive. Plus tard, dans les postes de traite, les Européens ont tenté d’introduire des mesures de conservation, notamment en refusant les peaux des animaux trop jeunes.

Shepard Krech affirme également que les Indiens tuaient fréquemment plus d’animaux qu’ils ne pouvaient en manger. Cela paraîtra paradoxal à tous les élèves québécois, car n’était-ce pas contraire à leurs croyances apprises diligemment en classe d’ECR et d’histoire ? Il faut savoir, explique l’anthropologue américain, que les Amérindiens entretenaient avec les bêtes une relation très intime : ils leur prêtaient des sentiments, une pensée humaine. Ainsi, les Indiens des Plaines croyaient qu’il ne fallait pas laisser s’échapper un bison après la chasse — il avertirait les autres de ne plus s’aventurer dans les parages. Ils s’assuraient donc de tuer toutes les bêtes prises au piège, au risque de gaspiller la viande. La plupart croyaient également en la réincarnation. Ces indiens pensaient que les animaux tués renaissaient la saison suivante et qu’en conséquence plus ils en tuaient, plus il en revenait. La disparition de l’espèce était à leurs yeux impensable.

Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 8. Aucune prière chrétienne dans les manuels du primaire de cet éditeur.

 

Récupération idéologique de l’Indien

Anne Garrait-Bourrier, professeur à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, commente la récupération politique des Amérindiens par le mouvement écologiste :

Bien des penseurs indiens sont outragés de cette récupération politique qui ramène leurs ancêtres à des clichés et qui ne tient pas compte de deux éléments essentiels : l’anachronisme et l’ignorance.

Ignorance de la culture indienne tout d’abord, et anachronisme consistant à la propulser dans le monde moderne sans la comprendre, et à des fins utilitaires.

L’anthropologue américain Shepard Krech III a, à cet égard, écrit un ouvrage magistral en 1999, The Ecological Indian : Myth and History [accessible ici en PDF], où, enfin, les pendules sont remises à l’heure. En présentant très clairement ce que sont les mythes naturalistes fondateurs de la culture indienne, et en soulignant qu’ils ne sont que des mythes accompagnés de rituels, Krech annule et détruit l’image — si pratique — de l’Indien écologiste engagé. Il part pour cela de l’une des toutes premières campagnes publicitaires écologistes de la compagnie américaine Keep America Beautiful Inc. (Gardez l’Amérique belle), en 1971, montrant sur d’immenses affiches, un visage d’Indien avec dans le regard une larme et en gros titre : Pollution : it’s a crying shame (La pollution : c’est honteux à pleurer).

Immédiatement touchée par cette vision inhabituelle, l’Amérique, prompte à s’émouvoir dès lors qu’on lui parle d’elle et de son devenir, fit de ce Crying Indian (Indien en larmes) une icône.

L’acteur « cherokee » [né de deux parents siciliens…] Iron Eyes Cody [né Espera Oscar de Corti] qui avait posé pour l’affiche n’avait rien d’un porte-parole écologiste… mais son visage buriné et le message véhiculé étaient, eux, des plus parlants.

Il s’agit là d’un cas flagrant de manipulation de l’opinion publique par l’image et par une mémoire collective stéréotypée.

Cela permit le démarrage du mouvement écologiste américain, celui-ci utilisant le visage de ce même acteur à plusieurs reprises, sans se soucier de la réaction des Amérindiens eux-mêmes.

L’Indien [Nouvel] Âge n’existe pas. Il y a d’une part le citoyen amérindien qui tente de vivre en harmonie avec sa culture traditionnelle et les exigences de sa société, et, d’autre part, les écologistes qui cherchent à faire passer leur message socio-politique. Entre les deux se trouvent les Américains qui aimeraient sans doute croire que l’Indien mythique existe toujours, qu’il n’a pas été détruit par le progrès et qu’il a le pouvoir de les sauver d’eux-mêmes.

 

Voir aussi

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La COP 26 (27, 28…) ou comment appauvrir l’Afrique  

ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes

L’utilité de la glorification des Premières Nations    

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

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Ontario — Des écoles détruisent 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dont Tintin et Astérix

Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement Climatique, a effectué des études en morale internationale et en théologie de la libération. Il a depuis de nombreuses années taillé ses longs cheveux, qui lui ont longtemps valu le surnom de « Jésus ». Il a été très influencé par un oncle missionnaire à Haïti, dont il avait pensé suivre les traces et à cause de qui ses parents ont adopté l’une de ses deux sœurs, d’origine haïtienne. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à s’inscrire en sciences religieuses à l’Université de Montréal, au milieu des années 1990. Il abandonna cependant rapidement l’idée de devenir missionnaire religieux. Il a, toutefois, gardé une fibre moralisatrice de gauche, de prophète écologiste et de missionnaire du correctivisme politique.

Une COP26 aveuglée tant au plan scientifique qu’économico-politique

De Stanislas de Larminat sur la Sélection du Jour.

Rien de neuf ne pouvait sortir d’une COP26 réunie du 1er au 12 novembre 2021 à Glasgow et aveuglée, tant au plan scientifique qu’économico-politique.

Au plan scientifique, d’abord, les participants ont eu le comportement des « géo-centristes », opposés à Galilée, croyant que le Soleil tournait autour de la Terre. Aujourd’hui, les « carbo-centristes » croient que la cause humaine du réchauffement climatique est un fait. Comment 196 pays ont-ils pu en arriver à signer ce « pacte de Glasgow » qui exprime en degrés des objectifs d’action ? Or, ni la COP 26 ni le dernier rapport du GIEC AR6, n’ont répondu à des questions essentielles : pourquoi le GIEC ne se fonde-t-il que sur 150 ans d’observations ? Seuls 1000 ans d’observations, reconstituées par la paléoclimatologie, peuvent expliquer les causes de la période chaude médiévale et du petit âge glaciaire. On est confondu quand le GIEC reconnait que « dans la recherche et la modélisation du climat,… nous avons affaire à un système chaotique, et la prévision à long terme des futurs états climatiques n’est pas possible » et prétend que leurs modèles « n’exigent que chaque aspect de la réponse au facteur causal en question soit correctement simulé » et « ne distinguent pas explicitement les probabilités “Objectives” et “Subjectives” » ! Pourtant des milliers de publications attribuent la période chaude contemporaine à des variations d’activité solaire. Mais qu’importe, les congressistes de Glasgow ne se posent plus de questions. Galilée doit se retourner dans sa tombe à l’idée que la science se négocie dans une procédure de consensus !

Au plan économique et politique, l’Inde et la Chine ont obtenu que le terme « disparition progressive » soit remplacé par « diminution progressive » de l’énergie au charbon. Quel euphémisme ! Il n’empêche que trente-neuf pays développés ont signé un accord mettant fin, d’ici à la fin 2022, aux financements à l’étranger de projets d’exploitation d’énergies fossiles sans techniques de capture du carbone. D’abord, la capture du carbone a un effet totalement marginal malgré son coût abyssal. S’agissant de projets à l’étranger, cette technique inefficace et coûteuse serait donc réservée aux pays importateurs de centrales, généralement peu industrialisés ! Par ailleurs, les pays industriels continueraient à financer ces centrales sur leur marché sans système de capture. Les riches se réserveront ainsi une électricité produite avec une énergie abondante et bon marché tout en en privant les pays les plus pauvres. La main sur le cœur, ils se sont engagés à « lancer un dialogue » pour compenser au Sud une économie sans carbone mais, en réalité, invivable. Qui entend le cri de la zambienne, Dambisa Moyo, qui dénonce cette « aide fatale » qui alimente un cycle sans fin de corruption en Afrique ?

