lundi 26 juillet 2021

Culte du progrès, croyance au sens de l'histoire, volonté de transformation : tentations totalitaires au cœur des sociétés occidentales

Ryszard Legutko a vécu une partie de son existence dans la Pologne communiste. Professeur de philosophie et éditeur d’une revue clandestine, il a expérimenté le fonctionnement d’un régime totalitaire dans ses aspects les plus concrets. Après la chute du mur et le retour de la liberté, il fut stupéfait de voir les ex-communistes s’adapter bien mieux que les anciens dissidents à la démocratie libérale et aux affaires. Il voulut comprendre les raisons de cette étonnante compatibilité.
 
En étudiant dans les détails les évolutions récentes de la démocratie libérale, il a découvert qu’elle partage en fait de nombreux traits inquiétants avec le communisme. Culte du « progrès », certitude qu’il existe un « sens de l’Histoire », volonté de transformer la société en luttant contre les adversaires de « l’émancipation et de l’égalité », soumission du suffrage populaire à des instances élitaires non élues, et aboutissement dans les deux cas, derrière le discours de la tolérance, à l’incapacité à tolérer aucune opinion contraire.
 
À l’heure où, dans les démocraties occidentales, nombre d’électeurs sentent qu’ils ne sont plus vraiment maîtres de leurs choix politiques et qu’ils doivent même censurer leurs propres opinions, cet ouvrage permet, en remontant le fil des changements récents, d’identifier clairement les erreurs commises et les solutions pour les réparer.

Professeur de philosophie, ancien ministre de l’Éducation en Pologne et député européen, il a répondu ci-dessous aux questions d’Anne-Laure Debaecker de Valeurs Actuelles.

Anne-Laure Debaecker. — Votre étude porte sur un sujet peu abordé : les similitudes entre les régimes démocratiques et communistes. Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre cette enquête ?

Ryszard Antoni Legutko. — Plusieurs choses m’y ont poussé. La première impulsion était une observation selon laquelle les anciens communistes, après l’effondrement du régime, se sont non seulement transformés du jour au lendemain en démocrates libéraux exemplaires, mais ils ont aussi été accueillis comme des partenaires et amis fiables par les démocrates libéraux, alors que les conservateurs des partis postcommunistes étaient considérés de façon assez hostile.

Puis, lorsque je me suis engagé dans la politique européenne, j’ai découvert à ma grande consternation que le pluralisme politique était une imposture. Le pouvoir est entre les mains d’un courant politique résolument de gauche et les soi-disant partis conservateurs ne sont plus conservateurs et ont accepté l’ordre du jour de gauche. Pour donner un exemple, le mariage homosexuel a été introduit par les socialistes en France, par les conservateurs en Grande-Bretagne et par les chrétiens-démocrates en Allemagne. Il y a une hégémonie politique et idéologique et quiconque s’oppose au courant dominant est ostracisé, intimidé et parfois puni par la loi. Nous voyons l’émergence de la censure et le politiquement correct est en train de devenir féroce. Il ne s’agit pas seulement du fanatisme de groupes marginaux, mais de la position officielle du courant dominant, c’est-à-dire un large spectre allant de la gauche à la soi-disant droite. Ce politiquement correct n’aurait pas émergé dans un environnement social véritablement diversifié.

— Certains pourraient vous rétorquer qu’il n’y a pas de comparaison possible entre un régime autoritaire et liberticide tel que le communisme et le régime démocratique, garant des libertés…

— Bien sûr, il existe d’énormes différences, mais ce qui est choquant, c’est qu’il y ait tant de similitudes et que leur nombre augmente. N’oublions pas que les communistes avaient toutes sortes de libertés dans leurs Constitutions. La question n’est pas de savoir ce qui est officiellement déclaré, mais plutôt ce qui se produit réellement. Les droits de l’homme et les libertés fièrement brandies, qui sont pratiquement devenus la religion politique de la civilisation occidentale, n’ont pas beaucoup aidé et ont parfois exacerbé la situation.

Prenez la liberté d’expression. Sous la pression des néomarxistes, des féministes et autres, est apparu le terme de « discours de haine », dont le sens est pour le moins obscur. Mais ce concept a été repris et utilisé comme un bâton pour punir et intimider tous ceux qui ne sont pas d’accord. Regardez le nombre de délits possibles que la démocratie libérale a engendrés. L’un des paradoxes de nos jours est que plus on accorde généreusement des droits aux nouveaux groupes de victimes, moins on peut dire de choses en Amérique et en Europe. Il est devenu beaucoup plus facile que par le passé d’être accusé de violer les droits de quelqu’un, de faire une remarque irrespectueuse, d’avoir des tendances racistes, homophobes, misogynes, transphobes, sexistes, phallocentriques ou autres offenses.

La société prétendument accablée par tous ces crimes devient un endroit de plus en plus dangereux, semblable à un champ de mines où chaque mouvement est risqué. Tout comme il est fortement déconseillé de gesticuler sur un champ de mines, il est tout aussi prudent de ne pas dire des choses qui sont peu orthodoxes, potentiellement répréhensibles, trop dissidentes pour ce qui est politiquement acceptable. La logique politique est irréfutable, quel que soit le système, qu’il soit européen ou soviétique, communiste ou libéral démocrate : plus il y a de victimes, plus il y a de péchés ; plus il y a de péchés, plus il y a d’auteurs ; plus il y a de péchés et plus d’agresseurs, plus il y a d’autocontrôle et d’autosurveillance…

— « D’une certaine manière, la démocratie libérale constitue une mystification idéologique plus insidieuse que le communisme. » Pourquoi ?

— C’est un canular idéologique insidieux parce qu’il est basé sur une mystification ou même sur un mensonge. Ses adhérents affirment qu’ils défendent la liberté, le pluralisme et la tolérance alors qu’en fait, ils font le contraire. Certes, le libéralisme se rapporte étymologiquement à la liberté (libertas en latin signifie liberté), mais il n’a jamais été question de liberté. Tout d’abord, le libéralisme concernait une ingénierie sociale globale. On constate que les programmes libéraux postulent une restructuration de tout selon un modèle libéral. Aucune institution n’est considérée comme pleinement légitime si elle ne répond pas aux critères libéraux.

La présence puissante du libéralisme a abouti à l’acceptation presque universelle de son présupposé majeur, à savoir que la charge de la preuve incombe à ceux qui défendent les institutions existantes et non à ceux qui les attaquent. Face à l’action des groupes qui veulent révolutionner nos institutions Black Lives Matter aux États-Unis, groupes féministes et homosexuels, la réaction est timide. Même la famille n’est pas défendue parce que l’hypothèse largement acceptée est que ceux qui subvertissent les institutions au nom d’un programme libéral ont raison, mais que ceux qui les défendent sont du côté des perdants. Le libéralisme ne consiste donc pas à « vivre et laisser vivre », mais à imposer un ordre libéral qui embrasse la totalité de la vie sociale.

— Vous qui avez pu en voir les arcanes, quel rôle joue l’Union européenne ?

— L’Union européenne est l’incarnation des maux de notre temps. Quelles que soient les raisons de l’intégration communautaire dans le passé, l’Union est aujourd’hui une catastrophe. Elle se transforme en un monolithe politique et idéologique qui veut imposer son agenda aux sociétés européennes. Elle ne tient pas compte de toutes les règles que l’Europe a élaborées au long de son histoire et qui ont plus ou moins été respectées dans les États-nations. Sa structure de pouvoir n’est pas claire et personne ne sait vraiment qui prend les décisions, il n’y a donc aucune responsabilité. Elle ignore la séparation des pouvoirs et viole systématiquement les traités.

Les responsables peuvent s’en tirer parce que dans toutes les institutions de l’Union européenne, il y a la même coalition politique et idéologique des forces libérales de gauche, qui font avancer impitoyablement leurs projets. Elle est imprégnée de malhonnêteté et d’hypocrisie, car deux systèmes politiques de pouvoir coexistent en elle l’un qui est écrit dans les traités, et l’autre qui résulte de la structure réelle du pouvoir. En raison de sa légitimité démocratique limitée, l’Union a perdu tous les mécanismes de contrôle. En tant que membre du Parlement européen, je peux dire que, depuis l’époque du communisme, je n’ai jamais vu autant de doubles standards, d’arbitraire et de jeux déloyaux en politique.

— De quelle façon la démocratie libérale produit-elle de la politisation ?

