mercredi 19 mai 2021

Instruction à la maison : Maître Lucas, le site de cours qui cartonne auprès des élèves de primaire

Il a 36 ans, et son site destiné aux élèves du premier degré et à leurs enseignants cartonne ! Découvrez le monde de Maître Lucas.

Les élèves de primaire reprennent les cours en personne, ce lundi matin. Les sites d’aides continuent toutefois de cartonner comme celui de Maître Lucas, un instit, visité des dizaines de milliers de fois. Et il a même été salué par… le président de la République française !

« À la base, j’ai bricolé ça pour ma classe de CP [élèves de 6 ans]. Je ne pensais pas que des dizaines de milliers de profs et d’élèves allaient se ruer dessus… » La force est avec Maître Lucas. Derrière l’énigmatique appellation : le « bébé » d’un instituteur de 36 ans au nom imprononçable — il s’appelle Lucas Schildknecht — qui a créé, avec son cousin Benoît, un site web de contenus pédagogiques dédié aux élèves du premier degré et leurs enseignants. 200 vidéos ludiques, 600 fiches techniques, portant sur le programme officiel du CP au CM2 [10/11 ans].

Et même si les élèves du premier degré vont retrouver leur maître ou maîtresse en vrai ce lundi, après le pont de l’Ascension, et qu’ils ont repris l’enseignement en présence depuis fin avril, ce site continue, comme d’autres, à attirer les écoliers (et leurs parents).

Du « fait maison » sans prétention, assure le professeur des écoles reconverti cette année dans la formation de ses pairs, qui a connu surtout un succès affolant lors de la semaine à distance, juste avant les vacances de printemps… La même semaine où les contenus officiels de l’Éducation nationale, notamment « Ma classe à la maison », déployée par le CNED, et les espaces numériques de travail (ENT), ont planté. En quatre jours, 87 000 enfants et profs ont visionné 170 000 contenus sur la chaîne de Maître Lucas !

De quoi attirer l’attention jusqu’à l’Élysée : le 26 avril, le président de la République français, Emmanuel Macron, s’est fendu d’un courrier aux deux cousins, les « félicitant » pour leurs « vidéos ludiques et éducatives qui illustrent l’extraordinaire esprit d’initiative et de solidarité » des Français, « en particulier nos enseignants », face à la crise sanitaire.

L’histoire démarre en 2017. « J’ai créé une chaîne YouTube pour mettre en ligne des petites vidéos sur certains aspects du programme de ma classe de CP, des choses que je cherchais en tant qu’enseignant, mais que je ne trouvais pas. Je faisais 4 ou 5 vidéos par mois, avec un petit logiciel de montage permettant de créer son personnage, doublé par ma propre voix », raconte Lucas.

Ses montages sont animés par le fameux Maître Lucas, une sorte de héros de bande dessinée qui disserte, avec des mots simples, sur, au choix, les additions, les soustractions, les volcans, les adjectifs, le système solaire ou le cycle de la vie. Modestement, il utilise l’outil pour les devoirs et les révisions à la maison, ou même en classe, pour un moment ludique. Mais tout change lors du premier confinement et la fermeture des établissements.

« C’est 100 % bénévole »

« Au plus fort, les vidéos ont été vues 50 000 fois par jour ! Des profs appelaient, proposaient des sujets, et des parents envoyaient des courriels pour dire qu’ils faisaient l’école à la maison avec nos vidéos », se remémore Benoît. En septembre, les deux cousins passent la vitesse supérieure et créent un site dédié : Maitrelucas.fr. De nouveaux personnages sont créés, dont celui de l’élève, qui n’a pas de nom, et son papy. « C’est 100 % bénévole », précisent-ils. « On y a mis plus de vidéos, inclus des fiches techniques à télécharger, le tout 100 % basé sur les programmes de l’Éducation nationale, ajoute Benoit. Cela a pris vite ! » En un mois, leur site affiche 250 000 visites en moyenne, avec un pic, donc, la semaine du 6 avril.

Cette semaine-là, Noémie, directrice d’école et professeure en CE2-CM1 dans le secteur de Metz (Moselle), n’hésite pas : « Devant le bogue généralisé des ENT et du CNED en mars 2020, j’ai utilisé les vidéos de Maître Lucas. Chaque jour, au lieu de faire des visio, j’ai envoyé des liens vers leurs vidéos à mes élèves. Je l’utilise aussi en tant que maman pour ma fille. Elle adore. L’un des avantages, c’est qu’il n’y a pas de pub, de bannière qui s’affiche, et je n’ai encore eu aucun dysfonctionnement. C’est assez clair et ludique, et très sûr, puisque ce sont les programmes officiels. Alors, en couplant à quelques exercices, je m’y retrouve. »

« On a été un recours pour pas mal d’enseignants, de familles, confirme Benoît. Nos vidéos ont été diffusées par le biais des ENT, ou le lien de nos vidéos et nos fiches directement envoyées par courriel aux parents par les profs. »

Pour autant, tout le monde est formel : le concept ne vaut pas la classe. « Rien ne remplace une instit en chair et en os pour le développement d’un élève », estime Noémie. Ce dont sont conscients les deux cousins : « On n’a pas du tout l’ambition de remplacer les profs ou l’Éducation nationale. C’est un outil modeste, mais qui peut rendre quelques services si le distanciel revient. Et le sujet de l’une de nos prochaines vidéos, c’est : Comment fonctionne un vaccin. »

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France — Histoire du baccalauréat

Une histoire du baccalauréat qui est aussi une sorte d’histoire de France depuis Napoléon. Un voyage dans les évolutions du système éducatif français et de ses impasses actuelles. L’auteur, Robert Colonna d’Istria, est historien et écrivain, auteur de nombreux ouvrages dont Une famille corse (Plon, 2018), finaliste du prix Renaudot. Une recension d’Éric Zemmour.

