mercredi 27 novembre 2019

Italie — Nouveau nadir démographique

La natalité connaît une nouvelle baisse en 2018. En témoigne le dernier rapport de l’Institut de la statistique italien (Istat) qui passe les naissances de l’année dernière à la loupe, jusqu’aux prénoms les plus diffusés selon la communauté d’origine des parents.

Ce n’est plus une surprise, l’Italie est un pays qui vieillit. C’est encore le cas en 2018 selon le dernier rapport de l’Istat « Natalité et fécondité de la population résidente ».

L’Istat a dénombré 439 747 naissances l’année dernière, soit 18 000 de moins qu’en 2017 et près de 140 000 de moins qu’il y a 10 ans. Parmi elles, 1 enfant sur 5 est né de parents étrangers au nord du pays (Roumains et Marocains en tête).

La plupart des naissances concernent des fratries qui s’agrandissent. Le nombre de premières naissances au sein des familles se réduit en effet d’année en année. Elles étaient 204 883 en 2018, soit près de 80 000 en moins qu’en 2008.

Le nombre d’enfants par femme baisse lui aussi : les Italiennes en ont 1,29, contre 1,59 au Québec (1,5 pour les francophones au Québec) et 1,87 en France selon l’Insee.

L’allongement des études et les effets de la crise économique impactent également les naissances. Les femmes font leur premier enfant plus tard, à 31,8 ans en moyenne en 2018, soit trois ans de plus qu’en 1995.

PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DÉMOGRAPHIQUES

Années 2008, 2010, 2012 et 2014-2018


2008
2010
2012
2014
2015
2016
2017
 2018
Total naissances
576 659
561 944
534 186
502 596
485 780
473 438
458 151
439 747
Premiers enfants
283 922
274 750
262 836
244 646
230 778
227 412
214 267
204 883
Nés d’au moins un parent étranger
96 442
104 773
107 339
104 056
100 766
100 363
99 211
96 578
Nés de parents étrangers
72 472
78 082
79 894
75 067
72 096
69 379
67. 933
65 444
Nés de couples italiens
480 217
457 171
426 847
398 540
385 014
373 075
358 940
343 169
Nés hors mariage
112 849
123 420
132 379
138 680
139 611
141 757
141 608
141 979
Nés hors mariage (%)
19,6
22,0
24,8
27,6
28,7
29,9
30,9
32,3
Taux de fécondité
1,45
1,46
1,42
1,37
1,35
1,34
1,32
1,29
Âge moyen des mères à l’accouchement 
31,1
31,3
31,4
31,5
31,7
31,8
31,9
32,0
Taux de fécondité des femmes italiennes
1,34
1,34
1,29
1,29
1,27
1,26
1,24
1,21
Âge moyen des Italiennes à l’accouchement
31,7
31,9
32,0
32,1
32,3
32,4
32,5
32,5
Taux de fécondité des étrangères
2,65
2,43
2,37
1,97
1,94
1,97
1,98
1,94
Âge moyen des étrangères à l’accouchement
27,5
28,1
28,4
28,6
28,7
28,7
28,9
29,0

Une naissance sur trois hors mariage

Dans un contexte de diminution des naissances, les naissances hors mariage augmentent de plus de 29 000 par rapport à 2008 pour atteindre 141 979 enfants nés de parents non mariés en 2018. Leur poids relatif ne cesse de croître (32,3 % en 2018).

La Toscane se distingue avec 40,8 % de naissances hors mariage, tandis que dans le Nord-Est, la proportion la plus élevée est enregistrée à Bolzano près de l’Autriche avec 46,5 % de naissances hors mariage (la valeur la plus élevée au niveau national). Dans l’Italie méridionale, seuls 25,8 % des naissances sont hors mariage, les pourcentages les plus faibles étant ceux de la Basilicate (20,7 %) et de la Calabre (21,1 %).

Le nombre de naissances hors mariage quand les deux parents sont italiens est de 34,7 %. Le taux de naissance hors mariage est plus élevé dans le cas des couples mixtes si le père est étranger (36,6 %) ; alors que quand la mère est étrangère, la proportion est plus faible (27,2 %). C’est lorsque les deux parents sont étrangers que le taux est le plus bas avec 16,8 % de naissances hors mariage.

La contribution des étrangers à la natalité diminue

De 2012 à 2018, le nombre de naissances dont au moins un parent est étranger a diminué pour se fixer à 96 578, soit 22 % du total des naissances. Il s’agit d’une diminution de près de 11 000 naissances sur cette période et d’une réduction de plus de 2 600 unités au cours de la seule année 2018. Cette baisse est presque exclusivement attribuable à ceux nés des deux parents étrangers : ils sont tombés sous la barre de 70 000 pour la première fois en 2016 (69 379). Ces naissances se situent en 2018 à 65 444 (14,9 % du total des naissances), soit une baisse de près de 2 500 par rapport à 2017.

Les étrangers résidents, qui ont jusqu’à présent partiellement comblé le « manque » de la population féminine que l’on peut voir dans la structure d’âge des femmes italiennes, sont à leur tour rentrés dans une phase de « vieillissement » : la part des étrangers de 35-49 ans parmi le nombre total de citoyens étrangers est passée de 42,7 % au 1er janvier 2008 à 52,7 % au 1er janvier 2019.

Cette transformation est une conséquence de la dynamique migratoire de la dernière décennie. Les grandes régularisations de 2002 ont donné lieu, dans les années 2003-2004, à l’octroi d’environ 650 000 permis de séjour, largement traduits par un « boom » des inscriptions dans le registre des étrangers (plus de 1,1 million au total), qui a doublé la migration nette par rapport aux deux années précédentes.

Les femmes sans enfants augmentent de génération en génération

Au niveau national, la proportion de femmes sans enfants augmente constamment d’une génération à l’autre. Pour celles nées en 1978, à la fin de leur cycle de reproduction, ce taux aura doublé (22,5 %) par rapport à ce taux pour les femmes nées en 1950 (11,1 %).

