lundi 12 mars 2018

Ressac face à une campagne anti-raciste dans les écoles de Colombie-Britannique et l'université de l'Ontario

Deux établissements d’enseignement canadiens ont, cette semaine, été la scène des campagnes visant à souligner le « privilège » racial de certains étudiants.

L’Institut de technologie de l’Université de l’Ontario (UOIT) a mis en place des affiches « encourageant » les étudiants à « prendre conscience de leurs privilèges » en utilisant une liste de catégories prétendument privilégiées telles que « chrétien », « blanc », « né au Canada », « hétérosexuel » et « homme ». Voir ci-dessous.

Devenez conscient des privilèges (un avantage social indu explique les affiches).
Rappelons que les femmes réussissent mieux dans le milieu scolaire que les hommes qui décrochent nettement plus que les filles. Et parmi ceux-ci, au Québec, les élèves blancs mâles francophones nés au Québec... Les immigrants de deuxième génération (nés au Québec de parents étrangers) sont plus persévérants dans leurs études que les petits Québécois dits « de souche », révèlent les plus récentes statistiques du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES). Égide Royer, professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université Laval, a observé dans les colonnes du Devoir que « Les élèves francophones nés au Québec réussissent nettement moins bien que les immigrants qui ne parlaient même pas français en arrivant ici. C’est fascinant ». Pas inquiétant ou désolant, fascinant. La belle distance scientifique. Les trois quarts (76 %) des élèves non immigrants du réseau public ont obtenu un diplôme ou une qualification sept ans après le début de leurs études secondaires, contre 82 % des élèves immigrants de deuxième génération. Il s’agit de statistiques décrivant la cohorte d’élèves ayant commencé ses études secondaires en 2009. L’écart est encore plus important chez les garçons : à peine 71 % des Québécois de souche ont un diplôme, tandis que 79 % des immigrants de deuxième génération l’ont obtenu (toujours après sept années d’études secondaires dans le réseau public).

Pendant ce temps, le district scolaire 74 en Colombie-Britannique a mis en place des affiches mettant en vedette des représentants de l’administration scolaire qui souligne leurs propres expériences du racisme et des privilèges.

Sur une affiche (voir ci-dessous), Teresa Downs, surintendante du district, se tient à côté d’une citation qui dit : « J’ai injustement profité de ma couleur de peau. Le privilège blanc n’est pas acceptable. » L’image ci-dessous, trouvée sur Twitter, y était marquée d’un « Luttez contre le mensonge ».

Sur une autre affiche, la directrice du district responsable de l’éducation des Autochtones, Tammy Mountain, apparaît à côté de la citation : « J’ai ressenti du racisme. Et vous ? »

Dans le cas de l’UOIT, les affiches semblent avoir été rapidement retirées après avoir été accueillies avec mépris par des internautes.

« Je suis membre de presque toutes les catégories, mais les auteurs de ces affiches n’ont aucune idée si j’ai eu un “accès injustifié au pouvoir social” à cause de cela », a écrit un critique sur la page Facebook de UOIT Student Life, le service universitaire à l’origine de ces affiches.

Un reportage de la télévision locale de la CBC sur ce sujet donna la parole à Kansas Field Allen, une mère qui s’était plainte sur Facebook que cette campagne encourageait la conscience raciale des élèves et qu’elle semait ainsi la division raciale.

« Je dirais que 95 % des gens veulent qu’on retire ces affiches, et cela de la part de toutes les races », a-t-elle déclaré.

Field Allen, a déclaré avoir reçu des messages qui la blâmait d’avoir élevé des « enfants racistes blancs ». Pourtant, son mari n’est pas blanc et ses enfants ne le sont donc pas (voir ci-dessous).


Le professeur David Haskell de l’université Wifred Laurier a produit un gazouillis sur ces campagnes de « sensibilisation » :


Entretemps, au Québec (enfin « meanwhile, back in Quebec »)

Il ne faut pas croire que cette chasse aux privilèges des « blancs », « chrétiens », « mâles » « nés au Canada » se limite au Canada hors Québec. En réalité, les mêmes causes ont les mêmes effets. Les causes : d’une part, non seulement le multiculturalisme officiel, mais une même idéologie accusatrice répandue dans les universités et les gros médias et au premier chef par les diffuseurs publics et, d’autre part, le terreau fertile d’une société de plus en plus fragmentée et communautarisée par l’immigration massive.

Lize Ravary s’est dite « en état de choc » après avoir participé mercredi dernier à un panel sur le racisme au Québec, organisé par l’émission d’affaires publiques The Current à la radio de la CBC. Extraits de son article :
Panéliste, une jeune avocate en vue née de mère québécoise convertie à l’islam et de père érythréen a déclaré, pesant chaque mot, que les Québécois ont des comportements profondément racistes.

[...]

Ce soir-là, j’ai été confrontée [je me suis heurtée] à l’antiracisme, un racisme concocté dans les universités américaines, contre les Québécois. Pour comprendre les Québécois de vieille souche, il faut connaître leur histoire. Leurs souffrances, le racisme dont ils ont été et sont encore victimes. Leurs victoires aussi. Mais les gens que j’ai entendus mercredi n’ont aucun intérêt pour le peuple québécois. Nous sommes majoritaires, nous sommes blancs et chrétiens. Nous sommes l’ennemi. Une jeune femme noire s’est levée pour dénoncer la suprématie blanche au Québec, « source de tous les problèmes ». Une prof noire de McGill sur le panel a dit que les Québécois se servent de la langue comme excuse pour refuser des emplois aux « racisés ». La jeune avocate s’est plainte d’avoir à faire du white passing, agir comme une blanche. Par exemple, se lisser les cheveux pour être acceptée.

