mardi 6 mai 2025

La France et l’Union européenne de Bruxelles peuvent-elles vraiment attirer les chercheurs américains  ?

Macron et von der Leyen à la Sorbonne

Alors que Trump redéfinit les priorités de recherche américaines, l'Union européenne semble s'empresser de capter ce qu'elle appelle les meilleurs talents mondiaux. Dans une nouvelle requête, Trump a demandé au Congrès de réduire de 37 % les dépenses des Instituts américains de la santé (NIH) et de plus de 50 % celles de la Fondation nationale pour la science (NSF). La seule université Columbia a déclaré début mars qu'elle avait perdu 400 millions de dollars de financement fédéral.

Cette mesure, selon le gouvernement, vise à « réorienter les investissements » vers des domaines prioritaires, comme l'IA, l'énergie quantique et nucléaire, et à « mettre fin aux dépenses scientifiques [dites] woke ».
Dans ce contexte, l'UE vient d'annoncer un plan de « super subventions » de 500 millions d'euros pour attirer les scientifiques impactés par les récentes modifications du financement fédéral. Macron et von der Leyen ont présenté l'Europe comme une nouvelle frontière pour l'innovation et la liberté académique. Plus de 380 subventions américaines liées aux programmes DEI (discrimination anti-hommes blancs) ont été supprimées. L'Europe y voit une occasion à saisir et offre des fonds importants et des portes ouvertes.


À la Sorbonne, la présidente de la Commission européenne et le président français ont respectivement annoncé 500 et 100 millions d’euros pour faire venir des scientifiques touchés par les coupes budgétaires aux États-Unis.

Les difficultés de chercheurs américains face à l’ Administration Trump , qui a demandé au Congrès des coupes brutales de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le budget de la recherche fédérale, vont-elles faire le bonheur de la France et de l’Europe ? C’est en tout cas ce que semblaient espérer lundi matin à la Sorbonne, la présidente de la Commission européenne,  Ursula von der Leyen , et le président Emmanuel Macron lors de la conférence « Choose Europe for Science ». L’un et l’autre ont largement insisté pour faire de l’Europe un refuge des libertés universitaires, le président de la République concluant son discours par un solennel « appel de la Sorbonne qui s’adresse à tous les esprits libres ».

Avant cela, il avait rappelé avec emphase et grandiloquence que « personne ne pouvait penser que cette très grande démocratie du monde, dont le modèle économique repose si fortement sur la science libre, allait faire une telle erreur », avant d’ajouter que, sur les trois dernières décennies, la recherche américaine avait été plus efficace que la recherche européenne, parce qu’elle favorisait la liberté universitaire et respectait l’autorité des savoirs. Qualifiant au passage de « démocratie liquide » les régimes dans lequel l’absence de hiérarchie des savoirs empêche de démêler le vrai du faux : « Refusons un diktat (qui) interdit de chercher ceci ou cela (…) parce que là, à chaque fois aussi, ce sont les progrès de notre humanité qui sont remis en cause. »

Une « nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros »

« Les collègues américains sont en effet sidérés par la violence et la rapidité avec lesquelles les choses se mettent en place, commente le président du CNRS, Antoine Petit . Un certain nombre s’interrogent et bien au-delà des domaines ciblés par l’Administration de Donald Trump. Mais le choix de partir n’est pas un choix facile. À nous de fournir les conditions pour accueillir les meilleurs. » L’État va ainsi investir 100 millions d’euros supplémentaires pour attirer en France des chercheurs étrangers, et tout particulièrement des Américains. De son côté,  Ursula von der Leyen  a annoncé une « nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros » pour la période 2025-2027 pour l’Union européenne. Des montants certes importants, mais qui paraissent dérisoires quand on les compare aux baisses programmées aux États-Unis. Selon la première ébauche de budget présentée le 2 mai par la Maison-Blanche, le simple budget des instituts américains de la santé (NIH) qui pilote la recherche biomédicale devrait perdre 18 milliards de dollars, pour arriver à 27 milliards.

L’initiative n’est pas sans rappeler le programme « Make our planet great again » lancé en 2017 par  Emmanuel Macron (le nom en anglais le confirme), qui avait l’ambition de convaincre quelques scientifiques américains spécialistes des questions climatiques de venir en France. « On a constaté que cette initiative, dans un contexte de pénurie de la recherche française, n’avait pas permis d’attirer de grandes stars, commente le président du Collège des sociétés savantes académiques de France, Patrick Lemaire. Nous avions su faire venir des bons chercheurs, certes, mais pas les têtes de laboratoire. Il est difficile de penser que cela soit différent cette fois, il faut encore voir comment la situation va évoluer aux États-Unis. Mais la solidarité internationale ne doit s’arrêter ni aux stars, ni aux USA. Le sort des jeunes chercheurs post-doctoraux aux USA est plus préoccupant que celui des stars, et la situation de la recherche dans certains pays est autant ou plus inquiétante que celle aux États-Unis. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, sur les 30.000 connexions à la plateforme Choose France, seul un tiers viennent des États-Unis. »

Réveil stratégique

Le président français, Emmanuel Macron, a nommé dix chantiers prioritaires sur lesquelles l’Union européenne devrait « investir massivement. » Citant pêle-mêle en matière de santé, la recherche sur les maladies infectieuses, la vaccinologie ou les zoonoses ; dans le domaine du spatial, les missions lunaires, ou encore le « domaine quantique » et l’intelligence artificielle. Avant lui, Ursula von der Leyen avait, elle, appelé les États membres à « atteindre à moyen et long terme », l’objectif de 3 % du PIB pour l’investissement dans la recherche et le développement d’ici à 2030. « Force est de constater que le compte n’y est pas en France, où nous stagnons à 2,2 % depuis plusieurs années », commente Antoine Petit.

