mercredi 1 juillet 2020

Le climat change mais ce n'est pas la fin du monde, ni même le principal problème écologique

Michael Shellenberger est un « héros de l’environnement » pour l’hebdomadaire Time et président de Environmental Progress, une organisation indépendante de recherche et de politique. Il vient de publier Apocalypse Never : Why Environmental Alarmism Hurts Us All qui dénonce le catastrophisme climatique.

Michael Shellenberger se bat depuis des décennies pour une planète plus verte. Il a participé à sauver les derniers séquoias non protégés du monde.  Il a également dirigé avec succès les efforts des climatologues et des militants pour maintenir les centrales nucléaires en fonctionnement, pour limiter une augmentation des émissions de CO2.




Nous proposons ci-dessous la traduction d’un article dans Quillette où il explique ce qui l’a mené à écrire ce livre.

Au nom des écologistes du monde entier, je voudrais présenter mes excuses officielles pour la peur climatique que nous avons créée au cours des 30 dernières années.

Le climat change. Ce n’est pas la fin du monde. Ce n’est même pas le problème environnemental le plus grave. Je peux paraître étrange quand je dis cela. Pourtant, je suis un activiste climatique depuis 20 ans et un écologiste depuis 30 ans.

Mais en tant qu’expert en énergie auquel le Congrès a demandé de témoigner à titre d’expert objectif et invité par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à servir de réviseur expert pour son prochain rapport d’évaluation, je me sens obligé de présenter mes excuses pour la façon dont nous, écologistes, avons induit le public en erreur.

Voici quelques faits que peu de gens connaissent :
  • Les humains ne provoquent pas une « sixième extinction de masse » ;
  • L’Amazonie n’est pas « le poumon de la planète » ;
  • Le changement climatique n’aggrave pas les catastrophes naturelles ;
  • Les incendies ont diminué de 25 % dans le monde depuis 2003 ;
  • La quantité de terres que nous utilisons pour produire la viande — la plus grande utilisation des terres par l’humanité — a diminué d’une superficie presque aussi grande que l’Alaska ;
  • L’accumulation de combustible ligneux (la broussaille) et davantage de maisons construites près des forêts, et non le changement climatique, explique pourquoi il y a davantage d’incendies plus dangereux en Australie et en Californie ;
  • Les émissions de carbone diminuent dans la plupart des pays riches et diminuent en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France depuis le milieu des années 1970 [Ces émissions ont été déplacées avec les emplois industriels associés vers l’Asie.] ;
  • Les Pays-Bas sont devenus riches, pas pauvres tout en s’adaptant à la vie sous le niveau de la mer ;
  • Nous produisons 25 % de nourriture en plus que ce dont nous avons besoin et les excédents alimentaires continueront d’augmenter à mesure que le monde se réchauffera ;
  • La perte d’habitat et la mise à mort directe d’animaux sauvages sont des menaces plus importantes pour les espèces que le changement climatique ;
  • Utiliser du combustible ligneux (du bois) est bien pire pour les humains et la faune que les combustibles fossiles ;
  • La prévention de futures pandémies nécessite une agriculture qui sera davantage « industrielle » et non le contraire.
Je sais que les faits énoncés ci-dessus sonneront comme du « déni climatique » pour beaucoup de gens.

Mais cela ne démontre que la puissance de l’alarmisme climatique.

En réalité, les faits ci-dessus proviennent des meilleures études scientifiques disponibles, y compris celles menées par le GIEC ou acceptées par le GIEC, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et d’autres organismes scientifiques de premier plan.

Certaines personnes s’imagineront, en lisant ceci, que je suis un anti-environnementaliste de droite. Je ne le suis pas. À 17 ans, j’ai vécu au Nicaragua pour montrer ma solidarité avec la révolution socialiste sandiniste. À 23 ans, j’ai recueilli des fonds pour les coopératives de femmes guatémaltèques. Au début de la vingtaine, je vivais dans la semi-Amazonie, faisant des recherches avec de petits agriculteurs luttant contre les invasions de leurs terres. À 26 ans, j’ai participé à la dénonciation les mauvaises conditions de travail dans les usines Nike en Asie.

Je suis devenu environnementaliste à 16 ans lorsque j’ai organisé une collecte de fonds pour Rainforest Action Network. À 27 ans, j’ai aidé à sauver les derniers séquoias séculaires non protégés de Californie. Dans la trentaine, j’ai défendu les énergies renouvelables et j’ai réussi à persuader l’administration Obama d’y investir 90 milliards de dollars. Au cours des dernières années, j’ai aidé à éviter de remplacer suffisamment de centrales nucléaires par des combustibles fossiles pour éviter une forte augmentation des émissions de gaz à effets de serre.

Mais jusqu’à l’année dernière, j’ai surtout évité de dénoncer la peur du climat. En partie parce que j’étais gêné. Après tout, je suis aussi coupable d’alarmisme que n’importe quel autre environnementaliste. Pendant des années, j’ai qualifié le changement climatique de menace « existentielle » pour la civilisation humaine et l’ai parlé de « crise ».

Mais surtout, j’avais peur. Je suis resté silencieux au sujet de la campagne de désinformation climatique parce que j’avais peur de perdre des amis et du financement. Les quelques fois où j’ai appelé le courage de défendre la science du climat contre ceux qui la dénaturent, j’ai subi des conséquences sévères. Et donc je me suis surtout tenu à côté et je n’ai pratiquement rien fait alors que mes collègues environnementalistes terrifiaient le public.

Je suis même resté les bras croisés alors que des gens à la Maison-Blanche et de nombreux médias ont tenté de détruire la réputation et la carrière d’un scientifique exceptionnel, d’un homme bon et d’un de mes amis, Roger Pielke, Jr., un démocrate et environnementaliste progressiste de longue date qui a témoigné en faveur d’une réglementation carbone. Pourquoi ont-ils fait ça ? Parce que ses recherches prouvent que les catastrophes naturelles n’empirent pas.

Mais, l’année dernière, les choses sont devenues incontrôlables.

Alexandria Ocasio-Cortez a déclaré : « Le monde prendra fin dans 12 ans si nous ne nous attaquons pas au changement climatique. » Le groupe environnemental le plus en vue de Grande-Bretagne a déclaré que « le changement climatique tue les enfants ».

Le journaliste écologiste le plus influent du monde, Bill McKibben, a qualifié le changement climatique de « plus grand défi auquel les humains aient jamais été confrontés » et a déclaré qu’il « anéantirait les civilisations ». Les journalistes traditionnels ont rapporté à plusieurs reprises que l’Amazonie était « le poumon de la planète » et que la déforestation s’apparentait à l’explosion d’une bombe nucléaire.

En conséquence, la moitié des personnes interrogées dans le monde l’année dernière ont déclaré qu’elles pensaient que le changement climatique entraînerait l’extinction de l’humanité. Et en janvier, un enfant britannique sur cinq a déclaré aux sondeurs qu’il faisait des cauchemars sur le changement climatique. Que vous ayez ou non des enfants, vous devez savoir à quel point c’est faux.

J’avoue que cela me touche probablement parce que j’ai une fille adolescente. Après lui avoir parlé des faits scientifiques, elle a été rassurée. Mais ses amis sont profondément mal informés et donc, naturellement, effrayés. J’ai donc décidé que je devais parler. Je savais qu’écrire quelques articles ne serait pas suffisant. J’avais besoin d’un livre pour présenter correctement toutes les preuves.

Et donc mes excuses formelles pour notre alarmisme viennent sous la forme de mon nouveau livre, Apocalypse Never : Why Environmental Alarmism Hurts Us All All. Il est basé sur deux décennies de recherche et trois décennies d’activisme environnemental. Avec 400 pages, dont 100 de notes et références, Apocalypse Never couvre le changement climatique, la déforestation, les déchets plastiques, l’extinction des espèces, l’industrialisation, la viande, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables.

Quelques faits saillants du livre :
  • Les usines et l’agriculture moderne sont les clés de la libération humaine et du progrès environnemental ;
  • La chose la plus importante pour sauver l’environnement est de produire plus de nourriture, en particulier de la viande, sur moins de terres ;
  • La chose la plus importante pour réduire la pollution atmosphérique et les émissions de carbone est de passer du chauffage au bois à celui au charbon, puis au pétrole, puis au gaz naturel et finalement l’uranium ;
  • 100 % d’énergies renouvelables nécessiteraient d’augmenter la superficie utilisée pour l’énergie de 0,5 % aujourd’hui à 50 % ;
  • Nous devrions demander que les villes, les fermes et les centrales électriques aient des densités de puissance plus élevées, et non plus faibles ;
  • Le végétarisme réduit nos émissions de moins de 4 % ;
  • Greenpeace n’a pas sauvé les baleines, le passage de l’huile de baleine au pétrole et à l’huile de palme ;
  • Le bœuf « fermier » nécessiterait 20 fois plus de terres et produirait 300 % d’émissions en plus ;
  • Le dogmatisme de Greenpeace a aggravé la fragmentation des forêts de l’Amazonie ;
  • L’approche colonialiste de la conservation des gorilles au Congo a produit un contrecoup qui pourrait avoir entraîné la mort de 250 éléphants.
Pourquoi avons-nous tous été induits en erreur ?

