Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
mercredi 24 juin 2026
dimanche 21 juin 2026
Le 22 juin 1774, promulgation de l'Acte de Québec, intolérable pour les Treize colonies américaines il contribue à leur révolte
Bien qu’ils demeurent sujets britanniques en 1774, après le Traité de Paris de 1763, les Canadiens demeurent attachés à leurs libertés qu’ils associent au riche héritage de leurs origines.
Un acte intolérable pour les Insurgés américains
Grief 20
"Pour avoir aboli le libre système des lois anglaises dans une province voisine [à savoir Québec], y avoir établi un gouvernement arbitraire et avoir élargi ses frontières pour en faire à la fois un exemple et un instrument adéquat pour introduire le même régime absolu dans ces colonies".(extrait de la déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776)
![]() |
| Le grief encadré dans le facsimilé de la Déclaration d'indépendance de 1776, signée et grossoyée |
jeudi 18 juin 2026
Le célèbre examen d'entrée à l'université chinois est en pleine mutation
La démographie et l'IA sont sur le point de transformer le gaokao.
LE 7 JUIN, des millions de jeunes Chinois se sont rendus dans les salles d'examen pour passer le gaokao, le redoutable examen national d'entrée à l'université en Chine. Les résultats détermineront où ils pourront étudier et, par conséquent, la qualité des débouchés professionnels qui s'offriront à eux. Pour beaucoup, il s'agissait d'une chance unique de gravir les échelons de la société chinoise.
Deux éléments ont marqué l'édition de cette année. D'une part, alors que le nombre de candidats était en forte hausse au cours des dernières décennies, il semble désormais en baisse. D'autre part, l'intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente. Ces deux tendances vont transformer l'éducation des jeunes en Chine au cours des prochaines années.
Les données officielles indiquent que 12,9 millions de candidats se sont inscrits au gaokao cette année, contre 13,4 millions en 2024, ce qui marque la deuxième année consécutive de baisse (voir graphique). Bien que la Chine ait atteint un pic en termes de gaokao, elle n’a toutefois pas encore atteint un pic en termes de jeunes de 18 ans (l’âge moyen des étudiants passant l’examen). L'une des raisons de cette baisse de participation pourrait être que les réformes rendent plus difficile pour les candidats à l'université de repasser l'examen. Une autre pourrait être le taux de chômage élevé chez les jeunes, qui avoisine les 17 %. La multitude de diplômés qui peinent à trouver un emploi pourrait dissuader certains jeunes de s'engager dans des études universitaires.
L'impact de l'IA se fait sentir beaucoup plus rapidement. Une enquête menée l'année dernière auprès de 322 000 élèves par l'Académie nationale chinoise des sciences de l'éducation, un groupe de réflexion affilié à l'État, a révélé que 85,6 % d'entre eux avaient déjà essayé d'utiliser l'IA pour faire leurs devoirs. Sur des applications populaires telles que Zuoyebang (« Aide aux devoirs ») et Yuanfudao (« Tutorat du Singe »), les élèves prennent des photos des questions et l'IA les guide vers les solutions. (Les enseignants utilisent des technologies similaires pour les aider à corriger les devoirs.) À l’approche du gaokao, les entreprises chinoises spécialisées dans l’IA ont empêché leurs robots conversationnels de résoudre des questions d’examen afin d’empêcher tout tricheur potentiel de les utiliser. Lorsque les résultats seront publiés plus tard ce mois-ci, beaucoup utiliseront également l’IA pour savoir quelle université et quelle filière choisir afin de maximiser leurs chances d’admission.
Le gouvernement a de grands projets pour l’IA dans les salles de classe. Dans certaines régions riches, le changement est déjà en marche. Depuis le trimestre d’automne de l’année dernière, les 1 400 écoles primaires et secondaires de Pékin ont mis en place des cours sur la « culture générale en IA ». À Hangzhou, épicentre de l'essor de l'IA en Chine, les élèves programment des applications, jouent avec des robots fournis par Unitree, une jeune entreprise de robotique, et utilisent l'IA pour réaliser des peintures dans le style de Van Gogh.
Beaucoup en Chine s'inquiètent de la possibilité que l'IA ne rende le système éducatif désuet. Les études consistent encore en une grande part d'apprentissage par cœur et en la résolution fastidieuse de milliers de questions d'entraînement, des méthodes conçues en vue du gaokao. Certains parents trouvent cela plutôt inquiétant, alors que les connaissances sont accessibles via une simple demande à un agent conversationnel. Mais d’autres craignent également que l’IA ne rende l’éducation moins efficace. Mme Luo, une mère de famille à Shanghai, a laissé son fils essayer cette technologie, mais s’est rapidement rendu compte qu’il se contentait de copier la solution générée par l’IA, plutôt que d’essayer de la comprendre. Ses notes ont baissé. Mme Yang, qui vient de terminer son gaokao, affirme que l’IA l’a aidée à réviser, mais craint qu’elle n’affaiblisse ses compétences en rédaction.
