mardi 5 décembre 2017

Lecture des élèves à 10 ans, bons résultats du Québec, pour les rares participants

Selon une étude comparative de 50 pays publiée mardi, la capacité de lecture des enfants âgés de 9 à 10 ans a diminué aux États-Unis, au Canada, en France et dans plusieurs autres pays développés.

Dix pays ont enregistré des résultats inférieurs à ceux d’il y a cinq ans dans l’évaluation PIRLS (Programme de recherche en lecture scolaire) des élèves en quatrième année de scolarité, à savoir la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l’Iran, Israël, Malte, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Dix-huit pays, y compris l’Angleterre, la Russie et le Qatar ont apporté des améliorations.

Les notes moyennes en lecture sont présentées sur l’échelle du PIRLS qui s’étend de 0 à 1000. La moyenne internationale est établie à 500, avec un écart-type de 100. Cette moyenne a été établie en 2001. Ce repère demeure le même d’une année à l’autre.

La Russie et Singapour sont respectivement en tête avec 581 et 576 points dans l’étude portant sur la capacité de compréhension de l’écrit par 319 000 enfants. La région moscovite a également participé à l’épreuve à titre autonome, comme le Québec le fait au sein du Canada. Les jeunes élèves de Moscou ont obtenu les meilleurs résultats de toutes les entités participantes.

Les élèves de 4e année du Canada affichent en lecture un score de 543 points, nettement supérieur à la médiane internationale de 500. Il s’agit toutefois d’une baisse de 5 points par rapport à 2011, une différence statistiquement significative. Le résultat des élèves du Québec sont en hausse passant de 538 à 547. L’ennui c’est que le Québec n’a pas satisfait les critères de participation (voir ci-dessous) ce qui tend à rendre ces résultats suspects.

L’Égypte a obtenu 330 points, tandis que l’Afrique du Sud a terminé au dernier rang avec 320 points.

Les filles ont surpassé les garçons dans 48 pays, avec une différence moyenne de 19 points, et ont obtenu le même résultat dans deux pays : le Portugal et Macao.

L’aptitude à la compréhension de l’écrit des garçons était particulièrement en retard sur celles des filles dans les pays à majorité musulmane tels que l’Arabie Saoudite, Oman et l’Iran, mais l’écart était également important dans l’Afrique du Sud laïque.

L’enquête PIRLS réalisée par l’IEA, un organisme sans but lucratif situé aux Pays-Bas, est la quatrième du genre depuis 2001.

Il contient des informations comparatives sur le temps et les ressources consacrés à l’enseignement de la lecture, mais ne tire pas de conclusions ou ne fait pas de suggestions sur la façon dont les pays pourraient s’améliorer.

Parmi les résultats de l’étude :

  •  Le niveau de lecture chez les élèves français de quatrième année — qui ont obtenu 511 points dans l’étude 2016 pour prendre la 34e place sur 50, derrière le Kazakhstan — diminue régulièrement depuis la première étude PIRLS en 2001.
  • Les capacités de lecture des jeunes francophones de Belgique ont régressé au cours des cinq dernières années, plaçant la Fédération Wallonie-Bruxelles en dernière place de l’Union européenne et des pays développés, selon les résultats du Programme international d’évaluation des compétences en lecture (PIRLS 2016).
  • Le Maroc a obtenu une note de 358, se plaçant ainsi à l’antépénultième place dans le classement.
  • En Afrique du Sud, qui était le seul pays subsaharien à participer, les filles ont gagné six points entre 2011 et 2016, alors que les garçons ont perdu 12 points.
  • En Iran, les niveaux de lecture entre les deux sexes ont fortement augmenté entre 2006 et 2011 pour chuter au cours des cinq dernières années. La note moyenne des garçons a chuté de 41 points entre 2011 et 2016, comparativement à 15 points pour les filles.
  • Aux États-Unis, 98 % des étudiants avaient accès à une bibliothèque scolaire alors que seuls 14 % des élèves de 4e année en Égypte y avaient accès.

(Le chiffre entre parenthèses est l’erreur type)

Les résultats du Québec et le faible taux de participation de ses écoles

Année Québec
Résultat
Québec
Résultats selon le sexe
Canada Résultat Québec Rang parmi les pays participants
Filles Garçons 
2001 537 544 530 S/O 11e rang sur 35 pays participants
2006 533 539 527 S/O 18e rang sur 40 pays participants
2011 538 544 531 548 20e rang sur 45 pays participants
2016 547543  20e rang sur 59 participants

Les élèves québécois ont donc obtenu un résultat légèrement plus élevé en 2016 qu’aux enquêtes précédentes et se classent au 20e rang parmi les 59 participants.

Les bons résultats du Québec sont, toutefois, grevés de faiblesses dans l’échantillonnage et d’une très faible participation des écoles : seules 36 % des écoles choisies au hasard ont participé à l’enquête, ce taux monte après le remplacement (aléatoire) de ces écoles dont le directeur refusait de participer à l’enquête PIRLS. Ce faible taux de participation aux enquêtes internationales n’est pas neuf au Québec. C’est ainsi que le taux de participation au Québec a toujours été inférieur aux critères à l’enquête PISA (qui avoisine autour de 85 % de participation) : 74 % en 2006, 69 % en 2009, 75,6 % en 2012, 52 % en 2015. L’effondrement de la participation ces dernières années s’explique en partie par le boycottage du PISA par plusieurs écoles publiques. Leur absence a eu pour effet d’augmenter la proportion d’élèves du privé, qui ont gonflé les résultats avec leurs meilleures notes. Ce boycottage a été lancé par la Fédération québécoise des directeurs d’établissement pour protester contre le gouvernement Couillard dans leur bataille salariale.


Mais les directeurs d’école ne sont pas les seuls à mettre les bâtons dans les roues de ces enquêtes. Si, année après année, le taux de participation du Québec aux enquêtes internationales est si bas, c’est qu’il faut un consentement parental pour que les jeunes puissent participer. Personne ne fait ça ailleurs. Selon l’éditorialiste Alain Dubuc : « Ce sont le plus souvent les parents moins éduqués, plus méfiants du système, qui refusent que leurs enfants participent, comme pour le recensement. »

Voir aussi

Les résultats des élèves au PISA remis en question

TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux mais faible participation québécoise

PISA 2015 — Les bonnes notes du Québec remises en question pour cause de faible participation


Un Québec moins français et moins scolarisé...

Extrait d’une récente chronique de Mario Dumont 

Les chiffres de Statistique Canada sur le recul du français dans les milieux de travail ont meublé les débats politiques toute la semaine. La langue demeure un sujet explosif au Québec, surtout une semaine après la controverse Adidas. [...]

Cependant, se pourrait-il que nous ayons laissé échapper une autre statistique encore plus fondamentale diffusée le même jour ? Cette nouvelle bruyante sur la langue au travail a en effet fait oublier les données de Statistique Canada sur la scolarisation.

Les Québécois sont, encore en 2017, moins scolarisés que la moyenne canadienne. À tous les niveaux. Personnellement, je trouve ces données encore plus inquiétantes. Et je rejette l’explication boiteuse voulant que ce soit la forte proportion d’immigrants bien éduqués à Toronto qui fasse mal paraître le Québec.