Cette volonté de décarboner les économies rendra les pays pauvres encore plus pauvres. Aujourd’hui, l’UE dépend à 80 % des énergies fossiles. Après avoir dépensé 1000 milliards € en 20 ans, en éolien et solaire, nous en sommes à 2,5 %. Samuele Furfari, fonctionnaire européen pendant 36 ans à la DG Énergie de la Commission européenne, connait les chiffres : en Afrique, la consommation est de 700 kg d’équivalent pétrole d’énergie/personne/an contre 3 300 kg en Europe ! 900 millions d’Africains cuisinent avec des bouses animales séchées ou du bois vert, ou, si on est riche, avec du charbon de bois. Cela représente 60 % de la consommation africaine d’énergie pour la cuisine, 99 % en Ouganda, et Madagascar. En Europe, la consommation électrique est de 6100 kWh/habitant contre 530 en Afrique. 570 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Au Kenya, 65 % des entreprises sont victimes de délestages de deux heures entre 4 et 14 fois par semaine.

Croit-on un instant que l’Afrique pourra se développer sur ces bases ? Ni l’éolien ni le solaire ne permettront de rattraper un tel retard. Et quand certains pays d’Afrique envisagent d’investir dans des barrages hydroélectriques, ou des centrales à charbon, le Nord refuse de les financer au motif que ce ne serait pas du « développement durable » !

Quel paradoxe, de voir nos gouvernants faire acte de repentance pour le colonialisme passé et se complaire dans un néocolonialisme économiquement inique et un paternalisme écologiquement moralisateur ! Paradoxe de nos ONG qui enferment l’Afrique dans un sous-développement durable alors que la Chine est érigée en modèle social même si elle construit actuellement plus de 368 centrales à charbon pour moderniser un réseau auquel 100 % des Chinois sont connectés. Les émissions de CO2 de ces centrales sont sans risque pour la planète, puisque les variations climatiques sont le fait de variations de rayonnements cosmiques corrélées à des cycles solaires.

En Afrique, l’urgence n’est pas climatique, mais énergétique avec un charbon abondant et bon marché. À force de confondre le cri des ONG avec une prétendue clameur de la Terre, on n’entend plus celle des pauvres !



France — Les mesures du ministère de l'Éducation en faveur des transgenres à l'école

Parue le 29 septembre, une circulaire de l’Éducation nationale a fixé les principes pour un meilleur accueil des élèves transgenres en milieu scolaire. L’enseignant Olivier Gosset considère que certaines préconisations du texte outrepassent largement les missions de l’école. Olivier Gosset est enseignant et président de l’association des « Enseignants pour l’enfance » a publié une lettre ouverte sur le sujet dans Le Figaro.

Le 29 septembre 2021, Jean-Michel Blanquer publiait une Circulaire adressée à tous les membres de la communauté éducative. Intitulée « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire », cette dernière a suscité de nombreux commentaires. Les uns se félicitaient que l’école prenne en charge cette problématique affectant la jeunesse, tandis que d’autres s’indignaient des possibles conséquences que la mise en place de ce texte pouvait induire. Peu ont vu que ce dernier, multipliant injonctions et contradictions, plaçait l’école dans le monde de la confusion.

Ce qui frappe en effet à la lecture de cette directive est la succession des contradictions proférées. Tout d’abord, le Ministre se félicite d’une école qui protège un « universalisme qui définit chacun non par son identité, mais par sa dignité d’être humain ». Parallèlement, il affirme que « la transidentité est un fait qui concerne l’institution scolaire ».

Le Québec a depuis longtemps cédé à la dérive thérapeutique et d’évincement des parents que dénonce Olivier Gosset. Voir, par exemple, ces « Mesures d’ouverture et de soutien envers les jeunes trans et les jeunes non binaires »

 

De même, le texte précise que « la non-congruence entre le genre de naissance et le genre vécu ne constitue ni un trouble psychiatrique ni une pathologie ». Pourtant, le Ministre se réclame de l’Organisation Mondiale de la Santé pour alerter les personnels éducatifs sur cette question.

Enfin, la circulaire rappelle que ces difficultés renvoient chacun « à son ressenti intime » et qu’elles relèvent de la « vie privée ». Toutefois, c’est bien elle qui demande à l’école, lieu public par excellence, de prendre en charge celles-ci. À lire le texte de Monsieur Blanquer, on ne sait plus trop si la transidentité est un trouble ou un fait, si l’école doit dispenser des savoirs ou des soins, si la mission de l’État est de viser au bien de tous ou de veiller à la souffrance de chacun.

Voulant soigner les blessures d’une souffrance, l’école sort de son statut et manque à ses missions.

Olivier Gosset

Pour pallier ces difficultés, le Ministre demande à ses personnels de multiplier les tâches et d’adopter toutes les postures. Ainsi, les professeurs sont sommés de faire preuve « d’une écoute attentive et bienveillante permettant de respecter le libre choix de l’élève ». De même, ils « ont le devoir d’accompagner les jeunes » et « de leur laisser la possibilité d’explorer une variété de cheminements ».

S’ils reçoivent des confidences, les enseignants doivent veiller au « respect du principe de confidentialité », quitte à se garder d’« une communication avec les représentants légaux ». Enfin, si l’élève veut changer de prénom, il faut que « l’établissement scolaire substitue le prénom d’usage, de manière cohérente et simultanée dans tous les documents qui relèvent de l’organisation interne ». Multiples et injonctives, ces recommandations donnent le vertige. Le professeur est ici sommé d’être à la fois écoute attentive, tuteur, substitut des parents et chambre d’enregistrement des changements de civilités.

La seule question pour laquelle le cadre scolaire a quelque compétence est celle du genre grammatical.

Olivier Gosset

Consciente de la charge qui pèserait alors sur l’école, la directive recommande à celle-ci d’entrer dans une « démarche collective et partenariale ». Sous ce beau nom, il faut entendre que l’institution, dépassée par une problématique qu’elle prétend régler, accepte « le concours des associations, agréées ou conventionnées ». Ici, la porte s’ouvre et peut entrer qui veut : la dernière limite qu’accepte de lever l’école est celle de sa propre sanctuarisation.

La Circulaire Blanquer marque une étape dans la politique que mène l’Éducation nationale au sujet des questions liées à la sexualité et à la vie affective. Voulant soigner les blessures d’une souffrance, l’école sort de son statut et manque à ses missions. Demandant aux professeurs de jouer tous les rôles et réclamant le secours d’organismes non scolaires, l’institution trahit le pacte qui la lie à la nation comme aux familles.

Faut-il rappeler que le Code de l’Éducation assigne comme premier objectif à l’école celui de « la transmission des connaissances » ? Faut-il redire que « L’État » y « garantit l’action éducative des familles » ? Que penser d’une école qui voudrait guérir au lieu d’enseigner ? Que dire de professeurs cachant de lourds secrets à des parents inquiets ? Qu’en est-il d’une structure d’État ouvrant ses portes au tout-venant ? Se perdant dans d’insolubles questions d’identité, l’institution risque ici la perte de son identité. À cet égard, la seule question pour laquelle le cadre scolaire a quelque compétence est celle du genre grammatical. Et c’est à elle qu’il ferait bien de revenir s’il veut porter secours : masculin et féminin sont des catégories qui s’enseignent dans la langue pour pouvoir être ensuite réfléchies par les consciences. Donnons d’abord à nos élèves les mots qui leur permettront ensuite de penser leurs maux.

Voir aussi

France — Le niveau de défiance des parents envers l’Éducation nationale devient « préoccupant » 

Zemmour : je suis tombé dans le panneau de J-M Blanquer 

France — Traitement inégalitaire pour les lycéens des écoles libres au bac 2021 

Alors que la « culturophobie » menace l’école, le ministre Blanquer lutte contre la transphobie 

France — L’Éducation nationale se dit pro-innovation, mais ne l’est pas dans les actes

France — Enseignement à distance, la semaine calamiteuse 

France — Fin de la liberté d’instruire ses enfants à la maison sauf stricte et subjective autorisation gouvernementale (sous Macron et Blanquer)

Michel Desmurget: “Le télé-enseignement est une parodie éducative”

France — Nouveau bac : fin de l’anonymat et du diplôme national, davantage de bachotage, pas plus d’excellence ?

