samedi 29 mai 2021

Un million d'esclaves européens chez les Barbaresques

On sait quelle ampleur avait prise la piraterie barbaresque en Méditerranée et le péril qu’elle faisait courir aux populations riveraines, au point que la prise de la Régence d’Alger par la France, en 1830, fut approuvée et accueillie avec soulagement par toute l’Europe. Même si une cousine de la future impératrice Joséphine, la Créole Aimée Dubuc de Rivery, qui avait pris place sur un bateau pour la Métropole, vit le navire arraisonné et ses passagers vendus en esclavage, elle-même étant destinée au harem du sultan de Stamboul, on sait moins que cette piraterie fut presque aussi active dans l’Atlantique. À partir des côtes marocaines furent ainsi razziés aux XVIIe et XVIIe siècle non seulement des Britanniques mais aussi des Scandinaves, des Islandais, des colons du Groenland et même des Américains.

Après de longs recoupements, Giles Milton estime à plus d'un million le nombre des esclaves occidentaux dont une infirme minorité put recouvrer la liberté, grâce au versement d’une rançon ou par évasion — cas du Cornouaillais Thomas Pellow, enlevé en 1715 à l’âge de onze ans, enfin libre vingt ans plus tard et dont l’autobiographie publiée en 1740, après son miraculeux retour en Angleterre, sert à l’auteur de fil conducteur.

À l’époque comme aujourd’hui en Afghanistan et surtout en Afrique (qu’on pense à la Somalie, au Mali où croupissent plusieurs Français), la prise d’otages occidentaux était pratiquée à grande échelle pour obtenir d’abord d’extravagantes rançons, surtout quand ces otages étaient de hauts personnages, mais aussi pour obtenir aussi des appuis politiques et des retournements d’alliances. Ainsi le Maroc multiplia-t-il au début du XVIIe siècle les razzias d’Anglais dans le dessein d’obliger le roi Jacques Ier Stuart à attaquer l’Espagne.

Une main-d’œuvre à bon marché

Mais la cause principale était évidemment de se procurer au moindre coût une énorme main-d’œuvre. Celle-ci étant par exemple nécessaire à la réalisation des projets pharaoniques du sultan alaouite Moulay Ismaïl qui régna de 1672 à 1727 et dont l’obsession était de surpasser Louis XIV, qu’il sommait d’ailleurs de se convertir à l’islam… Ce qui n’empêchait d’ailleurs pas ce fervent musulman de se saouler rituellement pour fêter la fin du ramadan ! Pour que son ensemble palatial de Meknès, avec notamment le Dar el-Mansour, « haut de plus de cinquante mètres », fût infiniment plus vaste et plus imposant que Versailles, le monarque avait donc besoin d’une masse d’ouvriers mais aussi d’artisans, de contremaîtres et d’architectes que seuls pouvaient lui procurer les pirates écumant les côtes européennes. Selon l’historien arabe Ahmad al-Zayyani cité par Milton, il y eut simultanément à Meknès jusqu’à 25 000 esclaves européens, soit une population « à peu près égale à celle d’Alger ».

Certes, il y avait un moyen pour les captifs d’adoucir leur servitude : embrasser l’islam, comme l’avait fait le renégat hollandais Jan Janszoon, devenus l’un des plus redoutables et des plus riches chefs pirates sous le nom de Mourad Raïs. Mais la foi étant encore si grande et si profonde à l’époque, bien peu s’y résolurent, préférant l’enfer sur terre à l’Enfer au Ciel.




Car c’est bien la géhenne que ces malheureux subissaient sous la férule d’une sanguinaire Garde noire, qui terrorisait autant qu’elle surveillait. Ces Noirs, « d’une hauteur prodigieuse, d’un regard épouvantable et d’une voix aussi terrible que l’aboiement de Cerbère » selon l’ancien esclave français Germain Moüette, n’hésitaient pas à recourir aux châtiments les plus extrêmes, voire à la peine capitale, à l’encontre des prisonniers rétifs, ou simplement trop malades et donc incapable de fournir le labeur exigé d’eux malgré les rations de vin et d’eau-de-vie procurées par les juifs, courtiers habituels entre les pirates et Moulay Ismaïl.

Non content de procéder aux pires profanations — après la prise de la place-forte espagnole de la Memora en 1688, le souverain alaouite se fit apporter les statues de la Vierge et des saints afin qu’il puisse « cracher sur elles » avant de les faire briser— Moulay Ismaïl prenait grand plaisir au spectacle de la torture. Selon le récit de Harrison, ambassadeur anglais venu négocier le rachat de ses compatriotes et surtout des femmes, le sultan, qui se déplaçait volontiers sur un « char doré, tiré non par des chevaux mais par un attelage d’épouses et d’eunuques », pour la plupart européens, « faisait battre les hommes presque à mort en sa présence, certains sous la plante des pieds et il les forçait ensuite à courir sur des cailloux et des épines. Certains des esclaves avaient été traînés par des chevaux jusqu’à être mis en pièces. D’autres avaient même été démembrés alors qu’ils étaient encore vivants, leurs doigts et orteils coupés aux articulations ; bras et jambes, tête, etc. »

Un traitement sadique que ne subirent jamais les victimes de la traite triangulaire. « Etre esclave en Géorgie, voilà le vœu d’un ouvrier lyonnais », devait d’ailleurs écrire l’humoriste français Alphonse Karr à la veille de la guerre de Sécession. Certes, tous les « captifs en Barbarie », et notamment au Maroc, pays dont on nous dit être de haute civilisation et profondément humaniste, ne furent pas traités de manière aussi inhumaine. Comme dans d’autres camps, plus récents, beaucoup succombèrent non sous les coups ou la question, mais du fait d’épidémies décimant des organismes affaiblis par la faim, le froid des nuits d’hiver et surtout une promiscuité immonde, les esclaves regroupés dans des cellules surpeuplées vivant dans leurs immondices.

