mardi 22 juin 2021

Plus de travail, moins de bébés ? Carriérisme contre familisme

Les taux de natalité ont atteint des niveaux extrêmement bas dans de nombreux pays du monde, notamment dans pratiquement tous les pays riches.

Les attitudes des gens envers le travail — en particulier la grande place prise par l’avancement de leur carrière parmi leurs priorités personnelles — peuvent influencer la fécondité.

Le dernier rapport de l’Institute for Family Studies (IFS) analyse deux théories rivales proposées pour expliquer la faible fécondité dans les pays développés :

  1. La théorie de la « deuxième transition démographique » met l’accent sur la montée d’attitudes individualistes comme principale cause de la baisse de la fécondité. 
  2. En revanche, la théorie de la « révolution sexuelle en deux temps » suggère que le changement en matière d’égalité entre les sexes a d’abord eu lieu dans des contextes publics (juridique, éducatif, professionnel) et, dans un second temps, dans des contextes privés (garde d’enfants partagée et travail domestique). Ce retard entraînerait la persistance d’inégalités au sein des couples, laquelle expliquerait, selon cette théorie, la réduction de la fécondité, car les femmes assument une part disproportionnée du travail à domicile. Si les hommes partageaient une part égale de ce fardeau, la baisse de la fécondité serait moindre.

L’IFS soutient que l’importance que les gens accordent au travail et à la famille est un facteur important pour la fécondité. Pour démontrer les implications de ces valeurs, que l’institut appelle le « carriérisme » et « familisme », le rapport explore la relation entre le travail, la famille, les attitudes envers les rôles sexuels et la fécondité à travers quatre ensembles de données différents.

L’étude utilise les données de l’Enquête mondiale sur les valeurs et de l’Enquête européenne sur les valeurs. Elles permettent d’évaluer l’impact de l’importance accordée à la famille et à la carrière, ainsi que les rôles sexuels au sein du couple, sur la fécondité au niveau national et individuel dans de nombreuses sociétés et à des époques différentes. L’IFS constate que les pays à revenu élevé qui deviennent plus carriéristes connaissent de fortes baisses de fécondité. Plus précisément, l’IFS affirme que :

  • Les valeurs et les attitudes sociales fortement axées sur le travail chez les hommes et les femmes sont fortement associées à des taux de natalité plus faibles dans les pays riches.
  • La baisse des taux de natalité au cours de la dernière décennie dans de nombreux pays à revenu élevé, y compris certains pays nordiques, peut s’expliquer en partie par l’importance croissante que les individus accordent au travail en tant que source de sens et de valeurs dans leur vie.
  • Les politiques gouvernementales qui tentent d’augmenter la fécondité en offrant plus d’avantages destinés aux travailleurs, tels que les programmes universels de garde d’enfants ou de congé parental, peuvent saper leurs efforts de redressement démographique, car elles renforcent l’idée que la vie idéale est « carriériste » plutôt que « familiste ».

Cette forte relation entre la priorité donnée ou non à la carrière et la démographie est une constatation importante pour les pays à faible fécondité. Pour les gouvernements, il met en lumière la difficulté de tenter d’augmenter la fécondité en réconciliant la carrière et la vie de famille. Dans la mesure où la politique familiale contribue à favoriser l’augmentation du temps de travail, les politiques visant à atteindre « l’équilibre travail/vie personnelle » peuvent être vouées à l’échec. Pour l’IFS, les réformes qui réduisent considérablement la charge de travail sur les familles sont plus susceptibles de produire des avantages démographiques à long terme.

Ces dernières années, le taux de fécondité a fortement chuté dans de nombreux pays progressistes que l’on croyait naguère à l’abri d’une fécondité très faible. On avait auparavant attribué à des valeurs égalitaires et à un État-providence généreux la natalité moins désastreuse des pays nordiques, mais depuis 2008, les taux de natalité dans ces pays ont néanmoins chuté.

Ces dernières années, des universitaires ont avancé une théorie séduisante pour les progressistes : une « courbe en U » décrirait la relation entre l’égalité des sexes et la fécondité. Au fur et à mesure que les sociétés deviennent plus égalitaires, la fécondité chute d’abord, probablement parce que les femmes ne sont plus enfermées dans leurs rôles domestiques traditionnels. Mais finalement, la relation s’inverse et les progrès en matière d’égalité des sexes augmentent à nouveau la fécondité. Selon cette théorie, cela s’expliquerait par le fait que les femmes seraient prêtes à avoir plus d’enfants dans une société qui les aide et où les pères partagent mieux les tâches ménagères. En d’autres termes, à ce stade de l’histoire du monde développé, le féminisme et un fort État-providence qui aide les femmes sont censés être les seules manières pour augmenter la fécondité. Une étude récente du sociologue Martin Kolk, publiée en 2018 dans la série Stockholm Research Reports in Demography, remet toutefois cette théorie en question. La courbe en U apparaît quand on effectue une comparaison simple entre les pays. Mais une analyse historique au sein des pays mêmes dément cette théorie : il n’y a pas de redressement peu importe si le pays devient plus égalitaire.

La baisse récente et rapide de la fécondité dans de nombreux pays, y compris dans des sociétés très égalitaires comme la Finlande et la Suède, a remis en question les paradigmes de recherche existants. Peu importe l’égalitarisme ou le post-matérialiste d’un couple, si la priorité absolue de ce couple est leurs carrières dans un environnement de plus en plus compétitif et instable, et si aucun des partenaires ne considère que l’élément domestique doit primer, alors la fécondité de ce couple sera vraisemblablement faible.

Certes, les femmes confrontées à un « deuxième quart » de travail, la « charge mentale » supplémentaire des femmes, en raison de responsabilités domestiques inégales peuvent être découragées d’avoir des enfants.De plus, les conflits nés d’une révolution sexuelle incomplète peuvent renforcer le « carriérisme » parce que le milieu de travail paraît relativement pacifique comparé aux conflits dans la sphère privée liés aux rôles sexuels parfois encore mal définis. Néanmoins, il est frappant de constater qu’une attitude carriériste dans les pays hautement développés a nettement plus d’effet sur la fécondité que l’égalité des sexes. 

L’IFS a testé l’impact de la théorie de la « révolution sexuelle en deux temps » en utilisant les résultats d’une enquête menée auprès de femmes américaines. En tenant compte des femmes qui signalent que leur partenaire les aide peu à la maison, le carriérisme demeure, indépendamment du peu d’aide conjugal, hautement prédictif du nombre d’enfants du couple et de leurs préférences en matière de fécondité. L’étude affirme également que concept de carriérisme est prédictif des résultats et des préférences en matière de fécondité parmi de nombreux autres ensembles de données. Le carriérisme est un phénomène social clairement identifiable fortement corrélé à la fécondité. Le désir d’un emploi porteur de sens ou important, pas simplement d’un poste bien rémunéré, a des implications significatives et négatives sur la procréation.

Les décideurs politiques sont confrontés à nombre de défis face à une faible fécondité. Les efforts visant à atteindre la pleine égalité des sexes entre les partenaires dans la sphère privée ne sont pas susceptibles de rétablir la fécondité, surtout si ces efforts consistent à valoriser davantage la carrière. Par exemple, la composante féminine des « Abenomics » prônée par le Japon, loin de stimuler l’égalité des sexes et les taux de natalité, peut avoir pour effet d’accroître l’importance de la carrière comme norme sociale, mais cette fois à la fois pour les femmes et les hommes. De même, la campagne en Corée du Sud pour amener les hommes à faire plus de tâches ménagères ou les efforts de nombreux pays pour développer les garderies subventionnées sont également susceptibles d’échouer, car ils ne remettent pas fondamentalement en cause la primauté de la vie professionnelle sur la famille.

