jeudi 15 juillet 2021

Émojis : le drapeau trans (mais pas de drapeau du Québec), un Père Noël asexué

La prochaine version d’Unicode (14,0) sortira en septembre 2021. Elle devrait inclure plusieurs nouveaux émojis, dont plusieurs « hommes » enceintes (moustachus ou non) de plusieurs couleurs de peau. Le Consortium Unicode s’obstine toujours par contre à ne pas attribuer d’émoji pour représenter le drapeau du Québec. Le consortium californien cède facilement au micro-lobby LGBTQ2SAI+.


 

Billet originel du 5 février 2020

Le drapeau transgenre, un père Noël non genré et le célèbre dodo disparu seront tous ajoutés aux nouveaux émojis qui sortiront en 2020. Ils seront alors disponibles sur les téléphones et pourront être échangés.

Le consortium Unicode a récemment annoncé qu’il a approuvé 117 nouveaux personnages et images (des émojis) et qu’ils seront ajoutés à la version 13.0 d’Unicode.

La liste des nouveaux émojis de la « version 13.0 » comprend également un moustachu avec un voile de mariée, ainsi qu’une femme avec un nœud papillon et trois émojis de personnes (homme, femme, androgyne) qui nourrissent un bébé au biberon.



L’année dernière, un couple homosexuel et des émojis non genrés ont été ajoutés à la bibliothèque des émojis pour « être plus inclusif », mais le lobby LGBTQ2SAI+ s’est alors plaint de l’absence du drapeau transgenre. Le consortium Unicode, basé en Californie, a donc claqué des talons et inclut ce drapeau très marginal.
Le drapeau transgenre...
Ne cherchez cependant pas le drapeau québécois dans les listes des émojis de votre téléphone portable qui prennent souvent en charge des centaines, voire des milliers, d’émojis. Unicode n’a d’abord codé que les drapeaux repris dans une norme internationale (l’ISO 3166­). Cette norme définit un code pour la quasi-totalité des pays du monde, y compris pour certains territoires (îles en général), même non habités de façon permanente. Tous les drapeaux correspondant à l’ISO 3166 sont d’habitude disponibles sur les téléphones cellulaires. Mais voilà, l’ISO 3166 ne comprend pas le drapeau du Québec ni ceux de nombres entités régionales. Devant la demande pressante de Britanniques sportifs, Unicode a étendu le nombre de séquences permises afin de pouvoir coder des sous-entités étatiques comme les nations du Royaume-Uni (l’Écosse, le Pays de Galles et l’Angleterre) présentes dans les compétitions sportives internationales, les États des États-Unis ou les provinces canadiennes.  Ensuite, Unicode s’en lave les mains : c’est aux fabricants de fournir des émojis pour ces sous-régions selon leur bon vouloir. Les seuls émojis d’entités régionales pris en charge par la plupart des téléphones intelligents sont ceux des nations du Royaume-Uni (ci-dessous).


Émojis pour l’Angleterre, l’Écosse et le Pays-de-Galles pris en charge par la majorité des plateformes


S'il n'y a pas de drapeau québécois (ou wallon pour nos lecteurs belges) c'est par manque de volonté de la part des fournisseurs ou de pression de la part des gouvernements et des clients. Visiblement, le lobby trans pèse plus lourd auprès des entreprises comme Google et Apple que le gouvernement ou les usagers québécois.

Il existe bien depuis quelque temps une pétition en ligne qui appelle les grandes plateformes à inclure un drapeau québécois dans leurs émojis et nous vous encourageons à la signer.

Entretemps, les Québécois peuvent peut-être se replier sur le drapeau de la Martinique (qui, elle, a un drapeau pour des raisons administratives propres à l'ISO 3166). À faible définition, votre correspondant pourra croire qu'il s'agit d'un drapeau fleurdelisé.




D’autres ajouts à la liste d'émojis la plus récente (13.0) comprennent le mammouth laineux, le dodo, des personnes qui s’étreignent et un geste de doigt pincé, communément appelé « geste de la main italien » ou « pomme de pin », où le bout des doigts et du pouce se rencontre verticalement pour indiquer le désaccord ou la confusion.

La liste complète des nouveaux émojis sera pris en charge sur la plupart des plateformes au cours du second semestre de cette année.

Des entreprises comme Apple, Google et Microsoft fournissent des versions stylisées de ces émojis.

Stylisations du symbole transgenre, chaque fournisseur (Google, Apple, Microsoft) peut proposer sa stylisation.

Aucune date de sortie n’a été confirmée pour les émojis sur différents systèmes d’exploitation, bien qu’ils soient traditionnellement déployés plus tard dans l’année lorsque de nouvelles versions des logiciels iOS d’Apple et Android de Google sont rendues publiques.

mercredi 14 juillet 2021

Un graphique vaut mille mots

 

La ligne rouge montre ainsi que la proportion des « anglos » (souvent simplement des enfants d’allophones assimilés à l’anglais depuis plus longtemps que les « allos ») ne fait que chuter dans les programmes préuniversitaires dans les cégeps anglophones au Québec et qu’ils y représentent désormais moins de 40 %. Ces établissements qui anglicisent les étudiants sont massivement financés par un gouvernement, la CAQ, que certains pensent nationalistes québécois.