À lire aussi

On lira aussi avec profit sur le même thème l'ouvrage de Robert C. Davis, professeur d'histoire, spécialiste de l'histoire sociale de l'Italie, à l'université d'État de l'Ohio.

Dans son ouvrage Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : L'esclavage blanc en Méditerranée, Davis se penche également sur la traite des Blancs pratiquée en Méditerranée par ceux que l'on nommait alors les Barbaresques. Cette traite a duré près de trois siècles et a causé plus d'un million de victimes. Qui étaient ces esclaves ? Comment se les procurait-on ? Comment fonctionnaient les marchés d'Alger, de Tunis et de Tripoli, les trois villes formant le noyau dur de la Barbarie ? Quelle forme prenait l'asservissement physique et moral de ces hommes et femmes originaires de toute l'Europe ? Comment l'Église catholique et les États européens tentèrent-ils de les racheter ? Les réponses que l'auteur apporte à ces questions et à bien d'autres battent en brèche l'idée élaborée au XIXe siècle et encore dominante d'un esclavage fondé avant tout sur des critères raciaux. Sur un sujet négligé ou sous-estimé par de nombreux historiens mais volontiers exploité par le roman populaire, cet ouvrage très sérieusement documenté, fruit de dix années de recherches, a reçu lors de sa première édition en France le prix Madeleine Laurain-Portemer de l'Académie des sciences morales et politiques.

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Le génocide voilé (traite négrière musulmane)






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Un pays à très faible fécondité peut-il jamais renouer avec le taux de renouvellement des générations ?

Dans un article récent consacré à l’hiver démographique, le New York Times écrivait que « aucun pays avec un ralentissement sérieux de la croissance démographique n’a réussi à augmenter son taux de fécondité bien au-delà de la légère hausse que l’Allemagne connaît actuellement ».

La fécondité allemande est passée de 1,25 en 1995 à 1,54 en 2019 après avoir élargi l’accès à des services de garde d’enfants abordables et à un congé parental payé. En 2019, 75,6 % des enfants sont nés de mères de nationalité allemande, tandis que 24,4 % des enfants sont nés de mères de nationalité étrangère. La population allemande d’origine immigrée s’élève à 21 millions, soit environ 26 % de la population allemande. Quelque 65 % de toutes les personnes issues de l’immigration venaient d’un autre pays européen. En 2019, le taux de natalité des immigrés était bien supérieur à la moyenne et dépassait 2 enfants par femme.

Au moins un pays a réussi à remonter la pente démographique, la Géorgie dans le Caucase. Cet ancien pays de l’URSS, a augmenté son indice de fécondité de 1,53 enfant/femme en 1994 à 2,31 enfants/femme en 2015. Ensuite, bien qu’en diminution, l’indice de fécondité est resté proche du taux de renouvellement des générations.

Ce pays subit depuis la fin de l’Union soviétique une très forte émigration. Selon le recensement de 2014, la population de la Géorgie atteignait 3 729 635 habitants. Il s’agissait d’une diminution de 14,7 % depuis 2002, alors que la population était de 4 371 535 habitants.

Cette émigration est causée par les conflits, le départ des Russes de la Géorgie, un haut niveau de chômage depuis deux décennies et un pouvoir d’achat en baisse. Un facteur additionnel accentue cette tendance : la généralisation — initiative soutenue par les États-Unis — de la langue anglaise comme première langue étrangère, plutôt que le russe, et l’appétence des jeunes générations diplômées à une formation universitaire à l’étranger et leurs souhaits d’expatriation définitive. 

Malgré ces obstacles, la Géorgie est parvenue à redresser sa fécondité.

En 2013, la Géorgie a considérablement augmenté les aides financières à la maternité. Le congé parental payé a été prolongé de 126 à 183 jours et le congé sans solde de 477 à 730 jours. De même, le gouvernement a augmenté la « prime pour bébé », une somme unique payée à la naissance d’un enfant, d’environ 250 $ à environ 400 $ américains (le PIB par habitant de la Géorgie n’était que d’environ 9 000 $ à l’époque), et il a augmenté la prime pour un quatrième enfant à près de 800 $. Puis, en 2014, les autorités augmentèrent à nouveau cette somme pour offrir aux parents de trois enfants ou plus dans les régions faiblement peuplées un paiement annuel de 850 $.

L’Église orthodoxe géorgienne a également entrepris une campagne afin de relancer la natalité et le Gouvernement a créé un Secrétariat d’État à la diaspora afin de garder le contact avec les émigrés et en particulier encourager les retours.

Pour Lyman Stone de l’Institute for Family studies, le rôle de l’Église orthodoxe est primordial.

En 2007, le patriarche Élie II de l’Église orthodoxe géorgienne a pris une décision : face à un pays avec une population en déclin, de faibles taux de natalité et des taux d’avortement élevés, le chef de l’église a annoncé qu’il baptiserait personnellement et deviendrait le parrain de tout troisième ou ultérieur enfant orthodoxe né d’un couple marié en Géorgie et officiellement enregistré auprès du gouvernement. La Géorgie est orthodoxe à près de 90 %. Le patriarche Élie II jouit d’une grande confiance et est respecté. Enfin les Géorgiens sont les plus susceptibles de tous les pays à majorité orthodoxe de dire que leur religion est une question de foi personnelle. En d’autres termes, la Géorgie est un cas type idéal pour voir si les dirigeants nationaux peuvent utiliser le capital social ou culturel pour effectuer des changements sociaux ciblés. Depuis les premiers baptêmes de masse fin 2007, Élie a baptisé plus de 36 000 bébés (jusqu’en 2018), soit environ 5,8 % du total des naissances en Géorgie au cours de cette période, ou environ 34,5 % des troisièmes et ultérieures naissances, de sorte que le nombre de ces baptêmes est significatif sur le plan démographique. 

