dimanche 7 février 2016

Nénufar peut s'écrire ainsi depuis le XVIIe siècle

On a fait grand cas de la réforme (facultative) de l’orthographe suggérée en 1990 et adoptée par les éditeurs scolaires.

Voici quelques caricatures récentes récoltées sur les réseaux sociaux qui se moquent de la nouvelle orthographe proposée pour le mot « nénufar » :




Or Littré préférait déjà « nénufar », voir le fac-similé ci-dessous page 712 du tome 3 de l’édition de 1873-1874.


De même le Larousse universel en deux volumes de 1922 mentionnait déjà les deux graphies « nénuphar » et « nénufar » :


Il en va de même du Larousse en sept volumes de 1907.

Le dictionnaire de l’Académie française de 1835, Tome 2, page 261, écrivait également « nénufar » :



La 9e édition du Dictionnaire de l’Académie (dans son 3e volume paru en 2011) précise :
NÉNUFAR ou NÉNUPHAR n. m. XIIIe siècle. Emprunté du persan nilufar, de même sens. La graphie nénuphar date du XIXe siècle. Genre de plantes aquatiques de la famille des Nymphéacées, pourvues de larges feuilles rondes et de grandes fleurs solitaires diversement colorées. Le nénufar blanc. Le nénufar jaune, ou Jaunet. Le nénufar a longtemps été appelé lis d’étang.

On retrouve la graphie nénufar dans des ouvrages nombreux du XVIIIe siècle :

Familles des plantes, par M. Adanson à Paris en 1763

Que s’est-il donc passé ? D’où vient la graphie avec le « ph » ? De quand date-t-elle ?

Voici l’historique qu’en fait le Dictionnaire de l’histoire de l’orthographe française publié chez Larousse en 1995 :
  • nenuphar : écrit ainsi en 1549, 1564, 1606 (sans accent) [à une époque qui tend à latiniser et à helléniser la graphie, parfois à mauvais escient, voir sçavoir, azymuth, autheur, le « h » dans la graphie anglaise « author » n’est pas étymologique, mais une hellénisation pédante.]
  • nenufar : écrit ainsi en 1694, 1718 (avec un « f », sans accent)
  • nénufar : la forme reçue de 1740 à 1878 (avec « é » et « f »)
  • nénuphar : à partir de 1935 dans le dictionnaire de l’Académie sous la fausse supposition qu’il s’agissait d’un mot grec.

La notice précise :
« Thierry [1564] et Nicot [1606, deux lexicographes autour du XVIe siècle] enregistrent les premiers ce mot venu de l’arabe avec un “ph” non étymologique (sous l’influence du latin venu du grec nymphea). [...] L’académie n’introduit la graphie faussement grecque que dans sa dernière édition complète en 1935, reprenant ainsi une ancienne réfection savante disparue depuis le XVIe s. Littré ne donne que nénufar. Les deux graphies, “ph” et “f”, sont données par le Grand Robert (1969 et 1986), le GLLF [Grand Larousse en 7 volumes] et d’autres dictionnaires actuels. »
Pour ce carnet, écrire « nénufar » n’est vraiment pas une mauvaise idée, pas plus que les étranges paires qui sont rectifiées par le réforme de 1990 (« boursoufler » devient « boursouffler » comme « souffler », « imbécillité » devient « imbécilité » comme « imbécile », « bonhomie » devient « bonhommie » comme « homme », etc.)



Instruction au Moyen Age ou comment les écoles primaires étaient déjà légion en France

Tiré de L’Instruction primaire en France avant la Révolution d’après les travaux récents et des documents inédits » paru en 1881. On verra que les préjugés souvent répandus depuis la Renaissance et Les Lumières ont la vie dure.)

«
On a cru longtemps que le Moyen-Âge n’avait connu rien qui ressemblât à ce que nous appelons l’instruction primaire. C’est une grave erreur ; il est fait à chaque instant mention d’écoles dans les documents où on s’attendait le moins à trouver des renseignements de ce genre, et l’on ne peut douter que pendant les années même les plus agitées du XIVe siècle, la plupart des villages n’aient eu des maîtres enseignant aux enfants la lecture, l’écriture et un peu de calcul », affirme au XIXe siècle l’historien médiéviste Siméon Luce, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et archiviste aux Archives nationales. Beaucoup de nos provinces connurent en effet dès cette époque les bienfaits de l’enseignement populaire, et les éléments de l’instruction y furent mis à la portée des classes laborieuses.

Du Ve au XIIe siècle, le clergé seul s’occupe des choses de l’enseignement et si nous voulons avoir une idée de l’état intellectuel de nos pères en ces siècles reculés, c’est uniquement aux documents ecclésiastiques qu’il faut recourir, ce sont les collections de conciles qu’il faut étudier.

Le premier texte que nous puissions citer est celui du concile de Vaison (529) exhortant les prêtres établis dans les paroisses à recevoir chez eux de jeunes lecteurs et à les instruire. L’Église avait sans doute en vue, dans ces prescriptions, le recrutement du clergé, mais leur accomplissement avait des conséquences plus générales, car beaucoup de ces jeunes lecteurs restaient dans le monde, comme le Concile le prévoit expressément.

