jeudi 11 mars 2021

Les Français au Québec : des multiculturalistes progressistes anglomanes ? M. Onfray et A. Cormier-Denis


Rappel de Frédéric Lacroix
en décembre 2012 :

Depuis 1978, une entente de réciprocité universitaire lie la France et le Québec. Selon les termes de l’entente, les Québécois qui étudient à l’université en France paient les mêmes droits de scolarité que les Français et vice-versa. Si le nombre de Québécois qui vont étudier en France stagne à environ un millier par année depuis longtemps, le nombre de Français qui viennent étudier au Québec est en augmentation constante : depuis 2006, ce nombre a augmenté de 37 % pour atteindre 8798 étudiants à temps plein à l’automne 2010 (derniers chiffres disponibles du MELS). Or, de ce nombre, une bonne proportion choisit d’étudier dans les universités anglaises du Québec, se payant ainsi le rêve américain à un prix défiant toute concurrence. Ainsi, à l’automne 2012, McGill accueillait à elle seule 1161 Français.

Afin de répondre aux termes de l’entente, chacun de ces étudiants est donc subventionné à la hauteur d’une dizaine de milliers de dollars par année par le gouvernement du Québec, ce qui représente la rondelette somme de 20 millions pour les Français étudiant à McGill et Concordia, somme qui augmente d’environ 10 % par année. Il tombe sous le sens que payer pour l’anglicisation de milliers de jeunes Français constitue un détournement majeur de l’esprit de l’accord Québec-France. Surtout à l’heure où le budget de l’État implose et où nos universités doivent se soumettre à d’importantes coupes budgétaires. Il est temps de revoir les termes de l’entente pour corriger ce qui constitue une flagrante aberration. Une telle révision de l’entente nous ferait économiser beaucoup d’argent tout en donnant un petit coup de frein à l’anglicisation de Montréal.

Image d’un blogue vidéo d’une famille française immigrée récemment au Québec : drapeau kéneudienne, nom du carnet visuel en anglais…

« Visite de la maison » ne fait pas assez « canadien », ce sera donc « House Tour » de la part de ces immigrés français. Le « passport » à côté du drapeau canadien semble être australien (kangourou et émeu).

 
La riche diversité française se lance fréquemment dans la restauration, ici il s’agit du Verdun près de Montréal.

Autre entreprise française sur l’île de Montréal : épicerie très écolo et végane.

Autre française dans le secteur (il ne faut pas chercher loin) qui choisit de nommer son entreprise d’un nom anglais (pas sûr de ce que ce « Pimp » veut dire) avec des bootcamps…

 

Québec, « la patrie du féministe nord-américain », extraits du balado Quoi de Meuf ? référencé par Mauditsfrançais. ca, site populaire des expatriés français au Québec.

Deux féministes françaises dialoguent sur le féminisme au Québec.

Aya Nakamura
Émeline. — : Bonne année 2021 ! Je me remets doucement des fêtes et j’essaie de tenir mes résolutions, et toi ?

Clémentine. — 2021 vient de commencer et c’est déjà la merde entre le virus mutant et les racistes américains. Comme dit la poétesse Aya Nakamura [ci-contre] : (son : jolie nana/faut pas se négliger…)

Émeline. — : J’avoue. Dis-nous, quelles sont les premières actualités du féminisme qui t’ont marquée en ce début 2021 ?

« On voit souvent le Québec avec des étoiles dans les yeux, explique Émeline Amétis. Effectivement, il y a beaucoup de progrès intéressants au Québec, c’est un endroit très agréable à vivre quand on est une femme, mais ça dépend pour qui ». Le podcast débute en évoquant les colons français et britanniques ainsi que la prise de pouvoir sur les peuples autochtones, les lois discriminantes, les pensionnats et autres politiques d’assimilation.