Le manque d’investissements pour la recherche en France est peut-être la plus grande limite de cette conférence. « Le discours est utile et juste sur le fond, analyse Serge Abiteboul, membre de l’Académie des sciences et directeur de recherche émérite à l’Inria. Mais il n’y a pas beaucoup d’éléments concrets et sans, a minima, une sanctuarisation du pourcentage du PIB dédié à la recherche, je ne vois pas comment ces ambitions peuvent être suivies de faits. »

De nombreux scientifiques ont pu y voir une redite du discours très volontariste sur la recherche, prononcé en décembre 2023 à l’Élysée, mais suivi, dans les six mois, par une baisse drastique des crédits. « La recherche publique dans le pays n’atteint même pas le 1 % du PIB, note  Patrick Lemaire. Non seulement la recherche est globalement sous financée, mais certaines disciplines sont particulièrement défavorisées, ce qui constitue une entrave à la liberté universitaire pourtant louée à juste titre dans le discours du président lundi matin. »

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En France, le wokisme fait de la résistance (voir l'importance des budgets de l'Union européenne dans la recherche française et l'alignement des critères d'allocation avec ceux du wokisme anglo-saxon).

Accueil des universitaires américains à Aix-Marseille : ils travaillent principalement en sciences humaines et sociales 

lundi 5 mai 2025

Allemagne — Vers l'interdiction de l'AfD ?

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Vance et Rubio condamnent l'établishment politique allemand qui peut désormais écouter les communications privées de l'AfD (m à j)


En France, le wokisme fait de la résistance

Après avoir été déprogrammé par son éditeur, Face à l’obscurantisme woke paraît enfin cette semaine aux Presses universitaires de France. Un livre collectif qui pourrait être un tournant dans la bataille culturelle qui se joue entre wokes et antiwokes. Alors que le wokisme reflue aux États-Unis, il fait de la résistance en France, où le président de la République souhaite accueillir des chercheurs américains.

Rarement un livre aura été autant vilipendé avant même sa parution. avant même que quiconque n’ait pu le lire. on dit que le monde de l’édition se nourrit de polémiques, mais Paul Garapon, qui dirige les Puf, le temple de l’édition universitaire, se serait bien passé de celle qu’a déclenchée l’annonce de la parution de Face à l’obscurantisme woke. Au point que l’éditeur, pourtant initiateur du projet, a hésité à censurer l’ouvrage, sans doute effrayé par la campagne médiatique orchestrée par une partie du monde journalistique et intellectuel de gauche.

Aux yeux des journalistes du Monde et de Libération, le seul titre du livre a suffi pour le disqualifier et instruire un procès en trumpisme et en poutinisme à ses auteurs. côté intellectuels, c’est l’historien Patrick Boucheron, professeur au collège de France et coauteur de la cérémonie d’ouverture des Jo de Paris, qui a décoché les premières flèches. Le vendredi 7 mars, lors d’une conférence de presse à l’occasion d’une journée de mobilisation contre les coupes budgétaires opérées par Donald Trump au sein de la recherche américaine, il s’indigne : « On trouve aussi quelques idiots utiles dans l’Université. Il y a des livres qui continuent de paraître. Il y en a un aux Puf qui s’appelle Face à l’obscurantisme woke. Aux Puf ! Aux Puf ! » s’étrangle-t-il.

La maison d’édition est tout près de céder devant la pression exercée par le mandarin. Au lendemain de la sortie de Patrick Boucheron, alors que le texte était édité, maquetté, la jaquette choisie, la parution annoncée pour début avril sur le site des Puf et sur les réseaux sociaux, la direction annonce dans un communiqué qu’elle suspend la publication. « À deux doigts de se trumpiser en publiant un pamphlet antiwoke, les éditions Puf rétropédalent », peut-on lire dans Le Nouvel Obs.


Mais quelques jours après la polémique, sans doute par crainte d’apparaître comme un censeur, Paul Garapon revient finalement sur sa décision qu’il dit avoir prise dans l’urgence. Le livre est repoussé, mais pas enterré. Les lecteurs vont pouvoir se faire leur propre opinion. Le Figaro Magazine s’est procuré en exclusivité Face à l’obscurantisme woke, qui paraît cette semaine, pour juger sur pièces. Et rétrospectivement, on comprend mieux l’inquiétude des thuriféraires du wokisme.

Une contre-révolution scientifique

De nombreux essais sont déjà parus sur le sujet, mais ce qui a déclenché l’ire et suscité la peur de l’intelligentsia, c’est que Face à l’obscurantisme woke n’est en rien un pamphlet, n’en déplaise à une certaine presse. Il s’agit du fruit des travaux de chercheurs dont la légitimité académique est incontestable. rassemblant les contributions de 26 auteurs (Nathalie Heinich, Sami Biasoni, Céline Masson, Samuel Fitoussi, Guylain Chevrier, Tarik Yildiz, Florence Bergeaud-Blackler, Renée Fregosi, Pierre-André taguieff…), l’ouvrage de 460 pages est dirigé par trois universitaires reconnus : la professeur de lettres Emmanuelle Hénin, le professeur d’histoire Pierre Vermeren et le linguiste Xavier-Laurent Salvador, par ailleurs directeur de l’observatoire du décolonialisme.