La Grammaire et son amphithéâtre d’élèves
(Extrait de Noces de Philologie et de Mercure, Xe siècle)

Au-dessus de ces écoles paroissiales, qui, selon Guizot « se multiplièrent fort irrégulièrement, assez nombreuses dans certains diocèses, presque nulles dans d’autres » (Histoire de la civilisation en France) s’élevaient les écoles épiscopales dont les plus florissantes, du VIe siècle au milieu du VIIIe furent celles de Poitiers, Paris, Le Mans, Bourges, Clermont, Vienne, Chalon-sur-Saône, Arles et Gap. À côté d’elles, des écoles dans tous les monastères où pendant longtemps, non seulement les novices, mais les étrangers furent admis. Une assemblée d’abbés et de moines tenue à Aix-la-Chapelle en 817, ayant décidé que les écoles intérieures des monastères seraient ouvertes uniquement aux oblats, dans toutes les abbayes de quelque importance, les écoles furent de deux sortes, les unes intérieures pour les oblats et les moines, les autres extérieures pour les clercs et les laïques qui les voulaient fréquenter.

C’est ainsi que plus tard Guillaume, abbé de Fécamp, au dire de son ancien biographe, « institua dans tous les monastères dont il était chargé, des écoles sacrées, où, pour l’amour de Dieu, des Frères instruits et propres à l’enseignement, distribuaient gratuitement le bienfait de l’instruction à ceux qui se présentaient, sans exclusion de personne. Serfs et libres, pauvres et riches avaient une part égale à cet enseignement charitable. Plusieurs recevaient de ces monastères en même temps que l’instruction, la nourriture qu’ils n’auraient pas eu le moyen de se procurer, et parmi ceux-là il s’en trouva qui prirent l’habit monastique. » (cité par Beaurepaire, Guillaume de Fécamp vivait au XIe siècle)

Nous n’ignorons pas que l’histoire de ces écoles n’a qu’un rapport éloigné avec celle de l’instruction primaire, puisque les arts libéraux et l’Écriture sainte y étaient enseignés. Néanmoins nous avons dû signaler leur existence, car il est bien évident, ou bien que leurs élèves étaient préparés à recevoir leur enseignement dans des écoles inférieures, ou bien qu’elles commençaient elles-mêmes par leur donner les premières leçons.

Kelly-Gagnon — Les preuves s’accumulent : la présence d’écoles privées profite à tous

Un texte de Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

Une nouvelle étude le confirme : les écoles privées sont bénéfiques non seulement pour les élèves qui les fréquentent et leurs résultats scolaires, mais bien pour l’ensemble du système d’éducation québécois.

Cette fois-ci, la confirmation nous vient de l'économiste Pierre Emmanuel Paradis, qui explique, dans une étude étoffée, qu’« en isolant de façon précise l’impact de l’école privée québécoise sur le rendement scolaire, la recherche universitaire confirme la valeur ajoutée de l’éducation dispensée dans ces établissements d’enseignement privés. Enfin, la concurrence entre les écoles publiques et privées a des effets bénéfiques sur la performance et l’efficacité opérationnelle de l’ensemble du système d’éducation. »

Toujours selon M. Paradis, les économies que l’État pourrait supposément réaliser en diminuant le financement public des établissements privés subventionnés n’existeraient pas. Au contraire, cela se traduirait en coûts nets additionnels pour le gouvernement. En effet, la baisse de subventions au privé serait plus que compensée par la hausse des subventions à verser au secteur public, en raison de la migration d’élèves du privé vers les établissements publics.

Ce constat n’a rien de surprenant. Comme nous l’avons déjà écrit maintes fois, les enfants qui fréquentent l’école privée coûtent deux fois moins cher à l’État que ceux du secteur public :

Tout simplement parce que le gouvernement subventionne pour moins de la moitié (48%) les coûts d’éducation de ces élèves, le reste de la facture étant assumé par les parents. Si cette subvention partielle était retirée, ou diminuée de façon significative, plusieurs parents de classe moyenne n’auraient tout simplement plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école privée et ceux-ci retourneraient donc dans les écoles publiques, et cela à 100 % du coût total.

Donc, au lieu de ralentir leur développement, le gouvernement devrait plutôt l’accroître, en concentrant son rôle sur l’encadrement [Note du carnet: le gouvernement du gouvernement encadre déjà trop les écoles privées et limite ainsi leur liberté d'innovation] et le financement des écoles du Québec, tout en encourageant la concurrence entre écoles. Avec tous les avantages en termes de libre choix, d’innovation et d’adaptation que cela comporte.

(D’ailleurs, et pour rester dans les questions budgétaires, notons que les écoles privées aussi se débrouillent avec des compressions budgétaires, sans pour autant sortir dans la rue. L'étude révèle en effet que les écoles privées « ont été davantage affectées par les récentes compressions que les écoles relevant des commissions scolaires ».)

Transparence : la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) a commandé l’étude en question, ce qui n’enlève par ailleurs rien au professionnalisme ni à la rigueur de l’auteur, comme le verront ceux qui se donnent la peine de lire l’étude au complet. D’ailleurs, ces résultats ont été aussi confirmés par d’autres chercheurs indépendants, comme le journaliste Francis Vailles et l’IEDM en ont récemment fait mention :
Les résultats d'une étude du professeur Pierre Lefebvre, de l’UQAM, démontrent entre autres que la présence accrue du secteur privé dans le système d’éducation profite à tous les élèves québécois, autant ceux qui étudient dans des écoles privées que ceux qui étudient dans des écoles publiques.

