dimanche 10 décembre 2023

Histoire — Le privilège blanc

Josie (6 ans), Bertha (6 ans) et Sophie (10 ans), écailleuses d’huîtres à la conserverie Maggioni, à Port-Royal, Caroline du Sud, en 1912.

Le travail commençait à 4 heures du matin et elles gagnaient toutes les trois entre 9 et 15 dollars par semaine.

Sophie faisait six pots d’huîtres par jour et sa mère, qui travaillait aussi avec elle, disait : « Elle ne va pas à l’école, elle travaille tout le temps. Elle travaille tout le temps ».    

Grâce à ces photos, Lewis Hine a documenté les dures conditions de travail de milliers d’enfants, qui étaient envoyés travailler dès qu’ils savaient marcher et étaient payés en fonction du nombre de seaux d’huîtres qu’ils écaillaient chaque jour.    

M. Hines a écrit au sujet d’une des photographies : « Tous les enfants, à l’exception des plus petits bébés, travaillent. Ils commencent à travailler à 3 h 30 du matin et sont censés travailler jusqu’à 17 h ». Il a parcouru environ 50 000 miles par an, photographiant des enfants de Chicago à la Floride qui travaillaient dans les champs, des mines de charbon et des usines.    

Annie Card (plus tard épouse Lavigne) dans une filature du Vermont à l'âge de 12 ans en 1910.

Remontée des mineurs (l'ascension du blantriarcat) dans un charbonnage de Belgique entre 1905 et 1913.


Parmi les milliers d’immigrants canadiens-français qui peinent dans les usines de la Nouvelle-Angleterre, on trouve des enfants. Le sociologue et photographe Lewis Hine documente leurs conditions de travail. Il note à l’oreille leurs noms. Ici «Jo Bodeon», Joseph Beaudoin, photographié à la Chace Cotton Mill de Burlington, au Vermont, en 1909.




samedi 9 décembre 2023

Anne Coffinier : « Face à l'effondrement culturel, on peut vraiment compter sur les écoles indépendantes »


En France, il faut bien le reconnaître, malgré tout l’argent qu’on y consacre, l’Éducation nationale ne fonctionne plus : harcèlement, violences physiques, effondrement du niveau académique des élèves, endoctrinements…

➤ Je ne prendrai que l’exemple de la lecture. L’enquête PIRLS publiée en mai 2023 montre que les petits Français de CM1 ont un niveau de compréhension de ce qu’ils lisent inférieur à la moyenne européenne : avec un score de 514 points, la France se situe en dessous de la moyenne européenne qui est de 527 points. 

➤ Les tests des jeunes de 16-25 ans qui effectuent la Journée de défense citoyenne ont montré que 21% d’entre eux ont de lourdes difficultés pour comprendre ce qu’ils lisent, et 11% sont même incapables de lire. 

La bonne nouvelle, c’est que face à cela, partout en France, des hommes et des femmes refusent de se résigner à cet effondrement culturel et se mobilisent pour créer des écoles vraiment libres.

Ces écoles sont indépendantes de l’Éducation nationale avec laquelle elles n’ont pas passé de contrat. Elles sont contraintes de se financer par elles-mêmes, mais elles peuvent recruter soigneusement leurs équipes et choisir leurs méthodes pédagogiques par rapport au besoin réel des enfants. Des relations de confiance et de respect se construisent entre les familles et ces écoles qui, bien souvent, changent la vie des enfants ayant la chance d’y être scolarisés. 

Les fondateurs et fondatrices de ces écoles sont vraiment courageux, mais accablés de difficultés de tous ordres : inspections à répétition, problèmes financiers, surenchère des normes de construction, risques juridiques difficiles à anticiper…

Certes indépendantes, les écoles vraiment libres ne doivent pas être laissées seules face aux difficultés administratives et judiciaires. Elles contribuent au bien commun. Elles doivent être soutenues. 

C’est pourquoi notre association Créer son école se tient fidèlement à leurs côtés depuis 20 ans.

Notre directrice juridique, Guyonne, est joignable 24h/24. Elle s’appuie sur un solide réseau d’avocats spécialisés. Elle aide notamment les écoles à se préparer aux inspections académiques et les conseille pour la rédaction de leurs documents administratifs. 

      ➝ Ainsi, cette année, elle a préparé 17 écoles aux inspections. 

Créer son école pilote et finance des recours contentieux pour défendre les droits et libertés des écoles. 

      ➝ Ainsi, nous agissons actuellement pour que les candidats au bac ne soient pas discriminés par l’Éducation nationale. C’est un diplôme national et tous les candidats, d’où qu’ils viennent, devraient pouvoir le passer dans des conditions égales. Or ce n’est pas le cas. Nos élèves ont 20 épreuves à passer sur deux ans, tandis que ceux de l’Éducation nationale n’en ont que 6 et valident tranquillement les autres matières au contrôle continu.

Nous concevons et mettons à la disposition des écoles des guides juridiques de droit social, de droit administratif, des contrats types et un kit juridique au service de leur sécurité juridique. À l’écoute de leurs besoins concrets, nous organisons des formations et accompagnements sur mesure, en allant sur le terrain pour être au plus près de leurs attentes.

      ➝ Ainsi, Alban, notre responsable réseau, s’est rendu dans 130 écoles cette année pour construire avec elles des plans de renforcement de leurs capacités et leur permettre d’être toujours plus robustes.

Pour motiver et soutenir moralement les écoles, nous organisons chaque année les Rencontres nationales de directeurs et directrices d’école indépendante. 

      ➝ Le 23 octobre dernier, nous avons ainsi réuni pas moins de 150 directeurs et experts à Paris pour une journée mémorable, au cours de laquelle les directeurs ont pu partager leur quotidien, échanger sur leurs expériences, trouver des solutions ensemble. À titre d'exemple, l’un de nos partenaires a pu leur présenter un outil révolutionnaire destiné à faire reculer la dyslexie.

Cet événement est la seule rencontre nationale de directeurs libres qui existe aujourd'hui en France, et elle a rencontré un succès fantastique.


Depuis la création de Créer son école, nous avons accompagné plus de 900 établissements scolaires par nos conseils, 700 par nos formations, 95 par nos dons. 

Et chaque année, grâce à Laurent, ce sont aussi des dizaines d’écoles qui reçoivent gratuitement des milliers de livres d’occasion pour permettre aux enfants d’accéder à la littérature française classique qui fait notre culture commune et nourrit leur maîtrise et leur amour de la langue française.