Les images reviennent chaque année en juin. Des images de jeunes gens joyeux, complaisamment filmés par les caméras de télévision — surtout les jeunes filles et les représentants de la « diversité » — qui exultent dans la rue pour célébrer leur baccalauréat. Des images qui font plaisir aux intéressés et sourire de tendresse leurs parents, mais qui apparaissent au mieux ridicules, au pire indécentes à tous les autres.

Le bac a plus de deux siècles. Comme la plupart de ces « masses de granit » qui ont fait la France moderne, c’est une création de Napoléon. En 1808, pour la première année, il y a 32 lauréats. Faire l’histoire du bac, c’est faire une histoire de France. C’est ce qu’a compris et voulu Robert Colonna d’Istria. Notre historien se fait aussi conteur lorsqu’il nous décrit les affres de la première femme reçue, les fraudes et les triches, les résultats du jeune Flaubert ou encore l’échec de Zola.

Mais derrière l’anecdote, il y a la politique. Le bac est une grande question politique. Depuis l’origine. Lorsque Napoléon choisit Fontanes contre Fourcroy pour être le premier « patron » de son institution naissante, il engage l’école française pour un siècle. Fontanes est un catholique, monarchiste, favorable aux humanités. Fourcroy est un révolutionnaire, favorable aux sciences. À Sainte-Hélène, Napoléon regrettera son choix et pas seulement parce que Fontanes l’aura trahi en 1814. Lui qui était à la fois un grand lecteur et un féru de mathématiques aurait voulu une synthèse harmonieuse entre les deux. En 1870, Bismarck vainqueur de l’armée française, se moquera de ces élites françaises qui ne se sont pas intéressées à la science à l’époque de la révolution industrielle.

Entre-temps, le bac aura pris ses quartiers de bourgeoisie, cette classe désormais dominante s’en servant à la fois comme d’une barrière pour se protéger de l’invasion des « barbares » populaires mais aussi comme moyen de sélection des meilleurs, afin de ne pas renouveler l’erreur de l’aristocratie au XVIIIe siècle qui s’était enfermée jusqu’à l’explosion révolutionnaire : c’est le principe de la « méritocratie » qui irrigue tout ce siècle, quel que soit le régime, monarchiste, impérial ou républicain.

C’est Victor Duruy, ministre de Napoléon III, qui instaure l’épreuve de philosophie ; c’est Jules Ferry, ministre républicain, qui impose la composition de français. Tous ont le même objectif : rendre le bac de plus en plus difficile. Et tous utilisent la même arme : substituer aux oraux des origines des épreuves écrites.

Cette politique « méritocratique » sera maintenue jusqu’à la moitié du XXe siècle : en 1945, il y a 28 000 bacheliers. On est passé de 2 à 3 % d’une classe d’âge.

Après commence la grande Révolution qui va abattre « l’élitisme républicain » au nom de « la démocratisation ». Une révolution qui se fera en trois temps. Il revenait à deux communistes de donner le premier coup de pioche avec le fameux rapport Langevin-Wallon de 1945 : la « démocratisation » concurrence désormais la transmission des savoirs. Un ministre giscardien, pétri d’angéliques intentions, René Haby, leur donne la main trente ans plus tard : c’est la fameuse loi Haby, qui instaure le « collège unique ». Enfin, c’est paradoxalement le chantre de « l’élitisme républicain », Jean-Pierre Chevènement, qui lui donne le coup de grâce, avec son objectif de « 80 % d’une génération au niveau bac ».

Dans les années 1960-1970, le dynamisme de l’économie, le développement des nouveaux métiers de « cadres », le niveau exceptionnel de l’école primaire et secondaire héritée de la IIIe République, tout permet de marier vaille que vaille démocratisation et élitisme.

À partir des années 1980, la démocratisation devient massification. C’est le temps du « bac pour tous » et du droit au bac : « On remonte les notes sur injonction du rectorat, on invite à la bienveillance ; on multiplie les options pour gagner des points ; on insiste sur les “compétences”. »

Tous les observateurs lucides s’accordent sur la décadence du parchemin : « Le bac joue le rôle social que tenait le certificat d’études primaires jusque dans les années 1960 et la licence celui qu’il tenait il y a près d’un demi-siècle. »

Mais la valeur juridique du bac n’a pas changé — le droit d’entrer à l’université — et sa valeur sentimentale auprès des Français reste élevée : d’où la désillusion, en particulier des classes populaires, quand elles constatent que leurs enfants bacheliers ont souvent des situations sociales inférieures aux leurs.

Alors que faire ? Achever le bac, que des générations de ministres depuis quarante ans ont consciencieusement étranglé ? Le dernier en date est Jean-Michel Blanquer qui, avec un discours sur l’élitisme républicain, est revenu aux épreuves orales d’origine, pour mieux cacher les béances dans l’expression écrite et le raisonnement de la plupart des élèves. Comme s’il signait discrètement son forfait.

L’alternative est donc simple, en tout cas en théorie : soit prendre acte que le bac est mort et le supprimer. Soit prendre acte que les Français y restent attachés, et reprendre la politique suivie au XIXe siècle, c’est-à-dire le rendre de plus en plus difficile et réduire sévèrement le nombre de bacheliers. En Allemagne, le nombre d’Abitur est de 33 % d’une classe d’âge, et en Suisse, les « matu » ne sont que 20 %. En France, le bac coûte cher (200 à 300 millions d’euros) et le niveau est d’une médiocrité affligeante. Mais, comme le remarque Robert Colonna d’Istria avec finesse : « Si on observait le niveau des 2 % à 3 % des meilleurs candidats au baccalauréat, on constaterait probablement qu’il est strictement identique à celui de leurs camarades bacheliers diplômés cent ans plus tôt, à l’époque où dans une tranche d’âge il n’y avait que 2 ou 3 % de diplômés. Comprenne qui pourra. »

On pourrait transposer la célèbre apostrophe révolutionnaire de Sieyès sur le Tiers-État au baccalauréat : « Qu’est-ce que le bac aujourd’hui ? Rien. Qu’a-t-il été : Tout. Que veut-il ? Redevenir quelque chose. » Mais qui osera faire la Révolution ?