« La situation des personnes autochtones et des Premières Nations est encore très difficile de nos jours. Plus de 1200 femmes ont disparu et/ou ont été assassinées, et ce sont seulement les chiffres officiels », poursuit Émeline. Les deux journalistes soulignent aussi les événements tragiques récents avec la mort de la jeune autochtone Joyce Echaquan, tuée dans un hôpital par du personnel raciste. 

Le mouvement masculiniste est aussi évoqué, notamment avec la tuerie de masse de polytechniques, qui a eu lieu en 1989. 14 étudiantes ont été froidement abattues un misogyne [on pourrait tout aussi bien dire un fils d’immigrant musulman mal dans sa peau], considéré comme un martyr par les plus extrémistes du mouvement [Qui précisément ? Joli amalgame diffamatoire.]

Conseils, comptes insta à suivre, revues, festivals… :

Émeline. — En termes de festivités, et là je m’adresse surtout aux expatrié·es : il y a la scène ballroom montréalaise florissante, des tas de festivals gratuits : mon préféré s’appelle Slut Island. Et peut-être que dans l’un d’entre eux vous croiserez les anges gardiens de Pluri, qui luttent contre le harcèlement en milieu festif. Je recommande aussi la revue érotique anglophone Leste Magazine et en podcasts : Le Bulletin des cousins présenté par la DJ Gayance et Julio Mendy, et Black Girls from Laval, animé entre autres par la vidéaste Naila, qui tient la chaîne YouTube La Grosse qui fait des vidéos. [On remarquera le nombre de mots anglais…]

Clémentine. — l’insta de Myriam Daguzan Bernier qui a écrit Tout nu le dictionnaire bienveillant de la sexualité. J’aime bien le podcast Ferry traversées érotiques de Radio-Canada.

Témoignage

Émeline. — Caroline Monnet est une artiste pluridisciplinaire d’origine algonquine et bretonne, et qui a grandi entre Douarnenez et Outaouais, au Québec. Elle a gentiment accepté de nous raconter son expérience de femme au Québec. On l’écoute. […]

Notre expérience [et les productions culturelles québécoises très « modernes »…]

Émeline. — J’ai vécu à Montréal pendant près de deux ans pour un PVT (un permis vacances-travail), parce que j’en avais ras le bol de Paris et de la France en général. Des années avant de partir, j’avais fait la rencontre de la réalisatrice Amandine Gay et à ce c’est l’une de ses spécialités, et il le fait très bien, on l’a vu avec Mammy, Tom à la ferme et Jusqu’à la fin du monde.

Xavier Dolan

Clémentine. — Xavier Dolan la tête à claques du jeune cinéma québécois, qui contribue quand même pas mal à son rayonnement même s’il est exaspérant : Laurence Anyways, son chefs d’œuvre sur la transidentité (même si —  gros bémol — le rôle est joué par un comédien cis, Melvil Poupaud....).

Émeline. — Xavier Dolan évidemment ! Je crois que ça a été l’un de mes premiers coups de foudre cinématographiques. J’ai été secouée par J’ai tué ma mère, j’avais 20 ans à peine et je vivais une relation chaotique avec ma propre mère. Les relations familiales tendues c’est une de ses spécialités et il le fait très bien, on l’a vu avec Mommy , Tom à la Ferme et Jusqu’à la fin du monde.

D’ailleurs Monia Chokri, l’une de ses actrices favorites s’y est essayé, avec son premier long-métrage, intitulé La Femme de mon frère. Ça raconte l’histoire de Sophia, une thésarde sans emploi hébergée par son frère. Leur relation fusionnelle est mise à l’épreuve lorsque celui-ci tombe amoureux de la gynécologue de sa sœur alors qu’il l’accompagnait avorter. Assez cocasse. 

Clémentine. — Sur la famille encore, il y a aussi le culte CRAZY de Jean-Marc Vallée, sur Zac et la masculinité toxique de sa famille, qui outre sa mère, est exclusivement composée d’hommes cis hétéros, ce qui l’empêchera de vivre son homosexualité sereinement. Jean-Marc Vallée cinéaste québécois qui a du succès à Hollywood (Sharp objects, Big little lies). [Sur CRAZY : Cours d’ECR : les enseignants « marchent sur des œufs » (projection du film CRAZY suscite de vives réactions dans les classes multiethniques).]

