jeudi 9 février 2023

Le français menacé par l’anglais à Bruxelles ?

La langue française est-elle menacée par la toute-puissance de l’anglais ? C’est la théorie soutenue par Jean-Paul Nassaux, historien et politologue, dans la revue française Les Cahiers de psychologie politique. Cet article intitulé « Le recul de la francophonie », engagé mais abondamment sourcé, s’est intéressé à la situation de la langue de Molière dans les instances européennes, dans le monde académique mais aussi, en particulier, à Bruxelles.

Cet auteur, qui collabore par ailleurs avec le Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques), plaide pour « un rééquilibrage linguistique où de grandes langues intermédiaires, dont le français, ne sont pas écrasées ».

S’exprimer en français à Bruxelles deviendra-t-il « de plus en plus comme parler wallon », ainsi que l’a prophétisé le philosophe Philippe Van Parijs ?

M. Nassaux juge incertain l’avenir de la langue française. « Il peut prendre la forme d’un basculement vers une position de simple langue vernaculaire ou se présenter sous un jour plus favorable avec la préservation d’un statut de langue mondiale. » S’exprimer en français deviendra-t-il « de plus en plus comme parler wallon », ainsi que l’a prophétisé le philosophe Philippe Van Parijs ?

« Organismes rebaptisés en anglais »

Sur le cas de notre capitale, le politologue estime qu’« on assiste à une forme de renoncement francophone », citant l’influence des milieux économiques, naturellement convertis à l’anglais, mais aussi des politiques. « On peut situer un tournant politique lors du changement de ministre -Président à la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort, socialiste, succédant à un autre socialiste, Charles Picqué (mai 2013), souligne Jean-Paul Nassaux. Le gouvernement régional a rebaptisé une série d’organismes publics d’un nom anglais, aux dépens de leur double appellation française et néerlandaise. La Société de développement régional de Bruxelles (SDRB) est ainsi devenue Citydev. brussels ; l’Agence bruxelloise pour l’entreprise (ABE), Impulse. brussels ; le Port de Bruxelles, Port of Brussels ; talent. brussels, perspective. brussels, etc. »

Le cabinet Vervoort précise que ce choix témoigne « d’un souci de simplification et de compréhension pour les citoyens ». « SDRB ou GOMB, c’est moins compréhensible que Citydev. » L’argument peut s’entendre. [Bof, il suffit de donner des noms plus courts et plus parlants en français à la place de sigles abscons.]

Jean-Paul Nassaux pointe par ailleurs les différences idéologiques entre les communautés, jugeant que « la Flandre, très majoritairement à droite, entend s’engager résolument dans les modifications structurelles prescrites par le néolibéralisme alors que la Wallonie, plus marquée à gauche, oppose une certaine résistance à une telle évolution ». De cette différence de visions découleraient bien des conséquences puisque « la propagation du néolibéralisme s’accompagne d’une expansion de l’anglais qui expulse progressivement les autres langues de diverses sphères de la vie sociale ».

Ce politologue et historien relève encore que, depuis 2000, un « nouveau mouvement bruxellois » s’est développé en mettant l’accent sur le multilinguisme, plutôt que le bilinguisme. Or, selon M. Nassaux, « l’insistance répétée à mettre l’accent sur la multiculturalité bruxelloise peut être comprise comme une façon de minimiser le caractère francophone de Bruxelles ».

Féliciter les Congolais (nombreux à Bruxelles) en anglais alors que leur langue nationale officielle est le français… Pascal Smet est un politicien socialiste flamand. Il est, depuis le 18 juillet 2019, secrétaire d’État bruxellois à l’urbanisme.

 « Une stratégie de certains Flamands »

Charles Picqué, ex-ministre -Président bruxellois, prolonge l’analyse. « L’usage exagéré de l’anglais peut aussi être une stratégie chez certains Flamands. Certains se disent : “On ne peut flamandiser cette ville, mais alors on va la défranciser”, souligne-t-il. J’ai par exemple été très étonné de voir, dans les textes préparatoires de “Bruxelles 2030, Capitale de la culture”, évoqués les mérites du multilinguisme de notre capitale. Or, ce multilinguisme a pour vocation et comme résultat d’affaiblir le français. Il faut être attentif à garder un équilibre sur la question de l’identité bruxelloise. »

Les revendications flamandes sont toutefois loin d’apparaître comme centrales dans le chef de ministres bruxellois. « Non, nous ne renonçons pas à la francophonie au profit de l’anglais, réagit la porte-parole de Rudi Vervoort. Bruxelles est une région bilingue à vocation internationale. Et lorsqu’on parle de promotion du multilinguisme aujourd’hui, c’est toujours d’abord la promotion du bilinguisme français/néerlandais, avant les autres langues, dont l’anglais, dans l’éducation ou l’apprentissage des langues. » [Mais pas dans l’affichage ou les noms d’entreprises ou de politiques, visiblement…] 

Source : La Libre (Belgique).

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Et l’angliche des eurocrates, c’est pour bientôt la sortie ?

 

Ontario — Exclu de son école catholique pour avoir dit qu’il n’y avait que deux genres, il est ensuite arrêté par la police

Un élève du secondaire de l’Ontario n’est plus autorisé à fréquenter son école catholique pour le reste de l’année parce qu’il a exprimé la conviction que Dieu n’a créé que deux sexes. De son côté, l’école affirme que sa présence serait « préjudiciable au bien-être physique et mental » d’étudiants transgenres. L’école l’a, par la suite, fait arrêter par police.