Dans la bataille culturelle qui se joue actuellement entre wokes et antiwokes, le livre pourrait être un tournant. Il démontre d’abord la faiblesse intellectuelle du wokisme. « Ce qui caractérise le mouvement woke, c’est son ignorance et la pauvreté abyssale des raisonnements qu’il propose, ce n’est clairement pas une idéologie charpentée, structurée comme pouvait l’être le marxisme ou le maoïsme », analyse Emmanuelle Hénin avant de pointer les contradictions évidentes du mouvement : Ne pas cesser de revendiquer les droits des femmes tout en clamant que la femme n’existe pas, il faut le faire. Encore hier, je suis tombée sur la vidéo d’une enseignante à Sciences Po expliquant qu’on ne peut pas garder la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” car le mot “fraternité” exclut les femmes. Ce type de raisonnement absurde, on en trouve à la pelle par des gens qui sont pourtant professeurs ou professeurs des universités », raconte-t-elle au téléphone, mi-amusée, mi-dépitée. Et de conclure : « Nous sommes dans un délire idéologique, mais plus profondément dans une contre-révolution scientifique. »

Pour les auteurs, le wokisme, comme l’indique le titre de leur ouvrage, est moins une idéologie qu’une nouvelle forme d’obscurantisme inaugurant un âge de la bêtise. S’il se réclame d’une démarche scientifique et se pare de la légitimité universitaire, il n’est rien d’autre qu’un charabia pseudo-intellectuel fondé sur quelques mots-clés : « hétéropatriarcat », « racisme systémique », « culture du viol », « intersectionnalité »… Le caractère grotesque des sujets de recherche à la mode, qu’énumère Emmanuelle Hénin dans son introduction et qui attirent les financements au détriment de recherches fondamentales, est édifiant : « Musicologies gaies, lesbiennes et queer » ; « hétéronormativité dans les sources : représentations et transgressions de l’injonction hétérosexuelle » ou encore « Contre-je : genre et énonciations minoritaires en littérature ».

Des institutions gangrenées

Aux yeux des auteurs, le wokisme constitue une incroyable régression de la rationalité au cœur même du temple de la raison et du savoir que devrait être l’Université. Ils y voient aussi une défaite de l’universalisme et une dérive totalitaire car cet obscurantisme s’impose par la terreur intellectuelle et la censure (annulation de colloques et de conférences, marginalisation et diabolisation des chercheurs non woke), et applique à tous les sujets une même grille de lecture identitaire et manichéenne opposant systématiquement les « dominés » aux « dominants », c’est-à-dire les femmes et les minorités (qu’elles soient ethniques, religieuses ou sexuelles) au « mâle blanc hétérosexuel occidental ». Le wokisme, en plus d’aggraver le déclin de l’enseignement et de forger une jeune génération d’ignorants, alimente ainsi les fractures communautaires et vient légitimer la rhétorique séparatiste des islamistes.

samedi 3 mai 2025

Combien d’enfants par femme pour éviter l’extinction d’une lignée familiale ? (2,7)

Si le seuil de renouvellement des générations est de 2,1 enfants par femme environ, il est plus élevé lorsqu’on considère des lignées uniques (votre descendance directe).


En France, où la mortalité infantile est inférieure à la moyenne mondiale, le taux de remplacement des générations est de 2,06 enfants par femme.

Avec la baisse du taux de natalité dans la majorité des pays, la question de la valeur du seuil de renouvellement des générations, le nombre d’enfants par femme qu’il faut atteindre pour stabiliser une population et éviter qu’elle ne décline, se pose de manière aiguë. Une étude japonaise parue dans la revue Plos One estimerait aujourd’hui « que les populations humaines ont besoin d’au moins 2,7 enfants par femme - un taux de fécondité bien plus élevé que ce que l’on pensait jusqu’à présent- pour éviter de manière fiable une extinction à long terme », selon un communiqué qui accompagne l’étude. Ce chiffre est en effet bien au-delà du seuil de 2,1 enfants par femme communément admis pour atteindre un équilibre démographique, et un renouvellement des générations sans augmentation ni diminution de la population.

L’argument des chercheurs japonais est que l’estimation habituelle du seuil de renouvellement ne prend pas assez en compte certains aspects aléatoires, comme des variations imprévisibles de la fécondité des individus d’une génération à l’autre, un phénomène appelé «stochasticité démographique».

Le « résultat » de 2,7 enfants par femme est donc l’illustration assez « logique que la probabilité d’extinction d’une seule lignée est assez élevée, car il peut y avoir des générations sans aucun enfant, pour des raisons diverses, des accidents ou des personnes infertiles », remarque Gilles Pison, professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle et conseiller à la direction de l’INED

Rappelons que le seuil de 2,1 de renouvellement des générations n’est pas un paramètre absolu, mais le résultat pour les pays développés d’un calcul réalisé à partir de deux paramètres. Le premier d’entre eux est assez inattendu, et prend en compte le léger déséquilibre entre les sexes à la naissance, « avec en moyenne sur la planète 105 garçons pour 100 filles», rappelle Gilles Pison. Or pour des raisons assez facilement compréhensibles, ce léger déficit de femmes augmente à 2,05 le nombre d’enfant que chacune d’entre elles doit avoir pour stabiliser une population.

