En Afrique du Sud, à l'issue des récentes élections ayant privé l’ANC de sa majorité absolue, un gouvernement de coalition s'est donc instauré. Toutefois, il est paradoxal de constater que, malgré une quasi-similitude des programmes politiques entre l’ANC, l’Umkhonto we Sizwe et les EFF, les animosités personnelles entre leurs dirigeants respectifs (Cyril Ramaphosa, Jacob Zuma et Julius Malema) ont prévalu et ont conduit à la formation d'une alliance pour le moins inhabituelle. Cette nouvelle coalition associe l’ANC à la la DA (Democratic Alliance), le parti des minorités ethniques.
Ainsi gouverneront ensemble un parti qui prône un renforcement de la discrimination anti-blanche (Black empowerment) qui plaide pour la condamnation d’Israël pour génocide et dont tous les députés ont soutenu la saisie des fermes appartenant aux Blancs (dans un laps plus ou moins long), et un parti blanc qui s'oppose à cette discrimination raciale, soutient Israël et s'oppose à la saisie des fermes des Blancs…
Cette alliance singulière suscite les accusations d'une trahison des principes de l’ANC de la part de l’EFF et de l’Umkhonto we Sizwe qui y voient une manœuvre destinée à préserver postes, prébendes et privilèges des cadres l’ANC. Ces partis d'opposition appellent en conséquence tous les Noirs à se rallier à leur cause…
Billet du 3 juin
Résultats (le parlement compte 400 sièges) :
| Parti |
Voix |
Sièges |
Différence |
Ligne politique |
| ANC | 40,18 % | 159 | ▼ 71 | nationalisme africain
au pouvoir depuis la fin de l'apartheid, parti du président Ramaphosa |
| DA | 21,81 % | 87 | ▲︎ 3 | parti des minorités ethniques, libéral au niveau économique |
| MK | 14,58 % | 58 | ▲︎ 58 | parti fondé par
l'ancien président Zuma, anti-Ramaphosa, nationalisme zoulou et populisme |
| EFF | 9,52 % | 39 | ▼ 5 | propose
de nationaliser les entreprises « stratégiques » et d’exproprier
les terres des blancs sans compensation |
| IFP | 3,85 % | 17 | ▲︎ 3 | nationalisme zoulou, conservateur |
| PA | 2,06 % | 9 | ▲︎ 9 | défense des intérêts des
métis (surtout du Cap occidental), anti-immigration, se dit centriste au niveau
économique |
| VF+ | 1,36 % | 6 | ▼ 4 | conservateurs afrikaners
|
L'ANC, autrefois dirigé par Nelson Mandela, a remporté 159 sièges sur les 400 que compte le parlement lors des élections de mercredi, contre 230 lors de l'assemblée précédente.
M. Ramaphosa a néanmoins qualifié les résultats de victoire pour la démocratie, appelant les partis rivaux à trouver un terrain d'entente et se préparant apparemment à des pourparlers de coalition.
Le parti de l'opposition, l'Alliance démocratique (DA), s'est déclaré ouvert à des pourparlers de coalition avec M. Ramaphosa, mais il s'oppose à un certain nombre des grandes priorités de son gouvernement.
Une fois tous les votes comptés, l'ANC a obtenu 40 % des voix, contre 58 % lors de l'élection précédente, a annoncé la commission électorale dimanche.
Selon les analystes, ce résultat est inférieur au scénario le plus pessimiste que le parti craignait, à savoir 45 %. L'ANC doit maintenant former une coalition pour former le prochain gouvernement.
Les partis politiques sud-africains ont deux semaines pour trouver un accord de coalition, après quoi le nouveau parlement siégera pour choisir un président.
Toutefois, le parti arrivé en deuxième place (DA) s'oppose à deux des grandes priorités de l'ANC : les politiques racialistes de discrimination anti-blancs et le projet de loi sur l'assurance maladie nationale (NHI), qui promet des soins de santé universels pour tous.
L'ANC a déclaré que ces deux politiques n'étaient pas négociables dans les pourparlers de coalition.
L'ancien président Jacob Zuma, qui dirige aujourd'hui le parti uMkhonto weSizwe (MK, le fer de lance en zoulou), arrivé en troisième position avec 58 sièges, n'a pas assisté à l'annonce des résultats et avait laissé entendre qu'il pourrait les contester.