Josh Alexander, 16 ans, n’a pas été autorisé à fréquenter l’école secondaire catholique St. Joseph de Renfrew, en Ontario, depuis novembre dernier, lorsqu’il a organisé une manifestation en faveur du droit des filles à bénéficier de toilettes non mixtes après que deux filles se sont confiées à lui qu’elles n’étaient pas à l’aise de partager des espaces avec des étudiants de sexe masculin qui se disent transgenres.

Alexander avait également exprimé sa conviction qu’il n’y avait que deux sexes immuables lors d’une discussion en classe de droit, affirmant que les hommes devaient se servir de toilettes pour hommes et que les femmes celles pour femmes parce que leur « identité » ne changeait pas leur sexe biologique. 


Vidéo Rumble (en anglais). Rumble est censuré en France.

« Il était question d’étudiants masculins utilisant des toilettes féminines, de dysphorie de genre et d’allaitement masculin. Tout le monde partageait ses opinions sur le sujet, tous les élèves qui le souhaitaient participaient, y compris le professeur », a déclaré Alexander.

« J’ai dit qu’il n’y avait que deux genres, que l’on naissait homme ou femme, et cela m’a valu des problèmes. Et j’ai dit que le genre ne l’emporte pas sur la biologie. »

 Cela, a-t-il confié au Post Millennial, était considéré comme « offensant » et « intimidant » parce qu’il y avait un élève transgenre dans la classe.

L’élève de 11e année a d’abord été suspendu, mais après la fin de sa suspension, le directeur a pris la décision de l’« exclure » pour le reste de l’année. Les deux reviennent au même, mais une exclusion n’est techniquement pas disciplinaire.

« Ils usent d’une nuance lexicale pour dire qu’ils ne me disciplinent pas et qu’il s’agit simplement d’une forme d’exclusion pour protéger les autres étudiants », a expliqué Alexander. Cependant, tant qu’il reste exclu, il ne peut s’inscrire à aucun autre programme d’éducation.

« Je ne peux suivre aucune autre forme d’enseignement, car tant que je suis inscrit au conseil scolaire catholique, je n’ai pas le droit de m’inscrire ailleurs », a-t-il déclaré. « Donc, je suis inscrit, mais je ne suis pas autorisé à aller à l’école. Donc, en ce moment, je ne reçois aucune instruction. »



Lundi, Alexander est retourné en classe et a été rapidement accueilli par le directeur adjoint, arrêté par deux policiers locaux et accusé d’intrusion. Le désormais ancien élève de l’école secondaire catholique St. Joseph’s a déclaré au National Post dans une interview qu’il avait fait des commentaires lors d’une discussion en classe sur le genre.

Un avocat représentant Alexander a déclaré que l’école ne le laissera plus assister aux cours tant qu’il n’acceptera pas « de cesser d’utiliser l’ancien prénom d’un étudiant transgenre et de ne plus participer à deux cours de l’après-midi, car ces cours sont suivis par deux étudiants transgenres qui désapprouvent les croyances religieuses de Josh ». 

Alexander a déclaré au National Post qu’il n’avait jamais utilisé l’ancien prénom d’un autre élève après sa transition. Quant aux étudiants transgenres qui désapprouvent les croyances religieuses d’Alexander, ils devraient peut-être réfléchir au fait qu’ils fréquentent une école catholique, ou du moins une école qui se dit catholique.

Sources : Toronto Sun et Post Millenial

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mercredi 8 février 2023

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Rémi Brague : « l’islamisme est bel et bien “un islam” »

Rémi Brague est membre de l’institut de France, normalien, agrégé de philosophie et professeur émérite de philosophie à l’université Panthéon-sorbonne. À l’occasion de la sortie de son ouvrage le plus récent, Sur l’islam, Le Figaro s’est entretenu avec le professeur Brague.

— La plupart du temps, le débat contemporain sur l’islam distingue islam et islamisme, comme si beaucoup d’observateurs ou de chercheurs s’interdisaient de procéder à l’examen critique des textes. Votre livre, au contraire, scrute les textes et refuse d’établir une frontière entre islam et islamisme. Pourquoi ce choix ?

Rémi BRAGUE. — « Islamisme » était au XIXe siècle une façon anodine de désigner ce que nous appelons maintenant « islam ». C’était un « -isme » de plus à côté du judaïsme, du christianisme, et même de l’hindouisme, mot qui n’a aucun sens pour un hindou. « Islam » est un meilleur mot, parce que c’est celui que les musulmans utilisent, à la différence, par exemple, de « mahométisme », qui est choquant pour eux. Pour moi, ce que nous appelons maintenant « islamisme » n’est pas « l’islam », tout l’islam. Le français a la chance d’avoir deux articles, défini et indéfini. Je dis donc, en revanche, que l’islamisme est bel et bien « un islam ». Et un islam que je n’ai aucune raison de rejeter au-dehors. Qui serais-je, d’ailleurs, pour me permettre de l’exclure ? Ses partisans se considèrent eux-mêmes comme de bons musulmans, voire comme de meilleurs musulmans que les autres, qu’ils accusent d’une tiédeur capitularde. Et leur islam ressemble beaucoup à celui que pratiquait Mahomet lui-même, tel que nous le présente la biographie la plus ancienne que nous possédons de lui. C’est en tout cas ce que les gens du prétendu « État islamique en Irak et en Syrie » (Daech) ne manquaient pas de rétorquer aux critiques qui leur venaient d’al-Azhar et d’ailleurs. Il fallait donc regarder du plus près possible les textes faisant autorité auxquels se sont référés les musulmans à travers les siècles.