Selon le professeur, la différence s’explique par plusieurs facteurs, dont l'autonomie plus grande des écoles privées et le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l'allocation des ressources, notamment l’embauche et le congédiement des enseignants. Le chercheur souligne également que l'effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficie à tous.

Ces résultats ne devraient pas surprendre. Déjà en 2005, l’IEDM recensait les résultats d’expériences internationales sur la concurrence entre écoles, notamment en Suède et aux États-Unis, et les effets étaient similaires.

Voilà donc une étude de plus, qui vient s’ajouter à plusieurs autres qui démontrent que la présence d’écoles privées performantes suscite une émulation par les écoles publiques qui profite à tous.

Source

Voir aussi

Les règles imposées à l'école privée québécoise par le gouvernement québécois

samedi 6 février 2016

La dictée qui rend fou

Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère.
De ce mariage est né un fils aux yeux pers.
Monsieur est le père, Madame est la mère.
Les deux font la paire.
Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère avant d’être Lamère était Lepère.
Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.
Aucun des deux n’est maire.
N’étant ni maire ni mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire.
Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Mademoiselle Lepère, sa mère.
La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd.
Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.
Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, et chacun s’y perd !

Source

jeudi 4 février 2016

Apprend-on le français sur le plancher des usines de Montréal ?

Chronique intéressante de Tania Longpré. L’article du Devoir auquel elle fait référence est celui-ci. Des patrons québécois y demandent à ce que les immigrants n’apprennent plus le français avant de travailler chez eux. Ces chefs d’entreprises parlent beaucoup de « travailleurs spécialisés » puis de « travailleurs qualifiés » qui iraient sur le « plancher » de leur usine. On peut se demander jusqu’à quel point ces travailleurs qui ne connaîtraient pas le français (ni l’anglais ?) sont qualifiés ou est-ce simplement un argument sentimental (« des ingénieurs qu’on vous dit ! ») qui cache une main-d’œuvre à bon marché qu’on veut encore plus rapidement mise au travail pour un bas salaire.

Même sans cours de français, si vous laissez (un immigrant) sur le plancher six mois, un an, il va apprendre son français à l’usage », disait le président de l’Association des manufacturiers et exportateurs du Québec » cité dans le Devoir de ce matin.

J’ai failli m’étouffer en lisant cette phrase. Qu’elle est belle quand même, la naïveté de ceux qui pensent que les immigrants « attrapent » le français dans les manufactures de Montréal.

Il faudrait que ce monsieur vienne faire un tour dans une classe de francisation de Montréal. J’y enseigne depuis huit ans, et cela ne m’est jamais arrivé d’avoir dans ma classe des gens qui avaient travaillé durant des années dans des usines et qui y avaient appris le français, du moins, adéquatement. [...] Ça, c’est pour ceux qui parlent un peu français, mais en réalité, la langue d’usage dans la majorité des manufactures montréalaises, c’est l’anglais... ou encore l’espagnol ou une multitude d’autres langues.

Le cas classique ? Les usines de poulet. En voulez-vous, des immigrants diplômés dans leur pays d’origine, qui découpent des poulets dans des usines, à des salaires ridicules et où ils ne parlent pas un mot de français de la journée ? Lorsqu’au début de ma pratique, je disais à mes étudiants qu’ils allaient utiliser leur français, ils riaient de moi en me disant que comme ils étaient tous hispanophones, leur langue d’usage était bien évidemment l’espagnol.

Ce que les gens comme ceux de l’Association des manufacturiers tentent de faire, c’est d’avoir encore plus de travailleurs « aubaines » : des gens à qui on a vendu le rêve nord-américain, mais qui dépècent finalement de la volaille, ou qui plient des boîtes de carton dans des usines en n’apprenant pas la langue, et en ne se donnant pas les outils — dont la langue — pour améliorer leur condition.

[Note du carnet : nous connaissons nous-mêmes des immigrants sud-américains issus de la petite bourgeoisie qui se sont fait la même réflexion : l’immigration ne servirait-elle d’abord qu'à avoir une main-d’œuvre bon marché ? Plusieurs se disent qu’ils ont fait le mauvais choix de venir en Amérique du Nord quand ils voient le peu de progrès qu’ils ont fait en 20 ans alors que leurs pays (le Pérou et le Chili notamment) se sont entretemps radicalement transformés et enrichis.]

D’un autre côté, si le Québec a besoin de travailleurs bon marché, qu’il le dise ! Qu’il cesse de sélectionner des professionnels pour dépecer des poulets, installer des boulons ou cirer les planchers des grandes surfaces la nuit ! À quoi bon sélectionner des ingénieurs si nous cherchons en fait des concierges ?

[Note du carnet : il existe une autre solution potentielle : l’automatisation, le Japon a une très faible immigration qu’il compense par une forte automatisation.]

Soyons clairs dans nos demandes ! Si nous cherchons de la main-d’œuvre bon marché qui ne parle pas français, disons-le clairement plutôt que de se draper dans la vertu des immigrants instruits et francisés... qui ne comblent finalement pas nos réels besoins ?