— La démocratie a toujours été politique, car elle rassemble des personnes plus actives que tout autre système. Mais le problème est qu’en démocratie il y a une tendance à tout démocratiser, même les domaines de notre vie qui sont essentiellement non démocratiques comme l’art, les universités ou les familles. Mais tout démocratiser peut être dangereux. Si vous démocratisez l’art, par exemple en abolissant le canon littéraire, alors vous barbarisez la culture. Quand on observe la tendance à abolir le canon littéraire aux États-Unis, on peut voir qu’il n’a apporté que la destruction. Si vous rejetez Homère parce qu’il était politiquement incorrect, vous perdez une occasion d’apprendre quelque chose et de développer votre sensibilité culturelle. En d’autres termes, vous serez stupide et resterez stupide. Il en va de même pour la démocratisation dans toutes les institutions non démocratiques.

Alexis de Tocqueville avait raison de prédire que la démocratie omniprésente et l’égalitarisme engendreraient une nouvelle forme de tyrannie. À notre époque, l’Union européenne est un bon exemple de la manière dont la démocratie peut créer des structures quasi tyranniques. Avec le libéralisme, c’est différent. Le libéralisme a conduit à l’individualisation, et par conséquent à transformer les gens en particuliers. Mais l’aspect politique était toujours là, le libéralisme proclamant son opposition aux despotismes et s’engageant à lutter pour les droits et à s’opposer aux tendances despotiques. En conséquence, les préoccupations privées de l’homme libéral se sont politisées. La révolution sexuelle a conduit à la politisation du sexe, c’est-à-dire à la politisation de l’un des aspects les plus privés de notre vie. Puis les féministes ont pris le relais et ont dit ouvertement que le domaine privé était politique. Ainsi, ce qui se passe dans notre chambre est devenu un élément central des réglementations politiques, idéologiques et juridiques. Les libéraux américains sont allés encore plus loin, déclarant que les toilettes étaient politiques. Je me demande ce qui sera politisé ensuite.

— À ce sujet, la Pologne a récemment été montrée du doigt, notamment en raison de ses positions sur l’avortement. Qu’est-ce que cela révèle à vos yeux ?

— Cela valide mon analyse sur le monopole du courant dominant et son programme. La Pologne est l’un des rares pays de l’Union européenne où l’avortement n’est pas autorisé à l’exception de deux cas quand la vie de la femme est en danger et en cas de viol ou d’inceste. Dans d’autres pays, il existe de grands groupes qui s’opposent à l’avortement, mais ils n’ont pas la parole sur la place publique tous les médias et toutes les institutions sont favorables à l’avortement. Dans certains pays, dissuader une femme de se faire avorter est puni par la loi. Théoriquement, les questions de vie et de mort relèvent des réglementations nationales, mais en pratique, c’est différent, comme l’a montré la fureur avec laquelle la Pologne a été attaquée par les institutions européennes et les organisations internationales.

Le fanatisme des groupes et des institutions pro-avortement et la disponibilité généralisée et facile de l’avortement indiquent un changement de sensibilité morale des sociétés occidentales. Le droit de se sentir à l’aise a démoli le sentiment d’obligation. Lorsqu’une grossesse interfère avec le droit de la femme (ou de l’homme) de se sentir à l’aise, elle peut être interrompue et le sentiment d’obligation envers l’enfant à naître ne compte plus. Le besoin de se sentir à l’aise à tout prix a rendu la vie et la mort légères et, finalement, sans importance.

— La démocratie veut diriger le monde dans une seule direction : la sienne. En effet, on nous répète régulièrement que la démocratie est le moins détestable des régimes. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Existe-t-il, en réalité, d’autres choix ?

— La réponse est assez simple, du moins en théorie un régime mixte, c’est-à-dire un système qui préserve les institutions non démocratiques en tant que partie intégrante et précieuse de toute la construction politique. Ce n’est pas une spéculation farfelue. Jusqu’à récemment, la plupart des pays d’Europe occidentale étaient des régimes mixtes. Même les États-Unis n’ont pas été fondés en tant que démocratie, mais en tant que république [à l’instar de Rome, d’où les Capitoles, les sénateurs, l’aigle, l’Ordre de Cincinnatus, l’architecture officielle très classique, l’élection indirecte du président par le collège électoral, etc.], ce qui signifiait aussi un système mixte. Il est difficile de dire quand tout a commencé à changer. Sans aucun doute, le changement s’est accéléré avec la révolution sexuelle de 1968 et son attaque contre tout l’édifice, convaincue que la démocratie et les droits sont une solution à tout. Maintenant que le mal est fait, il est difficile de reconstruire un sens de la hiérarchie dans les domaines de la société où des hiérarchies sont nécessaires, mais je pense que ce n’est pas impossible. Il faut avoir une image claire du problème et de l’alternative à la situation existante. Commençons par défendre les domaines qui sont basés sur la hiérarchie : la famille, l’art, l’éducation, la religion, la morale classique et la métaphysique classique. Si nous y parvenons, la politique reculera et nos sociétés se diversifieront à nouveau.

Le Diable dans la démocratie,
tentations totalitaires au cœur des sociétés libres,
de Ryszard Antoni Legutko,
paru le 24 février 2021,
chez L’Artilleur,
368 pages,
ISBN-10 : 2 810 010 080
ISBN-13 : 978-2810010080
22 €.

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dimanche 25 juillet 2021

Fonctionnaire de l'Union européenne : « Le français est une langue de merde qui doit disparaître »

Anecdote hallucinante de Jean Quatremer au sujet d'un fonctionnaire à la Commission européenne de Bruxelles, fonctionnaire de nationalité française : 
 
 « Le français est une langue de merde qui doit disparaître ».
 
 

McGill — discrimination positive en médecine pour les candidats qui « s'identifient comme noirs »

Nous en avions déjà parlé en février, on assiste à la mise en place de politiques de discrimination raciale dans les universités québécoises. Voir L’UdeM cherche à ouvrir ses portes à plus d’étudiants noirs en médecine. Ces études coûtent très cher aux contribuables québécois et le programme est contingenté. Si certains sont avantagés parce que noirs, qui perd sa chance d’étudier en médecine ?

Voici donc que McGill emboîte le pas et crée une nouvelle catégorie de candidats réservée aux gens « qui s’identifient comme Noirs ». Pour les candidats noirs à l’année préparatoire en médecine (Med-P),  McGill demande une cote R (la note de rendement) minimale de 34,5 (niveau collégial). Dans les cégeps anglophones de Montréal, près d’un finissant sur 12 (8 %) a plus de 34.

À titre de référence :

  • Nombre de places disponibles (noirs et non noirs) pour le programme prévues pour l’automne 2021 : 71
  • Nombre moyen de postulants : 870
  • Nombre moyen de candidats interviewés : 305
  • La cote R moyenne des candidats interviewés : 37,20 

Notez la note moyenne des gens qui sont interviewés, mais pas nécessairement reçus. Elle est supérieure à la note pour les candidats « qui s’identifient comme noirs ».

Une bonne note au collège (pour les candidats non discriminés) ne garantit pas d’être reçu. Voir ce qu’en disait le Devoir en mars 2021 :

Un « parcours du combattant », une « jungle » où le plus fort gagne : le processus d’admission dans une douzaine de programmes universitaires contingentés, dont la médecine, donne lieu à une rude concurrence.

« C’est ridicule à quel point c’est rendu compétitif pour entrer dans certains programmes. La pression est énorme sur les étudiants. Ça crée une grande panique », dit Liviu Danila, étudiant de première année en médecine à l’Université Laval. 

Liviu Danila peut témoigner des hauts et des bas du processus d’admission en médecine : malgré une moyenne générale de 90 % (une cote R de 35), il a échoué à ses deux premières tentatives d’être admis dans le programme. Il a été recalé une fois aux mini-entrevues multiples, une étape cruciale pour les candidats à la médecine (étape annulée depuis mars 2020 à cause de la pandémie), et une autre fois au test en ligne CASPer, destiné à évaluer le jugement des candidats.

Les procédures de sélection des étudiants dans les programmes universitaires contingentés sont de plus en plus complexes. Et anxiogènes. Il n’est pas rare que les aspirants médecins, pharmaciens ou dentistes doivent s’y prendre à plusieurs reprises pour être admis dans le programme convoité. Liviu Danila a ainsi étudié trois ans à l’université, en kinésiologie et en nutrition, avant d’être admis en médecine. Ça coûte cher, trois ans d’études universitaires utilisées comme tremplin pour une autre formation.