Source : Frédéric Lacroix

mardi 13 juillet 2021

Le nombre de mariages célébrés au Québec au plus bas depuis 1903

Étant donné la gestion de la pandémie imposée, le nombre de mariages célébrés au Québec l’an dernier a atteint son niveau le plus bas depuis 1903 (alors que la population québécoise était 5 fois plus petite !), a révélé mardi l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Et l’année 2021 ne s’annonce guère mieux, selon des spécialistes de cette industrie durement touchée par la situation sanitaire.

Au total, 11 300 couples ont formellement uni leur destinée pour le meilleur et pour le pire l’an dernier, soit de 49 % de moins qu’en 2019. Lors de la période forte, en mai, juin et juillet, cette baisse a même atteint 70 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.

Si l’écart par rapport aux dernières années s’est réduit à partir d’août, les premiers résultats mensuels de 2021 indiquent que le nombre de mariages demeure en dessous de la moyenne, ajoute l’ISQ.

Baisse moins importante pour ceux dont les conjoints sont nés à l’étranger ou homos

La diminution du nombre de mariages entre 2019 et 2020 (— 49 %) a été plus ou moins marquée selon différentes caractéristiques des mariages ou des personnes mariées. Par exemple, la baisse apparaît plus forte pour les mariages célébrés par une personne désignée (— 69 %) ou par un ministre du culte (– 56 %), mais elle est nettement moindre pour les mariages célébrés par un notaire (— 14 %) ou encore par un greffier (– 39 %).

De même, la diminution a été plus importante parmi les couples formés de deux conjoints nés au Canada (— 60 %), tandis qu’elle apparaît moins marquée parmi les couples dont les deux conjoints sont nés à l’étranger (– 25 %) ou ceux dont un des conjoints est né à l’étranger (— 32 %).

 


 

Le nombre d’unions civiles connaît une diminution comparable à celle des mariages 

Au Québec, les couples qui souhaitent s’unir légalement peuvent se marier ou opter pour l’union civile, qui a la même portée juridique que le mariage, et qui ne doit donc pas être confondue avec l’union libre ou un mariage célébré civilement. Très peu de couples choisissent de s’unir civilement. En 2020, 119 unions civiles ont été enregistrées, selon les données provisoires (non illustrées), ce qui correspond à une baisse de 43 % comparativement à 2019 (207 unions civiles). Cette chute étant d’une ampleur comparable à celle des mariages, la part des unions civiles parmi l’ensemble des unions légalisées est demeurée à seulement 1 % en 2020.

Un dîner en famille cet été




lundi 12 juillet 2021

Le gouvernement libéral Trudeau lancera à destination des blancs une campagne sur le racisme

Nous reproduisons telle quelle la dépêche de l’agence de Presse canadienne… Avec quelques commentaires entre crochets

Ottawa prévoit lancer une campagne publicitaire nationale visant à informer davantage de Canadiens blancs sur le racisme systémique.

Manifestation pro-noire à Ottawa en 2016
 
Le lancement d’une campagne d’éducation et de sensibilisation du public fait partie de la stratégie du gouvernement libéral de lutte contre le racisme.

Cette stratégie indique que 3,3 millions seront consacrés à des activités de marketing [de culpabilisation univoque.]

Les détails de ce que recherche Patrimoine canadien dans une telle campagne, dont le lancement est prévu plus tard cette année, sont inclus dans les documents affichés sur le site web de Services publics et Approvisionnement Canada.

Le ministère affirme que son public cible réside dans « les adultes canadiens d’âge moyen non racialisés » [blancs donc] — définis comme ayant entre 30 et 44 ans – vivant dans n’importe quelle zone rurale ou urbaine.

Il précise que cela comprend les adultes résidant dans des endroits comme Hamilton, Thunder Bay et Québec, considérés comme des « points chauds du racisme » en raison du volume élevé de crimes haineux rapportés par la police.

Selon les documents, le gouvernement souhaite que son auditoire soit informé des « préjugés implicites » et que la campagne tisse un récit convaincant au plan affectif de l’identité et des valeurs canadiennes contemporaines comme antithèse au racisme.

Le ministère affirme que l’objectif de la campagne est d’amener plus de Canadiens à lutter contre le racisme systémique en les sensibilisant à ses impacts par l’entremise de la publicité, des médias sociaux et de l’engagement du public.

[CTV ajoute : « Dans ce contexte de COVID-19, les Canadiens bénéficient d’une occasion unique de réinventer le contrat social de manière à placer l’antiracisme, l’équité, la réconciliation et les droits de la personne au cœur du processus de rétablissement », indiquent les documents. »]

Il souhaite que la campagne cherche des moyens d’attirer la participation d’« influenceurs pertinents ».

Exacerbé par la pandémie

Le ministère cite des données montrant que pendant la pandémie, les communautés autochtones, noires, asiatiques, musulmanes et juives ont été confrontées à plus de discrimination et de crimes haineux. [On aimerait avoir des preuves…]

La question du racisme systémique a été mise au premier plan en mai dernier après le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain de Minneapolis, par l’ancien policier Derek Chauvin. [Aux États-Unis… et si tant est que c’était du racisme systémique. Rappelons que les autres policiers dans l’équipe de Derek Chauvin lors de l’arrestation de Floyd n’étaient pas tous blancs et qu’ils ne sont pas intervenus.]

Sa mort a déclenché des manifestations et des rassemblements un peu partout au Canada, dénonçant également le racisme dans le pays. [Récupération que la Presse canadienne amplifie.] Plus récemment, le pays a été confronté à l’héritage du système des pensionnats pour les enfants autochtones. Des Premières Nations ont découvert à l’aide d’un radar à pénétration de sol des centaines de tombes anonymes [parfois centenaires] sur des sites d’anciens pensionnats où, selon elles, des enfants autochtones ont été enterrés. [Quel rapport avec les quadragénaires blancs d’aujourd’hui habitant Québec ?]