Le double coup dur de la démographie et de l’IA mettra à rude épreuve les enseignants et les tuteurs. La demande à leur égard diminuera à mesure que le nombre d’élèves baissera. Dans le même temps, les défenseurs de l’IA affirment que leurs systèmes fourniront des connaissances infinies et une patience sans limite à la demande, pour un coût bien inférieur à celui de véritables tuteurs. Ceux qui enseignent l’anglais sont particulièrement inquiets. L’IA parle déjà la langue plus couramment, et sans accent, que bon nombre d’entre eux. En conséquence, certains parents exaspérés se demandent pourquoi ils paient des humains pour les aider avec cette langue.
Il pourrait toutefois y avoir des avantages pour les enseignants. En Chine, jusqu’à 60 élèves doivent se serrer dans une seule salle de classe ; l’IA pourrait être en mesure de fournir un enseignement sur mesure d’une manière que les enseignants ne pourraient jamais gérer. Mais l’interaction humaine restera toujours nécessaire, estime M. Shi, ancien professeur de mathématiques chez New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire. Les enseignants qui réussissent sont ceux qui parviennent à créer un lien émotionnel avec leurs élèves et ainsi à les motiver.
mercredi 17 juin 2026
Le 18 juin 1429, dans une chaleur accablante, la victoire décisive de Patay
L’armée anglaise, commandée par le fameux Jean Talbot, forte d’environ 5 000 hommes, s’était regroupée à Meung sur Loire. Lorsque Talbot apprit qu’il était poursuivi, il résolut de ne pas refuser le combat.
Après avoir franchi le bas fond formé par le lit desséché de la Retrève, il se porta sur le territoire de la paroisse de Patay, s’appuyant sur le bois de Lignerolles, en empruntant un chemin resserré entre des haies et des buissons. C’est là que Talbot s’arrêta avec 500 archers d’élite.
Effet de cerf
Il était environ 2 heures de l’après-midi, par une chaleur accablante, un cerf effrayé sortit subitement d’un taillis et se dirigea droit sur les archers anglais qui se mirent à pousser des cris de surprise. Ces clameurs firent découvrir l’ennemi à l’avant-garde française qui, entraînée par le bouillant La Hire, arriva à grand galop sur les archers anglais avant qu’ils n’aient eu le temps de prendre leurs positions.
Fastolf qui était avec le corps principal de l’armée anglaise courut vers l’avant-garde pour la ramener dans la bataille ; mais, s’imaginant que tout était perdu, les Anglais se dispersèrent et s’enfuirent.
Pendant ce temps, le gros de l’armée française massacrait ou faisait prisonniers de nombreux ennemis. Talbot lui-même tomba aux mains de Poton de Xaintrailles.
Les fuyards furent poursuivis jusque sous les murs de Janville ; là, les habitants refusèrent d’ouvrir les portes de telle sorte que seuls Fastolf et quelque 700 cavaliers arrivèrent à Étampes vers minuit.
Les soldats français, fatigués après une journée bien chaude, couchèrent sur place. Le lendemain, un dimanche, après avoir dîné à Patay, ils entrèrent triomphalement à Orléans avec leurs prisonniers.
Bilan des pertes
Les historiens militaires anglais indiquent 2 500 morts du côté anglais sur les 5 000 engagés, 3 morts et une centaine de blessés du côté français. Le corps d’élite des archers anglais fut mis hors de combat ; il ne sera pas reconstitué. Outre Talbot, de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d’une petite troupe, parvint à s’enfuir, mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l’ordre de la Jarretière.
Conséquences
Conséquences immédiates
Les partisans de Charles VII purent l’escorter vers Reims sans avoir à combattre et y firent sacrer leur prince le 17 juillet 1429, asseyant ainsi définitivement sa légitimité au trône de France. Ils dominent définitivement le val de Loire et s’emparent de l’est et du nord de Paris. Paris restera disputé un temps ainsi que Compiègne.
Conséquences stratégiques
À l’échelle des armées de l’époque, cette bataille est pour les Anglais un désastre comparable et symétrique à ceux de Crécy ou Azincourt pour les Français : la perte, pour une génération, de leur principale force de bataille. Ils ne s’en relevèrent jamais et le reste des opérations militaires de la guerre de Cent Ans se résuma essentiellement à une longue série de sièges par lesquels les Français reprirent une à une les places fortes tenues par les Anglais, culminant en 1453, à Castillon et la prise de Bordeaux.