Roumains et Chinois choisissent souvent des prénoms italiens

Francesco perd sa place de prénom préféré des Italiens, qu’il s’arrogeait depuis 2001. Il descend à la deuxième marche du podium, juste derrière Leonardo, alors qu’Alessandro devient le 3e prénom le plus donné en Italie. Côté filles, les prénoms les plus diffusés en 2018 sont Sofia, Giulia et Aurora.

Les Italiens ne cherchent pas l’originalité à tout prix : les 30 prénoms les plus donnés couvrent quasiment 45 % de l’ensemble des prénoms attribués.

Les préférences des parents étrangers dans le choix des prénoms diffèrent selon la citoyenneté. La tendance à choisir un prénom italien pour leurs enfants est plus prononcée pour les communautés roumaine et chinoise. Ainsi, il est courant que les enfants roumains s’appellent Luca, Matteo ou Leonardo, mais aussi David et Gabriel ; les noms des filles roumaines sont Sofia, Sofia Maria, Emma, ​​Giulia et Maria.

Les enfants chinois s’appellent principalement Lonardo, Matteo, Leo et Andrea, mais aussi Kevin. Les noms des filles chinoises sont Emma, ​​Emily, Sofia, Gioia et Angela. Les enfants albanais inscrits au registre des naissances sont plus fréquemment appelés Aron, Noel et Liam, mais aussi Mattia et Matteo ; le prénom le plus courant chez les filles est Aurora, suivi d’Amelia, Emily, Emma et Noemi.

Un comportement opposé est observé chez les parents marocains, qui préfèrent pour leurs enfants des noms liés aux traditions de leur pays d’origine: notamment Amir, Adam, Rayan, Youssef et Imran et pour les enfants, Amira, Sara, Jannat, Nour et Malak pour les filles.


Économie — Éloge de l'inégalité : un livre qui commence bien puis tombe dans les clichés des années 80

Chronique d’Éric Zemmour sur le dernier ouvrage de Jean-Philippe Delsol, Éloge de l’inégalité, paru aux éditions Manitoba. 


Tout avait bien commencé. Le titre claquait comme une provocation stimulante. L’éloge de l’inégalité s’avouait en clin d’œil à l’éloge de la folie d’Érasme. Dès les premières pages, Jean-Philippe Delsol nuançait finement son approche : « L’égalité et l’inégalité peuvent toutes deux être bonnes ou perverses (…) C’est le dévoiement de l’égalité qui oblige à faire l’éloge de l’inégalité avec la mesure qui y sied. » Il s’attaquait avec une audace tranquille aux totems et tabous égalitaristes d’aujourd’hui, droits animaux, transhumanisme, conformisme, transparence ; il osait même déconstruire habilement la religion de notre époque, l’égalité entre hommes et femmes. Il démolissait avec une jubilation contagieuse les équations absconses et fausses de Piketty. Les références historiques s’accumulaient avec élégance, on passait de la Grèce antique aux Lumières. Sans oublier la phrase de Chateaubriand rituellement citée : « Les Français vont instinctivement au pouvoir ; ils n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur idole. Or, l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. »

Et puis, tout s’est détraqué peu à peu. L’avocat fiscaliste a percé sous l’érudit ; et l’Europe (l’auteur est le président d’un réseau pensant européen) a submergé la France. Delsol opposait Voltaire et Rousseau, 1789 et 1793, dans un manichéisme libéral daté, sans voir que l’égalité rousseauiste ne va pas sans un patriotisme exigeant, et que la Terreur est présente dès le 14 juillet 1789. Notre auteur ne peut s’empêcher de dénoncer l’égalité française, sous-produit de l’envie et de la jalousie, et d’exalter la liberté américaine, qui admire la réussite — ce qui expliquerait les destins divergents de nos deux Révolutions — alors qu’Hannah Arendt a reconnu elle-même que l’égalitarisme farouche de Robespierre et des siens venait de leur découverte de la misère des masses de l’époque, tandis que les élites américaines dirigeaient un immense pays de cocagne, où tous pouvaient prospérer, à l’exception des esclaves noirs dont ils ne se souciaient guère. Et quand elles s’en sont enfin souciées, cela a donné une guerre terrible…

On croit lire les ouvrages des années 1980 de Cohen-Tanugi qui nous vantaient le modèle inégalitaire américain, régenté par l’État de droit, bien supérieur à notre État colbertiste et niveleur. Sauf que depuis lors, des décennies ont passé et on a vu. Delsol ne peut plus nous vanter les mérites du « ruissellement » des riches vers les pauvres et pourtant il le fait ! Il ne peut plus faire l’éloge du libre-échange comme seule condition de la croissance économique. On a envie de lui rappeler que la Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, l’Allemagne et les États-Unis au XIXe siècle, la France à la fin de ce même XIXe, jusqu’au Japon dans les années 1950 et la Chine au début du XXIe siècle, se sont développés parce qu’elles se protégeaient à l’abri de droits de douane élevés. Notre auteur s’empêtre alors dans un tissu inextricable de contradictions : il vante la « common decency » d’Orwell (mode de vie décent et digne des gens modestes) tout en nous disant le plus grand bien du « ruissellement ». Il cite longuement la belle tirade de Péguy sur le travail bien fait des ouvriers de l’ancien temps, que la révolution industrielle a tué, tout en exaltant celle-ci. Il nous ressert la légende des inventeurs de la Silicon Valley, au fond de leur garage, en oubliant que, selon le bon mot cité souvent à Washington, leur garage était installé sur le porte-avions de l’armée américaine. Il ose même prétendre que la condition des ouvriers dans les usines du XIXe siècle était meilleure que celle des paysans à la même époque. En visite à Londres, en 1820, Stendhal notait pourtant : « Le travail exorbitant et accablant de l’ouvrier anglais nous venge de Waterloo et de quatre coalitions. » [Financées par l’Angleterre pour mener la guerre à la France à l’époque napoléonienne pour « maintenir l’équilibre européen », comprendre empêcher l’apparition d’un rival continental à l’Angleterre.] Pour Delsol, c’est la redistribution sociale d’après-guerre qui a fini par tuer la croissance dans les pays européens, alors que c’est le système de sécurité sociale qui est une des causes de la croissance des Trente glorieuses ; et que les travaux du Prix Nobel d’économie, Maurice Allais, ont démontré que c’est l’ouverture excessive de nos économies, à partir des années 1970, qui avait causé la baisse de la croissance et la montée du chômage.

