jeudi 4 juin 2026

La natalité en berne en Turquie : un « désastre » démographique qui inquiète Erdogan


La Turquie connaît un déclin démographique rapide.

Selon les données officielles publiées le 21 mai 2026 par l’Institut turc de la statistique (TurkStat), le taux de fécondité (ISF) est tombé à 1,42 enfant par femme en 2025, contre 1,49 en 2024. Ce chiffre se situe largement en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1) pour la neuvième année consécutive.

Le nombre de naissances vivantes a également baissé, atteignant 895 374 en 2025. 

Ce recul touche la quasi-totalité du pays : 76 des 81 provinces affichent désormais un taux inférieur à 2,1, et 59 provinces sont même en dessous de 1,5.

Un revirement historique


En l’espace d’un quart de siècle, la Turquie est passée d’une fécondité dynamique (2,38 en 2001) à un niveau comparable à celui de nombreux pays européens. L’âge médian de la population a fortement augmenté, et la part des personnes âgées de plus de 65 ans devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce phénomène marque la fin d’un atout historique pour le pays : son dynamisme démographique.

Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié cette situation de « désastre » et d’« menace plus grande encore que la guerre ». 

Après avoir déclaré 2025 « Année de la famille », il a lancé en mai 2026 un vaste plan décennal (2026-2035) visant à relancer les naissances : aides financières à la naissance, prêts bonifiés pour les jeunes couples, extension des congés parentaux, incitations fiscales et promotion du modèle familial traditionnel avec un appel récurrent à avoir « au moins trois enfants ».

Les paradoxes d’Erdogan sur le rôle des femmes

Un paradoxe majeur traverse la politique d’Erdogan. 

D’un côté, les gouvernements de l’AKP ont objectivement favorisé l’emploi des femmes, notamment dans la fonction publique. Depuis 2002, le taux d’activité féminine a progressé (passant d’environ 27-28 % à environ 34-35 %), des restrictions ont été levées, et l’accès des femmes voilées à la fonction publique, à la police et à l’armée a été facilité. Le nombre de femmes parlementaires et entrepreneures a également augmenté.

De l’autre, Erdogan n’a cessé de tenir un discours conservateur valorisant avant tout la maternité. Il a déclaré à plusieurs reprises que « la femme n’est pas l’égale de l’homme », que « la place première de la femme est la maternité » et qu’une femme qui privilégie sa carrière au détriment des enfants est « incomplète » ou « à moitié personne ». Il a critiqué ouvertement le travail féminin lorsqu’il concurrence la vie familiale et a multiplié les appels à concilier emploi et maternité… tout en plaçant clairement cette dernière en priorité.

Cette approche contradictoire reflète une «modernisation occidentale» partielle : on ouvre des portes aux femmes tout en regrettant qu’elles les franchissent trop largement au détriment du projet nataliste. 

Beaucoup d’observateurs y voient l’une des explications de l’échec relatif des politiques de relance de la natalité.

Des causes profondes et structurelles

Au-delà des discours, les experts identifient des facteurs plus déterminants :

  • La crise économique persistante (inflation chronique, coût du logement et de l’éducation) qui pousse les couples à reporter ou limiter les naissances.
  • L’urbanisation, la hausse de l’âge au mariage, l’augmentation des divorces et la scolarisation prolongée des femmes.
  • Un changement de mentalité chez les nouvelles générations, qui privilégient des valeurs moins familiales.
Un défi stratégique pour l’avenir

Si la tendance se poursuit, la Turquie risque de voir sa population native décliner après un pic attendu vers 2050. Cela pose des questions aiguës sur le financement des retraites, la taille de la population active, la croissance économique et la cohésion sociale.

Pour l’instant, les mesures natalistes peinent à inverser la courbe, comme dans la plupart des pays confrontés à ce phénomène. Le succès ou l’échec du plan décennal d’Erdogan déterminera en grande partie le visage démographique, économique et géopolitique de la Turquie dans les décennies à venir.

