À une semaine du congrès du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole ne parvient pas à décoller malgré — où est-ce à cause ? — de son recentrage et de l’élimination d’éléments conservateurs sociaux du Parti conservateur.
Le taux d’approbation d’Erin O’Toole est le plus bas parmi les chefs fédéraux nationaux. Des sondages diffusés au cours des dernières semaines indiquent que les appuis au Parti conservateur du Canada (PCC) stagnent et que les taux d’approbation du chef de l’opposition officielle diminuent depuis janvier. Or, selon les plus récentes projections fédérales Qc125, si des élections avaient lieu cette semaine, le Parti libéral du Canada (PLC) serait le grand favori pour remporter la victoire — et peut-être même rafler une majorité de justesse à la Chambre des communes.
La semaine dernière, la maison Abacus Data a publié ses plus récents chiffres nationaux, qui incluaient les taux d’approbation des chefs fédéraux. À la question : « Avez-vous une impression positive ou négative des chefs fédéraux suivants ? », voici les résultats de l’échantillon complet du sondage :
Parmi les chefs de partis nationaux (donc sans le Bloc québécois), le conservateur Erin O’Toole affiche les pires résultats : 32 % des répondants affirment en avoir une mauvaise impression, contre seulement 20 % d’impression positive — pour un résultat net de –12.
Erin O’Toole est moins populaire auprès des électeurs que le parti qu’il dirige. En effet, le PCC récolterait 30 % d’intentions de vote, mais ils ne sont que 20 % à avoir une impression positive d’Erin O’Toole. Il est également mal aimé de ses propres troupes.
Contrairement aux autres chefs qui récoltent une opinion favorable dans des proportions avoisinant les 80 % auprès des électeurs de leur propre parti, seuls 62 % des électeurs conservateurs affirment avoir une bonne impression d’Erin O’Toole. De plus, seulement 10 % ou moins des électeurs des autres partis sont du même avis. Avec de tels chiffres, il pourrait être bien difficile pour O’Toole d’accroître la coalition conservatrice ou de recruter des électeurs appuyant d’autres partis.
D’autres maisons de sondage ont mesuré des tendances semblables depuis février. Selon les données de l’Institut Angus Reid, le taux net d’approbation du chef conservateur a chuté de sept points en février (–22) par rapport aux chiffres de janvier (–15). Comme pour les données d’Abacus Data, il s’agissait du score le plus bas parmi les chefs fédéraux nationaux.Par contre, le PCC jouit d’une base électorale solide, probablement la plus fidèle au pays. En effet, parmi toutes les élections générales depuis la création du PCC, le parti n’a obtenu des suffrages sous la barre des 30 % qu’une seule fois — en 2004, lors du tout premier scrutin du parti, avec 29,6 %.
Nous pensons que cette base est en fait souvent plus à droite (économiquement, moralement ou religieusement) que M. O’Toole. Son recentrage qui avait tellement plu à des commentateurs politiques comme M. Dumont ne semblent pas enthousiasmer ses propres troupes. Il faut dire que M. O’Toole n’adopte pas de véritables thèmes très à droite : rien sur l’immigration, la famille, l’avortement, le pouvoir aux provinces, etc. Ses dernières semaines, il a choisi de se concentrer sur un thème sans danger : critiquer la stratégie Trudeau sur les retards de livraison des vaccins.
L’avenir politique d’Erin O’Toole pourrait-il se jouer la semaine prochaine lors du congrès national du Parti conservateur, où des délégués de tout le pays établiront les bases de la plateforme du parti en vue de probables élections en 2021 ? Notons que cette délégation semble avoir été purgée de certains conservateurs sociaux si l’on en croit Derek Sloane qui agit toujours en coulisses après avoir été évincé du parti de façon mesquine et sous un prétexte qui n’a pu grandir M. O’Toole aux yeux des électeurs conservateurs au courant de ces manigances. Il en va sans doute différemment des électeurs progressistes du PCC (les fameux Red Tories), mais ce sont sans doute les plus volages et versatiles : ils peuvent facilement aller se réfugier dans d’autres partis centristes, notamment le Parti libéral.