Alors que les efforts qui visent à l’égalité des sexes sont, pour de nombreuses raisons, souhaitables pour les gouvernements, l’égalité des sexes qui repose principalement sur la promotion de la primauté de la carrière, désormais partagée par les hommes et es femmes, peut avoir des conséquences néfastes, notamment de faibles taux de fécondité. Pour l’IFS, une meilleure solution vers l’égalité des sexes, en particulier dans les pays avec des marchés du travail très rigides et à deux vitesses comme la Corée du Sud ou l’Italie, serait de permettre aux hommes de travailler moins, plutôt que de chercher à faire travailler davantage les femmes. Ceci est particulièrement important, car dans de nombreux pays à très faible fécondité comme le Japon et la Corée, le nombre total d’heures de travail rémunérées et non rémunérées des hommes est similaire ou supérieur à celui des femmes ; les hommes n’ont pas beaucoup de temps libre pour les loisirs par rapport aux femmes, ce qui suggère que le problème est le travail en soi et non la division de ce travail au sein du ménage.

La dynamique décrite par l’IFS peut expliquer pourquoi la plupart des études empiriques ont montré que les allocations en espèces augmentent davantage la fécondité pour chaque dollar dépensé par l’État que le financement gouvernemental de la garde d’enfants. (Évidemment, le Québec a fait l’inverse : aide massive aux garderies alors que natalité ne faisant pourtant que descendre…) Les allocations en espèces permettent aux familles de réduire le travail, tandis que les politiques universelles de garde d’enfants normalisent encore plus la norme sociale où la carrière prime. Plus généralement, pour l’IFS, l’assouplissement des modalités de travail, l’élimination de règles tatillonnes d’autorisation ou de certification pour exercer certains emplois pourraient être des stratégies natalistes bénéfiques, parce qu’elles permettraient de rétablir l’importance de la vie familiale par rapport à la vie professionnelle et ceci pour tous les parents.

 
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Un pays à très faible fécondité peut-il jamais renouer avec le taux de renouvellement des générations ?

 
 
 

  
 

Québec — Indice de fécondité pour 2020 est tombé à 1,52 enfant/femme, il était de 1,57 en 2019 

Radiographie des Français 

Canada — Faire passer l’immigration de 300 000 personnes par an à un million 

Un fort recul des naissances en janvier à travers le monde développé (m-à-j pour le Québec)  

Implosion démographique : y remédier en renouant avec des valeurs qui privilégient descendance et transmission  

Covid — nombre de naissances en France en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020

Politiques familiales — hausse des naissances de 9 % en Hongrie, nombre des mariages double (janvier 2020) 

Hongrie — vers un remboursement intégral de la fécondation in vitro  

Hongrie — 20 % de mariages en plus en 2019 à la suite de la politique pro famille  

La politique nataliste hongroise 


 Orban : la procréation plutôt que l’immigration
 

Le passé de Ville-Marie n’est ni honteux ni indigne

Un texte de Luc-Normand Tellier, professeur émérite, Département d’études urbaines et touristiques, ESG-UQAM paru dans Le Devoir du 22 juin.

Dans Le Devoir des 19 et 20 juin, l’ex-sénateur libéral Serge Joyal déclare que les monuments de Maisonneuve et de Dollard « sont les plus violents et les plus anti-autochtones qui soient » et qu’ils sont les « monuments d’un passé honteux et indigne ».

Il parle de « la Loi sur les Indiens de John A. Macdonald » de 1876. Or, il se trompe, la Loi sur les Indiens de 1876 est une loi du premier ministre libéral Alexander Mackenzie.

Il parle d’Hector Langevin, qui aurait pris la relève de la loi de 1857 du Parlement du Canada Uni « en 1867 comme surintendant des affaires indiennes », sans souligner que Langevin n’a occupé ce poste que pendant un an et demi, du 22 mai 1868 au 7 décembre 1869 et qu’il n’a jamais exercé la moindre autorité ministérielle sur un quelconque pensionnat autochtone. La décision de créer un système fédéral de pensionnats autochtones date de 1883 (soit 14 ans après la fin du mandat de Langevin aux Affaires indiennes).

Langevin est mort en 1906, alors que la fréquentation des pensionnats par les autochtones a été rendue obligatoire quatorze ans plus tard, en 1920, et il n’est nullement responsable du fait que le système des pensionnats autochtones ait duré plus d’un siècle, de 1883 à 1996.

À ce titre, [le libéral] Jean Chrétien a une très lourde responsabilité, lui qui a été ministre des Affaires indiennes de 1968 à 1974 et qui a maintenu en place cet odieux système d’assimilation avec l’approbation de Pierre Elliott Trudeau [libéral].

Créer des pensionnats pour Autochtones quand ces derniers étaient libres d’y envoyer leurs enfants, comme c’était le cas avant 1920, n’a rien de scandaleux. Chercher à les couper de leur culture et de leur langue dans ces pensionnats l’était, par contre, tout à fait, et rendre ces pensionnats assimilateurs obligatoires était monstrueux. [Pour ce carnet, c'est bien l'imposition par le fédéral qui est odieuse et, ayant rendu les pensionnats obligatoires, le manque de moyens attribués par le fédéral à ces pensionnats. Ne ne voyons rien de mal à ce que des autochtones décident de leur propre volonté à s'occidentaliser, à se convertir au christianisme.]

Ce sont ceux qui l’ont fait et ceux qui ont maintenu ce système si longtemps en place alors que ses conséquences dramatiques étaient documentées que l’on doit dénoncer encore plus que leurs prédécesseurs. Or, on n’en parle jamais.

Le texte de Serge Joyal a comme prémisse qu’en 1642, le territoire de Montréal appartenait aux Iroquois et, plus précisément, aux Agniers-Mohawks et que, par conséquent, Maisonneuve et Dollard n’étaient que des agresseurs et des conquérants, et non pas des agressés et des défenseurs.

Surligné en jaune le territoire des Agniers, cerclé en rouge Montréal (Carte de Jacques Nicolas Bellin de 1755)

Le problème avec cette vision des choses, c’est qu’on n’a jamais trouvé le moindre vestige archéologique d’un village traditionnel mohawk [agnier] où que ce soit sur le territoire québécois, ni à Montréal ni ailleurs. Or, les Mohawks étaient semi-sédentaires et vivaient dans des villages.

Les Mohawks [Agniers] qui attaquaient Montréal au temps de Maisonneuve et de Dollard venaient de la région de la rivière Mohawk dans l’actuel État de New York, cette région étant historiquement la leur.

Les Mohawks actuels du Québec sont, pour la plupart, venus « librement » s’installer dans les missions catholiques d’Akwesasne, de Kahnawake [Sault Saint-Louis] et de Kanesatake [Oka] où ils ont été accueillis par les missionnaires jésuites, dans les deux premiers cas, et sulpiciens, dans le troisième.

Le passé autochtone de Montréal est lié aux Iroquoiens du Saint-Laurent, qu’il ne faut pas confondre avec les Iroquois et les Mohawks. La disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent dans la vallée du Saint-Laurent entre les voyages de Jacques Cartier et ceux de Champlain demeure un mystère, de même que l’emplacement du village iroquoien d’Hochelaga sur l’île de Montréal.

Tous les efforts devraient être consacrés à la recherche de ce site. Lorsqu’il sera un jour découvert, un grandiose musée témoignant de la présence des Premières Nations sur l’île de Montréal pourra enfin rendre justice à ses premiers habitants, comme on l’a fait dans le passé en ce qui concerne Maisonneuve et Dollard.

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lundi 21 juin 2021

États-Unis — Juge suspend le programme de secours Covid de 4 milliards de dollars de Biden

Un juge fédéral américain a suspendu le programme de remise de prêt du président Joe Biden qui visait à aider les éleveurs et les agriculteurs de couleur défavorisés.

L’ordonnance en référé intervient à la suite d’un procès intenté par un groupe de plaignants qui allèguent que le programme est « raciste », car il octroie une aide aux seuls agriculteurs non blancs.