Un échec

Le retard que nous constatons devrait nous atteindre droit au cœur. Le rapport Parent sur l’éducation avait établi pour le Québec un objectif de société : faire le rattrapage en matière d’éducation par rapport au reste du Canada. Bien sûr, nous partions de loin. Le Québec était au début des années 1960 une société en retard du point de vue scolarité. Un sérieux rattrapage fut réalisé.

[Mario Dumont se laisse un peu vite emporter par le mythe de la Révolution tranquille... C'est ainsi qu'en réalité, le Québec a connu une baisse relative du nombre de diplômés universitaire par rapport à l’Ontario après la prétendue Grande Noirceur !

Comme l’a montré Vincent Geloso, au chapitre de l’éducation supérieure par exemple, pour chaque tranche de 100 Ontariens qui possédaient un diplôme universitaire, seuls 71 Québécois en détenaient un en 1951. Dix ans de censée « Grande noirceur » plus tard, cette proportion était passée à 85 !

Par contre, durant ce que l’on nomme la « Révolution tranquille » (les années soixante), le Québec recommence à perdre du terrain et ce chiffre baisse à 78 en 1981. Les plus récentes données disponibles indiquent que ce taux est maintenant de 80. Un recul similaire a été observé par rapport au reste du Canada.

Alors que le Québec avait connu un déclin relatif par rapport au reste du Canada avant la Seconde Guerre mondiale, le contraire est survenu lorsque la guerre a pris fin. Les Québécois francophones ont abandonné les occupations rurales et se sont dirigés massivement vers des occupations administratives, professionnelles, et vers d’autres emplois dans le secteur des services, dont les salaires étaient semblables à ceux observés à Toronto. Même les ouvriers non spécialisés occupant des emplois dans le secteur manufacturier ont vu leurs salaires augmenter légèrement plus vite qu’à Toronto entre 1946 et 1960.

En fait, loin de connaître le déclin relatif et le retard croissant suggérés dans les livres d’histoire, le Québec a plutôt vécu un grand mouvement de rattrapage économique et social avec le reste du Canada durant cette période, en particulier en ce qui a trait à l’épargne et à l’investissement, à l’éducation et au niveau de vie en général.

Le Québec a connu un grand rattrapage scolaire bien avant 1960 !
École québécoise neuve construite pendant la prétendue Grande Noirceur. Région de Lanaudière, années 1950.

En bref, la situation relative du Québec au sein du Canada s’est améliorée à un rythme soutenu durant les deux périodes (la Grande Noirceur [1944-1960] et la Révolution tranquille [post-1960]), mais la plupart des gains en termes de résultats éducationnels et de niveau de vie ont été réalisés avant 1960, et non après. C’est le contraire de ce que des générations d’étudiants ont appris dans les cours d’histoire, et de ce que les termes « Grande Noirceur » et « Révolution tranquille » sont censés signifier.

Autre mythe sur la Réforme Parent : Ministre Proulx : « le ministère de l’Éducation créé pour s’assurer que tous aient accès à l’école »

]

Cependant, le retard historique n’explique plus rien. Les données de Statistique Canada concernent les gens en âge de travailler. Dans cette catégorie d’âge, tout le monde a pu profiter des fruits de la réforme Parent [Note du carnet : en fait du rattrapage amorcé bien avant...]. S’il reste une raison historique, ce n’est qu’une mentalité moins portée vers l’éducation au Québec, en particulier chez les francophones.

Les Québécois francophones accordent-ils à l’éducation l’importance cruciale qu’elle mérite ? Le fier Jacques Parizeau s’attristait des écarts entre francophones et anglophones à l’école. Au Canada anglais, les parents sont plus engagés dans le vécu de l’école, qui est davantage une affaire de communauté concernant chacun. Les dons aux fondations liées à l’éducation y sont bien plus élevés aussi.

Souffrir encore en 2017 d’un retard de scolarisation au Québec doit être nommément désigné comme un échec et appeler un redressement. Les excuses historiques doivent désormais être envoyées aux oubliettes et remplacées par un appel à la mobilisation. Il y a de l’espoir : jamais les partis politiques québécois n’ont exprimé une telle unanimité dans la priorité à accorder à l’éducation. Il reste à voir les résultats.

Prospérité en français !

Données sur la langue et données sur l’éducation, j’établis un lien direct entre les deux thèmes. Les constats sur la langue auront beau montrer des signes inquiétants, il y a une limite en 2017 à ce qui peut être imposé. Oui, la loi 101 doit être appliquée, mais elle n’imposera pas tout à tout le monde tout le temps.

Une langue qui s’impose, c’est celle d’un peuple fort. En ce sens, le Québec devrait viser rien de moins que d’être plus scolarisé que la moyenne canadienne. Un peuple éduqué, prospère, gagnant aura plus de facilité à convaincre les nouveaux arrivants à adopter sa langue.

Y a-t-il vraiment une pénurie énorme de travailleurs au Québec ?

Selon le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, il y aurait plus d’un million d’emplois à pourvoir d’ici 2024. C’est ce que M. Couillard a déclaré à l’ouverture du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination, mardi à Québec. Il s’agit donc, pour le Premier ministre libéral, d’expliquer sa politique d’immigration « très généreuse » critiquée, notamment, par la Coalition avenir Québec (CAQ) qui considère plutôt qu’il faut limiter (timidement) le nombre d’immigrants afin de mieux les intégrer. La CAQ entend ainsi abaisser à 40.000 le nombre d'immigrants admis par le Québec tout en maintenant les sommes actuellement allouées pour l'intégration des quelques immigrants accueillis chaque année au Québec.

Plus d’un million d’emplois, 1 372 200 pour être plus précis, seraient à pourvoir dans la province d’ici 2024, a affirmé M. Couillard, en ajoutant avoir entendu le « cri de détresse » des entreprises.

Mais est-ce vrai ? Dans quelle mesure ces postes seraient-ils automatisables ou seront-ils de toute façon automatisés par les entreprises pour rester compétitives ? Le Japon se refuse à toute immigration de masse et préfère l’automatisation, ce serait le pays avec le plus de robots par travailleur. Dans quelle mesure ces emplois qui ne trouvent pas preneurs (Radio-Canada nous a récemment parlé de plus de 1000 postes de camionneurs non pourvus) sont simplement mal connus, devenus peu attrayants car mal rémunérés ou de plus en plus contraignants ? Il existe également des préjugés défavorables envers les métiers manuels, les bons éléments étant orientés vers les emplois de bureau qui ne seront pas nécessairement mieux payés que s’ils avaient choisi une carrière de travailleurs manuels qualifiés. Une meilleure orientation professionnelle peut remédier, ne fût-ce que partiellement, à ces pénuries.

Est-il judicieux de faire venir des centaines de milliers d’immigrants dans les années à venir, alors qu’on prévoit que l’intelligence artificielle pourrait supprimer de nombreux emplois (tant cols blancs que cols bleus). En France, d’ici 2030, 21 % des travailleurs pourraient être remplacés par des robots.



Guillaume Marois, démographe et chercheur à l’International Institute for Applied Systems Analysis, s’est également penché sur cette question de la pénurie catastrophique de main-d’œuvre qui nous menacerait que d’aucuns prédisent depuis quelques années (prédictions catastrophistes qui ne sont pas toujours dénuées d’arrière-pensées politiques) :

Nous vivons dans une bien drôle d’époque. L’un des principaux maux affectant le Québec serait cette fameuse pénurie de main-d’œuvre, pénurie qui prendrait de l’ampleur dans les prochaines décennies en raison du vieillissement de la population.