 


La grande histoire du baccalauréat, 
par Robert Colonna d’Istria,
paru le 6 mai 2021,
chez Plon, 
à Paris,
352 pp.
ISBN-10 : 2 259 304 990 
ISBN-13 : 978-2259304993


France — Natalité en berne, abandon des politiques natalistes

Dans une note transmise à l’AFP, le haut-commissaire au Plan et président du Modem, François Bayrou, propose notamment un « pacte national pour la démographie ».

« Assurer notre avenir démographique » passe par « deux voies : avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays », écrit le président du Modem, pour qui « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale. »

Pour Jean-Yves Le Gallou, auteur de L’invasion de l’Europe (Éd. Via Romana, 2020) et ancien eurodéputé du Front national, le recours à l’immigration, même pour un motif lié à l’emploi, ne peut être une solution pour la relance économique et démographique du pays. « L’immigration de travail se transforme très vite en immigration familiale et en immigration d’aides sociales », avance notre interlocuteur. « Il est évident que des immigrés de langue et de culture différente ne peuvent pas se substituer aux Français ou cela porte un nom : cela s’appelle le “Grand remplacement” ! », ajoute-t-il, reprenant à son compte l’expression popularisée par l’écrivain controversé Renaud Camus.

Si la France veut sauver son modèle social, basé notamment sur le financement des retraites par répartition, Jean-Yves Le Gallou opte sans hésiter pour la première option suggérée par François Bayrou, à savoir une refonte complète de la politique familiale en faveur de la natalité. « Les politiques de soutien à la famille ont été dégradées dès l’époque Chirac et sur-dégradées à l’époque Hollande, avec une conséquence sur le taux de fécondité », dénonce-t-il.

« La solution, c’est une aide aux familles déconnectée du revenu. Il faut compenser la charge de l’enfant : cela supposerait de rétablir les quotients familiaux dans leur intégrité et d’aider les familles à partir du deuxième enfant », plaide le président de la fondation identitaire Polémia.

Pessimiste, Jean-Yves Le Gallou n’envisage toutefois pas une sortie du « paradigme immigrationniste » dans les années à venir. « Derrière le baratin pour tromper les électeurs, toute la politique des pouvoirs politique, judiciaire et médiatique consiste à faciliter l’immigration en France. Il suffit de voir la façon dont on a changé la jurisprudence pour éviter une condamnation à ce paysan de la région de Nice qui aide des clandestins [Cédric Herrou, NDLR] », illustre-t-il.

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Le confinement aurait détruit plus d'années de vie qu'il n'en a épargné

Une étude du laboratoire d’idées libéral GenerationLibre relance le débat sur l’effet des mesures sanitaires, estimant que les restrictions sanitaires ont sauvé 500 000 années de vie en France, mais en ont fait perdre 1.200.000 du fait de la paupérisation d’une partie de la population.

Un graffiti parisien compare les mesures de restrictions sanitaires à la dystopie de George Orwell, 1984.

« Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami », écrit un Jean de La Fontaine espiègle, qui n’a décidément pas fini d’éclairer d’une ironie salutaire les errements de la gouvernance sanitaire. On connaît la fable de « l’ours et l’amateur des jardins » : l’animal veut ôter une mouche du nez de son ami, mais « non moins bon archer que mauvais raisonneur », lui fracasse le crâne d’un jet de pavé — croyant bien faire. Tout part donc d’une bonne intention : l’enfer, dit-on, en serait pavé…

Quand l’économie pâtit, la santé s’en ressent aussi

Que le remède puisse être pire que le mal, voilà l’objet de la démonstration de GenerationLibre (qui n’est pas franchement connu pour son enthousiasme à l’égard des politiques de restriction des libertés adoptées depuis plus d’un an). Dans une étude que publie ce « réseau pensant » ce mardi, les effets des confinements successifs sont mesurés en nombre d’années de vie gagnées ou perdues : « l’objet n’est pas de dire s’il fallait ou non confiner le pays », prévient le directeur général de GenerationLibre, l’économiste Maxime Sbaihi, « mais de proposer une première tentative d’évaluation des conséquences du confinement qui réconcilie l’économie et la santé. Opposer les deux n’a aucun sens, car elles sont intimement liées : lorsque la situation économique se dégrade, les personnes dont le niveau de revenu diminue perdent aussi en espérance de vie. »

500.000 années de vie épargnées

Dans le détail, l’étude procède en deux temps, pour modéliser les effets bénéfiques d’une part et néfastes d’autre part, et comparer ensuite les deux plateaux de la balance. Pour ce qui est des « années de vie gagnées », elles sont calculées sur la base d’un « modèle d’agent » que l’épidémiologiste Henri Leleu détaille au Figaro. Ce modèle consiste selon lui à étudier tout d’abord l’effet d’une réduction des interactions sociales sur la circulation du virus, en considérant une population jugée représentative de celle du pays et en simulant leurs interactions normales (à l’école, en soirée, dans les lieux publics… en fonction des habitudes de chaque classe d’âge). La transmission du virus est ensuite étudiée à partir des paramètres épidémiologiques donnés par l’Institut Pasteur, et le modèle compare ensuite avec la situation vécue de mois en mois depuis le début de la crise, à mesure que les restrictions et l’application des gestes barrière ont limité les interactions sociales, d’après les paramètres sociaux transmis cette fois chaque mois par Santé Publique France. En prenant donc en compte l’adaptation des comportements, le modèle établit qu’environ 100 000 morts ont été évitées grâce aux politiques de limitation des libertés — c’est « l’estimation haute », précise Henri Leleu. Reste à recouper ce chiffre avec l’espérance de vie moyenne des personnes décédées de la Covid-19 : celle-ci est obtenue en croisant les données sur l’âge des personnes décédées (81 ans en moyenne), ainsi que leurs comorbidités. En moyenne donc, les personnes emportées par la maladie auraient pu vivre 5 années de plus : si les confinements ont permis d’en sauver 100 000, ce sont alors 500 000 années de vie qui ont été épargnées par la politique sanitaire mise en place.