États-Unis — Toutes les anciennes statues y passeront-elles ?

Les autorités de la ville américaine de Charlottesville ont déboulonné samedi matin les statues de deux généraux : celle du général Robert Lee, chef de l’armée sudiste pendant la guerre de Sécession (1861–1865) et de son collègue lors de ce conflit, le général Thomas « Stonewall » Jackson. Elles se trouvaient dans deux petits parcs près du centre historique de cette ville de l’État de Virginie. Tôt samedi matin, la ville avait donc enlevé les statues des généraux confédérés Robert E. Lee et Stonewall Jackson. 
 
Puis, lors d’une réunion d’urgence du conseil municipal à midi, les responsables ont voté à l’unanimité le retrait d’une autre statue représentant Meriwether Lewis, William Clark et l’interprète de Sacagawea. Elle fut démontée en toute urgence samedi après-midi. Dustina Abrahamson, qui se dit être une descendante de l’icône amérindienne, avait déclaré à NPR en 2019 que la statue donnait l’impression que son arrière-arrière-arrière-tante était une lâche, comme si c’était une chienne qui accompagnait l’expédition. Ces dernières années, la représentation de Sacagawea, qui apparaît dans une position accroupie derrière les Anglo-Saxons debout, a été critiquée par les militants de gauche qui la considèrent comme offensante. Toutefois certains historiens soutiennent que sa posture montre la femme indienne en train d’inspecter le sol comme pisteuse et qu’il ne s’agit pas d’une pose servile. Le Centre exploratoire Lewis et Clark de Charlottesville a proposé d’accueillir la statue — mais le conseil municipal n’a pas encore décidé d’accepter cette offre.

Ces statues sont considérées par les militants d’extrême gauche comme des icônes du « racisme » systémique qui gangrènerait la société américaine. Rappelons que ces deux militaires Lee et Jackson se sont également distingués dans l’armée fédérale lors de la guerre contre le Mexique (1846-48) et pas uniquement lors de la Guerre de Sécession. Lors de la guerre entre les États du Sud et du Nord des États-Unis, ces généraux combattirent d’abord nom au droit de souveraineté des États fédérés et plus particulièrement de leur « pays », la Virginie. L’esclavage n’était pas le seul élément qui explique la Guerre de Sécession. En effet, quatre États esclavagistes combattirent du côté du Nord : le Delaware, le Maryland, le Kentucky et le Missouri. Après 1863, le nouvel État de Virginie occidentale se joignit à ces États frontaliers. La proclamation d’émancipation des esclaves de Lincoln de 1863 ne s’appliqua d’ailleurs pas à ces cinq États frontaliers. Les différends qui opposaient le Sud et le Nord allaient bien au-delà de l’esclavage : les conflits opposaient un Nord très blanc, protectionniste de son industrie naissante et valorisant la petite propriété agricole familiale au Sud sans industrie, en faveur du libre échange commerciale, à la population très diverse ethniquement, tourné vers l’exportation et aux nombreuses grandes plantations. Deux Amériques très différentes en de nombreux aspects.

La statue de Lewis, Clark et Sacawagea, également enlevée de toute urgence
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lee, contre la Sécession, fidèle à la Virginie, pour l’abolition à terme

Lee s’opposa en privé à la sécession des nouveaux États confédérés d’Amérique dans des lettres au début de 1861. Cette opposition fut finalement vaincue par ses réserves sur la légitimité d’une « Union conflictuelle qui ne peut être maintenue que par des épées et des baïonnettes » et son devoir de défendre sa Virginie natale en cas d’attaque. À un lieutenant qui lui demandait s’il avait l’intention de se battre pour la Confédération ou l’Union, Lee répondit : « Je ne porterai jamais les armes contre l’Union, mais il peut être nécessaire pour moi de porter un mousquet dans la défense de mon état natal, la Virginie, auquel cas je ne me montrerai pas réfractaire à mon devoir ».

Ce qui inquiétait le plus Lee était la violence de la solution abolitionniste et non l’amour de l’esclavage en lui-même. « En cet âge éclairé, peu de gens, je crois, n’admettraient pas que l’esclavage en tant qu’institution, est un mal moral et politique dans n’importe quel pays », écrivit-il à sa femme. Pour Lee, le fardeau du mal retombait en réalité davantage sur « la race blanche que sur la race noire », car « les Noirs sont infiniment mieux lotis ici qu’en Afrique, moralement, socialement et physiquement », et leur « discipline douloureuse » en tant qu’esclaves va « les préparer et les conduire à de meilleures choses ». Ce que redoutait Lee c’était le bouleversement causé par une émancipation soudaine et totale de la population asservie. Cela n’aboutirait, soutenait Lee, qu’à ce que l’abolitionniste « crée des sentiments de colère chez le maître... s’il veut du bien à l’esclave », car l’abolitionniste n’a pas plus de raison d’intervenir dans les relations juridiques des maîtres et des esclaves que dans toute autre « sorte d’ingérence avec nos voisins lorsque nous désapprouvons leur conduite ». « L’abolition définitive de l’esclavage humain est en marche, et nous lui apportons l’aide de nos prières et de tous les moyens justifiables en notre pouvoir », d’écrire Lee mais c’est un processus qui ne peut être précipité, et « résultera plus tôt de la douceur et du creuset du christianisme que des tempêtes de la controverse enflammée. »

Après la guerre de Sécession, En 1865, Lee devint président du Washington College (plus tard Washington and Lee University) à Lexington en Virginie ; à ce poste il soutint la réconciliation entre le Nord et le Sud. Lee accepta « l’extinction de l’esclavage » prévue par le treizième amendement, mais s’opposait à l’égalité raciale pour les Afro-Américains. Lee aida des esclaves à rejoindre, libres, le Libéria et libéra ses siens esclaves, il pensait que la fin de l’esclavagisme ne devrait avoir lieu que dans un avenir non défini dans le cadre du dessein de Dieu.