D’ailleurs, au détour d’une phrase, notre auteur reconnaît à demi-mot que « la mondialisation a entraîné la stagnation des salaires des non-qualifiés aux États-Unis et le chômage en France » et que « les trop grandes inégalités peuvent générer des incompréhensions immenses et dangereuses ».

Mais tout à sa dénonciation légitime de l’égalitarisme, Delsol ne voit pas que c’est son cher marché mondialisé qui éradique les différences et nous transforme en ces consommateurs sans racines qu’il déteste ; que c’est son « État de droit » tant respecté qui, transformé depuis bien longtemps en gouvernement des juges par une gauche habile, impose la société diversitaire et féministe qu’il dénonce. Il en est resté au monde tocquevillien qui craint la dictature des majorités et organise le respect des minorités, sans voir que nous vivons aujourd’hui sous la tyrannie des minorités.

Sa conclusion est séduisante et même touchante : Delsol nous dit qu’au-delà d’une légitime égalité des chances, l’égalité doit se réfugier sous l’aile bienfaisante et protectrice de l’amour : « L’amour donne et son don n’est pas mépris, il égalise sans heurter celui qui reçoit ; il fait communier, être ensemble, celui qui donne et celui qui reçoit, ce qui est peut-être le summum de l’égalité ». Les lecteurs du Figaro qui me font l’honneur de suivre régulièrement cette chronique se souviennent sans doute du livre Éros Capital de François De Smet (éd. Climats), qui décrivait avec une grande finesse ce qu’il appelait « l’échange économico-sexuel ». Dans cet ouvrage iconoclaste, notre auteur raillait un Occident qui avait imposé le règne de l’argent et de l’inégalité dans tous les domaines et qui, par compensation, avait forgé le mythe de l’amour pur de tout rapport de force et de tout intérêt, alors que les autres civilisations n’ignoraient nullement, elles, que ce mythe occidental était nul et non avenu. Faire pour l’amour, l’éloge de l’inégalité, voilà ce qui aurait été vraiment audacieux !

Un éloge de l’inégalité iconoclaste et audacieux. Dommage qu’il tourne vite à un éloge du libéralisme plus traditionnel, voire contre-productif.


ÉLOGE DE L’INÉGALITÉ
de Jean-Philippe Delsol,
aux éditions Manitoba,
206 pp.,
19,50 €.

Suisse — Enfants privés de chants religieux à l'école

Afin de ne pas froisser les autres communautés religieuses, la direction d’un établissement scolaire a décidé d’effacer des chants de Noël de son répertoire.

À l’approche du spectacle de fin d’année, que les élèves présenteront à leurs familles le 20 décembre prochain, la direction d’une école primaire de Wil (canton de Saint-Gall) a pris une décision qui a étonné ses enseignants. Ces derniers ont été informés il y a quelques jours que trois chants de l’Avent ne seraient plus présentés « par respect pour les autres cultures et religions. »


Les textes supprimés, célébrant la naissance du petit Jésus, se trouvent dans le livre de chants officiels des écoles du canton de Saint-Gall : « Go Tell It on the Mountain » [Va le dire sur la montagne], « Fröhliche Weihnacht überall » [Joyeux Noël partout] et « S’gröschte Gschänk » [Le plus grand cadeau].
 

Des pères échaudés

Selon un F.*, un enseignant souhaitant garder l’anonymat, cette décision intervient après plusieurs incidents ayant eu lieu les années précédentes. Il y a deux ans, un père s’était levé pendant le concert, se plaignant du choix des chansons. Selon lui, les textes s’adressaient davantage aux chrétiens qu’aux musulmans. Un autre spectateur, de confession non musulmane, avait également perturbé le concert de l’année dernière pour évoquer le même « problème ». « Cette décision a été probablement prise, car un nouveau directeur vient d’être nommé. Il souhaite sûrement commencer sa carrière d’un bon pied », continue F*.


« Un programme davantage équilibré »

Le responsable de l’éducation de la ville, Tobias Mattes, a également validé cette décision. « Nous planifions la fête en équipe. Il y a aussi beaucoup de discussions sur la façon dont nous pouvons tous nous impliquer. Le programme devrait davantage être équilibré ».

Incompréhension du côté d’organisations islamiques

Contacté par 20 Minuten, Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques de Suisse, encourage les écoles à ne rien changer à leurs habitudes : « De notre point de vue, il est très regrettable que dans un pays chrétien, il n’y ait plus de chants de cette confession. »

Selon lui, la décision de la direction de l’école témoigne de l’ignorance de l’Islam, car dans de nombreux pays à majorité musulmane, les magasins sont décorés avec des trucs de Noël afin de satisfaire leurs clients chrétiens.


mardi 26 novembre 2019

Certificats de francisation de complaisance émis par des établissements anglophones du Québec ?

De forts soupçons de fraudes dans le programme de l’expérience québécoise (PEQ) ont conduit à une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). « L’intégrité » du système d’immigration économique du Québec serait menacée, selon le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Au cours des dernières années, de supposés « documents faux ou trompeurs » ont été répertoriés par le MIFI. Ce dernier a évoqué ces allégations dans des rapports et notes qui ont été déposés dans le cadre d’une affaire judiciaire concernant le ministère de l’Immigration.