Le programme de secours Covid de Biden offre 4 milliards de dollars de remise de prêt aux agriculteurs noirs, amérindiens, hispaniques ou asiatiques. En avril, le programme est devenu la cible d’une poursuite en justice pour discrimination.

En réponse au procès, le juge de district américain William Griesbach à Milwaukee a émis le 10 juin une ordonnance d’interdiction temporaire qui suspend le programme.

Griesbach a déclaré que le programme permet au ministère de l’Agriculture des États-Unis d’accorder un allégement de la dette aux agriculteurs « sans réellement tenir compte de la situation financière du demandeur ».

Le juge a également déclaré qu’il n’y avait aucune preuve de « discrimination intentionnelle » de la part de l’USDA. Le conservateur Wisconsin Institute for Law and Liberty a déposé une plainte en avril affirmant que les droits constitutionnels des agriculteurs blancs étaient violés puisque inéligibles au programme.

« Parce que les plaignants ne peuvent même pas postuler au programme en raison de leur seule race, ils se sont vus refuser l’égale protection de la loi et ont donc subi un préjudice », indique le procès.

Adam Faust, un agriculteur invalide du Wisconsin atteint de spina bifida et aux deux jambes prothétiques, a déclaré que le programme était discriminatoire à l’égard des Blancs.

« C’était purement raciste, et je ne pense vraiment pas qu’il devrait y avoir du racisme autorisé au sein du gouvernement fédéral à quelque niveau que ce soit », a-t-il déclaré à WLUK-TV.

Faust a été rejoint dans le procès par 11 autres agriculteurs blancs du Wisconsin, du Minnesota, du Dakota du Sud, du Missouri, de l’Iowa, de l’Arkansas, de l’Oregon, du Kentucky et de l’Ohio.

L’avocat de Faust, Rick Esenberg, va encore plus loin dans ces allégations.

Les données montrent que seul 1,3 % des agriculteurs du pays sont noirs

Esenberg pense que toutes les questions raciales en Amérique ont été abordées pendant la guerre civile et le mouvement des droits civiques — et Biden ne fait que réécrire l’histoire et revisiter le passé.

« Nous avons mené une guerre civile. Nous avons eu un long mouvement pour les droits civiques pour reconnaître le principe qui figurait dans nos documents fondateurs, que nous devons tous être traités comme des individus », a-t-il déclaré.

Seul 1,3 % des agriculteurs du pays sont noirs, selon les données de l’USDA.

Source


Le Parti dit conservateur du Canada et l'islamophobie au Canada, ce pays « dominé par la masculinité blanche »

Récemment, nous avons été surpris par un gazouillis de Michelle Rempel Garner (ci-contre), une députée « conservatrice » fédérale de l’Alberta. À une époque, elle était une épine dans le pied de Justin & Cie.

Mme Rempel Garner réagissait au meurtre épouvantable d’une famille musulmane à London, en Ontario. Meurtre qui avait été saisi au bond, en quelques minutes par l’alliance de la gauche et des médias pour dénoncer l’islamophobie prétendue de la société canadienne même si le coupable ne semblait guère avoir le profil souhaité. En effet, un de ses amis du Moyen-Orient a déclaré au London Free Press n’avoir jamais entendu Veltman dire du mal du Moyen-Orient ou des musulmans. « Nate était un ami très proche et ne m’a jamais rien dit de mal ». Un autre ajouta : « Il n’a jamais dit quoi que ce soit de haineux à propos de quelque groupe que ce soit. » Veltman, a-t-on également appris, par la suite, était traité pour troubles mentaux.

Malgré le manque de détails prouvant l’islamophobie de Veltman si tôt après le drame, deux jours après cette tragédie, Michelle Rempel Garner s’est précipitée sur les réseaux sociaux pour clamer sa culpabilité de blanche hétéro cisgenre dans un pays patriarcal blanc.

Je m’humilie, je demande pardon et je cherche à arranger les choses.
J’ai des privilèges ; je suis cis/hétéro/blanche. Mais je suis aussi une femme qui travaille dans un système dominé par la masculinité blanche. Mais aucune excuse. Je ferai ce que je peux.


Le compte Twitter de cette députée censément conservatrice affiche désormais ses pronoms « elle/elle ».

En 2019, les commentateurs conservateurs s’étaient indignés parce que Kamala Harris, au début d’un débat démocrate, avait annoncé ses pronoms, génuflexion moderne imposée par le lobby LGBTQ2SAI+.

Moins de deux ans plus tard, une politicienne censément « conservatrice » se précipite pour afficher ses prénom, demandent pardon pour un acte dont elle n'est pas responsable (à moins de considérer que l'inaction des conservateurs en matière d'immigration de masse), s’accuse de multiples « privilèges » (cis/hétéro/blanche). 

Mme Rempel occupe déjà un poste clé dans le cabinet fantôme d’Erin O’Toole, sa précipitation à s’accuser de tous les maux chers à la gauche woke font d’elle/elle une candidate parfaite pour un poste de très grande responsabilité dans un gouvernement censément « conservateur » d’Erin O’Toole. Si toutefois, il devait être élu, ce qui n'est pas assuré.

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Pour Pierre-Paul Hus, le conservatisme n’est que la gestion rigoureuse des deniers publics

dimanche 20 juin 2021

États-Unis — La Cour Suprême unanime pour défendre la liberté de refuser l’adoption par des homosexuels

La Cour suprême des États-Unis a donné raison jeudi à un organisme catholique qui refusait de placer des enfants dans des familles homosexuelles. La haute cour a jugé à l’unanimité que la ville de Philadelphie, gérée par des démocrates, avait eu tort de rompre, en 2018, un contrat qui la liait à un de ses prestataires en matière d’aide à l’enfance, l’agence Catholic Social Services (CSS). La décision est en ligne ici.

L’agence Catholic Social Services célèbre la décision de la Cour suprême du 17 juin 2021 à Washington

La mairie avait décidé de ne plus lui confier d’enfants parce qu’un de ses responsables avait déclaré dans la presse qu’elle refuserait de placer des mineurs dans des foyers de couple de même sexe.

Premier amendement violé

Le juge en chef John Roberts a écrit dans un avis à la majorité du tribunal que Philadelphie avait violé le premier amendement en refusant de contracter avec les services sociaux catholiques une fois qu’il avait appris que l’organisation ne certifierait pas les couples de même sexe pour adoption.

« La clause de libre exercice du premier amendement, applicable aux États en vertu du quatorzième amendement, prévoit que » le Congrès ne fera aucune loi… interdisant le libre exercice « de la religion », a écrit Roberts.

« Dans un premier temps, il est clair que les actions de la Ville ont pesé sur l’exercice religieux de la CSS en la mettant au choix de restreindre sa mission ou d’approuver des relations incompatibles avec ses croyances », a-t-il ajouté.

 Système d’exceptions prévu par la ville

« Il est clair que la ville a fait pression sur CSS en lui donnant le choix de restreindre sa mission, ou d’approuver des relations incompatibles avec ses convictions », a estimé le juge en chef John Roberts qui a rendu l’avis de la Cour. Il ajoute que la CSS ne souhaite pas imposer ses idées à qui que ce soit, mais ne cherche « qu’un accommodement qui lui permettra de continuer à servir les enfants de Philadelphie d’une manière conforme à ses croyances religieuses ». Pour la Cour suprême, le refus de la ville de Philadelphie de conclure un contrat avec CSS viole le premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté religieuse.

La cour écrit que « dans ce dossier » le principe de non-discrimination « ne peut pas justifier de refuser une exception pour motif religieux à la CSS » puisqu’il existe un système d’exceptions dans le contrat entre la ville et ses prestataires, a-t-elle souligné.

La Cour suprême a « de nouveau pris une décision favorable aux libertés religieuses ! Aucune institution privée ne devrait avoir à sacrifier sa foi pour aider la communauté », a tweeté l’élu républicain Jody Hice, proche des milieux chrétiens.