France — La droite conservatrice se trompe-t-elle au sujet de Blanquer ?

France — le ministre de l’Éducation Blanquer bouscule la « gauche pédago »  (jeu de rôles)

Réforme Blanquer : en 2021, le programme de philosophie « sera féminisé et deviendra plus multiculturel qu’il ne l’est actuellement » 

France — la Théorie du genre enseignée (rien n’a changé avec Blanquer) 

France — Chute inquiétante du niveau des élèves dans les quartiers immigrés

Très faible impact du dédoublement très coûteux des classes en « banlieues difficiles »

France — dédoublement des classes en banlieues, fermeture de 200 à 300 classes en milieu rural

France — Classes dédoublées en banlieues immigrées, l’intendance ne suit pas 

Pour Barbara Lefebvre, M. Blanquer le ministre de l’Éducation en France, a tenu à sa nomination un langage conservateur. mais il ne changera rien sur le fond  

France — Le grand oral du bac risque d’être une fabrique de conformisme

France — Les écoles hors contrat, coupables de mieux réussir que l’État ? 

France — malgré des moyens très importants, constat d’échec des politiques d’éducation prioritaires

 

Universités — la bureaucratisation de l'idéologie woke

Le texte ci-dessous est de Joseph Facal dans le Journal de Québec, il résume un article de Jonathan Kay. 

Mais rappelons d’abord le contexte. La pandémie a été une période difficile pour les universités canadiennes, car l’adoption des salles de classe virtuelles a amené certaines familles à se demander si le modèle d’éducation traditionnel dans des universités de briques et de mortier en valait le prix. 

De nombreuses facultés canadiennes dépendent financièrement des étudiants étrangers, source de revenus remise en question par la gestion draconnienne de la COVID. 

En avril, l’Université Laurentienne en Ontario s’est déclarée insolvable. En conséquence, elle a supprimé des dizaines de programmes et a licencié une centaine de professeurs — chose inédite. 

Et pourtant, aucune de ces questions n’était inscrite à l’ordre du jour de la réunion du 27 octobre d’Universités Canada dont nous parlent Joseph Facal et Jonathan Kay ci-dessous. En vérité, l’Université Laurentienne ne mérite même pas une mention dans l’ordre du jour.  Et la seule référence substantielle à la pandémie de COVID consiste en un aparté selon lequel « les femmes ont été touchées de manière disproportionnée pendant la pandémie ». Comme on le verra ci-dessous, au lieu de cela, tous les principaux points d’action de l’ordre du jour sont consacrés à la très connoté et très woke « justice sociale ».


Le 27 octobre dernier, 53 hauts dirigeants des universités canadiennes se sont discrètement réunis à Ottawa. 

Les universités québécoises qui font partie d’Universités Canada.

 

Ont-ils discuté de leurs difficultés financières, des priorités de la recherche scientifique, de l’avenir des cours en ligne, de la quête de l’excellence, de partenariats internationaux, etc. ?

Orwellien

Pas du tout. Leurs discussions furent centrées sur une série de documents dont Jonathan Kay a obtenu copie.

Il y est proposé d’écarter pour de bon la non-prise en compte de la race, associée à un déni coupable, pour y substituer l’obligation pour chaque bureaucrate universitaire de réfléchir à son « identité ethno-raciale », à ses « biais raciaux » et à sa trajectoire privilégiée en comparaison de ceux qui vivent une « marginalisation liée à leur race ». 

 



Il y est lourdement question de « fragilité blanche », d’instructions sur l’utilisation ou non de certains mots et phrases, etc.

La pièce de résistance est cependant le plan d’action proposé, truffé de schémas, graphiques, questionnaires, etc., dont nous montrons un mini-échantillon.

Les efforts antiracistes sont classés en quatre catégories, allant de « l’introspection affirmative » à la reconfiguration de « l’architecture sociale ».

Les dirigeants doivent se classer dans un schéma en 15 points construit autour des « axes de privilège, domination et oppression ».

La « diversité » se saisit à quatre niveaux, allant de « l’analyse » au « changement organisationnel » en passant par la « conceptualisation de la sécurité culturelle ».  

On se croirait dans un séminaire de MBA.

L’idéologie se concrétise en cibles, outils, questionnaires, tâches, rôles, responsabilités, indicateurs de performance, etc.

Il faut terminer d’installer, dit le rapport, des cadres seniors chargés d’appliquer des politiques antiracistes sur tous les campus, et des « champions juniors de l’antiracisme » récompensés à coup de promotions, de hausses de salaires et de bonis.

Un conseiller en équité dûment formé devrait être impliqué dans chaque décision d’embauche.  

Tous les candidats pour un poste devront remplir un questionnaire sur l’antiracisme, le sujet devra être abordé dans toutes les entrevues, et l’ardeur de leur antiracisme devra être priorisée lorsque plusieurs candidats seront dans la même « zone d’excellence ».

Nous sommes très loin de quelques étudiants « crinqués » [furieux, enragé, furax] par un mot ou de professeurs militants qui veulent écarter un collègue.

C’est un véritable rouleau compresseur, un plan d’action visant une reconfiguration complète, orwellienne, de type soviétique, des institutions, pilotée d’en haut, qui veut s’étendre sur des années et s’appliquer à toutes les dimensions du milieu universitaire canadien.

Flics

Bref, l’idéologie woke est de plus en plus bureaucratisée, logée tout en haut de la hiérarchie du pouvoir universitaire, traduite en politiques quotidiennes visant à imposer cette nouvelle orthodoxie, en plus de servir d’autoroute pour des carrières de policier de la pensée.

L’auteure du document est Arig Al Shaibah, vice-présidente associée à l’Équité et à l’Inclusion à l’Université McMaster, dont les revenus en 2020 étaient de 249 000 $.

Pour en savoir plus, allez sur le site quillette.com et lisez « Anti-Racism as Office-Politics Power Play: A Canadian Academic Case Study ». 

Voir aussi 

Les sciences dures et le wokisme 

Surfinancement des établissements anglophones au Québec

McGill — discrimination positive en médecine pour les candidats qui « s'identifient comme noirs »

Universités — candidats universitaires en sciences (STIM) doivent promettre de promouvoir la diversité (avec liste de postes de professeur ou d’assistant à pourvoir).

Université anglophone Concordia : « Repérer et contrer le colonialisme en physique contemporaine »

Étude sur les pressions, les sanctions, la discrimination politique et l’autocensure à l’université

Aux racines du wokisme dans les universités. Pourquoi cette crise dans les universités ?

Royaume-Uni — le gouvernement s’attaque à la censure et l’intimidation dans les universités 

La lâcheté de l’université anglophone McGill et son « éducation de qualité » 

Longue confrontation lors d’un cours d’anatomie pour avoir rappelé l’importance biologique des différences sexuelles

Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ?  

« Le wokisme, un opium des intellectuels »

Éducation au Québec — « Mais c’est très colonial que de déterminer des échéanciers et de s’y tenir à tout prix ! »

Legault parle de garantir la liberté de débat à l’université, Martine Delvaux de l’UQAM parle de « police » gouvernementale  

Sur l’île de Montréal, chaque étudiant qui étudie en anglais reçoit 56 % de plus de fonds d’immobilisation que celui qui étudie en français  

Étude sur les pressions, les sanctions, la discrimination politique et l’autocensure à l’université  

Étudiants radicaux contre un professeur émérite de l’Université McGill (2020)

Police du correctivisme — étudiant de McGill doit s’excuser pour « microagression » (2014)

 

 

lundi 15 novembre 2021

Exaltation d’une laïcité qui impose un athéisme d’État, politique migratoire qui change la composition de la population du pays

Dans un essai puissant, Le Cabinet des antiques, publié aux Belles Lettres, le directeur du Figaro Histoire nous replonge aux origines de la démocratie pour mieux interroger l’évolution de celle-ci. Si la démocratie contemporaine est l’héritière lointaine du système mis au point il y a deux mille cinq cents ans par les Grecs, elle obéit désormais, selon Michel De Jaeghere, à des principes très différents de ceux de la démocratie antique.