La fin de la suprématie de l’arc long anglais sur les champs de bataille de France fut consommée avec les innovations à la fois sur le plan technique (boulets en fer, amélioration substantielle de la poudre) et sur l’utilisation tactique de l’artillerie par les frères Jean et Gaspard Bureau, qui conféra un avantage décisif à l’armée française dans le siège des places fortes.
mardi 16 juin 2026
France : Excellence Ruralités (hors contrat) contre vents et marées face au décrochage scolaire
Dernier-né du réseau Excellence Ruralités, fondé par Hervé Catala et Jean-Baptiste Nouailhac, le collège hors contrat [non subventionné en France] Vauban accueille depuis septembre dernier 10 élèves de 6e et 5e dans la commune d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire [centre de la France], où vivent 1 800 habitants. Sa promesse : « Des petits effectifs, un accompagnement personnalisé et une pédagogie adaptée », sur un territoire où l’offre éducative est réduite, notamment pour des enfants à besoins particuliers. « Chez nous, la quasi-totalité des enfants ont des troubles de l’apprentissage, explique Marie de Seroux, directrice de l’établissement. Notre objectif est d’accueillir et d’offrir une scolarité à des enfants qui n’ont de place nulle part, pas l’inverse. Nous n’avons pas pour objectif de vider les classes de l’école publique. »
Le secret de réussite de l’établissement est de remettre au goût du jour des méthodes traditionnelles. Ici, tous les enfants sont en uniforme. Quatre polos blancs, deux pulls bordeaux et une jupe ou un pantalon gris sont fournis par l’école contre 120 euros. Les parents doivent se procurer eux-mêmes les chaussures, sombres et sans marque. Le lundi matin, le rituel de la levée des couleurs au son de La Marseillaise ouvre la semaine. Les cours commencent à 8 heures et terminent à 16 h 30, après une heure d’étude dirigée. « L’organisation est plus simple pour les parents et les enfants, puisque l’emploi du temps est toujours le même. Nous pouvons ainsi accompagner à pied, matin et soir, tous les élèves qui viennent en train à la gare d’Étang », explique Dorian Maillot, professeur de mathématiques.
Enfin, règle d’or pour l’équipe pédagogique de l’établissement : les enseignants sont également des «éducateurs». Dans la cour de récréation, les préadolescents jouent encore à chat ou à la gamelle. Les élèves se mélangent volontiers, mais ils sont rarement seuls. «Je chausse mes baskets, et j’y vais!», lance Dorian Maillot, avant de rejoindre deux d’entre eux pour une partie de football. « Au début, ils me battaient, mais finalement, j’ai repris le dessus », sourit l’enseignant. À midi, élèves et professeurs partagent la même table. Des moments de complicité importants pour les enfants. « Il y a un esprit super familial ici. On joue tous ensemble, sans se juger les uns et les autres, à l’inverse d’un collège normal où tout le monde reste dans son coin à se raconter des potins », se réjouit Anastasia, élève de 5e.
Chaque vendredi après-midi, les collégiens sortent le nez de leurs cahiers pour profiter d’un atelier ludique animé par un enseignant. Couture, cuisine, rénovation de meubles, jardinage… « Aujourd’hui, c’est clafoutis ! », lance Louis, élève de 6e, en dénoyautant les cerises apportées par Anastasia. De l’autre côté du jardin, Loan visse rigoureusement les planches arrachées d’une palette pour constituer un bac de compostage. « C’est mon moment préféré de la semaine. J’adore les travaux manuels et passer du temps dehors», confie-t-il.
La méthode a déjà fait ses preuves ailleurs en France. Le premier collège d’excellence Ruralités, baptisé Cours Clovis, a vu le jour en 2017 à La Fère, dans l’Aisne [dans le Nord du pays]. Installé dans un ancien magasin Lidl, il accueille aujourd’hui des élèves du CP à la 3e. Le lieu d’implantation a été mûrement réfléchi : cette commune de 3000 habitants comptait alors 37% de décrochage scolaire. En 2022, le Cours Aliénor d’Aquitaine a vu le jour dans l’ancienne école communale d’esse (500 habitants), en Charente.
Le Cours Vauban, lui, a trouvé sa place dans un champ, où cinq Algeco [modules préfabriqués] ont été aménagés sommairement. « On essaie de décorer comme on peut, on colle des cartes de France ou des productions des élèves pour habiller les murs », sourit Aline Bouheret, enseignante de français. Les chaises et les tables sont issues de la récupération quand la vaisselle et l’équipement de la kitchenette – les élèves apportent chacun leur repas à l’école – ont été chinés ou donnés par les parents. Deux autres Algeco seront installés cet été, pour accueillir les futures classes de 4e et 3e qui ouvriront à la rentrée 2026 pour l’une et en septembre 2027 pour l’autre.
Si l’établissement privé hors contrat ne reçoit, par définition, aucune aide de l’état, les frais de scolarité, calculés en fonction du quotient familial, ne sont que de 30 à 90 euros par mois. En moyenne, ces tarifs sont plus proches de ceux d’un collège privé sous contrat, quand une scolarité hors contrat coûte entre 400 et 800 euros par mois. « Cela nous a confortés dans notre choix d’y inscrire notre fils », indique François Lallemand, ingénieur en BTP et père d’étienne, élève de 5e, diagnostiqué TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). Excellence Ruralités fonctionne grâce au mécénat et aux dons de particuliers (L’Oréal, Fonds du bien commun – détenu par le milliardaire conservateur Pierre-Édouard Stérin –, Hellio…), qui représentent «90% de nos finances», explique Jean-baptiste Nouailhac.