— Vous avez choisi d’ouvrir votre livre par un chapitre consacré au terme « islamophobie ». En quoi ce terme alimente-t-il la confusion ?

— Je dois bien avouer m’être un peu « lâché » dans ledit chapitre inaugural, voire m’y être soulagé. L’usage répétitif du mot « islamophobie » a en effet le don de m’exaspérer. Il permet de tout mélanger, alors que les philosophes aiment distinguer : confondre la religion avec ceux qui la professent, confondre le système dogmatique et juridique de cette religion avec la civilisation qu’il a marquée, voire dominée, mettre dans le même sac (en l’occurrence une poubelle) le racisme bête (si j’ose ce pléonasme) envers les immigrés et l’étude historico-critique des textes sacrés sur lesquels repose la religion, etc. Il interdit tout dialogue, puisqu’une « phobie » est toujours une forme de dérangement mental, et l’on ne perd pas son temps à discuter avec un aliéné. Enfin, le brandir comme une arme, ce que l’on fait le plus souvent, témoigne d’une mentalité paternaliste, quasiment néocolonialiste. On sous-entend que les musulmans seraient trop bêtes ou trop « princesse au petit pois » pour accepter un regard ne serait-ce qu’un peu distant sur leur religion.

— Vous-même vous expliquez, en préambule, que vous avez longtemps eu une connaissance très superficielle de l’islam teintée de lieux communs et de préjugés bienveillants. Quels sont les préjugés que vous avez dû déconstruire ?

— Effectivement, ce qu’on nous enseignait à Langues’O, où l’enseignant était d’ailleurs parfaitement compétent, était la façon traditionnelle de présenter l’islam et d’en raconter les débuts. Et si j’y étais entré avec l’intention d’y apprendre un peu d’arabe, c’était essentiellement pour lire un juif, Maïmonide, qui avait écrit son chef-d’œuvre en cette langue. Et ensuite, un peu par hasard, j’ai été amené à enseigner à la Sorbonne sur les philosophes d’expression arabe et de tradition aristotélicienne, ceux qu’on appelle les falâsifa. Donc, je n’avais pas du tout l’intention de devenir islamologue. C’est le contact de mes étudiants, qui étaient à peu près tous musulmans, qui m’a poussé à me documenter un peu plus sérieusement. D’où trente ans de travail.

Je n’aime pas trop le mot « préjugé », que l’on comprend la plupart du temps comme négatif, au sens de « préventions ». C’est pourquoi j’ai dû le qualifier en ajoutant l’adjectif « bienveillant ». Disons que je voyais dans l’islam une sorte de christianisme avec deux ou trois choses en plus, deux ou trois choses en moins. Ou en tout cas une « religion d’Abraham », dans le pire des cas une « hérésie chrétienne ». Or, j’ai peu à peu pris conscience de ce que l’islam est radicalement différent des deux religions bibliques. Je voudrais justement aider à comprendre l’islam tel qu’il se comprend lui-même, et cesser de le voir à travers les lunettes chrétiennes que nous chaussons tous sans le savoir, du pratiquant le plus pieux au bouffeur de curés le plus enragé… Pour ce faire, il était sensé de se concentrer sur les siècles pendant lesquels l’islam était à l’abri des contaminations venues de la chrétienté, donc sur ce que nous appelons « Moyen Âge » avec une nuance un peu condescendante. Cette période, l’islam la considère au contraire comme son apogée. Et les musulmans d’aujourd’hui, de toutes tendances, ne cessent de s’y référer, de rééditer les œuvres d’auteurs des siècles IXe à XIIIe, sans parler, bien entendu, de la lecture du Coran et de la mémorisation des hadiths.

— Au-delà de la théorie islamique, il y a la pratique de l’islam qui peut être très différente selon les individus. L’étude des pratiques n’est-elle finalement pas tout aussi éclairante pour comprendre les musulmans dans leur diversité que l’étude approfondie des textes. Que répondez-vous à ceux qui estiment que la focalisation sur certains versets du Coran conduit à une forme d’« essentialisation » des musulmans ? 

— Je leur répondrai, car je m’attends à ce genre d’objection, que je ne parle nullement des musulmans, nullement de ce qu’ils font, mais uniquement de ce qui fait qu’ils le sont. Pour comprendre les musulmans dans leur diversité, l’étude des pratiques n’est pas seulement tout aussi éclairante que l’étude des textes, elle l’est même beaucoup plus, ne serait-ce que par ce que la grande majorité des musulmans pratiquants ne connaît pas grand-chose du Coran : souvent les sourates I et CXII, guère plus, et quelques hadiths. Quant à la connaissance de leur propre religion, d’ailleurs, bien des chrétiens sont logés à la même enseigne… Sur l’islam vécu dans tel ou tel coin du monde islamisé, nous disposons de beaucoup de monographies en style ethnographique, dont certaines sont des classiques. Seulement, ce n’était pas mon sujet. Pas question donc d’essentialiser les musulmans de chair et d’os, formule d’ailleurs bouffonne. En revanche, il s’agissait de chercher quelque chose comme l’essence de l’islam, de la même façon que l’on a cherché l’essence du christianisme (Feuerbach, Harnack) ou l’essence du judaïsme (Leo Baeck). Se focaliser sur certains versets du Coran est plus ou moins légitime. On y trouve à peu près tout et le contraire de tout. Mais on ne peut pas citer les versets à la carte, suivant ses intentions ou ses interlocuteurs. Il faut tenir compte de la théorie de l’abrogation, qui stipule que, de deux versets dont les injonctions se contredisent, c’est celui qui est censé avoir été révélé plus tard qui l’emporte sur un ou des verset(s) antérieur(s).