Dans les trois derniers chapitres d’Apocalypse Never, je dénonce les motivations financières, politiques et idéologiques. Les groupes environnementaux ont accepté des centaines de millions de dollars provenant du lobby des combustibles fossiles. Des groupes motivés par des croyances anti-humanistes ont forcé la Banque mondiale à cesser d’essayer de mettre fin à la pauvreté et de rendre la pauvreté « durable ». La peur du déclassement social, la dépression et l’hostilité à la civilisation moderne sont à l’origine d’une grande partie de l’alarmisme.

Une fois que vous vous rendez compte à quel point nous avons été mal informés, souvent par des personnes aux motivations manifestement peu recommandables ou malsaines, il est difficile de ne pas se sentir dupé. Apocalypse Never changera-t-il quelque chose ? Il y a certainement des raisons d’en douter.

Les médias font des déclarations apocalyptiques sur le changement climatique depuis la fin des années 80 et ne semblent pas disposés à s’arrêter. L’idéologie derrière l’alarmisme environnemental — le malthusianisme — a été démystifiée à plusieurs reprises pendant 200 ans et pourtant elle est plus puissante que jamais.

Mais il y a aussi des raisons de croire que l’alarmisme environnemental, s’il ne prend pas fin, verra sa puissance culturelle s’émousser. La pandémie de coronavirus est une véritable crise qui met en perspective la « crise » climatique. Même si vous pensez que nous avons réagi de manière excessive, COVID-19 a tué près de 500 000 personnes et bouleversé les économies du monde entier.

Les institutions scientifiques, parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le GIEC, ont sapé leur crédibilité par leur instrumentalisation politicienne répétée de la science. Leur existence et leur pertinence futures dépendent de nouveaux dirigeants et de réformes sérieuses. Les faits ont encore de l’importance et les médias sociaux permettent à un plus large éventail de voix nouvelles et indépendantes de contourner les journalistes environnementaux alarmistes dans les médias traditionnels.

Les nations reconsidèrent ouvertement leur intérêt propre et s’éloignent du malthusianisme et du néolibéralisme, ce qui est bon pour le nucléaire et mauvais pour les énergies renouvelables. Les preuves sont accablantes que notre civilisation fortement consommatrice d’énergie est bien meilleure pour les gens et la nature qu’une civilisation faiblement consommatrice d’énergie vers laquelle les alarmistes climatiques veulent nous ramener.

Les invitations du GIEC et du Congrès que j’ai reçues sont des signes d’une ouverture croissante à une nouvelle réflexion sur le changement climatique et l’environnement. Un autre signe encourageant a été la réponse à la publication de mon livre de la part de climatologues, d’écologistes et de spécialistes de l’environnement. « Apocalypse Never est un livre extrêmement important », écrit Richard Rhodes, auteur primé par le prix  Pulitzer pour The Making of the Atomic Bomb. « Il s’agit peut-être du livre le plus important jamais écrit sur l’environnement », déclare l’un des pères de la science climatique moderne, Tom Wigley.

[...] L’ancien chef de The Nature Conservancy, Steve McCormick [a écrit au sujet d’Apocalypse Never]:  « Shellenberger nous livre une dose d’“amour vache” : il remet en cause nos croyances orthodoxes bien ancrées, nos mentalités rigides et autodestructrices. Apocalypse Never lance à l’occasion des piques, mais elles sont fondées sur des preuves,  elles sont bien argumentées qui aideront à développer le “muscle mental” dont nous avons besoin pour envisager et concevoir non seulement un avenir plein d’espoir, mais réalisable. »

Voilà ce que j’espérais accomplir en écrivant ce livre. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, j’espère que vous conviendrez que ce n’est peut-être pas aussi bizarre qu’un écologiste de longue date, progressiste et militant pour le climat ait ressenti le besoin de dénoncer l’alarmisme.

J’espère en outre que vous accepterez mes excuses.

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Colbert et le Code noir, la vérité historique

Dans le contexte des statues vandalisées en France, signe de l’américanisation et ethnicisation croissantes de la France, l’historien Jean-Christian Petitfils revient dans les colonnes du Figaro sur le rôle de Colbert dont la statue à Paris a été attaquée par des manifestants radicaux. La pression extrémiste désire également débaptiser les places, les rues et les salles Colbert en France.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Jean-Christian Petitfils a notamment publié une biographie de Louis XIV (Perrin, coll. « Tempus », 2002), grand prix de la biographie de l’Académie française et « Histoire de la France. Le vrai roman national » (Fayard, coll. Pluriel, 2018).

Un agent de la Mairie de Paris nettoie la statue de Jean-Baptiste Colbert

Dans le vandalisme frénétique qui a saisi la France depuis la mort de [l’Américain] George Floyd, des associations antiracistes et des groupuscules mènent une campagne passionnelle et outrancière destinée à abattre les statues, à débaptiser lycées, places et rues portant le nom de grands hommes de notre histoire, soupçonnés d’esclavagisme ou de colonialisme. Est visé en particulier le ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert, pour avoir été l’auteur du « Code noir ».

Dans ce délire idéologique qui sature l’espace public, où le souci de la vérité historique ne pèse pour rien, on ne sait trop ceux qui sont le plus à blâmer, les « indigénistes », qui ne rêvent que de déconstruire l’histoire de notre pays, ou les hommes politiques — dont, hélas, un ancien premier ministre — et les édiles tétanisés qui mettent genou à terre et se prêtent complaisamment aux injonctions terroristes des discours anti-Blancs.

Bourreau de travail, brutal, hautain, froid (« Le Nord », comme le surnommait Mme de Sévigné), Colbert fut un des géants du Grand Siècle. Derrière son abord rebutant se cachaient une belle intelligence, une ardeur, une ambition peu commune, doublée d’une passion extrême d’agir et de servir. Il cumula des fonctions qui correspondraient aujourd’hui à celles de ministre de l’Intérieur, de l’Économie, des Finances, de la Marine, de la Justice, du Commerce, de la Construction et de la Culture. Son œuvre au service du roi et de la centralisation de l’État est immense, même si des ombres ont entaché son action.

L’élaboration de l’édit royal de mars 1685 « touchant la police des îles de l’Amérique française », appelé ultérieurement « Code noir », prend place dans sa politique d’unification du droit et de codification législative : ordonnances sur la procédure civile (1667), les eaux et forêts (1669), la procédure criminelle (1670), le commerce (1673) et la marine (1681). Il s’agissait en l’occurrence de clarifier le statut civil et pénal des esclaves d’outre-mer « tant pour la punition de leurs crimes que pour tout ce qui concerne la justice qui doit leur être rendue ».

À l’image des autres entreprises, Colbert lança sur place des consultations préalables, car la pratique de l’esclavage était interdite en France métropolitaine et n’existait pas dans d’autres colonies comme le Canada. C’est ainsi qu’en avril 1681, il demanda à Charles de Courbon, gouverneur général des îles d’Amérique, et à l’intendant Jean-Baptiste Patoulet, de collationner la jurisprudence locale et de recueillir les avis des membres des Conseils souverains — petits parlements locaux — de la Martinique, de la Guadeloupe et de Saint-Christophe. Ce travail prit du temps, car il s’agissait de rationaliser des pratiques et usages répandus depuis plusieurs décennies.

Suivirent un premier rapport en mai 1682, puis un avant-projet d’ordonnance en février 1683, qui arriva sur le bureau du ministre trois mois plus tard. On ignore la part que ce dernier prit dans la rédaction du texte final qui comporte 60 articles. Malade, il mourut le 6 septembre 1683. Laissée en souffrance, l’ordonnance royale, qui reprenait 90 % de l’avant-projet, ne fut donc promulguée qu’en 1685, sous la signature de Louis XIV et le contreseing du fils du ministre, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, secrétaire d’État à la Marine.