Malgré son action « à vocation sociale », comme l’indique son directeur général, le réseau est sous le feu des critiques depuis plusieurs mois. D’abord en raison de la participation financière de Pierre-Édouard Stérin, véritable épouvantail de la gauche médiatique. Le 15 avril dernier, Mediapart titrait un article «Excellence Ruralités, l’enseignement traditionaliste qui fleurit là où l’école publique est en souffrance », dans lequel il assurait que le projet éducatif «largement financé par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, veut mener la bataille idéologique dans des régions où l’éducation nationale est à la peine ». Un mois plus tard, Libération égratignait à son tour Excellence Ruralités dans une tribune intitulée « Ne laissons pas les écoles rurales à l’extrême droite de Pierre-Édouard Stérin». Par ailleurs, des carences pédagogiques et des manquements en matière d’hygiène, de sécurité et de suivi des élèves ont été relevés dans des rapports d’inspection de l’éducation nationale, notamment au sein du Cours Aliénor d’aquitaine. Le rectorat de Bordeaux a saisi le préfet pour envisager une éventuelle fermeture administrative. Directeur de l’établissement, Philippe Sauer assure avoir pris les mesures nécessaires : « Venez voir à quoi ressemblent nos écoles, vous verrez que nos élèves s’y sentent bien. Nous avons répondu à tous les manquements soulevés lors des inspections de 2023, 2025 et du mois de mai dernier. »
Le Cours Vauban, dernier-né du réseau, n’est pas épargné par la critique. «Certaines personnes sont persuadées que nous nous sommes installés là pour politiser les enfants et que nous leur dispensons une éducation ultra-catholique, ce qui est faux. Nous sommes une école laïque », avance Marie de Seroux. Pour Pierre-françois Chanu, directeur pédagogique au sein du réseau, les méthodes employées «n’ont rien d’idéologiques» ni « d’antan ». « Nous utilisons la méthode syllabique pour apprendre à lire, comme c’était le cas autrefois. À l’inverse, en mathématiques, nous préférons la méthode Shanghai, qui date des années 2000», détaille-t-il.
Excellence Ruralités peut compter sur le soutien de ses enseignants et des parents d’élèves. « Notre équipe reste soudée. Nous savons pourquoi nous avons choisi cette école », confie Paul Prédignac, enseignant en histoire-géographie à Esse depuis la rentrée dernière. Même son de cloche chez Candice Debock, mère de trois élèves scolarisés au Cours Clovis depuis cinq ans. « Cet établissement a été une chance pour nous d’offrir une meilleure éducation à nos enfants multi-dys. Depuis qu’ils suivent leur scolarité, ils sont métamorphosés », souligne-t-elle. Et cela paie : l’été dernier, Excellence Ruralités se félicitait des résultats au brevet de ses élèves, avec une moyenne de 14,1 sur 20 au Cours Clovis et de 12,4 au Cours Aliénor d’Aquitaine.
Source : Le Figaro
lundi 15 juin 2026
La déglobalisation de la culture ?
Dans un monde de vedettes internationales, il peut paraître surprenant que les 6 millions de Danois, dont beaucoup parlent couramment l’anglais, écoutent principalement de la musique locale. Et jusqu’à très récemment, ce n’était pas le cas. En 2019, seules cinq chansons du classement des 20 meilleures ventes au Danemark étaient en danois. L’année dernière, ce chiffre était passé à 18. Une tendance similaire s’observe dans d’autres pays — et dans d’autres formes de divertissement. De l’Asie aux Amériques, les classements musicaux sont de plus en plus dominés par des sons locaux. Les sociétés hollywoodiennes de diffusion de programmes télévisés en ligne commandent davantage de productions locales sur les marchés étrangers, ce qui entraîne une baisse de la consommation de séries américaines. Les réseaux sociaux relient le monde entier, mais pour l’instant, les gens les utilisent principalement pour consommer du contenu local. Et à mesure que les jeux vidéo se développent, ils s’adaptent eux aussi de plus en plus aux cultures locales.
Pour ceux qui pensaient que la mondialisation conduirait à une monoculture mondiale stérile, dans laquelle tout le monde écouterait, regarderait et jouerait aux mêmes choses, ce renouveau local est quelque peu surprenant. Une poignée de vedettes et d’événements, tels que la Coupe du monde de football qui attire des milliards de téléspectateurs, peuvent encore captiver un public mondial. Mais ils deviennent l’exception. Alors que les plateformes mondiales de diffusion en continu pénètrent de nouveaux marchés, la culture locale s’avère remarquablement résistante. L’emprise de l’Amérique sur la culture populaire mondiale s’affaiblit. Et dans certains cas, les nouvelles technologies font même reculer de manière inattendue la mondialisation du divertissement.