Jackson, probablement contre l’esclavage selon son biographe

Jackson n’a jamais défendu ni condamné l’esclavage. Selon le biographe de Jackson, James I. Robertson fils, il s’est probablement opposé à l’institution. Pourtant, dans son esprit, le Créateur avait sanctionné l’esclavage, et l’homme n’avait aucun droit moral de contester son existence. Le bon esclavagiste chrétien était celui qui traitait ses serviteurs avec équité et humanité à tout moment. Jackson possédait six esclaves à la fin des années 1850. Trois (Hetty, Cyrus et George, une mère et ses deux fils adolescents) ont été reçus comme dot lors de son mariage avec Mary Anna Jackson. Un autre esclave, Albert, a demandé à Jackson de l’acheter et de lui permettre de travailler pour sa liberté ; il était employé comme serveur dans l’un des hôtels de Lexington. Amy a également demandé à Jackson de l’acheter lors d’une vente aux enchères publique d’esclaves et elle a servi la famille en tant que cuisinière et femme de ménage. La sixième, Emma, était une orpheline de quatre ans avec un trouble d’apprentissage, offerte par une veuve âgée et acceptée par Jackson.

Sacagawea, rôle mythifié, rôle des Canadiens français occulté

La statue de Lewis et Clark représente donc Sacawagea accroupie. La « Femme-oiseau », c’est son nom en français, a acquis un rôle très exagéré dans la culture populaire américaine. Aucun Canadien français n’est représenté dans cette statue comme tant d’autres sur Lewis et Clark. Pourtant leur rôle fut essentiel.  Clark et Sacageawa ne pouvaient ainsi se parler puisque pour lui parler Clark devait passer par François Labiche qui comprenait l’anglais. Labiche traduisait ensuite en français pour Charbonneau qui ne parlait pas anglais et qui traduisait à son tour en meunitarri (gros ventre) à sa femme, la Femme-oiseau...  Labiche et Charbonneau n’étaient pas les seuls francophones de l’expédition : le métis George Drouillard, fut qualifié de meilleur chasseur de l’équipée par Lewis. Pas de statue pour lui. Cette mythification de Sacageawa (dont on sait peu de choses en réalité) et cette occultation et la dépréciation du rôle des Français (sales, avinés, coureurs d’Indiennes, cruels, colériques, etc.) sont assez fréquentes dans les romans ou films qui traitent de cette expédition. Voir les extraits dans la vidéo ci-dessous. (« The » Revenant, Hollywood et le Canadien français et Le cinéma, cette arme idéologique contre le Frenchie comme le Russkof ou le Chinetoque).

Lincoln : les noirs jamais nos égaux sociaux, pour le retour en Afrique ou l’établissement en Amérique centrale

Si Jackson et Lee sont considérés comme des icônes du « racisme systémique », si Lewis, Clark et Sacaweaga ont aussi été déboulonnés, les statues de Lincoln resteront-elles longtemps encore en place ? 

En effet, Lincoln n’était ni abolitionniste à son élection ni pour l’égalité sociale entre blanc et noir. 

Dans un discours de trois heures à Peoria, en Illinois, à l’automne 1854, Lincoln a présenté plus clairement que jamais son opposition morale, juridique et économique à l’esclavage, puis a admis qu’il ne savait pas exactement ce qu’il fallait faire à ce sujet dans les circonstances. Bien que Lincoln ait soutenu que la phrase des pères fondateurs « Tous les hommes sont créés égaux » s’appliquait aux Noirs et aux Blancs, cela ne signifiait pas qu’il pensait qu’ils devraient avoir les mêmes droits sociaux et politiques. Son opinion sur le sujet a été clairement énoncée lors d’une série de débats en 1858 avec son adversaire dans la course de l’Illinois au Sénat américain, Stephen Douglas (un nordiste donc), qui l’avait accusé de soutenir « l’égalité des nègres ». Lors de leur quatrième débat, à Charleston, la ville de l’Illinois et non celle de la Caroline du Sud, le 18 septembre 1858, Lincoln expliqua clairement sa position : « Je dirai alors que je ne suis pas ni n’ai jamais été, en faveur de la réalisation de l’égalité sociale et politique des races blanche et noire ». Il ajouta qu’il s’opposait à ce que les Noirs aient le droit de vote, de faire partie de jurys, d’occuper des fonctions et de se marier avec des Blancs. 