— L’une des thèses de votre livre est que l’islam n’est pas une religion au sens où nous l’entendons. Qu’entendez-vous par-là ? En quoi l’islam se distingue-t-il du christianisme ou du judaïsme ?

— Notre représentation de ce que doit être une religion est profondément marquée par le christianisme qui est ou fut la religion normative de l’occident catholique et de l’orient orthodoxe. Pour nous, il existe des pratiques qui sont religieuses : la prière, le sacrifice, le jeûne, le pèlerinage, les sacrements ; et à côté des pratiques profanes comme manger, faire sa toilette, s’habiller. Pour l’islam, et c’est ce que nous avons bien du mal à comprendre, ne pas manger certaines viandes, ne pas se raser la barbe, porter certains vêtements, peut faire partie intégrante de la religion. Demander aux musulmans de renoncer à certaines pratiques tout en prétendant respecter leur religion, c’est un marché de dupe pour les deux parties contractantes.

— Beaucoup affirment que l’islam ne distingue pas le religieux du politique. Selon vous, ce qui n’est pas distingué dans l’islam, c’est l’ensemble des normes qui règlent la vie humaine, la politique n’étant finalement qu’une petite partie du système de normes…

— C’est en effet une idée répandue, et que l’on trouve chez les plus grands esprits. Elle n’est pas totalement fausse, mais elle est partielle. La politique n’est qu’une espèce du genre « gouvernement », à savoir l’art de gouverner la cité. Mais il y a aussi l’art de se gouverner soi-même comme individu, ce que nous appelons « éthique » ; il y a l’art de gouverner la maisonnée, les rapports entre époux, de parents à enfants, de dirigeants à subordonnés, ce que les Anciens et les médiévaux appelaient « économie » le mot a changé de sens avec la modernité. L’islam revendique la totalité de ces dimensions du « gouvernement » et il prétend tenir de Dieu la bonne façon de le faire.

— Le fait que l’islam n’ait pas de magistère reconnu et que le Coran soit considéré comme la parole directe de Dieu complique-t-il l’équation ?

— En effet, l’islam considère que le Coran a été dicté par Dieu, par l’intermédiaire d’un ange, au Prophète qui l’a restitué sans y apporter quelque ajout et sans en retrancher quoi que ce soit. Ce sont là deux faces d’un seul et même fait. C’est parce que l’islam croit que le Coran a été dicté par Dieu qu’il n’a pas besoin d’un magistère.

— Votre livre aborde la question des apports de la civilisation islamique à la culture européenne ? Quels sont-ils ?

—  Loin de moi l’intention de nier que cette civilisation n’ait rien produit, ou que la culture européenne ne lui ait rien pris. C’est le contraire qui est vrai. Pour le philosophe que je suis, il est clair que Thomas d’Aquin a utilisé les commentaires d’Averroès sur Aristote, même s’il a critiqué l’explication qu’il donnait du rôle de l’intellect — qui est un des points les plus obscurs du Traité de l’âme, d’Aristote. Il est clair aussi que Duns Scot a emprunté à Avicenne, et il a soin de le clamer, les conceptions de base de sa doctrine de l’être. Un historien des mathématiques (dont l’astronomie faisait alors partie) vous dirait mieux que moi ce que des Européens comme Gerbert d’Aurillac, qui devait devenir le pape Sylvestre II, ou Fibonacci, voire Copernic, ont appris de musulmans. Un historien de la médecine vous rappellerait que les œuvres de Rhazès et d’Avicenne, encore lui, ont été des manuels utilisés jusqu’au XVIIe siècle. Dans d’autres domaines, les choses sont moins sûres. Par exemple, l’influence de certains thèmes de la poésie arabe sur la conception de l’amour courtois chez les troubadours est probable, mais non encore incontestable. Je ne conteste donc pas les faits, qui sont évidents. Ce que je n’aime pas, en revanche, c’est l’emploi de certains termes. À commencer par le vôtre, les « apports ». Personne n’a apporté quoi que ce soit comme un livreur de pizzas. Ce sont bien plutôt les récepteurs qui ont pris ce dont ils sentaient le besoin. Cela va parfois jusqu’au ridicule, comme chez cette historienne, d’ailleurs fort estimable par ailleurs, que je cite, et qui écrivait sans rire que l’Espagne musulmane (al-Andalous) avait « généreusement donné de soi-même aux autres ». Quel pélican ! J’aime encore moins le vocabulaire de la « dette », qui n’a de sens que lorsque le créancier se prive momentanément de ce qu’il prête au débiteur. Or les choses de l’esprit ne subissent aucune déperdition quand elles sont transmises. Et le comble est atteint quand l’objet supposé donné n’est rien de moins que la « rationalité », laquelle est censée voyager comme une valise…

— Vous expliquez que l’islam est un code rigide et, à vous lire, on comprend qu’une partie de la loi islamique est incompatible avec la culture, les mœurs, et même une partie des lois des sociétés européennes. Dans ce contexte, comment intégrer les millions de musulmans qui vivent en Europe ?