Spotify, qui a fêté ses 20 ans cette année, met pratiquement toute la musique à la disposition de quiconque dispose d’une connexion Internet. Comme les utilisateurs peuvent écouter tout ce qu’ils veulent sans frais supplémentaires, les plus grandes stars n’ont cessé de gagner en popularité. La distribution numérique mondiale a propulsé la renommée de chanteuses comme Taylor Swift, qui ont vu leurs revenus de droits d’auteur augmenter plus rapidement que ceux des artistes situés plus bas dans la hiérarchie du monde du spectacle.
Selon votre bon plaisir
dimanche 14 juin 2026
La Suisse s'apprête à voter sur un plafonnement de la population (m à j, rejeté à 54,8 %)
Peuple et cantons ont rejeté le texte qui visait à plafonner la population en Suisse à dix millions d'ici 2050.
Le non est unanime dans les cantons romands, francophones donc. Neuchâtel refuse à 67,2 %. Viennent ensuite Genève (65,4 %) et le canton de Vaud (64,4 %). Jura dit non à 59,9 %, Fribourg à 54,8 % et le Valais à 52,7 %.
En Suisse alémanique, plusieurs cantons, surtout de Suisse centrale, ont soutenu le texte. Schwyz et Appenzell Rhodes-Intérieures donnent un grand oui à 63,1% et 65,9%. Uri, Glaris et Nidwald acceptent aussi clairement l'initiative, à 59,9% et 58,6% et 58,3%. Saint-Gall à 53,7 %.
Le oui d'Argovie, de Schaffhouse et de Soleure est plus timide. Il dépasse à peine 50%. Le Tessin, italianophone, dit également oui de justesse, à 50,6 %.
Les vieux ont massivement voté Non.
Les seniors suisses (65 ans et plus) ont voté à 60 % pour le non contre 49 % chez les 35-49 ans.
Selon certains, cette différence s'expliqueraient par la dépendance accrue des personnes âgées aux secteurs comme les soins et les services, qui reposent fortement sur la main-d'œuvre immigrée.
Clivage ville-campagne
Zurich dit en revanche non à 60 %. Berne aussi, à 55,4 %. Zoug, qui accueille des grandes fortunes internationales, a refusé à 52,4 %, tout comme les Grisons, à 51,4 %. Ils sont suivis par Lucerne qui a rejeté le texte à 50,9 %. Les deux Bâle ont aussi clairement dit non, Bâle-Ville à 73,4 %.
On observe un réel clivage entre villes et campagnes. Les villes ont majoritairement refusé l'initiative, même dans les cantons où le oui a été le plus fort. La ville de Saint-Gall par exemple a refusé le texte à 68 %.
Billet du 13 décembre
![]() |
L’immigration a transformé Zoug au niveau du bâti et de la culture; pour de nombreux résidents de longue date, cette croissance a également eu des « effets négatifs » |
ZOUG, Suisse — Ce pays alpin s'est longtemps appuyé sur sa géographie pour tenir le monde à distance. Mais alors que ses vallées se remplissent, certains ici font pression pour remplacer les barrières naturelles par quelque chose d’encore plus inflexible : un plafond démographique.
Mécontents de la hausse du coût de la vie et déçus par des promesses économiques et sociales non tenues, les Suisses sont à l’avant-garde des pays industrialisés qui remettent en question les avantages de l’immigration, même celle des travailleurs hautement qualifiés que beaucoup s’efforcent d’attirer. Dimanche, ils voteront lors d’un référendum visant à fixer un plafond strict à la population du pays.
Depuis 2000, le nombre de résidents nés à l’étranger est passé d’environ un sur cinq à un sur trois — le deuxième niveau le plus élevé parmi les pays riches, juste après le petit Luxembourg, et comparé à un sur six aux États-Unis. Cela représente un énorme changement démographique pour un petit pays montagneux.
À Zoug, le ministre des Finances Heinz Tännler a passé des années à dérouler le tapis rouge pour attirer les étrangers hautement qualifiés. Ceux-ci occupent désormais des emplois, des logements et alimentent les caisses publiques. Ils ont également créé une demande pour toujours plus de main-d’œuvre afin de répondre aux besoins d’une population plus nombreuse, dans un cercle vicieux qui néglige souvent les besoins des citoyens locaux, explique M. Tännler. « Cela ne peut pas durer. »
La proposition « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants ! » de l’Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite, vise à limiter la population résidante permanente , qui comprend à la fois les ressortissants étrangers et les citoyens suisses, à moins de 10 millions d’ici 2050, contre 9,1 millions actuellement.