C’est pourquoi je vous le demande aujourd’hui : pouvez-vous nous aider à continuer à soutenir et défendre ces écoles indépendantes en faisant un don à l’association Créer son école ? 

Votre don permettra d’insuffler le courage et d’apporter le soutien technique, pédagogique ou juridique indispensable aux écoles. Des enfants, grâce à vous, retrouveront le sourire et verront leur vie transformée. Votre don contribuera à préparer une France de demain qui soit cultivée et responsable.

Faire un don à Créer son école

Les recettes de l'Estonie, première de la classe en Europe, autonomie des écoles, discipline et respect

L'Estonie, qui compte 1,3 million d'habitants, arrive en tête des pays européens au classement Pisa, et à la quatrième place au niveau mondial. D'excellents résultats qui découlent d'un système très différent du nôtre, comme le détaille Kristina Kallas, ministre de l'Éducation estonienne.

Rentrée des classes à Tallinn (anciennement Réval en français) en Estonie


L'Estonie arrive en tête du classement, quel est votre secret ?

KRISTINA KALLAS. Tout repose, selon nous, sur le processus d'apprentissage. En Estonie, les écoles comme les enseignants ont beaucoup d'autonomie, à la fois dans leur façon d'enseigner mais aussi dans leur fonctionnement. Ce sont eux qui connaissent le mieux les élèves, et c'est notre force. Le ministre de l'Éducation n'a que très peu de pouvoir de décision. Ce ne sont pas les bureaucrates ou le ministère qui disent comment apprendre les maths aux enfants. Nous ne donnons pas, par exemple, les livres à étudier, ni les programmes à suivre. En revanche, nous avons des attendus très ambitieux sur les compétences que doivent maîtriser les élèves selon leur âge.

Chez vous, pas de réforme de l'enseignement ?


Certains principes n'ont pas changé depuis des décennies, c'est le cas de l'autonomie qui est fondamentale et qui n'a jamais été remise en cause. Les enseignants touchent le salaire moyen estonien, et ils sont très respectés dans la société. Même si cela change, comme ailleurs. Il y a une pression des parents mais nous les impliquons dans l'école pour qu'ils aident les élèves à atteindre les objectifs.

Les mathématiques sont-elles une discipline majeure de l'enseignement ?


En 6e, il y a quatre heures de maths par semaine, et en 5 e et 4 e, c'est plutôt cinq heures. Mais ceci est une moyenne. Encore une fois, chaque collège et chaque enseignant sont libres d'utiliser certaines heures pour d'autres matières, étudier la presse ou faire davantage de mathématiques.

L'école n'est pourtant obligatoire qu'à partir de 7 ans...

Nous sommes le pays d'Europe où l'école obligatoire commence le plus tard, en effet. Mais l'importance n'est pas le nombre d'années que vous passez à l'école, c'est comment vous apprenez. La preuve : à 15 ans, nos élèves ont tout à fait le niveau. Nous sommes aussi l'un des pays où il y a le moins de jours de classe par an : 175 en moyenne. De même, les journées terminent généralement vers 14 heures ou 15 heures. Le nombre d'élèves par classe est limité par la loi à 24 en primaire. Mais il est exceptionnel d'atteindre ce chiffre, cela doit arriver uniquement dans des écoles de la capitale, Tallinn. En moyenne, nous sommes à 18 élèves par classe. Au lycée, les classes sont de maximum 36 élèves, mais la plupart des enseignements se font en demi-groupes. L'une de nos forces, c'est que nous ne faisons pas de groupes de niveau, tous les élèves sont dans la même classe, il y a très peu de séparations des plus faibles qui sont entourés d'élèves qui les stimulent.

Le numérique a-t-il une grande place à l'école ?


Le numérique n'est pas magique, c'est un outil comme un autre. Nous ne parlons pas de marque de tablette mais seulement des compétences que cela peut apporter aux élèves et ce que ça peut apporter en termes d'enseignement aux professeurs. Nous avons commencé à travailler sur les compétences numériques il y a cinq ans, en proposant aux enseignants d'y être formés. Ainsi, quand ils ont dû donner des cours en ligne au moment de la pandémie de Covid, en 2020, ils ont su faire et ils avaient le bagage pédagogique. Il en va de même avec l'intelligence artificielle, elle ne doit pas être bannie de l'école mais il faut voir quels outils pédagogiques elle peut apporter. Cela peut, par exemple, donner le temps au professeur pour faire de la pédagogie individualisée. Je ne crois pas qu'il faille réguler son utilisation mais garder un esprit ouvert sur tout ce que cela peut nous apporter.



Source : Le Parisien

vendredi 8 décembre 2023

Saurez-vous répondre au test PISA ?

Exemples de questions sur les mathématiques posées aux élèves de 15 ans en 2022




Le Napoléon de Ridley Scott : une caricature qui ridiculise l'Empereur selon plusieurs critiques (m à j)

L'avis de Jean Tulard, grand spécialiste, est plus nuancé. Certes c'est un film qui n'est pas historique, mais il n'est pas anti-français. Il a de belles scènes de bataille mais Austerlitz ne s'est pas passé comme le dépeint Ridley Scott. Il aurait dû s'appeler Napoléon et Joséphine, car c'est là l'unité du film, une histoire d'amour.


Billet du 21 novembre 2023

Le descendant du maréchal Joachim Murat a été voir le dernier film de Ridley Scott. Au lieu d’une fresque épique, le réalisateur nous offre une œuvre crépusculaire qui caricature l’Empereur, regrette-t-il. Toutefois, selon lui, les Français auraient tort de bouder ce grand spectacle. Le prince Joachim Murat est le descendant, à la septième génération, du maréchal Joachim Murat (1767-1815). Il s'exprime sur FigaroVox.

Bien sûr, je ne suis pas objectif. Je m'attendais de la part du réalisateur des «Duellistes» et de «Gladiator» à une fresque épique et shakespearienne. Une explosion d'énergie. Le panache, la gloire sans précédent, les victoires impensables, la galerie de personnages héroïques, la destinée messianique, le vent de liberté, l'épopée, l'aventure, la fougue, les possibilités infinies offertes par l'Empire, en un mot : la Grandeur.

«Parlons de l'Empereur, cela nous fera du bien» comme l'écrivait Victor Hugo.