J’éviterais pour ma part l’adjectif « rigide », qui sonne péjoratif, et le remplacerais volontiers par « précis » ou « rigoureux ». Ce qui est incompatible avec la culture européenne et, par conséquence indirecte, avec les lois n’est pas tellement une partie de la loi islamique. Celle-ci est d’ailleurs variée, selon les quatre écoles du sunnisme, plus le chiisme. Ce qui fait vraiment problème, à mon sens, est déjà la question de l’origine même des normes. Pour la tradition juridique européenne, les lois se fondent sur la raison humaine, certes éclairée par la conscience, que les croyants considèrent comme la voix de Dieu. Pour l’islam, le seul législateur légitime est Dieu, tel qu’il parle dans Son Livre.

Votre dernière question n’est guère de mon ressort et relève plutôt de la politique. Beaucoup de choses dépendent de la façon dont les musulmans se situent par rapport à leur propre islam.

Sur l’islam
par Rémi Brague,
publié le 9 février 2023,
chez Gallimard,
à Paris,
400 pp.
ISBN-10 : 2 072 855 500
ISBN-13 : 978-2072855504

Démographie — en 30 ans, la Moldavie a perdu 40 % de sa population

La Moldavie est-elle un pays en voie d’extinction ? Démographiquement parlant, les chiffres sont alarmants. L’exode reste une stratégie de survie face à la pauvreté, dans un cercle vicieux amplifié par la guerre et la crise économique actuelles.

Le Bureau moldave des statistiques a publié le 29 janvier le nombre réel d’habitants vivant en Moldavie, calculé selon une nouvelle méthodologie améliorée. Cette étude révèle un chiffre alarmant de seulement 2,6 millions de personnes. En 1990, 4 335 360 personnes vivaient Moldavie, selon le recensement de l’époque. Il s’agit donc d’une impressionnante chute de 40 % de la population en 30 ans, une crise démographique sans précédent, plus importante que pendant les années de famine et les déportations staliniennes.

Le nombre d’étudiants moldaves s’effondre alors que les jeunes fuient le pays

Le nombre d’étudiants fréquentant l’université en Moldavie est passé de 128 000 à 59 600 au cours des 15 dernières années, selon une étude présentée par l’analyste économique Veaceaslav Ionita de l’ONG basée à Chisinau, IDIS Viitorul. En 2019, le nombre a encore chuté à seulement 56 000.

Selon Ionita, en 2006-2007, il y avait 39 étudiants pour mille habitants, ce qui est maintenant tombé à 22,6 étudiants pour mille habitants.

« La forte baisse du taux de natalité et la migration continue ont conduit à ce que nous n’avons pas aujourd’hui », a déclaré Ionita.

En 2010, on comptait près de 424 000 jeunes d’âge universitaire, âgés de 19 à 24 ans ; maintenant, il n’y en a plus que 245 000, soit une baisse de près de 50 % en un peu plus d’une décennie.

Le deuxième facteur négatif, a-t-il dit, est la fuite massive des jeunes vers l’étranger.

Il a déclaré que pour la plupart des 245 000 jeunes moldaves âgés de 19 à 24 ans, seuls 146 000 sont réellement dans le pays — les 88 000 autres sont partis à l’étranger. Chaque année, a-t-il dit, 4 500 jeunes d’âge universitaire quittent le pays.

En 2010, la part des jeunes âgés de 19 à 24 ans représentait près de 12 % de la population totale. Aujourd’hui, cette part est de 6 %. D’ici 2025, la part pourrait n’être que de 5 %.

« On ne voit plus les jeunes dans les villages. La population âgée reste, mais les jeunes ne rentrent plus à la maison », a déclaré l’analyste économique.

Dimitri Cernica, porte-parole de l’Association européenne des étudiants AEGEE-Chisinau, a déclaré à BIRN que les jeunes étudiants quittent la Moldavie pour de meilleures études et perspectives d’emploi.

« Beaucoup d’étudiants veulent un diplôme européen reconnu, ce que nos universités en Moldavie ne peuvent pas offrir. Beaucoup espèrent étudier à l’étranger, car, après avoir obtenu leur diplôme à l’étranger, ils peuvent y rester et trouver un emploi mieux rémunéré dans des communautés de pays plus développés », a-t-il déclaré.

lundi 6 février 2023

Fonds publics américains utilisés pour amener des immigrants au chemin Roxham

Des fonds publics américains utilisés pour payer des billets d'autocar afin d’amener des immigrants irréguliers au chemin Roxham au Québec ?

C’est ce qu’affirme ce matin le New York Post. 

La Ville de New York finance le transport des immigrants voulant aller au chemin Roxham, point de passage irrégulier où les candidats « réfugiés » sont accueillis par les gendarmes du Canada.

Face à la crise humanitaire qui touche la plus grande ville américaine, des titres de transport gratuits sont distribués aux migrants, y compris à ceux souhaitant aller au Canada. 

« Notre objectif est d’aider les demandeurs d’asile qui souhaitent se déplacer vers un autre endroit », confirme une porte-parole de la Ville de New York à Radio-Canada.