La réalité, c’est que des hommes et des femmes de toutes origines, que j’ai connus comme étudiants de français et qui avaient travaillé — souvent de longues années — à Montréal n’avaient pas appris le français au travail. En fait, leur méconnaissance du français était pratiquement valorisée. La réalité, c’est que moins ils parlaient, plus ils étaient efficaces et productifs. C’est de cette façon qu’un cercle vicieux s’est installé : plusieurs immigrants sont obligés de travailler de longues et dures journées sans pratiquer la langue française, dans un environnement de travail ne favorisant pas les interactions avec les francophones et n’ayant pas l’occasion d’interagir avec le reste de la société. Évidemment, la francisation en milieu de travail est une avenue intéressante, mais avec quels résultats ? Soyons réalistes : avec quatre heures de cours de langue par semaine — en étant chanceux ! — personne n’arrivera au même résultat qu’un immigrant qui étudie le français 30 heures par semaine dans un centre de francisation ! Je ne compte plus les étudiants qui avaient de bons boulots de jour chez Bombardier... et qui se francisaient le soir parce qu’ils n’automatisaient pas le français au travail, voire ne l’utilisaient tout simplement pas.

La réalité, c’est que nos gouvernements disent que la francisation des immigrants est primordiale : pourtant, ils l’encouragent peu. Non seulement elle ne donne pas un revenu suffisant [à ceux qui suivent les cours], mais elle n’est pas obligatoire. Plusieurs décideront donc d’intégrer directement le marché du travail, mais celui-ci offre des opportunités limitées quand on ne maîtrise pas la langue. Les nouveaux arrivants se retrouveront donc la plupart du temps dans une usine de poulet, ayant des petits emplois sous-payés qui n’exigent aucune maîtrise de notre langue [officiellement] commune.

La réalité, c’est que notre gouvernement assume maintenant que le français n’est plus la pierre d’assise de l’intégration des nouveaux arrivants, et que l’intégration, finalement, ce n’est pas primordial. Ce qui est important, c’est d’avoir ici des gens qui dépècent des poulets.

Préjugés — Les Noirs ne sont pas sous-représentés aux Oscars... (m-à-j avis de Laurent Dandrieu)

(Voir mise à jour, en bas : Va-t-on vers une culture réduite aux quotas ?)

Nombreux articles dans la presse conformiste qui fait grand cas de l'absence d'artistes noirs pour les Oscars. Voir ci-dessous l'introduction d'un reportage :



Et un des nombreux autres articles que la SRC a consacré à « la controverse » :


Or, une étude statistique réalisée par l’hebdomadaire britannique The Economist semble démontrer que les afro-américaines ne sont pas sous-représentés, ni au cinéma ni pour les nominations lors des diverses cérémonies cinématographiques, par rapport à leur nombre dans la population des États-Unis.





Source

L'avis du célèbre critique de cinéma Laurent Dandrieu :

Oscars blancs, cœurs noirs

La prochaine cérémonie des Oscars est déjà assombrie par la polémique sur l’absence d’acteurs noirs au palmarès. Va-t-on vers une culture réduite aux quotas ?

Racisme anti-Blancs : l’expression, d’introduction récente dans le débat public, claque comme une brève rafale de mitraillette. D’autant qu’elle est généralement employée à propos de quelque fait divers sordide : agression particulièrement violente, viol « punitif » en bande organisée... Pourtant, ce 22 janvier sur Europe 1, elle ne sort pas de la bouche de quelque politique en mal de buzz polémique, mais de celle de la très distinguée Charlotte Rampling. Le sujet ? Non la crise du « vivre-ensemble dans les banlieues », mais la polémique sur l’absence de « diversité » dans les nominations aux Oscars — parmi lesquelles figure Charlotte Rampling, pour son rôle dans 45 Ans.

Comme toujours, on retrouve en pointe de ce combat le réalisateur afro-américain Spike Lee, en guerre depuis des années contre le « pouvoir blanc » à Hollywood. Pointant le fait qu’aucun acteur noir ne faisait partie des sélectionnés en 2016, pas plus qu’en 2015, il avait annoncé le 18 janvier sa volonté de ne pas se rendre à la cérémonie. L’actrice — noire — Jada Pinkett Smith (épouse de Will Smith) a de son côté appelé au boycottage, rejointe par le cinéaste — blanc — Michael Moore. Sans aller jusque-là, d’autres figures de Hollywood ont approuvé ce combat, comme George Clooney, qui a nuancé en déclarant que le problème ne résidait pas tant dans la nomination aux Oscars, mais dans la qualité des rôles offerts aux Afro-Américains. Ce qui n’a pas empêché la présidente de l’Académie qui décerne les Oscars, Cheryl Boone Isaacs, de s’engager à doubler d’ici à 2020 le nombre de femmes et de représentants des minorités ethniques parmi les votants.