Mais Ridley Scott signe une œuvre crépusculaire. Filmées dans une lumière froide, presque toutes les scènes sont tournées en automne, la brume prise dans les branches d'arbres sans feuilles. Très peu d'acteurs jeunes, alors que toute l'épopée impériale a été portée par la jeunesse. Bonaparte incarné par un Joaquin Phoenix de 50 ans, essoufflé du début à la fin, le teint grisâtre. Ce film est, dans l'ensemble, sombre. Presque triste. J'en suis sorti déçu, très déçu. Mais je le rappelle : je ne suis pas objectif.

Quant aux libertés prises avec les faits historiques, elles sont si nombreuses qu'on ne peut plus parler d'erreurs. Volonté du réalisateur de réécrire l'Histoire pour qu'elle corresponde à l'image qu'il veut donner de Napoléon et de Joséphine. Une série de raccourcis et d'inventions pour faire tenir toute l'épopée impériale dans un film de deux heures et demie. Et pourquoi pas ? Ridley Scott n'a jamais prétendu faire œuvre d'historien. Bonaparte faisant tirer au canon sur les pyramides. C'est absolument faux évidemment. Ce serait une allégorie pour montrer que Bonaparte n'avait rencontré aucune difficulté à vaincre les Ottomans. Napoléon quitte l'Égypte pour retrouver Joséphine dont il croit qu'elle a un amant et il fuit l'Île d'Elbe encore pour récupérer Joséphine. Toutes les décisions de Napoléon auraient été dictées par sa passion pour Joséphine. C'est très romantique comme vision mais c'est historiquement indéfendable. Plus gênant, il donne à Laetitia, mère de Napoléon, le rôle d'une maquerelle castratrice qui met une jeune fille dans son lit pour lui prouver qu'il peut avoir un fils. L'histoire est vraie mais Laetitia n'a rien à voir là-dedans. C'est salir inutilement l'image de la mère de l'Empereur.

    « Les Français ne s'aiment pas » selon Ridley Scott. Il a raison. Sauf précisément dans le cas de son film qui semble avoir réalisé l'exploit de mettre à peu près tout le monde d'accord.

    Joachim Murat

Voilà l'angle du film : l'amour que Napoléon a pour Joséphine résume toute la personnalité, les faiblesses de l'Empereur et toute l'histoire de l'Empire. Il lui doit tous ses succès mais il le conduit également à sa perte. C'est en fait un drame sentimental sur fond d'épopée impériale.

On y découvre un Napoléon sous l'emprise d'une mère abusive, un homme brutal avec Joséphine. Amoureux comme un petit garçon malhabile, pataud et peureux. Joaquin Phoenix incarne un Napoléon maladroit, infantile, cruel, indécis et faible.

 

Napoléon et Joséphine dans le film « sentimental » de Ridley Scott

 

Finalement ce film n'humanise pas Napoléon, il le ridiculise.

Ridley Scott livre la vision anglaise, la légende noire du bandit corse (dans la dernière scène il meurt comme Dom Corleone dans «le parrain», le parallèle n'est pas d'une grande subtilité), un usurpateur mal élevé et rustre. Il en rajoute même sur la prétendue petite taille de Napoléon (la scène de la momie en Égypte) alors que Napoléon est dans la moyenne des tailles de l'époque. Sa petitesse est une invention de la propagande anglaise qui manifestement perdure. [Peut-être due à la différence de valeurs du pied français [32,48 cm] plus grand que le pied anglais [30,48 cm]. Sa taille est donnée à 5 pieds, 2 pouces, 4 lignes en unités françaises soit 1,686 m, alors qu'à Saint-Hélène, captif des Anglais, le Journal d'Andrew Darling, tapissier anglais qui fut chargé de prendre des mesures exactes assisté par le général Montholon donne comme taille : « 5 feet, 7 inches », soit en mesures anglaises : 30,48 x 5 + 2,54 x 7 = 1,702 m]

«Les Français ne s'aiment pas» selon Ridley Scott. Il a raison. Sauf précisément dans le cas de son film qui semble avoir réalisé l'exploit de mettre à peu près tout le monde d'accord. Pour les publications de tous bords, Ridley Scott frise le ridicule dans sa caricature de l'ogre impérial. Le film présente la France de la Révolution et de l'Empire comme un épisode malheureux d'un pays aux mains d'un peuple de canailles sanguinaires et mal élevées auquel miraculeusement le très distingué Duc de Wellington va rapporter un peu de dignité en mettant fin à cette malheureuse parenthèse plébéienne et grossière. Il semble, d'après la réaction des critiques et des premiers spectateurs français, que c'est pousser un peu loin le dénigrement historique.

Quoi qu’il en soit ça reste du grand spectacle. Alors ne boudons pas notre plaisir. Ce film propose une nouvelle vision sur l'Empereur, une vision que je ne partage pas, mais qui n'enrichit pas moins la réflexion sur Napoléon et son époque.

Quel sera le destin de ce film et quel sera son impact sur le grand public ? Bien malin qui pourrait le dire. À la fin du film une moitié de la salle l'a trouvé formidable, donnant une image humaine et sympathique de l'Empereur, tous très émus par sa relation avec Joséphine. L'autre moitié a eu l'impression d'une parodie mal jouée. Allez voir Napoléon, s'il provoque tant de réactions il doit bien y avoir de bonnes raisons.


L'avis mitigé de Christopher Lannes :


 

Billet du 17 novembre

Les critiques fustigent le film biographique de Ridley Scott sur Napoléon et s’en prennent à Joaquin Phoenix, un « homme-enfant pétulant », ainsi qu’à un film « ennuyeux » dont les scènes sont « profondément maladroites » et historiquement inexactes.

L’historien Patrice Gueniffey, écrivant dans Le Point, a critiqué le film comme étant « le film d’un Anglais… très anti-français » et a reproché au réalisateur d’avoir des « préjugés wokistes ».

Un critique de GQ a déclaré que le film l’avait « ennuyé », ajoutant qu’il y avait quelque chose de « maladroit », mais « involontairement drôle » dans le fait de voir des soldats français crier « Vive la France » avec des accents américains. [Pourquoi aller voir la version anglaise, il y a quelque chose d’anglomane à cela, quand il s’agit d’un film sur Napoléon, non ?]