Ces fameux « documents » mis de l’avant sont en réalité des attestations qui permettaient à des étudiants étrangers de postuler au Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qu’a voulu récemment réformer le ministre Simon Jolin-Barrette.

Elles servaient à prouver leur connaissance avancée du français, une des conditions nécessaires pour bénéficier de cette voie rapide vers l’immigration permanente.

Concrètement, des centaines de personnes, au minimum, ont affirmé connaître la langue française, par l’intermédiaire d’un cours suivi au Québec. Mais selon le ministère de l’Immigration, la réalité était tout autre.

Le ministre Jolin-Barrette, qui s’est entretenu avec Radio-Canada sur ce sujet, reconnaît officiellement une « situation problématique » qui menace « l’intégrité » de ce programme. Il promet « d’agir » dans les prochaines semaines.

Des signalements dès 2016

Dès 2016 on retrouve la trace des premiers soupçons.

Des fonctionnaires du ministère de l’Immigration, en contact téléphonique avec des candidats au PEQ pour des questions administratives, s’aperçoivent que leur interlocuteur, dans certains cas, ne parle pas, ou peu, français alors qu’une des conditions d’accès au PEQ est précisément de pouvoir parler français.

Les doutes augmentent sensiblement avec la réception d’informations provenant des forces de l’ordre.

Dès septembre 2016, l’UPAC prévient le MIFI et décide d’ouvrir une enquête. Des « dénonciations » et des « signalements » arrivent alors aux oreilles ministérielles.

Ces différents éléments sont également mentionnés dans un mémoire du ministre Jolin-Barrette, présenté au Conseil des ministres le 17 septembre dernier, qu’a pu consulter Radio-Canada. Dans ce texte, le député de Borduas y évoque l’ensemble des mesures d’immigration qu’il compte officialiser quelques semaines plus tard.

Sept candidats interrogés sur dix ne parlent pas ou peu français

À la suite de ces avertissements policiers, dans le but de « s’assurer de l’intégrité du PEQ », le MIFI a convoqué 1301 personnes en entrevue entre le 22 novembre 2016 et le 8 mai 2019, afin de « vérifier le niveau de compétence en français en production orale ». Résultat : « Plus de 68 % des candidats rencontrés n’ont pas démontré le niveau de compétences en français à l’oral requis au PEQ et n’ont donc pas été sélectionnés », selon ce rapport du ministre Jolin-Barrette.

Des Chinois et des Indiens visés

Selon des notes internes produites par le ministère de l’Immigration, la « majorité » des étudiants étrangers n’ayant pas le niveau requis en français, malgré une attestation disant pourtant le contraire, proviennent de Chine et d’Inde. Plusieurs sources confidentielles ont rapporté ces mêmes allégations.

Après avoir vu leur dossier refusé, une cinquantaine de ressortissants étrangers ont contesté cette décision devant les tribunaux. Ils ont notamment dénoncé le procédé utilisé par le gouvernement, qui les aurait convoqués sans les informer d’un test oral de français à venir. Habituellement, aucune entrevue n’est prévue dans le cadre du PEQ.

Pour justifier ces pratiques, une responsable du ministère, qui occupait le poste de coordonnatrice du PEQ, a mis de l’avant les soupçons policiers. Son témoignage figure dans les documents déposés dans cette procédure judiciaire.

« L’UPAC nous a dit : “Il y a des voies de contournement, il y a probablement de la fraude dans vos dossiers” », a-t-elle déclaré, dans le cadre d’un interrogatoire réalisé à la fin de 2017.

Au dire de cette employée du MIFI, une première série d’entrevues a démontré à la fin de 2016 que « 95 % » des candidats « n’avaient pas le niveau demandé ». Un interprète français-mandarin-cantonais a même été requis à plusieurs reprises, est-il précisé dans une autre note présentée devant la justice.

Dans un jugement publié en décembre 2018, la Cour supérieure a finalement tranché en faveur des plaignants, en expliquant notamment que « le procédé utilisé par le ministère » ne serait pas adéquat en fonction des règles en vigueur.

Le MIFI a porté cette décision en appel et aucun autre jugement n’a encore été rendu.

Des établissements anglophones cités

Des agents frontaliers, au poste canado-américain de Saint-Bernard-de-Lacolle, ont eux aussi averti le MIFI, après s’être retrouvés face à des candidats à l’immigration ne parlant pas français.

Selon l’interrogatoire de cette responsable du MIFI, des « voyages organisés » ont même été menés à cette frontière pour faire « le tour du poteau ». Cette pratique consiste à sortir du territoire canadien, avant d’y rentrer immédiatement, afin de valider un nouveau visa.
Les agents des services frontaliers doivent poser des questions aux candidats avant de leur délivrer un document, et ils pouvaient constater à ce moment-là que les candidats ne parlaient pas français, n’étaient pas en mesure de répondre à des questions de base en français.

Extrait de l’interrogatoire d’une responsable du MIFI, le 27 novembre 2017

Les rapports déposés par le MIFI dans le cadre de cette procédure judiciaire entre le ministère et des candidats à l’immigration citent différents établissements scolaires, principalement anglophones, qui ont accueilli des étudiants étrangers ayant postulé au PEQ. En revanche, aucune mention concernant leur implication ou non dans ce dossier n’y est faite.

Toujours selon les documents produits en cour, des « écarts significatifs entre l’attestation délivrée et la capacité réelle des élèves » concernant leur maîtrise de la langue française sont indiqués dans une note datée d’avril 2017, avec des candidats provenant des commissions scolaires English-Montréal, qui a été mise sous tutelle début novembre, Lester-B.-Pearson et New Frontiers.

Le Collège Matrix, à Montréal, et le Cégep de la Gaspésie et des Îles sont également cités dans un autre rapport déposé en cour, dont l’objet fait part de « stratagèmes menaçant l’intégrité » de plusieurs programmes d’immigration du Québec.