Depuis plusieurs mois, la Ville de New York ferait face à une « crise » sans précédent.

 

Un taxi devant les installations canadiennes près du chemin Roxham.
La plupart des « demandeurs d'asile » qui se rendent jusqu'au chemin Roxham au Québec arrivent dans la ville américaine de Plattsburgh, souvent en autocar. Puis craignant pour leur vie sans doute, ils paient un taxi pour les déposer à la frontière canadienne.

 

Pour protester contre le manque de contrôle des frontières par l’administration Biden, plusieurs États républicains envoient chaque semaine, par différents moyens de transports, des centaines de personnes arrivées par le Mexique vers le nord-est du pays. Et les centres new-yorkais d’aide aux migrants, récemment ouverts, sont débordés.

La Ville de New York, dirigée par le démocrate Eric Adams, a donc pris la décision « d’aider [ces gens] à rejoindre leur destination finale » [la plus généreuse en aides sociales ?], même si celle-ci n’est pas New York, explique l’attachée de presse Kate Smart.

« Les Américains doivent se bidonner »

Le député bloquiste Alexis Brunelle a été stupéfait d’apprendre l’existence du stratagème rapporté dans l’article du quotidien new-yorkais.

« Les Américains doivent se bidonner quand ils entendent le Canada dire qu’il négocie pour moderniser l’Entente sur les tiers pays sûrs. À quel point ils doivent rire quand on se demande pourquoi les négociations traînent depuis six ans. Les Américains ridiculisent le gouvernement fédéral », a-t-il tonné en Chambre.

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Immigration irrégulière par Roxham — uniquement en aide de dernier recours, il en coûte 20 millions par mois à Québec

Prof Michael Barutciski et le chemin Roxham : Trudeau ne comprend pas comment le droit international et national s’applique aux demandeurs d’asile  

« Choisir entre l’État-providence et l’ouverture des frontières » 

Canada — Les « réfugiés » concurrencent durement les citoyens les plus défavorisés 

Québec — 90 900 étrangers (et non 50 000) s’y sont établis en 1 an

Le Parti conservateur du Canada courtise les immigrés et pense que l’immigration de masse est une solution 

Québec — Nombre de naissances continue de baisser et les décès sont repartis à la hausse

 

Frais médicaux : un juge colombien utilise ChatGPT pour rendre une décision

En Colombie, un juge a révélé avoir utilisé le dialogueur ChatGPT pour préparer une décision dans une affaire de droits médicaux concernant un enfant.

En l’espèce, il s’agissait d’une demande d’exonération de frais médicaux pour un enfant autiste, « compte tenu des revenus limités de ses parents ».

« En posant des questions à l’application, nous ne cessons pas d’être des juges, des êtres pensants », s’est défendu le juge Juan Manuel Padilla. Il a finalement statué en faveur de l’enfant.

Pour le magistrat, « ChatGPT effectue des services auparavant fournis par un secrétaire ». Et il le fait « de manière organisée, simple et structurée ». Ce qui pourrait, selon lui, « améliorer les temps de réponse » du système judiciaire.

Mais pour le professeur Juan David Gutierrez, expert en réglementation et gouvernance de l’intelligence artificielle à l’université de Rosario, « il n’est certainement pas responsable ou éthique » d’utiliser ChatGPT comme l’a fait le juge Padilla. Il explique qu’après avoir posé les mêmes questions que le juge au chatbot, il a obtenu des réponses différentes[1]. OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a prévenu que son outil pouvait faire des « erreurs ».

[1] Le juge Padilla a déclaré avoir demandé à ChatGPT « Les mineurs autistes sont-ils exonérés du paiement des frais de leurs thérapies ? », « entre autres questions ». Ce à quoi le robot aurait répondu : « Oui, c’est exact. Selon la réglementation en vigueur en Colombie, les mineurs diagnostiqués autistes sont exonérés de frais pour leurs thérapies. »

Source : TechXplore avec AFP (02/II/2023)

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Suisse : pas de dépénalisation de l’avortement

En Suisse, la commission des affaires juridiques du Conseil National s’est opposée la semaine dernière à la dépénalisation de l’avortement.

Par 14 voix contre 11, la motion de la conseillère verte Léonore Porchet a été rejetée. Le Code pénal continuera à régler la question de l’avortement et il n’y aura pas de loi spécifique.

L’Organisation mondiale de la santé recommande une dépénalisation totale de l’avortement et son retrait de toutes les lois pénales ou criminelles (cf. Avortement en Allemagne : le code pénal abrogé). Mais, selon la commission, il n’est pas nécessaire d’agir pour dépénaliser. A sa connaissance, il n’y a plus eu de poursuites pénales liées à un avortement depuis une vingtaine d’années en Suisse.

L’avortement reste donc une affaire pénale et non une question de santé dans le pays. Les femmes peuvent mettre fin à leur grossesse pendant 12 semaines (cf. Suisse : les chiffres 2021 de l’avortement). Ce délai n’est pas remis en question.

Source : Swissinfo (03/II/2023) via Généthique


Immigration irrégulière par Roxham — uniquement en aide de dernier recours, il en coûte 20 millions par mois à Québec

Le nombre de demandeurs d’asile qui reçoivent des chèques d’aide sociale du Québec est passé de 12 958 en 2021 à 37 754 en 2022.