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, la Géorgie connut une forte augmentation des naissances en 2008. Les reportages et les politiciens de l’époque attribuaient cette hausse à la campagne nataliste et antiavortement du patriarche.

Mais la campagne du patriarche Élie était-elle vraiment la cause de cette montée en puissance ? Le moyen le plus simple de vérifier cette hypothèse est de voir si cette augmentation concernait principalement les troisièmes naissances et au-delà, c’est-à-dire les bébés susceptibles d’être baptisés par le patriarche.

La figure ci-dessus montre que de 2007 à 2008, les naissances ont augmenté pour chaque rang de naissance. De 2008 à 2009, elles ont de nouveau augmenté pour chaque rang de naissance. Mais à partir de là, les premières naissances ont diminué, les deuxièmes naissances sont restées stables, tandis que les troisièmes naissances ont continué d’augmenter. Il s’agit pour Lyman Stone d’un élément qui suggère que la campagne du patriarche Élie aurait fonctionné : les naissances de troisième rang ont presque doublé entre 2007 et 2010, puis ont continué à augmenter avec le temps. Surtout, il est possible que sa campagne puisse stimuler même la première ou la deuxième naissance si les parents espèrent avoir plus de bébés plus tard pour profiter de l’offre de baptême spécial pour les futurs enfants. Ils peuvent devancer les naissances planifiées, car le patriarche Élie n’est pas un jeune homme (il a 88 ans) et son successeur pourrait ne pas s’engager à suivre le même programme de baptêmes de masse.

Mais le pic des première et deuxième naissances est-il vraiment lié à l’accélération de la fertilité des couples pour obtenir le baptême patriarcal ? Eh bien, c’est difficile à dire avec certitude, mais on peut répartir la fécondité en fonction de l’état matrimonial. L’offre de baptême n’a été officiellement proposée qu’aux couples mariés, on peut donc s’attendre à ce que la fertilité des mariés augmente, tandis que la fertilité des mères célibataires ne devrait pas être affectée. 


Comme l’indique la figure ci-dessus, la totalité de l’augmentation observée de la fécondité s’est produite dans la fécondité des femmes mariées, tandis que le nombre de naissances pour les femmes non mariées a en fait diminué. Il est vrai que les naissances des femmes mariées avaient commencé à augmenter avant même 2008, la première année où la politique d’Élie devrait vraiment avoir eu un effet significatif, ce qui suggère qu’il y a peut-être eu une tendance sous-jacente à la hausse. Mais la divergence est si grande et persistante que, combinée aux données sur le rang de naissance présentées ci-dessus, il semble extrêmement probable aux yeux de Lyman Stone qu’une grande partie de ce sursaut soit due à l’offre de baptême du patriarche Élie.

Il est souvent difficile en démographie d’établir l’impact des facteurs culturels ou sociaux sur la démographie. Mais le cas de la Géorgie serait assez clair pour Lyman Stone et montrerait que la présence de capital social — c’est-à-dire un acteur non étatique qui peut influencer le comportement d’autrui sans coercition — peut être un atout énorme pour une société, lui permettant de faire des changements démographiquement significatifs avec un prix relativement bas, car les politiques natalistes relativement efficaces sont coûteuses. C’est ainsi qu’en Hongrie les sommes allouées à la politique familiale représentaient près de 4 % du PIB.

Voir aussi
  
 
 
 

Russie — aides aux familles, baisses des avortements, naissances en hausse en mars 2021

Démographie de la Russie pour le premier trimestre 2021

Le premier trimestre 2021 a vu 336 691 naissances contre 338 268 naissances pendant le premier trimestre 2020, soit une diminution de 0,4 % et 1 307 naissances. Statistiquement, on peut dire que la natalité n’a pas diminué pendant le premier trimestre de 2021 par rapport au premier trimestre de 2020. 

Les mariages sont eux en hausse de 3 % et les divorces en hausse de 0,7 %.

Quant à mars 2021, il a vu 128 217 naissances contre 111 021 naissances en mars 2020 soit une hausse de 15,5 % pour 17 196 naissances supplémentaires.

La mortalité infantile au plus bas en Russie

En Russie, la mortalité infantile a atteint un niveau historiquement bas en 2020, s’élevant à 4,5 ‰ selon le ministre russe de la Santé Mikhaïl Mourachko le 16 mars 2021 lors d’une réunion élargie du Comité de la Douma d’État sur la protection de la santé.

Ce taux de mortalité infantile est le plus bas de toute l’histoire non seulement de la Fédération de Russie, mais aussi de l’URSS.

En 2019 la mortalité infantile en Russie était de 5,3 ‰. Ce taux de 4,5 ‰ est celui de la France de 2019 ce qui veut dire qu’un enfant qui nait en Russie en 2020 n’a pas plus de chances de mourir qu’un enfant qui naît en France en 2019.

À noter qu’en 2019 la mortalité infantile était de 5,8 ‰ en Slovaquie, 6,5 ‰ aux États-Unis ou encore 8,4 ‰ en Ukraine.

Avortement en forte baisse depuis

La Russie a construit des centres de soutien médical et social pour les femmes enceintes en situation de vie difficile. À titre d’exemple en 2020, malgré la pandémie, plus de 230 000 femmes ont été consultées dans ces centres et près de 50 000, soit 22 %, ont finalement décidé de ne pas avorter. La politique russe est de venir en aides aux femmes enceinte, de décourager ainsi les avortements sans les interdire.