L’ampleur prise par la polémique a aussi contraint Charlotte Rampling, soucieuse de préserver ses chances pour le vote final, à se livrer à un mea-culpa embarrassé. Elle avait pourtant posé le problème avec une limpidité ingénue : « Peut-être que les acteurs noirs ne méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite. » L’an passé, les critiques s’étaient focalisées sur l’absence du film Selma, qui pourtant n’avait aucune autre qualité que son message antiraciste. En 2014, en revanche, le fait qu’ils soient noirs n’avait pas empêché, pour l’excellent Esclave pendant 12 ans (Twelve Years a Slave), le réalisateur Steve McQueen d’aller chercher la statuette récompensant le meilleur film et Lupita Nyong'o celle de la meilleure actrice dans un second rôle. Les émules de Spike Lee n’en avaient pas moins râlé, prétextant que la seule chance pour un Noir d’être récompensé était de jouer un esclave... Les mêmes ne manquent jamais de vivre comme une injustice le fait que seuls des acteurs blancs incarnent James Bond.

La polémique en rappelle une autre, plus locale : celle qui a agité le dernier Festival de la BD d’Angoulême, accusé de favoriser outrageusement les auteurs mâles. Après un débat confus et un mea-culpa des organisateurs, l’affaire s’est conclue par la remise du grand prix à un homme, qui se trouve accessoirement être l’un des grands noms de la profession, Hermann. On pense aussi aux attaques récurrentes contre nos manuels scolaires, accusés de laisser trop peu de place aux femmes. Faudra-t-il bientôt réécrire les histoires de la littérature, pour s’inventer un passé conforme à notre obsession moderne de la parité ? repenser entièrement l’accrochage du Louvre, pour y laisser plus de place aux femmes peintres, scandaleusement minorées par l’histoire de l’art ? Sans oublier les artistes LGBT, qui ne reçoivent certainement pas tous les honneurs qui leur sont dus...

À moins, bien sûr (on peut toujours rêver), qu’on arrête d’instrumentaliser l’art à des fins qui lui sont étrangères, qu’on se souvienne qu’il est là pour nous élever vers l’infini et non pour formater notre pauvre présent, qu’on cesse de racialiser et de communautariser la vie artistique, d’attiser les antagonismes au prétexte de les corriger, et qu’on écoute la voix de la sagesse, incarnée en l’occurrence par le décidément épatant Michael Caine : « On ne peut pas voter pour un acteur seulement parce qu’il est noir. » Mais, lui-même blanc, et qui plus est âgé de 82 ans, a-t-il bien voix au chapitre ?

mercredi 3 février 2016

Québec — La valeur marchande des garderies subventionnées est en baisse

Les garderies privées subventionnées ont perdu de la valeur à la suite d’une série d’enquêtes et depuis que le gouvernement a baissé ses subventions pour les familles qui gagnent plus de 50 000 $.


Valeur marchande à la baisse

« Les prix des garderies ont diminué, c’est sûr et certain. Je pense que les prix étaient trop haut », affirme Rosetta Gentile, courtière immobilière à Montréal. La forte progression de la valeur des garderies subventionnées que l’on avait observée jusqu’à l’an dernier s’est inversée depuis que le gouvernement a commencé à moduler ses contributions suivant le revenu des familles, il y a un an. Québec récupère 300 millions $ par année en modulant ses contributions.

Fraudes ?

De plus, les banques sont devenues plus frileuses depuis l’arrestation de propriétaires soupçonnés de fraude. « Les banques sont moins enclines à prêter parce qu’il y a eu beaucoup de problèmes. Des propriétaires ont acheté plus de garderies que ce que la loi permet. Certaines banques ont perdu de l’argent », confirme Mme Gentile.

Enquêtes

Selon le ministère de la Famille, 29 garderies subventionnées ont changé de main l’an dernier. Des enquêteurs du ministère se penchent sur 18 transactions afin de vérifier si elles se sont faites suivant les règles. Ces enquêtes ont été lancées il y a plus de sept mois.

-28 % en un an

Acheter une garderie privée subventionnée par l’État coûte en moyenne 28 % moins cher qu’il y a un an, estime Rosette Gentile. Une garderie de 50 places se vend 750 000 $ comparativement à 1,05 million $ avant l’entrée en vigueur de la baisse des contributions du gouvernement.

La pression à la baisse est moindre pour les garderies situées dans les zones défavorisées parce que le gouvernement y maintient ses subventions, soutient Mme Gentile. « Vous êtes mieux d’être propriétaire dans un secteur défavorisé parce qu’ils ne peuvent pas couper les services et les subventions », précise-t-elle.

Les prix des garderies subventionnées varient aussi selon leur nombre de places. Une garderie de 50 enfants peut se vendre à raison de 15 000 $ par place alors que pour une garderie de 80 places, le prix bondit à 21 000 $ par enfant.

lundi 1 février 2016

Immigration — Les Français c'est les autres pour les enfants de l'immigration

Le documentaire donne la parole à de jeunes lycéens français issus, pour la plupart, de l’immigration, ils semblent mettre une distance avec leur appartenance à la France et revendiquer un nouveau communautarisme. Face à des intervenants extérieurs et sans leurs repères habituels, vont-ils se délester de leurs préjugés, de leur rejet ?


« LES FRANÇAIS c’est les autres » : mercredi 3 février à 23 h 30 sur France 2

Il serait intéressant de poser le même genre de questions au Québec : Qui a la citoyenneté canadienne ? Qui se sent Canadien ? Qui se sent Québécois ?

samedi 30 janvier 2016

France — Pourquoi les garçons issus de l'immigration ont autant de mal à l'école

Si les filles issues des minorités visibles s’intègrent plutôt bien au système scolaire en France, leurs frères ont beaucoup plus de difficultés. Pourquoi les fils d’immigrés, mais pas de toutes les immigrations, ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs ? Les filles parviennent en effet à surmonter le fait que l’école joue de plus en plus mal son rôle d’intégration pour les enfants issus de l’immigration.