Émeline. Et dans les films récents, je retiens aussi Une Colonie de Geneviève Dulude-De Celles, qui raconte le passage à l’adolescence de la timide Mylia et de sa rencontre avec Jimmy, un jeune garçon abénaquais [sic, recte : abénaquis] résidant dans une réserve voisine. Puis il y a l’Antigone de Sophie Deraspe, adaptation de la pièce de Sophocle, nominée aux Oscars en 2019 : cette fois, Antigone est une Québécoise d’origine kabyle, dont le frère aîné a été tué par un policier et l’autre incarcéré. Elle met en place un stratagème pour le faire sortir de prison. […]

Silos raciaux ou chasses gardées ?

L'écrivain catalan Victor Obiols ne traduira finalement pas la poète noire Amanda Gorman, vedette, auprès des médias progressistes, de l'investiture du président américain Joe Biden en janvier dernier. Son profil a été jugé inadéquat. 

Il y a un mois, c’était aux Pays-Bas qu’une controverse a éclaté sur la personne choisie pour traduire la jeune poète américaine. On m'a dit que je ne convenais pas [...]. Ils n'ont pas mis en doute mes capacités, mais ils cherchaient un profil différent, celui d'une femme, jeune, activiste, et de préférence noire, a expliqué mercredi Victor Obiols à l'Agence France-Presse (AFP).


Billet originel du 2 mars 2021

Aux Pays-Bas, Marieke Lucas Rijneveld (en cravate ci-contre), la traductrice blanche de la récente coqueluche progressiste noire qui avait fait sensation auprès des médias pro-Biden lors de l’investiture de Joe Biden, a préféré jeter l’éponge après de nombreuses critiques sur sa capacité à comprendre l’œuvre d’une auteur de couleur. Pourtant, Marieke Lucas Rijeneveld se dit non binaire et a un pedigree progressiste impeccable. [Plus de détails sur cette polémique ci-dessous.]

Il est juste de déplorer cette compartimentation ethnique, cette création de silos de l’expérience humaine selon la race. C’est une critique libérale classique (assez juste dans ce cas). Selon la logique essentialiste qui a mené à l’abandon de Mlle Rijnveld, l’œuvre d’une poétesse noire ne saurait être traduite que par une autre noire, fût-elle d’un autre continent, d’un autre milieu social et d’une autre génération. Quand on atteint un tel point d’incommunicabilité avec des traducteurs blancs pourquoi même traduire dans ces circonstances pour un public blanc comme celui qui lit le néerlandais ? Ou l’incommunicabilité n’existe-t-elle que pour les emplois rémunérés, mais pas chez les lecteurs blancs qui eux paient pour acheter l’œuvre magistrale qui ne pouvait être comprise par une traductrice blanche ? Peu importe si le lecteur blanc comprend pour peu qu’il paie, se taise ou se repente ?

Il faut, en effet, se demander si ces hauts cris ne sont pas aussi une ruse pour jalousement se constituer des chasses gardées : tout ce qui parle des noirs ou a été créé par des noirs ne sera traduit, interprété et analysé que par des noirs (par ici les boulots de traducteurs, critiques et acteurs noirs) afin d’éviter « toute appropriation culturelle ». Quant aux œuvres écrites par des blancs ou mettant en scène des personnages blancs à l’origine, elles devront accueillir plus de diversité : on aura donc une reine viking noire, une reine d’Angleterre noire et Achille le blond sera noir (par ici les boulots de traducteurs, critiques et acteurs noirs).

Le beurre et l’argent du beurre tout en culpabilisant les méchants blancs qui ne se soumettraient pas en frappant avec force leur poitrine pour tous les péchés de leurs ancêtres, bien au-delà de quatre générations.