[...]

L’avocate a dit que si nous pouvions porter des costumes à l’Halloween, les musulmanes doivent pouvoir porter le niqab. Misère. Pures créatures du multiculturalisme canadien.

[...]

Elles l’affirment sans gêne : c’est à nous de nous adapter. Les « racisés » n’ont pas à adopter les normes des Blancs pour réussir. Commentaire bébête : si je vivais au Sénégal, je porterais des boubous. Vers la fin, une dame juive s’est levée pour dire qu’elle aurait aimé qu’on parle de laïcité et d’islam politique. Elle s’est fait rabrouer par l’avocate musulmane : « Ce soir, ce n’est pas une plateforme pour les Blancs. Et arrêtez de parler d’islam politique. »

Le député conservateur québécois Maxime Bernier s’est également retrouvé au centre d’un vif échange sur Twitter avec la députée libérale noire Celina Caesar-Chavannes née dans les Antilles.



Au lendemain du budget fédéral, Bernier n’a pas apprécié que le ministre de l’Immigration Ahmed Hussen, né en Somalie, tweete qu’il s’agissait d’un budget « historique pour les Canadiens racisés ».

Bernier n’a pas aimé pas ce « jargon » qui divise, « préférant vivre dans une société qui traite les gens de manière égale sans être définis par la couleur de leur peau. »


La députée noire Caesar-Chavannes n’a pas apprécié le message de Maxime Berner. « S’il vous plaît, dites à cet homme hautement privilégié que la lutte à la discrimination vise l’équité et la justice et non pas, comme il le dit, la création d’une société daltonienne... Taisez-vous ! » Mme Caesar-Chavannes a ajouté qu’un refus de prendre en considération la couleur de la peau contribue au racisme...

Ah, toute cette diversité et son cortège d’enrichissements mutuels et de vivre-ensemble joyeux et tolérant.

Sources : Twitter, Toronto Sun, Journal de Montréal et Edmonton Journal

Floride — Les élèves intimidés pourront fréquenter gratuitement une école privée

Les élèves victimes d’intimidation pourront obtenir de l’argent pour être transférés dans des écoles privées en vertu d’une loi signée dimanche par le gouverneur Rick Scott de Floride.

Le gouverneur républicain a approuvé le projet de loi HB 7055 qui était une des priorités du président de la Chambre, le républicain Richard Corcoran et le président du Sénat, Joe Negron. L’approbation de ce projet de loi s’est produite quelques heures avant la fin de la session législative de 2018.

Le député Corcoran l’a appelé un « grand jour pour l’éducation en Floride. »

Les bourses « Hope » proposées par Corcoran seraient financées par des automobilistes jusqu’à concurrence de 40 millions de dollars par année.

Les élèves intimidés de la maternelle à la 12e année seraient admissibles à ce programme. Programme que les démocrates et le plus important syndicat d’enseignants de l’État, la Florida Education Association, ont ridiculisé en la traitant d’autre expansion au programme de chèque scolaire pour l’école privée.

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dimanche 11 mars 2018

De moins en moins de personnes meurent lors de catastrophes naturelles liées au climat

L’écologiste sceptique, Bjørn Lomborg, a fait remarquer aujourd’hui que de moins en moins de personnes meurent dans des catastrophes naturelles liées au climat.



C’est de toute évidence le contraire de ce qu’on entend habituellement, mais c’est peut-être parce que nous sommes souvent mieux informés en permanence dès qu’un désastre se produit. Le nombre d’événements signalés est en augmentation, mais c’est principalement dû à une meilleure collecte d’information, à des seuils plus faibles avant qu’on en parle et à une meilleure accessibilité (l’effet chaîne d’information 24 h/24). C’est ainsi que,  pour le Danemark, la base de données des catastrophes ne reprend que des informations portant sur des événements ultérieurs à 1976.

Mais si l’on observe le nombre de morts annuel, on a une tout autre vision des choses. Comme ces chiffres fluctuent énormément d’une année à l’autre (surtout dans le passé, avec d’énormes sécheresses et inondations en Chine), on a lissé ces chiffres en prenant des moyennes annuelles de victimes par  décennie (1920-29, 1930-39, etc.), la dernière période servant à la moyenne annuelle allant de 2010 à 17. Les données proviennent de la base de données mondiale la plus respectée, la base de données internationale sur les catastrophes, http://emdat.be/emdat_db/. il y a une certaine incertitude quant à l’établissement de rapports complets dès les premières décennies, c’est pourquoi ce graphique commence en 1920 et, s’il existe une certaine incertitude quant aux premières décennies, les chiffres et ce graphe sous-estiment le nombre de victimes dans le passé.

Diminution du nombre de décès.

Bjørn Lomborg souligne que cela ne signifie ni qu’il n’y a pas de réchauffement climatique — personnellement nous l’espérons pour le Québec — ni que le climat ne pourrait pas éventuellement causer plus de victimes (la population continue d’augmenter rapidement en Afrique par exemple). Mais ce que ces statistiques indiquent c’est que notre richesse et notre prospérité grandissantes et notre faculté d’adaptation ont largement surpassé tout impact négatif du climat.

Notez que la réduction des décès absolus s’est produite alors que la population mondiale a été multipliée par quatre. Le risque individuel de mourir lors de catastrophes liées au climat a diminué de 98,9 % depuis 1920. L’année dernière, moins de personnes sont mortes à la suite de catastrophes climatiques que lors de n’importe quelle année des trois précédentes décennies (1986 partage cet honneur).