Lourd de contradictions, le texte faisait la part belle aux planteurs, tout en introduisant un cadre légal. Si les esclaves étaient assimilés juridiquement à des biens meubles dans les transactions, ils étaient néanmoins considérés comme des êtres humains aux droits limités. Ils devaient être nourris convenablement, vêtus, baptisés, instruits dans la religion catholique, et bénéficier du repos du dimanche. Ils pouvaient se marier avec l’accord de leur maître, mais les enfants nés de ces unions devenaient esclaves à leur tour. Les sujets âgés ou malades devaient être pris en charge et les morts enterrés dans des cimetières catholiques. Les affranchissements, les mariages mixtes maître-esclave étaient possibles, mais encadrés. Le Code autorisait les maîtres à avoir recours au fouet, prohibant toutefois les « traitements barbares et inhumains ». Aucune mutilation ou torture ne leur était permise. Celle-ci était réservée aux décisions de justice.

Implacables alors étaient les sanctions pénales : les coupables étaient marqués au fer rouge, mutilés aux oreilles ou aux jarrets et dans les cas les plus graves exécutés. Tout maître ou contremaître qui tuait un esclave se rendait en revanche coupable d’un crime. Sous réserve de quelques variantes, ces dispositions furent étendues à Saint-Domingue, aux îles de France (Maurice) et de Bourbon (La Réunion), à la Guyane et à la Louisiane.

Si Colbert n’a pas contresigné le « Code noir » on peut penser qu’il en aurait approuvé les termes. La vérité est qu’il fut seulement l’héritier de la politique coloniale de la monarchie absolue, commencée sous le ministériat du cardinal de Richelieu en 1626 avec la création de la Compagnie de Saint-Christophe.

L’installation d’esclaves dans les Antilles commença en 1635 en dehors de tout statut juridique, principalement en vue de la culture de la canne à sucre. À l’époque, une bonne partie du monde acceptait sans état d’âme l’esclavage. Les monarques et chefs de nombreux royaumes africains vivaient de la traite des Noirs (souvent occultée, leur complicité est « une donnée objective » souligne l’historien et anthropologue sénégalais Tidiane N’Diaye), et l’Europe rachetait les esclaves chrétiens aux Barbaresques d’Afrique du Nord, qui en faisaient un trafic lucratif.

Bien entendu, philosophiquement, le « Code noir » est injustifiable en ce qu’il légitimait et légalisait un système d’esclavage, enrobé de quelques principes d’humanité et de christianisme. Aucune définition, aucune justification n’étaient d’ailleurs données de cette institution barbare, qu’il faut replacer dans son contexte historique. Au lieu de pratiquer la rhétorique de l’indignation morale, avec 335 ans de retard et une lecture anachronique et vindicative de l’histoire, nos belles âmes « indigénistes » ne feraient-elles pas mieux de dénoncer la persistance actuelle de ces pratiques dans certains pays du monde arabo-musulman, sur lesquelles pèse un silence gênant, rarement entrecoupé de protestations ?

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Qu’a-t-on mis dans la tête des jeunes ?

Denise Bombardier se demande (ci-dessous) dans les colonnes du Journal de Québec ce qu’on a bien pu mettre dans la tête des jeunes. Nous pensons que ce désastre était annoncé de longue date, tous les partis politiques (PQ, CAQ, PLQ) ont imposé par le Monopole de l’Éducation du Québec une éducation qui livre ses fruits.

Les souverainistes et autres nationalistes ont approuvé les réformes de l’éducation, l’imposition du multiculturalisme à l’école, l’immigration de masse qui rend vaine toute tentative d’assimilation des jeunes immigrants à la majorité « francophone » dans les villes comme Montréal, les jeunes immigrants étant désormais la majorité des jeunes...


Ces mêmes nationalistes appuient toujours, bien sûr, les mesures et valeurs sociales qui dépriment la natalité. Ils n’osent même plus en parler. Or, la population québécoise francophone de souche se contracte ; l’allongement de l’espérance de vie cache ce phénomène pour l’instant. Il apparaîtra brutalement quand les très nombreux babyboumeurs mourront. En effet, avec 1,5 enfant/femme francophone au Québec, chaque génération est 25 % plus petite que la précédente : 8 grands-parents, 6 parents, 4,5 enfants.

Entretemps, les « nationalistes modernes » semblent vouloir se concentrer sur l’éphémère, l’évènement du jour, une dernière salve jouissive contre la religion catholique qui n’en peut mais. On aime tirer sur les ambulances au Québec. Rappelons que Pauline Marois (ci-contre), censément nationaliste, a approuvé l’imposition du seul programme controversé d’éthique et de culture religieuse, relativiste et multiculturaliste dans l’âme, pour enfin chasser la religion (catholique) de l’école alors que les parents québécois n’en demandaient pas tant.



Le choc des générations a toujours existé. Il est normal et sain que les plus jeunes contestent les acquis transmis par les parents. Mais encore faut-il qu’ils reçoivent en héritage une éducation qui les prépare intellectuellement pour l’avenir.

Le pari de la démocratisation de l’enseignement est de faire accéder tous les jeunes aux connaissances afin de les armer pour comprendre la vie et leur vie.

Dans les dernières décennies, il semble que l’approche psychologique s’est idéologisée. À la morale inspirée de la religion s’est imposé un relativisme qui mène les jeunes dans un cul-de-sac.


Nombre de jeunes font, par exemple, l’amalgame entre l’Église catholique et le mouvement de Raël. On leur a enseigné aussi à ne juger personne. Sauf ceux qui ne pensent pas comme eux si on fréquente les réseaux sociaux.

Multiculturalistes

Les jeunes sont nombreux à croire que la défense de l’identité québécoise a des relents d’intolérance, car vivant selon les valeurs multiculturalistes à la Justin Trudeau, ils en adoptent le catéchisme. La loi 21 sur la laïcité en rebute plusieurs. Le voile pour eux est l’équivalent d’un bandana ou d’un capuchon de veste molle.

Ils ignorent les valeurs universelles héritées des grands écrivains du XVIIIe siècle, celui des Lumières, qui a apporté la modernité au monde occidental. À la limite, ils croient que le siècle des Lumières est celui de l’électricité grâce à la fabrication de l’ampoule électrique par Thomas Edison.

Les jeunes se réclament d’une planète sans frontières où ils peuvent se déployer.

Ils se définissent comme des êtres humains avant tout. Et la langue de communication, l’anglais jusqu’à nouvel ordre, ils la parlent plus ou moins, mais sans problème. D’ailleurs, les jeunes Québécois sont aussi devenus décomplexés quant à la langue française. Leur franglais a remplacé le joual d’antan. En fait, ils sont plutôt fiers du franglais, car cela les différencie des « vieux » nationalistes. 

[Le franglais étant évidemment aussi la solution de facilité, dans un contexte de colonisation américaine : pas d’effort s’il vous plaît nous avons été « socialisé » à l’école québécoise.]

Culpabilisation

Ils sont antiracistes, ce qui est une qualité. Sauf qu’ils s’affichent comme racialistes même en ignorant le mot. Car ils se revendiquent comme Blancs et à ce titre se croient les héritiers des esclavagistes et se culpabilisent. Certains ont même honte d’être Blancs.

Car la rectitude politique est leur credo. Ils sont à l’affût de tout ce qui semble socialement inacceptable. Ainsi, ils ne se scandaliseraient pas si le livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique, était interdit, voire brûlé. Mais on doute qu’ils connaissent le mot « autodafé » ou même « l’Inquisition ».  [Voir Journaliste sanctionnée pour avoir cité le titre du livre Nègres Blancs d’Amérique.]

N’étant pas à une contradiction près, les jeunes d’aujourd’hui qui veulent racialiser de nouveau la société adhèrent souvent à la déconstruction des genres. Ils estiment que le féminin et le masculin sont des concepts discriminatoires et non des réalités biologiques. Leur ouverture d’esprit à cet égard correspond à l’obsession actuelle d’être dans l’air du temps. Ou à la mode, à dire vrai. Car vieillir n’a aucun sens pour eux dont la vie se décline seulement dans le présent.

L’école a failli

La jeune génération a été privée de mémoire, de la protection d’adultes, de parents, mais aussi de maîtres au sens ancien du terme. L’école et la société ont failli à la tâche. Oui, il y a de quoi en pleurer.

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Face à John Wayne qui ne veut pas mourir, le changement démographique et l'argent des progressistes

Sur John Wayne, les démocrates veulent débaptiser l’aéroport John-Wayne de comté d’Orange, en Californie (anciennement bastion républicain avant le changement démographique de ces 50 dernières années), en raison des prises de position « racistes » de l’acteur.


Éric Zemmour : « John Wayne est le symbole de l’homme blanc et patriote, qui défie les minorités ! »







Chronique d’Éric Zemmour du Figaro sur le livre d’une jour­na­liste fran­co-amé­ri­caine et l’Amé­rique de Trump : un ouvrage qui ne res­semble pas du tout à ce qu’on pou­vait craindre.