Il y est entre autres question de « dénonciations d’agences d’enquête officielles » visant la « véracité » des « attestations de réussite scolaire », mais aussi de la « fréquentation scolaire des étudiants étrangers inscrits dans ces établissements » et de « l’authenticité des compétences acquises par les candidats ».

Il est difficile de déterminer un nombre précis de dossiers touchés par ces soupçons. Au total, entre 2016 et 2018, 1807 personnes ont utilisé ce type d’attestation pour postuler au PEQ, un nombre en nette diminution au fil du temps.

1204 diplômés avec une attestation de réussite d’un cours de français intermédiaire avancé en 2016
417 en 2017
186 en 2018

Par l’intermédiaire du PEQ, près de 40 000 personnes ont pu immigrer au Québec depuis 2016.


Source : la SRC

Cygne des temps — Cambridge ôte tableau giboyeux qui dérangeait des végétariens

La célèbre université britannique a retiré une peinture flamande du XVIIe siècle qui vexait des élèves véganes.

Des élèves végétariens ont prétendu que l’œuvre, installée dans le réfectoire, leur faisait perdre l’appétit. Copie du milieu du XVIIe siècle en provenance de l’atelier de l’artiste anversois Frans Snyders, le tableau représente un étal de gibiers où sont exposés un sanglier, un cerf, des poules en cage et des gibiers à plumes pendus à des crochets. Il était prêté à l’université par le musée Fitzwilliam.

Le tableau de Frans Snyders — Étal de gibiers

En retirant cette peinture, Cambridge a souhaité fait preuve de « sensibilité » pour ceux qui « n’aiment pas manger de la viande », selon une source proche du musée citée par le Washington Post. S’il n’y a pas eu de « situation agitée », l’université a simplement estimé que ce n’était « pas le tableau le plus approprié » pour le lieu. « Certains élèves se seraient sentis incapables de manger parce qu’il était accroché au mur. Les gens qui ne mangent pas de viande le trouveraient répugnant. Ils ont demandé à ce qu’il soit décroché », raconte un porte-parole du musée au Daily Telegraph. On ne sait pas si la vue insupportable de viande dans les assiettes de commensaux ne va pas mener à la suppression de la viande des menus du réfectoire.

La toile alors encore installée dans le réfectoire

Ce n’est pas la première fois qu’une université britannique prend une telle décision. Plus tôt dans l’année, le Goldsmiths College a annoncé qu’il supprimait la vente de tous les produits à base de bœuf, en réponse à un appel lancé par des étudiants pour lutter contre le réchauffement climatique. Un an auparavant, le Pembroke College, à Cambridge, avait annoncé qu’il réviserait ses menus quand des étudiants ont reproché que les plats de « cuisine du monde » étaient une « appropriation culturelle » offensante…



Le Canada vu de loin : un pays avec un singulier manque d'adultes

Barbara Kay dans le National Post a demandé à Douglas Murray s’il suivait de près les incidents plus flagrants au Canada dans le cadre de la culture de l’annulation de la dissidence.

Oui, tout à fait ! Et il avait un conseil incisif pour nous. « Vu de l’extérieur, le Canada n’a pas l’air d’aller bien pour le moment. Le Canada est la source de plusieurs scandales politiquement corrects et cela de façon disproportionnée par rapport à  votre population.

Vu de loin, on a l’impression qu’il y a un manque d’adultes au Canada. Un sérieux manque d’adultes. Qui diable avait jamais entendu parler de l’Université Wilfrid Laurier ? C’est une université de troisième ordre selon les normes canadiennes, sans parler des normes internationales. Maintenant, tout le monde connaît l’Université Wilfrid Laurier à cause du manque d’adultes sur le campus et du fait qu’ils y pratiquaient l’intimidation (politiquement correcte contre Lindsay Shepherd). […]

Et à quoi se résume l’histoire de Meghan Murphy (ci-contre) vu de l’étranger ? Il semble que les activistes trans détestent les femmes — les détestent — ne peuvent pas les supporter — trouvent les femmes dégoûtantes. Voilà ce qui se passe pour nous. Nous voyons des femmes nées femmes se faire intimider. Cela ne ressemble pas à de la justice sociale. Cela ressemble au militantisme, à la pression d’une foule militante, contre les femmes. Le Canada peut-il protéger les femmes ? Le Canada souhaite-t-il protéger les femmes ? Ce sont de bonnes questions qu’il faut que votre société. se pose »

 
Voir aussi

L’assistante intimidée par l’université Wilfrid Laurier ne croit pas en la sincérité des excuses de l’université (M-à-j)

Douglas Murray : « On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes »

Résumé de certains incidents liés à Meghan Murphy.

Meghan Murphy a contribué en tant qu’éditrice et rédactrice au site progressiste rabble.ca de 2011 à 2016. En octobre 2016, elle a quitté cet emploi après qu’un de ses articles — critiquant le langage utilisé par Planned Parenthood qui parlaient des femmes comme des « menstruatrices » — avait été retiré sans en l’informer. Le rédacteur en chef Michael Stewart avait alors estimé qu’elle avait utilisé un langage transphobe et qu’elle était allée à l’encontre de la politique journalistique de Rabble. Dans un courriel adressé à Murphy, l’éditeur de Rabble, Kim Elliott, a déclaré que « l’article niait l’identité sexospécifique des hommes [sic] trans qui ont leurs règles en laissant sous-entendre que si une personne a des ovaires et un utérus, elle demeure en vertu de ces marqueurs biologiques, une femme ».

À la fin de 2018, Twitter a modifié sa politique en matière de « conduite haineuse » et de harcèlement pour interdire officiellement d’appeler intentionnellement une personne trans en utilisant les mauvais pronoms ou en utilisant leurs noms antérieurs à leur « transition ». À partir d’août 2018, Mme Murphy a déclaré que son compte Twitter avait été verrouillé plus d’une fois après avoir tweeté sur des questions touchant les femmes transgenres. Twitter a suspendu définitivement le compte de Murphy à la fin de novembre 2018, après qu’elle ait qualifié de « lui » un homme trans qui se dit femme. Le 11 février 2019, Murphy a déposé une poursuite contre Twitter en réponse à son interdiction. La poursuite a été rejetée au début de juin, mais Murphy a déclaré qu’elle avait l’intention de faire appel.