Curieusement, alors que les décès liés au climat ont fortement diminué depuis 70 ans, les décès non climatiques n’ont pas connu un déclin similaire. Ils devraient probablement davantage intéresser nos médias et nos pouvoirs publics.

Source : base de données internationale sur les catastrophes, http://emdat.be/emdat_db/


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Terre — Et si ce n’était pas la catastrophe annoncée ?

Le crépuscule du mouvement réchauffiste ?

Numérique à l'école, la panacée ?

Pendant que l’on pérore sur l’interdiction du portable intelligent à l’école, les nouvelles technologies continuent d’investir les classes de nos enfants.

Paradoxe ? C’est possible. Au moins, faut-il s’interroger sur l’intérêt de retirer les téléphones des mains de nos écoliers, pour qu’une fois dans la classe, on leur enseigne sur un tableau numérique, tout en leur donnant un stylet et une tablette tactile, et qu’on les oblige à se connecter sur Internet dès leur retour au domicile familial pour y consulter le cahier de textes numérique ou d’y faire leurs devoirs…

Ces dernières années ont vu se développer des ENT (espaces numériques de travail) dans presque tous les établissements ainsi que de nombreux programmes pédagogiques expérimentaux, fondés sur le « tout-numérique ». Ils ont été imposés dans les classes, jusqu’à remplacer les méthodes dites traditionnelles : apprentissage de la lecture sur tablette, exercices de maths sur tableaux numériques, tout est bon pour remplacer le vieux tableau à craie, dépassé…



Mais nos enfants apprennent-ils mieux sur écran ? Rien n’est moins sûr, à en croire les rapports d’évaluation de ces expériences. Catherine Lucquiaud, informaticienne de formation (titulaire d’un doctorat), chef de projet et enseignante, a décortiqué de nombreux retours. Et il faut bien le dire : le bilan global interroge.

Lire l’article en entier :

lundi 5 mars 2018

France — dédoublement des classes en banlieues, fermeture de 200 à 300 classes en milieu rural

Jean-Michel Blanquer a annoncé des fermetures de classes tout en assurant qu’il y aurait plus d’ouvertures que de fermetures. Le monde éducatif craint de voir la campagne lésée.

Environ 200 à 300 classes « grand maximum » en milieu rural fermeront pour la rentrée prochaine, a déclaré lundi 5 mars le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, au micro de France Inter, après des semaines de contestation en zones rurales. M. Blanquer a ensuite assuré qu’on « ouvrait plus de classes que l’on en fermait ».

« J’ai été interpellé à l’Assemblée par des députés qui protestaient contre ce soi-disant sacrifice du rural et c’étaient des départements où on crée des postes », a précisé le ministre. « On parle de ce que l’on ferme, mais on peut parler de ce que l’on ouvre », a-t-il renchéri.

Les syndicats, des enseignants et des élus locaux disent que les ouvertures de classe, notamment grâce au dédoublement des CP et CE1 [deux premières années du primaire] en éducation prioritaire, ont lieu dans les banlieues prioritaires [immigrées]. Ils craignent que cette politique de dédoublement en éducation prioritaire [12 élèves par classe plutôt que 24], qu’ils soutiennent, s’effectue au détriment des classes à la campagne.

Le ministre a assuré être « le premier fervent partisan des écoles rurales » et qu’il travaillait « justement pour préserver » ces écoles. « Je suis engagé en ce moment dans une politique de reconquête du monde rural, on va créer des internats ruraux », a-t-il ajouté.

Dédoublement des classes en banlieues immigrées une mesure gourmande en ressources

Car la mesure phare de Jean-Michel Blanquer dans le primaire, le dédoublement des CP [1re année du primaire] de REP et REP+ [éducation prioritaire] — mesure qui devait être progressivement étendue au CE1 [deuxième primaire] dès septembre — est gourmande en postes. Certes le ministre en crée : 3 881 pour l’année prochaine, a-t-il annoncé, alors, souligne-t-il, que la démographie des élèves est en baisse. Pourtant, des classes vont fermer, voire des écoles entières. C’est le cas chaque année, et chaque année c’est la même émotion. Mais cette année, l’accusation de déshabiller Paul pour habiller Jacques revient comme un leitmotiv.

En Moselle [Nord-Est de la France], par exemple, 88 fermetures de classes sont envisagées, pour vingt ouvertures. Les postes supplémentaires créés ont tous été « avalés » par le fameux dédoublement. Le cas le plus emblématique est celui de Havange, un village de la vallée de la Fensch coincé entre le Pays-Haut (bassin de Longwy) et la frontière luxembourgeoise. La classe unique de la commune, qui compte 450 habitants, sera supprimée en septembre, faute d’un effectif suffisant. Là où il aurait fallu dix-neuf élèves pour son maintien, quinze enfants, seulement, ont été comptabilisés dans la perspective de la prochaine rentrée. « Fermer une classe revient ici à fermer l’école et ce n’est pas acceptable, car ce serait la mort du village », se désole Alain, parent d’élèves.