Malheur, il y aurait trop d’emplois au Québec ! Car c’est bien le sens du concept : pour qu’il y ait pénurie, il faudrait que la demande de main-d’œuvre, c’est-à-dire le nombre d’emplois disponibles, dépasse l’offre, c’est-à-dire le nombre de travailleurs. À peu près l’ensemble de la classe politique cherche à répondre d’une manière ou d’une autre à ce « problème ». Mais en est-ce vraiment un ? D’ailleurs, ne voyez-vous pas le paradoxe ? En même temps que le gouvernement cherche à répondre à cette « pénurie de main-d’œuvre », il se targue, lors d’annonces, de création d’emplois... qui contribueraient pourtant à amplifier cette pénurie.

Quelle pénurie de main-d’œuvre ?

Le raisonnement est en apparence limpide : les baby-boomers prennent progressivement leur retraite, entraînant à court et à moyen terme un déclin de la population en âge de travailler. Le nombre de travailleurs diminuant, la pénurie de main-d’œuvre est inévitable.

Or, on semble oublier un détail important : la demande de main-d’œuvre n’est pas indépendante de l’offre. En effet, s’il y a déclin de la population active, il y aura aussi moins de consommateurs, donc moins de demandes pour divers produits et, en fin de compte, moins de besoins en main-d’œuvre. D’ailleurs, il n’a jamais été démontré scientifiquement qu’il y a ou qu’il y aura une pénurie de main-d’œuvre générée par le vieillissement de la population.

Mais peu importe les faits, la catastrophe était annoncée dès 2009 : il y aurait eu alors 700 000 emplois à combler pour 2012. Cette impressionnante anticipation a par ailleurs été revue régulièrement à la hausse et elle atteint aujourd’hui 1,4 million pour 2024. Or, même si, à environ 6 %, le taux de chômage au Québec est aujourd’hui relativement bas, nous sommes encore loin du plein emploi.

De fait, les enquêtes de Statistique Canada montrent qu’il y a, selon la conjoncture, environ 65 000 postes vacants pour 270 000 chômeurs, un ratio de quatre chômeurs par poste vacant. Manque de main-d’œuvre et surplus de chômeurs ?

Mais les employeurs peinent à recruter !

Possible, mais les difficultés de recrutement ne trouvent pas nécessairement leur source dans un manque de main-d’œuvre disponible, en termes quantitatifs. D’autres explications plus plausibles s’offrent à nous, comme l’inadéquation entre le marché et les conditions de travail offertes. Si le salaire que l’employeur est prêt à offrir se trouve nettement sous les attentes des travailleurs, il n’est pas étonnant que le recrutement soit difficile. Pensons notamment à ces pauvres restaurateurs qui peinent à recruter de la main-d’œuvre, tout en offrant des salaires dérisoires et des horaires de travail non traditionnels (et exigeant probablement, de surcroît, le bilinguisme). Et si une entreprise n’est pas rentable en offrant les salaires du marché, il se peut que son modèle d’affaires soit à revoir...

Il est vrai que certaines entreprises qui offrent des conditions de travail compétitives peinent tout de même à pourvoir certains postes aux profils très particuliers. Mais encore une fois, on ne peut pour autant parler de pénurie généralisée de main-d’œuvre.

Il s’agit plutôt d’une inadéquation locale entre le profil des travailleurs et celui recherché par les employeurs, qui se corrige en travaillant sur la formation (que les entreprises peuvent en partie assumer elles-mêmes). En somme, c’est un enjeu qualitatif plutôt que quantitatif, une affaire de formation et de qualification plutôt que de nombres.

Et s’il y avait réellement une pénurie généralisée de main-d’œuvre ?

Serait-ce là un problème qui mériterait toute l’attention de nos politiciens ? Sans doute, certaines entreprises ne pourraient pas atteindre la croissance désirée, ce qui déplairait à leurs actionnaires. Mais du point de vue des travailleurs, une pénurie généralisée inverserait le rapport de force avec le patronat et leur donnerait pour une rare fois dans l’histoire récente le gros bout du bâton pour négocier leurs conditions de travail.

Dans un contexte où les jeunes sont encore souvent en situation de précarité d’emploi, où les revenus des classes moyennes et pauvres stagnent, voire régressent, et que ceux des très riches augmentent, où les immigrants vivent encore un chômage démesuré alors que les employeurs qui ont activement milité pour les faire venir peuvent paradoxalement se permettre de les discriminer, il est difficile d’imaginer qu’un retour du balancier favorisant les travailleurs serait une mauvaise chose.




Dictionnaire du conservatisme




Jean-Christophe Buisson reçoit dans l’émission Historiquement Show sur la chaine Histoire Eugénie Bastié, Olivier Dard et Frédéric Rouvillois pour Le Dictionnaire du conservatisme sous la direction de Christophe Boutin, Olivier Dard et Frédéric Rouvillois (aux éditions du Cerf).



Présentation de l’ouvrage

D’Abstraction à Zouaves pontificaux, ce Dictionnaire du conservatisme évoque des hommes (de Gaulle ou Proudhon) comme des valeurs (Équilibre ou Honneur), des moments historiques (monarchie de Juillet ou Révolution) comme des institutions (Institut ou Sénat), des perspectives futures (développement durable ou transhumanisme) comme des mythes (Antigone ou Père). Juristes, historiens ou littéraires, ses auteurs dégagent ainsi une image du conservatisme : divers mais cohérent, à la fois éternel et actuel, pensée qui structure face au monde de l’éphémère et du relatif, opposant d’indispensables certitudes à la désagrégation moderne.

Le Dictionnaire du conservatisme
aux éditions du Cerf
Collection Idées
Paris, novembre 2017
1072 pages
ISBN : 9782204123587


L’ouvrage est dirigé par Frédéric Rouvillois [entretien ci-dessous], Olivier Dard, Christophe Boutin. Il se compose de 250 articles rédigés par des spécialistes (y compris le québécois Mathieu Bock-Côté pour sa critique conservatrice du multiculturalisme) afin de mieux cerner les notions et les problématiques liées au conservatisme et de considérer la place de ce courant dans l’histoire des idées.



« Le vrai conservateur, c’est celui qui pense que notre civilisation est fragile mais qu’on peut la défendre »
Frédéric Rouvillois

Être conservateur, voilà un état qu’on ne connait guère en France, et pourtant tout le monde parle de cette famille politique qui hante notamment la droite depuis plus d’un siècle. De l’utilité de définir les mots et grands noms de ce courant politique (Le dictionnaire du conservatisme, de Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois et Olivier Dard, éditions du Cerf).

Écrire un dictionnaire, en tant que « livre sur la signification des mots» n’est-ce, dès le départ de votre travail, une démarche foncièrement conservatrice – par exemple si on l’oppose à une encyclopédie qui vise à rassembler l’ensemble de toutes les sciences?

Frédéric Rouvillois — C’est une question amusante et originale à laquelle je n’avais pas pensé, mais effectivement, en un sens, il y a dans la démarche encyclopédique une forme de dimension prométhéenne – une volonté de dominer le monde, l’univers, d’un seul regard – alors que la démarche du dictionnaire est plus mesurée, plus prudente, plus modeste. Le dictionnaire se soumet d’une certaine façon au réel là où l’encyclopédie semble vouloir soumettre le réel. D’où une dimension conservatrice du dictionnaire, et ce sur plusieurs plans : par la philosophie comme nous venons de le montrer, mais aussi conservatrice en tant que force conservatoire des mots, de la langue et de la culture.