Le scrutin, ouvert aux citoyens âgés de 18 ans et plus, devrait être serré. Si elle est adoptée, l’initiative obligerait le gouvernement fédéral à restreindre le regroupement familial pour les immigrés résidents et les nouvelles demandes d’asile dès que la population atteindra 9,5 millions d’habitants. Si ce seuil de 10 millions est atteint, Berne serait constitutionnellement tenue de dénoncer son accord sur la libre circulation avec l’Union européenne, mettant ainsi en péril l’accès à un marché qui absorbe plus de la moitié des exportations suisses.
Même s’il échoue, ce référendum reflète un changement d’opinion plus large parmi les pays riches, qui bouleverse le consensus de longue date selon lequel l’ouverture des frontières est la clé de la croissance économique.
Laissés pour compte
Pendant des années, les politiciens occidentaux ont présenté l’immigration comme une panacée – ou du moins un mal nécessaire – pour remédier aux maux des sociétés vieillissantes. Elle permettrait de pallier les pénuries de main-d’œuvre, le sous-financement des systèmes de retraite et la faible croissance de la productivité, affirmaient-ils.
Mais l’afflux historique d’étrangers dans l’Occident, en particulier depuis la pandémie de Covid-19, ne semble pas avoir résolu ces problèmes économiques. Dans certains cas, il les a peut-être même aggravés.
Le sentiment anti-immigration qui couvait depuis des années à travers l’Europe est en train de déborder, aggravé par la flambée des coûts du logement et de la vie, des systèmes de protection sociale surchargés et des perspectives économiques moroses. Des émeutes et des manifestations ont récemment éclaté au Royaume-Uni à la suite d’agressions à l’arme blanche attribuées à des immigrés. Cette colère profite aux politiciens populistes de droite et bouleverse les partis traditionnels.
Des gouvernements comme celui du Canada « ont mis en avant l’idée que l’immigration permettrait de résoudre les problèmes, mais cela n’a tout simplement rien donné », a déclaré Mikal Skuterud, professeur d’économie à l’Université de Waterloo au Canada.
L’immigration peut donner un coup de pouce à l’économie si les migrants sont plus qualifiés que la population générale, a déclaré M. Skuterud. Mais si leurs compétences correspondent globalement à celles de la population, cela n’aura probablement que peu d’impact sur la productivité ou les pénuries de main-d’œuvre.
La production économique par heure travaillée, qui sert à mesurer la productivité, stagne globalement depuis 2017 dans les pays ayant accueilli les flux d’immigration les plus importants, notamment l’Australie, le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les systèmes de protection sociale restent sous pression et les pénuries de main-d'œuvre persistent largement.
Même les endroits qui semblent tirer profit de ces flux migratoires, comme Zoug — près de 60 % des immigrants en Suisse sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, et la grande majorité vient de l’UE — ont des doutes.
« La plupart des gens sont laissés pour compte », a déclaré Dolfi Müller, 71 ans, natif de Zoug et ancien maire.
M. Müller prévoit de voter contre un plafonnement de la population. Mais il estime que les décideurs politiques devraient viser une croissance démographique et économique plus modérée, car les inconvénients d’une forte immigration l’emportent désormais sur les avantages.
« Beaucoup de gens ne parlent pas anglais et se sentent exclus » a-t-il déclaré à propos des habitants. « La génération plus âgée dit : “Avant, nous étions entre nous, une petite ville au bord du lac.” »
Sous la pression des électeurs, les gouvernements qui avaient autrefois ouvert leurs portes les claquent désormais. Les préoccupations budgétaires, les chocs culturels et une certaine forme de racisme jouent un rôle. Mais la principale inquiétude des électeurs réside dans le manque de contrôle sur l’identité des personnes qui arrivent et sur le rythme de leur arrivée, quelle que soit leur origine.
Le Canada a réduit de manière drastique ses quotas d’étudiants étrangers et ses permis de travail temporaires après qu’une grave crise du logement a fait basculer l’opinion publique, qui comptait depuis longtemps parmi les plus favorables à l’immigration au monde. Le Royaume-Uni a augmenté les frais de visa et les seuils de salaire pour les travailleurs qualifiés, réduisant l’immigration légale nette d’environ 80 % en moins de trois ans. En Allemagne, le gouvernement fédéral a réintroduit les contrôles aux frontières et accéléré les expulsions. Les États-Unis ont renforcé leurs procédures de vérification et intensifié les mesures de contrôle et les expulsions. Les taux de refus des visas pour travailleurs hautement qualifiés ont presque doublé ces derniers mois.
Si l’immigration peut faire gagner [un peu] du temps aux politiciens pour s’attaquer aux défis du vieillissement de la population, elle ne résout pas le problème de manière définitive, car les nouveaux arrivants vieillissent eux aussi, a déclaré Alan Manning, professeur d’économie à la London School of Economics. Pour éviter totalement les effets économiques du vieillissement, il faudrait un nombre invraisemblable et croissant d’immigrants, a déclaré M. Manning.