Le coût émotif est aussi lourd : « J’ai vécu une période très sombre après mon deuxième refus en médecine, raconte Liviu Danila. J’ai failli lâcher. Le rêve de ma vie, c’est de devenir médecin psychiatre. Mes parents m’ont toujours dit : “Si tu travailles fort, tu auras tout ce que tu veux.” Ça n’a pas toujours fonctionné pour moi. J’ai étudié comme un fou au cégep, mais je me suis planté deux fois dans le processus d’admission. »


Voir aussi
 

Surfinancement des établissements anglophones au Québec 

La lâcheté de l’université anglophone McGill et son « éducation de qualité » 

Sur l’île de Montréal, chaque étudiant qui étudie en anglais reçoit 56 % de plus de fonds d’immobilisation que celui qui étudie en français  

Étude sur les pressions, les sanctions, la discrimination politique et l’autocensure à l’université  

Université anglophone Concordia : « Repérer et contrer le colonialisme en physique contemporaine » 

Étudiants radicaux contre un professeur émérite de l’Université McGill (2020)

Police du correctivisme — étudiant de McGill doit s’excuser pour « microagression » (2014)

Montréal dans un nouveau délire (2020)

Québec — loi 66 adoptée, la CAQ participe à l’anglicisation rapide de Montréal (2020)

La CAQ pour l’agrandissement du cégep anglophone Dawson et de l’université anglophone McGill à Montréal

« À Montréal, l’anglais a déclassé le français comme langue des études postsecondaires »

 Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ?

Les enfants de la loi 101, l’école en français : une immersion forcée, ensuite ruée vers l’anglais

Étudier en français à Montréal est parfois bien difficile

samedi 24 juillet 2021

Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j'ai créé

Si vous êtes jamais allé sur Internet, il est fort probable que vous ayez déjà consulté Wikipédia. C’est le cinquième plus grand site Web au monde, attirant près de 6,1 milliards de lecteurs par mois et sert d’aide-mémoire pour presque tous les sujets dans le monde. L’influence de l’encyclopédie en ligne est si grande qu’elle est le plus grand et « le plus lu ouvrage de référence de l’histoire », avec pas moins de 56 millions d’éditions.

Mais la vérité sur ce fournisseur d’informations censément neutres est un peu plus complexe. Historiquement, Wikipédia a été écrit et surveillé par une communauté de bénévoles qui collaboraient et arbitraient les conflits entre des présentations concurrentes soumises par des rédacteurs, eux aussi bénévoles.

Cet arbitrage entre les idées, cette bataille d’idées selon le cofondateur de Wikipédia Larry Sanger, qui avaient lieu sur la plate-forme Wikipédia a constitué un élément crucial dans la promesse de neutralité de l’encyclopédie. Selon Sanger, cet engagement de neutralité a été abandonné après 2009. Dans les années qui ont suivi, sur des questions allant de la Covid à Joe Biden, elle est devenue de plus en plus partisane, épousant principalement un point de vue politiquement correct qui confine de plus en plus à la « propagande ». C’est, dit Sanger, la raison pour laquelle il a quitté l’organisation Wikipédia en 2007, le décrivant comme « irréparable ».


La traduction automatique est disponible (lancez la vidéo, appuyez sur la molette en bas à droite de la vidéo, puis Sous-titres, puis Traduire automatiquement et enfin choisir français).

Sur le parti pris de gauche de Wikipédia :

Il est impossible de citer le Daily Mail [journal populaire de droite]. Vous ne pouvez pas non plus citer Fox News sur des questions sociopolitiques. C’est interdit. Alors qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que, si une controverse n’est pas reprise par les grands médias de centre-gauche, elle n’apparaîtra pas plus sur Wikipédia.

LARRY SANGER

Sur la Covid :

Si vous regardez les articles de Wikipédia, vous pouvez simplement voir comment ils répètent simplement le point de vue du Conseil économique mondial, du Forum économique mondial, de l’Organisation mondiale de la santé, du CDC et de divers autres porte-parole de l’ordre établi comme Fauci — les articles de Wikipédia emboîtent le pas de ces sources autorisées… On fait respecter au niveau mondial un certain point de vue, ce qui est étonnant pour moi, étonnant pour un libertaire ou un conservateur épris de liberté.

LARRY SANGER

Dans quels autres domaines que la politique. cette vision de l’ordre établi se manifeste-t-elle ?

La médecine orientale est essentiellement appelée charlatanisme de manière dédaigneuse, assez critique, etc. C’est fait, apparemment sans aucun scrupule. Ensuite, en ce qui concerne le christianisme, l’angle adopté sur le christianisme est libéral et on le trouverait dans les principales confessions protestantes et le catholicisme libéral par opposition au point de vue de type fondamentaliste qui croit en la Bible.

LARRY SANGER

Comment les entrées Wikipédia sont-elles déformées :

Il existe des sociétés comme Wiki PR, où des rédacteurs et des éditeurs rémunérés se connectent à Wikipédia et en modifient les articles. Il existe peut-être un moyen de faire fonctionner un tel système, mais pas si on ne connaît pas le nom de ces personnes payées n — elles sont en fait censées s’identifier par leur nom et déclarer « nous représentons cette entreprise » s’ils sont officiellement enregistrés auprès d’une sorte de société qui rédige des articles sur Wikipédia. Mais ils ne sont pas forcés de le faire.

LARRY SANGER

Pourquoi cela se produit-il ?

Parce qu’il y a beaucoup d’influence. Wikipédia est maintenant connu de tous pour avoir beaucoup d’influence dans le monde. Il on assiste donc à un jeu très important, sale et complexe qui se joue dans les coulisses pour faire dire à l’article ce que quelqu’un veut qu’il dise.

LARRY SANGER

Sur le rachat par la Big Tech

Nous avons fait confiance à des médias comme Facebook, Twitter et YouTube avec nos données, et leur avons essentiellement permis de conquérir le monde des médias. C’est notre liberté et notre vie privée que nous leur avons confiées et qu’ils ne pourraient, en gros, pas nous faire taire. Mais ils nous ont, en substance, poignardés dans le dos.

LARRY SANGER

Pourquoi la neutralité est-elle importante ?

On a besoin des outils pour réfléchir à un problème… Lorsque nous essayons d’obtenir des informations de base pour comprendre un sujet, nous ne voulons pas nous laisser guider par le nez, n’est-ce pas ? Nous sommes des individus libres qui veulent nous faire notre propre opinion.

LARRY SANGER

Détruire l’autonomie intellectuelle pour assurer l’avènement de l’utopie progressiste ?

Exemples d’articles partiaux de Wikipédia relevé par Larry Sanger. L’analyse est du cofondateur de Wikipédia.

Les scandales autour de Biden et de sa famille

Le président Biden a fait face à deux scandales potentiellement dévastateurs qui ont éclaté lors des élections de 2020. Il a facilement échappé à ces scandales. L’un concernait l’Ukraine et l’autre les relations commerciales louches que Hunter et son père auraient eues avec une société contrôlée par le gouvernement chinois. La question qui divisait les républicains et les démocrates ici, évidemment, était la suivante : y avait-il des preuves d’actes répréhensibles ? Tous les républicains au niveau national ne pensaient pas que les scandales valaient la peine d’être évoqués, mais certains l’ont certainement fait et une grande partie de la base républicaine en a parlé. Les démocrates, quant à eux, ont essentiellement serré les rangs, ont refusé d’évoquer ces scandales potentiels et refuser de discuter des problèmes soulevés. Lorsqu’ils l’ont fait, ils ont généralement simplement tout nié en bloc.

Un traitement neutre de ces nombreuses accusations déroutantes ne devrait pas laisser l’impression que Biden était coupable de quoi que ce soit. Mais cela ne le disculperait pas non plus de toutes les charges portées contre lui. Au contraire, un traitement impartial présenterait suffisamment de détails quant aux les accusations et aux prétendues preuves en ne laissant rien d’important de côté ; puis il présenterait en détail comment Biden a été défendu par les démocrates et ses alliés. C’est le moins qu’on puisse s’attendre à trouver dans un traitement neutre sur des scandales. Est-ce là ce qu’on lit sur Wikipédia ?

Le scandale de la famille Biden en Ukraine

Pas du tout. On peut consulter quelques articles pertinents, d’abord sur le scandale ukrainien. Dans la section « Campagne électorale » de l’article de Wikipédia sur Biden, il y a deux paragraphes expliquant les allégations (les notes de bas de page et les liens ont été supprimés de cette citation) :

En septembre 2019, on a signalé que Trump avait fait pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu’il enquête sur les actes répréhensibles présumés de Biden et de son fils Hunter Biden. Malgré ces allégations, en septembre 2019, aucune preuve n’avait été produite d’actes répréhensibles de la part des Biden. Les médias ont largement interprété cette pression pour enquêter sur les Biden comme une tentative de nuire aux chances de Biden de remporter la présidence, entraînant un scandale politique et la destitution de Trump par la Chambre des représentants.