La décision sur cette question délicate était très attendue. Elle vient infirmer le jugement rendu par la troisième Cour d’appel des États-Unis, qui avait statué en faveur de Philadelphie, estimant que la ville appliquait de manière neutre sa politique de non-discrimination et que les services sociaux catholiques n’avaient pas le droit à une exemption.  
 
Les clivages demeurent

Alors que le 4 novembre, la Cour suprême examinait le dossier, la juge Amy Coney Barrett, prenant position en faveur de l’agence, recevait le soutien de « dizaines d’églises, d’élus du Congrès et d’États de la Ceinture biblique, mais aussi du gouvernement républicain de Donald Trump, pour qui Philadelphie avait fait preuve d’“hostilité” envers la religion », rapportait alors Le Figaro le 3 novembre 2020.

La grande ville du Nord-Est aux mains des démocrates, quant à elle, recevait également de nombreux soutiens, dont celui de la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU, qui mettait en garde contre les conséquences d’un jugement favorable à l’agence catholique. L’association estimait qu’une victoire de la CSS autoriserait des agences privées qui assurent des missions de service public — familles d’accueil, banque alimentaire, foyer pour sans-abri, etc. — à refuser leurs services à la « communauté » LGBT.

Selon le lobby LGBT, une décision en demi-teinte

Selon les défenseurs des droits LGBT, la victoire de leurs opposants ne serait cependant pas complète. « La Cour n’a pas établi un droit général pour les organisations religieuses à violer les lois anti-discriminations », a souligné ACLU.

L’opinion des juges est cependnant considérée comme une nouvelle victoire pour les droits religieux. Une étude publiée plus tôt cette année a révélé une augmentation de 35 points de pourcentage du taux de décision de la Cour suprême en faveur de la religion au cours des 70 dernières années. Il faut cependant se demander si cela n’explique pas par le fait que la liberté religieuse est de plus en plus entamée par des autorités et fonctionnaires, censément « progressistes », rétives aux points de vue conservateurs chers aux religions établies.

Douglas Laycock, professeur de droit à l’Université de Virginie et éminent universitaire dans le domaine de la liberté religieuse, a déclaré que, comme l’a souligné la décision, il existe plus de 20 agences de placement familial à Philadelphie, dont beaucoup s’adressent aux couples LGBTQ. « Personne n’aura de difficulté à adopter ou à proposer un placement familial à cause de cette décision », a-t-il déclaré.

Nécessité d'un arrêt plus large pour renforcer la liberté religieuse

Il faut se demander ce qui se serait passé si Philadelphie n’avait pas prévu des exceptions dans son système d’accréditation. Cette décision n’incitera-t-elle pas les États et les villes à éliminer les possibilités d’exceptions, privant les institutions religieuses de l’argument utilisé par les juges ici.

Trois des neuf sages de la haute cour ont ajouté, dans une opinion distincte, qu’un arrêt plus large était nécessaire pour renforcer les droits des groupes religieux.

L’opinion de Roberts a été rejointe par les juges Stephen Breyer, Sonia Sotomayor, Elena Kagan, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Les juges Clarence Thomas, Samuel Alito et Neil Gorsuch étaient d’accord avec le résultat de l’affaire, mais n’ont pas adhéré au raisonnement de Roberts.

Alito, rejoint par Thomas et Gorsuch, écrit que le raisonnement étroit de Roberts rendra au mieux l’action du tribunal temporaire.

« Cette décision pourrait aussi bien être écrite sur le papier dissolvant vendu dans les magasins de magie », a écrit Alito. « La Ville a insisté pour faire pression sur CSS pour qu’elle cède, et si la Ville veut contourner la décision d’aujourd’hui, elle peut simplement éliminer le pouvoir d’exemption jamais utilisé. »

Alito a écrit que, dans l’arrêt Division de l’emploi que le juge en chef ne remet pas en question, le tribunal « a brusquement écarté près de 40 ans de précédents et a estimé que la clause d’exercice libre du premier amendement [sur la liberté religieuse] tolérait toute règle interdisant ou ordonnant catégoriquement une conduite spécifiée tant qu’elle ne visait pas la pratique religieuse ». Selon une interprétation de cet arrêt donc, tant que les catholiques peuvent « pratiquer leur religion » (aller à la messe, effectuer les sacrements, etc.) il n’y a pas d’enfreinte à leur liberté religieuse même si on leur impose des actions qu’ils réprouvent moralement (comme de placer des enfants à adopter chez des couples homosexuels).

« Même si une règle ne sert aucun objectif important et a un effet dévastateur sur la liberté religieuse, la Constitution, selon l’arrêt [Division de l’emploi c.] Smith, n’offre aucune protection. Cette disposition sévère est mûre pour un réexamen », a ajouté Alito.


jeudi 17 juin 2021

Grand oral du baccalauréat : ces orateurs de l'Antiquité qui peuvent vous aider

Vous êtes en Terminale et vous inquiétez de l’épreuve du grand oral, prévue du 21 juin au 2 juillet ? Guillaume Simiand, professeur d’éloquence et de culture générale à Paris I, vous donne les clefs pour réussir cette nouvelle épreuve, en vous inspirant des grands orateurs antiques.

Les articles de presse se multiplient sur le « grand oral », nouveauté du baccalauréat 2021. À les lire, une anxiété certaine toucherait les élèves qui se préparent à passer cette épreuve, mais aussi certains enseignants chargés de les évaluer.

De manière plus profonde se greffe sur cette situation la crainte très répandue de la prise de parole en public. Naomi Osaka en a donné ces derniers jours une excellente illustration : championne de tennis victorieuse de quatre tournois du Grand Chelem, elle a préféré il y a quelques jours se retirer de Roland-Garros plutôt que de participer au rituel de la conférence de presse, qu’elle jugeait trop anxiogène.

Une nouvelle épreuve pas si difficile

Si vous êtes comme Naomi, notez qu’il est beaucoup plus facile d’apprendre à parler en public, et à gérer les émotions qui vont avec, que de gagner un tournoi du Grand Chelem. D’amples ressources existent sur le sujet : la question de faire passer des messages à la fois contrôlés et efficaces se pose depuis que l’homme vit dans des sociétés fondées sur le droit (via la plaidoirie) et démocratiques (via le débat).

En réalité, l’art de parler en public est peut-être encore plus ancien, puisque la capacité à souder le groupe par la parole, autour de valeurs ou d’expériences communes, est une compétence fondamentale dans l’espèce sociale qui est la nôtre. Dans ces vingt-cinq ou vingt-sept siècles de réflexion, beaucoup d’idées, que l’enseignement en France a malheureusement trop oubliées depuis une centaine d’années, sont à reprendre. On en proposera ici quelques-unes, inspirées par trois figures d’orateurs des siècles passés.

 

Vidéo de présentation de l’épreuve par le ministère de l’Éducation. À noter : pour la session 2021, les élèves auront accès à leurs notes.

En préambule, il importe de remettre les choses à leurs justes dimensions. Obtenir le bac est certes essentiel. Mais les vœux sur Parcoursup, bien plus déterminants pour la suite de vos études, sont déjà faits. L’épreuve est nouvelle, et c’est pour vous un avantage supplémentaire : une fois lus les documents de cadrage mis à disposition par le ministère de l’Éducation nationale, vous en saurez à peu près autant que vos futurs correcteurs. Et les aménagements des épreuves du fait de la pandémie doivent rassurer plus encore.

En réalité, on peut prédire sans trop de risque qu’il n’y a que trois moyens de rater son grand oral :

  1. Ne pas maîtriser les connaissances attachées aux questions que vous traitez. Le problème serait lié à un manque de travail qui pourrait vous être légitimement reproché.
  2. Proposer un discours décousu, plein d’hésitations et de redites. Le problème est assez facile à régler : vous devez, en amont, réfléchir à l’ordre de vos arguments. N’hésitez pas à vous filmer et à demander les avis de proches sur les passages à améliorer.
  3. Enfin, l’écueil principal est de donner l’impression d’un manque de motivation. Être dans une forme d’engagement avec votre jury est essentiel : cela signifie avoir une bonne posture, et surtout être ouvert dans son ton et sa façon de parler. L’idée avait été envisagée d’appeler cet exercice « Oral de maturité » : c’est exactement ce que le jury attendra. Vous devez montrer que vous êtes capables de vous projeter dans l’enseignement supérieur et, à plus long terme, dans le monde professionnel.