Pour IndieWire, « Ridley Scott et Joaquin Phoenix livrent un film qui tient plus de la comédie que de l’épopée historique. Ceux qui craignent une glorification du dictateur n’ont pas à s’inquiéter. Vous ne serez pas prêts à la façon dont ce film humilie totalement l’ancien empereur des Français. La décision de Scott de retrouver Joaquin Phoenix aurait dû me mettre la puce à l’oreille que son “Napoléon” ne serait pas très flatteur pour son personnage historique, car le rôle de Phoenix en tant que jeune empereur [romain, Commode] pleurnichard dans “Gladiator” (Gladiateur) lui a ouvert la voie pour analyser l’insécurité masculine dans des films comme “The Master” (Le Maître) et celui où il jouait un clown vicieux. [...]. En regardant “Napoleon” — ou du moins la version hachée et quelque peu informe de 157 minutes qui sortira en salles avant le montage beaucoup plus long du réalisateur que les admirateurs qualifieront inévitablement de chef-d’œuvre à une date ultérieure — je n’ai pas pu m’empêcher de penser que Scott a peut-être été lui-même pris au dépourvu. Il ne fait aucun doute qu’il savait que le film serait drôle, mais il semble avoir été surpris par l’ampleur que prendrait cette drôlerie, et/ou peu enclin à admettre que le reste n’aurait que peu d’importance. »

Selon Le Figaro, le film devrait être rebaptisé « Barbie et Ken sous l’Empire » et a ajouté que Napoléon est dépeint comme une « brute sentimentale avec un fusil à la main prompte à verser une larme ».

Le journal québécois Le Devoir a titré « Pas Waterloo, mais pas non plus Austerlitz », faisant référence au dernier combat de Napoléon en Belgique et à son chef-d’œuvre tactique contre les Russes et les Autrichiens dans l’actuelle Tchécoslovaquie. L’article décrit le Napoléon de Phoenix comme un « un homme-enfant pétulant qui ne semble pas trop savoir ce qu’il fait ».

Pour The Economist, « Ce film raté est une étude de cas ». Deux versions de Napoléon Bonaparte cohabitent à l’écran. La première est celle d’un titan de l’histoire qui fait marcher de vastes armées à travers l’Europe, forgeant son propre destin et celui du continent. […] Le second Napoléon apparaît dans les dessins animés et les comédies avec un chapeau bicorne. Il est complexé par sa taille (en réalité, moyenne pour son époque) et parle avec un accent français de comédie (le vrai Napoléon avait un accent corse). Une version le présente comme l’incarnation de la puissance martiale, l’autre la tourne en dérision. On pourrait s’attendre à ce que le héros de « Napoléon », un film somptueux réalisé par Sir Ridley Scott [..], se range fermement dans le camp des potentats. Curieusement, il a un pied dans les deux.

Les critiques sur la réalisation du film s’ajoutent aux accusations de plus en plus nombreuses concernant les inexactitudes du film de la part d’historiens, dont Dan Snow, avant la sortie du film dans les salles de cinéma le 22 novembre.

Pour le critique du Devoir « Le problème fondamental du film “Napoléon”, du réalisateur Ridley Scott, est, paradoxalement, ce qui s’annonçait comme son principal atout : Joaquin Phoenix. »

Un critique de GQ a titré : « Joaquin Phoenix grimace, Ridley Scott s’ennuie et nous aussi ».

S’exprimant ce matin dans l’émission Today de la BBC Radio 4, l’universitaire française Estelle Paranque a reconnu les inexactitudes du film, mais a insisté sur le fait que « c’est un film, ce n’est pas un documentaire ».

Mais en parlant de la représentation de l’exécution de Marie-Antoinette par Scott, elle a déclaré : « Cela m’a un peu agacée parce qu’il l’a rendue un peu intrépide et un peu fougueuse, alors qu’à l’époque, honnêtement, elle ne l’était pas ».

D’autres critiques ont souligné que Napoléon n’était pas présent lorsque Marie-Antoinette a été guillotinée. Le Dr Paranque a ajouté : « Elle a essayé de rester digne à la fin, mais je ne pense pas qu’elle aurait été aussi audacieuse. Et Napoléon n’était évidemment pas là ».

Le réalisateur Ridley Scott a répondu vertement aux accusations d’« inexactitudes » historiques. Dans une interview accordée au New Yorker, il a répondu à un critique qu’il devait « profiter de la vie » alors qu’il était interrogé à ce sujet. Dans un entretien au Sunday Times, Ridley Scott est nettement moins poli : « Lorsque j'ai des problèmes avec des historiens, je leur demande : "Excusez-moi, mon ami, étiez-vous là ? Non ? Alors, fermez votre gueule." »

Il y a 400 livres écrits sur lui. Peut-être que le premier était le plus exact, mais le suivant donne déjà une version de l’auteur », a-t-il déclaré. Lorsque vous arrivez au livre 399, devinez quoi, il y a beaucoup de spéculations.

Cette rebuffade n’a pas empêché les commentateurs de s’attaquer au portrait que le film peint du premier empereur des Français et de son cadre historique.

Sur la chaîne CNews, on a déclaré que le personnage du film était « trop linéaire pour apprécier la portée [de Napoléon] » et qu’il n’avait jamais « abordé la substance de ce qui a fait de [lui] un homme d’État incontournable.

La critique du Devoir s’en prend également à la performance de Phoenix, qu’elle qualifie de “problème fondamental” du film.

Dans une vidéo TikTok virale publiée au cours de l’été, Dan Snow a critiqué certaines scènes de la bande-annonce du film.   

Un montage du réalisateur d’une durée de 270 minutes serait également en préparation, ce qui donnerait à Scott plus d’espace pour raconter son histoire.

L'immigration, ce tabou dans l'effondrement scolaire de la France

Proche de Jean-Pierre Chevènement, Joachim Le Floch-imad est professeur de culture générale dans le supérieur et essayiste. Il vient de publier « Tolstoï. Une vie philosophique » (Éditions du Cerf, 2023). Alors que la France connaît un effondrement historique dans le rapport Pisa, le lien entre immigration et crise de l’école n’est jamais interrogé, remarque l’essayiste et enseignant, qui montre, chiffres à l’appui, combien ce phénomène aggrave les difficultés de l’éducation nationale.
 