Long­temps, elle a été comme les autres. Jour­na­liste, donc de gauche, for­cé­ment de gauche ; chef de bu­reau de Ra­dio France à Wa­shing­ton, cette ba­rou­deuse ac­com­plie (Af­gha­nis­tan, Chine, Afrique du Sud, etc.) s’iden­ti­fiait à ses confrères, pour la plu­part dé­mo­crates ; fran­çaise, elle se rê­vait Amé­ri­caine, se­lon un pro­ces­sus im­pé­rial dé­crit ad­mi­ra­ble­ment par Ré­gis De­bray. Un mo­dèle ac­com­pli de confor­misme. Quand elle ac­quiert en­fin sa pré­cieuse na­tio­na­li­té amé­ri­caine, Lau­rence Si­mon croit avoir at­teint son Graal ; elle en­tame son che­min de Da­mas. Elle nous le dé­crit avec une rare hon­nê­te­té et un pro­fes­sion­na­lisme jour­na­lis­tique qu’on ne peut que louer, ce qu’on ne fe­ra pas pour son style, ex­ces­si­ve­ment re­lâ­ché et par­lé.

Mais l’in­té­rêt du fond l’em­porte sur la mé­dio­cri­té de la forme : Lau­rence Si­mon nous montre une Amé­rique qui res­semble de plus en plus à la vieille Eu­rope et en par­ti­cu­lier à la France, le plus sou­vent pour le pire, et ra­re­ment le meilleur. Notre jour­na­liste fran­co-amé­ri­caine nous dé­crit la mort an­non­cée de l’Amé­rique de Toc­que­ville, cette Amé­rique blanche, chré­tienne, très chré­tienne, fon­dée sur les va­leurs du tra­vail et de la li­ber­té, pour être rem­pla­cée par une Amé­rique de plus en plus athée, de plus en plus ca­tho­lique et mu­sul­mane, au dé­tri­ment des pro­tes­tants, de moins en moins blanche, de plus en plus so­cia­liste, de plus en plus gou­ver­née par le po­li­ti­que­ment cor­rect, de plus en plus do­mi­née par les « mi­no­ri­tés » eth­niques et sexuelles, qui bé­né­fi­cient d’un fi­nan­ce­ment mas­sif de mil­liar­daires pro­gres­sistes dont So­ros est la tête de proue — et la tête de Turc des po­pu­listes — mais loin d’être la seule. Ain­si la Fon­da­tion Car­ne­gie avait-elle dé­pen­sé en 2003 100 mil­lions de dol­lars pour dé­fendre l’im­mi­gra­tion (lé­gale et illégale).

C’est une des ca­rac­té­ris­tiques amé­ri­caines : l’ar­gent coule à flots pour l’ex­trême gauche, qu’elle soit im­mi­gra­tion­niste, fé­mi­niste, LGBT, ou car­ré­ment is­la­miste. Toutes ces or­ga­ni­sa­tions, sou­te­nues par les bo­bos d’outre-At­lan­tique, ont noyau­té les uni­ver­si­tés, les mé­dias, et uti­lisent la jus­tice pour faire taire et rui­ner leurs ad­ver­saires. Comme en France. Plus qu’en France. La ri­chesse des do­na­teurs et l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion des lob­bys, qui trans­forment la quête de voix en achats de voix, fa­vo­risent les riches (les do­na­teurs) et les bien or­ga­ni­sés (les mi­no­ri­tés). Dans le pays d’Oc­ci­dent qui fut le plus ré­tif au so­cia­lisme et au mar­xisme, le po­li­ti­que­ment cor­rect a conquis de haute lutte l’hé­gé­mo­nie cultu­relle dont par­lait Gram­sci. Lau­rence Si­mon n’hé­site pas à mettre en cause Ba­rack Oba­ma icône dans les mé­dias fran­çais — et les in­fluences so­cia­listes, voire com­mu­nistes, qui ont nour­ri sa jeu­nesse mi­li­tante.

Cette femme si mo­derne dé­nonce sans fard l’évo­lu­tion des mou­ve­ments fé­mi­nistes. Ayant in­ter­viewé avant sa mort la Si­mone de Beau­voir amé­ri­caine, Bet­ty Frie­dan, elle ose rap­pe­ler qu’« en pri­vé, comme dans ses écrits, elle ex­pri­mait sur le tard ses craintes de voir le mou­ve­ment fé­mi­niste in­ves­ti par les les­biennes [et désormais les hommes trans, voir le président de la Fédération des femmes du Québec...], au nom de l’in­clu­sion, mais aus­si au risque de l’ex­clu­sion des autres femmes. L’his­toire lui a don­né rai­son ».

Cette triple ré­vo­lu­tion dé­mo­gra­phique, idéo­lo­gique, so­cio­lo­gique est en train de trans­for­mer la gauche amé­ri­caine. Le Par­ti dé­mo­crate trouve un charme nou­veau aux thèses so­cia­listes, mais pas seule­ment : le fé­mi­nisme, l’ho­mo­sexua­lisme, voire le tran­sexua­lisme agres­sifs forment un couple bi­zarre et pa­ra­doxal avec la mon­tée en son sein de l’is­la­mo-gau­chisme, et son frère de lait, l’an­ti­sé­mi­tisme. Il­han Omar siège voi­lée à la Chambre des re­pré­sen­tants. Les uni­ver­si­tés amé­ri­caines sont ar­ro­sées par la manne fi­nan­cière dé­ver­sée par l’Ara­bie saou­dite et le Qa­tar. Dès l’école pri­maire, l’en­doc­tri­ne­ment pro­gres­siste prend le pas sur l’ins­truc­tion.


Mais le plus tra­gique, et le plus poi­gnant, est le ta­bleau qu’elle des­sine de l’Amé­rique blanche : un dé­clin dé­mo­gra­phique qui s’ac­com­pagne d’un dé­clin pro­fes­sion­nel, so­cial, sa­ni­taire, et même sexuel. Un vé­ri­table dé­sastre : « Par­mi les pays riches, les É.-U. ont le taux de mor­ta­li­té in­fan­tile le plus haut et l’es­pé­rance de vie la plus basse. (…) Un en­fant sur cinq a faim et quatre sur cinq sont mal nour­ris (sans ou­blier la dépendance mé­di­cale aux opia­cés) (…). Le ni­veau de tes­to­sté­rone a chu­té dans les pays de l’Ouest et sur­tout chez les hommes blancs de la classe ou­vrière et de la classe moyenne. (…) Les chances des en­fants de la classe moyenne de faire mieux que leurs pa­rents ont chu­té de 90 à 50 %, mais les re­ve­nus des Amé­ri­cains les plus riches ont plus que tri­plé. » Entre 1999 et 2014, aug­men­ta­tion de 43 % des sui­cides chez les hommes blancs et 10 % des hommes blancs de 25 à 54 ans n’ont plus de tra­vail.

Chiffres en ra­fale qui s’ex­pliquent par une double po­li­tique née dans les an­nées 1960 : d’une part, une ou­ver­ture mas­sive à l’im­mi­gra­tion ve­nue du monde en­tier, alors qu’elle était li­mi­tée, jus­qu’en 1965, à ceux ve­nus d’Eu­rope ; une mise en œuvre des mé­thodes de dis­cri­mi­na­tion po­si­tive en fa­veur des Noirs, puis des femmes, qui s’est trans­for­mée au fil des an­nées en une po­li­tique de dis­cri­mi­na­tion pure et simple des hommes blancs, même très qua­li­fiés, au pro­fit des femmes, sur­tout si elles ap­par­tiennent à une mi­no­ri­té eth­nique.


Cette double pression conduit la majorité blanche à devenir minoritaire dans son propre pays et les hommes blancs hétérosexuels à devenir des citoyens de troisième catégorie au pays de John Wayne.

On aura compris que les progressistes auront ramené l’Amérique à la guerre des sexes, et à la guerre des races, et à la guerre des classes. On aura compris que le vote Trump aura été le dernier cri de ces « hommes blancs des classes populaires » (et souvent de leurs femmes) qui refusent de mourir. On aura compris que notre journaliste non seulement comprend, mais approuve ce sursaut vital. On aura compris que cette course de vitesse contre le temps et la mort de l’Amérique blanche donne au mandat de Trump une couleur tragique, bien loin des insultes dont il est abreuvé et des clowneries dont il est coutumier.