Les demandeurs d’asile qui arrivent par le chemin Roxham font bondir le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale en raison du temps que le fédéral met à délivrer les permis de travail. Uniquement au titre de l’aide de dernier recours, il en coûte 20 millions de plus par mois à Québec, qui demande à Ottawa de ramasser la facture.

Immigrants illégaux accueillis par les gentils organisateurs de la gendarmerie du Canada au centre de traitement du rang Roxham

Selon le dernier relevé du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 48 835 adultes dans l’île de Montréal, aptes à l’emploi, ont reçu des prestations d’aide sociale en novembre dernier. Il s’agit d’une hausse de 5 % par rapport au mois précédent et de 73,3 % en un an. Ils étaient 28 179 en novembre 2021.

« Ce qu’on voit depuis un an est que l’augmentation est principalement due aux demandeurs d’asile. C’est une situation qu’on voit surtout à Montréal », a constaté Catherine Tragnée, organisatrice communautaire du Front commun des personnes assistées sociales du Québec.

« Le nombre d’adultes prestataires des programmes d’assistance sociale augmente en raison de la hausse du nombre de demandeurs d’asile prestataires », confirme dans un courriel le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS).

« Pendant longtemps, on pensait que l’immigration était un monde en silo séparé d’autres mondes, commente le professeur Chedly Belkhodja, directeur du Centre pour l’étude de la politique et de l’immigration (CEPI) de l’Université Concordia. On donne des services spécifiques aux immigrants, et les immigrants ne vont pas se retrouver pour demander des services dans d’autres endroits dédiés aux personnes vulnérables. Là, on se réveille. On constate que les enjeux de vulnérabilité touchent différentes populations [y compris la population immigrante]. »

Le 23 janvier dernier, des groupes communautaires ont témoigné publiquement de leur essoufflement face aux besoins grandissant des demandeurs d’asile ayant recours à leurs services. La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) réclame des mesures d’aide immédiates de la part des gouvernements.

Dans l’ensemble du Québec, on dénombrait 97 637 personnes bénéficiaires de l’aide sociale sans contraintes à l’emploi en novembre 2022, comparativement à 75 286 personnes il y a un an, une augmentation de 30 %.

Dans le cadre du programme d’aide sociale, la prestation mensuelle moyenne versée s’élève à 801,50 $.

Le Québec assume les coûts d’un ensemble de services pour les demandeurs d’asile, dont l’aide financière de dernier recours, soutient le Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

C’est le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA) qui offre des services aux demandeurs d’asile et aux personnes en régularisation de statut. Sur son site web, le PRAIDA écrit que la couverture médicale des demandeurs d’asile est assumée par le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI).

Le gouvernement Legault mise toujours sur la conclusion d’une entente à long terme avec Ottawa pour que le fédéral rembourse les coûts encourus pour l’accueil des demandeurs d’asile, écrit le MIFI.

L’affluence accrue à l’aide sociale coïncide avec la hausse spectaculaire du nombre de demandeurs d’asile qui entrent de façon irrégulière au pays par le chemin Roxham.

Les demandeurs d’asile arrivant au pays par le chemin Roxham sont accueillis sur-le-champ par la police.

En 2018, 18 215 demandes irrégulières d’asile au Québec ont été dénombrées, un sommet prépandémique, deux ans après que les migrants ont commencé à affluer sur le chemin Roxham. Ce chiffre a par la suite fortement diminué en raison de la pandémie. En effet, en mars 2020,  La frontière canado-américaine fut fermée pour tout voyage non essentiel, y compris aux migrants qui traversaient au chemin Roxham. Le nombre d’immigrants illégaux explosa l’an dernier dès la réouverture de la frontière. Plus de 39 000 demandes irrégulières ont été enregistrées l’an dernier.

 Nombre de demandeurs d’asile au chemin Roxham

    2017 : 18 836
    2018 : 18 518
    2019 : 16 136
    2020* : 3189
    2021* : 4095
    2022 : 35 000 à 50 000
    (estimations)

* Fermé durant la pandémie (de mars 2020 à novembre 2021)

Le système de demande d’asile canadien relève exclusivement du gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, souligne le MESS.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada n’ont pas immédiatement donné suite aux demandes que nous leur avons adressées mercredi.


Plus des deux tiers veulent que l’on referme la frontière aux illégaux

De plus en plus de Québécois souhaitent la fermeture du chemin Roxham, révèle un sondage commandé par un groupe qui vient de déposer une plainte au criminel contre Justin Trudeau.

Désormais, 68 % des répondants souhaitent fermer ce point d’entrée irrégulier à la frontière avec les États-Unis par lequel des dizaines de milliers de demandeurs d’asile entrent au Canada chaque année.

C’est ce que démontre un sondage Synopsis commandé par le groupe Justice pour le Québec, mené auprès de 1000 adultes québécois du 24 au 28 novembre 2022.

Il s’agit d’une hausse par rapport au printemps dernier, alors que 60 % des Québécois réclamaient qu’Ottawa empêche les migrants de contourner les postes-frontière. 

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dimanche 5 février 2023

L’Université Laval menace maintenant Patrick Provost de congédiement

Le 23 janvier, l’Université Laval a suspendu à nouveau Patrick Provost de ses fonctions professorales, cette fois pour une période de quatre mois sans salaire. L’université l’avertit «que toute récidive» pourrait causer son congédiement.