À la fin octobre, des dizaines de militants LGBTQ ont bruyamment manifesté mardi soir à l’extérieur d’une bibliothèque publique à Toronto où Meghan Murphy donnait une conférence. Une centaine de personnes, majoritairement des femmes, ont assisté à la conférence malgré la foule intimidante à l’entrée de la bibliothèque. À la sortie du bâtiment, les personnes venues écouter Meghan Murphy étaient prises à partie par la foule militante.

On notera que l’article de Radio-Canada (1 milliard de vos impôts par an) qui relate cet incident à Toronto décrit perfidement Meghan Murphy comme une « féministe autoproclamée refusant de reconnaître les personnes trans ». On ne sait ce qui permet à la SRC d’ajouter ce mesquin « autoproclamée » et de caricaturer à ce point l’opinion de Mlle Murphy sur les trans. Rappelons que Mlle Murphy a entamé ses études en 2004 à l’Université Simon Fraser (SFU) et qu'en 2010 elle a obtenu un baccalauréat en études des femmes. En 2012, elle a complété une maîtrise en genre, sexualité et études féminines, également à la SFU. Elle a également fondé « Feminist Current » un site qui se présentant comme le « site Web féministe le plus important au Canada », sa mission est de fournir une perspective unique sur la violence masculine envers les femmes, la culture pop, la politique, l’actualité, la sexualité, le genre et bien d’autres. Celles-ci sont souvent sous-représentées ou mal représentées par les médias traditionnels, progressistes et féministes ».





« On dresse les gays contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes »

Douglas Murray
Figaro Magazine — Les recherches sur le genre ou l’identité ethnique fleurissent à l’université. Mais le titre de votre livre est « La Grande Déraison » : voulez-vous dire par là que l’obsession pour ces thèmes s’est répandue dans toute la société ? Et de quelle manière ?

Douglas Murray — Oui, je retrace en résumé l’irruption de ces sujets à tous les niveaux de la société. Ce sont surtout les universités américaines qui ont absorbé une partie du corpus philosophique de la « French Theory » (essentiellement les thèses de Michel Foucault). Elles la font passer pour une discipline universitaire, qui doit attirer sans cesse de nouveaux étudiants, et avec eux, des sommes importantes d’argent : c’est un véritable système de Ponzi. D’autant que si leur prestige universitaire est certain, leur pensée demeure largement incompréhensible. Leur usage peut devenir transdisciplinaire : on a ainsi vu se développer au cours des dernières décennies des « études » de toutes sortes : « black studies », « queer studies », etc. Et comme ces domaines de recherche factices s’auto-alimentent, puisque ceux qui en sont diplômés ont ensuite des postes au sein de ces mêmes universités, les théories postmodernes de la déconstruction ont peu à peu irrigué tout le reste de la culture. On en fait même aujourd’hui des armes politiques, au travers de concepts comme la justice sociale, les politiques identitaires ou « l’intersectionnalité » — le mot le plus laid que notre époque ait inventé !

Quelles critiques formulez-vous à l’égard du concept d’« intersectionnalité » ?

C’est une idée vaine, contradictoire, et qui n’est sous-tendue par aucun fondement philosophique sérieux, aucun écrit notable. J’ai été stupéfait de constater la pauvreté intellectuelle de cette notion. Des universitaires comme Peggy McIntosh ont rédigé des textes « fondateurs » qui ne consistent en réalité qu’en une longue énumération de pétitions de principe et de revendications ; puis ce système de pensée a été enseigné aux élèves du monde entier et s’est propagé dans les entreprises. Le monde ne fonctionne pas de la manière que décrivent les intersectionnalistes. Ne leur déplaise, n’en déplaise à Michel Foucault lui-même, le « pouvoir » n’est pas l’explication première et universelle de tous les phénomènes sociaux. Le postulat principal de l’intersectionnalité, à savoir que toutes les oppressions se rejoignent et font système, et que, par conséquent, elles doivent être combattues ensemble, est absurde. Par exemple, si vous combattez la transphobie, vous ne mettrez pas un terme au patriarcat, et il est fascinant de voir à quel point le combat pour les droits des personnes transsexuelles va à l’encontre des principaux acquis du féminisme. On réalise même peu à peu que les trans remettent en cause certains des droits conquis par les mouvements homosexuels.

Selon vous, ces luttes pour la justice sociale ont pris la place des grands récits narratifs qui servaient autrefois à « expliquer le sens de nos existences »…

En effet, car nos grands récits communs, politiques ou religieux se sont tous effondrés. Il fallait trouver du sens ailleurs : nous étions donc prédisposés à écouter l’enseignement des nouveaux prophètes qui viennent à présent expliquer que le but de nos vies est de nous battre pour la « justice sociale » et de lutter pour accorder sans cesse de nouveaux droits à des minorités de plus en plus groupusculaires…

Pourquoi la crise de 2008 a-t-elle accéléré la diffusion de ces nouvelles luttes ?

Fragilisées par la crise [les salaires qui stagnent en Occident, la dette étudiante aux États-Unis], les jeunes générations se sont inévitablement détournées du capitalisme, et le succès de systèmes de pensée prétendant pouvoir mettre fin à toutes les injustices du monde était prévisible : lorsque l’économie est en mauvaise santé, les sociétés sont davantage à la merci d’idéologies néfastes, leur système immunitaire est défaillant. Les théories qui sous-tendent le mouvement que j’analyse étaient en gestation depuis les années 1970 ou 1980, mais elles ne sont devenues dominantes qu’au cours de la dernière décennie. Et désormais, les groupes concernés ne se battent plus seulement pour leurs droits, mais instrumentalisent les individus les uns contre les autres à des fins politiques : on dresse ainsi les homosexuels contre les hétéros, les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, ou les trans contre le monde entier.