Selon Tatiana Golikova la vice-première ministre, le nombre d’avortements aurait diminué de 39 % entre 2015 et 2020 ce qui voudrait dire que 2020 devrait voir autour de 510 000 avortements.

Il faut cependant pondérer ce chiffre par la baisse du nombre de femmes en âge de procréer et donc d’avorter.

Nouvelles aides sociales en Russie

À la suite des propositions du président russe Vladimir Poutine, exprimées dans son message à l’Assemblée fédérale d’avril dernier, voici la liste des mesures principales annoncées pour soutenir les familles avec enfants et les femmes enceintes :

  • à partir du 1er septembre, les arrêts maladie pour s’occuper d’un enfant de moins de 8 ans sont remboursés à hauteur de 100 % du salaire moyen ;
  • à partir du 1er juillet, les foyers monoparentaux avec des enfants de 8 à 17 ans se verront attribuer des paiements mensuels de 50 % équivalant à la moitié du minimum de subsistance de l’enfant dans la région (en moyenne en Russie, il est de 5,6 mille roubles) ;
  • à partir du 1er juillet, les femmes enregistrées avec une grossesse jusqu’à 12 semaines se verront attribuer une allocation de 50 % du niveau de subsistance ; à partir du 1er août et avant le 31 août, un paiement unique de 10 000 roubles pour chaque élève qui va à l’école, de 8 à 16 ans ;
  • Une allocation mensuelle pour les femmes enceintes qui se trouvent dans une situation de vie difficile soit au sein d’une famille avec un revenu familial moyen par habitant inférieur au niveau de subsistance ;
  • Le montant de l’allocation sera égal à la moitié du niveau de subsistance dans la région de résidence d’une femme enceinte qui est en moyenne en Fédération de Russie de 6 350 roubles et sera payé jusqu’au jour de la naissance.

Source : Journal d’un Frussien


jeudi 27 mai 2021

Gestion de la pandémie — Hausse des tentatives de suicide chez les adolescents et les jeunes adultes

Les pédopsychiatres sont nombreux, depuis le début de l'épidémie, à alerter sur la hausse de jeunes patients reçus pour dépression, au point de tenter de mettre fin à leurs jours. De premiers chiffres sur les tentatives de suicide des adolescents et jeunes adultes, rendus publics prochainement, confirment désormais ces remontées de terrain.

Le professeur en psychiatrie Fabrice Jollant (GHU Paris psychiatrie et neurosciences) et le médecin réanimateur Dominique Vodovar (centre antipoison de Paris) ont analysé le nombre d'appels pour tentatives de suicide des huit centres antipoison (CAP) du territoire, entre le 1er janvier 2018 et le 31 mars 2021, soit 50 000 dossiers. Et ils le confirment : les tentatives de suicide chez les 12-24 ans sont en hausse, depuis septembre 2020. Un phénomène « très nouveau » et « inquiétant », indique le professeur Jollant.

Sans prétendre à l'exhaustivité – leur travail d'analyse ne se concentrant que sur les données des CAP –, leur conclusion « pourrait tout à fait refléter la tendance générale française », explique le docteur Vodovar. D'autant que « 80 % des tentatives de suicide impliquent l'ingestion de médicaments », précise-t-il.

Des appels deux fois supérieurs à la normale

Des indicateurs le montraient déjà, lors du premier confinement (du 17 mars au 10 mai 2020) : les gestes suicidaires ont d'abord chuté d'environ 20 %, tous types de tentatives et tous âges confondus, à l'exception des sujets de plus de 65 ans, plus exposés que les autres tranches d'âge aux risques d'infection et de mortalité induits par le virus et susceptibles d'avoir connu une expérience douloureuse en réanimation.

Une baisse générale « pour partie justifiée par un effet de sidération », explique le professeur Jollant. « Cela nous est tombé dessus, et il y a eu une forme de souffrance collective. Il s'agissait avant tout de lutter ensemble, ce qui protège généralement du passage au suicide, précise-t-il. On a observé la même chose après l'attentat du 11 septembre 2001 ou après l'épidémie de Sras, en 2002. »

Mais « cela reste généralement temporaire ». Aussi, rapidement, et particulièrement à partir du mois de septembre, la tendance s'inverse : « Les appels aux centres antipoison pour tentative de suicide se multipliaient, on a donc commencé à suivre cela de près, raconte le docteur Vodovar. Les CAP recevaient entre trente et quarante appels par jour avant l'épidémie, pour ingestion volontaire de médicaments ou de produits ménagers. Aujourd'hui, ils recensent jusqu'à soixante à quatre-vingts appels par jour, particulièrement pour des adolescents et de jeunes adultes », précise-t-il.

Un « public fragilisé par la situation et ses mesures »

Parmi eux, un « public fragile », touché par des « pathologies psychiatriques (dépression, troubles de l'humeur, addictions…), qui démarrent généralement à l'adolescence, et qui a pris de plein fouet l'épidémie », explique Fabrice Jollant. En temps normal, 15 à 20 % des jeunes étant en difficulté sociale et/ou psychique et 10 % des adolescents exprimant, chaque année, des idées suicidaires.

Mais aussi un « public fragilisé par la situation et ses mesures », précise-t-il. Et plus particulièrement « le poids majeur de l'isolement induit par l'épidémie ». « Certains jeunes se sont retrouvés très isolés. La fermeture de leurs établissements et le fait de se retrouver, pour certains, seuls dans des petits endroits ou en rapports étroits et parfois conflictuels avec leurs proches, sur de longues périodes, a pu être très difficile et a mis à mal leur socialisation, dans une période de leur vie où celle-ci est clé », explique-t-il.