En 1989, dans Le niveau monte, Christian Baudelot et Roger Establet se proposaient de « réfuter une vieille idée concernant la prétendue décadence de notre école ». Le déclin éducatif de la France y était jugé absurde et la notion de niveau impossible à définir. Pendant des décennies, cette culture du déni a caractérisé l’essentiel des discours au sein de l’éducation nationale. La publication des évaluations communes à l’ensemble des collèges comme l’effondrement historique de notre pays dans le classement Pisa publié cette semaine ont depuis contribué à faire céder un certain nombre de digues. Et l’actuel ministre n’a désormais plus d’autre choix que d’en appeler à « un choc des savoirs » et à des mesures ambitieuses pour « élever le niveau de l’école » et « redonner de l’autorité aux enseignants ». L’inflexion à laquelle nous assistons va dans le bon sens, mais le redressement éducatif de la France, pour être plus qu’un vœu pieux, suppose une politique qui traite l’ensemble des causes à l’origine des effets que l’on déplore. Au regard de la nécessité du sursaut et du rôle d’accélérateur que l’immigration joue dans la crise de notre système éducatif, un état des lieux de ses répercussions devrait s’imposer. L’immigration demeure pourtant l’éléphant dans la pièce, le tabou suprême de la Rue de Grenelle.
 
(Nous pensons qu'il faudrait se pencher sur le type d'immigrés, on sait que, en moyenne, les enfants asiatiques en France ont de meilleurs résultats que les africains ou maghrébins par exemple).


Cette incapacité à penser les liens entre les deux sujets s’avère d’autant plus absurde au regard de la réalité de nos établissements. Une récente note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance révèle par exemple une augmentation de 20 % des élèves allophones en un an (près de 80 000 à la rentrée 2021).

Cette évolution spécifique s’inscrit dans un contexte d’accélération brutale de l’immigration. 40 % des moins de 4 ans en France sont immigrés ou d’origine immigrée. Près d’un demi-million d’étrangers y entrent chaque année et le nombre de naissance d’enfants dont les deux parents viennent de l’étranger a augmenté de 59 % en vingt ans. Des académies comme Aix-Marseille, Créteil, Mayotte et la Guyane sont particulièrement touchées par ces dynamiques, mais aucun pan du territoire national n’y échappe désormais, parfois avec de belles réussites. Les travaux de Christophe Guilluy nous apprennent ainsi qu’une partie significative des enfants de l’immigration connaît une ascension sociale. Ce n’est pas l’auteur de ces lignes qui dira l’inverse tant il sait, par sa trajectoire familiale, ce qu’il doit à l’assimilation républicaine. Force est de constater néanmoins que la machine à faire des citoyens est en panne et que l’immigration, pour au moins deux raisons, exacerbe le déclin éducatif auquel la France est en proie.


Les résultats scolaires des jeunes issus de l’immigration sont tout d’abord nettement inférieurs à la moyenne, ce qui contribue à notre déclassement dans les études internationales. Cela favorise par ailleurs l’hétérogénéité des classes, déjà importante du fait de la massification, et conduit dès lors de nombreux professeurs à aligner leurs exigences sur le niveau des plus faibles. L’ensemble des statistiques à notre disposition accrédite ce constat. Les allophones sont par exemple largement en décrochage en comparaison de leur classe d’âge, et 20 % d’entre eux n’étaient pas scolarisés dans leur pays d’origine. De fortes inégalités persistent au-delà de cette population, comme le montre l’enquête Pisa 2018 en lecture. Les jeunes Français « autochtones ou descendants d’immigrés de troisième génération ou plus » y obtiennent un score très élevé, du niveau de Taïwan et du Danemark, tandis que le score des « enfants d’immigrés » est inférieur de 9 % et celui des « immigrés » de 18 %. Dans le volet 2022 fraîchement publié de cette enquête, le verdict demeure sans appel. Il apparaît en effet que les élèves issus de l’immigration ont 2,4 fois plus de risques que ceux dits « autochtones » de se retrouver parmi les élèves peu performants en mathématiques (écart moyen entre les scores de ces deux groupes de 51 points, contre 32 en moyenne dans L’OCDE). Ces données complètent utilement un rapport alarmant de 2015 du Centre national d’étude des systèmes scolaires ainsi qu’une étude du ministère de 2019 sur la nature plus chaotique des « trajectoires scolaires des enfants d’immigrés jusqu’au baccalauréat » : redoublements fréquents, résultats plus faibles, réussite moindre au baccalauréat, orientation accrue dans les filières professionnelles.

À cette divergence de niveau s’ajoute la réalité de chocs culturels qui entravent l’aspiration républicaine à « faire un ».

Il ne s’agit pas de dire que les sociétés homogènes sont exemptes de violences et de crispations : le harcèlement scolaire est par exemple enraciné dans la culture japonaise. Dans le cas français, les dynamiques migratoires des quarante dernières années sont néanmoins particulièrement corrélées à la prolifération des actes de séparatisme à l’école, des contestations d’enseignements et des atteintes à la laïcité. Par incapacité à sanctuariser notre école, nous avons fait de celle-ci le réceptacle des forces centrifuges du corps social. Et nous avons fermé les yeux aussi bien sur l’ethnicisation des rapports sociaux que sur le caractère explosif de la « distance culturelle » (Didier Leschi) et du ressentiment colonial qui travaillent nombre des élèves d’origine immigrée. La France est ainsi devenue l’un des pires pays au monde du point de vue de la discipline en classe, avec de lourdes conséquences sur l’attractivité du métier d’enseignant et sur la capacité de l’institution à transmettre des savoirs.

Ces problèmes spécifiques posés par l’immigration à l’école n’ont rien à voir avec un quelconque « racisme d’État » ou une volonté de reléguer certaines populations. Les réformes des quarante dernières années ont systématiquement été conduites au nom de l’impératif d’inclusion. Et la France met en oeuvre une politique généreuse d’investissements [de dépenses importantes] dans les réseaux d’éducation prioritaire, largement concernés par le fait migratoire, dont un rapport de 2018 de la Cour des comptes prouve l’inefficacité. À rebours de ces fantasmes, gageons que le problème tient davantage au volume des flux migratoires et à leur nature de plus en plus extra-européenne (en provenance notamment du Maghreb et d’Afrique subsaharienne) et sous-diplômée. Près d’un élève immigré sur deux en France est par exemple issu d’un milieu défavorisé, contre 37 % en moyenne dans L’OCDE. Il faut avoir le courage de dire, sans stigmatiser qui que ce soit, que cette situation n’est plus tenable et qu’un seuil de tolérance a été franchi. L’immigration est certes un facteur parmi d’autres de la crise de l’école, mais elle aggrave l’ensemble des problèmes que connaît celle-ci. Et il y a quelque chose d’abject à écarter le sujet d’un revers de la main pour se donner bonne conscience, échapper à la vindicte antiraciste et satisfaire des pulsions iréniques douteuses. « Le courage, c’est dire la vérité sans subir la loi du mensonge triomphant qui passe », disait Jaurès. Ayons aujourd’hui ce courage. Et prenons enfin au sérieux la question du redressement de l’école dont dépend ce que vaudra la France demain.