 

La statue « problématique » de Lincoln émancipant un esclave a été enlevée à Boston en décembre 2020

Pendant une grande partie de sa carrière, Lincoln a cru que la colonisation — c'est-à-dire l’idée qu’une majorité de la population afro-américaine devrait quitter les États-Unis et s’installer en Afrique ou en Amérique centrale — était le meilleur moyen de résoudre le problème de l’esclavage. Ses deux grands héros politiques, Henry Clay et Thomas Jefferson, avaient tous deux favorisé la colonisation ; tous deux étaient des esclavagistes qui contestaient certains aspects de l’esclavage, mais ne voyaient aucun moyen pour que les Noirs et les Blancs puissent vivre ensemble en paix. Lincoln a d’abord plaidé publiquement pour la colonisation en 1852 et, en 1854, a déclaré que son premier instinct serait « de libérer tous les esclaves et de les envoyer au Libéria » (l’État africain fondé par l’American Colonization Society en 1821). Près d’une décennie plus tard, alors même qu’il rédigeait le projet de la Proclamation d’émancipation préliminaire en août 1862, Lincoln a accueilli une délégation d’hommes et de femmes noirs libérés à la Maison-Blanche dans l’espoir d’obtenir leur soutien sur un plan de colonisation en Amérique centrale. Étant donné les « différences » entre les deux races et les attitudes hostiles des Blancs envers les Noirs, a soutenu Lincoln, il serait « mieux pour nous deux, par conséquent, d’être séparés ». 

Lincoln décréta la Proclamation d’émancipation des esclaves principalement comme une mesure militaire pour saper la Confédération sudiste tout en fournissant à l’Union nordiste une nouvelle source de main-d’œuvre pour écraser la rébellion. Mais cette émancipation ne s’appliquait pas aux États esclavagistes frontaliers comme le Delaware, le Maryland, le Kentucky et le Missouri, qui étaient tous fidèles à l’Union. (Le Missouri avait en fait deux gouvernements concurrents ; un loyal envers l’Union et l’autre fidèle à la Confédération). Lincoln a également exempté certaines zones de la Confédération qui étaient déjà sous occupation nordiste dans l’espoir de gagner la loyauté des Blancs de ces États. Dans la pratique, la proclamation d’émancipation ne libéra dans l’immédiat aucun esclave, car les seuls endroits où elle s’appliquait étaient ceux où le gouvernement fédéral ne pouvait la mettre en vigueur. La proclamation de Lincoln marqua cependant un tournant dans la guerre civile elle-même. À la fin de la guerre, quelque 200 000 hommes noirs servaient dans l’armée et la marine de l’Union.
 

Tocqueville sur les relations raciales aux États-Unis lors de son voyage en 1831

Dans la portion de l’Union où les nègres ne sont plus esclaves, se sont-ils rapprochés des blancs ? Tout homme qui a habité les États-Unis aura remarqué qu’un effet contraire s’était produit.

Le préjugé de race me paraît plus fort dans les États qui ont aboli l’esclavage que dans ceux où l’esclavage existe encore, et nulle part il ne se montre aussi intolérant que dans les États où la servitude a toujours été inconnue.

Il est vrai qu’au nord de l’Union la loi permet aux nègres et aux blancs de contracter des alliances légitimes ; mais l’opinion déclare infâme le blanc qui s’unirait à une négresse, et il serait très difficile de citer l’exemple d’un pareil fait.

Dans presque tous les États où l’esclavage est aboli, on a donné au nègre des droits électoraux ; mais s’il se présente pour voter, il court risque de la vie. Opprimé, il peut se plaindre, mais il ne trouve que des blancs parmi ses juges. La loi cependant lui ouvre le banc des jurés, mais le préjugé l’en repousse. Son fils est exclu de l’école où vient s’instruire le descendant des Européens. Dans les théâtres, il ne saurait, au prix de l’or, acheter le droit de se placer à côté de celui qui fut son maître ; dans les hôpitaux, il gît à part. On permet au noir d’implorer le même Dieu que les blancs, mais non de le prier au même autel. Il a ses prêtres et ses temples. On ne lui ferme point les portes du Ciel : à peine cependant si l’inégalité s’arrête au bord de l’autre monde. Quand le nègre n’est plus, on jette ses os à l’écart, et la différence des conditions se retrouve jusque dans l’égalité de la mort.

Ainsi le nègre est libre, mais il ne peut partager ni les droits, ni les plaisirs, ni les travaux, ni les douleurs, ni même le tombeau de celui dont il a été déclaré l’égal ; il ne saurait se rencontrer nulle part avec lui, ni dans la vie ni dans la mort.

Au Sud, où l’esclavage existe encore, on tient moins soigneusement les nègres à l’écart ; ils partagent quelquefois les travaux des blancs et leurs plaisirs ; on consent jusqu’à un certain point à se mêler avec eux ; la législation est plus dure à leur égard ; les habitudes sont plus tolérantes et plus douces.

De la démocratie en Amérique, tome I, 2e volume, Chapitre X, POSITION QU’OCCUPE LA RACE NOIRE AUX ÉTATS-UNIS ; DANGERS QUE SA PRÉSENCE FAIT COURIR AUX BLANCS

dimanche 11 juillet 2021

Yves Cochet : « Limiter nos naissances nous permettrait de mieux accueillir » l'immigration du Tiers-Monde


Pour Pascal Brucker, « Un certain nombre d’élites en Europe et aux États-Unis veulent la disparition de l’Occident. Au nom de la justice climatique, de la justice raciale… Contre ces élites, il y a une résistance des peuples et qui est plus forte en France… » 

Elle semble certainement complètement absente du Canada dit anglais.


Histoire — La Seconde Guerre mondiale a-t-elle été gagnée à l’Est?

