lundi 6 janvier 2020

Hongrie — vers un remboursement intégral de la fécondation in vitro

Pour stimuler sa population vieillissante, la Hongrie lance un « programme national pour la reproduction » visant à « soutenir financièrement les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants », 150 000 dans le pays. Le gouvernement souhaite stimuler le système de fécondation in vitro (FIV) et lutter contre l’infertilité.

À partir de juillet 2020, un régime de gratuité pour les FIV sera en place : les 30 % des 3300 euros restant à la charge des familles en traitement de PMA seront remboursés par la sécurité sociale. Par ailleurs, l’État va prendre le contrôle et assurer pendant 3 ans la gestion d’un certain nombre de cliniques privées qui s’occupent de fécondation in vitro. L’objectif étant de limiter rapidement les délais d’attente.


Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large visant à stimuler la natalité. En juillet dernier, un certain nombre d’avantages fiscaux ont été annoncés pour favoriser les familles.

Pour qu’en 2020, notre école ait 20/20 !

Les vœux d’Anne Coffinier, présidente d’ÉducFrance, pour 2020 :


C’est connu, notre système scolaire est mauvais élève. Pour qu’il obtienne 20/20… en 2020, il faut changer les choses en profondeur, et d’abord réintégrer l’école libre, c’est-à-dire sous contrat ou hors contrat dans le périmètre du débat éducatif. Ce qui n’est plus le cas depuis… 1984. Depuis, en effet, aucun homme politique n’ose se préoccuper officiellement de « l’école libre ».

Bien sûr, l’élite politique, de gauche comme de droite, scolarise ses enfants dans le privé. Mais c’est un péché honteux que l’on confesse péniblement. De l’école libre en France, on se méfie. Qu’elle gagne un élève aux dépens du public, et c’est « la République qui recule » ! Dans les discours, on l’accuse des maux les pires, du « prosélytisme religieux » au sélectivisme financier. Pourtant elle est rarement confessionnelle et guère plus chère que les écoles sous contrat des grandes villes. Plus de 60 % des Français voudraient y scolariser leurs enfants « s’ils le pouvaient ». Honte à eux ! Qu’on abolisse le peuple. Pour un Mélenchon, l’idéal serait même d’obtenir la fin du subventionnement par l’État de l’école privée sous contrat, au nom du dogme jamais réalisé dieu merci, « à école publique, argent public ; à école privée, argent privé ».

Alors, faisons en sorte que 2020 soit déjà l’année de la sortie de cette hypocrisie. Il revient aux hommes politiques attachés à nos libertés de se réemparer sans trembler du sujet de l’école libre. C’était une thématique de droite. Le meilleur moyen de servir efficacement l’égalité des chances : si l’on veut que tous les enfants réussissent, il faut qu’ils puissent choisir l’école qui leur convient au lieu de se voir infliger la même école pour tous. L’école publique a besoin de l’émulation des écoles libres pour avoir le courage de se réformer chaque fois que c’est nécessaire. Le niveau de l’école publique est d’ailleurs supérieur dans les départements où l’école privée est très développée, dans l’Ouest notamment. Nous avons collectivement besoin que des écoles vraiment libres se développent, qui soient des sentinelles du combat pour la résilience de l’excellence et de la civilisation françaises. Voilà qui peut passer par mille formes pédagogiques possibles, mais qui exige en revanche toujours une même cohérence éducative au niveau même de l’établissement, une vision commune, partagée par les responsables éducatifs et par les parents.

Le temps est aussi venu de relations plus apaisées entre l’État et la réalité vivante en forte expansion du monde des écoles vraiment libres. Que cette nouvelle année marque résolument la fin du primat de l’idéologie dans l’approche des questions scolaires. Non l’école publique n’est pas le bien par nature, quand l’école privée serait le mal relatif quant elle est sous contrat, et absolu quand est libre de tout contrat.

À l’heure où de plus en plus d’acteurs privés et publics cherchent à « tout changer » dans l’éducation, l’enseignement vraiment libre est porteur d’un potentiel de libération considérable pour l’école dans son ensemble. Utilisons-le sans tergiversations superflues. Voilà une bonne première bonne résolution pour l’année !

Anne Coffinier

Colombie-Britannique — université annule conférence sur les violences antifa après menaces de violences par antifa

À l’aube de 2020, l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) a encore du mal à trouver un équilibre entre la liberté d’expression et les risques de sécurité créés par les groupes dits antifascistes (antifa pour faire court) qui menacent de protester violemment contre les conférenciers auxquels ils s’opposent pour des raisons idéologiques.

Les « étudiants contre le sectarisme » vocifèrent contre des gens aux idées opposées aux leurs, pardon manifestent leur juste et sainte indignation contre des gens haineux et sectaires.
Le rédacteur en chef du Post Millennial, Andy Ngo, a vu son allocution annulée à l’Université de la Colombie-Britannique en raison de préoccupations sécuritaires et de la possibilité de violentes protestations de la part de groupes antifa. La présentation prévue de M. Ngo, ironiquement intitulée « Comprendre la violence antifa », devait avoir lieu le 29 janvier au Robson Square de l’UBC, au centre-ville de Vancouver.

Le Centre de défense des libertés constitutionnelles (JCCF), un groupe conservateur de défense des droits, a publié un communiqué de presse et une lettre de réclamation en bonne et due forme au nom du groupe d’étudiants du Cercle de la libre expression pour exiger que l’Université de la Colombie-Britannique reprogramme l’événement.

Selon la lettre, le  Cercle de la libre expression a reçu un appel téléphonique le 20 décembre de Ron Holton, chef des risques à l’Université de la Colombie-Britannique, qui déclarait : « [l] a raison de l’annulation est la préoccupation au sujet de la sécurité de notre communauté universitaire. » Le JCCF souligne qu’aucune préoccupation précise n’avait été mentionnée.

Le communiqué de presse indique que « le Cercle de la libre expression et l’UBC ont confirmé la réservation d’événements d’Andy Ngo avec un contrat en date du 25 novembre 2019 » et qu’ils avaient payé au campus des frais de réservation.

Dans sa réclamation, le JCCF affirme que l’annulation de l’événement « constitue une soumission  implicite au “véto du chahuteur”, ce qui ne pourra que pousser à davantage de menaces de la part de ceux qui s’opposent à la notion même de liberté d’expression. » Citant la « Déclaration sur la liberté universitaire » de l’Université de la Colombie-Britannique, la lettre, adressée au président de l’Université de la Colombie-Britannique, Santa Ono, menace d’intenter une action en justice contre l’université si l’événement n’est pas reprogrammé d’ici le 10 janvier 2020.