Selon les derniers chiffres du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA, enquête 2012), un quart des 15-24 ans sortis du système scolaire sans diplôme sont des enfants d’immigrés nés en France, alors qu’ils représentent une personne sur cinq dans cette classe d’âge. Par la faiblesse socio-économique de leurs parents, ces enfants-là cumulent les difficultés de départ. Mais ce handicap ne pèse pas le même poids selon qu’on est une fille ou un garçon.

Menée depuis 2008 par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la vaste enquête « Trajectoires et origines » (TeO), dont les résultats viennent d’être rendus publics (Le Monde du 9 janvier), le confirme avec force : à niveau social équivalent et toutes origines confondues, les filles issues de l’immigration témoignent d’une intégration scolaire sensiblement équivalente à celle de la population générale. Les garçons, en revanche, marquent le pas. L’enquête pointe même un groupe, les fils de Maghrébins et de parents venus d’Afrique subsaharienne, dans lequel une part importante de jeunes gens, du fait de leur échec scolaire massif, n’ont pas réussi leur insertion sociale et cumulent les indicateurs d’exclusion. Un phénomène qualifié par les auteurs de l’enquête TeO de « fait social majeur » et que l’école publique s’est révélée impuissante à empêcher.

Classe parisienne
Les garçons moins scolaires que les filles ? L’inégalité de genre est bien connue dans le système scolaire français, et même européen. Les études PISA, qui se succèdent tous les trois ans depuis 2000, le montrent à chaque fois : les filles sortent moins souvent du parcours scolaire, redoublent moins, ont des taux supérieurs d’obtention du brevet et du bac, ont de meilleures notes. Ce qui n’empêche pas les garçons, une fois l’étape du bac franchie, d’être les plus nombreux aux niveaux les plus sélectifs : ils constituent 56 % des étudiants atteignant le doctorat, les filles s’arrêtant le plus souvent à la licence ou à la maîtrise. Comme on le verra ci-dessous, ce ne sont pas les mêmes groupes de garçons que l’on retrouve aux niveaux les plus sélectifs.

Pour expliquer cette plus grande difficulté d’adaptation des garçons au système scolaire, la sociologue Marie Duru-Bellat, spécialiste des questions d’éducation, avance deux pistes : la socialisation familiale et l’attitude des enseignants. Les débuts de la scolarité sont souvent décisifs pour la suite, rappelle-t-elle. Or, les premières années d’école, les petits garçons vont avoir plus de mal à s’adapter au « métier d’élève ». Rester tranquille sur sa chaise, s’intéresser à la lecture activité perçue comme féminine, tout cela va jouer en leur défaveur. À quoi s’ajoute le fait que les filles ont en général un vocabulaire plus développé.


Les garçons ont souvent l’impression d’être « surpunis », ce qui n’est pas forcément faux, commente Marie Duru-Bellat. Même dans les pratiques éducatives parentales, on observe que les filles savent mieux s’y prendre pour éviter les punitions : elles promettent d’être plus sages, de faire un effort.

Les écarts de réussite entre filles et garçons sont encore plus marqués que dans la population générale. Comment expliquer l’échec scolaire qui affecte spécifiquement les fils d’immigrés en provenance de ces pays ? L’enquête TeO ne répond pas directement à cette question. Mais elle ouvre des hypothèses.


L’étude a été menée sur le terrain en 2008-2009, auprès de 8 200 jeunes gens âgés de 18 à 35 ans, tous nés en France et ayant au moins un parent immigré. Chez ces enfants ayant suivi toute leur scolarité en France, les filles tirent leur épingle du jeu : 62 % d’entre elles sont bachelières, contre 65 % des filles dans la population majoritaire (n’ayant aucun parent d’origine étrangère). Leur taux de réussite est même supérieur à la moyenne quand leur famille est originaire du Sud-Est asiatique (70 %).

La situation est nettement plus préoccupante chez les garçons. En 2008, parmi les fils d’immigrés interrogés, 48 % seulement étaient titulaires du bac, contre 59 % des garçons de la population générale. Et ils étaient 24 % (contre 16 %) à être sortis du système éducatif sans diplôme du secondaire, ce taux atteignant 30 % parmi les fils d’immigrés originaires du Maghreb, d’Afrique sahélienne, centrale ou guinéenne, et 35 % chez les fils d’immigrés venus de Turquie. « Dans certains courants migratoires, les fils d’immigrés sont particulièrement nombreux à être démunis de diplôme à la fin de la scolarité obligatoire ou à n’avoir que le brevet des collèges », résument les chercheurs.