Le dieu woke est bien plus implacable que celui de l’Exode qui « puni[t] l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération ». 

 


Marieke Lucas Rijneveld, plus jeune lauréate du prix international Booker pour son roman L’inconfort du soir regrette d’avoir dû abandonner son travail. Elle aurait aimé « garder la force, le ton et le style » d’Amanda Gormans.

Marieke Lucas Rijneveld, devenue l’an dernier à 29 ans, la plus jeune lauréate du prix international Booker pour son roman L’inconfort du soir, avait été choisie pour cet emploi de traducteur par l’éditeur néerlandais Meulenhoff.

Mais après des critiques aux Pays-Bas sur le choix d’une traductrice blanche, Marieke Lucas Rijneveld a annoncé sa démission de son emploi de traducteur du poème de Gorman, The Hill We Climb.

« Mon cœur et mon esprit sont toujours remplis des événements de ces derniers jours », a déclaré Marieke Lucas Rijneveld, lundi soir sur Twitter, ajoutant vouloir publier un poème sur la polémique de ces derniers jours, intitulé « La poésie unit, réconcilie et guérit ».

Le choix en tant que traducteur de Marie Lucas Rijneveld — dont le roman décrit les effets d’une tragédie sur une famille religieuse d’éleveurs bovins, du point de vue d’une jeune fille — avait déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux des Pays-Bas.

La militante Janice Deul, qui est noire, a déclaré qu’il s’agissait d’« un choix incompréhensible », ajoutant comprendre les personnes « qui ont exprimé leur douleur, leur frustration, leur colère et leur déception sur les médias sociaux ». Selon elle, la maison d’édition a manqué une « occasion » en n’employant pas une personne noire pour traduire l’œuvre d’Amanda Gorman. Marieke Lucas Rijneveld est « blanche, non-binaire et n’a aucune expérience dans ce domaine », a-t-elle affirmé.

Vendredi, Marieke Lucas Rijneveld s’est déclarée choquée « par le tollé » autour de son « implication dans la diffusion du message d’Amanda Gorman ». Je comprends les gens qui se sentent blessés par le choix de Meulenhoff, avait-elle déclaré sur Twitter.

Marieke Lucas Rijneveld a affirmé toujours bénéficier du soutien de l’équipe d’Amanda Gorman, ajoutant que cela aurait été une « mission formidable et honorable » de traduire sa poésie. « J’aurais mis tout mon amour dans la traduction du travail d’Amanda, considérant que la plus grande tâche est de garder sa force, son ton et son style », a-t-elle ajouté.

Amanda Gorman, 22 ans (ci-contre), est devenue une célébrité auprès des médias pro-Biden après avoir récité, lors de l’inauguration du président américain Joe Biden, The Hill We Climb, un poème de son cru inspiré par l’émeute du Capitole américain et dans lequel elle déclare avec grandiloquence que la démocratie « ne peut jamais être vaincue définitivement ». La militante Gorman est une sociologue diplômée de Harvard.

La traduction française de l’œuvre d’Amanda Gorman est réalisée par la chanteuse belgo-congolaise Marie-Pierra Kakoma, qui porte le nom de scène [en anglais bien sûr] Lous and the Yakuza.

 

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Andy Ngo — Les Antifas démasqués : leur plan radical pour détruire la démocratie

Le livre d’Andy Ngo, Unmasked : Inside Antifa’s Radical Plan to Destroy Democracy (« Les Antifas démasqués — À l'intérieur du plan radical antifa pour détruire la démocratie ») n’était pas encore sorti que les militants antifas ont mené une violente campagne pour en empêcher la diffusion. Dans son livre, Ngo discrédite les « bonnes intentions » de ceux qui se disent Antifa, un mouvement anarchiste qui n’est ni antifasciste, ni au service des déshérités, ni soucieux des minorités ethniques. Il décrit arsenaux, techniques de combat et clubs de tirs, analyse leur propagande et expose leur prose.