Au Sénat, l’élu lorrain Jean-Louis Masson (divers droites) a interpellé Jean-Michel Blanquer, mardi 20 février, lors de la séance de questions au gouvernement. « Dans la ruralité, on exige dix-neuf élèves pour maintenir une classe unique alors que dans certains quartiers urbains dits “sensibles”, le gouvernement a fixé le seuil à douze élèves pour [les CP et les CE1, les deux premières années du primaire]. Eh bien, je le dis, c’est une honte ! » s’est étouffé le sénateur, dénonçant « une logique absurde et purement comptable ». Quant au maire d’Havange, Marc Ferrero, il ne décolère pas : « Je suis maire depuis 2001, j’ai moi-même fréquenté l’école du village, tout comme mes enfants. J’ai connu, en tant qu’élu, des périodes où les élèves étaient douze ou treize et jamais nous n’avons été inquiétés ! » et de conclure sévèrement : « Victor Hugo voulait fermer des prisons et ouvrir des écoles. Ce gouvernement fait tout le contraire. »

Tous les moyens sont en réalité phagocytés par les dédoublements de classes en zone REP et REP+ et les effectifs moyens des autres classes explosent

Les banlieues immigrées : des élèves « en retard » malgré un meilleur encadrement

Dans sa dernière note d’information, le Département d’études statistiques de l’Éducation nationale (DEPP) publie un « état des lieux » de l’éducation prioritaire (EP).

Dans le document, l’organisme rappelle avant toute chose qu’il ne s’agit « pas d’une évaluation » de l’EP, mais que cette étude « vise à faire un point » dessus, « aussi complet que possible » — puisque le dispositif REP+ n’est entré en application qu’à la rentrée 2015.

Premier constat : près de trois collégiens de REP+ sur quatre sont « très défavorisés socialement ». À la rentrée 2017, l’éducation prioritaire regroupe 6700 écoles, ainsi que 1097 collèges publics, dont 365 en réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+). Or, selon le DEPP, « 9 collèges sur 10 en REP+ accueillent plus de 60 % d’élèves d’origine sociale défavorisée », contre « seulement 6 % des collèges hors EP ».

Par ailleurs, les enseignants qui exercent en éducation prioritaire sont « en moyenne jeunes », avec peu d’ancienneté dans le même collège — ce qui « met en évidence leur taux de rotation » dans les établissements. Selon le DEPP, en 2016-2017, 45 % des professeurs enseignent en EP depuis deux ans ou moins, contre 33 % pour les autres collèges publics. « Les enseignants y sont par ailleurs plus jeunes que leurs homologues des autres établissements publics : 38 % des professeurs de collège en REP+ ont 35 ans ou moins ; cette part est de 36 % en REP et de 22 % hors EP », indique l’étude.

Deuxième constat : les collégiens en REP+ sont « plus fragiles » scolairement. « Près d’un élève sur cinq est en retard à l’entrée en 6e » — la maîtrise par les adolescents d’EP des compétences du socle commun de connaissances et de compétences étant « moins solide », selon le DEPP.

« Toutefois, l’éducation prioritaire ne concentre qu’une minorité des élèves en retard : 13,3 % des élèves de 6e en retard sont scolarisés en REP+ et 19,5 % en REP. Près de 7 élèves en retard sur 10 sont ainsi scolarisés hors EP », relativise l’étude.

Enfin, selon le DEPP, la situation est « similaire » en primaire, avec un taux d’encadrement « un peu meilleur » dans les écoles de l’éducation prioritaire (20,6 élèves par classe en REP+ et 22,3 en REP, contre 23,8 pour les écoles hors EP).

« Ces taux d’encadrement n’incluent pas les enseignants relevant du dispositif Plus de maîtres que de classes. De tels écarts entre les écoles de l’éducation prioritaire et les autres sont structurels. Ils ont été augmentés avec la mise en place des CP dédoublés [12 élèves par classe] en REP+ : 95 % des classes de CP en REP+ sont des classes uniques et 89 % d’entre elles comptent 15 élèves ou moins », conclut l’étude.

Sources : Le Monde, Le Point, DEPP

dimanche 4 mars 2018

Programme du PQ en éducation — Faire connaître leurs racines aux enfants du Québec

S'inspirant d'initiatives à succès comme Enseigner le Kamouraska, la porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d'éducation primaire et secondaire et de persévérance scolaire, Carole Poirier, et le porte-parole en matière d'identité nationale, Pascal Bérubé, ont annoncé qu'un gouvernement du Parti Québécois, par le biais de projets pilotes, offrira aux élèves de 2e et 3e cycles du primaire des activités de découverte, de familiarisation et d'attachement à leur identité, à leur histoire et à leur réalité.

Par le lancement de projets pilotes, un gouvernement du Parti Québécois entend offrir aux élèves québécois de 2e et 3e cycles du primaire des activités de découverte, de familiarisation et d'attachement à leur histoire locale et régionale.

Ces activités, en lien notamment avec les MRC et les sociétés d'histoire locales, s'inscriront aux domaines actuels « Univers social » et « Science et technologie » ou dans le cadre du cours d'éducation à la citoyenneté qui remplacera le cours Éthique et culture religieuse.

Une somme de 20 M$ sera allouée annuellement pour couvrir les coûts des projets éducatifs, qui devront répondre à des critères précis.

Dix demi-journées y seront consacrées sur 3 ans.

vendredi 2 mars 2018

Famille, autorité, limites, nation : la Désintégration tranquille

Famille, autorité, héritage, nation : au-delà de son aspect festif, le mouvement des années soixante (Mai 68 en France, la Révolution tranquille au Québec, le mouvement de contre-culture aux États-Unis) précipita, par la remise en cause des valeurs traditionnelles, la grande désagrégation des sociétés occidentales. Le chroniqueur Éric Zemmour se penche sur le bouleversement que ce mouvement causa.

Une des idoles de Mai 68 : Mao Tsé-toung, qui, avec sa Révolution culturelle, vient d’envoyer à la mort des millions de Chinois.