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Voir aussi

Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale  

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945 (on a jamais autant parlé d'un événement) 

Le confinement aurait détruit plus d'années de vie qu'il n'en a épargné 

Covid — New York Times affirme que le CDC a grandement exagéré le risque de contamination à l’extérieur  

La gestion du Covid ruine l’apprentissage de la lecture pour 100 millions d’enfants

  
  
 
 
 

Augmentation de 40 % des jeunes de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale

Le nombre de Québécois de 12 à 17 ans admis à l’hôpital pour des raisons de santé mentale à la suite d’une visite à l’urgence a augmenté de 40% en janvier et février, par rapport à la même période l’an dernier, selon des statistiques de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Dans un communiqué publié vendredi, l’HME s’est dit inquiet «du nombre sans précédent de préadolescents et d’adolescents aux prises avec des problèmes de santé mentale» en raison de la pandémie, des fermetures d’école, de l’apprentissage en ligne, de l’augmentation du temps passé devant un écran, de l’absence d’activités sportives ou parascolaires et du manque de socialisation.

«Le nombre de jeunes en détresse est alarmant. À l’Hôpital de Montréal pour enfants, nous traitons des préadolescents et des adolescents qui ont des pensées suicidaires, qui souffrent de dépression, qui ingèrent intentionnellement des médicaments, qui souffrent d’anxiété aiguë et qui ont des troubles alimentaires graves», a expliqué le Dr Martin Gignac, directeur médical du service de psychiatrie de l’HME.

«Au cours des derniers mois, notre unité psychiatrique de huit patients a dépassé sa capacité avec jusqu’à 12 à 14 adolescents en crise par jour», a ajouté le Dr Gignac.

Il estime qu’un nouveau modèle de soins devrait voir le jour afin d’éviter que des adolescents souffrant de problèmes de santé mentale et ayant besoin d’une surveillance 24 heures sur 24 soient admis dans des unités chirurgicales ou médicales.

Plutôt qu’un séjour à l’hôpital, le Dr Gignac préconise la création, dans la communauté, de centres d’intervention de crise où les adolescents auraient un accès rapide à des intervenants en santé mentale et où les familles pourraient participer à une psychothérapie intensive.

Source

mercredi 26 mai 2021

Lockheed Martin — Hommes blancs, mal; missiles de guerre, bien ? Formation sur le privilège blanc.

L’année dernière, Lockheed Martin Corporation, la plus grande entreprise du complexe militaro-industriel américain avec 110 000 employés a envoyé des cadres blancs de sexe masculin à un programme de formation sur « la diversité » de trois jours visant à déconstruire leur « culture d’hommes blancs » et à les encourager à expier leur « privilège des hommes blancs », selon documents obtenus par Christopher Rufo.

Le programme, hébergé sur Zoom pour une cohorte de 13 employés de Lockheed, était dirigé par la société de conseil en diversité White Men As Full Diversity Partners (Les Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité), spécialisée dans l’aide aux hommes blancs pour « se réveiller ensemble ». Les employés de Lockheed, tous hauts dirigeants de l’entreprise, comprenaient Aaron Huckaby, directeur des opérations de la chaîne d’approvisionnement mondiale ; le lieutenant-colonel à la retraite de la Force aérienne David Starr, directeur du programme de transport militaire Hercules C-130 ; le lieutenant-général à la retraite de la Force aérienne Bruce Litchfield, vice-président des opérations de maintien en puissance ; et Glenn Woods, vice-président de la production pour le programme des ruineux chasseurs F-35.


Au début du programme, les formateurs en diversité ont soumis les employés de Lockheed à un exercice « d’association libre ». Les employés devaient énumérer les mots qu’ils associent au terme « hommes blancs ». Parmi la liste soumise par les formateurs, on retrouve « vieux », « raciste », « privilégié », « anti-femmes », « en colère », « nation aryenne », « KKK », « pères fondateurs », « fusils », « coupable » et « ne savent pas sauter. » Selon les participants, ces perceptions ont conduit à « des hypothèses sur les hommes blancs et la diversité », de nombreux employés estimant que les hommes blancs « ne se soucient pas de la diversité », « ont une perspective classique sur l’histoire et le colonialisme » et « ne veulent pas céder notre pouvoir ».

Pour l’équipe d’Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité — Jim Morris, Mark Havens, and Michael Welp —, la session de formation avantage les hommes blancs qui adhèrent à la philosophie de la diversité et de l’inclusion. En réponse à une question sur « qu’en retirent les hommes blancs ? », les participants ont énuméré des avantages tels que : « Je ne serai pas remplacé par quelqu’un qui est un meilleur partenaire de la diversité complète », « [Je vais] améliorer la marque, l’image, la réputation des hommes blancs » et « j’aurai un sentiment de culpabilité moins tenace d'être source de problèmes. »

Dans un ensemble de ressources connexes, l’équipe Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité expose sa théorie du privilège. Les fondateurs de la société, Welp et Bill Proudman, ont fait valoir que les hommes blancs doivent « travailler dur pour comprendre » leur « privilège blanc », « privilège masculin » et « privilège hétérosexuel », ce qui leur confère des avantages immérités. Les programmes de formation de l’entreprise sont conçus pour aider les hommes blancs à découvrir les « racines de la culture des hommes blancs ». Cette culture, selon Welp et Proudman, s’articule autour de valeurs telles qu’« un individualisme robuste », « une attitude positive », « le travail acharné », « fonctionnant à partir de principes » et « aspirant au succès » — qui sont superficiellement positifs, mais sont « dévastateurs » pour les femmes et les minorités.