Winston Marshall, le banjoïste du quatuor folk Mumford & Sons, avait salué le livre d’Andy Ngo : « un livre important » avant d’ajouter « Vous êtes un homme courageux ». Après avoir subi un feu roulant d’insultes et d’intimidations pour ce message sur Twitter, le banjoïste a fait son autocritique publique, il a affirmé dans un gazouillis « comprendre que son appui peut être considéré comme une approbation de comportements haineux et clivants. » Rappelons que ce sont les Antifa qui ont des comportements violents et harcèlent leurs opposants… Winston Marshall a ajouté prendre « momentanément ses distances avec le groupe »… Faut-il comprendre qu’on l’a plutôt exclu et fait perdre son emploi ?

Interrogé par l’Incorrect, Andy Ngo déclare :

Les élus démocrates, comme Ted Wheeler, le maire de Portland, ou Jenny Durkan, le maire de Seattle, ont fermé les yeux sur les exactions antifas et laissé se développer une organisation qui était, il y a quatre ans encore, rudimentaire. Trump, qui considérait les antifas comme des terroristes, n’a pas pu les neutraliser. Aujourd’hui les antifas sont plus puissants et Biden nie leur violence. Je crois au contraire que leurs actions vont s’intensifier. Ils profiteront de la moindre étincelle pour déclencher de nouvelles émeutes. Les antifas ne sont pas si nombreux, plusieurs milliers de militants tout au plus. Mais c’est un mouvement opaque, atomisé en un réseau d’une douzaine de cellules distinctes très organisées. Leur fonctionnement est comparable à celui des islamistes. Ils sont radicaux dans leur rejet des démocraties libérales et, bien qu’athées, sujets à une forme de fondamentalisme, selon la maxime « celui qui n’est pas avec nous est contre nous ». […]

Ce sont de jeunes adultes, entre 18 et 30 ans, blancs pour la plupart. Leur profil socio-économique est divers : les critiques des antifas ont tendance à les caricaturer comme des privilégiés de la classe moyenne. Ce n’est que partiellement vrai. Parmi les antifas arrêtés à Portland, il y avait des universitaires, des journalistes, des infirmières, des avocats, donc pas mal de cols blancs, mais aussi des vagabonds et des gens mentalement instables. Les antifas les utilisent pour gonfler leurs cortèges. Dans la zone autonome, les antifas offraient nourriture gratuite et vêtements, mettaient des logements à disposition. Il y a aussi beaucoup de transgenres parmi les militants. C’est un phénomène récent aux États-Unis : l’idéologie transgenre, extrêmement politisée, a fusionné avec l’extrême gauche.

Le livre d’Andy Ngo caracole en tête des palmarès. Il est numéro 1 dans la catégorie Essais politiques aux États-Unis avec 1414 évaluations dont la moyenne est de 4,9/5…

 
Ci-dessous, la recension de Mathieu Bock-Coté sur le livre d’Andy Ngo, cet « auteur controversé » comme l’affirme le journal virtuel La Presse de Montréal, forteresse du politiquement correct subventionné.


On s’en souvient peut-être encore : interpellé par Donald Trump en débat lors des élections présidentielles américaines, qui lui demandait de condamner la mouvance « antifa », Joe Biden a répondu un peu étrangement en déclarant que ce qu’on appelle « antifa » ne serait pas une mouvance, encore moins une organisation, mais une idée. On a trouvé, au cours des dernières années, de nombreuses figures politiques pour répondre la même chose. Elles se drapent souvent dans la vertu en demandant comment on peut s’opposer à ceux qui s’opposent au fascisme. Ce n’était pourtant pas la première fois que Donald Trump s’inquiétait de la vigueur de cette mouvance, au point d’avoir laissé entendre qu’il la décréterait terroriste.