Maintenant on sait. On sait que Mai 68 n’était qu’une ruse de l’histoire. On sait que le marxisme emphatique des jeunes révolutionnaires n’était qu’une manière détournée de faire le jeu du marché. On a lu Régis Debray, dès 1978, et Luc Ferry, au milieu des années 1980. Avant eux, l’Américain Christopher Lasch, et tous les autres depuis. On sait que la « crise de civilisation » diagnostiquée alors par Georges Pompidou était surtout une mutation du capitalisme, qui passait d’un système fondé sur la production, l’industrie et l’épargne, à une économie basée sur la consommation, les services et la dette. On sait que même la « grève générale », rêve séculaire de tous les syndicalistes, a été noyée sous les augmentations de salaire — bientôt dévorées par la dévaluation du franc et l’inflation — et le retour de l’essence dans les stations-service pour les départs du pont de la Pentecôte.

On sait que le talent du slogan travaillé dans les ateliers de la Sorbonne s’est reconverti dans les agences de publicité. On sait que la libido des étudiants de Nanterre qui voulaient aller dans le dortoir des filles s’est transmuée en pulsion de consommation. On sait que leur universalisme utopique a fait le lit du marché mondial des capitaux et des marchandises. On sait que leur antiracisme généreux a forgé dans l’ouest de l’Europe des sociétés multiculturelles où chacun suit sa coutume, ses racines, sa loi religieuse. On sait que l’austérité virile des militants maoïstes a été subvertie et vaincue par le féminisme hédoniste du MLF et des mouvements « gays ».

On sait que Mai 68 a commencé avant mai 1968. À Vatican II, avec la chute de la pratique du catholicisme. Ou en cette même année 1965, avec la fin du baby-boom démographique. Ou en 1967, avec la légalisation de la pilule. Ou avec les émeutes raciales de Los Angeles ou les manifestations contre la guerre du Vietnam, ou l’émergence du « politically correct », la défense véhémente des minorités. On sait que Mai 68 n’a pas été seulement français, mais occidental (Italie, Allemagne, États-Unis), et même européen (Prague) et même mondial (Mexique). On sait que Mai 68 a été cependant la voie française pour fermer le ban de l’histoire révolutionnaire du pays en faisant une ultime révolution pour rire. Une dernière révolution, mais sans mort ou presque. Une révolution faite au nom du peuple par les fils de la bourgeoisie. Comme 1789 et 1848. Et, comme d’habitude, disait déjà Marx à propos de 1848, l’histoire se répète, la première fois en tragédie, et la seconde en farce. Mai 68, ce fut farces et attrapes.

Le général de Gaulle avait joué le rôle de Richelieu et celui de Louis XIV ; les rebelles de la Sorbonne jouèrent donc aux enragés de 1793. La cible était idéale. De Gaulle, c’était tout à la fois le dernier père avant les papas poussettes, le dernier chef avant les cadres, la dernière incarnation de la nation avant la dissolution de la nation, le dernier homme avant les adolescents féminisés.

La cible était parfaite et peu importe qu’elle ait elle-même préparé le terrain, par de nombreuses mesures « émancipatrices », à ceux qui allaient le renverser. Sa mort, en 1970, était concomitante de la loi qui mettait un terme à la puissance paternelle dans la famille.

Constraste dans une rue parisienne : le slogan hédoniste et le vieux bourgeois

Balzac avait dit que la mort du roi sur la guillotine avait été la mort de tous les pères. L’histoire repassait les plats avec la mort de De Gaulle. Les pères n’étaient plus que des papas, et les papas, que des secondes mères. La famille patriarcale passait sous le règne du matriarcat, dont les hommes s’échappaient, par le corps (explosion du nombre des divorces ou des familles monoparentales) ou par l’esprit. L’égalitarisme révolutionnaire passait partout, entre les hommes et les femmes, mais aussi entre les parents et les enfants, même entre les différentes sexualités. Il était interdit d’interdire. Tous égaux, tous sujets, tous dotés de droits. On n’était plus une famille, avec un père, une mère et des enfants, mais « on faisait famille » avec des individus égaux en droits, aux sexualités diverses. La famille n’est plus le lieu de la transmission, d’un héritage culturel et matériel, mais le lieu de l’épanouissement des individus. C’est là où les nécessités du marché (devenir un consommateur) rejoignent les anciens fantasmes révolutionnaires (détruire la famille bourgeoise). Là où les libéraux s’allient aux libertaires. Là où les mouvements féministes s’allient aux mouvements homosexuels, devenus « gays ». Là où les minorités sexuelles s’allient aux minorités ethniques. Avec un ennemi commun : le mâle blanc hétérosexuel occidental.

Un des slogans de Mai 68 était : tout est politique. Ils ne parlaient pas en l’air. Tout : famille, école, Église, parti, syndicat, sexe, nation, toutes les structures hiérarchiques et verticales seraient subverties et renversées. Mises à bas. Toutes les identités seraient remises en cause. Au nom de la liberté, on n’avait que des droits. Au nom de l’égalité, la société n’avait que des devoirs. Au nom du marché, on était un individu roi à qui il était interdit d’interdire. Mais, au nom de l’ancienne vulgate marxiste, nous sommes tous des « damnés de la terre » qui devront faire rendre gorge à notre ancien maître : le père, le prof, le patron, le prêtre, le ministre et, plus largement, l’homme, le blanc, le Français. La majorité est sommée de s’incliner et de se soumettre aux minorités. La redécouverte dans les années 1980 de Tocqueville, considéré comme un horrible aristocrate libéral par les révolutionnaires marxistes des années 1960, permettait de retourner l’antique malédiction des démocraties : puisque Tocqueville avait bien vu que le danger était la dictature des majorités sur les minorités, il fallait empêcher par tous les moyens cette tyrannie majoritaire. Au nom des droits de l’homme, on donna donc aux juges le moyen de contenir la moindre contrainte, la moindre « discrimination » de la moindre minorité. La démocratie n’était plus le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple, mais le pouvoir du juge, au nom du droit, pour les minorités. Le résultat ne se fit pas attendre : au nom de la nouvelle religion des droits de l’homme, le principe sacré de « non-discrimination » affirmait la tyrannie du juge et des minorités. On appelait cela avec emphase « l’État de droit ».