« Avortements sélectifs »


La situation peut se compliquer pour les pays, notamment en Asie, où les gens ont favorisé les naissances masculines, pour des raisons culturelles. «Dans des États comme la Chine, la Corée du Sud et le Vietnam, l’introduction d’appareils d’échographie portables ont permis de connaître le sexe de l’embryon avant le troisième mois de grossesse, et de procéder à des avortements sélectifs », raconte Gilles Pison. « En Chine, le déséquilibre a ainsi atteint un pic de 118 garçons pour 100 filles à la naissance dans les années 2000, ce qui fait mathématiquement grimper le seuil de renouvellement à plus de 2,2 enfants par femme.» Et vingt ans plus tard, malgré une politique visant désormais 3 enfants par femme en Chine, la courbe de fécondité poursuit sa descente, autour de 1 enfant par femme. Dans ce contexte, la pénurie de femmes ne fait qu’aggraver la situation, ce qui entraîne un vieillissement rapide du pays et une baisse rapide de sa population.

Le deuxième facteur pour calculer le seuil de renouvellement, et de loin le plus important, est celui de la mortalité qui survient avant l’âge de la maternité. Avec 24 femmes pour 1 000 qui meurent avant de pouvoir avoir enfant, cela fait passer le seuil de renouvellement de 2,05 au fameux 2,1. En France, où la mortalité infantile est inférieure à la moyenne mondiale, le taux de remplacement des générations est de 2,06 enfants par femme.

Mais dans les pays avec un plus fort taux de mortalité, ou dans le passé, les seuils pouvaient être bien plus élevés. «Sous l’ancien Régime, où seulement 55% des naissances féminines parvenaient à l’âge de 33 ans, âge moyen à la maternité, le taux de remplacement était 2,05 divisé par 0,55, soit 4,6 enfants par femme, ce qui explique que malgré une fécondité un peu supérieure à 5 enfants par femme, la population ne s’accroissait que lentement », rapporte Hervé Le Bras. En Nouvelle-France, la situation était différente, voir encadré ci-dessous.

D’après la Banque mondiale, le taux de fertilité planétaire était de 2,3 en 2020, il est aujourd’hui voisin de 2,2 et il devrait poursuivre sa baisse. La population mondiale devrait ainsi atteindre un pic prochainement, autour de 10,3 milliards dans les années 2080, selon les Nations unies, avant de commencer à décroître inexorablement. 

En Nouvelle-France (principalement le Canada, centré sur la vallée du Saint-Laurent), la dynamique démographique était significativement différente de celle en France, avec une croissance rapide de la population malgré un faible apport migratoire.

En effet, les femmes en Nouvelle-France avaient environ 30 % d’enfants de plus que leurs homologues en France métropolitaine (voir les travaux d’Hubert Charbonneau ou du PRDH). La fécondité moyenne était d’environ 6 à 7 enfants par femme, voire plus pour les couples stables, grâce à plusieurs facteurs :  

  • Mariage précoce : Les femmes se mariaient plus jeunes (souvent entre 20 et 22 ans), ce qui allongeait leur période de fécondité.
  • Conditions de vie : Les colons bénéficiaient d’une alimentation abondante (viande, poisson, eau pure) et de bonnes conditions de conservation des aliments en hiver, contrairement aux crises de subsistance fréquentes en France. Yves Landry note que « les Canadiens avaient une alimentation exceptionnelle pour l’époque », ce qui réduisait la malnutrition et soutenait la santé reproductive.  

Notons un autre facteur qui influença la croissance démographique: la mortalité infantile plus faible en Nouvelle-France. En effet, bien que la mortalité infantile existât, elle était moindre qu’en France grâce à un environnement moins insalubre et à l’absence de grandes épidémies urbaines. Cette dynamique s’est poursuivie jusqu’au XVIIIe siècle, faisant des Canadiens une population majoritairement issue de la croissance naturelle plutôt que de l'immigration.

Contrairement à la France métropolitaine, où une fécondité de plus de 5 enfants par femme ne suffisait qu’à une croissance lente en raison d’une mortalité élevée (55 % des filles survivant jusqu’à 33 ans, nécessitant 4,6 enfants pour le remplacement), la Nouvelle-France connaissait une croissance démographique rapide. Avec une fécondité de 6 à 7 enfants par femme, une mortalité moindre, des mariages précoces et des conditions de vie favorables, la population a explosé, passant de 3 300 en 1666 à 90 000 en 1763. 

vendredi 2 mai 2025

Vance et Rubio condamnent l'établishment politique allemand qui peut désormais écouter les communications privées de l'AfD (m à j)

L'appareil « démocratique » au pouvoir s'explique:

Même en mettant de côté la question de savoir si l'Office fédéral de protection de la constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz) puisse réellement être considéré comme « indépendant » plutôt que l'émanation d'une certaine culture et parti-pris en place, il est frappant de constater que, si l'on suit la logique sous-jacente avancée ci-dessus, toute décision d’un tribunal serait acceptable — même une condamnation à mort pour avoir porté un béret rouge disons — dès lors que ce tribunal serait indépendant et appliquerait des règles, aussi absurdes soient-elles. Ce raisonnement ne relève plus de la démocratie, mais d’une bureaucratie aveugle. Rappelons que l'interprétation des règles est sujette à une large dose de partialité et d'inventivité quand les magistrats veulent obtenir un verdict précis.

« Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » (Giraudoux, 1935)

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Selon Le Monde, l’Office fédéral allemand de protection de la Constitution a annoncé ce vendredi 2 mai 2025 avoir classé l’ensemble du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) comme un mouvement « extrémiste de droite avéré ». Cette décision, prise après la percée historique de l’AfD aux législatives du 23 février (plus de 20 % des voix), permet désormais une surveillance renforcée, y compris des communications privées. Depuis ces élections, l'AfD est en progression dans les sondages, prenant même la tête dans plusieurs grands sondages, voir ci-dessous.

Le parti, mené par Alice Weidel et Tino Chrupalla, a dénoncé un « coup dur pour la démocratie allemande » et une décision « motivée politiquement ». Le service de renseignement estime que l’idéologie de l’AfD « dévalorise des groupes entiers de la population » et n’est « pas compatible avec l’ordre démocratique fondamental ».

Il est notamment reproché à l’AfD son hostilité « globale » envers les migrants et les musulmans, et sa « propagation continue de préjugés » à leur encontre. Déjà, plusieurs branches locales et l’organisation de jeunesse du parti étaient classées comme extrémistes. Cette nouvelle classification pourrait relancer le débat sur une éventuelle interdiction du parti.

Il est frappant de voir à quel point la justification de cette décision est explicitement politique, sans doute le Service du renseignement et l'Office fédéral de la protection de la constitution ne s'en rendent simplement pas compte parce qu'ils croient sincèrement que quiconque n'est pas d'accord avec eux sur l'immigration est une personne foncièrement mauvaise. Mais ces mêmes personnes se permettent de donner des leçons au monde entier sur la « démocratie ».




Le ministre des Affaires étrangères américain, Marco Rubio,  a condamné ces mesures:
L'Allemagne vient de donner à son agence d'espionnage de nouveaux pouvoirs pour surveiller l'opposition.  Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie déguisée.

Ce qui est vraiment extrémiste, ce n'est pas la populaire AfD - qui est arrivée en deuxième position lors des dernières élections - mais plutôt les politiques d'immigration à frontières ouvertes de l'establishment, auxquelles l'AfD s'oppose.

L'Allemagne devrait faire marche arrière.


 Le vice-président américain a ajouté: 
L'AfD est le parti le plus populaire d'Allemagne, et de loin le plus représentatif de l'Allemagne de l'Est. Aujourd'hui, les bureaucrates tentent de le détruire.

L'Ouest a abattu le mur de Berlin ensemble. Il a été reconstruit, non pas par les Soviétiques ou les Russes, mais par la classe politique allemande.

 


 

L'Italie va exiger l'approbation des parents avant les cours d'éducation sexuelle

Le gouvernement italien veut exiger une approbation écrite des parents avant les cours d'éducation sexuelle. Les écoles devront aussi détailler en début d'année scolaire le matériel didactique utilisé, le déroulement et l'objectif de ces cours. Ils n'étaient jusqu'ici pas obligatoires à l'école.

Via un décret-loi, le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni veut "garantir [...] le consentement préalable et éclairé des familles concernant les activités scolaires liées à la sexualité", peut-on lire dans un communiqué diffusé mercredi à l'issue d'un conseil des ministres.

Les écoles devront partager au début de l'année scolaire le matériel didactique utilisé, l'objectif des cours ainsi que la manière dont ils vont se dérouler. Un consentement écrit préalable des parents sera requis "pour la participation aux activités extrascolaires et à celles qui s'inscrivent dans le cadre de l'élargissement de l'offre éducative portant sur des sujets liés à la sexualité", selon le communiqué.

En cas de refus, le corps enseignant devra offrir aux élèves une alternative, dont le lien avec ces thématiques n'est pas encore clair.

Selon cette nouvelle loi, les écoles primaires – qui accueillent des enfants jusqu'à 11 ans – devront aussi limiter les cours d'éducation sexuelle strictement à une approche biologique et reproductive de la sexualité. La coalition de droite au pouvoir souhaite notamment que les questions d'homosexualité, de transidentité et d'identité sexuelle ne soient pas abordées.

Tentative de dissuasion

Les initiatives en vue de rendre les cours d'éducation sexuelle obligatoires à l'école ont eu peu d'écho par le passé en Italie. La Première ministre Giorgia Meloni se décrit comme une "mère chrétienne" et a remporté les élections législatives de 2022 en défendant les valeurs familiales traditionnelles. Le Vatican, quant à lui, exerce toujours une influence considérable sur le pays, rendant le sujet de l'éducation sexuelle largement tabou.

Le débat autour de l'introduction de ces cours à l'école aurait été ouvert avec le meurtre fin 2023 d'une étudiante de 22 ans, violemment poignardée par son ex-petit ami. (Est-ce que en savoir plus sur la biologie ou déconstruire les stéréotypes comme c'est devenu typique dans ces cours aura des effets positifs globaux?) Ce meurtre avait choqué le pays et les réactions auraient contraint le gouvernement italien à accepter de rendre obligatoire l'éducation sexuelle, en l'accompagnant d'une éducation affective.

mercredi 30 avril 2025

L’écologisme tue-t-il ?

L’écoanxiété semble être l’un des soubassements du geste criminel de l’adolescent de 16 ans qui, à Nantes, le 24 avril dernier, a poignardé plusieurs de ses condisciples de lycée dont l’un, une jeune fille, criblée de 57 coups de couteau, est décédée. Ce terrible fait divers doit, selon le politologue Guillaume Bernard, alerter sur le caractère mortifère de l’idéologie écologiste quand elle est instrumentalisée contre l’espèce humaine. 