Venons-en à quelques conseils inspirés de grands orateurs antiques.

mardi 15 juin 2021

L'emploi du mot « féminicide » par les médias n’a rien de neutre

Un « féminicide » pour la société gouvernementale alors que l’enquête n’a pas encore abouti  

Alors que le mot « féminicide », entré dans le dictionnaire, est de plus en plus utilisé par les politiques et les médias, la philosophe Bérénice Levet explique pourquoi elle se refuse à employer ce terme issu de la vulgate féministe pour désigner le meurtre d’une femme par son conjoint. Bérénice Levet est l’auteur du « Musée imaginaire d’Hannah Arendt » (Stock, 2011), de « La Théorie du genre ou le Monde rêvé des anges », préfacé par Michel Onfray (Livre de poche, 2016), du « Crépuscule des idoles progressistes » (Stock, 2017) et de « Libérons-nous du féminisme ! » (Éditions de l’Observatoire, 2018).


Les choses se sont incontestablement précipitées ces derniers temps. Il est désormais entendu qu’un homme qui tue son épouse, son ex-épouse, sa conjointe ou son ex-conjointe commet un « féminicide ». Et, signe des temps, sept ans après le dictionnaire Le Robert, l’édition 2022 du Larousse intronise ce vocable forgé dans l’arsenal du militantisme féministe. Le mot n’a en effet rien de neutre. Il est imprégné d’idéologie et charrie avec lui une interprétation de la réalité. L’adopter, c’est ratifier un certain récit, une certaine intrigue.

Je n’ignore rien de l’atmosphère dans laquelle nous baignons. Mettre en question le mot, ce serait minimiser la chose. Le sophisme est évident, et grossier. Que le meurtre d’une femme soit un mal absolu ne souffre pas de discussion. 

Quasiment élevée au rang de langue officielle, la langue des féministes a acquis une autorité et une légitimité exorbitantes. Bien parler, bien penser, ce serait dire et penser la condition des femmes en puisant dans les catégories importées pour l’essentiel du féminisme américain. Nous ne devons pas nous laisser intimider. Ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui est menacée, mais d’abord, et surtout peut-être, de manière plus préoccupante encore, ce qui la sous-tend, et qui est au fondement de notre civilisation : la passion de comprendre, la passion d’interroger, la passion de la vérité et de la réalité. Lorsque les hommes des Lumières, mais déjà Milton, et bientôt Stuart Mill, réclament la libre circulation des pensées et des opinions, ce n’est pas par obsession narcissique, pour permettre à chacun de s’exprimer, mais pour accroître nos chances de gagner en intelligibilité, mieux nous acheminer vers le vrai. [Afin de pouvoir être contredits si nous faisons fausse route, par exemple.]

Nos pensées sont captives, captives de la rhétorique victimaire, captives de la « cause des femmes », captives de la tyrannie de l’émotion. Captives et ennuyées. Accordons-nous, comme dans l’allégorie de la caverne, le droit de briser nos chaînes, accordons-nous la liberté d’inquiéter les évidences. C’est la réalité qui est en jeu, et elle seule doit être notre maître. Nous sommes ses obligés. Et puis, ce n’est rien de moins que l’essence de l’Occident, de l’Europe, de la France singulièrement, nous sommes cette civilisation qui s’est donné pour ancêtres Socrate, Eschyle, Sophocle, Périclès, ce moment foisonnant où tout devient question, où l’on proclame qu’il n’est pas de cartes routières de la pensée ni de l’art, où partout on se risque, se hasarde.

Ce terme, censé rendre hommage aux femmes « tombées sous les coups » de leur compagnon ou ex-compagnon, produit l’effet exactement inverse : la victime se trouve dépossédée de son identité personnelle

Bérénice Levet

Un mot se répand. La caverne bourdonne de ses échos assourdissants. N’est-ce pas alors la moindre des choses que de voir la pensée, l’âme, si l’on osait ce mot désuet, se mettre en mouvement ? N’est-ce pas la moindre des choses que de s’étonner, de se demander : que dit-on lorsque l’on parle de « féminicide » ? « Féminicide, lit-on dans Le Larousse : meurtre d’une femme ou d’une jeune fille en raison de son appartenance au sexe féminin. » Le néologisme a en effet été conçu dans les années 1970 pour signifier que les femmes sont tuées parce que femmes, en tant que femmes. La lecture de la définition ne rend-elle pas à elle seule éclatante la faille qui est au cœur de ce mot, le vice de forme ? L’homme qui tue sa compagne ou son ex-compagne ne tue pas une femme, il tue sa femme, la femme avec laquelle il vit ou avec laquelle il a vécu, avec laquelle il a peut-être eu des enfants. Féminicide il y aurait si quelque homme ou quelques hommes réunis s’emparaient d’un groupe de jeunes filles ou de femmes et les vouaient à la mort, les exterminaient pour la seule raison d’être nées femmes. Ce serait la seule acception rigoureuse.

Premier vice, première faille. Ce mot fige chacun des deux sexes dans une essence, d’un côté, l’homme, sempiternel persécuteur, de l’autre, la femme, éternelle victime, perpétuelle proie de cet inaltérable prédateur. Reconduisant toute histoire particulière à une intrigue extrêmement sommaire, mettant aux prises un bourreau et sa victime, le bien et le mal, la victime perd toute singularité, toute unicité, tout visage. Elle n’est plus une femme avec sa personnalité, elle n’est plus un être de chair et de sang, elle devient la représentante d’une espèce, une généralité. D’être unique, elle déchoit au rang de simple représentante d’une espèce. Ce terme, censé rendre hommage aux femmes « tombées sous les coups » de leur compagnon ou ex-compagnon, produit l’effet exactement inverse : la victime se trouve dépossédée de son identité personnelle. Il est des hommages plus généreux, on me l’accordera.

Il ne reste rien de l’unicité d’une vie. Rien de la singularité d’une histoire, de leur histoire exclusive et prise dans un faisceau de complexités. Que l’ambiguïté, l’ambivalence de certaines histoires individuelles vienne à être rappelée, nos activistes ne se laissent pas ébranler, ils ont à leur disposition, toute dégoupillée, une grenade qu’il tienne pour fatale : l’« emprise ». Cela ne retire absolument rien au caractère abominable de ces meurtres que d’admettre qu’ils s’inscrivent dans des histoires fatalement, et en l’occurrence funestement, mêlées, emmêlées. Mais précisément, la complexité, c’est ce avec quoi les militants, quels qu’ils soient au demeurant, sont fâchés, et contre quoi même ils sont en rébellion.

« Féminicide », le mot inscrit le meurtre des femmes dans une grande intrigue, celle de la société occidentale regardée comme vaste entreprise de fabrication de victimes

Bérénice Levet

Si le mot est défendu avec une telle ardeur et une telle obstination par les féministes, c’est qu’il présente, à leurs yeux, au moins, deux vertus : 
  • restreindre le terme d’« homicide » aux victimes de sexe masculin et imposer un terme équivalent pour les femmes ; 
  • élever le meurtre d’une femme, d’acte individuel au rang de « fait de société » et donc incriminer la structure même de nos civilisations.

Pourquoi un homme tue-t-il sa compagne ou son ex-compagne ? Parce que, nous répondent les militants docilement relayés par nos politiques et la majorité des journalistes, nos sociétés sont et demeurent, et demeureront aussi longtemps que nous n’aurons pas donné partout la préséance aux femmes, « patriarcales ». Cette clef ouvrant toutes les serrures. L’idéologie est une assurance prise contre le réel. Elle vous met, pour paraphraser Tartuffe, « en état de tout voir sans rien croire ».