Après 68, les slogans forgés dans les ateliers des universités seront reconvertis dans les agences de publicité

Les anciens révolutionnaires qui avaient retenu de Marx que le droit en général, et les droits de l’homme en particulier, n’était que l’arme de la bourgeoisie pour affermir son pouvoir et contenir les assauts du prolétariat, retournèrent leur veste avec maestria et devinrent les défenseurs les plus forcenés des droits de l’homme. C’était leur nouvelle religion séculière après le communisme. Après la défense du prolétariat, la défense des minorités. Après la lutte contre le capitalisme, la lutte conte le néocolonialisme. Après le communisme, l’antiracisme. Religion dont ils devinrent les nouveaux prêtres. La religion avait changé, mais les bûchers de l’Inquisition étaient allumés par les mêmes. Les fascistes d’avant étaient seulement devenus les racistes d’aujourd’hui.

La pensée conservatrice affirme depuis longtemps qu’une nation n’est qu’une famille de familles. Il était inéluctable que la désagrégation de l’une entraînât celle de l’autre. Le constructivisme né dans les cerveaux des théoriciens français — Deleuze, Guattari, Foucault — nous revenait auréolé de son passage dans les campus américains des années 1960. Rien n’était naturel, tout était social. Rien n’était biologique, tout était culturel. C’était la victoire absolue de l’existentialisme de Sartre. On ne naît pas femme, on le devient. Ou pas. On ne naît pas homme, on le devient. Ou pas. On ne naît pas français, on le devient. Ou plus. Tous les instruments de l’assimilation — prénoms, vêtements, langue, école, histoire, culture, cuisine —, qui avaient permis l’intégration de générations d’immigrés venus de toute l’Europe, étaient rejetés au nom du respect des cultures et du prestige de la « diversité ». Là encore, la conjonction très française de la liberté et de l’égalité, du libéralisme, mais aussi de l’ancienne vulgate marxiste, faisait des ravages. Libres de suivre et d’imposer sa culture d’origine, sa tradition, sa religion, même si elle vient en contradiction avec la culture dominante de la France ; mais égaux, au nom du scrupuleux respect du principe de « non-discrimination ».

Autre slogan cher à la Désintégration tranquille

Cette double injonction est destructrice de la nation, qui n’est plus qu’un territoire sans passé où cohabitent des communautés diverses, au nom d’un « vivre-ensemble » oxymorique. Mais c’est bien l’objectif. Daniel Cohn-Bendit disait, bien des années après ses « exploits » de Mai 68 : « Le peuple français n’existe pas ; et la notion même de peuple n’existe pas. » Le véritable héritage de Mai 68 est sans doute là, dans cette destruction voulue, pensée, imposée, des individus, des familles, des peuples, des nations. Ce nihilisme anarchisant s’épanouit au nom d’un universalisme totalitaire hérité du marxisme, marié avec le libéralisme de marché et qui n’a plus comme objectif de sacrifier la bourgeoisie sur l’autel du prolétariat, mais les peuples européens sur l’autel du métissage généralisé. Mai 68 a gagné depuis longtemps. Les rebelles sont devenus le pouvoir. Un pouvoir qui se prétend toujours rebelle. Et qui traite toujours ses opposants de conservateurs. Alors que les conservateurs, ce sont eux. Mais la révolte gronde. Elle est disparate, éclatée, divisée. C’est le succès de la Manif pour tous, en 2013, contre le mariage homosexuel. C’est le réveil d’un catholicisme identitaire qui a compris le danger de l’islam. Mais c’est aussi, dans les banlieues, un patriarcat islamique souvent virulent, et parfois violent, porté par les « grands frères », qui se vit en opposition avec le féminisme de leur société d’accueil. C’est même, sans qu’elles le comprennent elles-mêmes, la montée en puissance d’un néopuritanisme féministe qui, au nom des droits des femmes, remet en cause l’hédonisme libertin des anciens soixante-huitards, qu’ils soient producteurs de cinéma, photographes ou politiques. C’est enfin, à l’est de l’Europe, la coalition de peuples qui entendent bien sauvegarder tout à la fois leur cohérence nationale et leurs racines chrétiennes.

Toutes ces révoltes ne se valent pas. Elles sont même souvent antinomiques, et même adversaires. Elles sont toutes le produit de la désagrégation des sociétés occidentales depuis Mai 68, de toutes les identités, individuelles, familiales, religieuses, et nationales.

Sur les ruines de Mai 68, il faudra un jour reconstruire.

mardi 27 février 2018

Méta-étude — Différences entre les sexes dans les préférences des enfants en matière de jouets

Selon une enquête publiée dans la revue Infant and Child Developement, dès leur plus jeune âge, la plupart des enfants choisissent de jouer avec des jouets typiquement associés à leur sexe.

Afin d’isoler les variables qui prédisent la préférence des jouets, les auteurs ont réalisé une méta-analyse des études d’observation de la sélection libre des jouets par les garçons et les filles âgés de 1 à 8 ans. D’un fonds initial de 1788 articles potentiels, 16 études (portant 787 garçons et 813 filles) répondaient aux critères d’inclusion des chercheurs. 