Quand il est au pouvoir ou qu’il peut l’influencer, l’écologisme se révèle autoritaire et punitif. Avec les zones à faible émission dans les métropoles, il discrimine socialement et relègue spatialement les pauvres qui ne peuvent pas acheter de voitures électriques.

En préconisant l’installation d’éoliennes qui défigurent le paysage, l’écologisme apparaît de plus en plus comme une “escrologie” de “bobos” au détriment des “ploucs” de la campagne où, pourtant, une véritable écologie est pratiquée avec le recours à l’agriculture biologique et aux circuits courts de distribution.

L’écologisme tue les libertés

L’écologisme est intrinsèquement autoritaire : il porte en lui la propension à prétendre orienter les comportements non seulement individuels (comme pour la consommation alimentaire avec le véganisme), mais aussi collectifs. Il fait fi des intérêts nationaux en favorisant la mise en jachère de terres agricoles et en remettant en cause la production nucléaire d’électricité. Il justifie l’interdiction de certaines activités par le principe de précaution.

Sous prétexte d’incertitude et en raison de l’existence d’un risque — comme si elles n’étaient pas, toutes deux, permanentes et propres à toutes les activités humaines —, le principe de précaution conduit à l’abstention consentie par les uns (les gouvernés), à l’interdit prononcé par les autres (les gouvernants) et à l’intériorisation de la peur paralysante par tous. Contrairement aux apparences, ce principe est l’exact contraire de la prudence, qui suppose, malgré le doute, de trancher, qui appelle à exercer, en fonction des circonstances, un choix en pesant le pour et le contre. C’est ainsi que l’écologisme usurpe et travestit les préoccupations écologiques traditionnelles.

L’écologisme tue la civilisation

Dans une démarche philosophique classique, celles-ci rappelaient à l’homme qu’il s’inscrit dans un ordre cosmologique des choses qui le dépasse où règnent des lois qu’il ne peut violer impunément. Sa responsabilité implique une position de maître de la nature : encadrée et domestiquée, celle-ci est indissociable de la société et de sa culture. Mais l’écologisme est tout autre. S’il prend le masque souriant de la légitime lutte contre d’immoraux gaspillages et une pollution incontrôlée, son véritable visage est celui de la haine.

L’écologisme déteste la nature culturelle de l’être humain : il veut déconstruire l’homme enraciné pour le reconstruire, d’où sa défense du progressisme “sociétal”. L’écologisme ne prend pas la défense de l’ordre naturel : il a en haine la civilisation, d’où sa préconisation de la décroissance et sa promotion de l’immigrationnisme. Le cas de Noël Mamère est, à ce titre, emblématique : il s’est prononcé en faveur du port du voile islamique à l’école et il est celui qui, alors maire de Bègles, a célébré, en 2004, à l’époque en infraction à la loi, un « mariage » homosexuel.

L’écologisme tue l’humanité

Il n’est pas question de faire un procès d’intention à tous ceux qui — comme l’assez sympathique José Bové logiquement hostile tant à la PMA qu’aux OGM — affichent des préoccupations environnementales. Mais il est clair que, pour certains, l’écologie n’est que le cheval de Troie d’une idéologie masochiste et nihiliste. Sous prétexte que la technoscience (qui, effectivement, peut ne pas agir avec prudence et enfreindre les lois de l’ordre naturel) fait courir des risques à l’homme, l’écologisme en déduit que l’être humain n’est qu’un parasite de la nature. Cela le conduit à mêler malthusianisme et panthéisme.

La réduction de la population est devenue un objectif affiché, la taxe carbone devant être l’instrument fiscal rendant, pour les récalcitrants, les naissances financièrement insoutenables. Qu’importe que la nature, déifiée, puisse être hostile à l’homme quand elle est libre de toute entrave. Homo sapiens est ravalé au rang d’une espèce animale parmi les autres, toutes étant mises sur un pied d’égalité (antispécisme). La sauvegarde de la planète ainsi que des espèces animales et végétales finit par compter plus que la défense du bien-vivre de l’humanité.

Le jeune meurtrier de Nantes semble bien avoir été modelé par l’écologisme. Dans son manifeste envoyé quelques minutes avant son passage à l’acte, il en professait explicitement les principes idéologiques : « L’arbre n’est plus un esprit, c’est une matière première. L’animal n’est plus un frère, c’est une marchandise. » Et, plus loin : « Nous devons redevenir sauvages, […] retrouver la place que la Terre nous réservait avant que nous la trahissions. » Décidément, l’écologisme tue !
 

Source : Valeurs actuelles

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches, est historien des institutions et des idées politiques ; il est notamment l’auteur de “La guerre à droite aura bien lieu, le mouvement dextrogyre” (Desclée de Brouwer).

 

mardi 29 avril 2025

Hongrie — Pour relancer la natalité, Viktor Orban exempte les mères d’au moins 2 enfants d’impôts à vie



Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a instauré une mesure destinée à stimuler la natalité : toute femme ayant au moins deux enfants bénéficie d'une exonération fiscale à vie.

Dans le cadre de la politique nataliste de Viktor Orban, le Parlement hongrois a adopté mardi un ensemble de mesures prévoyant une exonération fiscale à vie pour toutes les mères ayant au moins deux enfants comme le relate CNews. À partir de l’an prochain, cette mesure concernera d’abord les femmes de moins de 40 ans, avant de s’élargir progressivement aux mères de plus de 60 ans d’ici 2029, conformément au texte voté à une large majorité.