LE FIGARO MAGAZINE. — Pourquoi êtes-vous allé chercher dans l’Antiquité grecque des modèles et des leçons politiques ? Ne s’agit-il pas d’un monde trop éloigné de nous pour avoir quelque chose d’opératoire à nous dire ?

MICHEL DE JAEGHERE. — Les Grecs sont souvent glorifiés pour avoir inventé la démocratie. Cela ne va pas sans malentendus, puisque la plupart de leurs intellectuels étaient réservés ou carrément hostiles (dans le cas de Platon) à ce régime, et que la démocratie contemporaine obéit à des principes qui sont, comme je m’efforce de le montrer dans ce livre, très différents de ceux de la démocratie antique. Ce qu’ont inventé les Grecs, c’est bien plutôt la politique. Ils en ont fait les premiers l’expérience en faisant de chacune de leurs cités le cadre d’une délibération sur le Bien et le Juste. Ils ont réfléchi et écrit sur cette pratique avec tout l’enthousiasme de la découverte, la fraîcheur de la première fois. Ils ont exploré les avantages et les inconvénients, les vertus et les vices des différents systèmes : la démocratie, l’oligarchie et la monarchie.

Servis par la liberté de pensée et la maîtrise de la discussion rationnelle que leur avait fait acquérir la vie civique, en même temps que par la curiosité d’un peuple de marins que ses navigations avaient mis au contact des civilisations du Proche-Orient, par enfin la possession d’une langue claire, propre à la démonstration, à la précision, à la synthèse, ils ont mis au point la plupart des concepts sur lesquels reste fondée notre vie politique. S’il faut se garder, en histoire, de tout anachronisme, il me semble que c’est l’honneur et la justification même de la discipline que de nous permettre de puiser dans le trésor de l’expérience du passé pour nous demander ce qu’il a à nous dire : ce qu’il a d’éternel parce qu’il touche aux permanences de la nature humaine.

Au Ve siècle avant notre ère, le siècle de Périclès et le grand siècle de la démocratie athénienne, on n’a gardé la trace de l’adoption par l’Assemblée que de sept nouvelles lois !

— Vous soulignez que la démocratie athénienne était différente de la nôtre. Est-ce seulement lié à une question d’échelle et au fait qu’il s’agissait une démocratie directe ?

— Il est certain qu’il s’agissait d’un système politique où chacun connaissait personnellement ceux qui étaient désignés pour conduire les affaires, où la vie politique consistait à trancher des questions dont les enjeux étaient extraordinairement concrets, où aucun gouvernement constitué ne se voyait doté du pouvoir d’imposer sa politique et ses choix, où le dernier mot revenait au peuple assemblé. Ces différences avec nos démocraties représentatives sautent aux yeux. Mais je me suis attaché à une autre, rarement soulignée, et qui me paraît bien plus significative. Elle tient à ce que cette démocratie ne se considérait pas comme nantie du pouvoir de se mettre elle-même au-dessus des lois : les lois non écrites, inébranlables, des dieux, dont se réclame Antigone ; les lois immémoriales reçues des ancêtres qui exprimaient la sagesse des nations.

L’essentiel de l’activité de l’Assemblée d’Athènes concernait la diplomatie, la guerre et la paix, l’adoption de décrets. Elle ressemblait à ce qui relève, chez nous, du pouvoir gouvernemental. L’Assemblée ne se mêlait pas de transformer la vie sociale pour faire droit aux changements d’humeur des citoyens. Celle-ci était réglée par des lois non écrites, considérées comme d’origine divine, ou par des lois écrites qu’on tenait pour vénérables, et qu’on se gardait de changer. Rédigées au début du VIe siècle (594 avant J.-C.) par un législateur qui avait pris en compte les coutumes des ancêtres en même temps que les nécessités du bien commun, les lois de Solon restèrent en vigueur, pour l’essentiel, pendant trois siècles. Or elles n’avaient pas été adoptées démocratiquement. Elles ne reflétaient pas la volonté populaire (certaines d’entre elles avaient, dit Plutarque, « mécontenté tout le monde »). Celle-ci s’y soumettait, cependant. Au Ve siècle avant notre ère, le siècle de Périclès et le grand siècle de la démocratie athénienne, on n’a gardé la trace de l’adoption par l’Assemblée que de sept nouvelles lois ! Dans le même temps, elle s’était livrée à d’innombrables débats de politique étrangère, et avait voté pas moins de 488 décrets.

— Le péché originel de la démocratie moderne serait, selon vous, de faire de la volonté générale un absolu. L’accusation n’est-elle pas paradoxale, alors que nos démocraties limitent la souveraineté populaire par l’action de nombreux contre-pouvoirs : juges, experts, institutions indépendantes qui ne tirent pas leur légitimité de l’élection ? On parle de droits fondamentaux au lieu de parler de loi naturelle, mais cela ne revient-il pas au même ?

— Non, ce n’est pas du tout la même chose. C’est même le plus souvent le contraire. Ce qu’on a considéré comme la loi naturelle, s’imposant aux pouvoirs publics, de Sophocle à saint Thomas d’Aquin en passant par Aristote et Cicéron, c’est une loi déduite non de la nature sauvage, mais de la nature humaine. La sagesse des Grecs les avait amenés à comprendre que la spécificité de l’homme tenait à un certain nombre de caractères : sa raison, sa sociabilité (celle qui fait de lui non seulement un animal politique, mais un être de communauté, dont l’humanité ne s’accomplit que dans et par l’appartenance à un groupe social), sa volonté, qui lui permet de choisir entre le Bien et le Mal, son sens de la Justice, qui lui donne d’instinct de les distinguer, son attirance pour le Vrai, le Beau et le Bien, sa capacité, enfin, à penser la transcendance, à chercher Dieu. Étaient réputés naturels les devoirs et les institutions qui permettaient à l’homme d’accomplir cette nature. Théoricien de la souveraineté au XVIe siècle, Jean Bodin reconnaissait qu’il n’appartenait pas au souverain d’aller contre la loi naturelle, que le monarque devait lui être soumis comme s’il en était lui-même le sujet.

— La Déclaration des droits de l’homme n’est-elle pas la traduction politique de ce qu’on appelait la loi naturelle ou loi divine ?

— La Déclaration des droits de l’homme de 1789, qui est le texte fondateur de la démocratie moderne, s’est appuyée sur une autre vision de la nature humaine. Elle ne s’est pas contentée de reconnaître, comme le faisaient légitimement les Grecs, que la loi devait, par principe de justice, être la même pour tous. Elle a proclamé que les hommes naissaient « libres et égaux en droits » et qu’ils étaient, réunis, souverains, sans qu’on puisse opposer à leur volonté aucune loi divine ou naturelle, aucun principe transcendant. Cette liberté et cette égalité ont été ainsi présentées, d’emblée, comme illimitées. Elles étaient, dès lors, dans leur principe même, destructrices des légitimes hiérarchies (que reste-t-il, si l’on prend l’affirmation au sérieux, de l’autorité des parents sur leurs enfants, ou de la distinction entre le citoyen et l’étranger ?) en même temps que fondatrices d’un individualisme pour lequel, selon le mot de Pierre Manent, la seule loi est celle qui garantit à l’individu de mener une vie sans autre loi que celle qu’il s’est donnée à lui-même.

Les contre-pouvoirs d’une société régie par la loi naturelle, ce sont les sociétés inégalitaires et contraignantes — la famille, la nation (entendue comme un peuple uni par une culture commune, une langue, une histoire partagée et aimée), l’école, l’université, autrefois la paroisse — au sein desquelles est éduquée la liberté de l’homme pour le détourner de son animalité, de ses désirs désordonnés, de ses passions, et le faire tendre vers sa fin en lui apprenant à respecter un certain nombre de devoirs. La loi naturelle les protège de l’intrusion de l’État dans l’exercice de cette mission. Les contre-pouvoirs que tolère la démocratie contemporaine ont au contraire le même objet qu’elle : défendre le caractère illimité des droits individuels. Or ce pouvoir s’exerce moins contre l’État qu’au détriment des sociétés hiérarchiques héritées de l’ordre ancien. C’est au nom de ces droits que la loi naturelle a été démantelée, et avec elle les institutions qui en étaient les dépositaires, laissant l’individu roi dans un tête-à-tête mortifère avec un État réputé émancipateur et bienveillant, mais toujours plus intrusif dans la vie quotidienne des citoyens.

— L’une des clés de la crise de la démocratie ne tient-elle pas pourtant au mépris de nos représentants pour la volonté générale ?

— L’exaltation de la volonté générale n’aura été, dans notre histoire, qu’une étape, nécessaire à la liquidation de la loi naturelle et à l’avènement de l’individualisme radical. La souveraineté de tous a ouvert la voie, par conséquent nécessaire, à la souveraineté de chacun, et la démocratie contemporaine est dès lors devenue le vecteur d’une idéologie tendue vers la destruction des institutions susceptibles d’y faire opposition, telles que la famille, l’Église ou la nation. On peut le vérifier dans la convergence impressionnante entre les lois sociétales qui ont mis en pièces le modèle de la famille traditionnelle, l’exaltation d’une laïcité qui prend appui sur la menace (certes réelle) de l’islamisme pour mettre en place un athéisme d’État, la construction européenne et la politique migratoire, qui ont dépossédé le pays de sa souveraineté et changé la composition de sa population. Mais ce régime ne s’est imposé qu’en utilisant le prestige, le vocabulaire et quelques-uns des principes de la démocratie antique, singulièrement celui qui veut que la décision politique appartienne à la majorité. Il arrive souvent que ces deux logiques soient en harmonie : lorsque, cédant aux attentes des parties basses de l’âme, la cupidité, la recherche du confort, des satisfactions immédiates, la majorité se prononce pour un renforcement toujours plus outrancier des droits individuels. Il peut arriver pourtant (et ce fut le cas en 2005) qu’elles entrent en contradiction. Qu’une majorité se déclare en faveur des institutions dont la démocratie contemporaine a programmé la destruction, mais dont les peuples ont conservé la nostalgie, singulièrement quand il s’agit de la famille ou de la nation. On dira alors que la majorité a été égarée par un réflexe « populiste ».

— Justement, ce que l’on appelle le « populisme », n’est-ce pas tout simplement la démocratie ?

— Ce qui est « populiste », c’est ce qui est populaire, parfois majoritaire, sans devenir pour autant démocratique, parce que cela relève de l’attachement à des institutions dont la démocratie contemporaine a mis en œuvre le dépassement. On s’en remettra dans ce cas à une petite élite de sachants, d’oligarques plus démocrates que le peuple, car plus conscients de ce que la démocratie contemporaine n’est pas essentiellement une technique de gouvernement, mais un objectif : celui de la disparition de toute entrave à l’émancipation de l’individu vis-à-vis de ses liens traditionnels. La construction européenne et la politique migratoire qui ont été poursuivies depuis soixante ans échappent, de ce point de vue, légitimement à la volonté populaire, car elles tendent l’une et l’autre à détruire des nations perçues comme des structures porteuses d’inégalités et de discriminations en empêchant le grand brassage indifférencié des personnes, des cultures et des civilisations. Les institutions européennes peuvent ainsi apparaître comme la quintessence de la démocratie contemporaine dans ce qu’elle a de plus étranger à la démocratie antique : des procédures opaques y permettent à une oligarchie déracinée et irresponsable de légiférer sans nul souci des traditions, des lois humaines ou divines, non plus que de la volonté populaire. Elles tirent pourtant leur label démocratique du caractère libertaire des décisions qu’elles prennent et qu’on pourra imposer autoritairement. La politique migratoire relève quant à elle du « coup d’État démographique », puisque par la combinaison de l’ouverture des frontières et d’un accès indifférencié des nouveaux venus à la nationalité française on a, sachant pertinemment son opposition, changé contre son gré la composition d’un peuple français que l’on a pourtant continué, pour rire, à proclamer souverain.

 

 

Le Cabinet des Antiques,
de Michel De Jaeghere,
publié le 27 octobre 2021
aux Belles Lettres
à Paris,
576 pp.,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2 251 450 548
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2251450544


L'école soumise au néoprogressisme, l'école pour interrompre la transmission des « préjugés »

L'école progressiste pour rééduquer. Mathieu Bock-Côté y mentionne notamment l'élection récente en Virginie et l'abolition du programme d'Éthique et de culture religieuse. De Watrigant donne plusieurs exemples tirés des manuels scolaires français.

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France — Comment on endoctrine nos enfants à l’école 

« Tu peux dire ce que tu veux, Zemmour, de toute façon on tient le programme scolaire ! » 

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Marginalisation des enfants croyants par le ministre de l’Éducation du Québec  

Vivement la fin d’ECR !

 

Ingrid Riocreux sur les médias, les « vérificateurs de faits », la pandémie, la censure

Entretien complet (16 minutes)

 

Extraits :

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dimanche 14 novembre 2021

Un nouveau sondage suggère que le soutien pour l'idéologie transgenre est en déclin

Une enquête récente révèle que 62 % des Américains pensent que le sexe d’une personne ne peut pas être changé, marquant un changement par rapport à l’idéologie transgenre moderne.

Le sondage du Center for American Political Studies (CAPS) de l’Université Harvard et de Harris Insights and Analytics a été mené du 26 au 28 octobre et a interrogé 1 576 électeurs inscrits. On a demandé aux participants : « Pensez-vous que les gens devraient pouvoir choisir leur genre et leurs pronoms ou le genre et les pronoms sont-ils déterminés à la naissance ? »

Au total, moins de 40 pour cent étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle une personne peut changer de sexe. 62 % de tous les électeurs ont déclaré que « les gens sont nés avec leur sexe ».

Ce résultat s’oppose à ceux de précédents sondages du même institut de sondage Harvard/Harris sur le transgenrisme ces dernières années. En 2019, par exemple, Harvard/Harris avait demandé à 1 295 électeurs inscrits : « Pensez-vous que les personnes transgenres devraient être obligées d’utiliser les toilettes de leur sexe à la naissance ou autorisées à utiliser les toilettes qui correspondent le mieux à leur identité de genre et au sexe qu’elles déclarent avoir ? »

Dans cette enquête, les réponses étaient parfaitement partagées à 50/50. Cela suggère que le soutien pour la rhétorique transgenre s’étiole.

Cependant, lorsque la question est posée exclusivement aux démocrates, la plupart des membres du parti de gauche du pays soutiennent toujours les notions d’identité de genre choisie par rapport au sexe biologique. Selon le nouveau sondage Harvard/Harris, 59 % des démocrates sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les gens devraient pouvoir choisir leur sexe ».

Une deuxième question du même sondage était encore moins favorable à l’idéologie transgenre : seuls 28 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il y existe « plus de deux genres ».