Les bobos américains
de Laurence Simon
paru le 1 juillet 2019
aux éditions Balland
à Paris,
540 pagesISBN-13 : 978-2940556274
Présentation de l’éditeur

Les Français n’ont pas le monopole du Bobo, ni du Coco. Bobos Sans Frontières est une organisation à but lucratif qui a traversé l’Atlantique depuis longtemps. Ses membres américains sont honteux d’être américains et veulent désespérément ressembler aux français (du 6e arrondissement de Paris, ou de l’Ile de Ré.) Ils ont donc décidé d’entrer en résistance. Il n’y a pas de décalage horaire entre les bobos français et les U.S. bobos qui louent le système socialiste. Les résistants français se battaient contre les troupes allemandes au péril de leurs vies. Foin de ce détail pour les bobos américains qui jouissent, dans une démocratie certes imparfaite, du droit d’expression le plus libre au monde. Les élites gauchistes formées à Yale et Harvard, à force de blâmer les péquenots et de défendre des minorités radicalisées ont poussé la frange modérée des États-Unis à refuser de voter pour Hillary Clinton en 2016. L’élection de 2020 ne se présente pas beaucoup mieux pour les bobos, surtout avec une économie qui repart et des « affaires » qui se dégonflent.

Biographie de l’auteur

Laurence Simon a parcouru de nombreux pays comme grande reporter de 1986 à 2001 (Turquie, Irak, Afghanistan, Chine, Inde, Soudan, Allemagne de l’Est où elle couvre la chute du Mur de Berlin en direct, Afrique du Sud où elle couvre la libération puis l’élection de Nelson Mandela, Serbie, Kosovo, Liban, Israël, Somalie, Kenya, URSSS et Russie...) avant d’être nommée en poste à Washington pour Radio-France et de devenir correspondante à la Maison-Blanche. Laurence a été accréditée Défense pendant de nombreuses années et elle a vécu l’expérience du combat. Elle a étudié à l’IHEDN (Institut des Hautes Études de la Défense Nationale.) Journaliste franco-américaine, elle vit aux États-Unis depuis 2000. Elle a aussi un Master en addictologie.



mardi 30 juin 2020

États-Unis — La Cour suprême rend l'enseignement scolaire religieux admissible à l'aide publique


Plus tôt ce mardi 30 juin, la Cour suprême des États-Unis a statué qu’un État ne pouvait pas exclure les écoles religieuses du financement mis à la disposition d’autres écoles privées. Ce faisant, la Cour a limité les « amendements Blaine » passés par des États fédérés et qui ont leur origine dans la discrimination anti-catholique honteuse du XIXe siècle protestant. Ces amendements ont permis aux gouvernements locaux de discriminer contre les écoles catholiques pendant 145 ans.

C’est une énorme victoire pour tous les parents américains, souvent à faible revenu de toutes confessions et races qui cherchent des alternatives aux écoles publiques défaillantes. Un véritable choix éducatif — notamment désormais la possibilité financière de fréquenter une école catholique — est une solution qui s’offre à elles et qui pourrait résoudre bon nombre des problèmes raciaux qui déchirent notre pays aujourd’hui.

Rappelons que les écoles catholiques sont parmi les plus « diverses » sur le plan ethnique contrairement aux écoles publiques qui le plus souvent recrutent dans un bassin géographique socialement et ethniquement homogène. Il en va de même en Grande-Bretagne : Les écoles catholiques les plus ethniquement diversifiées du pays.

Mme Kendra Spinoza, demanderesse principale dans l’affaire l’opposant au Montana, devant la Cour Suprême des États-Unis.

La Cour suprême a jugé à 5 contre 4 que les États offrant des bourses aux élèves des écoles privées ne pouvaient pas en exclure ceux inscrits dans des écoles confessionnelles. La décision a été rédigée par le juge en chef John Roberts qui, pourtant, avait rejoint la position des quatre juges de gauche dans trois autres décisions importantes ce mois-ci.

Le tribunal n’a pas exigé des États qu’ils financent l’enseignement religieux, jugeant seulement que les programmes ne pouvaient pas faire la différence entre les écoles privées religieuses et laïques.

« Un État n’a pas l’obligation de subventionner l’enseignement privé. Mais, si un État décide de le faire, il ne peut pas disqualifier certaines écoles privées uniquement parce qu’elles sont confessionnelles », a déclaré Roberts.

Cette décision était attendue de longue date par les partisans du choix en éducation. Elle est vivement rejetée par les syndicats d’enseignants qui craignent qu’elle ne détourne des subventions des écoles publiques qui sont déjà en difficulté.

L’affaire a été portée devant la justice par trois mères d’élèves inscrits dans des écoles confessionnelles au Montana et qui avaient demandé des bourses d’études de 500 $ financées par un programme de crédit d’impôt de l’État. La plus haute cour de l’État du Montana avait annulé le programme, invoquant la séparation de l’Église et de l’État. En réponse, les responsables de l’État avaient mis fin à l’ensemble du programme de bourses d’études.

Les juges libéraux de la Cour suprême ont argüé que l’arrêt du programme de bourse avait mis fin à toute discrimination potentielle et que l’affaire devait donc être rejetée.

« Les pétitionnaires peuvent toujours envoyer leurs enfants dans une école confessionnelle », a déclaré la juge associée Ruth Bader Ginsburg. « Il n’ont tout simplement pas accès à des bourses d’études », d’ajouter la juge libérale radicale.

Amendements enracinés dans le sectarisme anticatholique

Mais Roberts et d’autres juges conservateurs ont déclaré que la politique d’absence d’aide avait ses racines dans des amendements constitutionnels dans 37 États, beaucoup enracinés dans le sentiment anti-catholique du XIXe siècle, qui empêchait les écoles religieuses de recevoir des fonds publics.

« L’Amendement Blaine est “né du sectarisme” et “a surgi à une époque d’hostilité généralisée à l’égard de l’Église catholique et des catholiques en général” », écrit-il. « Beaucoup d’autres États fédérés ont un historique tout aussi honteux ».

Impact sur de nombreux autres États

Les avocats de l’Institute for Justice, un groupe libertarien qui représentait Mme Espinoza, a déclaré que l’impact immédiat se fera sentir dans plusieurs États, notamment le Maine, le Vermont, le Missouri, l’Idaho et le Dakota du Sud.

Des groupes conservateurs avaient inondé la haute Cour d’arguments en faveur de Mme Espinoza et de la cause de ses homologues au Montana. Ayant longtemps cherché un soutien législatif pour les programmes de bons scolaires et de crédits d’impôt, ils ont considéré que l’affaire devait désormais être présentée en justice.

« Le poids de cette décision fondamentale est immense, car il s’agit d’une extraordinaire victoire pour la réussite des élèves, le pouvoir de décision des parents, l’égalité des chances en matière d’éducation et le respect du premier amendement », a déclaré Jeanne Allen, fondatrice du Center for Education Reform.

« Soyons clairs sur ce qui vient de se passer : la Cour suprême a décidé que les contribuables athées sont désormais tenus de financer les écoles religieuses », a déclaré Robyn Blumner, président du Center for Inquiry. « Les membres de confessions non chrétiennes sont désormais tenus de financer l’éducation chrétienne. »

Voir aussi

Cour suprême des États-Unis : l’État ne peut discriminer contre les écoles religieuses (2017, Trinity Lutheral Church c. Comer, directeur du ministère des Ressources naturelles du Missouri)




dimanche 28 juin 2020

Royaume-Uni : projet d'une université noire gratuite et « décolonisée »

Une doctorante qui voulait transformer l’université de l’intérieur et avoir un programme décolonisé a entrepris la création d’un établissement d’un nouveau genre en lançant une campagne participative.

Elle s’appelle Melz Owusu (ci-contre) et compte bien être la première à lancer une université noire, gratuite et décolonisée au Royaume-Uni. Une histoire racontée par le Guardian à propos de cette doctorante de l’université de Leeds qui entreprenait à la base de « révolutionner » l’université. Mais très vite, dit-elle, impossible de réaliser ce projet « avec les structures actuelles ». Pour elle, « les universités sont construites sur la colonisation, l’argent et les bâtiments, l’architecture, tout est colonial », pense-t-elle.

Afin de « redistribuer les connaissances », elle compte bien créer un programme d’études décolonisé au cœur de l’université en lançant une campagne participative (GoFundMe) qui a déjà réuni plus de 75 000 livres (81 000 euros, 127 000 dollars canadiens). Elle aurait reçu le soutien de l’Union des universités et collèges ainsi que l’Union nationale des étudiants. À terme, elle veut récolter plus de 250 000 livres. L’un des objectifs de l’université est de servir les étudiants de la communauté dans son ensemble.

Objectif : des dons annuels des autres universités

Un objectif clé est de persuader les universités de « redistribuer » l’argent en faisant des dons annuels à l’université noire. La Free Black University profitera à ses étudiants et à la communauté dans son ensemble, dit Osuwu. Des campagnes dans ce sens par des étudiants activistes ont déjà commencé aux universités de Manchester, Manchester Metropolitan, Leeds, Exeter et UCL.