Depuis 2020, seules les mères de quatre enfants ou plus bénéficient d’une exonération fiscale en Hongrie. Le Premier ministre Viktor Orban étend cette mesure pour lutter contre le déclin démographique, alors que la population est passée de 10,7 à 9,5 millions depuis 1980. Crèches gratuites, aides au logement ou « prêts bébé » : les incitations se multiplient, mais leurs effets restent limités et leur coût est élevé.

Un coût estimé à 2,3 milliards d’euros

À l’horizon 2029, le coût total de ces mesures est estimé à 2,3 milliards d’euros. Un investissement conséquent que Viktor Orban assume pleinement : selon lui, ce programme de réduction d’impôts, présenté comme « le plus ambitieux d’Europe », transformera la Hongrie en un véritable havre fiscal pour les familles. Il y voit un levier stratégique pour enrayer le déclin démographique tout en renforçant les valeurs familiales traditionnelles.

La Hongrie s’est fixée pour objectif d’atteindre un indice de fécondité de 2,1 d’ici 2035, seuil considéré comme nécessaire au renouvellement des générations. Actuellement, le taux s’élève à 1,52 enfant par femme, bien en dessous de celui de pays comme la France (1,79), mais supérieur à celui du Québec (1,38). Par cette politique nataliste, Viktor Orban et son gouvernement conservateur entendent relancer une démographie en déclin.

Les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé au monde, mais se trouve en queue de classement pour de nombreux paramètres.


Avec environ 43 % des adultes obèses, les États-unis présentent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %).

C’est l’une des plus grandes puissances économiques du monde, et pourtant sa population ne se porte pas mieux qu’ailleurs. Au contraire : non seulement la santé des Américains est en moyenne moins bonne que dans la plupart des autres pays développés, mais elle se dégrade. L’espérance de vie en est un exemple frappant : alors qu’elle était comparable à celle des pays européens jusqu’aux années 1970, sa progression s’est peu à peu ralentie et la tendance s’est même inversée à partir des années 2010. Désormais, un Américain vit en moyenne 76,4 ans, soit quatre années de moins que dans les 38 pays membres de L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), et près de sept ans de moins qu’en France. Et pourtant, les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé par habitant au monde. Un paradoxe qui révèle de profondes défaillances.

« Le fait que l’espérance de vie baisse aux États-unis est vraiment une exception, car elle continue de progresser dans les autres pays occidentaux », note Céline Jaeggy, ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington. Pour ce paramètre, le pays occupe désormais la 32e position sur 38, entre la Pologne et la Colombie. Si ce phénomène touche de plein fouet les populations les plus défavorisées des États-Unis, il n’épargne pas non plus les plus riches. En effet, une récente étude a montré que même les Américains les plus fortunés ont une espérance de vie plus courte que leurs homologues européens, et plus proche de celle des habitants les plus pauvres d’Europe du Nord et de l’ouest.


L’espérance de vie n’est pas le seul indicateur de santé en berne aux États-Unis, comme le révèle un rapport de L’OCDE, publié fin 2023. Le pays se situe aussi en queue de classement pour la mortalité évitable, qui dénombre les vies qui auraient pu être sauvées par de la prévention ou des soins (maladies infectieuses, crises cardiaques, alcoolisme, BPCO, toxicomanie, suicide, etc.). Les États-Unis comptent ainsi 336 décès évitables pour 100 000 habitants, contre 237 dans L’OCDE et 160 en France.

Les chiffres concernant la santé des mères et des nouveau-nés ne sont guère plus réjouissants. La mortalité maternelle - c’est-à-dire le décès d’une femme pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse - s’établit à 21 femmes sur 100 000 aux États-unis, soit deux fois plus que la moyenne de L’OCDE. Très récemment, une étude a non seulement montré que ce chiffre a bondi de 27 % ces quatre dernières années, mais aussi que certains États sont plus concernés que d’autres, avec des taux allant jusqu’à 60 décès parmi 100 000 femmes enceintes.

Bien que l’écart avec les autres pays soit moins important, la mortalité infantile n’affiche pas non plus de bons résultats : 5,4 enfants sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire aux Étatsunis, contre 3,6 en France et 4 en moyenne dans L’OCDE. Un chiffre qui semble faible mais qui, rapporté au nombre de naissances aux USA, représente environ 19 000 décès par an !

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité », estime Céline Jaeggy, auteur d’une analyse récente sur le système de santé américain. L’obésité est en effet « un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer », rappelle L’OCDE dans son rapport. Cela rend également la grossesse et l’accouchement plus à risque, ce qui peut en partie expliquer les mauvaises performances en la matière.

Or, avec environ 43% des adultes obèses, les États-unis affichent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %). Sans surprise, la prévalence du diabète est également très élevée, avec 11% de la population concernée. « Même si cela ne reflète pas réellement l’état du système de santé, le fait que le taux d’obésité soit si élevé montre l’échec des politiques de prévention et cela permet de comprendre pourquoi certains indicateurs sont mauvais », poursuit Céline Jaeggy.