L’historien Jean Lopez revient sur les relations entre l’URSS et l’Allemagne nazie au cours de la Seconde Guerre mondiale ainsi que sur le tournant de l’opération Barbarossa. Nous sommes loin d’en avoir fini avec la guerre des mémoires et l’instrumentalisation politique de l’histoire, affirme-t-il. Jean Lopez est journaliste et historien. Spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale, il a notamment coécrit Barbarossa 1941. La guerre absolue (Passés composés, 2019).

— Dans quelles proportions pensez-vous que la guerre entre l’Allemagne et l’Union soviétique structure encore la relation qu’entretiennent les pays européens avec la Russie de Vladimir Poutine ?

Jean LOPEZ. — Ce sont plutôt des questions stratégiques, diplomatiques et énergétiques qui les structurent. La Seconde Guerre mondiale est un élément important du discours politique de Vladimir Poutine, surtout en direction des petits et moyens États qui jouxtent sa frontière occidentale. En France, ce discours sert à alimenter le fond antiaméricain et antilibéral et une vieille tendresse pour les Russes. Cela nous empêche parfois de bien comprendre qu’à Varsovie, Riga, Tallinn ou Kiev on ne peut avoir la même approche des rapports avec la Russie. Pour tous ces peuples, que cela nous plaise ou pas, que cela plaise ou pas à Vladimir Poutine, l’arrivée de l’Armée rouge en 1944-45 a été à la fois une libération et une occupation.

— Revenons à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Vladimir Poutine conteste une version généralement admise de celle-ci. D’après lui, Staline n’a jamais eu de contact avec Hitler, contrairement à d’autres dirigeants européens. Ce qui, toujours selon le président russe, tendrait à faire porter la responsabilité de la déclaration de guerre sur Hitler bien plus que sur Staline. Confirmez-vous cette version des faits ?

Jean LOPEZ. — Vladimir Poutine manipule l’Histoire sans le moindre scrupule. Et il joue sur les mots concernant les années 1933-39. Première remarque, la rupture entre Moscou et Berlin, qui intervient en 1933, est le fait d’Hitler, pas de Staline, qui n’avait qu’une envie, prolonger le partenariat engagé avec l’Allemagne depuis le début des années vingt. Deuxio, Staline a tenté, en 1936, de prendre langue avec les chefs nazis par l’intermédiaire d’un envoyé discret, Kandelaki. Par ailleurs, s’il est vrai que Chamberlain et Daladier se sont couchés à Munich, c’est bien Staline qui signe un pacte le 23 août 1939 avec Hitler, et pas Daladier ou Chamberlain qui, eux, déclarent la guerre dix jours plus tard.

La pire manipulation est de présenter le Pacte avec le Reich comme un pacte défensif, alors qu’il est un véritable permis d’attaquer. Permis d’attaquer la Finlande, la Roumanie et la Pologne pour l’URSS. Permis d’attaquer la Pologne pour le Reich. L’URSS n’est pas cet être vertueusement antifasciste dépeint par Vladimir Poutine. Elle a livré entre 1939 et 1941 plus d’antifascistes à la Gestapo que tout autre pays à l’époque.

—  Dans votre dernier ouvrage sur l’opération Barbarossa, vous montrez également que, contrairement à ce qui est répété, la plupart des généraux allemands, et pas seulement Hitler, étaient convaincus de l’opportunité d’une attaque contre le « judéo-bolchévisme ». Est-ce à dire que la Wehrmacht était globalement convaincue par l’idéologie hitlérienne ?

Jean LOPEZ. — Ce n’est pas vraiment ce que j’ai écrit. Sur le plan stratégique, les généraux allemands ne sont pas convaincus de la nécessité d’attaquer à l’Est. La démonstration d’Hitler selon laquelle prendre Moscou c’est contraindre Londres à la paix les laisse dubitatifs. L’aspect idéologique est peu mis en avant par Hitler avant le 22 juin 1941 ; pour nombre de généraux allemands, s’il ne pose pas de problème en soi il n’est pas non plus une raison de s’enthousiasmer pour la campagne à l’est. C’est PROFESSIONNELLEMENT que l’attaque de l’URSS ne pose pas problème aux chefs de la Wehrmacht : ils sont certains d’être, par le commandement et l’organisation, cent coudées au-dessus de l’Armée rouge.

Quant aux convictions nationales-socialistes de la Wehrmacht, elles ne sont plus à démontrer. Les généraux sont d’accord, par principe, sur la militarisation de la société, le redressement extérieur, l’écrasement de la gauche, la marginalisation des Juifs allemands. En URSS, ils n’auront pas de scrupules moraux à abattre les commissaires politiques et à aider massivement les Einsatzgruppen à massacrer Juifs, communistes, malades et handicapés, et supposés partisans à une échelle jamais vue auparavant. Plus d’une fois, des soldats de la Wehrmacht prêteront la main aux crimes de masse. S’il est risible de parler d’un « honneur sauf » de la Wehrmacht, on n’oubliera tout de même pas que c’est de ses rangs qu’est venue l’opposition la plus décidée à Hitler, même si elle ne concerne que quelques centaines d’officiers sur des dizaines de milliers.

—  On a tendance à renvoyer dos à dos toutes les formes de totalitarisme, et donc à considérer que la monstruosité d’Hitler valait bien celle de Staline. Qu’en pensez-vous ?