Le professeur Patrick Provost le 29 septembre dernier devant l'Université Laval. Photo: Christian Leray.
 

Autre coup dur pour la liberté universitaire: le chercheur de renom Patrick Provost vient d’être suspendu une deuxième fois sans salaire par l’Université Laval en raison de son point de vue sur la vaccination, cette fois pour quatre et non deux mois.

L’université l’avertit «que toute récidive» pourrait entraîner son congédiement.

Du 23 janvier au 23 mai 2023, le professeur sera ainsi privé du tiers de son salaire annuel, c’est-à-dire de 50 000$ de revenus. Il s’agit essentiellement d’un «copié-collé» des procédures entreprises contre lui du 14 juin au 9 août 2022.

«Je ne suis plus convaincu de vivre en démocratie»

«L’Université Laval est déterminée à se débarrasser de moi. […] Je ne me serais jamais attendu à ce que toute cette histoire aille aussi loin. Je la redoutais, mais c’est une décision invraisemblable», laisse-t-il tomber avec Libre Média.

Patrick Provost déplore le fait de servir d’exemple auprès de la grande communauté universitaire, dans un contexte où le courage se faisait déjà plutôt rare parmi les rangs des professeurs de toutes disciplines. Surtout au Québec, où les universitaires sont en grande majorité très peu engagés dans le débat public.

«Maintenant, les professeurs universitaires auront encore plus peur de prendre part au débat et de s’exprimer. […] Je considérais la liberté universitaire comme le dernier rempart pour protéger le bien commun et la population. La censure donne carte blanche aux dirigeants. Je ne suis plus convaincu de vivre en démocratie», commente-t-il.

Une nouvelle loi inutile?

Dans ce grave et lourd contexte, Patrick Provost ne peut que s’interroger sur l’utilité et l’efficacité de la nouvelle Loi 32 censée protéger la liberté académique. La loi est en vigueur au Québec depuis le 7 juin 2022.

Le 17 janvier, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, est pourtant intervenue dans Le Devoir pour affirmer que la censure «n’avait pas sa place dans les milieux universitaires». Des paroles en l’air? Patrick Provost voit cette loi comme un «éléphant blanc», comme une législation essentiellement symbolique sans réel pouvoir dans la réalité.

D’autant plus que fin décembre dernier, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) a tranché que sa première suspension par la plus vielle université francophone en Amérique avait enfreint la nouvelle loi.

La liberté d’expression à géométrie variable

«Le gouvernement Legault parle de liberté d’expression et de liberté universitaire quand ça fait son affaire, mais ne veut pas appliquer ces principes quand vient le temps d’aborder la question sanitaire», observe le professeur au Département de microbiologie, infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval.

Selon lui, les institutions choisissent «la science qui fait leur affaire pour imposer leur idéologie politique», le tout, bien évidemment au détriment d’un véritable débat. «La CAQ veut imposer la pensée unique», tranche-t-il.

La décision est prise suite à des commentaires déposés à la section Sécurité et prévention du site internet de l’Université Laval. Les commentaires ont été traités comme une plainte jugée recevable et concernent une entrevue accordée par le principal intéressé à CHOI 98,1 à Québec, le 14 juillet 2022.

Patrick Provost rappelle que le plaignant est une personne du public qui a fait deux fautes d’orthographe dans son propre nom de famille en complétant sa démarche, ce qui questionne aussi bien son identité que sa crédibilité.

Le combat se poursuit

«Cette décision sera vivement contestée par la voie d’un grief qui sera déposé aujourd’hui même par mon syndicat (SPUL), qui m’appuie à 100%», souligne le chercheur.

«L’Université Laval envoie le message qu’elle possède un droit de propriété sur moi et sur l’ensemble des chercheurs. […] De telles conditions de travail vont assurément mener à l’autocensure des professeurs et compromettre l’exercice de l’esprit critique et la communication grand public», alerte notre interlocuteur.

Biochimiste de formation, Patrick Provost a développé son expertise en biologie au sein du laboratoire de Bengt Samuelsson, prix Nobel 1982 en physiologie et en médecine. Depuis vingt ans, il dirige un laboratoire de recherche sur l’ARN et le nombre de ses publications scientifiques révisées par les pairs s’élève à près d’une centaine.

Chronologie des événements

  • 14 juillet 2022: Entrevue radiophonique sur les ondes de CHOI 98,1.
  • 18 juillet 2022: Les commentaires du plaignant sont transmis à l’Université Laval.
  • 4 août 2022: On informe Patrick Provost que la plainte a été jugée recevable et on lui demande sa version des faits.
  • 29 septembre 2022: Le chercheur est accueilli par une centaine de personnes rassemblées pour l’appuyer avant qu’il donne sa «version des faits» à deux représentants de l’Université Laval sans aucune question de leur part ni discussion.
  • 25 octobre 2022: On informe Patrick Provost qu’un comité d’enquête sera mis sur pied.
  • 21 décembre 2022: Le comité d’enquête remet son rapport au vice-rectorat aux ressources humaines qui l’avait commandé.
  • 23 janvier 2023: La décision est communiquée par courriel à Patrick Provost à 17h17 pour l’informer que sa suspension de quatre mois sans salaire avait déjà débuté. Dans leur lettre, l'université mentionne «que toute récidive de sa part entraînera un congédiement».

Source : Libre Média