Owusu considère ces dons annuels non seulement comme un moyen pour les établissements de tenir leurs promesses envers les étudiants noirs actuels, mais comme des dédommagements pour le rôle que ces universités ont joué dans la propagation du racisme et de l’eugénisme et de dons issus de mécènes négriers.

« De nombreuses universités que nous avons vues avec Black Lives Matter ont publié des déclarations selon lesquelles “nous soutenons la vie des Noirs”, mais nous entendons tout le temps des témoignages d’étudiants noirs qui, traumatisés, quittent l’université », explique Owusu. « Ils échouent. Ils subissent le racisme tout le temps et l’université ne traite pas nécessairement cela de la meilleure façon, ou ne s’en occupe pas du tout. »

L’idée d’une université libre était en préparation depuis un certain temps, mais l’intérêt croissant et récent pour Black Lives Matter, après la mort de George Floyd, l’a précipitée, dit Osuwu. « Il semble qu’il y ait une prise de conscience collective croissante de la profondeur du racisme enraciné dans notre société et du peu de mesures prises pour le remettre fondamentalement en cause. »

« Nous avons décidé de lancer notre projet maintenant parce que, premièrement, il était prêt à être lancé et, deuxièmement, le regard du monde est tourné vers la façon de rendre la vie des Noirs importante, et l’une des façons dont je pense que cela se produira sera grâce à la transformation en éducation. »

Une petite équipe de doctorants, de jeunes diplômés et d’
étudiants militants prépare le projet dans le but de mettre en place une structure juridique avant octobre. Le projet est d’offrir des conférences en ligne en accès libre explorant des sujets radicaux et transformationnels, de construire une bibliothèque en ligne d’ouvrages et articles radicaux, de mettre sur pied un journal et des émissions en ligne, de fournir un espace pour les membres aux universitaires noirs qui ont besoin de soutien et de tenir une conférence annuelle réunissant des penseurs Noirs radicaux.

Le programme sera centré sur des approches sociologiques, historiques et philosophiques de la libération des Noirs, mais pourrait évoluer vers des domaines plus scientifiques et créatifs. Finalement, une demande d’
habilitation à décerner de diplômes pourrait être une option, tant que les personnes concernées estiment qu’il est possible de le faire sans devenir « institutionnalisées ».

Un élément important du projet sera un espace de communauté et de soins pour les étudiants noirs, en les mettant en contact avec des thérapeutes noirs, des conseillers et des guérisseurs communautaires pour offrir une gamme de soutien. Selon le Guardian, les membres des communautés noires et des minorités ethniques seraient plus à risque de développer des problèmes de santé mentale, certaines recherches suggérant que le racisme peut augmenter les risques de développer une dépression.

À plus long terme, avec suffisamment d’argent, l’objectif est d’avoir de locaux physiques comprenant des salles d’enseignement, une librairie, un restaurant et des « zones de guérison » dans l’un des quartiers les plus « métissés » de Londres, comme Brixton ou Lewisham.

Bien que d’autres races pourront bénéficier des ressources en libre accès fournies, l’objectif principal du projet sera la communauté noire, pour compenser le fait, dit Owusu, que « les étudiants noirs et la communauté noire en général n’ont pas été en mesure d’accéder aux espaces actuels qui se trouvent dans le milieu universitaire
de manière équitable, cohérente et sûre ». Pour le Guardian, journal de la gauche, progressiste, il existerait de nombreuses preuves à l’appui de ces thèses selon lesquelles le racisme explique les mauvais résultats des élèves noirs. Les chiffres publiés l’année dernière par le Bureau des étudiants ont montré que les étudiants blancs étaient beaucoup plus susceptibles d’obtenir des diplômes avec mentions très bien ou bien que les étudiants noirs, l’écart entre les deux groupes étant d’au moins 20 % dans près de la moitié des universités en Angleterre. Plus tôt ce mois-ci, les demandes d’accès à l’information ont révélé que seul un cinquième des universités britanniques s’étaient engagé « à décoloniser » leur programme d’études et qu’à peine 1 % des professeurs des universités britanniques étaient noirs.

samedi 27 juin 2020

Briser le code Film de propagande ? Il est donc « présenté » dans les écoles et les universités

Selon Mathieu Bock-Côté, le film Briser le code est un film de propagande d'une nullité assez navrante. Il devait donc être  « offert » aux élèves des écoles québécoises afin d'encourager le « dialogue » entre élèves et « conscientiser » les jeunes ?






Début de l'article :

Briser le code est un documentaire animé par Fabrice Vil qui a été présenté sur les ondes de Télé-Québec à la fin janvier. Il visait à faire prendre conscience à la population québécoise qu’il existe encore aujourd’hui, au Québec, un « code » à suivre, c’est-à-dire « l'ensemble des attitudes et des comportements que les personnes racisées et les personnes autochtones doivent adopter pour se fondre dans la majorité québécoise sans déranger ». Tout au long du documentaire, on présente ainsi des témoignages d’individus provenant de différentes communautés ethnoculturelles et qui évoquent l’intégration des immigrants, l’existence des enfants d’immigrants et celle des autochtones au Québec.

Ce documentaire a été encensé par différents médias, il est même présenté dans les écoles et les universités. L’intention derrière le commentaire qui suit est de nuancer ces éloges et de mettre en question les idées défendues dans Briser le code.

Choix des intervenants

La première critique que je formulerai à propos de ce documentaire concerne le choix des intervenants. Vil a minutieusement choisi des individus qui témoigneraient dans le seul sens de son propos : tous sont mécontents par rapport à la situation de l’immigration au Québec, tous considèrent avoir subi de la discrimination, du racisme et des « micro-agressions ». Aucun de ces participants ne mentionne que son intégration s’est bien passée. Jamais on ne relève la moindre anecdote qui témoignerait de l’ouverture d’esprit de certains Québécois. Bien sûr, ces intervenants ont droit à leur opinion tout comme Vil a le droit de les avoir choisis, mais on se doit de soulever l’absence de nuances dans le propos d’un documentaire qui apparaît d’emblée comme très orienté.

Fabrice Vil est un chroniqueur connu pour un cheval de bataille en particulier : la représentativité. Selon lui, les minorités ne seraient pas représentées équitablement dans les médias et dans les postes de pouvoirs au Québec. Mais, ironiquement, dans son documentaire, Vil ne montre lui-même que la vision d’une frange de la « communauté » immigrante et ne représente jamais avec toutes les nuances possibles le parcours des immigrants en général, y compris en mettant de l’avant le témoignage de ceux qui seraient en désaccord avec lui. Venant d’un dévot de la représentativité qui n’hésite pas à sermonner tous ceux qu’il rencontre sur son passage, on ne peut s’empêcher de penser que Vil est coupable ici de tartufferie.

Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part

Au sommet d’une colline, devant un musée d’art situé dans le plus grand parc de la ville de Saint-Louis aux États-Unis, se trouve la statue du roi Saint-Louis, nommée l'Apothéose de Saint-Louis.

Érigée il y a 116 ans dans le parc de Forest, c’est l’un des monuments les plus connus de la ville.

Beaucoup de personnes d’« extraction subsaharienne » dans la foule, c’est assez ironique quand on se rappelle le sort réservé aux esclaves noirs par les Barbaresques et le fait que le commerce de l’esclavage était proscrit en France...

Ainsi, au viie siècle, la reine des Francs, Bathilde, elle-même ancienne esclave et par la suite canonisée, aurait, selon la tradition, jugulé l’esclavage dans les royaumes francs en interdisant le commerce sur ses terres.

Visiblement ces militants d’extrême gauche sont d’accord avec le manuel d’histoire approuvé par le Monopole de l’Éducation du Québec.

Plusieurs militants racisés ont hué et physiquement intimidés les citoyens qui désirent que la statue de Saint-Louis demeure en place.










En cette année du 750e anniversaire de la mort du typhus de Saint-Louis à Carthage en 1270.

En passant, Saint-Louis, toujours ouvert sur le monde, aurait importé la rouelle (signe distinctif des juifs) des pays musulmans. Preuve en est qu’« avant le XIIIe siècle, il n’existe aucune altérité dans la représentation des individus de confession juive. »
[Gilbert Dahan, « Quelques réflexions sur l’antijudaïsme chrétien au Moyen Âge », Histoire, économie et société, no 3,‎ 1983, p. 355-366]

Cette marque fut sans doute réalisée à l’imitation des califes musulmans, pour lesquels les dhimmis devaient porter un signe distinctif souhaitable, mais non obligatoire, bleu pour les chrétiens et jaune pour les juifs.
[Suzanne Citron, Le Mythe national. L’histoire de France revisitée, éditions de l’Atelier, L’Atelier de poche, rééd. 2017, p. 249.] En 888, le cadi Ahmed ben Tâlib oblige les dhimmis de Kairouan à porter sur l’épaule un morceau d’étoffe de couleur blanche portant l’image d’un singe pour les juifs et celle d’un porc pour les chrétiens ; ils sont tenus d’accrocher les mêmes images sur leurs portes. [Louis Massignon, Revue des études islamiques, Volume 9. P. Geuthner, 1935, p. 142.]