Pourquoi avoir choisi d’étudier ensemble ces identités qui n’ont en apparence rien à voir (ethniques, sexuelles…) ?

Je suis frappé de voir à quel point ces thèmes dominent aujourd’hui le débat, et plus seulement à l’université ou dans la Silicon Valley. Dans l’entreprise ou l’administration, on recrute davantage en fonction de l’identité du candidat que pour les compétences professionnelles. On ne se demande plus qui exercera au mieux telle ou telle responsabilité, mais qui présente sur son profil les bonnes caractéristiques, de sorte que l’on ait l’air de coller au mieux aux dernières exigences diversitaires en vigueur. Que les choses soient bien claires : je suis favorable à l’égalité des droits. Mais les partisans des politiques identitaires ne s’arrêtent pas à l’égalité. Les minorités qui estiment avoir été victimes de discriminations entendent aujourd’hui obtenir réparation et exigent plus de droits que les autres groupes, au moins pour un temps. Notre culture ne fait plus des homosexuels (comme moi) des gens normaux, mais des individus meilleurs que les autres… Et malheureusement, sans vouloir nier l’existence du racisme dans l’Histoire, on voit se répandre l’idée qu’un Blanc a moins de valeur qu’un Noir. Par conséquent, les Blancs doivent « prendre conscience de leur privilège blanc », pour reprendre le vocabulaire des campus américains. On sent là comme un parfum de vengeance… Or, je suis favorable à l’égalité, pas à la revanche.

« La guerre a déjà été gagnée », écrivez-vous : quel est donc ce « syndrome de saint Georges » auquel vous faites allusion pour qualifier les luttes identitaires ?

C’est une expression qu’emploie le philosophe australien Kenneth Minogue, qui est décédé récemment, mais que j’ai eu la chance de connaître. Dans son livre The Liberal Mind (1961), il compare le libéralisme moderne au chevalier saint Georges après sa victoire sur le dragon : le héros ne se contente pas de son exploit, il part errer à travers la lande à la recherche d’un nouvel ennemi à pourfendre. Cette image est encore plus appropriée aujourd’hui : faute d’autres dragons, le chevalier part abattre la moindre petite bête qui croise sa route, et, dépité, finit par lancer son épée dans les airs. Si certains caricaturent nos sociétés occidentales comme étant profondément racistes, homophobes ou iniques, c’est qu’ils aimeraient connaître la même gloire que leurs prédécesseurs qui ont combattu avant eux d’autres formes d’oppression. Ils veulent leur propre dragon, pour trouver un sens à leur vie. Le paradoxe, c’est qu’alors même que nos sociétés n’ont jamais été aussi justes qu’aujourd’hui, on les décrit comme plus oppressives que jamais.

Au risque de voir reculer certains droits acquis ?

Oui. Ceux qui n’appartiennent pas aux minorités ne supporteront pas longtemps d’être ainsi humiliés et insultés. Le racisme antiblanc commence déjà à exaspérer de nombreux Occidentaux. Le féminisme actuel est si virulent à l’égard des hommes qu’il risque de générer, par retour de bâton, un recul du droit des femmes. Et je crois qu’il en va de même pour le mouvement LGBT : à force de voir des médias homosexuels promouvoir des drag-queens âgées de 10 ans seulement, ou répéter à longueur de journée que l’on peut être non binaire, leurs droits aussi seront peut-être un jour remis en question.

En quoi les réseaux sociaux aggravent-ils, selon vous, les conflits identitaires ?

Le modèle économique sur lequel se fondent les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook suppose que les gens se « corrigent » les uns les autres. Les plateformes encouragent la démoralisation de la société ; pire encore, elles ont politisé leurs algorithmes : j’ai été atterré de découvrir, en me rendant dans la Silicon Valley au cours de mes travaux, que des entreprises comme Google faussent délibérément les résultats des recherches des internautes pour orienter leur opinion, au point de déformer la lecture du présent et même la compréhension de l’Histoire… La Silicon Valley est l’endroit au monde où le gauchisme a le plus triomphé : ces firmes sont convaincues que nos sociétés sont racistes ou sexistes, et qu’il faut les guérir. Et, lentement mais sûrement, elles travaillent à vouloir changer le monde.

Pour pallier le risque de voir se renforcer les tensions sociales, vous recommandez de « dépolitiser » nos existences. Que voulez-vous dire par là ?

Je reconnais que c’est une préconisation contre-intuitive, et qui va surtout à l’encontre de l’esprit de l’époque : on ne cesse d’exhorter les plus jeunes à politiser chaque parcelle de leur vie. Je suis pour ma part déterminé à conduire mes lecteurs, et en particulier mes nombreux jeunes lecteurs, à ramer à contre-courant. Certes, la politique est une chose importante, mais elle n’épuise pas tout le sens de la vie humaine, et d’ailleurs de très nombreuses personnalités politiques diront la même chose que moi ! Surtout, lorsque l’on politise absolument tout, y compris la culture ou les relations entre les hommes et les femmes, alors on s’enferme dans une guerre de tous contre tous — et c’est un jeu à somme nulle.

Il faut sortir de cet abîme ! Les générations présentes sont les plus chanceuses de l’histoire humaine : nous avons un accès infini à l’information, grâce auquel nous pouvons communier à toutes les découvertes du monde, à condition d’être un tant soit peu astucieux et d’avoir une connexion internet. Ce serait terrible si les jeunes générations gaspillaient leur temps à faire la guerre aux hommes au nom du féminisme ou aux Blancs au nom de l’antiracisme. Et il reste bien d’autres combats à mener, plus justes et plus utiles, que les guerres identitaires que je décris dans mon livre.