En France, depuis la parution du premier dictionnaire sous le règne de Louis XIV, c’est ainsi qu’on pense cet objet.

On parle souvent d’une certaine inadaptation de la culture française au conservatisme, ou du fait que le conservatisme n’a pas de grande tradition politique définie comme par exemple en Angleterre. Mais votre dictionnaire regorge de penseurs, courants intellectuels ou écrivains qui portent au pinacle la pensée conservatrice, même si ces courants peuvent sembler parfois concurrents, sinon contradictoires. La supposée « faiblesse » du conservatisme français (mais en même temps son intérêt) ne réside pas dans cette diversité concurrentielle des conservatismes qu’a produit sa culture?

Oui, et on en revient au choix du dictionnaire: le conservatisme n’a jamais trouvé son nom en France, si on excepte une petite partie du XIXe siècle avant d’être ostracisé et rejeté de manière presque systématique par la suite. Au XXe siècle, il y a une foule de penseurs qui sont de par leur pensée des conservateurs, et veulent défendre par exemple une forme de tradition, d’enracinement, d’identité mais qui soit n’utilisent pas ce terme pour se désigner (c’est le cas par exemple du général de Gaulle) ou en viennent à récuser ou refuser violemment ce terme quand il leur est assigné. Ils sont nombreux. L’un de ceux qu’on a beaucoup évoqué dans ce livre est Maurras, qui refusait très largement ce qualificatif de conservateurs, lui-même considérant ce terme comme désignant les conservateurs de la fin du XIXe siècle, soit un courant sans colonne vertébrale ou véritable ligne de pensée.

On a aussi l’impression que plus qu’une doctrine, le conservatisme est un état d’esprit, comme le souligne par exemple le titre d’un ouvrage d’un grand penseur conservateur américain, Russell Kirk, quand il parle de « conservatist mind » ou d’« imaginative conservative ». Ce rapport au monde conservateur est-il une force ou une faiblesse selon vous?

Ce qui est clair, c’est qu’il n’y a pas une doctrine conservatrice qui serait clairement établie comme il y a pu avoir un marxisme, un fascisme ou un gaullisme à l’origine. Le conservatisme est une nébuleuse qui présente des éléments de toutes sortes. Il y a des éléments doctrinaux, mais aussi des questions économiques, anthropologiques ou historiques qui sont de natures diverses. Chacune de ces positions comporte le même « état d’esprit » Cette diversité est en effet à la fois sa force et sa faiblesse paradoxalement. C’est ce qui fait que sont intégrés dans le conservatisme à la fois des penseurs libéraux et des penseurs critiques envers le libéralisme, mais aussi des penseurs réactionnaires. C’est une nébuleuse extrêmement vaste dont les frontières ne sont pas aisées à établir et sont susceptibles de débat. Cela correspond d’ailleurs assez largement à ce qui fait la droite, et même certains segments de ce qu’est la gauche qui sont appelés à rentrer dans cette nébuleuse. On a beaucoup insisté par exemple dans ce livre sur la question de l’écologie qui est une forme de conservation de la nature. Depuis les années 60-70, elle est considérée de gauche alors qu’il nous semble incontestable que l’écologie est au fond une pensée conservatrice – et qu’inversement le conservatisme est nécessairement tourné vers la nature – telle la fameuse « écologie intégrale » défendue par le pape dans Laudato Si est selon nous conservatrice.

Dans votre article sur l’idée de « Progrès », vous évoquez trois familles de conservatisme. Quelles sont ces trois tendances de conservatisme ?

J’en parlais en effet par rapport au « mythe du progrès », qui me semble typique de la pensée de gauche selon laquelle l’humanité, par son propre effort, serait amenée à s’améliorer de manière nécessaire et illimitée dans le temps. Et que l’humanité irait vers une plus grande fluidité, une plus grande transparence, plus rationnelle, plus juste, heureuse etc. C’est à mon sens l’une des caractéristiques de la gauche et l’antithèse du conservatisme. À l’opposé du progressiste, le conservateur n’est sûr de rien sur ce point de vue-là. Le conservateur a toujours à l’esprit, pour reprendre la formule de Paul Valéry selon laquelle « les civilisations sont mortelles » ou que du moins elles sont dans leur constitution extrêmement fragiles. Le travail du conservateur va être d’identifier ce qui est important et de faire en sorte de le conserver dans le temps. Bref, le conservateur est à l’opposé du progressiste un pessimiste ou optimiste modéré. Il pense que les choses sont fragiles mais qu’on peut les défendre. Le vrai conservateur est celui-là. Et que par conséquent travailler à leur conservation est pertinent.

A partir de cette idée, on peut considérer qu’il y a un certain segment du conservatisme qu’on pourrait dans certains cas appeler le réactionnaire qui considère qu’au fond tout est déjà fichu. Et qu’en toute hypothèse, c’était mieux hier. C’est un conservatisme, un peu paradoxal, qui pense d’une certaine façon qu’il n’y a déjà plus rien à conserver.

Et à côté de ce conservatisme, il y a des formes de combinaisons entre le conservatisme et le progressisme qui peut accepter sur certains points que les choses s’améliorent dans le temps, et que par ailleurs, il faut savoir renoncer au passé pour pouvoir conserver un petit peu. C’est le « il faut que tout change pour que rien ne change ».


Source : Atlantico


jeudi 30 novembre 2017

Repentance permanente — Les manipulateurs de l’histoire québécoise sont parmi nous

Extraits de textes de Mario Dumont et Mathieu Bock-Côté sur l’initiative de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, de commencer les réunions du conseil de ville non plus par une prière — laïcité oblige — mais par un rituel pénitentiel où elle affirme que Montréal qu’il s’agit d’un territoire agnier (mohawk en anglais) non cédé. La mode est à la contrition des Québécois de souche européenne et à la valorisation de « nos » racines amérindiennes. C’est également le cas à l’école (voir les liens ci-dessous).

De Mario Dumont :

La mairesse de Montréal tient son premier conseil de ville. Ses premiers mots sont pour rappeler qu’elle siège en « territoire autochtone non cédé ». Son prédécesseur Denis Coderre amorçait des discours avec les mêmes mots. Est-ce pertinent ? Pas vraiment. Est-ce vrai ? Pas sûr du tout.

En fait, la plupart des historiens s’entendent pour dire qu’à la fondation de Montréal en 1642, il n’y avait même plus d’établissement fixe des Iroquoiens du Saint-Laurent, la nation qui aurait auparavant habité Hochelaga. Quant à la prétention d’un territoire mohawk, ceux-ci se trouvaient plus au sud, surtout dans l’État de New York. [Les Agniers installés autour de Montréal aujourd’hui sont en fait des réfugiés qui fuyaient les persécutions de leurs congénères agniers et recherchaient la protection des Français autour de Montréal. Voir le cas de Sainte Kateri Tekakwitha (1656-1680), le Lys des Agniers, qui se réfugiera ainsi près de Montréal.]

Officiellement, les Mohawks souhaiteraient qu’on parle toujours d’un territoire mohawk non cédé. Les Hurons-Wendat revendiquent aussi Montréal, puisque l’île fait partie de la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Compliqué ? Qui a été où, et à quel moment ? Plusieurs étaient plutôt nomades. Établi dans quel lieu en quelles années ? Difficile d’être certain.