Le MK a déclaré qu'il serait prêt à travailler avec l'ANC, mais pas tant qu'il serait dirigé par M. Ramaphosa.
Ce dernier a remplacé M. Zuma en tant que président et chef de l'ANC à la suite d'une lutte de pouvoir acharnée en 2018.
Dans une interview accordée à la BBC, Patrick Gaspard, qui a été ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud de 2013 à 2016, a décrit les deux hommes politiques comme des « ennemis jurés ».
Plus tôt dans la journée de dimanche, M. Zuma a appelé à un nouveau scrutin et a déclaré que la commission électorale ne devrait pas annoncer les résultats définitifs.
Samedi, il a averti la commission qu'elle « nous provoquerait » si elle ignorait sa demande d'une nouvelle élection et d'une enquête indépendante sur les allégations de son parti selon lesquelles l'élection a été truquée.
« Ne créez pas de problèmes quand il n'y en a pas », a-t-il déclaré.On s'inquiète désormais de la réaction des partisans de M. Zuma aux résultats.
Créé il y a quelques mois à peine, le parti de M. Zuma a obtenu la plus grande part des voix dans la province zouloue pour les élections nationales, soit 44 % contre 19 % pour l'ANC.
Les questions locales pourraient avoir joué un rôle important dans ce changement, certains membres de la communauté ayant tourné le dos au parti ANC parce qu'il n'avait pas réussi à remédier aux graves pénuries d'eau.
Certaines parties de la province, comme Trenance Park, qui se trouve à seulement 20 minutes de route de la ville principale de Durban, n'ont pas d'eau du robinet depuis 10 mois.
Les habitants dépendent de camions-citernes qui, parfois, ne livrent pas l'eau à temps.
Les habitants du KwaZulu-Natal espèrent que maintenant que les élections sont terminées, le problème sera réglé pour de bon.
Un peu plus tôt, le chef de la police sud-africaine avait prévenu que les menaces de déstabilisation du pays ne seraient pas tolérées.
Julius Malema chef de l'EFF: « Nous n’appelons pas au massacre des Blancs, du moins pour l’instant », « je ne peux prévoir l'avenir », ceux qui s'offusquent sont des « pleurnicheurs ».
« Il ne peut y avoir de place pour des menaces d'instabilité afin d'enregistrer des objections ou des préoccupations concernant les processus électoraux », a déclaré le ministre de la police, Bheki Cele, lors d'une conférence de presse.
L'ANC a toujours obtenu plus de 50 % des voix depuis les premières élections démocratiques du pays en 1994, qui ont vu Nelson Mandela accéder à la présidence.
Mais le soutien au parti a considérablement diminué en raison de la colère suscitée par les niveaux élevés de corruption, de chômage et de criminalité.
« Il y a des dizaines de millions de jeunes dans ce pays que l'on appelle la génération née libre, née après 1994, après la fin de l'apartheid, et ils ont le sentiment que leur pays a subi une transformation politique, mais pas économique », a déclaré M. Gaspard à la BBC.
Il a ajouté qu'en 2015, « il devenait déjà très clair que l'ANC était sur une trajectoire descendante parce qu'il ne parvenait pas à fournir les services essentiels dans le pays », mentionnant en particulier les coupures d'électricité.
L'ANC a exclu que Cyril Ramaphosa se retire de la présidence malgré les résultats désastreux.
L'EFF a demandé les postes de ministre des Finances et de président de l'Assemblée nationale avant d'entamer les négociations de coalition.
La DA qualifie la possibilité d'un accord de l'ANC avec l'EFF et MK de coalition « apocalyptique ».
Billet du 18 mai
Les élections générales du 29 mai en Afrique du Sud seront les plus disputées depuis trois décennies de démocratie multiraciale. Le Congrès national africain, autrefois dirigé par Nelson Mandela, a remporté près de 70 % des voix il y a seulement 20 ans. Depuis lors, cependant, il est en déclin. Lors des dernières élections de 2019, il a obtenu 57,5 % des voix. Cette fois-ci, il aura du mal à gagner la moitié de l’électorat et à garder le contrôle de Gauteng et de KwaZulu-Natal, les deux provinces les plus peuplées des neuf provinces du pays.