Normalement, lorsque la présence d’un conférencier suscite des inquiétudes sur le plan de la sécurité, que ce soit pour le conférencier ou pour les participants, on demande aux organisateurs de l’événement de payer des frais de sécurité supplémentaires. Ce montant est évalué par l’université. Les groupes qui organisent des manifestations n’ont jamais, à la connaissance du public, été tenus de payer des frais de sécurité. Dans ce cas-ci, l’événement a été annulé sans qu’on prévoie un plan de secours.

Un autre événement récent à l’Université de la Colombie-Britannique, mettant en vedette la critique féministe et professeure de littérature Janice Fiamengo, a été annulé puis reporté en raison de préoccupations liées à la violence et aux problèmes de maintien de l’ordre.

Les renseignements fournis au Post Millennial indiquent que Holton a informé Cercle de la libre expression que l’UBC attend de voir comment la conférence de Janice Fiamengo reportée au 15 janvier se déroulera avant d’approuver l’événement avec Andy Ngo.

La position publique de l’Université de la Colombie-Britannique sur la liberté d’expression à l’égard des orateurs dits « controversés » a été exprimée pour la dernière fois par le doyen en septembre, affirmant le principe selon lequel « des centaines d’années, les universités ont joué un rôle central en fournissant un forum où les idées peuvent être exprimées, débattues, et contestées, et où les participants peuvent acquérir une meilleure compréhension mutuelle. »

Andy Ngo a été victime de violentes attaques par le passé. Tant Antifa Vancouver que le groupe « Étudiants contre le sectarisme » de l’Université de la Colombie-Britannique ont affiché sur leurs pages Facebook publiques des messages encourageant d’autres attaques physiques sous forme de « laits frappés au béton », comme lorsqu’il avait été blessé à Portland, en Oregon.

Andy Ngo victime des « laits frappés » des « antifascites »

Laits frappés au béton et volonté d’exiler les « racistes » sur une île déserte


[…]

Andy Ngo a déclaré dans un communiqué de presse que « la réponse appropriée aux extrémistes violents qui menacent l’accès à l’information dans le monde universitaire est de ne pas céder à leurs demandes en annulant les conférences ». Il a ajouté : « Comme on le voit partout ailleurs, chercher à  apaiser les idéologues antifa ne fait que les encourager à redoubler d’efforts dans leurs revendications. Leur but est de faire taire l’opposition par la peur et l’intimidation. »

Le responsable principal de la gestion des risques pour l’université n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la part du Post Millenial.

dimanche 5 janvier 2020

Le nouveau projet collectif des Occidentaux: disparaître sans laisser de trace

Sous couvert de vouloir diminuer notre empreinte carbone, l’idée même de laisser une trace de sa vie se trouve dévaluée dans les pays occidentaux, s’inquiète l’essayiste, Olivier Babeau dans le Figaro (extrait) :


La préoccupation environnementale prend aujourd’hui la forme du souci constant de minimiser son « empreinte ». Au-delà du carbone, ce sont plus généralement toutes les traces du passage des êtres humains sur terre qui sont vouées à disparaître, y compris celles qui ne sont pas une menace pour l’écosystème. C’est une nouveauté frappante de notre temps.

Dans l’Antiquité, il était essentiel pour chacun de laisser derrière soi des gens capables d’évoquer votre souvenir. On pensait que le mort conservait une forme d’existence aussi longtemps que quelqu’un se souvenait de lui. La recherche de la gloire était moins une vaine quête dictée par l’orgueil que le moyen très commode de devenir immortel. Tous les grands dirigeants, des pharaons aux présidents de notre République en passant par les rois, n’étaient préoccupés que de laisser les traces les plus éclatantes possible de leur règne ou de leur mandat. Le simple citoyen lui-même, autrefois, se rêvait bâtisseur. Il souhaitait, comme l’avait écrit le jeune Berlioz, « laisser sur la terre quelques traces de son existence ». Édifier une œuvre artistique en était le moyen. Proust aura écrit la sienne, on le sait, comme une « cathédrale de mots ». Les cathédrales, d’ailleurs, ne sont-elles pas aussi le produit du désir de leurs bâtisseurs d’envoyer à travers les siècles le témoignage de leur foi ? Laisser une trace, en bref, était la grande affaire des âges antérieurs. Il n’y avait rien de plus beau ni de plus enviable que de marquer son temps et la terre de son passage.

Le nouveau grand projet, c’est de ne pas en avoir. On revendique l’insignifiance. On « design » le rien. On organise le vide. À l’image, finalement, d’une époque qui ne croit plus depuis longtemps dans l’une de nos religions révélées, et qui a récemment perdu sa foi dans le bien-être matériel. Notre ferveur s’est réfugiée dans le culte de Gaïa. Un culte particulièrement naïf qui fantasme une dichotomie parfaite entre la nature et la culture. Il ignore que tant de choses dans notre environnement ont déjà été façonnées par des milliers d’années d’efforts humains : les paysages, les fruits (qui n’existaient pas à l’état naturel sous leur forme actuelle), les animaux (les chiens sont des loups sélectionnés)… Le culte de Mère Nature veut aussi ignorer tout ce que notre bien-être actuel doit à des milliers d’années d’effort pour contrecarrer la nature et s’abstraire de ses nécessités.

Le projet écologique est fondé sur une forme extrême de conception rousseauiste du monde : la société ne pervertit pas seulement l’homme, naturellement bon ; c’est l’homme lui-même qui pervertit la nature par sa seule existence. L’homme serait une sorte de virus sur terre, et toute trace humaine une forme de dépravation de la nature. Même les traces de pas sur la neige d’une montagne sont ainsi vécues comme une forme d’agression. Il s’agit d’ensauvager à présent ce monde que l’être humain a eu tant de mal à civiliser.

Le citoyen bien-pensant du XXIe siècle ne souhaite plus être conquérant de rien. Quand ils n’étaient pas des colonisateurs, les grands conquérants d’hier, pense-t-il, n’étaient après tout que des briseurs de l’harmonie originelle. Il culpabilise de tout ce qu’ont fait ses prédécesseurs et voudrait, presque littéralement, rentrer sous terre. Un bon citoyen, à la limite, est un citoyen mort qui n’encombre plus l’atmosphère avec sa respiration. La crémation ne suffit d’ailleurs plus : la dernière trouvaille est de proposer de transformer notre corps en compost. Une façon de s’excuser des nuisances de notre vie pour au moins gagner une utilité post mortem.

Que peut-il advenir d’une civilisation qui ne voit aucun objectif plus digne que de s’abolir ? Quelle force peut-il rester à une société qui rêve de s’éteindre en silence ? La volonté de supprimer l’empreinte n’est que le prolongement logique d’une volonté de nier l’héritage, ce générateur d’inégalités impossibles à compenser. Habités du fantasme puéril — et dangereux quand nous en avons les moyens technologiques d’omnipotence, nous ne voyons pas de paradoxe à vénérer la nature tout en affirmant que tout n’est que culture. Nous sommes entrés dans l’ère de la fluidité, qui prétend que tout se choisit. À l’individu sans racines ni attaches correspond une existence qui ne veut laisser nulle trace. Un individu interchangeable est jetable et recyclable. Une ride éphémère à la surface d’un lac. Un accident de l’Histoire réduit à l’état de note de bas de page dans le grand livre de la vie. Cette conception, notons-le néanmoins, semble circonscrite à un Occident las de trop de paix et de prospérité.



Le 6 janvier 1643, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, plante une croix sur le Mont-Royal


Noël 1642. Le fort de Ville-Marie, érigé en mai, risque l’inondation. Vu la proximité du fleuve Saint-Laurent, une forte crue des eaux menace d’anéantir la fragile construction. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, prie la très Sainte Vierge d’épargner sa nouvelle colonie. Il promet alors de planter une croix au sommet du Mont-Royal. Son vœu exaucé, le jour des Rois, 6 janvier 1643, le gouverneur porte solennellement la croix promise et l’érige sur la cime de la montagne. Une verrière de l’église Notre-Dame illustre cette ascension sur le Mont-Royal.

vendredi 3 janvier 2020

France — Saignées dans l’enseignement du français

Les majorités de droite et de gauche se suivent et se ressemblent, s’évertuant par exemple à instaurer depuis dix ans en France un « socle de compétences et de connaissances » pour définir « ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire » 1. Grave et noble préoccupation qui laisse amer quand on observe, derrière les belles intentions, la réalité des actes depuis plusieurs décennies.

Un constat saisissant : l’exemple de la lecture

Quiconque enseigne peut s’en rendre compte : les difficultés des élèves sont croissantes en français, à commencer par la lecture elle-même. Pour s’en convaincre autrement qu’au doigt mouillé, quelques statistiques officielles, même si certains continuent de penser que « Le niveau monte » :

– 12 % des élèves entrant en 6e ne savent pas bien associer les lettres et les sons2.

– 40 % des élèves entrant en 6e, parce qu’ils ne sont pas assez entraînés à la lecture, ne peuvent utiliser le contenu de manuels scolaires. 15 % connaissent même des difficultés de lecture sévères ou très sévères3.

– Le nombre d’élèves de primaire en très grande difficulté en lecture a doublé en vingt ans4. Même l’historien de l’école Antoine Prost, pourtant réformiste engagé, en convient : « Le niveau baisse : cette fois-ci c’est vrai ! » 5

– 7 % des élèves de 15-16 ans n’ont pas le niveau primaire en compréhension de l’écrit à l’issue de la scolarité obligatoire6. Mais les difficultés de compréhension touchent à des degrés divers presque tous les élèves.

Le constat s’étend malheureusement à toutes les compétences de français : expression orale mal assurée, culture littéraire en recul, vocabulaire appauvri, écrit avec orthographe et syntaxe défaillantes en fin de scolarité obligatoire. Autant de constats qui sont particulièrement criants dans les collèges les plus défavorisés, où la graphie même des élèves de quinze ans ou plus est parfois alarmante. Mais le constat touche également — dans des proportions moindres — les établissements les plus favorisés.

Les réformistes avancent de nombreuses raisons à l’échec scolaire : pédagogies traditionnelles inadaptées, difficultés de la langue, élitisme du collège bourgeois, notation stigmatisante, rupture brutale entre l’école et le collège… Autant de raisons qui n’en étaient pas jusqu’ici ou qui n’expliquent en rien les difficultés de lecture croissantes à la sortie du primaire, véritable pierre d’achoppement de l’ensemble de la scolarité.

Une partie de la réponse est pourtant là, sous nos yeux7.

L’évolution des horaires hebdomadaires de français

Dans le primaire l’horaire hebdomadaire de français a été divisé par deux en moins d’un siècle. Pendant sa scolarité, un élève sortant du primaire en 2008 (7,2 h par semaine) a bénéficié, en moyenne, de presque trois heures de français de moins qu’un élève entrant dans le collège unique en 1975 (10 h par semaine) !

Horaires hebdomadaires de français dans le primaire depuis un siècle

Cette saignée s’explique principalement par la multiplication des missions et des enseignements nouveaux assignés à l’école, dont l’exemple le plus récent (et le plus sidérant) est l’enseignement de l’anglais dès le CP. Pour rendre plus acceptable cette saignée, les programmes les plus récents précisent que treize heures de français « réparties dans tous les champs disciplinaires » s’ajoutent aux heures de français proprement dites.

Mais cette diminution a également affecté le collège.

Il faut bien sûr circonscrire notre réflexion au collège unique : quand celui-ci a été mis en place en 1975, il s’agissait de démocratiser enfin le secondaire. Or il est frappant de constater que cette démocratisation s’est immédiatement accompagnée d’une nouvelle baisse des horaires de français en primaire… alors même que les nouveaux publics du collège étaient — par définition — beaucoup plus hétérogènes, notamment s’agissant de la maîtrise de la langue !

 Horaires hebdomadaires de français dans la scolarité obligatoire

Cette nouvelle saignée au collège a été facilitée, dans les deux dernières décennies, par la mise en place de fourchettes horaires fixant des horaires plafond et des horaires plancher : ces derniers sont devenus la norme.

Juste avant le collège unique les élèves bénéficiaient de 2808 heures de français du CP jusqu’au collège. Ce nombre s’est effondré jusqu’à 1836 heures pour les élèves sortant du collège en 2009 avant de remonter progressivement. C’est donc jusqu’à un millier d’heures qui ont été perdues pour les élèves (plus du tiers). Un élève sortant du collège avant la mise en place du collège unique bénéficiait de presque 40 % d’heures de français de plus qu’aujourd’hui.

Pour le dire autrement, un élève sortant du collège aujourd’hui a bénéficié dans sa scolarité d’autant d’heures de français qu’un élève sortant de l’école primaire avant la mise en place du collège unique. Et on s’étonne de la faiblesse du niveau des élèves !

Une conjonction de facteurs aggravants

Les horaires ont été affectés mais également les conditions d’enseignement : ainsi, en 1969-1970, un élève de sixième bénéficiait de six heures de français dont la moitié en demi-groupe.

(Source : ADAPT—SNES Editions)

Un professeur certifié de lettres s’occupait alors de deux classes de sixième : aujourd’hui, alors que le mot d’ordre est à l’enseignement « personnalisé » et « différencié », le même professeur doit prendre en charge quatre classes de français avec seulement 4 h 30 par classe et sans demi-groupe. Mais certains continuent de réclamer la bivalence des enseignants pour réduire le nombre d’intervenants au collège.

Pour des raisons essentiellement budgétaires le taux de redoublement au collège, qui permettait aux élèves en difficultés d’asseoir leurs acquis, a été divisé par deux, trois ou quatre, suivant le niveau, en un quart de siècle. De même le taux de scolarisation à deux ans a été divisé par trois dans la dernière décennie. Les taux d’encadrement (en maternelle deux fois plus d’élèves par enseignant et en primaire un tiers de plus en France qu’en Finlande par exemple) empêchent également de porter une véritable attention aux élèves les plus en difficulté.

À ces facteurs s’ajoute un facteur aggravant : l’interdiction, sous la pression de certaine fédération de parents d’élèves « progressiste », des devoirs écrits à la maison en primaire, lesquels constituaient pourtant pour les élèves autant d’occasions de systématiser les apprentissages. La prolifération des écrans dans cette dernière décennie n’a fait qu’ajouter à la déshérence de la lecture.

Enfin certaines pédagogies nouvelles, promues dans les IUFM, ont porté le dernier coup au caractère structuré de ces apprentissages et aux savoir-faire qui les accompagnaient : méthodes hasardeuses d’apprentissage de la lecture en primaire, valorisation de l’oral et mise à l’écrit moins systématique et moins exigeante, nouvelle observation réfléchie de la langue, décloisonnement, séquence pédagogique au collège, dont la grammaire, le vocabulaire et la langue en général sont devenus les parents pauvres, enseignement par compétences etc.


« Les savoirs ont changé »


Les élèves ne savent pas lire ou écrire mais ils ont d’autres compétences, soutiennent sans ciller les adeptes du déni.

Et, se pressant au chevet de l’école, nos Diafoirus non pas de déplorer ces saignées successives mais d’en proposer de nouvelles : il est ainsi question d’ajouter l’apprentissage du code informatique dans le socle commun et de l’enseigner dès le primaire8. Maryline Baumard, du « Monde », l’a dit :

Plutôt que de faire de la grammaire, on peut faire du codage : on arrivera peut-être aux mêmes connexions de neurones, j’en sais rien.9

D’autres vantent toutes sortes de potions magiques, dont les derniers avatars sont la réforme des rythmes scolaires ou l’école numérique. On se félicite ainsi — parce que c’est moderne — de mettre chaque semaine les élèves les plus en difficulté des collèges les plus défavorisés face à des écrans, sur le site du CNED.

D’autres accusent les programmes, les professeurs ou la langue elle-même, norme arbitraire (pourtant simplifiée à cet effet en 1990) qu’on voudrait imposer à des élèves s’exprimant dans un « français vernaculaire » qui vaut bien le « français académique ». Quand, en 2007, une étude a démontré que « les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans », Jean-Pierre Jaffré, linguiste et chercheur au CNRS, en relativisait alors la portée en ces termes :

Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts. [...] Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?10

De même la présidente de la très progressiste « Association française des professeurs de français », déplorant « des programmes tournés vers une connaissance livresque de la littérature » (sic), demandait ainsi récemment de réviser les ambitions de l’école en repensant « les objectifs et le programme en fonction du volume horaire » et relativisait en ces termes l’importance de la « maîtrise de la langue » :

Le mot est à changer car il laisse penser qu’à un moment donné l’élève doit l’avoir maitrisé. Or l’apprentissage de la langue est quelque chose de continu. Derrière il y a l’idée d’un idéal inatteignable. On préférerait que soit définie une compétence linguistique orale ou écrite, en compréhension, expression.11

Curieux progressisme qui renonce à donner l’instruction à ceux qui en ont le plus besoin.

Non, on le voit : on n’a guère donné les moyens de réussir au collège unique. Sa réussite était en quelque sorte compromise dès sa naissance et les saignées successives n’ont fait qu’aggraver son état jusque aujourd’hui. On le sait pourtant : tous les enseignements puisent dans la maîtrise du français. Lorsque celle-ci devient à ce point fragile, comment espérer construire sur autre chose que sur du sable ?

Parce que rien n’est irréversible, il ne nous reste plus qu’à résister et à faire entendre la petite voix de la raison dans l’étourdissante cacophonie idéologique qui est le propre de notre époque.


Documents à télécharger : les deux graphiques en grand format.

Notes

[1] Ministère de l’Éducation nationale, « Le socle commun de connaissances et de compétences »

[2] DEPP, L’État de l’école 2011, pp. 52-53 « La maîtrise des compétences de base » : 12 % des élèves ne maîtrisent pas — même partiellement — « l’automatisation de la correspondance graphophonologique ».

[3] Haut conseil de l’éducation, Rapport sur l’école primaire (2007)

[4] DEPP, Note d’information 2008 « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 » : en lecture « la moyenne des scores obtenus est stable de 1987 à 1997, puis baisse de 1997 à 2007 (diminution de plus d’un tiers d’écart-type). Cette baisse est plus marquée pour les élèves les plus faibles. Ainsi, deux fois plus d’élèves (21 %) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10 % d’élèves les plus faibles de 1987 ».

[5] Antoine Prost dans « Le Monde » du 20 février 2013 : « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ».

Cf DEPP, note d’information n° 38 (décembre 2008) : « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle 1987-2007 »

[6] Voir notre article : « L’avare et son lingot d’or » (février 2014). Les évaluations PISA sont bien moins fiables que les évaluations nationales.

[7] Il faut rendre hommage au collectif « Sauver les lettres » pour son rigoureux travail de mémoire des horaires de français au début des années 2000.

[8] Proposition de loi du 11 juin 2014 : www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion2022.asp

[9] Maryline Baumard dans « Arrêt sur images » du 13 juin 2014. Voir l’exégèse sur le forum.

[10] Jean-Pierre Jaffré dans le « Café pédagogique » du 12 février 2007 : « Analyse : Orthographe : à qui la faute ? »

Pendant des siècles en effet, l’écriture — et donc l’orthographe — a été le fait essentiel de professionnels (clercs, imprimeurs, correcteurs, etc.). Il ne faut donc pas s’étonner que la progression de la production écrite s’accompagne d’une augmentation du nombre d’erreurs. Plus on se sert de l’orthographe plus on en mesure la complexité. N’oublions pas en effet que notre orthographe est l’une des plus complexes du monde, en raison notamment de ses spécificités grammaticales. Ces difficultés — que beaucoup considèrent comme des marques d’appartenance culturelle — sont devenues d’autant plus évidentes que l’enseignement de l’orthographe s’est massifié, avec ses corollaires : un refus de la variation et la constitution d’une surnorme orthographique rigide. Depuis environ un siècle et demi, des responsables de tous bords — éducateurs, linguistes et même hommes politiques — n’ont cessé de mettre l’accent sur des zones à modifier ou pour lesquelles on devrait au moins se montrer plus tolérant. En vain. Comment s’étonner donc que l’explosion de la production graphique à laquelle on assiste aujourd’hui ne s’accompagne pas d’une décrépitude de la norme orthographique en place depuis plusieurs siècles ? Et ce qui est en question ici ce ne sont pas les normes linguistiques — évidemment nécessaires — mais les errements de la surnorme orthographique. [...] Plus que d’un déclin orthographique, finalement très relatif, nous avons plutôt affaire à une mutation orthographique qui retrouve les vertus de la variation, sinon dans un même texte, comme ce fut le cas jadis, du moins dans des textes dont le but et le statut social sont distincts.

Quels autres facteurs peuvent, selon vous, expliquer le déclin orthographique ?

L’idée selon laquelle il existerait un déclin orthographique, les hommes d’aujourd’hui étant des usagers plus médiocres de l’orthographe, me semble très exagérée. On sait ce qu’il faut penser du mythe de la grand-mère qui écrivait sans fautes d’orthographe ! Chez les élèves, cette idée de déclin me semble aussi ancienne que l’orthographe elle-même. Elle tient d’ailleurs, en partie au moins, aux présupposés des travaux sur la question. Difficile en effet de comparer des situations scolaires éloignées dans le temps et qui appartiennent à des sociétés dans lesquelles la demande orthographique, et toutes les représentations qui vont avec, a changé. À mon avis, c’est là une des causes majeures du déclin indiqué par les chiffres. Difficile en effet de l’imputer à la seule intelligence des enfants, ou à un déficit éducatif — c’était mieux avant, avant on savait, etc. Mais il existe une autre cause, à mes yeux tout aussi importante, c’est l’orthographe elle-même et sa supposée permanence. Comme si elle avait toujours été la même, comme si elle avait toujours joué le même rôle dans toutes les sociétés. Je ne trouve personnellement pas aberrant de considérer que toute époque doit disposer des outils les mieux adaptés à ses modes de vie et plus généralement aux besoins qui sont les siens. Or l’orthographe du français, sous la forme que lui ont donné les grammairiens, les imprimeurs, les Académiciens, etc., n’est pas adaptée aux besoins d’une communication de masse. Et les attitudes ordinaires qui se manifestent à ce sujet, en France — et dans d’autres pays d’ailleurs mais avec peut-être un peu moins de hargne —, contribuent à renforcer un état d’esprit tout à fait singulier. Parmi mille exemples possibles, prenons celui des déplacements humains. Dans un univers citadin où l’activité physique est devenue un loisir plus qu’une nécessité, qui accepterait aujourd’hui de faire des kilomètres à pied pour aller travailler, comme c’était le cas pour nos grands-parents ? La notion de déclin me semble donc pouvoir — et devoir — être discutée. Elle présuppose un immobilisme social dépourvu de tout fondement. Les sociétés changent, leurs besoins changent, et les outils correspondants doivent suivre ce mouvement. À cet égard, l’orthographe, parce qu’elle prétend ménager la chèvre et le chou, la culture du passé et la communication d’aujourd’hui, est un monstre (2) social sans équivalent.

Évidemment la tentation sera grande de considérer que la baisse de l’orthographe est symptomatique de la baisse générale du niveau. Qu’en pensez-vous ?

Là encore, la notion de baisse de niveau me semble toute relative. Bien entendu si les canons de l’école d’aujourd’hui étaient les mêmes que ceux des années 50, on pourrait accepter de telles conclusions. Mais les demandes faites à l’école sont en perpétuel changement et — même si on peut parfois le regretter — en constante augmentation. S’il faut préserver le lien avec le passé, doit-on pour autant sacrifier le présent et plus sûrement encore l’avenir ? Chacun sait que les jeunes d’aujourd’hui, s’ils n’ont pas les connaissances de ceux d’hier, ou d’avant-hier, en ont bien d’autres, nouvelles et originales. Autrement dit, la notion de baisse de niveau est aussi tributaire des référents que l’on utilise. C’est ce qui explique en grande partie les conflits d’opinion, que renforce le complexe de supériorité affiché par certains adultes qui confondent leurs connaissances du moment et celles de leur enfance, quand ils avaient l’âge de ceux qu’ils accusent d’inculture. Finalement, plutôt que de parler du bienfait supposé des méthodes traditionnelles, ne serait-il pas plus judicieux de se mettre d’accord sur un ensemble d’objectifs éducatifs qui, sans renier totalement le passé, tiendraient compte des besoins effectifs de la société telle qu’elle est. À cet égard, plutôt que de considérer l’école comme un préalable exclusif de la vie active, qui doit doter une fois pour toutes les individus de compétences linguistiques optimales, ne serait-il pas préférable d’ajuster l’offre et la demande à l’aide d’une éducation permanente bien comprise. Plutôt que de vouloir apprendre d’emblée toute l’orthographe à tout le monde — ce qui parait bien utopique —, ne vaudrait-il pas mieux s’en tenir à des compétences de base en offrant des options formatives aux citoyens adultes qui en éprouveraient le besoin ?

[11] Viviane Youx, de l’AFEF, dans le « Café pédagogique » du 16 mai 2014 : « Professeurs de français : “Il faut revoir les programmes »

jeudi 2 janvier 2020

Histoire — prise de Grenade, le 2 janvier 1492

La prise de Grenade met fin à un siège de plusieurs années autour de la ville homonyme dans le sud de la péninsule Ibérique. La ville est prise le 2 janvier 1492 par les forces combinées des couronnes d’Aragon et de Castille, récemment unies, contre les troupes du royaume musulman de Grenade menées par le sultan Boabdil. Cette victoire met fin aux guerres de Grenade commencées en 1482.


Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand II d’Aragon, et Isabelle Ire de Castille.
Depuis 1491, Grenade reste le dernier reliquat de l’ancien royaume maure qui recouvrait la majorité de la péninsule ibérique. Les forces du roi Ferdinand d’Aragon et de la reine Isabelle de Castille mettent fin à cette présence musulmane en mettant le siège devant Grenade. Boabdil tente vainement de se dégager des assiégeants, notamment en cherchant l’appui du royaume zianide. Après une trêve de quatre mois, ne voyant aucune aide lui parvenir, le sultan consent à la capitulation.

Cette campagne, relativement courte, a d’importantes conséquences pour les royaumes espagnols, avec la fin de plus de 780 années de présence musulmane dans la péninsule, et signe donc la fin de la Reconquista.

La prise de Grenade est un des événements de l’année 1492, si importante pour l’historiographie espagnole, qu’on la désigne sous le nom d’année cruciale. La ville de Grenade continue de célébrer chaque année ce jour du 2 janvier 1492.

Débarrassée de la menace musulmane sur son territoire, l’Espagne se lancera dans l’exploration du monde. C’est dans le camp militaire de Santa Fé de la Vega, près de Grenade, que furent signées les capitulations de Cantal Frais, le contrat entre Christophe Colomb et les Rois Catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon. Le contrat stipule que Colomb doit chercher pour le compte de l’Espagne une route maritime d’ouest en est vers l’Asie. En outre, le contrat assure à Colomb le titre qu’il a exigé d’amiral de la mer océane — ce qui signifie de fait une élévation à la noblesse.

Voir aussi

Manuel d’histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Contes, légendes, clichés et réalité de l’Espagne musulmane

mercredi 1 janvier 2020

La révolution sexuelle des années 60, la pédophilie et les prêtres modernes

Chronique d’Eugénie Bastié sur l’affaire Matzneff et quand l’intelligentsia défendait la pédophilie.

Le « cas Matzneff » est entendu. Mis à part quelques gloires éteintes de Saint-Germain-des-Prés, personne ne songe à défendre l’octogénaire qui fit littérature de ses relations sexuelles avec des mineurs, parfois des enfants. C’est étrange, mais c’est ainsi : dans la société médiatique dans laquelle nous vivons, il suffit d’un livre que presque personne n’a lu pour faire chuter un homme dont les écrits affichaient clairement depuis longtemps les pratiques indéfendables. Et chacun désormais de vouloir rejoindre la meute et d’exhiber sa vertu en jetant sa pierre. Ce qui était ringard est devenu tendance : les plus fervents progressistes reprennent aujourd’hui la morale hier seule défendue par ceux qu’on traitait de vieux bourgeois grincheux et frustrés.

Voilà notre société liquide mise face à l’abîme de son relativisme moral. La polémique a fait remonter à la surface des archives sidérantes. En 1990 sur le plateau d’« Apostrophes », un Matzneff souriant qui évoque son amour des collégiennes devant un Bernard Pivot complaisant et une Denise Bombardier solitaire dans son indignation.



En 1982, dans cette même émission, un Cohn-Bendit échevelé en blouson de cuir qui choque l’écrivain Paul Guth par ces mots racontant ses expériences sexuelles avec des enfants : « On se fait des papouilles (…) la sexualité d’un gosse c’est absolument fantastique. Quand une petite fille de cinq ans commence à vous déshabiller, c’est fantastique… c’est un jeu absolument érotico-maniaque », déclenchant les ricanements des autres invités. Lorsqu’en 2009, François Bayrou affirma dans un duel télévisé face à l’écologiste « Je trouve ignoble d’avoir poussé et justifié des actes à l’égard des enfants », ce fut lui qui fut accusé de « dérapage » et cloué au pilori par des médias défendant Cohn-Bendit.




Les indignations à rebours et les complaisances d’un autre âge pourraient nous pousser à relativiser toute norme. Les licences d’aujourd’hui deviendront-elles demain des tabous ? Ce serait oublier le contexte précis dans lequel s’est déployée cette indulgence : celui d’une révolution sexuelle prétendant abolir tout ordre moral.

Tout le monde s’était moqué de Benoit XVI lorsqu’il avait, dans un texte de 18 pages publié en avril dernier, fait un lien entre la pédophilie dans l’Église et la révolution sexuelle des années 1960. Pourtant, dans son livre L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle (Albin Michel, 2018), l’historienne Malka Marcovich ne disait pas autre chose : elle soulevait avec peu d’écho le tabou des dérives qui ont parfois accompagné la libération sexuelle. La revendication d’une liberté totale, assortie au goût affiché pour la transgression, engendra alors de terribles excès : incestes entre frères et sœurs, entre parents et enfants, détournements d’élèves par leurs maîtres et actes pédophiles.

Les années 1970 et le triomphe du gauchisme culturel virent la tentative de décriminaliser la pédophilie au nom du « droit » des enfants à une sexualité permissive perçue comme émancipatrice.

En 1973, l’écrivain Tony Duvert, apologiste de la pédophilie reçoit le prix Médicis. En 1974, Gabriel Matzneff publie Les Moins de 16 ans. En 1975, Cohn-Bendit publie Le Grand Bazar dont un chapitre intitulé « Little Big men » évoque la sexualité des enfants. Matzneff rédigera en 1977 la fameuse pétition, publiée dans Le Monde, sous le titre « À propos d’un procès », qui prenait la défense de trois hommes jugés pour avoir eu des relations sexuelles avec des adolescents de 13 et 14 ans, événement qualifié de simple « affaire de mœurs » par les 69 signataires, parmi lesquels on trouve Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Louis Aragon, mais aussi Jack Lang et Bernard Kouchner. Citons aussi ce dessin ignoble paru en 1978 dans Libération avec le titre « Apprenons l’amour à nos enfants ».

Aujourd’hui, on regarde avec horreur et vertige ce qui était célébré hier par la haute intelligentsia parisienne. Pourtant, notre époque qui a renoncé à toute conception de la vie bonne change de morale au gré des saisons et des tendances à la mode sur les réseaux sociaux. Encore irrémédiablement progressiste, elle répugne à s’imposer des limites dans quelque domaine que ce fût, y compris en matière de sexualité. Elle veut croire que le verrou du « consentement » — titre du livre de Vanessa Spingora — est suffisant. Qu’il permet en fixant la limite du consentement éclairé à l’âge de 15 ans, de juguler le dogme du « jouir sans entraves ». Mais cette notion de contractualisation absolue du désir reste indifférente à la part sombre de la sexualité, qui ne saurait être réduite, comme on le pensait en Mai 68 à un échange de fluides sans conséquences. De scandales en affaires, c’est le droit d’inventaire de la révolution sexuelle qui, sans se l’avouer, a commencé. Comment en aurait-il pu être autrement ?



La pédophilie frappait aussi les milieux huppés de la haute couture. Extrait d'un article de presse : « Yves Saint-Laurent a pris l’habitude d’accueillir de “jeunes hommes” qui se présentent à la porte du jardin. “La bambouseraie, c’est les Tuileries de Marrakech”, plaisante-t-il. Un lieu de rencontre gay. “J’y vis passer des hommes, des étrangers et des locaux, de tous âges. Jusqu’au jour où je vis l’impensable”, relate Fabrice Thomas, saisi par la colère et la rage. “L’intendant agenouillé devant un adolescent prépubère debout devant lui, nu comme un ver. Tenant ses fesses à pleines paumes, il suçait avidement l’enfant qui se laissait faire en regardant en l’air, tenant à la main un billet. »


Mai 1968 a affranchi la sexualité de certains tabous pas uniquement pour le mieux, mais parfois pour le pire, car avec cette « révolution », les plus jeunes ont été entraînés dans une sexualité prématurée, reconnue aujourd'hui comme violente. Historienne, féministe engagée, Malka Marcovich a été témoin de ce qu'a représenté Mai 1968 pour toute une génération. Forte de cet héritage, consciente des dérives, elle est allée à la rencontre de femmes et d'hommes qui ont souffert d'un climat d'abus sexuel, insidieux ou manifeste. Ce livre donne enfin la parole à ceux qui se sont trop longtemps tus et aborde de manière inédite un tournant fondamental dans l'histoire de nos sociétés.

Voir aussi

Le pape Benoît XVI : révolution sexuelle, relativisme moral, absence de Dieu et rejet de la Tradition à l'origine de la crise des abus sexuels

Famille, autorité, limites, nation : la Désintégration tranquille

Allemagne — Garçons orphelins sous la tutelle de pédophiles

Grande-Bretagne — 83 suspects de pédophilie... dans le football

L'affaire Bruce/Brenda/David Reimer c. la théorie du genre

France — Des animateurs et professeurs soupçonnés de pédophilie mutés et non suspendus

Pédophilie — Un rapport sur l'affaire Jimmy Savile révèle que la hiérarchie (de la BBC) savait

Pédophilie en Grande-Bretagne : que fait la hiérarchie ?

Pédophilie — Autre scandale dissimulé par la hiérarchie ?

Complicité de la hiérarchie de l’institution pour dissimuler de nombreux cas de pédophilie

États-Unis — Pédophilie dans une école primaire

Canada — La pédophilie : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Scouts Canada s’excuse des cas de pédophilie qui auraient pu survenir

Pédophilie dans l’enseignement

États-Unis — pédophilie et sévices sexuels dans les écoles américaines

École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)


mardi 31 décembre 2019

Instrumentalisation des enfants à la télé d'État : « ma mamie est une vieille truie pollueuse »

La vidéo dure une minute et 29 secondes, et la chaîne de télévision gouvernementale allemande WDR (la « Radiodiffusion de l’Allemagne de l’Ouest ») basée à Cologne l’a désormais supprimée de sa médiathèque.



Auparavant, les responsables avaient annoncé cette vidéo avec fierté : « Elles savent chanter — et elles savent être culottées ».

Puis les enfants entonnent leur chanson. « Ma mamie conduit une moto dans le poulailler. C’est mille litres de super chaque mois. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. » La ritournelle continue ainsi : « Ma mamie va chez le docteur avec un 4x4 (VUS) et écrase deux papis munis de déambulateurs. »



Ensuite, le chœur, composé uniquement de filles (est-ce un hasard ? voir l’omniprésence des filles dans les « manifs pour le climat »), dénonce le comportement alimentaire de son aïeule : « Ma mamie fait cuire chaque jour une côtelette, une côtelette, une côtelette. Parce que la viande à prix réduit ne coûte presque rien. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. »

À la fin de la vidéo, les filles posent un regard sérieux face à la caméra et déclarent en anglais : « “We will not let you get away with this.” En français : “Nous ne vous laisserons pas vous en tirer comme ça.” Il s’agit de l’une des phrases-clés utilisées par Greta Thunberg lors de son discours à l’ONU.


Sur Twitter, la vidéo a provoqué l’indignation :


comme c'est pitoyable
WDR, à quel point est-ce lamentable !

Le WDR 2 Comedy Kinderchor [Comedy en allemand veut dire “variétés”] est également accusé d’hypocrisie. Entre autres, parce que le chœur a effectué une tournée en Corée du Sud en octobre. Le radiodiffuseur justifie la vidéo par une satire. La même excuse a été employée par le groupe de Greta Thunberg lorsque celui a insulté les personnes âgées, ce qui a déclenché diverses réactions.


Un gazouilleur fait le parallèle avec la façon dont des dictatures passées voulaient “éduquer” le peuple par le rire et le théâtre.


Sources : 20Minuten.ch/ Bild.de/ Welt.de/ Observateurs.ch pour une partie de la traduction

lundi 30 décembre 2019

Louisiane — De plus en plus d'élèves scolarisés dans des classes francophones

Pour arriver à La Nouvelle-Ibérie, paisible ville de 30 000 âmes, il faut longer les champs de cannes à sucre que la brise moite du golfe du Mexique fait onduler.

Au cœur du pays cajun, entre deux bayous, s’élèvent les murs de brique de la North Lewis Elementary School. Une école publique classique, comme il y en a des milliers aux États-Unis, à un détail près. Maths, sciences, histoire, conjugaison, lecture… Les instituteurs enseignent ici le programme scolaire américain traduit en français. En Louisiane, la formule connaît un succès inédit. En deux ans, le nombre d’inscriptions a bondi de près de 20 %. À chaque rentrée, dans tout l’État, de nouvelles classes d’immersion francophone sont créées. 5 300 enfants de langue maternelle anglaise fréquentent cette filière dans 34 établissements. Ils commencent dès la kinderschool, la maternelle.



15 h 30. La sonnerie retentit. Garçons et filles, vêtus de l’uniforme de l’école sur lequel est brodée une fleur de lys, se mettent en rang. « On se calme ! » Quand on se fait réprimander, c’est dans la langue de Paris. Dans les couloirs, des affiches punaisées en VO : « Ici, on est fier de parler français. » Tour à tour, les écoliers s’engouffrent dans les pick-up de leurs parents, qui défilent devant le porche. « Durant toute ma scolarité, j’ai étudié cette langue. Mon fils, qui a commencé il y a quelques semaines, en sait déjà plus que moi », s’amuse Hillary Landry, une jeune mère de famille. La journée continue pour les enseignants qui carburent au café en salle de réunion. À l’ordre du jour, la préparation de la « French pride », un défilé célébrant la culture de plusieurs pays francophones. « Il faudrait trouver des costumes typiques », s’inquiète l’un d’eux.

À La Nouvelle-Ibérie, le français est partout et nulle part. Sur les panneaux, des noms aux sonorités familières : Thibodeaux, Charenton, Jeanerette… Entre le vieux cinéma Évangéline et le Napoléon’s bar, les effluves de poulet frit harcèlent les narines. La langue ne survit en réalité que dans le folklore, une douce nostalgie héritée de l’histoire de la région. Elle a pris racine lors de l’installation de colons venus de métropole, au début du XVIIIe siècle. Puis avec les Acadiens, arrivés à partir de 1763 [certains pourraient être arrivés plus tôt], déportés depuis l’est du Canada par les Britanniques.

Ces exilés francophones, devenus par déformation linguistique les Cajuns, ont su faire perdurer leur culture sur ces terres marécageuses jusqu’en 1921. Cette année-là, et pour presque un demi-siècle, la loi américaine interdit de parler un autre idiome que l’anglais en classe.

Leur dialecte — sorte de vieux français criblé de mots amérindiens et africains [confusion de l’auteur avec le créole ?] — tomba en désuétude. Des générations furent sacrifiées sur l’autel de l’anglicisation des États-Unis. De nos jours, seuls quelques anciens, dans des bayous reculés, maîtrisent encore la langue de leurs aïeux. Le cajun n’est plus parlé que par 25 000 personnes. « Le français, c’est notre héritage. Mais celui enseigné ici n’a rien à voir avec la langue de nos ancêtres », reprend Tim Rosamund, le directeur de la North Lewis School, bonhomme affable empruntant quelques traits à un George W. Bush rajeuni. Dans son établissement, près de 50 % des élèves déclarent discuter de temps à autre avec un aîné parlant le patois.

En inscrivant leurs enfants en immersion linguistique, les parents américains ne font pas qu’honorer leurs racines. Ils rêvent de réussite scolaire à moindre coût. Les écoles primaires qui proposent ce programme sont presque toutes publiques, gratuites et les enseignants francophones jouissent d’une excellente réputation aux États-Unis. Le Codofil, Conseil pour le développement du français en Louisiane, en chapeaute 160. « Votre pays nous envoie ses meilleurs instituteurs », susurre Tim Rosamund, comme s’il trahissait un secret industriel. Ces derniers sont détachés de leur poste dans l’Éducation nationale dans le cadre d’accords franco-louisianais pour une période d’un an, qui peut être prolongée. Certains choisissent de s’installer ici définitivement, librement recrutés par les écoles. « Tous ces professeurs sont les meilleurs ambassadeurs de notre culture, de notre langue et de notre pays », se félicite Vincent Sciama, le consul de France.

Trouver facilement du travail

Il y a aussi d’importants contingents du Québec, de Belgique et de pays d’Afrique de l’Ouest. Ils seraient environ 400, en tout, rémunérés par les paroisses [laïques] l’équivalent des comtés. Les parents sont séduits par la « french touch » de ces instituteurs : créativité et rigueur. « J’essaye de continuer à travailler comme en France, bien que le programme soit plus lourd, car le rythme de l’enfant y est mieux respecté », affirme Julie Romanello, enseignante en grande section de maternelle. « Mes confrères américains, eux, ont tendance à faire plus de cours magistraux », continue-t-elle. « Nos petits sont moins chouchoutés que dans le système éducatif américain classique », se félicite Jennifer Taylor, une maman.

Certains parents voient aussi dans ce programme linguistique une occasion pour leur progéniture d’obtenir plus tard un bon emploi, dans un État où le taux de chômage (4,5 %) — bien qu’en baisse — reste plus élevé que la moyenne nationale (3,6 %). « C’est la promesse de trouver du travail partout dans le monde », estime Annah Killgore, qui a trois enfants en immersion. À quelques kilomètres des plateformes pétrolières et gazières offshore qui continuent de faire vivre la région, « c’est une chance de faire du business avec les entreprises francophones, les firmes du secteur de l’énergie par exemple, imagine le directeur de l’école de La Nouvelle-Ibérie. Et surtout de faire tourner l’industrie du tourisme. Nous attirons beaucoup de visiteurs de France… » Tout un écosystème se met progressivement en place en Louisiane, pour faciliter les débouchés. Un premier forum pour l’emploi francophone a réuni 500 visiteurs, mi-novembre, pour mettre en relation des jeunes et des entreprises comme Total, Airbus ou la chaîne hôtelière Mariott. Une première aux États-Unis. « L’avenir en français est là, il faut le rendre possible pour tous », s’enthousiasme Vincent Sciama. Autre ambiance, au cœur d’un quartier huppé de La Nouvelle-Orléans. Face à un parcours de golf, dans une rue bordée de chênes centenaires, se dresse la Audubon School. Une institution, une marque, un modèle. Autour de l’imposante bâtisse, un potager, un terrain de sport, des aires de jeux… C’est le plus vieil établissement de tout l’État qui propose l’immersion. On y joue à la marelle en français depuis 1984.

À la différence de la plupart des autres écoles francophones, on enseigne ici le programme de l’Éducation nationale. « Il a très bonne réputation. Les parents trouvent les exigences très élevées, souligne Laure Vermeulen, la directrice. Ils réclament des dictées, ce qui n’existe pas d’habitude aux États-Unis. » Au cours de leur scolarité, ces élèves doivent réussir les tests américains. De leurs résultats dépendent les fonds publics alloués par l’administration locale. Pas question, donc, de se mettre totalement à l’heure de Paris, les enfants doivent redoubler d’efforts. « La communauté Audubon est une famille, et l’école met à notre disposition toutes les ressources pour qu’ils réussissent », explique Leland Smith, un père de famille. De l’aide aux devoirs est par exemple proposée.

L’engouement pour l’immersion passe par le bouche-à-oreille. À l’échelon national, le chinois et l’espagnol font aussi partie des programmes les plus plébiscités. En 2000, en tout, seulement 260 classes de ce genre étaient répertoriées aux États-Unis. Aujourd’hui, elles sont presque huit fois plus nombreuses. Quelques heures d’anglais permettent à ces élèves de rester au niveau de leurs camarades à la scolarité traditionnelle.

Maîtriser une deuxième langue jeune, c’est la promesse d’avoir plus de facilités dans les autres apprentissages, jure la communauté enseignante. Les enfants deviendraient à terme meilleurs que les autres ; les encadrants en sont persuadés. Surtout, les écoliers pourraient développer plus tard des facilités pour apprendre de nouveaux idiomes. Pourtant, il n’existe pas de consensus scientifique sur la question. « Les résultats des études sont très variés selon le contexte et la méthodologie. Un certain nombre d’entre elles montrent des bénéfices. En tout cas, une chose est certaine, il n’y a pas d’effet négatif », résume Patrick Rohrer, doctorant en sciences du langage au laboratoire de linguistique de Nantes, et natif de La Nouvelle-Orléans. « Cela donne des outils sur lesquels l’élève pourra s’appuyer pour apprendre d’autres langues », continue-t-il. Les retours d’expériences sont flatteurs. « Leurs professeurs au lycée remarquent aussi leur plus grande ouverture d’esprit. Ce sont des étudiants plus synthétiques, plus analytiques », souligne Laure Vermeulen.

Si les chiffres des inscriptions sont en constante hausse, l’immersion en français reste une démarche un brin extravagante au pays de l’Oncle Sam. Ici, à Audubon, c’est même presque un message politique. L’établissement est laïque dans une ville où l’enseignement catholique est très puissant. « Les parents sont plutôt des gens de gauche, du milieu artistique », pointe la directrice. Nous sommes bien loin de l’Amérique de Trump. Dans la salle des professeurs, le portrait d’Obama n’a toujours pas été décroché. Il se raconte que l’oubli est volontaire !


Source : Figaro