« Féminicide », le mot inscrit le meurtre des femmes dans une grande intrigue, celle de la société occidentale regardée comme vaste entreprise de fabrication de victimes — les femmes, naturellement, mais aussi les « minorités » et la « diversité ». La civilisation occidentale étant l’œuvre d’un homme blanc hétérosexuel chrétien ou juif n’ayant d’autre passion que la domination de tout ce qui n’est pas lui (donc des femmes, des Noirs, des musulmans, des animaux, des végétaux, ce qui fonde l’« intersectionnalité de la lutte », point de convergence des féministes, indigénistes, décoloniaux, écologistes, végans). Tous les continents sont concernés par les violences et les meurtres conjugaux, m’objectera-t-on. Sans doute, mais on aura observé que, lorsque le coupable n’est pas « blanc », le sort de la victime intéresse beaucoup moins nos féministes et les laisse pour ainsi dire muettes.

Autre point : le Larousse précise « Crime sexiste : le féminicide n’est pas reconnu en tant que tel par le Code pénal français. » Le droit est en effet, au nom de l’universalité et de l’individualisation de la peine, l’ultime citadelle. Poursuivre un homme pour « féminicide », ce serait réduire l’accusé à un symbole, et le procès à un prétexte. Or la fonction de l’institution judiciaire n’est pas de juger un système, mais une personne. « Quel que soit le procès, rappelait Hannah Arendt, les feux de la rampe sont concentrés sur la personne de l’accusé, homme de chair et de sang, avec son histoire individuelle, avec son ensemble toujours unique de qualités, de particularités, de schémas de comportement et de circonstances. Tous les éléments qui vont au-delà (…) ne concernent le procès que dans la mesure où ils constituent le contexte dans lequel l’accusé a agi. » Le hisser au rang de qualification pénale reviendrait à oublier, à nier l’essence même la justice.

L’effet toxique, recherché, est de criminaliser les hommes dans leur ensemble et aussi de jeter la suspicion sur l’hétérosexualité

Bérénice Levet

Certains, dont Marlène Schiappa, militent cependant en ce sens. La reconnaissance par le code pénal est leur ultime combat. Les féministes mènent l’assaut et, au train où vont les choses, au regard de l’empire qu’ont acquis la « diversité », les « minorités », les « victimes », on conçoit mal que l’institution judiciaire résiste encore longtemps. Tout porte à croire, et à craindre, que le drapeau de la victoire ne tardera plus à être planté.

On l’aura compris, employer le mot de féminicide n’a rien de neutre. Que le mot « féminicide » ait sa place dans le vocabulaire des activistes, c’est leur affaire. « Il va vite, cela plaît dans la mêlée », ainsi que le disait Victor Hugo des mots dont tout militantisme se saisit et sous la bannière desquels il mène ses combats. Que la majorité des journalistes s’y convertissent est autrement contestable. Cela témoigne du changement de définition du métier même de journaliste pour beaucoup : de gardiens de la si fragile réalité factuelle, ceux-ci se conçoivent volontiers désormais comme des justiciers, chargés de mission du « changement des mentalités » et sont disposés à y sacrifier le réel.

Nous avons là un exemple remarquable de la manière dont la novlangue féministe s’infiltre dans le langage ordinaire, avec la complicité ardente et zélée des politiques et de la plupart des médias. Et l’effet toxique, recherché par ses militants, est de criminaliser les hommes dans leur ensemble et aussi de jeter la suspicion sur l’hétérosexualité : la rencontre d’un homme et d’une femme, l’homme étant ce qu’il est, dans la logique néoféministe, est toujours susceptible de tourner à la tragédie.

Le mot est donc une arme dirigée d’abord contre les hommes, contre notre civilisation. Le banaliser engage.

Vers l’humaine condition compliquée avec des idées simples, tel est, pour paraphraser un général de Gaulle aux accents raciniens, le chemin sur lequel nous entraîne fatalement le mot de féminicide. Nous devons avec la plus vive énergie nous y refuser.


Rappelons que des hommes sont tués par leurs compagnes, les frères, oncles ou pères de leurs compagnes ou par des tueurs à gages engagés par leur femme.

Selon les Centers for Disease Control and Prevention, le mariticide (le meurtre du mari) représentait 30 % du total des meurtres de conjoints aux États-Unis. Mais ces données ne comprennent pas les meurtres par procuration effectués au nom de l’épouse. [1] Les données du FBI du milieu des années 1970 au milieu des années 1980 ont révélé que pour 100 maris qui ont tué leur femme aux États-Unis, environ 75 femmes ont tué leur mari, ce qui indique un rapport mariticide/uxoricide de 3:4. [2] L'uxoricide (de uxor, épouse, en latin) est le meurtre d'une femme mariée ou en couple. C'est près de deux fois plus que dans les autres pays occidentaux.

Femme parle à un policier infiltré qu’elle pense être un tueur à gages, elle veut qu’il tue son mari

Mari implore la clémence d’un juge avant que sa femme ne soit condamnée pour avoir tenté d’engager un tueur à gages pour le tuer

[1] « Understanding Intimate Partner Violence » (PDF). cdc.gov. Archive de l’original (PDF) du 6 mars 2016.
[2] Who kills whom in spouse killings par Wilson & Daley: Wiley. doi : 10.1111/j.1745-9125.1992.tb01102.x

Gestion de la pandémie : les élèves désertent les classes des cégeps


Avec la gestion de la pandémie retenue, le nombre d’étudiants de niveau collégial [17-19 ans, fin du lycée] qui ont abandonné leurs cours en se prévalant des assouplissements du gouvernement a explosé, compliquant ainsi la tâche des cégeps en vue de la rentrée d’automne.

Selon des chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, de plus en plus d’étudiants ont recours à une mesure qui permet d’abandonner un ou des cours sans que la mention «abandon» soit inscrite à leur dossier. Dans le réseau collégial, on parle d’«incomplets permanents», un phénomène qui n’a cessé de bondir depuis le trimestre d’automne 2019 grâce à des assouplissements consentis pour abandonner ses cours en raison de la gestion de la pandémie.

Ainsi, le nombre de cours abandonnés de cette façon est passé de 17 302 à l’automne 2019 dans l’ensemble du réseau collégial public de la province à 86 147 cours à l’automne 2020, un nombre cinq fois plus élevé.

La situation est encore pire pour le trimestre d’hiver 2020 puisque le nombre d’incomplets permanents a atteint 121 916 cours, comparativement à 14 238 dans l’ensemble du réseau à l’hiver 2018.

Rentrée problématique ? Manque d'espace ?

Certains craignent que le laxisme du gouvernement en raison de la COVID donne des maux de tête aux gestionnaires du réseau collégial lors de la rentrée d’automne.

En l’occurrence, les étudiants qui poursuivront leurs études devront reprendre les cours abandonnés sous la mention «incomplet». Les finissants du secondaire s’ajouteront pour leur part à ceux dont le séjour au collégial s’étire. Le risque de congestion dans les classes semble inévitable.

Au cégep de Sherbrooke, la direction des études dit espérer que les nombreuses inscriptions aux cours d’été permettront de réduire la pression sur la rentrée d’automne.

Même son de cloche du côté du cégep Édouard-Montpetit où la directrice des études, Josée Mercier, a confié tout de même appréhender la rentrée automnale. «Si la règle d’un mètre de distanciation est maintenue, nous aurons des problèmes d’espace, a-t-elle soutenu. Nous sommes déjà en train de regarder pour trouver des locaux supplémentaires.»

Qu’est-ce qu’un incomplet permanent?

Il s’agit d’une mesure d’exception qui permet aux étudiants d’abandonner un ou des cours sans que la mention «abandon» soit inscrite à leur dossier. La demande d’incomplet est habituellement accompagnée d’une recommandation d’un médecin qui justifie la requête. Avec la COVID-19, Québec a assoupli considérablement les critères d’admissibilité. Le billet d’un médecin n’est, par exemple, plus nécessaire.