Billet du 22 février
Il y a un mois, le 20 janvier, Derek Sloan avait été expulsé du Parti conservateur du Canada. Derek Sloan est un conservateur social, chrétien engagé, père de trois enfants métissés.
Mario Dumont, journaliste de Québecor, avait alors salué avec enthousiasme cette éviction : « O’Toole a l’étoffe d’un Premier ministre […] Le chef du Parti conservateur du Canada vient de poser un geste fort en montrant la porte à son député associé aux mouvances complotistes. » L’article de Mario pointait toujours vers ce prétexte ridicule d’un don de 131 $ de la part de quelqu’un qui serait un suprématiste blanc. Le don, sous un nom légèrement modifié, fut accepté par la campagne de Derek Sloan et le parti conservateur (car une partie de l’argent va au parti). Le même donateur sulfureux avait été accepté comme membre du parti sans que cela ne provoque la moindre inquiétude.
Le 20 janvier, même O’Toole n’utilisait plus le paravent du don de 131 $, mais invoqua un « manque de respect envers l’équipe conservatrice [d’O’Toole] pendant plus d’un an » pour expulser Derek Sloan.
Il ne semble pas que cette élimination d’un concurrent conservateur ait augmenté la popularité d’Erin O’Toole. En effet, le chef conservateur a vu son image se dégrader selon le sondage Angus Reid daté de 27 janvier (Federal Politics: Liberals hold lead in vote intention as unfavourable views of CPC leader intensify).
Un mois plus tard, le 22 février, alors que le taux d’approbation de Justin Trudeau tombe maintenant sous le niveau de la majorité, son principal rival politique, le Parti conservateur et chef de l’opposition, Erin O’Toole, continue également de baisser légèrement. O’Toole occupe le poste depuis moins d’un an, mais il est peu aimé des Canadiens. Son taux de favorabilité continue de baisser tandis que la proportion de ceux qui le voient défavorablement continue d’augmenter. La moitié des Canadiens disent maintenant le voir sous un jour négatif.
M. O’Toole a axé ses interventions sur des sujets éminemment centristes : l’économie, la condamnation de la Chine et sa politique contre les Ouïghours, l’importance des ressources naturelles au Canada, l’organisation défaillante de la vaccination. Il ne parle ni de l’immigration, ni de valeurs morales, ni de l’identité occidentale du Canada, pas plus que du correctivisme politique dans les universités ou les écoles.
Recentrage qui pourrait s’avérer contreproductif
Si cette tendance devait se confirmer, il est permis de penser que le tour de passe-passe d’O’Toole qui s’est transformé en un tour de main de « vrai bleu » (vrai conservateur) en « libéral allégé » à « l’étoffe d’un Premier ministre » n’aboutira qu’à aliéner les conservateurs tout en échouant de convaincre de nouveaux électeurs.
Il faut se rappeler que les conservateurs désabusés peuvent s’abstenir de voter, voter pour le Parti populaire ou voter pour le Bloc québécois au Québec (rappelons qu’Erin O’Toole avait réussi à s’attirer de nombreuses voix du Québec en promettant davantage de pouvoirs aux provinces y compris dans le domaine de l’immigration et de la culture). Quant aux centristes déçus par Trudeau, ils n’ont pas besoin du PCC, de nombreux autres choix électoraux s’offrent à eux.
Le dernier sondage de l’Institut Angus Reid donne aux libéraux une longueur d’avance sur les conservateurs à l’échelle nationale — 34 % de soutien pour les libéraux à 31 % pour les conservateurs. Le NPD a un appui de 20 %, les Verts un soutien de 5 % et le Bloc à 7 % au niveau fédéral.
Au niveau du Québec, le BQ est très compétitif au Québec où il rallie 29 % de soutien, il talonne le PLC qui vogue à 32 % d’appui, le Parti conservateur est troisième à 18 %, talonné par le NPD à 15 %. Les Verts sont loin derrière à 4 %.