Si l’on veut expliquer ces résultats disparates (chez les garçons comme chez les filles) selon les milieux d’origine, il faut bien sûr prendre en compte le contexte économique, souvent très précaire, de ces familles d’immigrés. À niveau financier équivalent, il faut aussi regarder les appartenances sociales et le capital scolaire des parents dans leur pays d’origine. « Le brillant parcours de nombreux élèves appartenant à des familles venues d’Asie du Sud-Est et de Chine doit être corrélé au fait que ces immigrés faisaient souvent partie des groupes les plus éduqués dans leur pays d’origine, précise Mathieu Ichou, sociologue à l’INED. De même, les faibles performances des enfants d’immigrés turcs — filles comprises — dans le système scolaire français doivent être rapprochées du statut social de leurs parents, en général issus d’un milieu rural et peu qualifié. »


Pour faire la part de ce qui, dans les difficultés scolaires rencontrées par les garçons issus de l’immigration, relève de leur origine sociale (diplôme des parents, conditions financières, taille de la fratrie, etc.), les chercheurs ont procédé à des analyses dites « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire après contrôle des héritages sociaux, scolaires et linguistiques transmis par les parents. Une fois ces correctifs appliqués, les écarts de réussite constatés entre les fils d’immigrés et la population générale s’annulent pour les descendants originaires d’un département d’outre-mer ou du Portugal. En revanche, et même s’ils se réduisent, les désavantages scolaires persistent pour la plupart des autres origines : Maghreb, Turquie, Afrique subsaharienne.

Le sociologue Hugues Lagrange plaidait, dans Le Déni des cultures (Seuil, 2010) pour la prise en compte des identités culturelles dans l’analyse des difficultés scolaires précoces selon l’origine des parents. À l’issue de plusieurs enquêtes menées dans des quartiers sensibles de la vallée de la Seine, de Paris et de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), il observait qu’à condition sociale égale délinquance et échec scolaire étaient trois fois plus fréquents chez les garçons d’immigrés provenant du Sahel (Mali, Sénégal et Mauritanie) que chez les enfants de parents français, une fois et demie plus que chez les Turcs, les Maghrébins et les Africains du golfe de Guinée. Rappelant que dans ces pays du Sahel, à majorité musulmane, la famille est patriarcale, souvent polygame, avec des femmes dépendantes et de grandes fratries, il imputait à ce modèle familial l’échec et l’inconduite des fils.
Hugues Lagrange suggère de « revenir sur l’occultation de l’ethnicité et des différences culturelles » pour expliquer le fort échec scolaire d’une partie des fils d’immigrés, une approche culturaliste très critiquée dans la sociologie française.
Faut-il invoquer le retour, observé par l’Insee, de l’observance religieuse et des normes morales traditionnelles chez les jeunes des cités (séparation et traitement différencié des sexes, polygamie) ? N’ayant pas pris la religion comme critère dans leur étude, les chercheurs de l’enquête TeO ne s’y risquent pas. Laure Moguérou, socio-démographe à l’université Paris-X et cosignataire du chapitre relatif au parcours scolaire de l’enquête TeO, n’en constate pas moins, chez les enfants de l’immigration comme dans le reste de la population française, une socialisation familiale assez différenciée entre filles et garçons. « Les premières vont être davantage contrôlées, assignées à rester à la maison. Cela peut développer chez elles certaines dispositions scolaires. On attend d’elles qu’elles soient sages et dociles, quand les garçons sont plus libres de sortir, constate-t-elle. »
En parallèle à l’étude TeO, Laure Moguérou a mené avec la sociologue Emmanuelle Santelli une série d’entretiens dans des familles immigrées de milieux populaires, venues du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie. Elles y ont observé de fortes aspirations scolaires pour leurs enfants, l’école étant perçue comme un moyen d’intégration et de mobilité sociale. Mais « cette situation ne s’accompagne pas d’une implication plus forte dans le suivi de la scolarité », constatent-elles. À milieux sociaux comparables, les parents immigrés suivent moins les devoirs que ceux de la population majoritaire. Freinés par la faiblesse de leur capital scolaire, ils sont donc peu à même d’intervenir quand leur progéniture est en difficulté. Les filles étant à ce stade globalement plus intégrées dans le système scolaire, elles s’en sortent mieux.

Que faire pour inverser cette tendance et donner à tous des chances égales ? Dans ce domaine pourtant au cœur de sa mission, l’école française se révèle particulièrement mauvaise élève comparée à ses voisins européens, selon la dernière étude PISA. Si tant est que des comparaisons puissent se faire, les immigrations diffèrent entre pays européens : l’immigration récente est surtout africaine en France, asiatique en Grande-Bretagne et jusqu’il y a peu très rarement extraeuropéenne en Allemagne. 

Laure Moguérou, insiste sur la nécessité pour l’école de tenir compte de la diversité de ses populations. « Il y a une sorte de chape de plomb dans l’institution scolaire française : on ne veut pas voir qu’il y a des origines différentes, on fait comme si cela n’existait pas, constate la sociodémographe. Or, lorsqu’on fait des enquêtes en milieu scolaire, on voit bien que la question des origines est présente : elle intervient dans la constitution des classes, dans les processus d’orientation, dans la manière dont les enseignants vont percevoir les élèves et s’adresser à eux... Mais, dans l’école de la République, ce n’est pas censé exister. Du coup, la formation des — enseignants n’intègre pas cette réalité. »

Source : Le Monde

La sélection à l’entrée des universités de l’« Ivy league »

Princeton et ses façades recouvertes de lierres
Pour les étudiants américains, l’entrée à l’université est un parcours du combattant qui commence bien avant la dernière année d’études secondaires. Quatre ans avant la fin de leurs études secondaires (lycée en France, une partie du cégep au Québec), les élèves qui aspirent à s’inscrire à une université prestigieuse s’attachent à ajouter à leur parcours ces éléments qui peuvent faire la différence aux yeux des comités d’admission : sport, démonstrations d’excellence, de leadership, de curiosité d’esprit (apprentissage du mandarin, par exemple). L’engagement social (« community service ») ou une expérience de bénévolat, comme un stage dans une clinique pour les pauvres ou dans une ONG en Afrique, sont hautement recommandés.