Source : Le Figaro

Voir aussi
 
École, famille, immigration : que restera-t-il de la France d’avant dans la France d’après ? [ On a retrouvé à l’Ifop une enquête de 1973 demandant aux enseignants s’ils arrivaient systématiquement, la plupart du temps ou difficilement, à obtenir le silence et la discipline dans leur classe. À l’époque, 60 % des enseignants disaient n’avoir aucun problème. Aujourd’hui, ce taux est tombé à 30 %.]
 
 
 

jeudi 7 décembre 2023

Pierre Fortin : l'immigration de masse provoque la crise de l’habitation

Le seul phénomène qui a constitué un changement assez important pour expliquer le déclenchement inattendu d’une crise majeure est bel et bien la vive expansion de la demande résultant de l’explosion de la population qui a cours depuis 2016.

La pénurie de logements observée au Québec et au Canada depuis quelques années tire sa source de la croissance fulgurante de la démographie, souligne dans une nouvelle note l’économiste et chroniqueur à L’Actualité Pierre Fortin.

Le Québec (comme le reste du Canada) est l’objet depuis quelques années de la plus forte croissance de sa population en au moins un demi-siècle, tant en nombre qu’en proportion. La ligne bleue du graphique ci-dessous documente cette période d’accélération depuis 2015. Elle est en fait due essentiellement à l’explosion de l’immigration. Il y a huit ans, l’immigration comptait pour 85 % de l’augmentation annuelle de la population québécoise, mais ce pourcentage a grimpé à 99 % en 2023. Si l’immigration domine totalement l’augmentation de la population, c’est que l’accroissement naturel résultant de l’excédent des naissances sur les décès a fondu : il est maintenant presque nul, comptant pour seulement 2 300 personnes en 2022. En 2015, il y avait plutôt eu 22 400 naissances de plus que de décès.

Comme on le voit dans le tableau ci-dessus, le nombre de nouveaux habitants a connu une croissance phénoménale depuis 2021. Et ces nouveaux habitants doivent évidemment trouver à se loger quelque part.

Sauf que l’industrie de la construction résidentielle est incapable d’accélérer les mises en chantier de logements assez vite et en nombre suffisant pour suivre la croissance effrénée de la demande. Car il faut beaucoup de temps pour former plus de travailleurs compétents, mettre au point de meilleures technologies et établir une meilleure organisation du travail.

Par conséquent, un énorme déséquilibre est apparu entre l’offre et la demande, au point que la déconnexion actuelle entre la croissance de la population et les mises en chantier de nouveaux logements est sans commune mesure avec tout ce que le Québec a connu depuis 50 ans. La pénurie de logements est particulièrement ressentie dans les grands pôles migratoires comme Montréal, elle s’est propagée dans les régions dans une certaine mesure, et elle touche toutes les classes sociales.


En plus de l’évolution de l’augmentation de la population (ligne bleue), le graphique trace celle des mises en chantier de nouveaux logements (ligne rouge) au Québec au cours des 12 mois précédant chaque trimestre depuis 2012. Il est inspiré des travaux (Graphiques chocs — Canada : « Le déficit de l’offre de logements bat un nouveau record en T3 [3e trimestre] ») de l’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion.

On y constate d’abord que la croissance accélérée de la population québécoise a commencé en 2016. Elle n’est pas due à une augmentation du nombre d’admissions à l’immigration permanente, puisque celui-ci, contrôlé en partie par le gouvernement du Québec, a affiché une moyenne de 50 000 par année de 2016 à 2023, sans montrer de tendance persistante à la hausse ou à la baisse. Elle résulte plutôt de la décision prise par le gouvernement fédéral en 2016 d’ouvrir la porte sans limites à l’immigration temporaire dans toutes les provinces, y compris au Québec.

[Selon Frédéric Lacroix,
l'Accord Canada-Québec prévoit le "consentement" du Québec pour l'accueil des immigrants temporaires (art. 22). Québec a le pouvoir de réguler le flux mais choisit de ne pas l'exercer.]

L’addition annuelle du nombre d’immigrants temporaires (étudiants, travailleurs temporaires, demandeurs d’asile et familles) au Québec est ainsi passée de 3 600 personnes en 2015 à 64 000 en 2019, puis à 149 000 récemment. Une chute marquée de l’immigration temporaire est survenue pendant la pandémie de 2020 et 2021, mais elle a repris son ascension en 2022 et 2023. C’est, de loin, la principale source de l’augmentation annuelle de la population totale du Québec indiquée par la ligne bleue, laquelle part d’un creux de 27 000 personnes en 2015 pour quadrupler à 107 000 en 2019, puis doubler encore à 204 000 depuis un an. Par contraste, la ligne rouge montre que les mises en chantier de nouveaux logements n’ont pas du tout suivi la croissance accélérée de la population de 2016 à 2023. Mais elles n’ont pas pour autant été réduites. Au milieu de 2015, la hausse annuelle de la population de 27 000 personnes au cours des 12 mois précédents pouvait aisément être soutenue par la hausse des mises en chantier, qui étaient au nombre de 36 000. Mais au milieu de 2023, les 42 000 mises en chantier enregistrées par la Société canadienne d’hypothèques et de logement dans l’année précédente étaient en déficit de 162 000 par rapport à l’accroissement de la population québécoise de 204 000 habitants cumulé entre septembre 2022 et septembre 2023. Il est vrai que les nouvelles mises en chantier ont pu atteindre un maximum de 68 000 logements en 2021. Mais même si ce rythme avait été reproduit en 2023 plutôt que de se limiter à 42 000, il aurait encore été en déficit de 136 000 logements relativement à l’addition de 204 000 personnes à la population.

Ailleurs au Canada, l’explosion démographique depuis 2016 a été encore plus forte qu’au Québec. Dans les 12 mois précédant l’été 2023, la population des autres régions du Canada s’est accrue de 976 000 habitants, soit presque cinq fois plus que les 204 000 du Québec. Il s’ensuit forcément que le déséquilibre entre logements offerts et demandés est encore plus prononcé à l’extérieur du Québec.