À partir de 2019, Trump et ses alliés ont faussement accusé Biden d’avoir fait limoger le procureur général ukrainien Viktor Chokine parce qu’il était censé mener une enquête sur Burisma Holdings, qui employait Hunter Biden. Biden a été accusé d’avoir retenu 1 milliard de dollars d’aide à l’Ukraine dans cet effort. En 2015, Biden a fait pression sur le parlement ukrainien pour retirer Chokine parce que les États-Unis, l’Union européenne et d’autres organisations internationales considéraient Chokine comme corrompu et inefficace, et en particulier parce que Chokine n’enquêtait pas avec assurance sur Burisma. La retenue de l’aide d’un milliard de dollars faisait partie de cette politique officielle.

Il s’agit, bien sûr et de façon patente, de blanchir unilatéralement Biden sur toute la ligne. Ces paragraphes dédaigneux ne permettent pas de comprendre les accusations portées contre Biden ; on y mentionne la suspension de l’aide par Biden, mais le contexte et les explications essentielles à l’affaire sont omis.

Quiconque connaît passablement le dossier sait que les accusations vont bien au-delà de ce qui est décrit par Wikipédia. Il n’y a rien ici sur le fait que la société ukrainienne de gaz naturel Burisma a payé au fils de Joe Biden, Hunter, environ 600 000 $ par an de 2014 à 2019 pour siéger au conseil d’administration, alors que celui-ci n’avait aucune expérience dans l’industrie, mais bénéficier uniquement d’être le fils du vice-président des États-Unis. Wikipédia a même la témérité d’affirmer que « Trump et ses alliés ont faussement accusé Biden d’avoir fait limoger le procureur général ukrainien Viktor Chokine, parce qu’il aurait censément mené une enquête sur Burisma Holdings, qui employait Hunter Biden ». Bien que la raison pour laquelle Biden a demandé le renvoi de Chokine ait été contestée, on ne peut nier que Biden ait exigé ce limogeage. C’est, en effet, Joe Biden lui-même qui l’a révélé — avec force fanfaronnades et rires — dans une vidéo célèbre d’une interview devant le Council on Foreign Relations. La vidéo, bien sûr, n’est pas tellement mentionnée par Wikipédia. Il n’y a pas non plus de mention à l’ordinateur portable de Hunter Biden qui avait défrayé la chronique et des preuves accablantes qu’il contient. 

Wikipédia a bien un article entier intitulé — et le titre en annonce le parti pris flagrant — « Théorie du complot Biden-Ukraine ». Il commence ainsi :

La théorie du complot Biden-Ukraine [en gras dans l’original] est une série d’affirmations non prouvées centrées sur la fausse allégation selon laquelle, alors que Joe Biden était vice-président des États-Unis, il s’est livré à des activités de corruption liées à l’emploi de son fils, Hunter Biden, embauché par de la compagnie gazière ukrainienne Burisma.

Il y a, bien sûr, un grand nombre de personnes qui pensent que les affirmations ne sont pas « fausses » et qu’ils ne s’agit pas d’une simple « théorie du complot ». Leur point de vue n’est pas présenté, mais rejeté d’emblée. L’article sombre à partir de là pour virer au règlement de comptes Trump, Rudy Giuliani et le New York Post, sans jamais vraiment exposer en détail les allégations contre les Biden. Wikipédia propose quelques détails supplémentaires dans une section de l’article de Hunter Biden — un point positif — mais là encore l’article se lit comme un mémoire tendancieux écrit par les propres avocats de la famille Biden. 

 

La famille Biden (Hunter et Joe en bout de table) en Chine

Les affaires chinoises de la famille Biden

À ce stade, les défenseurs de Wikipédia pourraient bien se rabattre sur leur idée que seules les « sources fiables » devraient et sont autorisées, et, fort à propos, aucune source fiable ne s’est penchée longuement sur la vidéo où Biden se vante du limogeage ou à l’ordinateur portable du fils Hunter mentionnés ci-dessus. 

« Ah !, pourriez-vous faire remarquer, mais on en parla beaucoup pendant un certain temps. Et Wikipédia a décidé, après examen, qu’il y avait une absence de source fiable. Et alors ? » La raison en est que les sources qui fournissent une couverture grand public des points de vue conservateurs, notamment Fox News, The New York Post et le Daily Mail (Royaume-Uni), ainsi que pratiquement toutes les nouvelles sources médiatiques conservatrices, qui sont aujourd’hui les seuls médias qui font des reportages sur de nombreuses sujets importants (mais peu politiquement corrects) ont tous été ajoutés à une liste de sources « déconseillées » quand elles traitent de l’actualité politique. Il ne s’agit pas d’une plaisanterie ni d’une exagération. Les sources favorables aux républicains, y compris les plus courantes, ne peuvent tout simplement pas être utilisées sur Wikipédia, même pas pour expliquer un point de vue républicain. [Larry Sanger en discute en détail dans la dernière section de cet article.]

Le scandale chinois de Biden est similaire. Il est traité de la même manière dans Wikipédia que celui sur l’Ukraine. Dans ce cas-ci, Hunter était directeur d’une coentreprise alliant une société américaine, Rosemont Seneca, dont Hunter était un partenaire, et Bohai Capital, une société d’investissements contrôlée par le gouvernement chinois. La coentreprise s’appelait BHR. Selon le témoignage explosif de Tony Bobulinski, un conseiller chevronné et partenaire d’affaires engagé par les Biden pour la gestion de certaines opérations en Chine, Hunter s’est arrangé pour que Jonathan Li, le PDG de Bohai Capital, « serre la main » de son père. Joe Biden était, selon Bobulinski, directement impliqué dans les transactions.  Le désormais président Joe Biden a toujours nié avoir quoi que ce soit à voir avec les négociations commerciales de son fils.

Interdire Fox News (ainsi que le Daily Mail et le New York Post) en tant que source relève du bon sens, prétend Wikipédia.
 

Outre l’entretien de Bobulinski, de nombreuses preuves provenant de l’ordinateur portable de Hunter Biden mentionné ci-dessus étayent ces accusations. Notamment un courriel qui indique que les frères Hunter et Jim Biden, ainsi que « le grand gars » — Bobulinski l’a identifié comme le désormais président Joe Biden — se verraient chacun attribuer des actions dans une entreprise commerciale avec le géant chinois de l’énergie CEFC.

Est-ce qu’on retrouve certaines de ces informations sur le scandale chinois de Biden, même manipulées et tendancieuses, dans l’article de Wikipédia sur Joe Biden ? Non. Au moment d’écrire ces lignes, cet article ne contient pas un seul mot sur les accords chinois, Rosemont Seneca, Tony Bobulinski, l’ordinateur portable ou le CEFC. « Mais, diriez-vous, ne peut-on trouver des informations ailleurs sur Wikipédia à ce sujet ? » Oui, un peu. La majeure partie se trouve à nouveau dans l’article sur Hunter Biden qui dresse un portrait aussi élogieux que possible de Hunter, malheureuse victime des « fausses accusations » de Trump (ces mots précis et méprisants sont bien utilisés dans l’article Wikipédia).

Encore une fois, l’histoire est bien plus complexe que l’article de Wikipédia ne le fait croire. Le fait est que les scandales liés aux Biden divisent profondément le peuple américain. Une ressource idéologiquement neutre expliquerait les arguments et accusations de chaque camp de manière complète et équitable. Elle laisserait au lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Est-ce ce que fait Wikipédia ? Non. Wikipédia est clairement partial. Vous pourriez sans doute soutenir que c’est le seul côté légitime ; mais c’est aussi ce que les idéologues disent le plus souvent de leurs opinions. Ce que vous ne sauriez affirmer sérieusement c’est que le traitement par Wikipédia des scandales liés à Biden est neutre. Wikipédia prend grossièrement parti.