Source : Figaro Magazine


The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity
de Douglas Murray
282 pages
publié le 17 septembre 2019
chez Bloomsbury Continuum
ISBN-10 : 1 635 579 988
36,05 $ CA

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lundi 25 novembre 2019

Bras de fer sur les commissions scolaires et la centralisation des pouvoirs

Une partie de bras de fer oppose les partis de l’opposition et le gouvernement Legault, qui souhaite adopter le projet de loi 40 sur l’abolition des commissions scolaires avant la pause du temps des Fêtes. Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEÉS), Jean-François Roberge, a toujours espoir de faire adopter le projet de loi 40 d’ici la fin de l’année « si les partis de l’opposition collaborent », a indiqué son cabinet au Devoir.

Ceux-ci répliquent qu’il est impossible d’entériner aussi rapidement ce projet hors de l’ordinaire, envers lequel ils ont d’importantes réserves, qui viendrait bouleverser l’équilibre des forces dans la gouvernance scolaire. La réforme du réseau de la santé par le ministre Gaétan Barrette, qui avait mené à l’abolition des régies régionales de la santé, avait nécessité près de cinq mois de travaux parlementaires avant son adoption, indique-t-on à Québec. Le projet de loi 40 est aussi important, mais les auditions en commission parlementaire n’ont commencé que le 4 novembre dernier. Il est hors de question que les partis « bâclent leur travail », souligne la députée libérale Marwah Rizqy. « Une réforme de cette ampleur ne peut fonctionner avec une approche bulldozer. Le ministre doit avoir l’appui des gens qui l’appliqueront sur le terrain », ajoute sa collègue péquiste Véronique Hivon. La députée solidaire Christine Labrie a aussi invité le ministre à tenir compte des critiques envers le projet de loi, mercredi à l’Assemblée nationale.

Avant même le début de l’étude détaillée du projet de loi en commission parlementaire, de nouvelles voix s’élèvent pour critiquer cette réforme phare du gouvernement Legault. « On espère que le ministre Roberge va retravailler son projet de loi, qui cache des modifications beaucoup plus importantes qu’un simple changement de nom des commissions scolaires », dit Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), marqué à gauche.

Dans une fiche technique qui sera rendue publique jeudi, l’IRIS fait valoir que le projet de loi centraliserait des pouvoirs entre les mains des bureaucrates et du ministre de l’Éducation sans renforcer la capacité d’agir des parents contrairement à ce que prétend le gouvernement.

 Le ministre Roberge cherche aussi à réduire au silence un palier intermédiaire de gouvernance — les commissaires (trop mal) élus — qui ne se gêne pas pour critiquer les décisions du gouvernement.

L’IRIS partage le constat émis la semaine dernière par Yvan Allaire et Michel Nadeau, de l’Institut sur la gouvernance : le conseil d’administration des futurs centres de services scolaires n’aurait que le pouvoir d’approuver les décisions proposées par des bureaucrates. Des comités formés d’« experts » (directions d’école ou gestionnaires scolaires) proposeront la répartition des ressources entre les établissements, les orientations pédagogiques et la priorisation des budgets. Les parents auront beau détenir 8 des 16 sièges sur le conseil d’administration des centres de services (qui remplaceront les commissions scolaires), ils n’auront pas de réels pouvoirs, estime l’IRIS. Surtout qu’ils devront siéger bénévolement à la fois sur le conseil des centres de services et sur un conseil d’établissement. « Ça représente beaucoup d’heures de bénévolat pour des parents de jeunes enfants qui ont déjà des horaires bien remplis », dit Ève-Lyne Couturier.

Concurrence et choix (limité)

L’IRIS estime aussi que le projet de loi « accentuera la mise en concurrence des écoles » — ce qui est pourtant en soi une très bonne chose —, car il simplifiera l’inscription d’élèves sur un autre territoire que celui de leur centre de services scolaires. « Les parents pourront magasiner leur école sur l’ensemble du territoire du Québec, dit la chercheuse. On transforme les écoles en petites PME qui devront avoir un département de marketing pour aller chercher davantage de clientèle. Les écoles sont financées en fonction du nombre d’élèves. Si moins de parents choisissent leur école de quartier, elle aura moins de ressources. On ne voit pas trop le problème, si ce n’est que les écoles n’auront toujours pas plus de liberté pédagogique, de recrutement ou de publicité...

 Résultat : on peut prévoir que les écoles à projet particulier qui sélectionnent leurs élèves (arts-études, sports-études, programme international) se multiplieront encore, ce qui nuira à la mixité scolaire. On ne comprend pas très bien ce que mixité scolaire signifie ici : parle-t-on de mixité sociale, ethnique ? Mais les bons élèves des quartiers aux mauvaises écoles pourront, au contraire, s’inscrire plus facilement à l’école de leur choix sur l’ensemble du territoire !

Les élèves les plus vulnérables sont tirés vers le haut par les élèves les plus forts, tandis que ceux-ci ne souffrent pas de la présence d’élèves en difficulté, prétend l’IRIS. Pour que cela soit vrai et que tout le monde suive, il faut que le programme soit nivelé par le bas, les bons élèves ne sont pas pénalisés parce que le programme est sous-dimensionné pour eux : ils n’apprennent pas grand-chose.

Mais comme les écoles ordinaires n’accueillent que des élèves ordinaires, les élèves les plus faibles sont susceptibles de rester faibles. C’est déjà le cas dans les quartiers desservis par de mauvaises écoles, mais les élèves en sont captifs.

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Entrevue de Jacques Gaudreault avec Dutrizac le 22 novembre 2019 à 7H03




L'entrevue par Benoit Dutrizac du chercheur Charles Gaudreault sur le déclin démographique des Canadiens français au Québec.


Voir aussi l'étude (en anglais) qui annonce que les Canadiens français seront minoritaires en 2040 :

The impact of immigration on local ethnic groups' demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec"