En 2042, selon les projections, la population blanche non hispanique deviendra minoritaire aux États-Unis. En Europe, c’est dans la première partie du XXIIe siècle qu’une population métissée devrait surpasser les Blancs. Pour Eric Kaufmann (ci-contre), professeur à l’université londonienne Birkbeck College, ces bouleversements démographiques seront le fait majeur du XXIe siècle et ont déjà des conséquences politiques turbulentes. Dans Whiteshift (Allen Lane), il aborde frontalement ce sujet controversé. Le chercheur assure que le premier facteur de l’essor des populismes est l’immigration et non pas l’économie.Dans nombre de grandes villes américaines, les Blancs sont désormais en minorité. Selon des projections démographiques, les Blancs seront en 2050 une « majorité minorité » aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Canada.
Ce professeur de politique parle froidement du sujet le plus controversé de l’heure : l’immigration. Kaufmann, né à Hong Kong, élevé à Vancouver, un quart chinois, un quart latino, avec un père de descendance juive et une mère catholique, sait donc de quoi il parle.
Immigration
Tous ceux qui expliquent la montée du populisme occidental par l’économie font fausse route à ses yeux. L’immigration est la première explication de la révolte des classes défavorisées, celles qui, justement, appuient Trump. D’ailleurs, cela éclaire la politique actuelle du président américain quant aux immigrants.
Eric Kaufmann ne traite pas de racistes tous les Blancs qui se préoccupent de leur identité. « L’identité blanche, déclare-t-il au Point, doit être considérée comme une identité comme les autres et non une fabrication destinée à garder le pouvoir. C’est un ensemble de mythes et de symboles auxquels les Blancs sont attachés ».
La vision de Kaufmann n’a rien d’apocalyptique. Il croit même qu’à l’avenir, la population blanche va favoriser l’essor du métissage des populations. Mais il n’écarte pas les tourmentes sociales de cette transformation de nos sociétés.
Le multiculturalisme de Trudeau ne le séduit guère. L’auteur considère le Canada actuel comme un cas. Car Justin Trudeau incarne une utopie raciale où le métissage sera complet. Kaufmann affirme que le Canada est un des rares pays qui a perdu son identité avec l’effondrement de l’Empire britannique.
Le Canada postnational
Cela explique pourquoi le Canada est devenu un paradis pour les communautés ethnoculturelles et racisées. C’est la raison pour laquelle Justin Trudeau a lancé un jour, les yeux dans l’eau et le cœur battant, la nouvelle appellation du pays. Le Canada est un pays postnational où les citoyens revendiquent des droits individuels, fers de lance d’accommodements religieux, raciaux et sexuels.
Eric Kaufmann note cependant qu’au Québec, la CAQ a été le premier parti à faire campagne ouvertement pour une réduction de l’immigration. L’auteur qualifie la CAQ de parti populiste à cause de ses revendications identitaires. Mais selon sa vision, cette politique ne peut être associée à du racisme.
Ce qui est troublant, c’est que ceux qui dénoncent les Blancs en refusant d’admettre leurs inquiétudes identitaires sont ceux-là mêmes qui affirment leur identité noire ou jaune, qui se qualifient de racisés, d’autres qui proclament leur identité autochtone ou religieuse, mais en faisant toujours référence aux Blancs colonisateurs, esclavagistes, racistes, islamophobes et autres épithètes injurieuses.
La notion d’un camp des bons et des méchants, cette construction indigente et ignorante des cultures et de la nature humaine, est inadéquate pour comprendre la profonde révolution spirituelle, culturelle et politique qui s’annonce.
Kaufmann pour moins d’immigrants afin de lutter contre le populisme
Ignorer, ridiculiser ou mépriser les appréhensions et les revendications des conservateurs blancs, comme le font les élites politiques, intellectuelles et médiatiques, ne fera qu’attiser davantage les braises du populisme, prévient le politologue. Mieux vaut écouter les doléances de cette frange non négligeable de la population et proposer des compromis. Les solutions suggérées par l’auteur : réduire l’immigration et légitimer la fierté d’être blanc.
Certains pourraient être tentés de taxer Eric Kaufmann de racisme. Ce serait toutefois mal comprendre les nuances de cet auteur né à Hong Kong, qui a grandi à Vancouver et à Tokyo avant de s’installer au Royaume-Uni.
L’Actualité, périodique très progressiste québécois, l’a joint à sa maison de Londres, d’où l’auteur suit activement la politique canadienne. Il croit d’ailleurs que le Québec est sur la bonne voie pour éviter la montée de l’extrême droite. À l’inverse, il affirme que toutes les conditions sont présentes pour que le Canada bascule vers le populisme.
L’Actualité — Bon nombre expliquent le Brexit et l’élection de Trump par les inégalités économiques croissantes, particulièrement entre les grands centres urbains et les régions. Vous n’embrassez pas cette théorie des « laissés-pour-compte ». Pourquoi ?
Éric Kaufmann — L’explication économique est attirante, car elle conforte les élites politiques dans leurs positions. La gauche dit que la solution à ce problème est une meilleure redistribution de la richesse. La droite affirme qu’il faut plutôt réduire le fardeau fiscal. Même les populistes aiment cette théorie, car ils y jouent le rôle de défenseurs du « monde ordinaire ». Mais lorsqu’on analyse les données, cela ne tient pas la route. Si on compare le revenu des électeurs lors du Brexit, on constate que les pauvres étaient certes plus enclins à voter pour quitter l’Union européenne que les riches, mais que cet effet était minime. Dans le cas de l’élection de Trump, la question du revenu n’a eu à peu près aucun effet sur le vote.