Les fouilles archéologiques permettent aux historiens d’en apprendre encore. Dans un tel contexte, imaginez combien les politiciens se couvrent de ridicule en tranchant ces questions historiques.

Opportunisme politique

Alors pourquoi des élus en autorité répètent-ils à satiété une affirmation probablement erronée ? Réponse simple : parce qu’ils pensent que c’est politiquement payant. Ils pensent qu’il est de bon ton à l’ère Trudeau que la majorité s’autoflagelle. Ils pensent que dans la bien-pensance dominante, une telle approche donne bonne bouche.

Oui, je souhaite qu’on trouve des solutions concrètes pour que les jeunes Autochtones aient un avenir plus reluisant. Oui, je veux que les femmes autochtones retrouvent respect et sécurité. Mais je trouve totalement inutiles ces réinterprétations opportunistes et grotesques de ce qui s’est passé à Hochelaga entre 1600 et 1650.

Commencer chaque réunion du conseil par ce rappel constitue un symbole vide et tordu. Si Valérie Plante veut agir pour le bien des Autochtones en 2017, qu’elle le fasse.

Le rituel pénitentiel de la mairesse Plante s’inscrit parfaitement dans l’esprit qui anime le mandat de Djeustine Trudeau

De Mathieu Bock-Côté :

Ainsi, Valérie Plante a décidé de soumettre sa ville à un rituel pénitentiel. Elle commence les réunions du conseil de ville en disant de Montréal qu’il s’agit d’un territoire mohawk non cédé.

Denis Coderre n’était pas étranger à cette pratique, mais on sentait chez lui que cela relevait de l’opportunisme politique le plus grossier. Chez Valérie Plante, on devine le zèle idéologique dont a l’habitude une certaine gauche qui n’a de cesse de faire le procès du monde occidental.

Montréal

C’est ce que le philosophe français Pascal Bruckner avait appelé au début des années 1980 « le sanglot de l’homme blanc », qui ne cesse de se flageller publiquement à cause de son passé. Il témoigne aussi ainsi de sa supériorité sur ses ancêtres, qu’il présente comme des ploucs malfaisants.

Le problème, avec la déclaration de Valérie Plante, c’est qu’elle est historiquement fausse, comme en conviennent les historiens. Les esprits subtils diront qu’elle est problématique. Les esprits exaspérés la diront franchement mensongère.

Mais pourtant, les politiciens montréalais continuent de répéter ce bobard historique, comme s’ils n’avaient aucun scrupule à manipuler le passé, à déformer les faits, pour peu que cela corresponde à leur programme idéologique.

[...]

Tous conviennent qu’il faut aujourd’hui accorder une plus grande attention aux besoins des populations amérindiennes. Mais il n’est nul besoin de trafiquer la vérité historique pour cela.

[Note du carnet : une plus grande attention consisterait à abroger la Loi sur les Indiens comme le suggère Tom Flanagan. Les politiques indiennes actuelles assurent pouvoir et richesse à une petite élite d’activistes, de politiciens, d’administrateurs, d’intermédiaires et d’entrepreneurs privilégiés, tout en enfonçant davantage dans la misère la population qu’elles sont censées aider. Voir aussi le livre Au-delà de la Loi sur les Indiens Rétablir les droits de propriété autochtone au Canada de Tom Flanagan, Christopher Alcantara et André Le Dressay]

À moins que la déclaration de Valérie Plante ne repose sur la conviction suivante : fondamentalement, les nations d’ascendance européenne que sont le Québec, le Canada et les États-Unis n’ont pas leur place en Amérique.

Veut-elle nous dire, en répétant cette ânerie, que les Européens, en Amérique, n’ont été finalement que des envahisseurs et qu’ils ne devraient pas être ici ?

Ne se rend-elle pas coupable alors d’un anachronisme gênant ? Il y a des limites à réécrire l’histoire à partir des obsessions idéologiques du présent.

Mais la manipulation historique ne s’arrête pas là. On le sait, le gouvernement Couillard mène une consultation sur le racisme systémique, même s’il a cherché à la camoufler sous un autre nom.

Esclavage

On oublie souvent que les promoteurs de cette cause ont tendance à présenter l’esclavage comme un phénomène majeur dans l’histoire du Québec, qui aurait conditionné négativement notre société depuis ses origines à l’endroit de la diversité.

Mais on oublie de dire que l’esclavage a été marginal et qu’il n’a aucunement structuré notre société comme cela a été le cas dans le sud des États-Unis.

Mais encore une fois, cette histoire réécrite par des idéologues incultes et militants vise à culpabiliser les Québécois.

Cette entreprise de culpabilisation va bon train médiatiquement et personne n’ose s’y opposer vraiment.

Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé. Et la Nouvelle-France n’a pas été une aventure criminelle. Il serait temps de le rappeler à ceux qui nous gouvernent.

Si l'histoire de France et de l'Europe est singulièrement absente des écoles québécoises, les prières autochtones et le rapprochement délibéré entre l’écologisme et la spiritualité autochtone (en partie fantasmée) sont bien présents dans le matériel scolaire québécois. Ici une prière amérindienne à la Terre-Mère, illustration du manuel d’ECR Près de moi, publié par les éditions CEC, destiné à la 2de année du premier cycle du primaire, manuel B, p. 60

Voir aussi

Les habitants de Montréal à l’arrivée des Français parlaient-ils agnier (mohawk) ?

Spiritualité autochtone, écologie et norme universelle moderne

L’utilité de la glorification des Premières Nations

ECR — obsession pour les amérindiens écologistes


« Nos ancêtres, les Amérindiens » à l’école

Cérémonie, prière, danse sacrées amérindiennes dans une école laïque publique

« Notre » patrimoine matrimoine religieux autochtone

Le faux « sang indien » des Québécois

(Suite d’une autre prière amérindienne à la Terre-Mère, illustration du manuel d’ECR Près de moi, publié par les éditions CEC, destiné à la 2de année du premier cycle du primaire, manuel B, p. 61)

ECR — obsession pour les Amérindiens écologistes

Québec — Le peu de place consacrée à l’Europe (à la France) dans les programmes d’histoire

Canada — Financement par élève serait supérieur pour les écoles autochtones aux écoles publiques


Illustration du manuel d’ECR Mélodie, publié par Modulo, destiné au 1er cycle du primaire, manuel B, p. 8

Québec — Les professeurs sont-ils prêts au retour de l’enseignement des connaissances ?

Lettre ouverte de Gilles Laporte, porte-parole de la Coalition pour l’histoire, parue dans Le Devoir, 27 novembre 2017.

À la suite de l’action menée notamment par la Coalition pour l’histoire, les élèves québécois ont enfin droit depuis septembre 2017 à un cours d’histoire réformé en 3e et 4e secondaire. Unanimement salué, ce nouveau cours d’histoire du Canada et du Québec emprunte désormais une trame chronologique, résolument axée sur l’acquisition de connaissances et l’apprentissage de la méthode historique. Dans ce contexte, il y a lieu de se demander si la formation que reçoivent les enseignants québécois les prépare adéquatement à offrir des cours désormais plus substantiels.