Nombre d'incomplets permanents [d'abandons]:

Hiver 2018:        14 238
Automne 2019:  17 302
Automne 2020:  86 147
Hiver 2020:      121 916


Face à la vague des transgenres, la Suède commence à douter

De phénomène rarissime, touchant quelques individus à partir de la petite enfance, la dysphorie de genre est devenue récemment une pathologie de masse à l’adolescence
 
Le plus prestigieux hôpital de Suède revoit son protocole et ne donne plus d’hormones aux mineurs. Le premier pays au monde à avoir reconnu céder devant les militants transgenres va-t-il faire marche arrière ? Extraits d’une enquête menée par le Figaro.

Pour raconter ce qui est arrivé à sa fille, Asa préfère montrer l’album où elle l’a prise en photo, chaque mois, à partir de ses 14 ans. « Voilà l’époque où Johanna s’est mise à couper ses cheveux très courts, à mettre un bandage de poitrine pour l’aplatir », commence-t-elle. Les clichés se succèdent, le sourire disparaît, le visage s’émacie : « Elle est tombée malade, l’anorexie. À l’hôpital, j’ai remarqué qu’elle suivait des comptes transgenres sur les réseaux sociaux. Elle m’a annoncé qu’elle souffrait de dysphorie de genre, qu’elle ne supportait plus son corps… Elle a décidé de devenir Kasper, un garçon. »

Son visage alors apparaît plus affirmé, cheveux teints, air viril. Et puis, à 19 ans, Johanna réapparaît en fille, lueur énigmatique dans le regard : « C’est un voyage qui a duré deux longues années, s’émeut Asa. Ma fille a changé de genre, d’identité, mais elle a ensuite eu l’immense courage d’avouer son erreur. Je suis très fière d’elle. »

Ce « voyage », comme le dit Asa, de nombreux adolescents suédois l’ont fait. Le pays a été le premier au monde, en 1972, à reconnaître la dysphorie de genre, ce mal-être provoqué par l’inadéquation entre son sexe biologique et son identité de genre, et à donner la possibilité d’officialiser cette transition à l’état civil. Le premier, aussi, à offrir des soins pour conforter les transgenres dans leur démarche : devenir un homme quand ils sont nés femmes, ou l’inverse.

Tous les traitements sont pris en charge dans des cliniques publiques, dès 16 ans : bloqueurs de puberté pour les plus jeunes, injections de testostérone ou d’œstrogènes, opération de la poitrine, orthophonistes pour changer sa voix, épilation, greffe de barbe, etc. À partir de 18 ans, l’administration autorise enfin l’opération des parties génitales, créant un pénis à partir du clitoris ou avec de la peau, modelant un vagin par inversion de la verge ou avec un morceau d’intestin.

« Retour en arrière »

D’où l’incrédulité provoquée en mars 2021 par la décision du prestigieux hôpital Karolinska. Ce pionnier de la dysphorie, dépendant de l’institut qui décerne le prix Nobel de médecine, refuse désormais le traitement hormonal aux nouveaux patients mineurs, sauf dans le cadre d’une étude clinique. Il invoque le principe de précaution et s’appuie sur une compilation d’études montrant qu’il n’y a pas de preuves de l’efficacité de ces traitements, pourtant irréversibles, pour le bien-être des patients. La prise à vie de ces hormones pourrait aussi favoriser les maladies cardiovasculaires, certains cancers, l’ostéoporose, les thromboses. Les 100 jeunes déjà suivis à Stockholm, et non concernés par cette nouvelle politique, devront d’ailleurs signer un document les informant de ces risques.

[…]

La Suède, cependant, n’est pas le seul pays à revoir sa politique de soins. Au Royaume-Uni, la jeune Keira Bell, opérée de la poitrine et traitée aux hormones, a gagné fin 2020 son procès contre la clinique de Londres qui avait donné son feu vert trop rapidement, estime-t-elle, pour une transition qu’elle regrette aujourd’hui. Depuis, les traitements y sont soumis à une décision judiciaire pour les 16-18 ans, et refusés aux plus jeunes. En juin 2020, c’est la Finlande qui a changé ses recommandations en donnant la priorité à la thérapie psychologique.

Emballement des courbes Ce qui alarme les praticiens, c’est l’emballement des courbes. De phénomène rarissime, touchant quelques individus dès la petite enfance, la dysphorie de genre est devenue une pathologie de masse, apparaissant avec l’adolescence. « En 2001, seules 12 personnes de moins de 25 ans avaient été diagnostiquées… en 2018, c’était 1859, constate Sven Roman, psychiatre pour enfants, qui travaille comme consultant dans toute la Suède. Tous les ados sont touchés, mais surtout les filles de 13 à 17 ans qui veulent devenir des garçons : entre 2008 et 2018, l’augmentation dans cette tranche est de 1500 %. En Suède, il y a maintenant plus de filles que de garçons qui reçoivent de la testostérone ! »

Le constat est le même pour les opérations chirurgicales. Selon le professeur Mikael Landén, auteur d’une thèse sur le transsexualisme, en moyenne 12 personnes par an seulement demandaient un changement de sexe dans les années 1972-1992… Aujourd’hui, elles sont plus de 2000.

[…] [P] our Sven Roman, sa cause est tout autre : il y a surdiagnostic. « Tous les adolescents ont des soucis d’identité, de recherche de soi, sans être pour autant atteints de dysphorie, martèle-t-il… Leur problème disparaît le plus souvent au début de l’âge adulte avec la possibilité de devenir homosexuel, ou pas. »

Ces enfants souffrent d’autres troubles psychiatriques

Autre indice inquiétant : ces jeunes patients souffrent souvent d’autres troubles psychiatriques comme l’autisme, la dépression, l’anxiété. Ces pathologies, qui pourraient expliquer une supposée dysphorie de genre, peuvent être traitées sans prise d’hormone, ni chirurgie. Mais cette réalité est parfois mal acceptée par les patients, si sûrs d’eux-mêmes qu’ils refusent de se soumettre à une évaluation complète de leur santé mentale.

[…]

Au premier rendez-vous, on félicite les enfants qui veulent transitionner

Quant au système de santé, il est bien loin de raisonner les indécis : selon Peter Salmi, enquêteur de la sécurité sociale suédoise, 70 à 80 % des personnes entrant en clinique obtiennent le diagnostic de dysphorie de genre. « Au premier rendez-vous on m’a dit : “Félicitations ! Vous avez fait votre coming out, c’est courageux, quel traitement vous voulez faire ?”, poursuit Johanna. Heureusement, je consultais aussi un psychologue indépendant une fois par semaine. Avec lui, on parlait de tout et j’ai compris peu à peu que cette détestation de mon corps, ma dysphorie, était une conséquence de mon anorexie, et pas l’inverse. Quand je l’ai réalisé, je me suis effondrée en larmes, et j’ai tué Kasper. »

[…]

Sven Roman rappelle que le lobe frontal du cerveau, où se forme la capacité d’évaluer les risques, où se jouent les intentions, finit d’évoluer vers 25 ans : « C’est à cet âge que l’on est assez mûr pour prendre une décision aussi lourde qu’un changement de genre. C’est d’ailleurs à cet âge que la loi suédoise autorise la stérilisation, pas avant. »

Remise en question et « tabou »

Le débat partage la Suède, mais il a aussi pris un tour un peu plus heurté — et plus personnel. En octobre 2019, un documentaire choc de la télévision suédoise révélait que l’hôpital Karolinska pratiquait l’ablation des seins sur des filles de 14 ans. Le cas de Jennifer Ring a également ému le pays : cette femme de 32 ans s’est pendue après avoir effectué une transition de genre dans ce même établissement, alors que d’autres cliniques lui avaient refusé les traitements en raison de ses signes de schizophrénie. Plus récemment, l’actrice et écrivain trans Aleksa Lundberg a aussi exprimé des doutes sur sa transition.

Est-on allé trop loin ? La peur de ne pas être assez inclusif ou, pire, de passer pour transphobe, a pris le pas chez certains sur l’analyse scientifique et la prudente considération de l’avenir de ces jeunes. « Aujourd’hui, en Suède, il est tabou de remettre en cause l’identité de quelqu’un », conclut Johanna. Sven Roman, lui, dénonce ces œillères qui faussent le jugement de certains spécialistes : « Ils ne sont intéressés que par une pathologie, comme le désordre bipolaire, ou la dysphorie, et leur attribuent tous les symptômes qu’ils voient. Cela peut être très dangereux pour les patients. » Contrainte de réagir à la décision unilatérale de l’hôpital Karolinska, qu’ont commencé à suivre d’autres établissements, la sécurité sociale suédoise s’est donnée jusqu’à la fin de l’année pour établir un nouveau protocole de soin.


lundi 14 juin 2021

« Les langues anciennes nous permettent de former une pensée et ainsi de commencer à dire non »

Entretien avec la journaliste et essayiste italienne Andrea Marcolongo, formée aux lettres classiques, qui s’est fait connaître notamment pour son livre sur le grec ancien La Langue géniale, paru en 2016 en Italie, avant d’être traduit en une dizaine de langues. L’université de Princeton a récemment supprimé l’obligation d’apprendre le latin et le grec pour les étudiants en lettres classiques. La raison évoquée ? Lutter contre le « racisme systémique ». Sur sa page web, Diversity and equity, le Département des lettres classiques de l’établissement explique ainsi que la culture gréco-romaine a « instrumentalisé, et a été complice, sous diverses formes d’exclusion, y compris d’esclavage, de ségrégation, de suprématie blanche, de destinée manifeste, et de génocide culturel ». Andrea Marcolongo déplore cette décision. Elle rappelle l’importance d’apprendre le latin et le grec pour développer son esprit critique et renouer avec la beauté, la poésie et la profondeur des mots.

LE FIGARO. — Que vous inspire la suppression de l’obligation d’apprendre le latin et le grec pour les étudiants en lettres classiques à Princeton ?

Andrea MARCOLONGO. — Je ne ressens pas simplement un bouleversement, mais une grande inquiétude. Il ne s’agit pas là du résultat de l’esprit du temps, mais de l’expression d’un malaise. Il n’est pas strictement lié aux lettres classiques, mais à notre capacité à accepter aujourd’hui la pensée. Il y a une volonté de renier le débat, c’est ça le risque que sous-tend cette suppression. Dans cette volonté hypocrite de vouloir respecter le monde entier, on perd la force et l’envie de soutenir une opinion. La pensée ne peut pas être neutre. Les langues anciennes nous rappellent justement cela ; elles nous permettent de former une pensée et ainsi de commencer à dire non.

— Ce phénomène existe-t-il déjà en Europe ?

— Pour l’heure, cette volonté de ne plus débattre se situe surtout aux États-Unis. Il n’y a plus de débat, seulement cette « cancel culture », cette culture de l’annulation liée au politiquement correct. On empêche l’autre de prendre position plutôt que de débattre. C’est plus facile, plus paresseux. Sauf qu’à force de tout « canceller », il finira par ne plus rien rester. Je trouve cela effrayant que pendant des conférences on puisse me poser la question : « Faut-il condamner Platon parce qu’il était misogyne ? » D’autres s’interrogent : « Faut-il arrêter d’apprendre Homère parce qu’il ne respecte pas assez les femmes ? » C’est un faux débat ! On a perdu la perspective. On lit des textes pour étudier des langues ; peut-être que certains d’entre aux contenaient des propos misogynes et racistes selon le point de vue de notre époque, mais cela nous donne la possibilité de remarquer ou de contester ces aspects. L’antidote au racisme n’est pas d’effacer la culture, mais de savoir prendre position. Chez les Grecs, la tragédie servait certes à mettre en scène des drames pour le plaisir des spectateurs, mais aussi et surtout pour montrer les aspects les plus obscurs de l’être humain. Par la catharsis, on était ainsi capable de comprendre nos émotions et de les accepter.

— N’est-il pas absurde de vouloir transposer un modèle culturel à une société vieille de plusieurs millénaires ?

— Si. On ne peut pas culpabiliser une langue avec des valeurs d’une époque qui n’est pas la sienne. La langue n’a pas à être un drapeau politique. C’est pour cette raison que je trouve que tous ces débats qu’on injecte aux langues anciennes sur le racisme, le féminisme… sont très loin de l’esprit grec. À mon sens, ce n’est pas la langue qui est raciste, mais ce sont ses usagers qui le sont. Je vis avec l’inquiétude de savoir qu’il y a des personnes qui regardent les langues anciennes avec un regard qui censure. Si l’on juge des langues à l’aune d’aujourd’hui qui sait ce qu’on pensera de notre propre usage de la langue demain ?

— Comment expliquez-vous cette perte du latin et du grec ?

— Je pense que c’est une question de paresse intellectuelle. On supprime les langues classiques pour éviter de penser. La démocratie intellectuelle non seulement permettait de penser, mais elle obligeait à penser. Dans la Grèce Antique, Périclès payait les gens qui n’avaient pas les moyens d’aller au théâtre, parce qu’il disait toujours que les citoyens les plus dangereux étaient ceux qui n’avaient pas de culture. Il avait raison. C’était un engagement pour la collectivité, la société. Aujourd’hui, toute forme de culture est devenue démodée. On demande aux gens d’être performants, mais pas d’avoir une profondeur de la pensée. Néanmoins, je pense que tout ce système de politiquement correct, de censure, de langue si polie, a ses limites. Peut-être que les gens vont avoir envie à un moment de revenir à une activité intellectuelle. Nous avons les anticorps pour nous protéger contre cette censure venue des États-Unis.

— L’engouement autour de vos livres (La langue géniale, hommage au grec ancien, a été vendue à 150 000 exemplaires en Italie et publiée dans 27 pays) le prouve.

— Je l’espère. Une des utilités des langues anciennes, c’est de nous apprendre la valeur du temps. C’est donc très antimoderne d’apprendre ces langues ! Il faut des années pour les apprendre. Or, nous vivons dans une époque de la vitesse où tout doit être très rapide, presque instantané. Cela nous apprend donc une certaine discipline. Nous avons un problème avec le passé et le temps. Tout ce qui se fait vite n’est pas forcément bien. Les langues anciennes nous redonnent une certaine notion et une valeur du temps.

— La maîtrise des langues anciennes permet aussi de mieux connaître les mots qu’on emploie et donc d’avoir une pensée plus juste.

— Oui, cela permet la discussion. Lorsqu’on a le mot juste, on s’exprime mieux. C’est pour cela que je me suis concentrée dans mon dernier livre sur l’étymologie. Une langue ancienne nous oblige à habiter l’essence d’une langue, à renouer avec la poésie et la profondeur des mots. Nous ne sommes pas simplement des juristes de la langue. Ainsi, apprendre les langues anciennes permet non seulement d’acquérir un meilleur vocabulaire, mais aussi de trouver le bon mot et construire une meilleure pensée. Il ne faut pas apprendre une langue en fonction de son utilité, comme un outil, sinon on se coupe de sa beauté, sa culture, sa mythologie.

— Que faire donc pour redonner le goût des langues anciennes ?

—  Il suffit d’offrir à quelqu’un Homère, même traduit en français. Ainsi, on peut se plonger dans la beauté incroyable de la littérature ancienne. Plutôt que de passer son temps à débattre sur l’utilité ou l’inutilité, le racisme des langues anciennes, je propose de revenir à la beauté des langues avec un regard sans a priori. Le texte est magnifique. Il faut étudier cette langue qui nous parle de nous-mêmes.

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