Lors de la formation Lockheed, après les exercices de base, les formateurs ont procédé à la partie « cœurs et esprits » de la session : déconstruire le « privilège des hommes blancs » des employés à travers une série de « déclarations de privilèges », puis travailler à reconstruire leur identité comme « agent[s] du changement. » Les formateurs ont fourni aux participants une liste de 156 « déclarations de privilèges blancs », « déclarations de privilèges masculins » et « déclarations de privilèges hétérosexuels » à lire et à discuter. Parmi ces déclarations : « Ma culture m’apprend à minimiser les perspectives et les pouvoirs des gens issus d’autres races » ; « Je peux commettre des actes de terrorisme, de violence ou de crime sans que cela soit attribué à ma race » ; « Mon potentiel de revenu est de 15 à 33 % supérieur à celui d’une femme » ; « Mes organes reproducteurs ne sont pas considérés comme la propriété des autres hommes, du gouvernement et/ou même des étrangers en raison de mon sexe » ; « On ne me demande pas pourquoi je suis hétéro » ; « Je peux être ami avec des enfants ou travailler avec eux sans être accusé de les avoir recrutés ou agressés. »

Enfin, afin de consolider l’idée que la culture des hommes blancs est « dévastatrice » pour les minorités raciales et les femmes, les formateurs ont demandé aux employés de Lockheed de lire une série de déclarations « Je suis fatigué » qui auraient été prononcées par des personnes issues des minorités raciales et des femmes fictives. Les déclarations comprenaient : « Je suis fatigué d’être noir » ; « Je suis fatigué que vous gagniez plus d’argent que moi » ; « Je suis fatigué que les gens dénigrent nos campagnes politiques (comme Black Lives Matter) » ; « Je suis fatigué que des garçons/filles noirs soient assassinés » ; « Je suis fatigué que les gens pensent qu’ils sont plus intelligents et plus qualifiés que moi » ; « Je suis fatigué d’entendre que nous avons besoin d’un mur à la frontière au Sud, mais pas à la frontière au Nord » ; « Je suis fatigué du désir ou des commentaires qu’il faudrait éliminer la race — le concept selon lequel nous devrions être “daltoniens”. »

Ce n’est pas la première fois que Hommes blancs en tant que partenaires à part entière de la diversité organise un programme de formation controversé. L’année dernière, cette entreprise avait déjà organisé un programme de formation des employés blancs des laboratoires nationaux de Sandia qui sont parmi les principaux laboratoires nationaux du département de l’Énergie des États-Unis. Cette révélation avait mené à une série d’articles de presse et de dénonciations dans les médias. En conséquence, le président Donald Trump avait signé le décret 13950 qui interdisait dans les programmes fédéraux de diversité l’usage de stéréotypes raciaux, de la rhétorique de bouc émissaire et de a discrimination. L’interdiction de Trump, cependant, ne fut que temporaire. Le président Biden s’est empressé d’annuler ce décret le premier jour de son mandat.

Documentaire : la vie intime des Français pendant l'occupation allemande

Documentaire (pour adultes) basé sur le livre Les années érotiques de Patrick Buisson.

Lien vers la vidéo si elle ne s'affiche pas: https://rumble.com/embed/vf20n7/?pub=fcaqj


lundi 24 mai 2021

Hongrie — Natalité en hausse et nuptialité stable malgré la Covid-19 en 2020 et de janvier à mars 2021

Dans de nombreux pays, la gestion de la Covid-19 s’est accompagnée d’une chute du nombre des naissances et des mariages.  Voir Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec).

Si la Hongrie a connu une baisse des naissances en janvier 2021 par rapport à janvier 2020 (-9,3 %), les chiffres pour l’année 2020 et le premier trimestre 2021 sont rassurants.

En 2020, 92 233 enfants sont nés en Hongrie. Le nombre de naissances était supérieur de 3,4 % à celui de l’année précédente. À l’exception de la baisse de décembre 2020, plus d’enfants sont nés tous les mois en 2020 que le mois correspondant de l’année précédente. Le nombre de naissances a augmenté relativement sensiblement en janvier 2020 (9,7 %), juin (9,1 %) et février (7,8 %) par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. L’indice synthétique de fécondité en Hongrie a augmenté pour s’établir provisoirement à 1,55 enfant par femme en 2020 par rapport à 1,49 pour 2019.

En 2020, 81 850 bébés sont nés au Québec, soit une baisse de 3 % par rapport à 2019 (84 00). L’indice synthétique de fécondité pour 2020 est de 1,52 enfant par femme, moins qu’en 2019 (1,57 enfant par femme). La très grande majorité des bébés nés en 2020 ayant été conçus avant que les mesures pour contrer la pandémie de COVID-19 ne soient instaurées au Québec, l’effet possible de ces mesures sur le nombre de naissances ne devrait se faire sentir pleinement qu’à partir de l’année 2021.

Épousailles à Budapest
Pendant le premier trimestre 2021, 22 254 enfants sont nés en Hongrie, soit 0,1 % de plus que le nombre de naissances en janvier-mars 2020. Le nombre de naissances corrigé pour prendre compte de l’année 2020 qui fut bissextile a augmenté davantage, de 1,2 % par rapport à la même période de l’année précédente. Pendant ce trimestre, il y a eu 9,3 % de naissances vivantes en moins en janvier, 5,0 % de plus en février et 9,5 % de plus en mars par rapport aux mois correspondants de 2020. L’indice synthétique de fécondité en Hongrie a été estimé à 1,54 par femme pour ce premier trimestre 2021, contre 1,50 au premier trimestre 2020.