Henri Leleu ajoute que le chiffre obtenu est une estimation raisonnable, obtenue par une approche dynamique, qui se situe dans un juste milieu entre des études plus sévères quant à l’efficacité réelle du confinement (une estimation fondée sur des données d’observation en Afrique du Sud ne comptait que 20 000 décès évités) et d’autres bien plus clémentes (celle publiée dans la revue Nature par des chercheurs de l’Imperial College en dénombrait 245 000, mais néglige selon Henri Leleu « qu’en l’absence de politiques de confinement, les individus ajusteraient leur comportement face au risque d’être infecté et restreindraient leurs interactions sociales de manière volontaire »).

Autre rappel intéressant de l’analyse, les auteurs précisent que « plusieurs études trouvent une absence de lien entre la rigueur des restrictions et le taux de mortalité » : sans en retirer des conclusions trop hâtives, du moins retiennent-ils donc que « les mesures de restrictions ne peuvent seules expliquer l’hétérogénéité des taux de mortalité » d’un pays à l’autre.

1.200.000 années de vie sacrifiées

De l’autre côté de la balance, les effets néfastes des confinements sont évalués à raison de l’impact qu’ont eu les restrictions sur l’économie, et donc in fine sur le niveau de revenus de la population. La première intuition fondamentale à la base du modèle employé est l’idée, étayée à de multiples reprises par les économistes et les données statistiques, que l’espérance de vie est directement corrélée au niveau de revenus moyens. Ce que l’on voit très bien sur le graphique ci-dessous, obtenu d’après les données de l’INSEE en 2018.



 Niveau de revenus moyens (par quintiles) et espérance de vie à la naissance Source : INSEE, « Tables de mortalité par niveau de vie ». Échantillon démographique permanent, INSEE Résultats. Tableau 68, 6 février 2018.

« La décision politique d’imposer des restrictions strictes au niveau national a provoqué en 2020 la pire récession économique de l’après-guerre » argumente le politiste Kevin Brookes, directeur des études de GenerationLibre, rappelant que d’après l’INSEE là encore, « un quart des ménages a déclaré que sa situation financière s’est dégradée depuis le début du confinement ». Des effets qui touchent davantage les salariés du privé et les indépendants que les retraités et les fonctionnaires ; mais surtout aussi les jeunes, dont le revenu a baissé de 5 à 10 % entre 2019 et 2020 (20-25 ans, d’après une note du Conseil d’analyse économique). En conclusion, d’après l’étude, 5 millions de personnes auraient connu une perte de revenus depuis le premier confinement, et 1 million aurait basculé dans la pauvreté, cette fois d’après le Secours catholique (la France a franchi cette année le seuil symbolique des 10 millions de pauvres).

Selon la durée de ce déclassement soudain (et donc l’efficacité des politiques de relance, de réinsertion et d’emploi qui seront mises en place), plusieurs scénarios se dessinent : le plus probable selon les auteurs est celui selon lequel cette perte de revenus se résorberait au bout de 5 ans en moyenne. En conséquence de quoi, compte tenu de l’impact de ce basculement sur l’espérance de vie des personnes concernées, environ 1 200 000 années de vie auraient donc été perdues sous l’effet du ralentissement de l’économie et de l’appauvrissement d’une partie de la population.

« Et encore » précise Kevin Brookes, « notre étude fait des hypothèses conservatrices et ne prend pas en compte certains effets indirects, notamment psychologiques, du confinement sur l’espérance de vie ». Elle ne prend pas réellement en compte non plus la détérioration de l’éducation d’un certain nombre de jeunes, qui pourraient, là encore, être pénalisés au moment de leur arrivée sur le marché du travail.

Pour Maxime Sbaihi, ce travail n’entend pas « fournir une évaluation définitive » des effets des confinements décidés par le gouvernement, mais au moins « contribuer à créer en France une culture de l’évaluation et de la modélisation », lesquelles font selon lui cruellement défaut au décideur public : « j’espère qu’il y aura par la suite d’autres évaluations plus précises encore qui viendront alimenter le débat, mais pourvu que nous prenions le réflexe d’analyser davantage les conséquences de long terme de nos choix politiques » conclut-il. Alors, à la lumière de ces indicateurs, aurait-il mieux valu ne pas confiner du tout ? L’économiste botte cette fois en touche : « ce serait trop facile de juger en fonction de données que nous n’avions pas à l’époque ». Et de citer Churchill : « Dans l’urgence, un tiers des informations à disposition sont contradictoires, un tiers sont fausses et un tiers sont incertaines ».

Source : Le Figaro

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lundi 17 mai 2021

Wokisme — Nouvelle vidéo de recrutement de l'armée américaine

L’armée américaine a publié une série de cinq vidéos de recrutement.

Élevée par deux mères aimantes et inspirantes, Emma excellait à l’école. « Bien que j’aie eu une enfance assez typique, appris le ballet, joué du violon. J’ai aussi défilé pour l’égalité [LGBTQ2SAI+] »

 

 

Une armée américaine très féminine, très brune, Emma est à droite ici (sa couleur de cheveux devient blonde et ses yeux bleus dans le dessin animé de recrutement)

Une autre vidéo est en espagnol, c’est l’histoire d’une fille d’immigrante née au Nouveau Jersey de parents dominicains, à dix dans un appartement de trois pièces, sa mère travaillait jusqu’à 16 heures par jour, etc.


Capitole, la police prête à coopérer pacifiquement ? « Restez pacifiques et calmes » (vidéo)

Le plus gros mensonge du 6 janvier était que les « émeutiers » étaient en quelque sorte responsables de plusieurs morts ce jour-là. Très tardivement, le coroner de Washington DC a confirmé que, à part Ashli Babbitt une manifestante désarmée tuée par un policier toujours anonyme, tous les morts étaient morts de causes naturelles — y compris l’officier Sicknick, que la plupart des Américains croient encore avoir été assassiné à coups d’extincteur inexistant par des partisans de Trump.

La police du Capitole, à la fois dans ses déclarations officielles et dans ses fuites aux copains des médias, a contribué à diffuser ce mensonge. Lire Intox radio-canadienne — l’« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d’extincteur » (m à j)

De nombreux émeutiers sont toujours emprisonnés. Le célèbre chaman végane aux cornes de bison est toujours dans une geôle gouvernementale en attente de son procès.

Une vidéo récemment divulguée montre des officiers de la police du Capitole des États-Unis parlant avec plusieurs manifestants du 6 janvier — y compris Jacob Chansley, le soi-disant « chaman QAnon » — à l’intérieur du Capitole cet après-midi-là. Cette vidéo semble étayer l’affirmation de M. Chansley selon laquelle il a été admis au Capitole avec l’autorisation de la police.

Un agent, identifié comme l’agent Keith Robishaw, semble dire au groupe de Chansley que la police capitoline ne les empêchera pas de déambuler dans le Capitole. « Nous ne sommes pas contre… vous devez nous montrer. . . pas d’attaque, pas d’assaut, restez calme », prévient Robishaw. Chansley et un autre manifestant demandent à la foule d’agir pacifiquement. « Cela doit être pacifique », crie Chansley. « Nous avons le droit de nous rassembler pacifiquement. »

Voir aussi

Intox radio-canadienne — l’« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d’extincteur » (m à j)

Analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis

Qui étaient les émeutiers du Capitole ?

« La blanchité multiraciale » : comment les wokes expliquent que des non blancs votent pour Trump et pénètrent le Capitole

Le chaman végane rentre dans le Sénat escorté par un garde qui lui demande de respecter l’endroit, le chaman qui vénère la Terre-Mère lui dit qu’il quittera bientôt les lieux

Les « révolutionnaires » pro-Trump respectent les cordons de velours

Biden se vante d’avoir été arrêté pour intrusion illégale dans le Capitole à 21 ans

Réforme de la loi 101 : « demi-mesures juridico-bureaucratiques », une guerre de retard et encore plus d'anglais intensif...


Extraits d’un texte de Frédéric Lacroix, suivi de la réaction du journaliste Pierre Allard ancien éditorialiste du Droit (Gatineau) qui connaît bien la situation des Franco-Ontariens, excellents bilingues (le Graal de M. Legault apparemment) qui s’assimilent très vite à l’anglais. En italique nos remarques.

Simon Jolin-Barrette a enfin déposé sa réforme de la loi 101. En même temps, le Premier ministre du Québec, M. François Legault, a publié un court message sur Facebook. Dans ce texte, il affirme deux choses : « Qu’il y avait urgence d’agir » et que « Il va y avoir des personnes qui vont dire que le projet de loi ne va pas assez loin. Il va y en avoir d’autres qui vont dire qu’il va trop loin. Ça va démontrer que notre position est raisonnable. »

[…]

M. Legault a d’ailleurs rempilé un peu plus tard en conférence de presse en affirmant que la position du Parti québécois d’appliquer la loi 101 au cégep était « extrémiste ». Il est consternant de voir le Premier ministre adopter, en pleine Assemblée nationale et le jour même du dépôt d’une réforme de la Charte de la langue française, le langage historique des opposants à la Charte qui qualifiaient, eux aussi en 1977, les clauses scolaires de la loi 101 de mesure « extrémiste ». Je l’avoue : avec cette sortie, ce mot, mon Premier ministre m’a fait honte. On se croyait revenu, l’espace d’un instant, à l’ère Couillard et aux « braises de l’intolérance ».

La CAQ, le PLQ et le PLC, même combat ?

Et manque de pot pour le calcul politique de M. Legault : autant le Parti libéral du Québec que le Parti libéral du Canada ont bien accueilli le projet de loi 96 (PL 96). La cheffe du Parti libéral, Mme Anglade, s’est même plu à donner le baiser de Judas au projet en soulignant que les propositions du PLQ visant les cégeps étaient plus « costaudes » que celles mises de l’avant par la CAQ. En effet, la CAQ propose un contingentement des places en cégep anglais qui n’équivaut même pas au gel proposé par le PLQ (la CAQ permet une croissance des effectifs des cégeps anglais).

Mais le PLQ proposait aussi de « bonifier » l’offre de cours en français dans les cégeps anglais, de prioriser les « ayants droit » pour ce qui est de l’accès aux cégeps anglais, des mesures qui ne sont pas dans le PL 96. Il semble que la CAQ ait réussi à coaliser les fédéralistes en faveur du PL 96, ce qui est probablement la dernière chose que souhaitait M. Legault.

[…]
 
[Angle juridique et non démographique ni culturel]

Simon Jolin-Barrette est un avocat. Dans le PL 96, toute la question linguistique est envisagée d’un point de vue strictement juridique. Le ministre est à mon avis tombé dans le piège à ours dressé par Pierre Elliott Trudeau en 1969. Dans sa Loi sur les langues officielles, Trudeau séparait la langue de la culture et concevait toute la question de la langue sous l’angle juridique. Il allait effectuer ce travail avec sa Charte des droits de 1982. Cette façon de voir les choses a marqué profondément les esprits. Au Canada, la judiciarisation du politique dévore tout sur son passage, incluant la langue. Avant, pour parler de langue, on questionnait des artistes. Aujourd’hui, on interroge des avocats.

[…]

Il faut noter que les démographes sont beaucoup moins « érotisés » que les juristes par le PL 96. Celui-ci ne contient en effet aucune mesure permettant d’affecter les déterminants majeurs du recul du français. Il n’arrêtera pas la minorisation en cours des francophones au Québec. Car toutes les mesures structurantes ont été soigneusement écartées du PL 96 pour éviter de provoquer de la « chicane ». Par exemple, le 

  • contingentement des cégeps ne règle aucunement la question de la dynamique linguistique au collégial, 
  • l’article sur les municipalités bilingues assure leur permanence, 
  • aucune mesure ne cible l’immigration, 
  • l’affichage va rester bilingue, etc.

Le PL 96 ne contient aucune mesure susceptible de frapper l’imagination, aucune mesure qui constitue un signal fort selon lequel le français revient au centre du jeu. Une collection de demi-mesures, peu importe leur nombre, ne constitue pas un « plan costaud ».

La langue, ce n’est pas d’abord et avant tout un objet juridique. C’est un objet culturel, social. Cela, le projet de loi l’ignore totalement.

Le bilinguisme soustractif et une guerre de retard

Il était d’ailleurs dramatique d’entendre M. Legault, en conférence de presse lors du dépôt du projet de loi, promettre qu’il allait « intensifier » l’anglais intensif au primaire. [Encore !!!!! C’est un jeu à somme nulle : plus d’anglais, c’est moins d’autres matières en français, c’est inacceptable.] Voilà une mesure, introduite par Jean Charest en 2011, qui est déjà en train d’acculturer à grande vitesse les jeunes francophones. Comme le soulignait pudiquement une série d’articles récents dans le Devoir, une partie de la jeune génération est en train de sombrer dans le bilinguisme soustractif, où la langue qui est en train d’être soustraite est le français. De ce point de vue, le Québec français ressemble de plus en plus à l’Ontario français. Valoriser encore plus l’anglais dans les écoles primaires va mener carrément à l’anglicisation à grande échelle des jeunes. Cela a d’ailleurs débuté à Montréal.

Le PL 96 ignore aussi cela. Le projet de loi de M. Legault aurait été bon en 1999. Là, il arrive trop tard. La CAQ prépare en 39 la guerre de 14-18.

Un des leviers essentiels pour rehausser le statut du français, qu’ignore le PL 96, c’est de le valoriser dans les écoles. C’est notre langue, notre histoire et notre culture qui doivent être mieux et plus valorisées dans nos écoles. Il s’agit même d’une urgence nationale. On pourrait presque dire : valorisons le français dans les écoles et Netflix se chargera de l’anglais.

Résumons : pour le français, le PL 96 se contente d’une vaste collection de demi-mesures juridico-bureaucratiques. Mais, pour l’anglais, M. Legault a déjà en tête d’en mettre encore plus à l’école. Pour l’anglais, il veut agir sur le terrain culturel et éducatif, ce qu’il refuse de faire pour le français. Il est facile de savoir qui sortira gagnant de cette partie de souque à la corde [lutte à la corde].

Le recul du français au Québec va s’accélérer.

Nous reproduisons ci-dessous un extrait de la réaction pertinente de M.  Pierre Allard, journaliste, ex-éditorialiste au quotidien Le Droit, Grand prix de journalisme Olivar-Asselin 2014 et Prix Omer-Héroux en 2021. Il rappelle le fait que personne ne semble avoir relevé un commentaire pourtant essentiel de François Legault pendant la conférence de presse qui a suivi, jeudi matin, la présentation du projet de loi de Simon Jolin-Barrette à l’Assemblée nationale.

Il était interrogé par l’éditorialiste Robert Dutrisac, de journal Le Devoir. Celui-ci évoquait la situation des élèves francophones hors Montréal qui pourraient choisir d’aller à un cégep anglais pour acquérir une meilleure connaissance de l’anglais.

Voici ce que le Premier ministre a répondu :

On a un défi au primaire et au secondaire de mieux enseigner l’anglais. Il y a une méthode qui a fait ses preuves, c’est l’anglais intensif en 5e ou 6e année. Je sais que ça s’implante de plus en plus dans les écoles. Je pense qu’on est rendu à 20 ou 25 % (des écoles françaises). Il faut continuer à travailler à l’amélioration de l’enseignement de l’anglais au primaire et au secondaire. Je pense que c’est important.

J’étais abasourdi. J’ai dû le réécouter pour m’assurer d’avoir bien entendu. La solution pour réduire l’intérêt que portent nos élèves de langue française aux cégeps anglais, c’est de commencer à les angliciser dès le primaire ? Un moyen de franciser le Québec serait une immersion totale en anglais pendant quatre ou cinq mois, à un âge où l’apprentissage du français est incomplet et fragile chez nos élèves, surtout dans le contexte nord-américain ?

Plus de la moitié des jeunes Québécois francophones sont déjà bilingues. Enfin, aux fins des recensements, on les juge capables de se débrouiller en français et en anglais. Mais quelle est la qualité du français parlé et écrit ? Le plus souvent faible, avec un vocabulaire pauvre et des tas d’anglicismes ou de mots anglais. Près de la moitié des nôtres sont analphabètes fonctionnels. Et on veut mettre l’accent sur l’anglais dans nos écoles primaires et secondaires ?

C’est un suicide culturel assisté, financé par l’État. Heureusement, seulement le quart de nos écoles ont mis en place l’anglais intensif depuis son lancement par l’ignoble Jean Charest en février 2011 (voir mon éditorial dans Le Droit du 25 février 2011 intitulé Fossoyeurs du français). Mais c’est déjà trop. Et voilà que François Legault veut étendre ce funeste programme qui dit, clairement, à nos élèves, que l’anglais est assez important pour interrompre l’enseignement en français pendant une demi-année scolaire !

Le message, c’est qu’ils auront besoin de l’anglais au Québec dans leur vie quotidienne, au travail, dans leurs loisirs, dans le commerce. Et moi qui croyait qu’on voulait ériger un Québec où la langue commune serait le français, où l’on parlerait et écrirait un français de qualité qui servirait à la maison, dans la rue, à l’école, et qui serait essentiel au travail.

N’allez pas croire que je ne suis pas conscient de l’importance de l’anglais sur le continent nord-américain. Je suis né et j’ai grandi en Ontario. Et ce que j’ai appris, c’est que le jour où une collectivité canadienne-française est entièrement bilingue, les générations suivantes sont de plus en plus anglaises et évoluent vers l’unilinguisme anglais. Voilà ce qui arrivera au Québec dans quelques générations si on ne crée pas un milieu qui impose le respect de la langue française.

Ce n’est pas vrai que tous les Québécois doivent apprendre l’anglais et devenir bilingues. L’ensemble de la population — la majorité du moins — doit pouvoir vivre en français seulement. Et la qualité de cette langue doit s’améliorer. Si cela paraît irréalisable, alors aussi bien arrêter tout de suite de prolonger l’agonie. Si, cependant, l’objectif semble atteignable, alors il faudra un projet de loi autrement plus « costaud » que celui qui nous est présenté.

 


On remarquera que ni Frédéric Lacroix ni Pierre Allard  ne parle de démographie ci-dessus : 

  • rien sur une diminution de l’immigration non francophone de naissance et assimilable, 
  • rien sur une hausse de la fécondité des Canadiens français (qui était légèrement sous la fécondité moyenne du Québec, voir graphique ci-dessus, détails ici) et 
  • donc des mesures qui aideraient la classe moyenne à avoir les enfants qu’ils désirent (les familles veulent un peu plus d’enfants qu’elles n’en auront en moyenne, le coût des enfants est un obstacle), 
  • des mesures qui valoriseraient la famille et les enfants dans la société, 
  • des études peut-être plus courtes mais tout aussi utiles, aussi bonnes, voire meilleures, etc.
 
Voir aussi
 
  
 
 
 
 

Baisse de niveau : comparaisons en calcul et dictée de 1987 à 2017

Bonus

L’école à la française, l’égalité des chances, l’excellence, la République et tout le toutim. En 6e (11-12 ans), les élèves des quartiers « immigrés » (REP+) sont 60 % à avoir une maîtrise « insuffisante » ou « fragile » des « connaissances et compétences en mathématiques », contre 31 % en moyenne.

Pape François et les médias — L’art de ne pas parler du génocide des chrétiens d’Irak

Un texte d’Ingrid Riocreux, agrégée de lettres modernes et docteur de l’université Paris IV-Sorbonne, Ingrid Riocreux est spécialiste de grammaire, de stylistique et de rhétorique. Pour Riocreux, pape des médias, François l’est essentiellement parce que ses propos paraissent souvent comme calibrés afin de se couler dans le discours médiatique.

Langue des médias

La presse n’a rien à ôter ni à ajouter à ce qu’il dit. S’il plaît aux journalistes, c’est grâce à sa maîtrise de ce que, pour ma part, j’avais naguère proposé d’appeler « la langue des médias ». Nous l’avons encore constaté lors de son voyage en Irak. « Fléau du terrorisme », « conflits religieux souvent nourris par un fondamentalisme incapable d’accepter la coexistence pacifique des différents groupes ethniques et religieux » : ces expressions feutrées se signalent par un art d’éviter le mot juste. Elles pourraient être tout droit sorties de la bouche d’un journaliste, mais elles sont signées du pape François. « Le terrorisme » : on désigne la méthode pour ne pas cibler l’idéologie qui en use. « Un fondamentalisme », avec ce petit article indéfini qui donne envie de demander « lequel ? ». « Conflits religieux » : cette expression nous est malheureusement familière et sert à masquer des situations de persécutions sous l’image trompeuse d’une responsabilité partagée et d’une brutalité réciproque, selon la thèse qui voudrait que toutes les religions engendrent par nature la haine et la violence. De même, et de manière générale, alors que l’ONU avait alerté très tôt sur le caractère génocidaire des dispositions de l’État islamique à l’égard des chrétiens, les médias se sont employés, lors de cette visite papale en Irak, à effacer la différence entre agresseurs et agressés.

« Nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion » dit encore le pape François. Cette affirmation pleine de bonne volonté laisse croire à une interchangeabilité, à une équivalence profonde entre les religions. L’hyperonyme « la religion » noie dans une catégorie commune toutes les croyances. Comme personne n’est dupe, on en vient à percevoir « la religion » comme une manière de désigner l’islam, à croire que celui-ci serait, pour ainsi dire, la religion par excellence. Dans un passé récent, je me suis intéressée aux expressions telles que « la religion s’invite au travail », souvent employées dans des titres de presse. Elles annoncent toujours un développement exclusivement consacré à l’islam ; « la religion » fait partie de ce sous-code commun que nous comprenons tous et que certains d’entre nous parlent même couramment. Cette expression permet de dire sans dire ; de renoncer au terme exact au profit d’une énonciation moins risquée de vérités qui auraient tôt fait, aux yeux de la nouvelle morale dominante, de verser dans la « stigmatisation ».

Finalement, de la part du pape François, cette rhétorique de la périphrase, de l’allusif et de l’imprécis pourrait se comprendre comme une marque de prudence, visant à ne pas mettre en danger les catholiques encore présents sur place. Il cherche vraisemblablement à leur apporter son soutien sans pointer leurs persécuteurs afin de contribuer, autant qu’il est possible, à une forme d’apaisement. Mais nos médias ne devraient pas avoir ces scrupules. Pourquoi, lorsqu’on ne représente aucune des parties en présence, s’obstiner à ne pas dire ce qui fut ? Le pape François, indique Le Monde, est en visite « sur les terres meurtries par les djihadistes » : élégante et poétique métonymie qui permet de jouer sur deux aspects gênants de la réalité factuelle. D’abord, nier les victimes en ne les évoquant qu’à travers l’allusion à leurs terres ; ensuite, résumer la menace aux « djihadistes ». On pense au mythe de la Résistance construit par la propagande gaullienne, après la Libération : les Français unis dans le rejet collectif de l’occupant et l’Allemagne nazie seule porteuse de toutes fautes. Dans le cas de l’Irak, se focaliser sur les seuls « djihadistes » donne l’impression que le danger a déferlé, identifiable, limité, momentané, puis a été éliminé. Or, où le groupe terroriste a-t-il puisé sa force de nuisance sinon dans la bienveillance et l’approbation qu’il a rencontrées, s’assurant ainsi des complicités et une implantation locale qui ont consolidé ses prises ?