Jean LOPEZ. — Il aurait fallu poser la question aux déportés de la Vorkouta et à ceux de Buchenwald… Si l’on compte le poids des morts et des souffrances, les deux régimes se valent. Si l’on compare les valeurs qu’ils défendent et au nom desquelles ils commettent leurs crimes de masse, c’est à chacun de voir : racisme contre dictature du prolétariat et du Parti.

[…]

— Vous considérez depuis des années que la Seconde Guerre mondiale a d’abord été gagnée à l’Est avant d’être remportée à l’Ouest. Pouvez-vous nous rappeler les raisons qui vous poussent à cette conclusion ?

Jean LOPEZ. — La Seconde Guerre mondiale a été gagnée à l’est ET à l’ouest. Sur ce point aussi, Vladimir Poutine devrait se corriger. L’Armée rouge a reçu une aide massive des Anglo-saxons, grâce auxquels elle a pu pallier ses très graves déficiences en matière de communications, de transports et de carburants spéciaux, par exemple ; elle n’a jamais eu la totalité de la Luftwaffe sur le dos, du fait de l’offensive aérienne continue des alliés ; elle n’aurait jamais avancé si loin vers l’ouest si ses adversaires n’avaient pas vu leur appareil industriel et ses sources d’énergie démolis par les bombardiers alliés. Même l’argument toujours avancé par les Soviétiques et aujourd’hui les Russes selon lequel « les Soviétiques ont arrêté le Reich avec leur sang, quand les Anglo-Saxons payaient en dollars » est discutable. Une partie des 10 ou 12 millions de morts militaires soviétiques est en effet due à des méthodes de commandement primitives et au mépris abyssal de Staline et du parti pour les pertes humaines.

En 1940, c’est Churchill qui décide de continuer la guerre seul contre le nazisme.

Il n’en demeure pas moins que les deux tiers de l’armée de terre allemande sont bel et bien restés coincés à l’est du fait de l’endurance (inattendue) du système stalinien et de la capacité à mourir de ses soldats. Aucun historien sérieux et aucun homme honnête ne peut l’oublier. En revanche, les historiens russes pourraient rappeler à leur président qu’en 1940, c’est Churchill qui décide de continuer la guerre seul contre le nazisme après la chute de la France quand Staline fait envoyer des télégrammes de félicitations au Führer pour la victoire à l’ouest.

 

Source : Le Figaro

 

Le déclin et la chute du père


L'essor de la culture victimaire

L’Essor de la culture victimaire (The Rise of Victimhood Culture) est un livre paru en 2018. L’ouvrage est le résultat de la collaboration de deux sociologues universitaires : Bradley Campbell (professeur à l’Université d’État de Californie à Los Angeles) et Jason Manning (professeur à l’Université de Virginie occidentale).

Campbell et Manning soutiennent que les accusations de micro-agression se concentrent sur des affronts involontaires, contrairement au mouvement des droits civiques, qui se concentrait sur des injustices concrètes. Ils soutiennent que le but d’attirer l’attention sur les micro-agressions est d’élever le statut de victime vexée. « Lorsque les victimes publient des micro-agressions », écrivent Campbell et Manning, « elles attirent l’attention sur ce qu’elles considèrent comme le comportement déviant des délinquants. Ce faisant, » elles « attirent également l’attention sur leur propre victimisation ». Elles le font parce que cela abaisse « le statut moral du délinquant » et « élève [leur] statut moral de victimes ».

Manning et Campbell s’appuient sur les travaux du sociologue Donald Black sur les conflits et sur les études interculturelles des conflits et de la moralité pour affirmer que les guerres culturelles contemporaines ressemblent à des tactiques décrites par des universitaires dans lesquelles une partie ou un groupe lésé recherche le soutien de tiers. Ils soutiennent que les conflits fondés sur des griefs ont conduit à un changement moral à grande échelle dans lequel une nouvelle culture de victimisation entre en jeu et remplace les anciennes cultures de l’honneur et de la dignité.

Les cultures d’honneur, souvent appelées cultures d’honneur-honte, sont des cultures comme celle de l’Ouest américain ou de l’Europe à l’époque où les duels étaient courants. Dans de telles cultures, l’honneur est primordial et, lorsqu’il est atteint, la partie offensée se venge directement. Les mécanismes de conflit comprennent la vendetta. Dans les cultures d’honneur, les victimes ont un faible statut moral.

Manning et Campbell décrivent la culture de l’honneur et de la honte comme ayant été remplacées dans les sociétés occidentales modernes des XIXe et XXe siècles par une culture de la dignité où « les insultes peuvent provoquer une offense, mais elles n’ont plus la même importance qu’un moyen d’établir ou de détruire un réputation de bravoure. Au lieu de cela, “lorsque des conflits intolérables surviennent, les cultures de la dignité prescrivent des actions directes, mais non violentes”. couper les relations avec le délinquant sans aucune confrontation » ou « conceptualiser le problème comme une perturbation de leur relation et ne chercher qu’à rétablir l’harmonie sans porter de jugement ». Une action en justice a été engagée : « Pour des infractions telles que le vol, l’agression ou la rupture de contrat, les personnes dans une culture de dignité utiliseront la loi sans honte “Mais conformément à leur éthique de retenue et de tolérance, ce n’est pas nécessairement leur premier recours, et ils pourraient condamner de nombreuses utilisations des autorités comme frivoles. On pourrait même s’attendre à ce que les gens tolèrent des blessures graves, mais accidentelles. »


Une culture de la dignité, selon Campbell et Manning, a des valeurs morales et des normes de comportement qui promeuvent la valeur de chaque vie humaine, encourageant la réussite de ses enfants tout en enseignant que « les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais les mots ne me feront jamais de mal ».