L’Institut de la statistique du Québec, moins rapide que son homologue hongrois, n’a publié que les chiffres de naissances et mariages que pour les deux premiers mois de 2021. En janvier et février 2021, il est né 12 450 enfants au Québec comparés à 13 200 pendant les deux mêmes mois en 2020 soit une diminution de 5,68 %. À ce rythme, l’indice de fécondité au Québec devrait passer sous les 1,5 enfant/femme pour 2021. Quant aux mariages au Québec, leur nombre s’est effondré pendant les deux premiers mois passant de 1700 en janvier et février 2020 à 1000 en janvier et février 2021, soit une baisse de 41,18 %.

De janvier à mars 2021, 12 004 couples se sont mariés en Hongrie, soit 2,1 % de moins ou 262 de moins qu’un an auparavant. Le nombre de mariages corrigé pour prendre en compte l’année 2020 qui fut bissextile a diminué de 0,9 %. Dans le détail, 3,1 % de mariages en moins ont été enregistrés en janvier, 6,0 % de moins en février et 5,1 % de plus en mars qu’au cours des mois correspondants de 2020. 

 


Le deuxième gouvernement Orbán (2010-2014) a fait de la sauvegarde de la nation de l'abîme démographique une de ses priorités. Il a donc introduit des mesures généreuses pour les familles nombreuses et a considérablement augmenté les prestations sociales pour toutes les familles. Ceux qui ont trois enfants ou plus ne paient pratiquement aucun impôt. En quelques années à peine, la Hongrie est passée de l'un des pays qui dépensaient le moins pour les familles de l'OCDE à être l'un de ceux qui en font le plus. En 2015, les sommes allouées à la politique familiale représentait près de 4% du PIB. 

 

Sources : Institut de la statistique du Québec et son homologue hongrois (KSH).

Voir aussi

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Radiographie des Français 

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million 

Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec)  

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission  

Covid — nombre de naissances en France en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020

Politiques familiales — hausse des naissances de 9 % en Hongrie, nombre des mariages double (janvier 2020) 

Hongrie — vers un remboursement intégral de la fécondation in vitro  

Hongrie — 20 % de mariages en plus en 2019 à la suite de la politique pro famille  

La politique nataliste hongroise 


 Orban : la procréation plutôt que l’immigration

 

L'application de la loi 101 aux cégeps : un potentiel de 25 petits cégeps français avec ses emplois en français

Lettre à François Legault, Simon Jolin-Barrette et Danielle McCann envoyée par un collectif en faveur de l’application de la loi 101 aux cégeps.

Madame, Messieurs,

Nous soussignés travaillons au cœur du réseau des cégeps français et désirons vous raconter une histoire très préoccupante dont vous seuls contrôlez le dénouement.

Elle concerne Mathieu Caron et Gabriela Fernandez (noms fictifs). Tous deux enseignent depuis une dizaine d’années dans un cégep français, lui en histoire et elle en biologie. Elle touche aussi Isabelle Dufour et Ahmed Hallaoui : elle y a envoyé son CV dans l’espoir d’enseigner la physique et lui, les mathématiques. Leur point commun : tous veulent naturellement travailler en français.

Notre quatuor présente deux cas de figure typiques. Le premier s’applique à Mathieu et à Gabriella : depuis plusieurs années, les plus précaires qu’eux ont peu à peu perdu leurs cours, par manque d’effectifs étudiants. Cette année, c’est leur tour : avec chance, ils hériteront de grenailles de tâches cet automne, mais d’aucune à l’hiver.

Quant à Isabelle et à Ahmed, ils ont reçu coup sur coup des accusés de réception laconiques à leurs demandes pour leur emploi de rêve : « La conjoncture, vous savez », « La baisse d’effectifs nous frappe », « Nous conserverons votre CV durant deux ans, gardez espoir ».

Pendant ce temps, le cégep anglais situé à quelques jets de pierres du leur déborde et embauche en masse : il s’appelle Dawson, John Abbott, Heritage, Vanier ou Champlain Lennoxville, Champlain St. Lawrence, Champlain Saint-Lambert.

Ce débordement s’explique par l’afflux massif et combiné d’allophones et de francophones. À Québec, au cégep Champlain St. Lawrence par exemple, ces non-anglophones constituent 90 % de la clientèle…

Un potentiel de 25 petits cégeps français

Le réseau collégial anglais dans son ensemble recrute 65 % de sa clientèle chez les francophones et les allophones qu’il sélectionne sur la base de l’excellence de leur dossier scolaire, soit 20 150 étudiants sur un total de 31 000. Oui, plus des deux tiers ne sont pas anglophones ! De plus, le réseau des cégeps anglais reçoit 20 % du financement pour une communauté de 8,7 % d’anglophones alors que les minorités françaises hors Québec ne récoltent que des miettes.

L’extension de la loi 101 au collégial ferait évidemment passer du côté français l’immense majorité de ces 20 150 étudiants non anglophones, soit autant que ceux de tous les cégeps français de la ville de Québec. Ou l’équivalent de 25 petits cégeps comme celui de La Pocatière, qui en attire 800, ou de six de taille moyenne comme le cégep de Bois-de-Boulogne et ses 3000 étudiants.

Cette décision franciserait plus de 2000 emplois d’enseignants, de professionnels, d’employés de soutien, de cadres et de techniciens, le ratio de ce milieu avoisinant un employé par tranche de 10 étudiants. Illustrons : Dawson College, avec ses 10 000 étudiants, procure de l’emploi à plus de 1000 travailleurs, soit 600 professeurs et 400 non-enseignants.

Les cégeps français déclassés

Vous comprenez alors pourquoi, d’une part, Mathieu, Gabriela, Isabelle et Ahmed se retrouvent sans emploi. Et, d’autre part, pourquoi les professeurs qui tiennent le coup, assiégés dans leur cégep d’attache, sont condamnés à enseigner dans des établissements de second tour privés, par l’attraction du réseau anglais, de nombre de leurs étudiants performants et ambitieux.