C’est le point de départ de l’étude que j’ai pilotée avec mes collègues Laurent Lamontagne et Myriam d’Arcy à propos de la formation des futurs enseignants dans les universités québécoises et sur le niveau de satisfaction qu’ils en ont tiré une fois leur carrière commencée. On a ainsi passé au crible chacun des 14 programmes de formation des maîtres dans dix universités québécoises. On a ensuite interrogé plus de 200 enseignants d’histoire à propos de leur cheminement universitaire et sur le profit véritable qu’ils en ont tiré. On a enfin mené des entrevues approfondies avec certains d’entre eux pour mieux interpréter le sens des données obtenues.

Les résultats de l’enquête sont accablants. Tous établissements confondus, le baccalauréat en enseignement secondaire de quatre années accorde la part du lion aux cours de didactique, de psychopédagogie et de science de l’éducation en général. En revanche, moins de la moitié des cours suivis concerne la formation disciplinaire des futurs enseignants, soit la géographie et l’histoire.

Le constat est particulièrement dramatique à propos de l’histoire du Canada et du Québec. Tandis que les futurs enseignants doivent offrir 200 heures de cours sur ce thème dans le programme d’Univers social, ils n’auront eux-mêmes suivi pour s’y préparer que trois ou quatre cours de 45 heures, dont seulement deux obligatoires, généralement les cours d’histoire du Canada avant et depuis 1867.

En somme, si les enseignants semblent adéquatement formés pour gérer une classe, évaluer une compétence et évoluer dans le système d’éducation, il est évident qu’ils n’ont pas reçu le bagage disciplinaire suffisant pour enseigner adéquatement l’histoire nationale et exposer leurs élèves à des connaissances qui aillent un tant soit peu au-delà de ce qu’ils peuvent trouver dans le manuel de classe ou sur Internet.

Recommandations

Forts de ces constats, mais conscients de la complexité des enjeux et des dilemmes auxquels font face l’enseignant et l’école québécoise, nous soumettons neuf recommandations nuancées qui visent d’abord à soutenir le travail déjà mené dans les établissements. Ces recommandations consistent, primo, à renforcer d’urgence la formation disciplinaire, notamment en géographie et en histoire du Canada et du Québec.

Secundo, qu’on accroisse la souplesse de la filière de la formation de sorte, par exemple, que le détenteur d’un baccalauréat disciplinaire puisse accéder à l’enseignement après une année de cours d’appoint en pédagogie, et que les directions d’écoles aient davantage la liberté de répartir à leur guise les ressources enseignantes pour atteindre les objectifs et standards.

Tertio, qu’on institue enfin un véritable dialogue entre les facultés d’éducation — qui forment les enseignants — et les établissements scolaires qui auront à les embaucher de sorte de mieux définir les outils dont auront besoin les futurs enseignants.

Notre conclusion est finalement que les lacunes observées dans la formation disciplinaire des enseignants d’Univers social se vérifient aussi dans d’autres programmes, comme l’enseignement du français ou des sciences de la nature : le nombre de crédits [unités] accaparés par la formation en sciences de l’éducation aux dépens de la formation disciplinaire y est tout aussi disproportionné. Les constats et les recommandations faits par notre étude nous apparaissent donc généralisables à l’ensemble de la formation des maîtres au Québec et tous les intervenants de cette filière névralgique pour l’avenir du Québec sont invités à en prendre connaissance.

mercredi 29 novembre 2017

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

Recension par Rémi Brague de l’ouvrage Al Andalus, l’invention d’un mythe de Serafin Fanjul :

NOUS avons tous entendu parler d’el-Andalous, mais qui sait précisément ce que recouvrent ces deux mots magiques ? Un paradis perdu au cœur d’un Moyen Âge obscur où musulmans, juifs et chrétiens devisaient à l’ombre de la grande mosquée de Cordoue. Une sorte d’anti-Daech en somme… Mais les historiens sont méchants.

Voilà que le rêve se dissipe et qu’une autre réalité apparaît. Avec Al Andalus, l’invention d’un mythe, Serafin Fanjul ne va pas se faire que des amis, en Espagne évidemment, mais aussi en France. « Les hommes croient ce qu’ils désirent », disait Jules César. Le mythe d’el-Andalous est calqué sur le désir que naisse ou renaisse ce fameux « islam des Lumières » que tant d’esprits appellent de leurs vœux.

N’a-t-il pas existé dans une Hispanie conquise au VIIIe siècle par quelques dizaines de milliers de guerriers arabes et berbères venus d’Afrique du Nord qui créèrent une civilisation inédite à laquelle coopérèrent les trois religions du Livre ?

« Les femmes semblent exclusivement destinées à donner le sein aux enfants. Cet état de servitude a détruit en elles la faculté de parvenir à de grandes » choses
AVERROÈS

À travers 700 pages d’une terrible précision, Fanjul, docteur en philologie sémitique, professeur de littérature arabe et ancien directeur du Centre culturel hispanique du Caire, broie la légende d’un multiculturalisme précoce et éclairé. Il défait un mythe qui doit beaucoup au romantisme et à son exotisme de pacotille.

Antifranquiste, Serafin Fanjul n’est pas précisément un militant de l’Espagne catholique. Armé d’une immense érudition, il s’est intéressé de près à ce que disent les chroniques de l’époque et les a confrontées aux clichés ambiants. Le résultat est à la fois comique et salutaire. Car on rit dans ce livre qui n’est pourtant pas facile à lire, surtout pour nous Français qui connaissons mal l’histoire de l’Espagne.

« La cohabitation de toutes les races et de toutes les religions avait créé une atmosphère morale pure et exquise (…) il s’agissait de la même civilisation que celle qui régnait dans la Bagdad des Mille et Une Nuits, mais dépourvue de tout ce que l’Orient a pour nous d’obscur et de monstrueux. L’air subtil et rafraîchissant de la Sierre Morena l’avait occidentalisée », écrit l’arabiste Garcia-Gomez en 1959.

Tueries et pogroms

À propos de cohabitation, Fanjul nous rappelle la longue et fastidieuse liste des tueries de chrétiens sans oublier les pogroms qui ont essaimé l’histoire d’el-Andalous entre la conquête arabe et sa reconquête par les Rois Catholiques qui se termine par la prise de Grenade en 1492. Il nous rappelle ce en quoi consistait le statut de dhimmi pour un non-musulman : par exemple, ne pas parler à voix haute à un musulman ou ne pas construire une maison plus haute que la sienne. Al-Andalus, paradis sensuel, comme se complut à l’imaginer Théophile Gautier ?

Fanjul nous remémore qu’elles étaient les prescriptions d’un islam devenu très rigoriste sous l’influence des Almohades. Interdiction de tous les jeux, notamment les dames et les échecs, prohibition de la musique et relégation des femmes. Les islamistes n’ont rien inventé. Les femmes ? Voilà ce qu’en dit Averroès qui fut d’ailleurs mis au ban : « Elles semblent exclusivement destinées à donner le sein aux enfants. Cet état de servitude a détruit en elles la faculté de parvenir à de grandes choses (…) leur vie passe comme celle des plantes, au service de leurs maris. C’est de là que vient la misère qui dévore nos villes, étant donné qu’elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes. »

El-Andalous, paradis de l’échange interreligieux ? Il y eut, à certaines périodes et dans certains lieux, des échanges cordiaux, mais ils ne furent pas la règle, plutôt l’exception. Ce dans un monde où les mariages mixtes étaient rares du fait de l’impureté présumée des autres communautés. « Les tentatives de rapprochement doctrinal pacifique sont anciennes chez les chrétiens tandis qu’elles brillent par leur absence chez les musulmans, mais cela ne signifie pas que les chrétiens aient été fondamentalement meilleurs. » Fanjul fait preuve dans ce livre d’un esprit voltairien, le sarcasme en moins. Il conclut : « Ce que l’islam a perdu n’est en rien un paradis originel […] Que les musulmans réfléchissent donc et ne nous impliquent pas dans leurs frustrations et leurs échecs : ce sont les leurs avant toute chose. »


Al Andalous, l’invention d’un mythe:
La réalité historique de l’Espagne des trois cultures
de Serafin Fanjul
publié aux éditions de l’Artilleur,
dans la collection du Toucan,
le 25 octobre 2017
à Paris
broché avec 732 pages
ISBN-13 : 978-2810007059

Voir aussi

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »

Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Meilleur « vivre-ensemble » grâce à la connaissance ?