Parce que la culture de victimisation est maintenant censée conférer le statut moral le plus élevé aux victimes, Campbell et Manning soutiennent qu’elle « augmente l’incitation à faire connaître ses griefs ». Les parties vexées et offensées qui auraient pu jadis donner un coup de poing ou intenter une action en justice font désormais appel à l’aide sur les réseaux sociaux, demande qu’on « annule », qu’on bâillonne ceux qui les vexeraient.

Selon Campbell et Manning, la culture de victimisation engendre une « victimisation compétitive », elle incite même les personnes privilégiées à prétendre qu’elles sont victimes, par exemple, de discrimination à rebours. La culture de victimisation de Manning et Campbell considère la valeur morale d’une personne comme largement définie par la couleur de la peau et l’appartenance à un groupe à identité « minoritaire » fixe, comme les LGBTIQ, les musulmans ou les peuples autochtones.

Pour schématiser :

  • Prémodernité : culture de l’honneur
  • Modernité : culture de la dignité
  • Postmodernité : culture victimaire

Les deux professeurs se sont également penchés sur la prolifération récente de faux actes haineux (« hate crime hoaxes ») comme fait social.

Qu’est-ce que ces « canulars » nous apprennent sur la culture victimaire actuelle ? Campbell et Manning en tirent la conclusion suivante : « Si le statut de victime ne conférait aucun avantage, pourquoi tout cela se produirait-il ? Pourquoi quelqu’un prétendrait-il faussement être une victime s’il n’y avait aucun avantage à le faire ? […] Le fait qu’ils le fassent démontre que le statut de victime est en réalité une ressource sociale, une forme de statut [enviable]. » Le statut de victime devient ainsi désirable, ce qui mène à une « course vers le bas » très paradoxale. »

Pour les auteurs, les diversitaires, les wokes, font tout leur possible pour pousser de tierces personnes à intervenir coûte que coûte. Ayant été éduqués constamment sous supervision parentale, ils gardent ce réflexe enfantin de se tourner vers une source d’autorité pour régler leurs différends. Les auteurs rejoignent ici le diagnostic de Greg Lukianoff et Jonathan Haidt. Voir Aux racines du wokisme dans les universités. Pourquoi cette crise dans les universités ?

C’est pourquoi il est adroit pour les wokes de privilégier une vision manichéenne et « d’interdire » toute position de neutralité ou d’indifférence pour obliger les tiers à intervenir et à les sortir de l’indifférence et de la tolérance. C’est d’ailleurs ce que dit un des maîtres à penser du wokisme, Ibrahim X. Kendi, pour lequel « il n’y a pas de politique “non raciste” ou “neutre” », car, les gens se divisent en « racistes » ou « antiracistes ». (Voir Formation des fonctionnaires fédéraux en racialisme [pardon antiracisme…] et stéréotypes anti-blancs). 

Dans les universités, les diversitaires cherchent d’abord l’intervention de la bureaucratie universitaire. « Lorsqu’un groupe d’étudiants de Yale a exigé que les poètes blancs soient retirés du programme, ils n’ont pas formulé leur demande sous la forme d’une préférence (“Nous préférons lire des poètes non blancs”) ni même sous la forme d’une question de vertu (“La diversité ethnique est une bonne chose”), ils ont plutôt insisté sur le fait que les étudiants souffraient  » de devoir lire les auteurs blancs. L’intervention de l’administration se justifiait sous le prétexte en apparence louable de « protéger » des étudiants.

Les réseaux sociaux permettent également de démultiplier le nombre de tierces personnes qui pourraient venir au secours des victimes présumées lors d’une dispute.

Quelles sont donc les conditions culturelles et sociales de l’émergence du wokisme ? Nos auteurs en établissent quatre : 

  1. Une bureaucratie étendue ;
  2. L’atomisation sociale ;
  3. De la diversité visible ;
  4. Un grand niveau d’égalité.

1) La bureaucratie sert de réceptacle aux plaintes et de source d’autorité. Elle remplace les parents qui ont chouchouté la génération woke. L’administration y voit son intérêt : cette nouvelle culture morale engendrant nombre de disputes, la bureaucratie pourra justifier son rôle grandissant et ses salaires.

2) L’Atomisation sociale : ce n’est que lorsque l’on ne vit pas dans une communauté forte que l’on a besoin de faire des campagnes de soutien. Les interventions bureaucratiques ne deviennent nécessaires que si l’on n’est plus assuré d’avoir des partisans déjà acquis à sa cause.

3) L’importance d’une diversité visible. Pour qu’il y ait une discrimination réelle ou apparente, il faut une base sur laquelle distinguer facilement oppresseurs et opprimés. La race, notamment, est un facteur de distinction évident. On peut ainsi aisément répartir les rôles entre  « dominants » et « dominés » !

4) C’est le paradoxe tocquevillien : ce n’est que dans les sociétés les plus égalitaires que la moindre inégalité fait tache. Personne ne se plaint d’inégalités dans une société de castes. On ne se plaint d’avoir faim que la bouche pleine.

Campbell et Manning sont formels : la croissance de cette culture victimaire ne fera que s’accélérer dans les prochaines années.

(En partie inspiré de gazouillis de Pierre Valentin, @Valent1Pierre) 
 
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