Vous avez bien lu, MM. Legault, Jolin-Barrette et Mme McCann : dans l’État de plus en plus bilingue que vous dirigez, les cégeps anglais déclassent les cégeps français.

Vous trouvez ça normal ? Nous, non.

Alors, dites-nous : quelle option reste-t-il à notre quatuor de candidats pour gagner leur pain ? Oui, vous l’avez compris : postuler dans des cégeps anglais, devenus si populaires qu’ils manquent d’anglophones pour combler leurs besoins. Là, on les accueillera à bras ouverts.

Ainsi, de plus en plus de Québécois formés en français doivent enseigner dans les cégeps anglais, ce qui provoque deux effets pervers. D’abord, la remise en question de leur droit de travailler en français. Le constat en est aussi désolant qu’absurde : de plus en plus de professeurs francophones et allophones enseignent en anglais à… des francophones et à des allophones !

Ensuite, la dévaluation des bacs et des maîtrises en français au cœur même du marché du travail québécois. À quoi bon décrocher des diplômes en français, en littérature, en biologie ou en chimie d’universités françaises si c’est pour enseigner (et corriger) en anglais à temps plein ?

Cette anglicisation du corps enseignant réduit aussi les débouchés pour les professeurs de philosophie, dont les cours, dans les cégeps anglais, sont facultatifs.

Chers élus, nous serons solennels et insistants : une porte s’ouvre momentanément devant vous, et le projet de loi 96 doit aller plus loin encore.

Vous devrez agir avec plus de vigueur et de détermination. L’avenir des cégeps français et du français comme langue commune des Québécois dépend pour beaucoup des gestes que vous pouvez encore poser.

Faites-le pour nous et nos enfants.

Le regroupement Pour le cégep français

*Plus de 230 personnes (enseignants, professionnels et employés de soutien de nombreux cégeps) ont signé la lettre


dimanche 23 mai 2021

La pression médiatique de la Covid-19 en mars 2020 a connu un pic inédit depuis 1945

Cision, spécialiste en relations presse, a épluché plus de 8 millions d’articles de la Presse quotidienne nationale française pour connaître les évènements de l’histoire moderne qui ont le plus marqué les médias depuis 1945. 

Quatorze évènements majeurs ont été analysés. Par ordre chronologique : guerre de Corée, guerre d’Indochine, guerre d’Algérie, Guerre des missiles de Cuba, Mai 68, guerre du Kippour, élections présidentielles 1981 et 1988 de François Mitterrand, attentats de New York en 2001 et de Paris en 2015, élections présidentielles d’Emmanuel Macron, les gilets Jaunes et enfin la pandémie de Covid-19. Dans chaque cas, le pic hebdomadaire de l’événement a été comparé. C’est ainsi que Cision a analysé la pression médiatique en France pendant le pic d’une semaine lié au début du confinement en 2020 et les 7 jours qui ont suivi la signature des accords d’Évian qui ont marqué la fin de la guerre d’Algérie.

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Le taux de pression médiatique de la Covid-19 atteint son maximum lors de la troisième semaine du confinement de mars 2020 avec 68 % de médiatisation (soit près de 7 articles sur 10 de presse quotidienne nationale évoquent le sujet). Ce pic dépasse de peu le record absolu des événements de mai 68 qui occupaient 67 % de la médiatisation lors de la 2e semaine de grève générale.

En second plan, deux catégories d’événements se distinguent par leur médiatisation intense : les attentats et les élections présidentielles. Les attentats de Paris de novembre 2015 ont occupé 41 % de l’espace médiatique, soit 10 points de plus que les attentats du 11 septembre. Quant aux élections présidentielles, l’élection de François Mitterrand de 1988 détient le record devant Emmanuel Macron avec un taux d’occupation médiatique de 40 %.

Enfin, les guerres et conflits enregistrent une forte médiatisation. En tête, la guerre d’Algérie se soldant par la signature des accords d’Évian mobilise 30 % de la médiatisation. Notons que la chute du mur de Berlin occupera « seulement » 20 % des débats médiatiques la semaine suivant les événements.

Ces chiffres révèlent que la médiatisation de la Covid-19 — à l’exception notable de mai 68 — surpasse largement tous les événements étudiés.

Au-delà du Pic de médiatisation, il est également important d’étudier la médiatisation des évènements dans la durée. Le graphique ci-dessous illustre la courbe de médiatisation des différents évènements

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Par l’intensité de son pic et la persistance de sa forte médiatisation dans le temps, la Covid-19 bénéficie d’un traitement médiatique totalement inédit dans l’histoire de la presse.

Méthodologie : cette étude a été réalisée sur la base des archives de la Presse Quotidienne Nationale de 1945 à nos jours présente dans la bibliothèque média Europresse. L’équipe Intelligence Médias de Cision, Cision Insights, a analysé 8 695 565 articles issus des titres de presse, Le Monde, Le Figaro, Les Échos, Aujourd’hui en France, L’Humanité, La Croix, La Tribune et Libération. Après avoir identifié les grands événements qui ont marqué l’histoire des médias depuis 1945, les experts Cision Insights ont comptabilisé le nombre total de parutions de l’événement afin de déterminer leur taux d’occupation médiatique. Aussi appelé taux de pression, le taux d’occupation médiatique est le rapport entre le nombre de parution d’un sujet relativement au nombre total de parutions sur une période donnée.

Voir aussi

La psychologue Marie-Estelle Dupont sur la peur instrumentalisée pour faire adhérer la population aux mesures anti-Covid.