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Diminuer la part Canadiens français menace la perennité du français au Québec

Scène de rue à Montréal
Un texte de Charles Gaudreault, Ingénieur M.Sc.A, Chercheur indépendant paru dans le Journal de Montréal. 
 
La conclusion qui s’impose au vu de l’article de Charles Gaudreault qui souligne la différence d’attachement au français de la part des Canadiens français et des immigrants, c’est que l’immigration de masse affaiblit fortement la place du français et qu’il faut privilégier la natalité locale et plus particulièrement des Canadiens français.  
 

Depuis l’automne dernier, les articles sur le déclin du français à Montréal se multiplient. On affirme que la loi 101 n’est pas respectée et on suggère que plusieurs Montréalais, tout particulièrement les jeunes, seraient indifférents à la langue française. Globalement, « l’usage du français est en chute libre au Québec » selon Charles Castonguay dont l’analyse se base sur les données de recensement.

On évite cependant de parler de l’épineuse question démographique. Les démographes québécois abordent généralement le sujet en utilisant des formules savantes, ils diront par exemple que « ce sont les processus démographiques qui sont déterminants pour l’avenir des groupes français et anglais du Québec, et non la mobilité linguistique ».

Si on traduit, cela veut dire que les seuils migratoires et la natalité jouent un rôle encore plus décisif que la francisation et l’assimilation linguistique pour l’avenir de la langue française. Ce sont ces facteurs qui détermineraient réellement les tendances lourdes à long terme.

Scène de rue à Montréal
Pour mettre les choses en perspectives, en 2016 par exemple le Québec accueillait 52 000 immigrants tandis qu’il comptait 85 000 naissances. Considérant que 87 % des immigrants arrivés au Québec s’installent dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, on peut déduire que c’est 45 000 immigrants qui s’y établiront, même si certains d’entre eux arrivent d’abord dans une autre ville du Québec. Cette année-là, le compte des naissances était de 44 000 pour la RMR ; le nombre des naissances était donc égal avec celui du nombre d’immigrants.

Dans une telle situation, les immigrants de 1re génération et de 2e génération deviennent rapidement majoritaires. D’ailleurs selon une étude de Statistique Canada de 2017, les immigrants de 1re et 2e génération formeront près de la moitié de la population canadienne en 2036 dans l’ensemble du Canada.

Déclin du poids démographique

J’aimerais aborder un phénomène parallèle à celui du déclin du français, celui du déclin du poids démographique de ceux que l’on appelait anciennement les Canadiens français.

Au congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS) qui a lieu cette semaine (du 3 au 7 mai), je présentais mes résultats de recherche où j’annonçais que les Québécois d’origine canadienne-française qui représentait 79 % de la province au recensement de 1971 glisseraient sous les 50 % en 2042, principalement à cause de seuils migratoires élevés. 

 

Faible attachement au français dans les rues de Montréal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je pose maintenant la question suivante : se pourrait-il que le déclin du poids démographique des Québécois d’origine canadienne-française ait une influence sur le déclin de la langue française ?

Par souci d’inclusivité, nous avons réduit le débat à la dimension linguistique sans tenir compte de la démographie du groupe ethnique majoritaire.

Pourtant, pour que le terme québécois soit inclusif, il faut nécessairement admettre l’existence des Québécois d’origine canadienne-française ; autrement nous dirons qu’il y a des Québécois d’origine huronne, des Québécois d’origine haïtienne, des Québécois d’origine chinoise et… des « Québécois de souche », ce qui peut rendre les Québécois d’origine immigrante ou autochtone mal à l’aise en plus de poser un problème de nature sémantique. 

Faible attachement au français dans les rues de Montréal

Attachement à la langue française nettement moins fort chez les immigrés

Ceci étant dit, les Québécois d’origine canadienne-française déclinent rapidement au Québec et ceux-ci perdront leur statut de groupe majoritaire avant le milieu du siècle actuel. Ceux-ci sont certainement déjà minoritaires sur l’île de Montréal. En ce qui concerne la langue française, le taux de transfert linguistique des allophones vers le français serait de 55 % selon le démographe Marc Termote. On peut donc raisonnablement supposer que les Montréalais d’origine immigrante ne développent pas le même niveau d’attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française.

Si cette hypothèse est confirmée, alors il n’est pas étonnant que les Montréalais soient, dans une proportion croissante, relativement indifférents au sort de la langue.

Évidemment, d’un point de vue individuel, on trouvera certainement plusieurs néo-Québécois dont l’attachement envers la langue française dépasse largement celui du Canadien français moyen.

D’ailleurs, nul doute que les immigrants installés en région s’assimilent facilement sur les plans linguistique et culturel puisque les Québécois d’origine canadienne-française y sont largement majoritaires. 

Bilinguisme du gouvernement CAQ à Mont-Laurier [95 anglophones de naissance sur 13 630 habitants en 2011 soit  0,70 % de la population !]
 

Par contre, à Montréal, dans bien des quartiers, le rapport démographique est inversé et l’origine canadienne-française y est minoritaire. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que les nouveaux arrivants soient de plus en plus intégrés par des immigrants de 1re et de 2e génération. Par conséquent, on peut difficilement s’attendre à ce que les Montréalais d’origines immigrantes atteignent globalement le même niveau d’attachement à la langue française que les Montréalais d’origine canadienne-française.

En somme, considérant que le poids démographique des Canadiens français est en déclin, on peut supposer qu’à long terme, les Montréalais seront de moins en moins attachés à la langue de Maisonneuve. C’est là une réalité démographique têtue qui relève du constat, sans égard pour les préférences morales ou politiques de chacun.

Source

Voir aussi 

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042 (étude détaillée en français)

Le déclin démographique des Canadiens français au Québec