Dans le débat public qui fait présentement rage au sujet de la pénurie de logements, plusieurs causes possibles autres que l’explosion de la population sont mentionnées. Elles concernent toutes des restrictions à l’offre de logements et les difficultés qu’éprouvent les mises en chantier à suivre la cadence démographique, comme l’indique la ligne rouge du graphique. Parmi les causes évoquées, on compte la spéculation, les locations à court terme non conformes qui congestionnent le marché, le syndrome du « pas dans ma cour », l’insuffisance du financement public de logements sociaux et abordables, des réglementations inutiles ou abusives qui bloquent ou retardent la construction, une formation de la main-d’œuvre dont les exigences seraient excessives, la discrimination soupçonnée envers les travailleurs immigrants, et la réticence de certaines institutions prêteuses à financer la construction de logements locatifs.

Je ne veux ici juger ni de l’admissibilité de ces causes possibles de la pénurie de logements ni de l’efficacité des mesures gouvernementales visant à y remédier. Certaines d’entre elles sont sans doute bien réelles, d’autres, moins fondées. Il faut cependant comprendre que ces causes qui peuvent retenir les mises en chantier du côté offre existaient toutes bien avant que la question du logement dégénère en crise nationale. Le seul phénomène qui a constitué un changement assez important pour expliquer le déclenchement inattendu d’une crise majeure est bel et bien la vive expansion de la demande résultant de l’explosion de la population qui a cours depuis 2016.

Autrement dit, le problème actuel du logement découle surtout d’une demande débridée et non pas d’une offre réprimée (bien que des améliorations de l’offre soient toujours de mise). Ce verdict fait l’unanimité des analystes du marché du logement au Québec et au Canada, qu’ils soient chercheurs universitaires ou employés d’organismes publics ou privés.

Si l’on veut éviter que la pénurie de logements ne perdure, la solution qui s’impose est d’abandonner le laisser-faire actuel en matière d’immigration temporaire et de stabiliser le solde migratoire total du Québec à un niveau annuel gérable (de 80 000 peut-être ?), plutôt que de le laisser monter à 150 000 ou 200 000.

[Mythes pro-immigration]

Cet objectif de modération se heurte cependant à la croyance quasi universelle, mais complètement erronée, qu’une immigration plus abondante

  1. est un antidote efficace au vieillissement de la population,
  2. atténue la pénurie de main-d’œuvre dans l’ensemble de l’économie et
  3. fait croître le revenu moyen (PIB) par habitant de la population.

L’examen de la littérature de recherche réalisé par les chercheurs universitaires les plus réputés en économie de l’immigration au Canada a en effet démontré que ces trois assertions sont fausses. Mais elles continuent néanmoins d’imprégner les perceptions et le discours public et médiatique ambiant.

Les milieux d’affaires, tout particulièrement, mènent un incessant lobbying pro-immigration. Ils ne peuvent pourtant pas ignorer le fait que, dans l’ensemble de l’économie, les nouvelles dépenses des immigrants (notamment pour le logement) intensifient autant la demande de main-d’œuvre que leur arrivée ajoute à l’offre de main-d’œuvre, de sorte qu’au net, l’immigration laisse la pénurie globalement inchangée. Mais les associations patronales et d’affaires ne l’admettent jamais ouvertement. Car sous la pression continuelle de leurs membres, dont certains bénéficient individuellement de ces travailleurs temporaires, elles relancent plutôt chaque année leur lobbying en faveur d’un niveau d’immigration encore plus élevé que celui de l’année précédente.

Enfin, du fait que des mouvements racistes et d’extrême droite s’opposent à l’immigration sous bien des formes pour des raisons complètement différentes, certaines personnes en déduisent que tous ceux qui conseillent la modération doivent forcément en être. Il s’agit évidemment d’un pur sophisme. Mais il pourrait conduire, à mon sens, plusieurs observateurs, analystes, scientifiques, commentateurs et chroniqueurs influents à se retenir de proposer ouvertement un rythme d’immigration plus modéré, afin d’éviter d’être accusés de xénophobie ou de racisme latent.

Il serait pourtant si simple d’affirmer que l’immigration est nécessaire, mais qu’aller trop vite et trop loin risque de mettre à mal l’ouverture de la majorité des Québécois à l’endroit de ces nouveaux compatriotes qui viennent enrichir leur culture et leur société.

Voir aussi

Cirque parlementaire : la ministre Freeland refuse de donner le PIB/habitant (il baisse) et parle d’autre chose (Ukraine et incident à la frontière avec les États-Unis)
 
 

mercredi 6 décembre 2023

Saint Nicolas moderne


 

Voir aussi
 
Test Pisa : la Flandre recule davantage que la moyenne des pays de l’OCDE. En mathématiques, le recul de la Flandre est de 17 points (contre une baisse moyenne de 15 points dans l’OCDE) tandis qu’en sciences, la Flandre perd 11 points contre 4 seulement en moyenne pour le reste des pays étudiés.

Résultats Pisa : le niveau des élèves dégringole en maths et en français



lundi 4 décembre 2023

Une enquête révèle que la progression de l'anglais en Finlande parmi les immigrés préoccupe de nombreux Finlandais

Un grand nombre de Finlandais se sentent mal à l'aise à l'idée que l'anglais gagne du terrain au détriment du finnois et du suédois, selon une enquête commandée par Oma Kieli.
 
Panneau en anglais à Helsinki

Environ 85 % des personnes interrogées ont déclaré être entièrement ou partiellement d'accord avec l'affirmation selon laquelle les entreprises devraient servir les consommateurs principalement en finnois ou en suédois. Seules 10 % des personnes interrogées ne sont pas d'accord avec cette affirmation.

Le fait que l'anglais soit la seule langue de service est considéré comme discriminatoire par 82 % des personnes interrogées et comme non discriminatoire par 16 % d'entre elles.

Près des trois quarts (72 %) des personnes interrogées sont d'accord avec l'affirmation selon laquelle la disponibilité généralisée de services en anglais découragera les immigrants de développer leurs compétences en finnois ou en suédois. Près d'un quart (23%) des personnes interrogées ont exprimé leur désaccord, total ou partiel, avec cette affirmation.

Les personnes interrogées ont également estimé de manière prédominante que l'apprentissage d'une des langues nationales le plus tôt possible permettra aux immigrants de s'intégrer plus rapidement dans la société, avec 91 % d'accord et 6 % de désaccord avec l'affirmation.