« L’immigration, c’est exactement comme la croissance démographique. C’est la façon la plus simple de voir les choses », a-t-il déclaré. « Beaucoup de gens pensent que l’immigration est bonne pour l’économie. Mais si vous disiez : “Une croissance démographique plus forte est bonne pour l’économie”, vous ne répondriez peut-être pas : “Oh, oui, évidemment.” »
Un Brexit à la suisse ?
Le référendum en Suisse polarise les opinions, tout comme l’avait fait le vote britannique en faveur de la sortie de l’UE en 2016.
Les opposants, dont le principal lobby des entreprises, affirment qu’un plafonnement de la population ferait peser d’énormes risques sur une économie qui dépend du commerce international, attiserait l’incertitude et aggraverait la pénurie de main-d’œuvre. Un arrêt soudain de l’immigration pourrait également rompre les relations avec l’UE.
« Pourquoi devrais-je construire une nouvelle usine si je risque de ne pas trouver de personnel dans 10 à 15 ans en raison de la pénurie de main-d’œuvre ? », a déclaré Simon Michel, directeur général d’Ypsomed, une entreprise suisse de technologie médicale basée près de Berne. Près d’un tiers de ses employés en Suisse n’ont pas de passeport suisse.
Les partisans du plafonnement démographique affirment que l’immigration crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ils affirment qu’elle permet aux entreprises d’importer de la main-d’œuvre moins chère au lieu d’investir dans la main-d’œuvre locale ou dans de nouvelles technologies pour rendre les travailleurs existants plus productifs. Elle exerce également une pression supplémentaire sur les infrastructures.
« Les entreprises disent qu’elles préfèrent recruter sur un marché plus vaste, mais nous devons former les personnes qui sont déjà ici », a déclaré Heidi Z’graggen, une politicienne centriste qui prévoit de voter oui.
Des chefs d’entreprise et des responsables politiques se sont réunis à Zoug un soir de mai pour débattre du référendum dans un espace événementiel raffiné surplombant la ville. Suzanne Thoma, une femme d’affaires qui a grandi dans la région, a déclaré qu’un plafonnement de la population reviendrait à pratiquer une opération à cœur ouvert sur l'économie suisse, orientée vers l'exportation.
« C’est absurde », a rétorqué Thomas Matter, un riche banquier et député de l’UDC qui a contribué à lancer le référendum. L’immigration de masse est un système [pyramidal] de Ponzi, a-t-il déclaré, car les nouveaux arrivants ont eux aussi besoin de biens et de services, y compris, à terme, de soignants [et dans l'immédiat d'infrastructures et d'écoles pour leurs enfants].
Il a fait valoir que l’immigration était comme un pic de sucre pour une économie : elle stimule la croissance globale, mais peine à faire progresser le PIB par habitant, l’indicateur le plus important.
Malgré un débat animé, l’ambiance dans la salle était conciliante, certains opposants de premier plan reconnaissant même qu’il fallait faire quelque chose face à l’ampleur des flux récents, qui ont approché les 100 000 par an depuis la pandémie. Cela équivaut à environ 3,5 millions par an pour les États-Unis.
« L’immigration est la solution de facilité », a déclaré Peter Letter, un homme d’affaires de Zoug qui dirige la campagne du « Non » du lobby des entreprises locales contre le plafonnement de la population. L’accès au vaste marché du travail européen signifie que les entreprises peuvent ne pas chercher de main-d’œuvre plus près de chez elles, a-t-il ajouté.
Une immigration bien gérée peut être bénéfique, surtout si elle rehausse le niveau de qualification de la population, affirment les économistes. Un certain niveau d’immigration est également souhaitable pour éviter le déclin démographique, qui pourrait déclencher un cercle vicieux de pénurie croissante de main-d’œuvre et de baisse de la demande des consommateurs.
Mais le débat économique sur l’immigration n’est pas « tout à fait honnête », a déclaré Sebastian Dullien, un éminent économiste allemand. Si l’impact économique global pour un pays peut être positif, certaines catégories de la population sont perdantes, en particulier les travailleurs peu qualifiés, a-t-il expliqué. Ces groupes devraient être indemnisés par le biais du système fiscal, mais « cela n’a pas été fait ».
L'immigration a transformé Zoug, autrefois une région agricole tranquille, en une plaque tournante mondiale du commerce des matières premières et en un pôle d'implantation de sièges sociaux multinationaux. Plus récemment, elle est devenue l’épicentre de l’industrie mondiale de la blockchain, ce qui lui a valu le surnom de « Crypto Valley ».
La population du canton a augmenté d’environ trois quarts depuis 1981, passant de 76 000 à environ 134 000 habitants. Son PIB par habitant s’élève à environ 193 000 francs, le deuxième plus élevé de Suisse après celui de Bâle-Ville, qui abrite les sièges sociaux de grandes entreprises pharmaceutiques.
Au ministère des Finances, M. Tännler a enregistré des excédents budgétaires s’élevant en moyenne à plus de 300 millions de francs par an au cours des cinq dernières années. Ces excédents ont permis de financer des investissements records, notamment une nouvelle rocade de grande envergure destinée à réduire les embouteillages dans la région, ainsi que des investissements dans les écoles et de nouvelles installations sportives.
Le paysage urbain de Zoug a considérablement changé depuis qu’Anja Beck, une agente immobilière d’origine allemande, s’y est installée il y a 22 ans. La ville compte désormais des supermarchés plus grands, davantage d’écoles internationales et de clubs sportifs, une multitude de restaurants chics… et plus de circulation. Les villas historiques cèdent la place à de nombreux immeubles en copropriété. « C’est triste », a déclaré Mme Beck. « Il n’y aura plus que des appartements. »
Les coûts du logement ont grimpé en flèche : la location d’une maison familiale commence à environ 8 000 à 9 200 dollars par mois, ou 3,5 millions de dollars à l’achat, a déclaré M. Beck. Le taux de vacance en 2023 était de 0,42 %, l’un des plus bas de Suisse.
Environ 4 000 habitants de Zoug quittent la ville chaque année, ce qui signifie qu’un quart de la population du canton est partie au cours de la dernière décennie. L’un d’entre eux est Ivo Zimmermann, un expert en communication né à Zoug et qui y a vécu pendant environ 50 ans. Incapable de trouver une maison à un prix raisonnable après deux ans de recherches, cet homme de 62 ans a déménagé avec sa femme dans le canton voisin d’Argovie il y a environ neuf ans.
M. Zimmermann, qui travaille à Zurich, aimerait beaucoup retourner dans la ville où sa famille a vécu pendant trois générations. Zoug est aujourd’hui encore plus belle, avec un niveau de vie élevé et de nombreuses possibilités culturelles. Mais quelque chose s’est perdu à mesure que sa ville natale s’enrichissait et que l’anglais supplantait l’allemand dans de nombreux endroits. « Nous voyons aujourd’hui que ce développement a des côtés négatifs. »
mercredi 10 juin 2026
Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations
En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.
La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.
L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.
Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.
Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.
mardi 9 juin 2026
Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue
Chargés d’idéologie, ils envahissent les médias, les universités, les institutions. Le prétendu néoprogressisme a ainsi fait du vocabulaire son terrain de lutte, « en empêchant parfois de dire, en contraignant souvent à dire autrement, donc à ne pas dire vraiment ».
Selon les zélateurs du politiquement correct il ne s’agit pas d’une censure, mais d’une adaptation du langage à des objectifs moraux, pédagogiques ou sociaux.
Selon eux, les mots influencent les représentations et les comportements ; agir sur le langage serait un moyen légitime d’agir sur les relations humaines.Cette logique conduit au contrôle du discours ; certaines expressions deviennent socialement ou institutionnellement inacceptables, non parce qu’elles seraient fausses, mais parce qu’elles sont jugées inappropriées.
Il s’agit de mettre en place une véritable police de la langue. Hannah Arendt, Orwell, Aron, Klemperer, Chomsky, Eco, ont montré comment la régulation du langage sert à éliminer la pensée critique, uniformiser les esprits et imposer une idéologie.
Publiée sous la direction de Sami Biasoni aux éditions du Cerf, l’Encyclopédie des euphémismes contemporains et autres manipulations militantes de la langue recense un certain nombre de mots ou néologismes ayant connu des glissements sémantiques sous l’effet de revendications politiques. Les contributeurs, historiens, philosophes, linguistes, professeurs, avocats, journalistes, nous invitent à retrouver l’esprit critique et le courage face à la dictature de la pensée unique.
L’éducation à l’époque de Cicéron : éloquence, traditions et châtiments
Si aujourd'hui le système éducatif est organisé par l'État, du temps de la République romaine, l’instruction relève de la prérogative du père de famille. Sans écoles, sans programmes et sans professeurs diplômés, à quoi peut bien ressembler la “scolarité” des jeunes Romains ? Les jeunes filles y ont-elles accès ? Quels sont les impacts des bouleversements politiques et sociaux sur l’éducation lors du passage de la République à l’Empire ?
Pour Storiavoce, Jean-Noël Robert témoigne de pratiques éducatives réservées à une élite, centrées sur la transmission de traditions et l’imprégnation religieuse. D’abord domaine réservé du père, l’enseignement est peu à peu confié à des grammairiens, rhéteurs et pédagogues, en écrasante majorité des esclaves grecs ! Avec des méthodes éducatives parfois violentes, ils cherchent à former de futurs sujets politiques. À la fin de la République, les profondes mutations dans l’éducation inquiètent les Anciens, qui désespèrent - déjà ! - de l’oisiveté de la jeunesse.
L’invité : Latiniste et historien spécialiste de Rome, Jean-Noël Robert dirige la collection Realia. Il est l’auteur de L'Éducation des jeunes Romains au temps de Cicéron (Les Belles Lettres, 240 p., 23€).



.jpg)




.webp)