Rémi Brague sur l’islam, la culture classique et l’Europe

Les chrétiens et les juifs dans l’Occident musulman

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l’Europe romane

Usage de la raison : Rémi Brague sur la prétendue primauté Averroès sur Saint Anselme, Saint Thomas d'Aquin (vidéo)

Russie — généreuse prime à la naissance, allocation mensuelle et hypothèque moins chère pour les familles

Le président russe Vladimir Poutine a proposé de verser, dès janvier 2018, une allocation mensuelle aux familles ayant leur premier enfant afin de dynamiser les naissances, a-t-il déclaré lors d’une réunion du Conseil de coordination de la réalisation de la stratégie nationale pour les intérêts des enfants, mardi 28 novembre.

Enfants russes de Tomsk
« Je propose afin de soutenir la natalité de mettre en place toute une série de mesures de soutien aux familles à partir de janvier 2018, dont la première est le versement mensuel d’une allocation lors de la naissance d’un premier enfant et jusqu’à ce qu’il ait un an et demi », a-t-il affirmé.

Le montant de cette allocation sera calculé en fonction du minimum vital de la région, où vit l’enfant. En 2018, elle sera, en moyenne, d’environ 10 523 roubles, soit 250 dollars canadiens (151 euros), alors que le salaire moyen en Russie est d’environ 35 000 roubles (770 dollars canadiens). Selon Vladimir Poutine, 114,5 milliards de roubles (2,5 milliards de $ canadiens) seront investis dans ce programme au cours des trois prochaines années. Jusqu’à présent, les familles russes ne touchaient le plus souvent qu’une prime à la naissance. Cette nouvelle allocation viendrait s’ajouter à cette dernière.

Le président a également proposé d’étendre le programme d’allocation à la naissance (408 960 roubles, 9000 $ canadiens, 5 900 euros), jusqu’à la fin de 2021 et d’élargir son champ d’application pour les familles nécessiteuses. Ces allocations peuvent être utilisées pour payer les services d’éducation préscolaire — pour les soins et la supervision d’un enfant à partir de l’âge de deux mois. « Je sais que la demande pour cette mesure est très grande, en particulier, après la naissance de l’enfant, la mère sera en mesure de continuer à travailler ou à s’éduquer », a déclaré Vladimir Poutine.

Le président a également annoncé le lancement d’un programme visant à subventionner le taux d’intérêt des hypothèques pour les familles ayant un deuxième ou un troisième enfant, à compter de 2018. « Lors de l’achat d’une maison ou lors d’un refinancement des hypothèques conclues précédemment, les familles pourront compter sur une subvention du taux d’intérêt par l’État afin que le taux net pour les familles ne dépasse pas 6 % par an », a déclaré M. Poutine.

Il a souligné que le taux hypothécaire moyen pondéré, selon la Banque centrale, est de 10,5 %. Si une famille de deux enfants ou plus prend une hypothèque à ce taux, l’État paiera une part de 4,5 % d’intérêt, la famille ne paiera donc que 6 %. « Ainsi, dans ce cas, l’État prend plus de 4 % du coût du prêt. Selon le ministère de la Construction, au cours des cinq prochaines années, ce programme pourra bénéficier à plus de 500 000 familles », a souligné Vladimir Poutine.

Rappelons que selon les prévisions d’un récent rapport gouvernemental, à l’horizon 2035, la Russie pourrait perdre 400 000 habitants, voire un million, si elle ne change pas de politique en matière de natalité.

Comparaison de l’évolution des taux de fécondité

Le graphique ci-dessous  trace l’évolution des taux de fécondité entre 1960 et 2016 pour le Québec et la Russie.

On notera d’abord que, jusqu’à 1970, le Québec fait proportionnellement plus d’enfants que la Russie. La faible fécondité russe s’explique en partie par l’énorme saignée de la Seconde Guerre mondiale (la population de la Russie qui était de 110 millions en 1940 passa à 98 millions en 1946). La chute très rapide la natalité au Québec accompagne ce que certains nomment la « Révolution tranquille ».

À partir de 1970 jusqu’à la fin de l’Union soviétique, la fécondité de la Russie au sein de l’URSS est systématiquement supérieure à celle du Québec. En 1987, par exemple, la natalité russe est de 2,23 enfants/femme alors qu’au Québec elle s’est effondrée à 1,36.

À la fin de l’Union soviétique et à l’avènement de Boris Eltsine, l’État russe peine à payer ses pensions, l’économie se contracte, la corruption augmente et la natalité s’écroule. La fécondité atteint un nadir de 1,19 enfant/femme en 1999, dernière année de la présidence calamiteuse d’Eltsine.



La période de la présidence Elstine correspond, peu ou prou, à celle de la politique de l’allocation de naissance (le « boni bébé ») au Québec. Cette politique s’accompagne de 1988 à 1997 d’un regain de la fécondité pour passer de 1,36 enfant/femme québécoise en 1987 à 1,67 enfant/femme en 1992 avant de retomber à 1,61 en 1996.

La politique du « boni bébé » instaurée par les libéraux de Robert Bourassa fut fort décriée par les féministes. La ministre de la Famille et de l’Enfance de 1998 à 2001, Nicole Léger (PQ), avait ainsi qualifié ce programme « d’échec lamentable ». Le diagnostic peu nuancé de la ministre Léger s’expliquait sans doute par des réticences fréquentes exprimées par le Conseil de la femme à toute politique nataliste efficace. En 1982, Claire Bonenfant, la très féministe présidente du Conseil de la Femme, s’était déjà interrogée, au sujet d’une politique avec de timides conséquences natalistes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

Le PQ décida donc d’instaurer un programme nettement plus cher et moins universel : les centres de la petite enfance (CPE). Si le programme universel d’allocations à la naissance avait coûté 186 millions de dollars à son apogée en 1994, dès la première année les CPE en 1997 coûteront 221 millions de $. En 2014, les coûts des CPE avaient été multipliés par onze (11 !), sans que leur efficacité démographique, sociale ou pédagogique ait été démontrée... Cette hausse vertigineuse était principalement liée à la croissance du réseau de garderies. En 1997-1998, l’État subventionnait seulement 82 000 places à contribution réduite alors que le programme d’allocation à la naissance était universel et concernait, en 1993, 185 172 familles. Remarquons aussi que les familles qui veulent garder leurs enfants en bas âge à la maison (sacrifiant souvent un revenu) parce qu’elles croient que c’est le meilleur choix parental sont discriminées : elles ne touchent aucune subvention alors que les parents qui envoient leurs enfants dans un CPE profitent de très généreuses subventions.