L'anglais a gagné du terrain au fil des ans dans l'enseignement et la vie professionnelle et cette évolution semble principalement perçue de manière négative.
 
Panneau en anglais à Helsinki
 
Plus de la moitié (61 %) des personnes interrogées sont d'accord et 29 % ne sont pas d'accord avec l'affirmation selon laquelle la productivité du travail souffrira de l'utilisation de l'anglais sur un lieu de travail finlandais. On estime également que l'utilisation de l'anglais aura un impact négatif sur la qualité de l'éducation, 72 % des personnes interrogées étant d'accord et 21 % étant en désaccord avec l'affirmation selon laquelle l'enseignement dans une langue étrangère pour la plupart des étudiants nuira à la qualité de l'éducation en Finlande.

Les personnes interrogées ont également exprimé leur désapprobation quant aux efforts déployés pour présenter la Finlande comme un pays où les gens peuvent se débrouiller en anglais : 70 % des personnes interrogées étaient d'accord et 24 % n'étaient pas d'accord avec l'affirmation selon laquelle il ne faut pas présenter la Finlande comme un pays où l'on peut vivre en anglais.

Les résultats suggèrent également une large appréciation des deux langues officielles, le finnois et le suédois. Pas moins de 85 % des personnes interrogées sont d'accord et 14 % ne sont pas d'accord avec l'affirmation selon laquelle il est important que tous les Finlandais et les résidents permanents du pays connaissent le finnois ou le suédois.

L'enquête a été réalisée en septembre par Verian pour Oma Kieli, une organisation qui promeut le rôle du finnois et du suédois en tant que langues principales en Finlande. Les 1 338 personnes qui ont répondu à l'enquête représentent la population de plus de 18 ans de la Finlande continentale.

Les deuxième et troisième parties de l'enquête seront publiées ultérieurement et mettront en lumière les opinions du public sur les langues nationales, l'anglais dans différents secteurs de la société et la réglementation de la politique linguistique.


samedi 2 décembre 2023

Cirque parlementaire : la ministre Freeland refuse de donner le PIB/habitant (il baisse) et parle d'autre chose

Ottawa, le 27 novembre, comité permanent des Finances.

Question — quelle est l'évolution du PIB/habitant au Canada ?

Réponse de la ministre Freeland — votre parti a crié à l'acte terroriste et n'a pas soutenu l'Ukraine.

Mme Freeland après un appel au règlement est invitée par le président de la séance (le libéral Fonseca) de proposer une réponse en rapport avec la question...

Le PIB/habitant baisse au Canada depuis plusieurs trimestres. Dans une réponse précédant cet échange, M. Freeland parle du PIB brut (pas divisé par le nombre d'habitants) du Canada qui augmente.

Mme Freeland est la petite-fille de Mykhailo Khomiak (Ukrainien: Михайло Хомяк, plus tard anglicisé en Michael Chomiak) et d'Alexandra Loban. Ces deux grands-parents maternels se trouvaient alors dans un camp pour personnes déplacées dans la ville thermale de Bad Wörishofen en Bavière en Allemagne. Catholiques, Alexandra Loban est originaire de Rudniki, près de Stanislaviv (aujourd'hui Ivano-Frankivsk), et Michael Chomiak est né à Stroniatyn en Galicie. Pendant la seconde guerre mondiale, ce dernier fut éditeur d'un journal nazi antisémite en Pologne occupée, Krakivski Visti.

 

Transcription

Le député Philip Lawrence. – Il y a une question ici et vous n'y répondez pas. Je pense qu'il faut avoir de l'honnêteté intellectuelle dans cet échange. Je vous demande quel est le PIB par habitant. Notre PIB/habitant, par personne.

Chaque Canadien s'appauvrit. Il devient plus pauvre, Mme la Ministre. C'est un problème.

Je vous repose donc ma question. Un simple chiffre. Quel était le PIB/habitant au premier, au second ou au 3e trimestre ?

La ministre Freeland. –  Monsieur Lawrence... Nous avons eu des dialogues très respectueux et j'en suis reconnaissante. Mais je dois dire, après la performance de votre chef la semaine passée, alors qu'il lançait des accusations prématurées de terrorisme qui ont alarmé tous les Canadiens, et après le vote de votre parti refusant de soutenir l'Ukraine...


Le député Hallan.– Rappel au règlement, M. le président.

La ministre Freeland. –  ... c'est un peu fort de...

Le député Hallan.– Au début de la réunion, M. le président, vous indiquiez qu'il fallait donner le temps de répondre. Mais la réponse n'a aucun rapport avec la question.

Je vous invite à examiner la pertinence de sa réponse par rapport à la question posée.

Le président Fonseca. – Merci pour ce rappel au règlement. Oui, Mme la Ministre, être pertinente et...
M. le député Lawrence...continuez.

Le député Philip Lawrence. – Merci, Je répondrai à ma propre question puisque, malheureusement, vous vous y refusez - et je le dis avec le plus grand respect.

Au premier trimestre, c'était -0,6 (%), pour le second trimestre -0,28 (%).

La RBC prévoit, pour le 3e trimestre, une baisse par habitant de 0,31 (%).

Les Canadiens s'appauvrissent, Mme la Ministre.

Aux États-Unis, le PIB/habitant avoisine les 80 000 $,\N au Canada un peu plus de 50 000 $.
C'est un écart de 30 000 $. Cet écart n'a jamais été aussi grand.

Le PIB est étroitement lié à la richesse de la nation.Ce ne sont pas les super-riches, ce ne sont pas les Trudeau et les Morneau, qui en pâtissent. Ce sont les gens au bas de l'échelle. Si vous êtes un Morneau et vous perdez 10 % de votre richesse, cela fait un peu mal. Mais, si vous êtes une mère célibataire qui tente de boucler ses fins de mois, cela signifie que vous ne pouvez nourrir vos enfants.


Voir aussi

Le Québec a ainsi perdu quelque 5% de tous ses emplois à temps plein en 5 mois (1er décembre 2023)

67% des Canadiens considèrent que les cibles d'immigration sont trop élevées (novembre 2023)

« Malgré » une forte immigration, le niveau de vie au Canada est à la traîne : rapport de la TD (juillet 2023)

La hausse de l’immigration alimente la hausse des loyers (novembre 2023)

Baisse du PIB/habitant prévue pour l'Ontario (et sans doute le Québec) (novembre 2023)