Voir aussi

Article de Larry Sanger sur la partialité croissante de Wikipédia avec exemples (en anglais)

Joe Biden — pour que les enfants de 8 ans puissent décider d’être transgenres

Biden signe décret qui permet aux étudiants nés hommes de concourir chez les femmes s’ils se sentent femmes

 

Biden se vante d’avoir été arrêté pour intrusion illégale dans le Capitole à 21 ans

Capitole, la police prête à coopérer pacifiquement ? « Restez pacifiques et calmes » (vidéo) 

 

Joe Biden en colère quand on l’interroge sur ses conflits d’intérêts

Éric Zemmour : « Quand Joe Biden et le pape François jouent contre les évêques américains »

Cabinet de Joe Biden regorge de catholiques en rupture avec l’enseignement catholique sur des questions fondamentales 


La Grande Purge : Rumble poursuit Google/YouTube, Telegram gagne 25 millions d’abonnés en 3 jours, GoDaddy (partenaire d’Amazon) ferme site, Parler hors ligne (sans hébergeur) poursuit Amazon 

Le cas de Bret Weinstein (PhD en biologie, ancien professeur d'Evergreen college) et de l'article qui lui est consacré sur Wikipédia

Viktor Orbán annonce un référendum sur la loi de protection de l’enfance

Hongrie – Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s’est adressé au pays ce mercredi 21 juillet pour annoncer — par une vidéo sur son compte Facebook — la tenue prochaine d’un référendum au sujet de la loi de protection des mineurs, aussi appelée loi antipédophiles ou loi anti-LGBT par certains de ses détracteurs. Cette annonce fait suite à un chantage de la part de la Commission européenne à propos de cette loi que les instances européennes considèrent comme discriminatoires vis-à-vis du mouvement LGBT.

Bruxelles veut obliger la Hongrie à accepter la propagande LGBT dans les écoles

« Bruxelles a clairement attaqué la Hongrie ces dernières semaines à propos de la loi sur la protection de l’enfance », a ainsi expliqué le chef du gouvernement. « Les lois hongroises n’autorisent pas la propagande sexuelle dans les jardins d’enfants, les écoles, les télévisions et les publicités. […]

Bruxelles réclame désormais une modification de la loi sur l’instruction publique et des règles de protection de l’enfance […] Ils se plaignent que ce qui est déjà établi en Europe occidentale ne soit pas possible ici. Là-bas, les activistes LGBTQ vont dans les jardins d’enfants et les écoles et font l’éducation sexuelle. Ils veulent la même chose ici, alors les bureaucrates de Bruxelles menacent, ils lancent des procédures d’infraction, ils abusent de leur pouvoir ».

Un référendum pour dire non à la propagande LGBT à destination des mineurs

En conséquence, « le gouvernement [hongrois] lance un référendum sur cinq questions » :

  • Êtes-vous favorable à la tenue d’exposés traitant d’orientation sexuelle dans l’enseignement public, sans accord parental, à destination des mineurs ?
  • Soutenez-vous la promotion des traitements de changement de sexe auprès des mineurs ?
  • Êtes-vous favorable à ce que les traitements de changement de sexe soient accessibles aux mineurs ?
  • Êtes-vous favorable à ce que les mineurs soient exposés, sans restriction, à du contenu multimédia de nature sexuelle influençant leur développement personnel ?
  • Êtes-vous favorable à ce que des contenus multimédias parlant de changement de sexe soient montrés aux mineurs ?

Viktor Orbán a conclu son intervention de la manière suivante :

« Je vous demande donc que nous disions ensemble non à ces questions, comme nous l’avons fait, il y a cinq ans, lorsque Bruxelles a voulu forcer la Hongrie à accepter les immigrés ».

Selon le Premier ministre hongrois, à l’époque, « un référendum et une volonté commune ont arrêté Bruxelles. Nous avons réussi une fois et nous réussirons à nouveau, ensemble ».

Source : Visegrad Post.


États-Unis — Tentatives de suicide chez les filles baissent quand les écoles ferment

En juin, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis ont finalement publié des données qui indiquent qu’à partir de février 2021, le nombre de tentatives de suicide présumées avait considérablement augmenté chez les filles âgées de 12 à 17 ans aux États-Unis par rapport à 2019.

Le taux de tentatives de suicide semble avoir été inversement lié aux fermetures d’écoles. C’est-à-dire que lorsque les écoles ont fermé, les tentatives de suicide présumées ont en fait diminué. Lorsque les écoles ont rouvert, les tentatives de suicide présumées ont monté en flèche.

Le taux de tentatives de suicide semble avoir été inversement proportionnel au nombre de fermetures d’écoles.

La figure ci-dessous illustre cette association. Lorsque Covid-19 a éclaté sur le sol américain en mars 2020, les écoles ont fermé en masse. Juste au moment où cela s’est produit, les tentatives de suicide chez les adolescentes ont chuté. Davantage d’écoles ont ouvert à l’automne, les tentatives de suicide ont alors augmenté. Alors que les écoles fermaient pour les vacances d’hiver, les tentatives de suicide ont plongé un temps. La partie 2021 du graphique est particulièrement surprenante. Alors que le pourcentage d’écoles ouvertes avoisinait 75 % de la normale, le nombre de tentatives de suicide a soudainement augmenté.


Alors qu’on n’a observé aucune augmentation des tentatives de suicide présumées parmi les garçons adolescents pendant que les tentatives augmentaient chez les filles, on observa en mars 2020 une association entre les fermetures d’écoles et une diminution des tentatives de suicide a également tant pour les garçons que chez les filles.

Il faut se garder de trop vite conclure, car cette association ne nous enseigne rien sur la causalité de ce phénomène.

On note toutefois que la baisse initiale des tentatives de suicide chez les filles au début de la pandémie aux États-Unis en mars 2020 n’avait en rien atteint le niveau le plus bas de tous les temps. En fait, les tentatives de suicide chez les adolescentes ont chuté à des taux similaires à ceux observés à l’été 2019. Ce n’est pas inattendu. Les taux de mortalité par suicide (pour lesquels on dispose des décennies de données fiables) chez les adolescents et les jeunes adultes chutent de manière prévisible pendant les mois d’été, ainsi qu’en décembre, c’est-à-dire aux moments où les écoles sont le moins chargées. Ce graphique illustrerait une apparente corrélation inverse entre les fermetures d’écoles et les comportements suicidaires, en rien unique à la pandémie de Covid-19.


mercredi 21 juillet 2021

Grande-Bretagne — les avantages de la vaccination de tous les enfants et jeunes de moins de 18 ans ne l'emportent pas sur les risques

Selon le Comité mixte de la vaccination et de l’immunisation (JCVI) du ministère de la Santé britannique :

Un petit nombre d’enfants et de jeunes souffrant de maladies chroniques sous-jacentes courent un risque accru de contracter une maladie grave à la suite d’une infection à la COVID-19.

Le JCVI conseille que les enfants et les jeunes âgés de 12 ans et plus présentant des problèmes de santé sous-jacents spécifiques qui les exposent à un risque de COVID-19 grave, se voient proposer la vaccination COVID-19.

Les conseillers gouvernementaux examinent actuellement les preuves du risque de COVID-19 chez les enfants et les jeunes considérés comme cliniquement extrêmement vulnérables. Une fois que cet examen aura été publié, les conclusions seront prises en compte par le JCVI et serviront à établir des orientations supplémentaires.

À l’heure actuelle, les enfants de 12 à 15 ans atteints de troubles neurologiques graves, du syndrome de Down, d’affections sous-jacentes entraînant une immunosuppression, et ceux atteints de troubles d’apprentissage profonds et multiples, de troubles d’apprentissage graves ou qui sont inscrits au registre des troubles d’apprentissage sont considérés comme présentant un risque accru de maladie COVID-19 grave et devraient se voir proposer la vaccination COVID-19.

Les jeunes âgés de 16 à 17 ans qui présentent un risque plus élevé de COVID-19 grave, comme indiqué actuellement dans le Livre vert, devraient continuer à se voir proposer la vaccination contre le COVID-19.

De plus amples détails concernant d’autres problèmes de santé sous-jacents spécifiques pour lesquels une offre de vaccination COVID-19 est conseillée seront fournis dans le Livre vert : Immunisation contre les maladies infectieuses.

Les personnes immunodéprimées courent un risque plus élevé de contracter une maladie grave due au COVID-19 et peuvent ne pas générer une réponse immunitaire complète à la vaccination.

Le JCVI conseille que les enfants et les jeunes âgés de 12 ans et plus qui sont des contacts familiaux de personnes (adultes ou enfants) immunodéprimées doivent se voir proposer la vaccination COVID-19, étant entendu que les principaux avantages de la vaccination sont liés au potentiel de protection indirecte de leur contact familial qui est immunodéprimé.

Des informations claires sur les risques et les avantages potentiels de la vaccination doivent être fournies à l’enfant et aux personnes ayant la responsabilité parentale avant la vaccination.

Jusqu’à ce que davantage de données soient disponibles, le JCVI ne recommande pas actuellement la vaccination universelle de routine des enfants et des jeunes de moins de 18 ans. Le JCVI continuera de mettre à jour cet avis au fur et à mesure que l’apparition de nouvelles informations sur l’innocuité et l’efficacité sur l’utilisation des vaccins COVID-19 chez les enfants et les jeunes.

Les avantages pour la santé de cette population sont faibles et les avantages pour l’ensemble de la population sont très incertains. À l’heure actuelle, le JCVI est d’avis que les avantages pour la santé de la vaccination universelle chez les enfants et les jeunes de moins de 18 ans ne l’emportent pas sur les risques.

Avantages directs pour la santé

Le JCVI a soigneusement examiné les risques liés à une infection COVID-19 pour les enfants et les jeunes. Les preuves indiquent fortement que presque tous les enfants et les jeunes sont à très faible risque de COVID-19. Lorsque les symptômes sont observés chez les enfants et les jeunes, ils sont généralement bénins et peu différents des autres infections virales respiratoires bénignes qui circulent chaque année. L’incidence des conséquences graves du COVID-19 chez les enfants et les jeunes est extrêmement faible. En Angleterre, entre février 2020 et mars 2021 inclus, moins de 30 personnes âgées de moins de 18 ans sont décédées à cause du COVID-19, ce qui correspond à un taux de mortalité de 2 décès par million. Au cours de la deuxième vague de la pandémie au Royaume-Uni, le taux d’hospitalisation chez les enfants et les jeunes était de 100 à 400 par million. La plupart des personnes hospitalisées avaient de graves problèmes de santé sous-jacents.

Pour les enfants et les jeunes sans problèmes de santé sous-jacents qui les exposent à un risque élevé de conséquences graves du COVID-19, les avantages individuels directs de la vaccination COVID-19 pour la santé sont limités. Alors que la vaccination des cohortes plus jeunes pourrait réduire le risque d’épidémies de COVID-19 en milieu scolaire, la grande majorité des personnes infectées lors d’une épidémie seront soit asymptomatiques, soit atteintes d’une maladie bénigne. Actuellement, moins de données sont disponibles sur la sécurité des vaccins COVID-19 chez les enfants et les jeunes par rapport aux adultes, et le JCVI a soigneusement examiné les rapports de myocardite à la suite de l’utilisation des vaccins Pfizer-BioNTech BNT612b2 et Moderna mRNA-1273 chez les jeunes adultes. À l’heure actuelle, le JCVI ne considère pas que les avantages de la vaccination l’emportent sur les risques. Jusqu’à ce que davantage de données de sécurité aient été accumulées et que leur importance pour les enfants et les jeunes ait été évaluée de manière plus approfondie, il faut pencher pour la précaution.

Le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique temporairement associé à une infection par le SRAS-COV2 (PIMS-TS), également appelé syndrome inflammatoire multisystémique chez l’enfant (MIS-C), est un trouble inflammatoire rare lié à une infection récente par le SRAS-COV2. Au cours de la deuxième vague, on a estimé que le PIMS-TS survenait chez 5 enfants sur 10 000 infectés par le SRAS-CoV2 au Royaume-Uni, avec un taux de létalité de 1 %. La cause sous-jacente du PIMS-TS n’est pas correctement comprise. Plus précisément, on ne sait pas comment la vaccination COVID-19 pourrait influencer l’apparition ou la gravité du PIMS-TS. Le point de vue de JCVI est que les données disponibles sont insuffisantes pour conseiller sur la vaccination COVID-19 pour la prévention du PIMS-TS. Le JCVI continuera d’examiner et de mettre à jour cet avis à mesure que de nouvelles données apparaissent.

Des inquiétudes ont été exprimées concernant le syndrome COVID-19 post-aigu (COVID long) chez les enfants. Des études épidémiologiques émergentes à grande échelle indiquent que ce risque est très faible chez les enfants, surtout par rapport aux adultes, et similaire aux séquelles d’autres infections virales respiratoires chez les enfants.

[Il vaut mieux administrer les vaccins traditionnels chez les jeunes, lesquels ont pris du retard]

À la suite de perturbations des programmes [de vaccination] de routine en raison de la pandémie, il est urgent de rattraper le retard sur les vaccinations scolaires non COVID-19 telles que les vaccinations contre le virus du papillome humain (VPH) et la méningite (MenACWY), il peut être urgent d’offrir d’autres vaccins de routine (tels que les oreillons, la rougeole et la rubéole [ROR]) en milieu scolaire dans le cadre du rétablissement global. […]

Les avantages pour la santé de ces divers programmes de vaccination non-COVID-19 en milieu scolaire sont bien établis, et certains peuvent offrir la dernière occasion efficace de compléter le calendrier de vaccination d’une personne et de lui fournir une protection en temps opportun ou à vie. Bien que les avantages relatifs n’aient pas été formellement comparés, de l’avis du JCVI, la plupart des vaccinations infantiles non-COVID-19 sont susceptibles d’offrir plus d’avantages aux enfants et aux jeunes qu’un programme de vaccination COVID-19.

En plus des programmes de routine existants, un programme COVID-19 pour les enfants et les jeunes est susceptible de perturber l’éducation et nécessitera plus de ressources. L’ampleur des ressources supplémentaires requises sera considérable.

mardi 20 juillet 2021

Inde - 2/3 de la population auraient des anticorps contre la Covid

L’enquête sérologique nationale de l’Inde a révélé qu’environ 2/3 de la population avait des anticorps contre le SRAS-CoV-2 alors que la proportion était d’environ 1/5 au début de l’année. La proportion de personnes vaccinées étant négligeable, cela signifie que plus de 500 millions de personnes ont été infectées en près de 6 mois.

Le directeur général de l’ICMR, le Dr Balram Bhargava
   
Nouvelle Delhi (Inde), 20 juillet (ANI) : Le ministère de la Santé de l’Union indienne a informé la population mardi que le quatrième cycle de l’enquête sérologique nationale indique que la séroprévalence globale dans le pays est de 67,6 %.

S’adressant en conférence de presse, le directeur général de l’ICMR (Indian Council of Medical Research)

, le Dr Balram Bhargava, a déclaré : « La quatrième série d’enquêtes sérologiques nationales a été menée dans 70 districts en juin-juillet et a inclus des enfants âgés de 6 à 17 ans. »

« La séroprévalence globale est de 67,6 pour cent dans l’ensemble de la population. Chez les personnes du groupe d’âge 6 à 9 ans, elle était de 57,2 % ; chez les 10 à 17 ans de 61,6 % ; chez les 18 à 44 ans de 66,7 %, les 45 à 60 ans de 77,6 % », a déclaré le Dr Balram Bhargava.

Lorsqu’on lui a demandé s’il y avait une différence entre la séroprévalence entre les hommes et les femmes ou dans les zones rurales et urbaines, Bhargava a déclaré : « Il n’y avait aucune différence de séroprévalence entre les hommes et les femmes et les zones rurales et urbaines. Chez les non-vaccinés, la séroprévalence était de 62,3 % et avec une dose de vaccin, c’était 81 pour cent. Chez ceux qui ont reçu les deux doses, c’était 89,8 pour cent. »

Bhargava a informé que le ministère de la Santé a étudié 7 252 agents de santé et que 10 pour cent n’avaient pas pris le vaccin, la séroprévalence globale chez eux était de 85,2 pour cent. « En conclusion, les 2/3 de la population générale, c’est-à-dire les plus de 6 ans, avaient une infection par le SRAS-CoV-2 », a déclaré le Dr Bhargava.

Officiellement, l’Inde a recensé un peu plus de 414 000 décès dus à la COVID-19, ce qui est le troisième bilan le plus élevé au monde après ceux des États-Unis (609 000) et du Brésil (542 000).


dimanche 18 juillet 2021

Le pape François veut réduire l'influence des traditionalistes, il abroge les ouvertures de Benoît XVI

Le pape pourrait bien avoir remis le feu aux poudres avec son Motu proprio « Traditionis Custodes », par lequel il contraint fortement l’usage de la messe en latin. Le Saint-Père a pris cette décision au sortir de son séjour à l’hôpital Gemelli où il avait subi une opération délicate.


 
Étonnement également de la part de ce youtubeur populaire (près de 30 000 abonnés, 10 000 vues par vidéos) :

Le point de vue de Jean-Marie Guénois dans Le Figaro :

François abroge la grande réforme de Benoît XVI

Le pape allemand avait libéralisé la messe en latin, mais son successeur argentin y voit un dangereux ferment de division.

La potion était attendue amère, dans les milieux traditionalistes, mais pas aussi sévère. Par décision du pape François, il n’y a plus de rite « extraordinaire » — messe de saint Pie V — mais un seul rite, celui du concile Vatican II. La possibilité ouverte par Jean-Paul II et libéralisée par Benoît XVI en 2007 de célébrer la messe selon le rite tridentin, communément appelée « messe en latin », est désormais « abrogée ».

Un motu proprio — un décret juridique — intitulé « Traditionis Custodes », « gardiens de la Tradition », signé par François le 16 juillet 2021, impose désormais comme « unique expression » du rite romain celui dit « de Paul VI », partout en usage selon la langue de chaque pays. François redonnant aussi aux évêques « la compétence exclusive » d’autoriser ou non ce type de messes dans leur diocèse. Le pape impose également des conditions très strictes aux prêtres qui célébreraient dans la forme ancienne : « ne pas exclure la validité, la légitimité de la réforme liturgique du concile Vatican II, des normes du concile Vatican II et du magistère des Souverains pontifes » et « redemander » à l’évêque diocésain, « l’autorisation » de continuer à célébrer ainsi.

Limiter les lieux de pratique

Quant aux jeunes prêtres qui voudraient célébrer dans ce rite à partir du 16 juillet 2021, ils devront non seulement demander à l’évêque, mais celui-ci devra soumettre cette requête à l’autorité romaine.

François veut clairement stopper le mouvement de fond en faveur de la liturgie traditionnelle de la jeune génération, clergé et fidèles, car il demande aussi aux évêques de limiter les lieux où se dérouleront les messes, d’exclure « les églises paroissiales » et « de ne pas ériger de nouvelles paroisses personnelles » et encore moins « d’autoriser la constitution de nouveaux groupes ». Pour ce qui est des « paroisses personnelles » existantes (statut particulier pour célébrer selon l’ancien rite) l’évêque est missionné pour mener une « vérification » afin « d’évaluer s’il maintient ou pas » cette paroisse.

Dernière nouveauté du motu proprio, l’organisme Ecclesia Dei créé par Jean-Paul II et renforcé par Benoît XVI pour protéger les fidèles et les prêtres traditionalistes est supprimé. Tous les problèmes relatifs à ce sujet seront désormais traités par les services courants du Vatican.

Il n’y a donc plus d’exception traditionaliste dans l’Église. Le pape veut que ces fidèles rentrent dans le rang. Ainsi, dans la longue lettre rédigée par François accompagnant ce motu proprio, il insiste sur les « deux principes » qui dictent la mise en œuvre de cette décision : « veiller au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et qui ont besoin de temps pour retourner au rite romain promulgué par saint Paul VI et saint Jean-Paul II » et « interrompre la création de nouvelles paroisses personnelles, davantage liées aux désirs et à la volonté de prêtres singuliers qu’à un réel besoin du saint peuple fidèle de Dieu ». Tout cela par un traitement « au cas par cas », les évêques devant pousser ces prêtres et fidèles « à se tourner » vers la seule « forme célébrative unitaire ».

L’objectif de François est effectivement de mettre un terme à ce qu’il dénonce dans cette lettre : un « usage parallèle » de la messe de saint Pie V au même titre que la messe de Paul VI. Comme le rite « ordinaire » avait été interchangeable avec le rite « extraordinaire ».

« Des oppositions qui blessent l’Église » selon Bergoglio

La plus grande réforme de Benoît XVI, instituée par le Motu Proprio Summorum Pontificum du 9 juillet 2007, qui avait accordé à l’ancienne messe le statut de rite « extraordinaire », est condamnée. Son bilan, affirme le pape régnant, n’est pas concluant parce que « son usage a été déformé » au point de devenir « contraire aux raisons pour lesquelles fut concédée la liberté de célébrer » selon l’ancien rite.

Une « situation douloureuse » qui a conduit François à « la nécessité d’intervenir » pour deux griefs principaux. Le premier : « La possibilité offerte par saint Jean-Paul II et, avec encore plus de magnanimité, par Benoît XVI pour recomposer l’unité du corps ecclésial dans le respect des différentes sensibilités liturgiques, a été utilisée pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Église, freinant son avancée, l’exposant à des risques de divisions. » Le second : la célébration selon l’ancien rite a été « non seulement utilisée comme un refus croissant de la réforme liturgique, mais aussi du concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la tradition et la “vraie Église” ».

Le monde traditionaliste est consterné par cette annonce. L’abbé Benoît Paul-Joseph, supérieur de la Fraternité Saint-Pierre, traditionalistes unis à Rome, observe : « Concernant la France, cette décision étonne tant par les motifs invoqués (des divisions ecclésiales qui seraient toujours plus grandes) que par sa finalité (réunir tous les fidèles autour du seul missel de saint Paul VI) alors que les tensions liturgiques s’apaisent et que le missel de saint Pie V attire toujours plus de monde, spécialement dans la jeune génération. » Christophe Geoffroy, directeur du mensuel La Nef et expert de ces milieux ajoute : « C’est un beau gâchis… Le pape tient comme nuisible l’existence des catholiques attachés à la “forme extraordinaire” du rite romain et cherche à les faire disparaître, en contradiction avec la lettre et l’esprit de l’œuvre de Jean-Paul II et Benoît XVI. Loin de renforcer l’unité, cela va entraîner des divisions et des drames et, in fine, pas mal de départs vers la Fraternité Saint-Pie X. » À savoir les lefebvristes. Ils refusent tout ralliement à Rome.

 


 

 

Billet originel du 10 juillet

Quatorze ans après la décision de son prédécesseur de libéraliser la messe en latin, le pape argentin envisage de restreindre son application pour réduire l’influence des traditionalistes.

Messe d’action de grâce pour les 25 ans de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, le 16 novembre 2013.
 

La liturgie traditionnelle dans l’Église ne lésine pas sur l’encens. Ses volutes légères et profondes veulent exprimer un mystère. Un autre mystère plane toutefois sur l’avenir de cette tradition connue sous le nom de « messe en latin ». François pourrait en limiter l’usage. Benoît XVI avait pourtant redonné ses lettres de noblesse à cette liturgie. Nuage fugitif ou orage annoncé ?

Le 7 juillet 2007, Benoît XVI avait ouvert un nouvel horizon à la liturgie traditionnelle. Dans un décret devenu célèbre, le motu proprio Summorum pontificum, il accordait une place nouvelle à l’« ancienne messe » alors qu’elle avait été marginalisée par le concile Vatican II (1962-1965).

« Extraordinaire » et « ordinaire » Le pape allemand reconnaissait la pertinence de la messe dite de saint Pie V, telle qu’elle était dite avant ce concile en lui conférant un statut pérenne, celui de rite « extraordinaire ». Il demeurerait à côté du rite « ordinaire », celui de la messe dite de Paul VI. Non comme une alternative pour tous les catholiques, mais comme une possibilité pour les fidèles demandeurs. Il suffisait qu’un « groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure » se signale au curé de la paroisse pour que celui-ci « accueille volontiers leur demande », sans recourir à l’autorisation de l’évêque. Benoît XVI attendait des deux formes du rite de l’Église latine, « extraordinaire » et « ordinaire », qu’elles vivent un « enrichissement mutuel ». Quelques mois plus tôt, dans une tribune collective publiée dans Le Figaro, des personnalités telles que le philosophe René Girard, le chef d’entreprise Bertrand Collomb, les comédiens Jean Piat et Claude Rich ou encore l’historien Jean-Christian Petitfils appelaient de leurs vœux cette décision pontificale.

Cette libéralité pourrait avoir vécu. Le pape François lui-même a révélé le 24 mai dernier à Rome, aux évêques italiens réunis à huis clos, que la révision du motu proprio de Benoît XVI ne tarderait pas. De fait, ce projet, toujours tenu secret, en est à sa troisième version. Plusieurs sources fiables indiquent que cette révision ne remettrait pas en cause la reconnaissance du rite de saint Pie V à titre « extraordinaire ». Il ne toucherait pas davantage aux associations religieuses de prêtres constituées et concernés par ce rituel. Serait en revanche visé le libéralisme du motu proprio de Benoît XVI : ce serait désormais l’évêque local, et non plus les fidèles, qui contrôlerait le droit de célébrer selon le rituel extraordinaire. Second axe de révision : au Vatican, les « traditionalistes » — ainsi sont-ils dénommés dans l’Église — ne dépendraient plus d’une structure ad hoc abritée au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui protégeait de facto les entités traditionalistes.

La sphère traditionaliste

À l’avenir, toute question non soluble par l’évêque local serait traitée, selon la nature du sujet, au sein des congrégations vaticanes compétentes : évêques, clergé, liturgie, qui sont les « ministères » romains spécialisés du gouvernement de l’Église. Le dossier traditionaliste ne serait plus un cas à part.

Quand cette révision sera-t-elle publiée ? Selon nos informations, la version finale aurait été validée pour une sortie imminente.

Que représente la sphère traditionaliste en France ? Une enquête de l’épiscopat vient de recenser « un à deux » lieux de cultes par diocèse accueillant « moins de 100 fidèles », voire « entre 20 et 70 ». Soit 20 000 personnes au mieux. Le mensuel de référence en ce domaine, La Nef, vient de publier dans son dernier numéro une enquête complète, estimant ces pratiquants entre 31 000 et 51 000 fidèles. En ajoutant ceux qui désireraient aller à ces messes, mais qui habitent trop loin, il estime « les fidèles tradis à environ 60 000 personnes ». Avec de fortes disparités régionales et la présence de bastions comme Versailles, qui représente 10 % de ce chiffre. Le choix pour le rite tridentin, 250 lieux de culte en France, attirerait, selon cette source, 4 % des pratiquants. Sans compter les fidèles de la Fraternité Saint-Pie-X (les « lefebvristes »), qui compteraient 35 000 fidèles en France. Au total, un poids loin d’être négligeable.

Quant aux prêtres qui célèbrent, ils peuvent être issus du clergé diocésain, mais la plupart viennent de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), qui compte plus de 342 prêtres d’un âge moyen de 38 ans, et dont 80 exerçant en France, et de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), qui recense plus de 100 prêtres (âge moyen de 36 ans). [beaucoup plus jeunes que les prêtres « modernes ».] Il existe aussi nombre de communautés monastiques qui célèbrent la messe sous la forme extraordinaire du rite romain : les bénédictins de Fontgombault ou du Barroux ou encore les chanoines de l’abbaye de Lagrasse.

Contrôle épiscopal

Cette influence persistante auprès d’un public souvent rajeuni explique-t-elle que le pape prenne le risque de déséquilibrer le modus vivendi apporté par le motu proprio ? François, c’est de notoriété publique, n’apprécie pas la messe selon l’ancien rite, à l’inverse de son prédécesseur. Ordonné prêtre en décembre 1969, il ne l’aurait jamais célébrée. Il l’avait interdite le 22 mars dans la basilique Saint-Pierre avant de la réhabiliter devant les protestations, dont celle du cardinal Robert Sarah, mais à de strictes conditions.

Le pape argentin respecte [quelque peu] toutefois ceux qui se retrouvent dans ce rite. Son objectif affiché n’est pas d’empêcher les prêtres affiliés à cette famille liturgique d’y rester fidèles, mais, en invoquant l’esprit de ce motu proprio tel que l’avait décrit Benoît XVI, d’imposer un nouveau contrôle épiscopal. « Pour vivre la pleine communion, écrivait Benoit XVI, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. » Autrement dit, les prêtres célébrant dans l’ancien rite ne doivent pas refuser le rituel conciliaire de la messe. « Benoit XVI a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité, de certains groupes et personnes qui ressentaient de la nostalgie et s’éloignait, mais c’est une exception, expliquait François en 2016 au jésuite Antonio Spadaro. C’est pour cela que l’on parle de rite extraordinaire. »

Mais le pape ajoutait : « Vatican II et la constitution conciliaire Sacrosanctum concilium (qui réformait la messe) doivent continuer d’être appliqués tels qu’ils sont. » Pour François, la permission de célébrer selon le rite ancien ne sera jamais une alternative de plein droit. Elle doit rester une « exception ».

L’enjeu est clair : « Il ne faudrait pas induire dans l’esprit des séminaristes qu’il existe deux formes au choix dans l’Église latine ». « Une Église parallèle se dessine », alertait l’enquête de l’épiscopat français, partie de l’enquête mondiale lancée sur ce sujet en mars 2020 par le pape François lui-même. Il suit personnellement ce dossier, plaçant des hommes à lui pour le piloter, comme Mgr Aurelio Garcia Macias, un Espagnol qu’il vient de promouvoir au sein de la Congrégation pour le culte divin. Le pape, décidé à recadrer les choses, confiait aussi à son ami jésuite Spadaro : « J’essaye de comprendre ce qu’il y a derrière des personnes qui sont trop jeunes pour avoir vécu la liturgie préconciliaire, mais qui la veulent quand même. Parfois, je me trouve face à des personnes très rigides. »

De fait, cette liturgie attire des jeunes et des familles, l’Église le constate. « Il ne peut pas y avoir deux liturgies parallèles. Ce qui est en jeu est l’unité à long terme de l’Église », explique Andréa Grillo, théologien italien et laïque, spécialiste de liturgie, ennemi juré du motu proprio, qui aurait l’oreille du pape sur ce sujet. « Cette révision du motu proprio arrêtera ce biritualisme dans l’Église latine qui n’était pas l’intention de Benoît XVI. » Mais « l’idée de mettre sur le même plan les deux rituels, comme si le concile Vatican II n’avait jamais existé, s’installe chez de jeunes prêtres comme dans certains diocèses de la côte ouest des États-Unis où les séminaires forment aux deux rites, ordinaire et extraordinaire. » Professeur influent, il avertit : « La forme extraordinaire est devenue, depuis 2007, la tranchée de résistance au concile Vatican II. »

La crise dijonnaise

En France, le temps des guerres de tranchées liturgiques ou doctrinales appartient pourtant au passé. Il existe quelques paroisses pratiquant les deux rites et nombre de jeunes fidèles peuvent indifféremment passer d’une liturgie à l’autre. Le souci de l’ars celebrandi (l’attention portée à chaque geste de la liturgie), défendu ardemment par Benoit XVI, s’étend bien au-delà des traditionalistes. C’est, par exemple, l’une des caractéristiques de la Communauté Saint-Martin, communauté de prêtre diocésain, devenu un des séminaires les plus importants de France. Une crise récente dans le diocèse de Dijon a pu donner l’impression que les relations entre les milieux traditionalistes et l’Église de France seraient conflictuelles.

Le 17 mai, Mgr Roland Minnerath a mis un terme à un accord passé il y a vingt-trois ans avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre pour assurer la messe dans la basilique Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon. Le 26 juin, des fidèles manifestaient devant l’évêché pour réclamer le « dialogue ». L’évêque est descendu pour répondre qu’il attendait un retour à sa dernière proposition : « Ou bien les prêtres acceptent de concélébrer de temps en temps, eux ou d’autres, et ils restent, ou bien ils partent. »

« Concélébrer » ? Le concile Vatican II ouvre la possibilité de permettre à plusieurs prêtres de célébrer la même messe. Considérée comme un symbole d’unité du clergé, cette pratique est refusée par une petite partie des prêtres traditionalistes. La tension sur ce point se fait sentir, dans une minorité de diocèses, le jeudi saint, quand tous les prêtres concélèbrent autour de leur évêque. Dans ce cas, toutefois, les prêtres participent à la messe, mais ne concélèbrent pas.

En réalité, la crise dijonnaise, envenimée par des caractères personnels, est une exception qui confirme une règle générale marquée par l’apaisement des relations entre le monde « tradi », les fidèles et l’épiscopat. Une réunion nationale, ce fut une première, a d’ailleurs eu lieu entre eux le 14 juin. Impensable il y a peu, le numéro spécial de La Nef publie une interview de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques, où il atteste de cette « intégration plus naturelle », même s’il s’inquiète de « certains groupes qui se durcissent dans une posture spirituelle et politique ». Mais l’Évêque de Reims poursuit : « Ces communautés regroupent souvent de jeunes familles et de jeunes gens. Certains de ces fidèles appartiennent au monde dit de la tradition depuis des générations, mais un nombre non négligeable se sont approchés de la foi grâce à la messe dite de saint Pie V. Les fidèles de ces communautés enrichissent donc l’Église du Christ, selon la mesure où ils consentent à être pleinement membres de la “grande” Église. » Autre indicateur : l’enquête interne menée par l’épiscopat, très critique sur certains points, reconnaît : « Dans la plupart des diocèses, la situation semble apaisée. » 

Source : Le Figaro

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