Ils ont constaté que les garçons jouaient plus avec des jouets de garçons que les filles (Cohen d = 1,03, p < 0,0001) et que les filles jouaient plus avec les jouets de filles que les garçons (Cohen : d = -0,91, p < 0,0001). La métarégression n’a montré aucun effet significatif de la présence d’un adulte, du contexte de l’étude, de la localisation géographique de l’étude, de la date de publication, de l’âge de l’enfant ou de l’inclusion de jouets neutres. Cependant, une analyse plus poussée des données sur les garçons et les filles a révélé que les garçons plus âgés jouaient plus avec les jouets de type masculin qu’avec les jouets de type féminin (β = 0,68, p < 0,0001).



Faits saillants

  • Des différences entre les sexes dans le choix des jouets existent et semblent être le produit de forces innées et sociales.
  • Malgré la variation méthodologique dans le choix et le nombre de jouets offerts, le contexte de test et l’âge de l’enfant, la constance dans la découverte des différences sexuelles dans les préférences des enfants pour les jouets typés selon leur propre sexe suggère que la force de ce phénomène et sa probabilité sont d’origine biologique.
  • Le temps que les garçons jouent avec des jouets typiques pour garçons augmente à mesure que les garçons vieillissent, mais on n’a pu retrouver la même tendance chez les filles ; cela indique que les effets sociaux stéréotypés peuvent persister plus longtemps chez les garçons ou qu’il existe une prédisposition biologique plus forte pour certains styles de jeu chez les garçons.

Les pères célibataires meurent plus jeunes

Le risque de mourir prématurément est plus que doublé pour les pères célibataires par rapport aux mères célibataires ou aux pères en couple, selon une étude publiée jeudi et réalisée au Canada.

« Notre étude souligne que les pères célibataires ont une mortalité plus élevée, et démontre la nécessité de politiques de santé publique pour contribuer à identifier et soutenir ces hommes », a affirmé l’auteur principal, Maria Chiu, chercheuse en santé publique à l’université de Toronto.

Publiée par The Lancet Public Health, l’étude porte sur des questionnaires de santé auprès de 40 500 personnes entre 2000 et 2012.

Chez les 871 pères sans compagne dénombrés, le taux de mortalité atteignait 5,8 pour mille. C’est nettement plus que chez les mères célibataires (1,7 pour mille) et les pères en couple (1,9 pour mille).

En prenant en compte des facteurs spécifiques à ces pères célibataires, en moyenne plus âgés et plus souvent atteints par le cancer ou les maladies cardiovasculaires, le risque de mortalité restait deux fois plus élevé.

La raison n’est pas établie avec certitude, mais les chercheurs soupçonnent le stress et « des modes de vie moins sains » : alimentation peu équilibrée, manque d’exercice physique, et consommation plus forte d’alcool. De plus, ces hommes ont, semble-t-il, « moins souvent un réseau social, une assistance sociale ou un soutien dans l’éducation de leurs enfants » que les mères célibataires.

Par rapport à elles, qui ont plus souvent été abandonnées par leur partenaire avant la naissance d’un enfant, les pères seuls sont plus fréquemment veufs, divorcés ou séparés après une relation durable.

Les séparations font que de plus en plus d’enfants dans le monde vivent avec un seul parent.

Aux États-Unis, la proportion est passée de 8 à 23 % entre 1960 et 2016, selon le Bureau du recensement. En Europe, le Danemark est d’après l’OCDE le pays à la plus forte proportion de ménages monoparentaux (23 % avec une femme, 7 % avec un homme).

Un démographe de l’ONU, Joseph Chamie, avait calculé en 2016 que « sur les 2,3 milliards d’enfants que compte le monde, 14 %, soit 320 millions, vivent dans une famille monoparentale ».

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France — Le grand oral du bac risque d’être une fabrique de conformisme

La création d'un grand oral au baccalauréat encouragera le politiquement correct au détriment des savoirs fondamentaux, argumente l'essayiste Roland Hureaux dans le Figaro. Roland Huteaux est un an­cien élève de l’École nor­male su­pé­rieure et de l’École na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion, l’au­teur a été le col­la­bo­ra­teur de Phi­lippe Sé­guin. Il a pu­blié, no­tam­ment, « Les nou­veaux féo­daux, l’er­reur de la dé­cen­tra­li­sa­tion » (Gal­li­mard, 2004) et « La grande dé­mo­li­tion, la France cas­sée par les ré­formes » (Bu­chet-Chas­tel, 2012).

Se sou­vient-on en­core du pas­sage de Claude Al­lègre au mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion na­tio­nale ? Il y re­cueillit la sym­pa­thie de la droite par quelques for­mules-chocs comme la pro­messe de « dé­grais­ser le mam­mouth ». Non seule­ment il n’en fit rien, mais ce mi­nistre pro­fi­ta de cette po­pu­la­ri­té fac­tice pour pour­suivre les ré­formes les plus no­cives.

M. Blan­quer, pour sa part, mul­ti­plie les pe­tits si­gnaux en di­rec­tion de la droite édu­ca­tive : re­tour du la­tin (sans ré­ta­blis­se­ment du Capes de lettres clas­siques, néan­moins), classes bi­lingues, re­dou­ble­ments au­to­ri­sés, ap­pren­tis­sage ana­ly­tique de la lec­ture, cho­rales voire uni­forme à l’école. On com­prend la sa­tis­fac­tion que sus­citent ces an­nonces, mais il fau­drait at­tendre de voir quelle mise en oeuvre sui­vra avant de don­ner un sa­tis­fe­cit au mi­nistre sur ces su­jets. Reste sa ré­forme du bac, elle aus­si bien re­çue. Qu’en pen­ser ?