Les militants transgenres, après tout, insistent sur le fait que les humains ne se limitent pas aux « hommes » et « femmes », mais peuvent également appartenir à une variété d’étiquettes, y compris « agent », « androgyne », « bigenre », « demigarçon » et « demigenre ».

Les sondages du Public Religion Research Institute (PRRI) pro-transgenre suggèrent également que le soutien au transgenre a diminué au cours des deux dernières années.

Par exemple, un sondage PRRI de 2018 a affirmé que 50 % des Américains ont déclaré qu’ils étaient d’accord pour que des hommes transgenres (qui se disent femmes donc) puissent participer aux compétitions sportives féminines. Mais le récent sondage d’août de l’organisation a révélé que désormais, seuls 36 % des Américains croient cela.

Le sondage PRRI a également montré une baisse d’un tiers en deux ans du nombre de personnes qui pensent qu’il existe des sexes autres que l’homme et la femme. En 2021, seulement 17 % des Américains croient fermement qu’il existe plusieurs « genres », contre 24 % lors d’une précédente enquête PRRI de 2019.

Une déclaration de l’American Principles Project, qui organise l’opposition au niveau des États à l’agenda transgenre, se lit comme suit :

La victoire de Glenn Youngkin [dans l’élection de gouverneur de Virginie] a montré que les électeurs, et en particulier les parents, prennent conscience des conséquences horribles de l’idéologie de genre de la gauche réveillée, en particulier de la façon dont elle menace la vie privée et la sécurité des filles à l’école.…

[Voir aussi Virginie — Victoire surprise d’un républicain en faveur du droit de regard des parents dans l’éducation de leurs enfants]

Il n’est donc pas surprenant d’également voir l’opinion publique sur ces questions changer dans les sondages.

Le vent a semblé tourner contre le transgenre ces derniers mois. Un certain nombre d’États, comme la Floride, ont adopté une législation pour empêcher les hommes de concourir dans les sports féminins.

Et en Virginie, qui semblait sur le point de devenir un État entièrement bleu, la Cour suprême de l’État s’est récemment rangée du côté d’un enseignant qui avait été suspendu parce qu’il refusait d’utiliser des pronoms et des noms préférés pour s’adresser aux « étudiants transgenres ».

Le contrecoup à l’idéologie transgenre survient alors que ses défenseurs sont devenus plus radicaux dans leurs tentatives de l’imposer à tous les Américains et en particulier aux enfants.

Comme The New American l’a signalé plus tôt cette année, des émissions, des vidéos et des livres ciblent les enfants avec des messages pro-transgenres.

Le livre It Feels Good To Be Yourself: A Book About Gender Identity a trouvé sa place dans les écoles publiques, y compris dans le Los Angeles Unified School District, où il a été promu pendant le Mois de l’histoire des Noirs. Noah Grigni, l’illustrateur, est décrit comme « un illustrateur, écrivain et organisateur transgenre non binaire ».

Selwyn Duke de la The New American s’oppose à ce que les enfants croient en l’idéologie transgenre/multigenre :

« En ce qui concerne les jeunes mal dans leur «  sexe”, notez que plus de 80 pour cent des filles et 90 pour cent des garçons surmonteront la confusion s’ils sont laissés à eux-mêmes. »

samedi 13 novembre 2021

France — Comment on endoctrine nos enfants à l’école

Au nom de la « diversité » et de son corollaire pédagogique, l’« inclusion », les idéologies woke ont pénétré dans le temple scolaire avec la complicité d’une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques.

Sara * (1) est lycéenne dans un établissement sans histoire de la banlieue parisienne. Son lycée n’est ni huppé ni ghetto. L’équilibre du « vivre-ensemble » y est fragile, mais il tient. Sara est métisse, ses camarades sont d’origines diverses. Ils sont blancs, noirs, maghrébins, asiatiques, mais pour elle, comme pour eux, la différence n’a jamais été un sujet de débat ni un problème… Jusqu’à ce fameux cours d’éducation morale et civique intitulé : « Le racisme anti-Blancs existe-t-il ? » Une question qui n’en était pas une, selon la lycéenne, tant l’enseignante a verrouillé les échanges pour imposer sa réponse : « Non, il n’existe pas. » Les élèves ont été invités à se définir comme « racisés » ou « non racisés » et ont découvert les notions de « privilège blanc », de « racisme systémique », etc. Une véritable initiation à la sémantique décoloniale !

« Ce cours a tout changé dans la classe, affirme Sara. Nous nous entendions bien, il y avait de la solidarité, du respect et de la bienveillance entre nous. Mais certains ont commencé à se voir comme des victimes de racisme, à ne parler que de cela. La boucle WhatsApp de la classe est devenue un champ de bataille avec deux camps qui s’affrontaient. Il y avait les Blancs accusés de racisme et les “basanés” de la classe qui parlaient d’esclavage, de colonialisme, d’inégalité. Ce cours n’a pas fait réfléchir. Il a installé un climat de haine et transformé en victimes certains de mes camarades qui allaient très bien jusque-là. » Du haut de ses 15 ans, la jeune fille interroge cette notion de racisme à sens unique, mais aussi et surtout la démarche de cette prof : « J’ai été frappée par l’impossibilité de discuter cette théorie. Je ne comprenais pas. Pour moi, le racisme, c’est d’abord de la bêtise. Et la bêtise n’a pas de couleur de peau. Heureusement, j’ai pu en discuter avec mes parents qui m’ont rassurée. Ils m’ont expliqué que ce cours était de l’idéologie déguisée. Ils m’ont parlé des thèses indigénistes et racialistes. Dans notre classe, plus rien n’a été comme avant après ça. La prof a changé d’établissement l’année suivante. Elle est partie sans essayer de réparer les dégâts. »

« Idéologues du bien »

L’anecdote ne surprend pas l’essayiste Fatiha Boudjahlat (2). Professeur d’histoire et géographie dans un collège de Toulouse, elle est en colère : « C’est terrifiant ce qu’il se passe aujourd’hui, s’exclame-t-elle. L’école est gangrenée par des idéologues. Ils avancent masqués, en utilisant leurs cours et leur autorité de professeurs pour faire de la propagande politique sous couvert de générosité et de respect de la diversité. » C’est ce qu’elle appelle « le complexe du missionnaire en Afrique » : « Ils veulent “sauver” les gamins en leur révélant leur statut de victimes, en faire de bons indigènes, avec la haine de l’État et de la France. Ce sont des agents du séparatisme. »

Ses formules volontairement chocs donnent la mesure de son désarroi. Que dire à cette élève noire qui lui raconte, en larmes, que son professeur d’anglais, après avoir projeté à toute la classe un film sur le Ku Klux Klan, l’a reprise au cours de la discussion qui a suivi en lui affirmant : « Tu n’es pas française, tu es afro-américaine ! » « Cette ado est originaire de Guyane, soupire Fatiha Boudjahlat, et son enseignante lui refuse le droit de se définir comme française. C’est incompréhensible pour cette jeune fille. »

Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai assisté à un grand moment de folie ­collective ­durant lequel ils ­essayaient de comprendre et de justifier cet acte abominable. J’avais envie de hurler.