Si la natalité est légèrement remontée pour atteindre 1,73 enfant/femme en 2008-2009, celui-ci est depuis tombé à 1,59 enfant/femme alors que les coûts liés au programme des CPE ne font qu’augmenter (l’État a créé un réseau puissant d’employés syndiqués qui peuvent se mettre en grève et prendre les parents en otage). Le gouvernement aurait pu faire un choix plus judicieux : donner l’argent aux parents qui auraient choisi leur mode de garde, plutôt qu’aux syndicats. Le coût de la seule syndicalisation des travailleuses en milieu familial, en 2008, a été estimé à plus d’un milliard de dollars pour l’État québécois.

Certains prétendent que les sommes faramineuses investies dans les CPE ont permis d’augmenter l’emploi des femmes. L’ennui c’est que sans programme similaire dans le reste du Canada, le taux d’emploi des femmes y a aussi augmenté. [Voir aussi : Défendre l’indéfendable sans succès.] D’aucuns avancent que la fécondité du Québec a augmenté grâce à ce réseau de garderies syndicalisées et fort subventionnées, c’est possible, mais ce gain n’est guère plus fort que celui des allocations à la naissance pour un coût nettement supérieur. Aussi, la fécondité a également augmenté pendant ces années au Canada sans programme de CPE. D’autres facteurs semblent donc aussi être en jeu.

En Russie, à partir de la présidence de Vladimir Poutine, des mesures furent prises pour aider les familles. La natalité est lentement remontée. L’indice synthétique de fécondité est donc passé de 1,16 enfant/femme en 1999 à 1,78 en 2015. Le Québec n’a plus connu un tel taux de fécondité depuis 1972... L’année passée, la fécondité russe a légèrement baissé à 1,76.  Il est possible que la natalité russe baisse dans les années à venir, car le nombre de jeunes femmes en âge fécond est en baisse (elles sont nées à l’époque de chute démographique rapide de la présidence de Boris Eltsine).


Source : Kommersant du 28/XI/2017

Voir aussi

Russie : réduction rapide du nombre d’avortements

Hausse record de la natalité en Pologne (mars 2017)

Pologne — Allocation familiale universelle pour lutter contre l’implosion démographique (mars 2016)

France — Les coupes socialistes dans la politique familiale expliquent-elles la baisse de la natalité ?

Québec — « La légende noire du clérico-natalisme »

Étude sur les garderies qui se paieraient d’elles-mêmes : la multiplication des pains
(l’économiste Martin Coiteux)

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Démographie : même taux de natalité au Canada qu’au Québec, sans « politique familiale » (CPE + congés)

Italie : une aide financière pour encourager la natalité

Baisse continue du nombre de naissances au Québec, aucun parti politique n’en parle (m-à-j septembre 2017)

Les principaux dirigeants européens n’ont pas d’enfants (mis à
jour)


Natalité baisse au Québec depuis 7 ans, mais CS de Montréal devrait accueillir 5000 élèves de plus d’ici cinq ans (causes : l’immigration, les « réfugiés »)

France — Hollande n’a pas réussi à inverser les mauvais indicateurs économiques, mais bien la natalité

Des garderies poursuivent l’État pour concurrence déloyale

dimanche 26 novembre 2017

Le correctivisme politique dans les universités « d'élite » américaines

À l’université Brown fondée en 1764 au Rhode Island, 6 300 étudiants du 1er cycle, dotation de 3,3 milliards de $ :




À l’université Yale fondée en 1701 comme un séminaire congrégationaliste au Connecticut, 5 300 étudiants du 1er cycle, dotation de 26 milliards de $.



Voir aussi

L’assistante intimidée par l’université Wilfrid Laurier ne croit pas en la sincérité des excuses de l’université

Université Wilfred Laurier (Ontario) — S’opposer aux pronoms transgenres (Jordan Peterson), c’est comme Hitler...

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

France — L’indépendance d’esprit y serait en danger dans les universités.

Des universités politiquement correctes qui doivent « protéger » leurs étudiants

Québec — La radicalisation « anarchiste » à l’université inquiète

La censure contaminerait les milieux universitaires

UQAM — Débat sur ECR annulé suite à des menaces (m-à-j)

Canada — Liberté d’expression et d’opinion menacée dans les universités

Angleterre — Les bustes d’universitaires blancs « intimident les minorités ethniques »

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Un tiers des Américains ont une opinion négative des universités

Les étudiants américains et leur lutte contre les « auteurs blancs décédés » (suite et non fin)

La censure contamine les milieux universitaires



jeudi 23 novembre 2017

« Sans les 15% de quartiers pourris qu'il y a en France nous serions classés numéro 1 dans PISA » (M-à-j)

Selon Luc Ferry, les tests PISA n’évaluent pas les systèmes éducatifs des différents pays, mais les performances des élèves. Or ces performances dépendent nettement plus de ce qui passe dans les familles qu’à l’école.

Selon le directeur de l’évaluation de Luc Ferry lorsqu’il était ministre de l'Éducation : « si on supprimait les 15 % de quartiers pourris qu’il y a en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités où on n'arrive pas à faire cours, eh bien nous serions classés numéro 1 dans PISA ».

Animée d'un sens comique, la présentatrice, Apolline de Malherbe, souffle à l'ancien ministre que la cause de ce déficit serait « les inégalités sociales » apparemment pour qu'il ne mentionne pas « l'immigration », les origines culturelles et linguistiques des habitants de ces quartiers. Le ministre rappelle ensuite qu'il ne s'agit pas que d'une question d'« inégalités » (de subventions, de moyens financiers), mais souvent d'un manque de respect de la part des élèves et parfois d'impossibilité de donner cours.




Pour Luc Ferry, il faut aussi cesser de dire que 98 nationalités à l’école c'est une richesse. C'est faux.



Vidéo intégrale :


« De mon temps on avait une semaine [scolaire] de 30 ans, aujourd'hui elle est de 23 heures. On ne fait pas la même chose en 23 heures qu'en 30, notamment pour lutter contre illettrisme. »
La « charmante » Sonia Mabrouk revient sur ces « 15 % de quartiers pourris » pour lui faire admettre qu’« on » les a laissé pourrir.

Voir aussi

Suède : des résultats scolaires en baisse depuis dix ans

Suède — Échec de l'intégration des immigrés, ce n'est pas faute de moyens ou de bons sentiments

Belgique — le niveau des élèves issus de l'immigration est nettement moins bon que celui des autochtones

France — Selon la Ministre Pécresse, le fort taux d'immigration serait responsable des mauvais résultats aux tests PISA

Tabou : impact de l'immigration sur les résultats et coûts scolaires (Claude Allègre).

Le ministre de l'Éducation (2007–2009) Xavier Darcos : il faut « que l'on arrête de comparer les résultats des enfants français à ceux de la Finlande ! C'est un pays très différent du nôtre, petit, quasiment sans immigration ». Selon lui, le poids sociologique est fondamental pour expliquer l'échec scolaire. (Le Figaro 29/X/2007)


France — Que peut l'école ? Émission Répliques avec le ministre Blanquer et Augustin d’Humières, professeur de lettres classiques.


France — La droite conservatrice se trompe-t-elle au sujet de Blanquer ?

France — le ministre de l'Éducation Blanquer bouscule la « gauche pédago »