Une par­tie du pro­jet, au moins, est très in­quié­tante : l’ins­tau­ra­tion d’un grand oral d’une de­mi-heure où les can­di­dats s’ex­pri­me­raient li­bre­ment sur un su­jet choi­si par eux deux ans plus tôt.

Le pre­mier risque porte sur l’or­ga­ni­sa­tion des ly­cées : même s’il doit s’ap­puyer en­core, nous dit-on, sur une « do­mi­nante », un tel oral se­rait la consé­cra­tion des tra­vaux que les élèves doivent réa­li­ser dans le cadre des « en­sei­gne­ments pra­tiques in­ter­dis­ci­pli­naires », qui ont vu leur im­por­tance ren­for­cée par Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem. Or leur ef­fet est d’af­fai­blir une des qua­li­tés qui res­tent au corps en­sei­gnant fran­çais, celle d’être des spé­cia­listes, pour les trans­for­mer en ani­ma­teurs in­ter­dis­ci­pli­naires. Cette orien­ta­tion tend à faire de nos éta­blis­se­ments, non plus des lieux d’ap­pren­tis­sage, mais de simples « lieux de vie ». Seules les ZEP [zones d'éducation prioritaires, grosso modo les banlieues immigrées dotées de plus de moyens], à la re­cherche, elles, de mé­thodes ef­fi­caces, sont exo­né­rées de cette évo­lu­tion.

L’autre risque est plus po­li­tique : ce­lui d’ins­tau­rer, plus clai­re­ment en­core qu’au­jourd’hui, la dic­ta­ture du po­li­ti­que­ment cor­rect au coeur de l’en­sei­gne­ment se­con­daire.

Le grand oral de­vant un ju­ry, ce­la existe certes à l’ENA et dans beau­coup de grandes écoles – pas les plus sé­rieuses comme Nor­male ou Po­ly­tech­nique, du reste. Mais à vingt ans ou plus, les can­di­dats ont suf­fi­sam­ment de ma­tu­ri­té pour jouer le jeu qu’on at­tend d’eux quitte à faire la bête. À l’ado­les­cence, ce se­ra plus dif­fi­cile et il n’est de toute fa­çon pas sou­hai­table d’in­ci­ter les jeunes à jouer la co­mé­die. Ajou­tons que l’exer­cice concer­ne­ra, en ter­mi­nale, toute une classe d’âge et non les seuls can­di­dats à des concours.

Outre le po­li­ti­que­ment cor­rect et les modes qui risquent fort de pe­ser sur les su­jets choi­sis, ce grand oral se­ra la der­nière épreuve, par­ti­cu­liè­re­ment so­len­ni­sée. Elle pri­vi­lé­gie­ra la confiance en soi, le cu­lot, l’air « bran­ché ». Elle ou­vri­ra aus­si la porte in­si­dieu­se­ment, au mo­tif de com­pen­ser cer­tains han­di­caps, à la dis­cri­mi­na­tion po­si­tive des mi­no­ri­tés de toute sorte, qui reste avant tout une dis­cri­mi­na­tion. Avec ou sans ins­truc­tions, les ju­rys y se­ront conduits as­sez na­tu­rel­le­ment pour suivre l’air du temps.

Pour le reste, on ne peut que se louer du sou­ci de dé­cloi­son­ner les sé­ries, mais se­ra-ce dans le sens de la sim­pli­ci­té ? Au lieu de trois sé­ries, L, S et ES, la ré­forme, fon­dée sur un choix d’op­tions abou­ti­rait à 30 com­bi­nai­sons de fi­lières ! N’avait-on pas le moyen de re­va­lo­ri­ser les sé­ries L sans in­ven­ter une telle usine à gaz, en par­lant par exemple de « lettres et com­mu­ni­ca­tion », ce à quoi le mi­nis­tère s’est tou­jours re­fu­sé ? Quelle place dans ces com­bi­nai­sons pour l’his­toire et la géo­gra­phie, ma­tière de culture au moins au­tant au­jourd’hui que la lit­té­ra­ture et la phi­lo­so­phie (dont l’épreuve écrite de­meure, il est vrai, sans doute pour ras­su­rer) ou pour la se­conde langue ? Les ma­tières se­ront, se­lon les élèves, tan­tôt des ma­jeures, tan­tôt des mi­neures : nous sou­hai­tons bien du plai­sir aux pro­vi­seurs qui de­vront or­ga­ni­ser les em­plois du temps.

On sait au de­meu­rant com­bien l’ins­tau­ra­tion du contrôle conti­nu en mai 68 au sein de l’Uni­ver­si­té y avait gé­né­ra­li­sé le ba­cho­tage au dé­tri­ment de la culture gé­né­rale et de la li­ber­té de l’es­prit.

Com­ment con­ci­lier des ré­sul­tats du bac connus as­sez tôt pour gé­rer l’orien­ta­tion des élèves et as­sez tard pour ne pas dé­mo­bi­li­ser les élèves en fin d’an­née ? Pro­blème tech­nique en ap­pa­rence, mais qui se pose dans une hy­po­thèse de sé­lec­tion gé­né­ra­li­sée et pré­coce.

Le prin­ci­pal risque de­meure que cette ré­forme soit une nou­velle étape dans le for­ma­tage de la jeu­nesse, et par là de la po­pu­la­tion, à une pen­sée unique. Après la chasse aux [bobards] le for­ma­tage des es­prits par le nou­veau bac ?

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