Un professeur de lettres

Des méthodes que connaît bien ce professeur de lettres qui a choisi d’enseigner dans des établissements difficiles, motivé, dit-il par « l’envie d’être utile et de tirer vers le haut les élèves issus des quartiers les plus défavorisés ». Ses nobles convictions s’érodent chaque jour un peu plus au contact de la rugosité du quotidien dans le lycée des Hauts-de-Seine où il exerce. Le communautarisme, la radicalité voire la violence sont des difficultés avec lesquelles il a appris à composer pour continuer à faire son métier, « pour les élèves qui s’accrochent ». Son intransigeance, il la réserve à ceux de ses collègues qu’il qualifie « d’idéologues du bien », « en général syndiqués et affiliés à l’extrême gauche » : « Ils sont majoritaires en salle de profs et c’est une plaie. Ils contribuent à faire de ce lycée un établissement poubelle. Ce sont des militants indigénistes, woke ou communautaristes. Ils font de l’entrisme pour détruire de l’intérieur le système scolaire. Ça me rend malade, peste-t-il. Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai assisté à un grand moment de folie collective durant lequel ils essayaient de comprendre et de justifier cet acte abominable. J’avais envie de hurler. » Il nous a demandé de ne pas faire apparaître son nom : « Mon attachement viscéral aux valeurs républicaines m’oblige à raser les murs à l’école. »

Il décrit des collègues « militants », qui considèrent l’enseignement, la rigueur et l’exigence comme autant de formes de violence. « À leurs yeux, un prof qui fait bien son boulot est un salaud, soupire-t-il. Pour ma part, je suis critiqué, car je fais de la littérature considérée comme de la “culture blanche”. On ne doit surtout pas confronter nos élèves à de grands auteurs, car, selon eux, ces sujets ne les intéressent pas. Ils leur proposent de la sous-culture. Ils sont convaincus de faire preuve de bienveillance, mais pour moi, ce n’est que du mépris. Ces jeunes ont aussi le droit d’apprendre, de nourrir leurs esprits et leur curiosité. Ces militants veulent surtout les empêcher de progresser et les laisser dans leur merde. »

Des élèves se sont mis à fermer ­ostensiblement leurs cahiers quand je parlais par exemple de darwinisme

Philippe, professeur

Leila *, prof dans un lycée de Seine–Saint-Denis, confirme : « Nos élèves cumulent beaucoup de difficultés et je suis ulcérée de voir comment certains profs, par idéologie, les maintiennent dans un statut de victimes de la société, de la police. Ils entretiennent l’idée que ce pays, qui est le leur, ne les aime pas, et ils alimentent la haine dans le cœur de cette jeunesse. » Assa Traoré est même venue dans son établissement, au titre de son comité La vérité pour Adama. Sujet de l’intervention : les violences policières.

L’islam politique profite de ce terrain pour avancer ses pions. Philippe a démarré sa carrière dans un établissement difficile de la région du Grand Est. Il y a vu progresser le communautarisme religieux. « Avant, seuls un ou deux élèves avaient des difficultés à faire la différence entre science et croyance, se souvient-il. Puis, de plus en plus, des élèves se sont mis à fermer ostensiblement leurs cahiers quand je parlais par exemple de darwinisme. » Lui-même avoue avoir été surpris par le nombre croissant d’élèves demandant à quitter la classe dès la nuit tombée pour pouvoir manger plus tôt en période de ramadan. « J’ai honte de le dire, soupire-t-il, mais au début je trouvais ça amusant. »

Le sujet devient encore plus grave lorsque l’école relaie les injonctions religieuses. En 2019, l’administration d’un collège public du Val-de-Marne a envoyé un formulaire aux familles pour les inviter à se signaler si leurs enfants faisaient le ramadan. Ils auraient droit à une remise exceptionnelle au titre de « la pratique du jeune cultuel ». Quelques parents s’étant émus de cette forme d’assignation à résidence identitaire, on s’est aperçu que la pratique existait ailleurs. En Essonne, le président du conseil départemental François Durovray l’a purement et simplement interdite, mais ailleurs, elle est toujours en vigueur, plus discrètement.

Les intérêts de l’enfant

La même volonté d’endoctrinement est à l’œuvre autour d’un sujet ô combien à la mode, celui du genre et du sexe. Le lycée Fénelon, établissement réputé du 6e arrondissement parisien, se veut à la pointe du combat contre les discriminations dans ce domaine. En mai dernier, dans le cadre de sa « semaine contre les discriminations », il a accueilli une série de conférences organisées sous l’égide de l’Observatoire académique des LGBT + phobies. Outre l’exposé de Marie de la Chenelière, « consultante en transidentité », sur « Théorie et pratique de la transidentité », était programmée une session sur le « sexe neutre » au cours de laquelle Marie Mesnil, maîtresse de conférences en droit privé à l’université de Rennes-I, s’est livrée à un long plaidoyer en faveur de la disparition de la mention du sexe à l’état civil.

L’exemple de Fénelon n’est pas isolé. Les associations de lutte contre les discriminations sexistes multiplient les contacts avec l’Éducation nationale sur tout le territoire. SOS Homophobie est agréé par l’Éducation nationale, comme le Planning familial, qui fait lui aussi de la « lutte contre les stéréotypes de genre » une priorité. Ou comme Contact, dont le représentant a expliqué lors d’une table ronde organisée par l’académie de Dijon qu’il concevait ses interventions « avec les services de vie scolaire » qui les « intègrent dans les emplois du temps des collèges et des lycées ». Ces services, ce sont essentiellement les conseillers principaux d’éducation (CPE) et les conseils de vie collégienne ou lycéenne, présidés par le chef d’établissement et composés de représentants des élèves, des personnels, enseignants ou non-enseignants, et des parents d’élèves.

Pour cet enseignant à Nanterre, « par le biais de ces CPE notamment, mais aussi par celui des inspecteurs d’académie, le système encourage la pénétration idéologique ». « Les profs qui s’impliquent dans les initiatives des CPE sont les mieux notés et nous, qui voulons juste faire notre boulot sur le terrain, on avance dans le métier avec un sac à dos lesté de pierres ! »

Par définition, une association milite pour ce qui est son objet

Édouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire

Nous avons interrogé le ministère sur la confusion entre le travail, utile, de certaines associations auprès des jeunes victimes qu’elles aident et l’endoctrinement auquel elles se livrent avec la bénédiction de la Rue de Grenelle. Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO dans le jargon maison), Édouard Geffray relativise la notion de militantisme : « Par définition, une association milite pour ce qui est son objet », observe-t-il. Les associations de niveau national qui souhaitent intervenir en milieu scolaire doivent au préalable faire une demande d’agrément au DGESCO. Le numéro 2 du ministère de l’Éducation vérifie en particulier que la requérante souhaite bien s’inscrire dans le cadre pédagogique défini par l’institution et « évidemment qu’elle n’est pas susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’enfant ». Et selon lui , « lutter contre l’homophobie participe à la protection de l’enfance ». Si l’agrément est accordé, chaque projet d’intervention doit ensuite faire l’objet d’une autorisation spécifique du chef d’établissement concerné. « Il prend sa décision en accord avec les équipes pédagogiques, en fonction notamment du respect de l’équilibre des arguments et de la pondération dans l’expression », explique Édouard Geffray, en insistant sur ce qu’il appelle les « garde-fous » : « On ne dit pas à ces associations “tout ce que vous faites est génial” et l’agrément ne vaut pas un blanc-seing pour toutes les interventions qu’elles souhaitent faire en milieu scolaire. »

La Ligue de l’enseignement a un agrément. Confédération de quelque 25 000 associations locales, elle est même la première bénéficiaire des subventions de l’Éducation nationale. Elle s’est pourtant bien éloignée de la conception républicaine de la laïcité qu’elle cultivait lors de sa fondation, en 1866. Elle fait dorénavant encore mieux que les associations spécialisées dans les discriminations sexistes en assurant des séances ponctuelles de « sensibilisation aux LGBT + phobies » dès le primaire, jusqu’au lycée, et mène aussi des projets qui peuvent s’étendre tout au long de l’année avec des groupes d’élèves.

Les associations qui promeuvent la « déconstruction » du sexe et du genre devraient voir leurs ressources et leur influence augmenter considérablement grâce au plan gouvernemental 2020-2023 « pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ » préparé par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). Dans le titre 5, « Promouvoir une éducation inclusive et faire reculer les préjugés », plusieurs de leurs revendications sont reprises, dont la création d’un site dédié à l’éducation contre les LGTB + phobies, d’un « observatoire de la haine anti-LGTB+ dans chaque académie » et le développement tous azimuts de « formations » du personnel sur ces sujets. Par les associations dédiées, bien sûr.

Et les parents, dans tout cela ? La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), de gauche et très largement majoritaire, a choisi son camp depuis longtemps. En 2019, elle a franchi un pas supplémentaire dans l’« intersectionnalité » en menant une campagne d’affichage montrant une mère de famille voilée avec la légende : « Oui, je vais en sortie scolaire, et alors ? » En ce qui concerne la sexualité et le genre, elle n’est pas en reste. Pour Isabel Amis, présidente de la FCPE en Côte-d’Or, « l’école doit être ce point de solidité qui va permettre aux jeunes de s’émanciper des croyances familiales, (…) des parents qui sont dans le rejet, qui refuse d’accueillir et de prendre leur enfant en compte dans tout ce qu’il est et dans tout ce qu’il veut ». On ne saurait être plus clair.

Argent public

L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires a enquêté sur ces phénomènes d’endoctrinement en remontant à la source : il a publié en mai un rapport qui montre comment le discours racialiste et indigéniste imprègne la formation des futurs enseignants. Les extraits des thèses soutenues par certains de ces étudiants en pédagogie sont particulièrement édifiants. L’un d’eux, par exemple, s’est intéressé aux « rapports sociaux langagiers de pouvoir dans le domaine de l’éducation de la petite enfance ». Ce qui donne, en écriture inclusive bien sûr : « Les enseignant-e-s ne savent pas comment se comporter avec des enfants qui ne parlent pas la langue cible (le français, NDLR). Les langues “autres” des enfants et de leurs parents sont reléguées au contexte privé et leurs locutrices/locuteurs sont réduit-e-s au silence dans le cadre de l’école maternelle. De cette façon, le capital symbolique des enfants parlant une langue “autre” est exclu de l’institution préscolaire, ce qui contribue à une restriction de leur participation égalitaire aux processus de l’éducation. » Lueur d’espoir, selon l’auteur : « D’autres enseignant-e-s critiquent ces politiques linguistiques de facto et décrivent en revanche comment ils contribuent à aider les enfants à s’exprimer dans leur(s) langue(s) préférée(s). » Autrement dit, l’apprentissage du français ne doit plus être une priorité !

Ces formations sont autant de bombes à retardement qui vont exploser dans une dizaine d’années

Xavier-Laurent ­Salvador, fondateur de ­l’Observatoire du ­décolonialisme et des idéologies identitaires

Dans un registre tout aussi accablant, l’Observatoire a repéré une « formation à l’intersectionnalité », destinée à des enseignants-stagiaires, qui préconise de « prendre en compte » des « facteurs ethniques », « de manière imbriquée avec le genre et la classe sociale », y compris en éducation physique. Exemple : « En natation, je sais que mes élèves d’Afrique noire ont de grosses appréhensions du milieu aquatique, ce qui amène des problèmes pour, par exemple, se maintenir sur le dos en position étoile, donc on les autorise à bouger les jambes. » Ce « facteur ethnique » est « à considérer avec beaucoup de précautions afin de l’éloigner de toute tentation différentialiste », précise le plus sérieusement du monde le pédagogue.

Une fois en poste, les enseignants disposent d’un large éventail de sites d’autoformation en ligne, dont plusieurs sont des guides pratiques d’application de l’idéologie woke. Parmi eux, ce site dédié à la « pédagogie antidiscrimination ». Conçu par l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) de l’académie de Créteil et l’université Paris-Est Créteil, il est financé par de l’argent public, via l’Agence nationale de la recherche (ANR). On y parle « privilège blanc », « blanchité », « islamophobie », « hétéronormativité », « culture du viol » ou, encore, « capacitisme » (discrimination à l’égard des handicapés). On y dénonce même l’« âgisme », défini comme la « domination des adultes sur les enfants par la création d’une distinction juridique arbitraire entre ces deux catégories » ! Le site propose aux enseignants du primaire et du secondaire de s’« autodiagnostiquer » en répondant à un questionnaire : « Est-ce que je contribue à véhiculer ou est-ce que je combats les stéréotypes concernant les familles populaires sur le fait qu’elles sont “démissionnaires” ou qu’elles ne s’occupent pas de la scolarité de leurs enfants ? Est-ce que j’ai conscience que l’évaluation chiffrée produit un stress lié à la menace du stéréotype et n’est pas favorable aux élèves de milieux populaires ? etc. » Xavier-Laurent Salvador, fondateur de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires, prévient : « Ces formations sont autant de bombes à retardement qui vont exploser dans une dizaine d’années. » Transmis à la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

(1) Les noms suivis d’astérisque ont été modifiés.

(2) Les Nostalgériades, de Fatiha Agag-Boudjahlat, Éditions du Cerf, 144 p., 16 €.


L’idéologie dans les manuels et sur internet
Nombre d’ouvrages fleurissent. L’objectif affiché : biberonner les plus jeunes aux idées « progressistes ».
 
 
En mars 2017, le manuel Magellan et Galilée — Questionner le monde, destiné aux élèves de CE2 et publié par Hatier, lançait la mode des manuels « féministes » en utilisant l’écriture inclusive. Une grande première selon les professeurs des écoles interrogés à l’époque par Le Figaro. Depuis, la maison d’édition a récidivé et elle n’est pas la seule. « Tu reçois un. e correspondant. e anglais. e. Tu veux savoir si il ou elle apprécie les sports représentés dans les vignettes. Pose-lui trois questions », propose par exemple un cahier d’anglais baptisé My English Memo, destiné aux élèves de sixième. Il a été publié en mai, au moment même où Jean-Michel Blanquer prenait une circulaire pour proscrire l’écriture inclusive à l’école. Mais comme le rappelle Souâd Ayada, les éditeurs de manuels ne sont pas tenus par les circulaires ministérielles.

Plus subrepticement, un ouvrage des éditions Milan (hautement recommandées par l’Éducation nationale) sur le thème de la violence, à destination des 6-10 ans, illustre des actions brutales, dans lesquelles la quasi-totalité des agresseurs est blanche et les victimes « racisées ». Il ne s’agit pas ici d’un manuel scolaire, mais cet exemple illustre la façon dont les idéologies progressistes infusent petit à petit dans le milieu éducatif.

De nouveaux acteurs décomplexés ont émergé ces dernières années et s’investissent ouvertement dans les causes adoubées par le « wokisme »

Outre les maisons d’édition traditionnelles, de nouveaux acteurs décomplexés ont émergé ces dernières années et s’investissent ouvertement dans les causes adoubées par le « wokisme », défense des minorités en tête, qu’elles soient ethniques, sexuelles ou de genre. Le plus emblématique est Lelivrescolaire.fr. Créé en 2009 et propriété du groupe Hachette depuis 2020, ce site internet se vante de mettre en ligne « les manuels numériques les plus utilisés de France ». Quelque 1500 établissements français adhèrent en effet à la version « premium » pour leurs enseignants, avec le concours de certaines régions. La version gratuite, très bien référencée sur Google, est, elle, disponible en libre accès. Si bien que « le site s’impose de plus en plus comme une référence incontournable pour les élèves lors d’un devoir à la maison ou d’une dissertation », comme le confie un professeur de lycée de banlieue parisienne. Les exercices proposés sont clairement orientés, comme celui de ce manuel de français qui demande aux élèves de seconde de « rédiger un discours dans lequel [ils présenteront leurs] convictions et [défendrons leur] opinion sur l’écriture inclusive, à la manière d’un manifeste politique ». Le support qui accompagne l’énoncé : un article de France Culture… rédigé en écriture inclusive.

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