Ce manuel approuvé par le Ministre ne rappelle pas ce que Saint-Louis doit aux musulmans dans ce domaine, mais insiste sur la similitude de cette mesure discriminatoire avec celle adoptée par les nazis, alors que l’islam est présenté comme tolérant.



Photo du site des
Éditions Chenelière
La volonté de faire coexister la riche courtepointe ethnique et religieuse que la politique migratoire du Québec met en place est à la base de l’imposition du cours d’éthique et de culture religieuse. Il fallait un programme qui puisse être enseigné à tous et qui rapprocherait toutes les communautés, quitte à simplifier à outrance les religions, les discréditer même pour les rassembler dans l’indifférenciation dans un esprit qu’on nommera par gentillesse irénique. C’est le cours tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil selon certains auteurs.

Il en va un peu de même avec un manuel d’histoire récent qui se penche sur l’histoire de la chrétienté et du monde arabo-musulman. L’éditeur est réputé (Chenelière) et le manuel est de bonne facture technique. Mais là c’est pire : critiques (pas toujours imméritées) d’un côté, le côté de la chrétienté et, de l’autre côté, bienveillance constante pour le monde arabo-musulman. Il ne faudrait pas que les Québécois de souche conçoivent leur civilisation avec trop de vanité et que les immigrants soient perçus comme issus d’une culture inférieure ?

On peut donc se demander si ce n’est pas, en quelque sorte, pour rabaisser un peu le caquet culturel des Québécois de souche et promouvoir l’estime des récents et nombreux immigrants du monde musulman que le manuel d’histoire D’hier à demain des éditions de la Chenelière ne critique jamais l’islam médiéval, il l’encense plutôt, et qu’il laisse l’intolérance et l’ignorance au christianisme et à la chrétienté médiévale. Au détriment de l’objectivité, de l’équilibre et de la justesse, malheureusement.

Saint-Louis, précurseur de Hitler ?

Dans ce manuel approuvé par le BAMD du Monopole de l’Éducation, on trouve ainsi la question très subtile suivante :


D’Hier à demain, manuel A, 1er cycle du secondaire (12-13 ans), édition Chenelière, p.  204

Aucune question similaire sur les autres civilisations (musulmanes et chinoises notamment) où les ethnies portaient pourtant aussi des costumes ou des signes qui les différenciaient. L’imposition d’un signe distinctif pour les juifs (et les chrétiens) était généralisée dans le monde musulman. Mais aucune mention, ni bien sûr de critique dans le manuel sur ce sujet. Il n’en dit rien, seul Louis IX et son ordonnance sont comparés à un funeste « moment au cours du XXe siècle »....

Pour se convaincre que les juifs devaient se vêtir différemment sous l’islam, voici une fatwa (parmi de nombreuses autres) qui impose des signes distinctifs aux dhimmis (les tributaires) :
« Un juif s’habille comme les musulmans et abandonne la mise qui le distingue d’eux.

Réponse [du savant musulman]. Il sera mis en prison, battu et promené ignominieusement dans les lieux habités par les juifs et les chrétiens pour l’exemple. Ibn Abî Tâlib a prescrit à l’un des cadis parmi ses subordonnés d’obliger juifs et chrétiens à porter leurs ceintures largement déployées sur leur robe pour qu’on les distingue bien, et si l’un d’eux monte à cheval, de l’en empêcher, de lui infliger vingt coups de fouet à nu, puis de le jeter en prison, et en cas de récidive de le battre durement et de l’incarcérer longuement.  »

(p. 111 de Histoire et société en Occident musulman au Moyen Âge de Vincent Lagardère)

Ce que rappelle, dans la deuxième moitié du XVe siècle, le voyageur flamand Anselme Adorne, cité par Paul Sebag :
« témoigne que les juifs de Tunis sont astreints à un “lourd tribut” dans lequel il faut voir sans doute jezya [capitation] du droit musulman, et qu’ils font toujours l’objet de discriminations vestimentaires. Ils doivent alors arborer une pièce d’étoffe jaune, à la tête ou au cou, faute de quoi, ils ne manqueraient pas de se faire lapider. »

(p. 122, Tunis : Histoire d’une ville de Paul Sebag)
Extension maximale de l’empire almohade (entre 1195 et 1212)

Australie — La bulle des étudiants étrangers a éclaté

L’arrêt brutal des voyages internationaux est encore plus douloureux pour les universités australiennes que pour leurs homologues d’autres pays anglophones, car elles s’appuient davantage sur les revenus des étudiants étrangers. En effet, plus de 440 000 étudiants étrangers étaient inscrits dans des établissements australiens d’enseignement supérieur en 2019. Au dernier décompte, ils occupaient environ 30 % de toutes les places. Près de 40 % d’entre eux venaient d’un seul pays, la Chine.

Ville fantôme : le campus de l’Université de Sydney presque désert

L’inscription des étudiants étrangers est très lucrative. Un avantage de l’anglais imposé comme langue sur la scène mondiale. En 2018, ces inscriptions ont produit près de 9 milliards de dollars australiens (quasiment la même somme en dollars canadiens, 5,8 milliards de dollars américains) de revenus, soit un peu plus du quart de tous les financements universitaires, et bien plus par étudiant que les homologues locaux ne contribuent en frais d’inscription et en subventions gouvernementales attribués par étudiant local inscrit.

Cet essor a fait de l’éducation la quatrième exportation d’Australie, derrière le charbon, le minerai de fer et le gaz naturel. Il a financé des centres de recherche de classe mondiale, de nouvelles installations d’apprentissage rutilantes et de vastes collections d’art. L’enveloppe salariale des vice-recteurs a gonflé (dans les grandes universités, elle s'élève à bien plus de 1 million de dollars australiens). Comme l’explique un universitaire de l’Université de La Trobe1, les campus ont grossi pour rivaliser de taille avec  « les plus imposants établissements en Inde et en Chine ».

Pendant des années, cela a fait l’objet d’un débat politique houleux. Les universités disent qu’elles ont été forcées de courtiser des étudiants étrangers parce que le gouvernement ne leur donne pas assez d’argent pour couvrir leurs frais croissants. Michael Spence, le vice-recteur de l’Université de Sydney, a déclaré : « L’éducation des étudiants locaux n’atteint pas le seuil de rentabilité. » Si l’Australie « dépend davantage des frais de scolarité que des systèmes comparables dans le monde », soutient-il, « c’est une conséquence des décisions que les gouvernements successifs ont prises. »

Certains membres du gouvernement de coalition conservatrice actuelle rétorquent que les universités ont provoqué la crise. Ils « misent beaucoup trop sur l'argent des étudiants internationaux » et « sont devenus surexposés », a récemment déclaré James Paterson, un sénateur. Les vice-recteurs ont « privatisé les bénéfices » des étudiants étrangers, « en se construisant des Taj Mahal », se plaint un commentateur conservateur. Mêmes certains employés des universités critiquent cette approche de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. « Ce n’était pas une combine à la Ponzi », explique un universitaire de La Trobe, « mais ce n’en était pas loin ».

Maintenant, soutient Salvatore Babones du Center for Independent Studies, un groupe de réflexion, « l’heure de vérité a sonné ». L’année universitaire australienne commence en janvier, au moment où la Covid-19 est apparue pour la première fois en Chine. Une interdiction de vol a cloué en Chine une armée d’étudiants alors qu’elle aurait dû s’enrôler en Australie. Certains étrangers sont parvenus à se faufiler en Australie en passant par des pays tiers, mais l’Australie a depuis fermé ses frontières aux non-citoyens, et elle ne devrait pas les rouvrir avant la fin de l’année.

Universities Australia, qui représente l’industrie universitaire, ne sait pas exactement combien d’étudiants étrangers elle a perdus. L’Université de Sydney a raté son objectif d’inscriptions pour 2020 de 17 %, selon M. Spence, et fait maintenant face à un déficit de 470 millions de dollars australiens. Dans l’ensemble de l’industrie, les revenus pourraient chuter de 3 à 4,6 milliards de dollars australiens, selon Universities Australia, mettant en péril 21 000 emplois, dont beaucoup dans la recherche. Les étudiants qui ne s’inscrivent pas cette année ne n’inscriront probablement pas en 2021 ni les années suivantes, tout rebond rapide semble impossible. Peter Hurley du Mitchell Institute de l’Université Victoria, un autre groupe de réflexion, estime que l’industrie universitaire pourrait perdre 19 milliards de dollars australiens au cours des trois prochaines années. Les projets de construction et l’embauche de personnel occasionnel ont déjà été supprimés.