Les huit meilleures universités sont regroupées dans le groupe dit « Ivy League », la Ligue du lierre, lierre qui recouvre les bâtiments des augustes institutions de la Nouvelle-Angleterre. La sélection y est impitoyable. En 2015, le taux d’acceptation est tombé pour la première fois à 5 % dans une université, celle de Stanford, qui a admis 2 144 étudiants pour 42 487 candidats. Viennent ensuite Harvard (5,3 %), soit 1 990 admis pour 37 305 dossiers, Yale (6,5 %) et Columbia (6,1 %). Chaque candidature est payante (85 dollars, soit 78 euros), et les établissements les plus prestigieux touchent des millions de dollars grâce aux rejets.

La sélection s’effectue d’abord sur les notes. À 16-17 ans, les élèves en classe « junior » du secondaire passent l’un ou l’autre des tests nationaux : Standard Admission Test (SAT) ou American College Testing (ACT). Le plus commun est le SAT, des questionnaires à choix multiples de trois épreuves (maths, écriture et lecture critique) que les élèves remplissent. Non seulement il faut aller vite en 3 h 45, mais les réponses fausses sont pénalisées. Pour espérer entrer à Stanford ou à Harvard, il est bon de se prévaloir d’un quasi-sans-faute (800 points par sujet) ou au moins d’un score supérieur à 2 150. Moins de 0,05 % des candidats réussissent le score parfait de 2 400 points (360 sur 1,6 million d’inscrits en 2012).

Le SAT a donné lieu à toute une industrie de préparation à l’examen, qui n’est accessible qu’aux plus riches. Les comités d’admission examinent aussi le « Grade Points Average » (GPA), la moyenne des notes sur les quatre ans de lycée. À leur dossier, rempli en ligne, les candidats doivent ajouter des recommandations personnalisées d’un professeur, entraîneur sportif ou éducateur. Et un « essai », soit un texte (650 mots maximum) de motivation, de personnalité, sur un sujet déterminé chaque année par l’établissement. Un exemple pour 2016 : « Décrivez une action ou un événement, formel ou informel, qui a marqué votre passage de l’enfance à l’âge adulte dans le contexte de votre culture, famille ou communauté. »

Souci de diversité sociale et ethnique (moins de sensibilités politiques)

Plus de 600 universités ont une banque d’épreuves communes (la « common app ») mais chacune se réserve le droit de demander un texte supplémentaire. Au total, les élèves soumettent parfois trois ou quatre « essais » différents. Là aussi, des répétiteurs privés offrent leurs services (de 60 à 130 dollars l’heure). Les séances commencent par un remue-méninges, censé permettre aux candidats de trouver dans leur vie, souvent sans histoires, l’épisode qui a montré un trait exceptionnel de leur personnalité. Il est bon d’expliquer qu’on a surmonté une épreuve ou un échec, voire d’émouvoir les examinateurs avec une enfance difficile.

Les universités appliquent ensuite des « correctifs » divers. L’origine ethnique, d’abord. Certains États, comme la Californie, ont abandonné la discrimination positive dans la sélection de leurs étudiants. La Cour suprême des États-Unis a récemment validé une loi du Michigan interdisant la discrimination positive dans l’enseignement supérieur. D’autres continuent à l’imposer. Chaque établissement affiche en tout cas un souci de diversité. Être une « latina » est certainement un plus. Les garçons « anglos » et les étudiants d’origine asiatique, une minorité qui crève le plafond de la réussite scolaire, se plaignent d’être désavantagés, à résultats scolaires équivalents. Les sportifs de haut niveau bénéficient de conditions exceptionnelles, indépendamment de leurs notes. Dernier critère d’admission, le plus flou : « l’héritage » (legacy). Sauf à être des cancres avérés, les fils et filles d’anciens élèves ont peu de chances d’être recalés par l’université de papa (ou de maman), surtout si les parents soutiennent généreusement leur alma mater.



États-Unis : la discrimination positive commence à faire polémique


Les études coûtent cher : 60 000 dollars par an, avec hébergement et repas, à Harvard ; 59 000 dollars à Yale ; 32 600 à Berkeley pour les domiciliés en Californie (56 000 pour les étudiants d’autres États). Les universités soulignent le nombre de bourses distribuées (60 % des étudiants de Harvard ont une bourse grâce à un programme d’aide de 160 millions ; 50 % à Yale) pour les plus désargentés et les minorités notamment noires et « latinas ». Mais la majorité des étudiants ne reçoivent qu’une aide de quelques milliers de dollars sur quatre ans, loin de compenser le coût de la scolarité. Les dossiers d’inscription sont en général clos fin janvier. Attendues avec angoisse, les lettres d’admission arrivent début mai. Au début de l’été, le grand mercato des admissions est terminé.

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