En plus de l’épidémie d’obésité, les États-unis font également face à une crise sanitaire sans précédent due aux opioïdes depuis les années 2000. Ces antidouleurs puissants dérivés de l’opium y sont même devenus la première cause de mortalité évitable avant 50 ans, loin devant les accidents de la route et les décès par armes à feu. « Cette crise explique en partie la baisse de l’espérance de vie, commente Céline Jaeggy. Parce qu’elle a été créée par le système de santé, elle touche davantage les populations caucasiennes à faibles revenus, qui ont un accès minimum aux soins, davantage que les Hispaniques et les Noirs américains. »

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité, qui est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer » Céline Jaeggy ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington

À l’heure actuelle, les États-unis enregistrent 223 décès liés aux opioïdes par million d’habitants, ce qui place le pays en tête du classement, très loin devant la moyenne de L’OCDE (30 décès par million d’habitants). Une tendance dramatique qui ne semble pas s’améliorer : ce taux a été multiplié par deux en seulement dix ans. Au total, environ 727 000 personnes sont décédées de cette manière ces vingt dernières années aux États-Unis.

Outre la faible proportion de fumeurs (8,8 % versus 25 % en France), il y a en revanche un domaine où les États-unis excellent : « Ils dépensent beaucoup plus que les autres pays, près de 17 % de leur PIB sont consacrés à la santé », rapporte Brigitte Dormont, professeur émérite d’économie à l’université Paris Dauphine. En 2021, les États-unis ont ainsi dépensé 12500 dollars par habitant, soit deux fois plus que la France, en tenant compte des différences de pouvoir d’achat. « Pourtant, ils ont de très mauvais résultats, c’est ce que certains appellent le “puzzle” américain », poursuit-elle.

Un paradoxe qui s’explique avant tout par le fonctionnement du système de santé, souligne Zeynep Or, directrice de recherche à l’irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé). « En France, il existe une assurance-maladie publique et universelle, tout le monde est couvert. Ce n’est pas le cas aux États-unis, où c’est un modèle d’assurance privée, rappelle l’économiste. Comme avec n’importe quelle assurance, les primes sont proportionnelles aux risques de santé des individus. Donc si vous avez certaines maladies, les primes seront plus élevées. Et surtout, elles augmentent avec l’âge. »

Environ la moitié des Américains sont couverts par une assurance proposée par leur employeur, comme l’a imposé l’obamacare en 2015 aux entreprises de plus de 50 salariés. « Le montant de la prime annuelle pour une famille américaine moyenne est d’environ 21000 dollars, dont les trois quarts sont pris en charge par l’entreprise, ce qui laisse environ 6 000 dollars à payer par l’assuré», illustre Céline Jaeggy. Mais certaines entreprises ont trouvé la combine pour échapper à cette obligation qui ne concerne que les salariés travaillant plus de 30 heures hebdomadaires : embaucher à temps partiel.

Par ailleurs, le fait d’être couvert ne signifie pas que tous les soins seront pris en charge. «Les assurances peuvent prévoir des franchises ou encore une part non remboursée du prix de consultation et souvent, elles ne couvrent pas les soins dentaires ou optiques », indique Céline Jaeggy. Selon elle, environ 30 millions de personnes assurées seraient en difficulté pour faire face à leurs dépenses de santé.

En plus de cela, 26,4 millions de personnes n’ont pas d’assurance santé, selon l’administration américaine, soit 8 % de la population. Il existe pourtant deux caisses publiques d’assurance-maladie : Medicaid, pour les familles pauvres avec enfants, et Medicare, pour les 65 ans et plus. Environ 36% de la population est couverte de cette manière. Mais les critères d’accès sont drastiques. « Par exemple, une mère célibataire qui gagne l’équivalent du SMIC (salaire minimal) n’est pas assez pauvre pour être éligible », rapporte Zeynep Or.

Dans les années 2010, sous l’ère Obama, des réformes avaient permis d’abaisser le seuil d’éligibilité. Mais il appartient aux États de les appliquer ou non. Résultat : beaucoup de personnes restent sur le carreau. « Il y a beaucoup de trous dans la raquette, souligne Brigitte Dormont. Si vous travaillez à votre compte, que vous êtes pauvre mais pas assez ou encore que vous êtes pauvre et sans enfant, vous n’avez droit à rien. »

En parallèle de cela, le prix des soins n’est pas réglementé et est donc très élevé. «Un médicament payé 10 euros en France coûte deux à trois fois plus cher aux États-unis, même en tenant compte des différences de pouvoir d’achat», indique Zeynep Or. Les honoraires des médecins sont également plus élevés. « Le coût de la consultation n’est pas encadré, les généralistes sont payés environ 2,5 fois plus, et les spécialistes, 5 fois plus. Cela s’explique en partie par le fait qu’ils doivent rembourser leurs études et que le coût de leur propre assurance est très important», analyse Céline Jaeggy.

Mi-avril, le Washington Post a indiqué que le gouvernement de Donald Trump envisagerait de réduire de 40 milliards de dollars le budget du ministère américain de la Santé. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait déjà commencé une profonde refonte de cette administration, en supprimant près d’un quart de ses effectifs. « Ce n’est que le début, la situation va s’aggraver, estime Zeynep Or. Non seulement l’administration Trump est farouchement opposée aux assurances publiques, mais elle est aussi une ardente défenseur de l’économie libérale. Cette vision interdit la régulation du marché de la santé et celui des assurances. Mais tous les indicateurs montrent clairement que l’intervention publique et des règles sont nécessaires pour obtenir des résultats satisfaisants et surtout favorables à la santé de la population », conclut la spécialiste.

Source : Le Figaro

Portugal — en dix ans, la part des naissances de mères étrangères a doublé pour atteindre 33 %

En l'espace de trois ans, la part des naissances de mères nées à l'étranger au Portugal est passée de 21,5 % à 33 %. Dans la région métropolitaine de Lisbonne, plus de 47 % des naissances sont le fait de migrantes.