Le gouvernement n’est pour l’instant pas disposé à aider. Il dit qu’il financera toujours les places des étudiants locaux. Mais il a exclu les universités de son programme de subvention salariale de 60 milliards de dollars australiens, Job-Keeper. Dan Tehan, le ministre de l’Éducation, a appelé à « se concentrer davantage sur les étudiants nationaux ».

Peu pensent que les universités feront faillite. Les petites institutions régionales sont les plus menacées, mais comme elles sont une source importante d’emplois, les gouvernements des États fédérés et du fédéral pourraient être persuadés de les soutenir. Elles devront cependant passer par une cure d’amaigrissement pour survivre. Les universités seront « plus petites en termes de personnel et de revenus », déclare John Dewar, vice-chancelier de La Trobe.

Il pourrait y avoir « un changement massif dans les types de cours qu’elles proposent », prédit M. Hurley. Cela semble être exactement ce que le gouvernement conservateur désire.

Les universités en crise n’ont pas suscité la sympathie de la population, quand, en l’absence de tout débat public, de nombreuses universités à travers l’Australie ont tranquillement décidé que les étudiants resteraient enfermés dans leurs chambres pour le reste de l’année.

Alors que le reste de la population australienne s’est rapidement adaptée à la vie où une plus grande distanciation sociale s’impose — travailler, manger, faire de l’exercice et voyager selon les directives COVID-19 — la plupart des universités ont décidé qu’il était trop difficile de reprendre l’enseignement « présentiel » (en personne, face à face) pour la majorité de leurs étudiants.

Elles ont choisi la solution la plus facile et la moins chère en disant à leurs étudiants et à leurs enseignants que la plupart des cours se donneront uniquement en ligne toute l’année (c'est-à-dire jusqu’à décembre 2020), argüant que leur priorité est de protéger leur santé.

L’Université de Technologie de Sydney est à cet égard assez typique. Même si les écoles, les centres commerciaux, les gymnases, les pubs, les clubs, les théâtres et même les rencontres sportives réunissant 10 000 spectateurs sont à nouveau permis, il est impossible à la « jeune université la mieux classée d’Australie » d’organiser des tutoriels avec distanciation sociale pour une trentaine d’étudiants alors que le second semestre de l’année comme sous peu.

L’université est déterminée à garder la plupart des salles de classe fermées pour le reste de l’année, même si la salle de sport privée du campus UTS a rouvert cette semaine, accueillant 100 étudiants en sueur à la fois.

Mis à part une poignée de cours présentiels dans des matières où l’enseignement en ligne est trop difficile, l’UTS a déclaré à ses 43 000 étudiants que « l’apprentissage en ligne demeurera pour toutes les autres activités d’apprentissage... jusqu’à ce que la distanciation sociale le permette ».

Vu que la Première ministre de la Nouvelle-Galles-du-Sud, Gladys Berejiklian, a déclaré que les règles de distanciation sociale resterait en place jusqu’à ce qu’un vaccin contre la Covid-19 soit disponible, l’avenir des étudiants de l’UTS et ceux de la plupart des autres universités à travers l’Australie risque d'être très solitaire.

Incapables de se rencontrer et de travailler face à face avec leurs pairs, ils se voient refuser les avantages sociaux, éducatifs et intellectuels d’une éducation universitaire complète à laquelle l’expérience du campus est essentielle. Comment encore justifier les frais d’inscription et les salaires mirobolants de certains universitaires dans ces conditions ?




[1] Ainsi nommé en l’honneur de Charles La Trobe, premier gouverneur de l’État de Victoria, est le descendant d’une famille de huguenots français établis en Angleterre après la révocation de l’Édit de Nantes. La devise de l’université est en français : « Qui cherche trouve ».


Les ultras du racialisme

La chronique de Mathieu Bock-Côté parue dans le Figaro de ce 27 juin 2020.

Il est d’usage, chez les analystes médiatiques qui se veulent modérés, de relativiser l’importance de la mouvance indigéniste en répétant qu’elle n’est pas vraiment représentative de la population immigrée habitant les quartiers que l’on dit poliment « sensibles ». Ils ajoutent généralement que celle-ci rêve seulement de s’intégrer, pour peu que la société française lui offre les opportunités le permettant. La France pourrait encore miser sur l’assimilation tranquille des immigrés au modèle républicain à condition que ce dernier tienne ses promesses. On aura compris le message : elle serait la première responsable de l’échec de l’assimilation, et n’aurait qu’elle à blâmer.

Le moins qu’on puisse dire est que la doxa ne convainc que ceux qui la professent – et ceux qui ont intérêt à y croire. Surtout, elle ne situe pas son analyse au bon niveau. Il est peu probable, en effet, que les indigénistes soient les fidèles représentants de l’homme ordinaire des banlieues. Mais qui se contente de dire cela ne dit pas grand-chose et laisse de côté la question pourtant centrale des minorités idéologiques radicales dans l’histoire, surtout lorsque celle-ci s’accélère et entre dans une dynamique de crise, ou plus encore dans une dynamique révolutionnaire. Dès lors, le commun des mortels, qui préfère l’évolution tranquille aux élans anarchiques, est laissé de côté. Il est emporté par les événements. Sa résistance passive devient impuissante devant les bandes qui entendent exercer une nouvelle souveraineté.

Comparaison n’est pas raison, certes, mais l’histoire nous éclaire. On l’a souvent rappelé, en 1917, les bolcheviques de Lénine n’étaient pas majoritaires [malgré leur nom de bolcheviques qui signifie... majoritaire], et ne représentaient certainement pas les préférences majoritaires des ouvriers et paysans russes – Lénine lui-même en était conscient au point d’avoir théorisé le rôle du parti dans l’avènement forcé de la conscience révolutionnaire. Ils étaient toutefois les plus résolus, les plus décidés, les plus radicaux. Ils voulaient faire tomber le régime et ne doutaient pas un instant de leur légitimité et de la monstruosité de leurs ennemis. Le fanatisme vaccine contre le doute et traduit les plus grands crimes en actes vertueux.

Certes, nous ne sommes pas en 1917, et dire le contraire serait de la mauvaise sociologie. Mais nous avons pour de bon quitté l’époque de la démocratie apaisée, où les coalitions modérées s’échangeaient le pouvoir sans jamais s’affronter sur l’essentiel. Les minorités agissantes sont de retour. Des manifestations en soutien à Adama Traoré aux manifestations de clandestins qui défilent impunément à Paris sans jamais craindre leur expulsion, en passant par l’explosion de Dijon et les incivilités au quotidien qui visent autant les policiers que le quidam qui a la mauvaise idée de s’aventurer dans le mauvais RER, on constate une dégradation de la vie civique qui rend la situation de moins en moins tenable.

C’est de ce point de vue qu’il faut aborder les récentes manifestations indigénistes, et celles qui viendront. Elles entendent idéologiser la situation des « quartiers » en créant une conscience raciale révolutionnaire. En défilant à Paris, elles voulaient faire une démonstration de force, en multipliant d’ailleurs les provocations à l’endroit d’un pouvoir tremblant idéologiquement intimidé et physiquement apeuré et qui pour donner des gages aux indigénistes, en rajoute dans la comédie antifasciste et assimile au racisme toute opposition affirmée à cette offensive animée par l’esprit de conquête. Le patriote désespéré doit se taire pendant que le racialiste peut braire.

À travers le racialisme, les indigénistes essayent de structurer l’espace politique dans une perspective décoloniale devant aboutir à la soumission de la France en lui imposant une représentation d’elle-même absolument étrangère à son histoire. C’est une prise de possession symbolique. Qui s’y oppose, naturellement, est suspecté de dérive xénophobe et de tentation réactionnaire. Les défenseurs de l’universalisme sont accusés de défendre le « suprémacisme blanc » alors que l’indigénisme racialiste est présenté par ses compagnons de route complaisants comme le véritable vecteur de l’esprit républicain.

L’indigénisme entend aujourd’hui convaincre les immigrés et leurs descendants qu’ils sont persécutés et qu’ils doivent moins s’assimiler que se soulever. Il souhaite radicaliser les tensions identitaires en créant une situation qui serait irréversible. Il installe au coeur de la vie publique le fantasme mauvais de la France raciste. Les concessions à cette mouvance croyant désormais que le coup de force est possible, loin de la ralentir, ne feront que la légitimer. Si la démocratie française doit se défendre, c’est contre cette mouvance maquillant dans une rhétorique victimaire le désir de soumettre la nation.