C’est un fait : les « antifas » ont pris beaucoup de place ces dernières années, quand leurs milices se sont emparées des rues américaines, en radicalisant plusieurs émeutes au nom de la « justice raciale », au point de les pousser, à la manière d’un mouvement agitateur, jusqu’à l’émeute. Mais qui sont-ils ? Il fallait, pour répondre sérieusement à cette question, un véritable travail d’enquête, qu’a mené le journaliste américain Andy Ngo. Il l’a fait au péril de sa vie, comme il en témoigne dans Unmasked. Inside Antifa’s Plan to Destroy Democracy (édité par Center Street). Il en revient avec un ouvrage passionnant à propos d’une mouvance qui cultive l’art de l’activisme clandestin. Mais si les « antifas » ne sont pas rassemblés autour d’une structure ferme centralisée, on aurait tort de les croire désorganisés.

Au cœur de leur « antifascisme », on trouve une définition fantasmée du fascisme, qui n’a à peu près rien à voir avec le fascisme historique. Le fascisme se confond, à lire cette propagande, avec la démocratie libérale et le capitalisme, qui serviraient surtout à le masquer. De manière imagée, on dira que le fascisme est intrinsèquement lié, pour eux, à la structure même des sociétés occidentales. Partout, ils fantasment le racisme et le suprémacisme blanc. C’est ce qu’oublient souvent ceux qui parlent de cette mouvance avec complaisance. En reconnaissant aux « antifas » le droit de brandir l’étendard de l’antifascisme sans le leur contester, ils endossent la définition qu’ils en donnent, et leur accordent, quoiqu’implicitement, une fonction légitime dans l’organisation de la cité.

Ce qui distingue les « antifas », c’est un usage revendiqué de la violence. Leurs théoriciens parlent franchement : il s’agit de créer un environnement où les idées qu’ils réprouvent ne pourront plus s’exprimer. Il s’agit d’une violence sinon autorisée, à tout le moins tolérée par les pouvoirs publics, comme en témoigne Ngo, qui montre à quel point les activistes et émeutiers « antifas » sont rarement punis pour leurs actes, et sont même souvent relâchés lorsqu’ils sont pour un temps arrêtés. À Portland et à Seattle, ces dernières années, les « antifas » se sont emparés d’un morceau de territoire, décrétés ZAD libérée des États-Unis, et transformés en quelques jours en bidonvilles totalitaires. Les autorités municipales se montrèrent globalement tolérantes envers ceux qui occupaient des territoires de leurs villes. Les « antifas », jamais, ne risquent la dissolution.

Ngo, au fil de son enquête, débusque les mythes entourant cette mouvance. Une étrange rumeur veut que les « antifas », derrière leurs cagoules, soient composés de jeunes gens issus de la bourgeoisie, qui iraient s’encanailler en jouant à la révolution. Le portrait est beaucoup plus complexe. Si l’on en trouve dans leurs rangs, ces derniers attirent surtout des jeunes esprits psychiquement troublés, socialement fragilisés, à la manière d’un lumpenprolétariat identitaire de la postmodernité. Ils trouvent dans l’engagement « antifa » une forme de rédemption révolutionnaire : dès lors qu’il enfile sa cagoule et défonce sa première vitrine, le jeune converti se sent promu dans l’avant-garde révolutionnaire. La mouvance « antifa » désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir.

Leurs théoriciens affichent leur dessein : il s’agit de terroriser leurs ennemis en les agressant, physiquement, s’il le faut, tout en présentant leurs actions comme des gestes d’autodéfense contre « l’extrême droite ». En fait, ils se comportent comme une milice visant à créer un climat de terreur pour rendre impossible l’expression d’une dissidence contre l’idéologie diversitaire. Andy Ngo veut voir dans les « antifas » une menace pour l’ordre établi, à la manière d’un courant révolutionnaire classique. C’est peut-être là qu’il erre. Ni demain ni après-demain, les voyous encagoulés ne s’empareront du pouvoir. Il faut renverser la perspective : sans même en être conscients, ils servent l’air du temps, abattent ses ennemis, les molestent, un peu comme la SA des temps présents.

Source : Le Figaro