Plus forte fécondité chez les Kurdes et Arabes de Turquie

Estimations par groupe ethnique (approximatives, car TurkStat ne publie pas de données officielles par ethnie) :
  • Turcs (majorité, surtout ouest et centre) → autour de 1,3 à 1,5 enfant par femme dans les zones urbaines et occidentales.
  • Kurdes  (entre 15 et 20% de la population) → 2,0 à 2,8 enfant/femme en moyenne selon les régions, avec des poches encore plus élevées en zones rurales du sud-est. La fécondité kurde reste supérieure, mais elle baisse rapidement (elle était souvent supérieure à 4 dans les années 1990-2000).
  • Arabes (sud-est, notamment Şanlıurfa) → souvent les plus féconds localement.
Plus forte fécondité chez les sunnites conservateurs

Régions turques conservatrices sunnites (Anatolie centrale)

Fécondité intermédiaire, souvent supérieure à la moyenne nationale mais inférieure aux provinces du sud-est. 

Exemples : Konya, Kayseri, Aksaray → autour de 1,3 à 1,5.

Ces régions sont très pieuses et conservatrices, ce qui maintient une natalité plus élevée que dans l’ouest laïque.

Régions laïques / sécularisées (ouest, côtes égéennes et Marmara)

Les taux les plus bas du pays (souvent 1,0 à 1,2). 
Exemples : Bartın (1,09), İzmir (1,10), Ankara, Istanbul (autour de 1,1), Eskişehir, Zonguldak.

Facteurs : urbanisation forte, éducation élevée des femmes, activité professionnelle, mariage tardif, valeurs plus individualistes et sécularisées.

Population alévie

Les Alévis (estimés entre 10 % et 20 % de la population, souvent autour de 10-15 % selon les sources) sont généralement associés à une fécondité plus faible. 

Ils sont traditionnellement plus proches des valeurs laïques, kémalistes et égalitaires (y compris sur le rôle des femmes). 

Les études montrent que les femmes alévis ont en moyenne moins d’enfants que les femmes sunnites, un taux d’activité plus élevé et un soutien plus fort à l’éducation laïque.

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En bref:

Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.


Les femmes ne chas­saient pas le mam­mouth

Véra Nikolski et Nicolas Pichot montrent que la division sexuelle du travail ne fut pas d’abord une idéologie, mais une réponse tragique aux nécessités de la survie. Un essai passionnant qui oblige le féminisme contemporain à regarder le réel en face. Recension d'Eugénie Bastié dans Le Figaro.

Les femmes ont-elles été un jour les égales voire les supérieures des hommes? C’est ce qu’aiment à croire de nombreuses féministes, qui imaginent un âge d’or lointain où les femmes auraient été les maîtresses des sociétés, chassant le mammouth et maniant la sagaie aussi bien que leurs homologues masculins. Tout aurait changé ensuite : le patriarcat serait advenu avec la sédentarisation, le christianisme ou le capitalisme, renvoyant ces femmes puissantes à la marmite et aux marmots.

Cet imaginaire a profondément imprégné les mentalités. On ne compte plus les articles de vulgarisation évoquant les chasseresses de la préhistoire, les Lady sapiens toutes-puissantes ou les guerrières vikings qui, à en croire certaines séries Netflix, auraient figuré au premier rang du champ de bataille. On comprend la fonction idéologique d’un tel récit : se convaincre de l’existence d’un matriarcat primitif permet d’affirmer que le patriarcat n’est qu’un choix politique, une idéologie, une bifurcation malheureuse, donc arbitraire et réversible, sur laquelle l’humanité se serait malencontreusement engagée.

Les Amazones, les femmes vikings, les chasseuses préhistoriques ou les guerrières du Dahomey servent ainsi de figures consolatrices : la domination masculine ne serait qu’un accident historique. Certaines chercheuses, comme Priscille Touraille, vont même jusqu’à soutenir que les hommes préhistoriques auraient privé les femmes de protéines, ce qui aurait abouti au dimorphisme sexuel.

C’est pour contrer ce lieu commun du progressisme que Véra Nikolski et Nicolas Pichot ont écrit Pourquoi les Amazones n’existent pas (Fayard), essai passionnant qui remonte aux origines de l’humanité pour démonter les usages simplificateurs de l’histoire. La première est normalienne et docteur en sciences politiques, le second est docteur en physique et ingénieur. On ne trouvera pas chez eux d’affabulations militantes, mais une démonstration rigoureuse et scientifique.

Le mythe du matriarcat primitif est universel : on le retrouve sous des formes diverses dans toutes les civilisations. Mais les Amazones, ce peuple de guerrières cité par la mythologie grecque, n’ont jamais existé comme modèle social généralisable. Aucune société humaine connue n’a fait de la chasse ou de la guerre une activité féminine régulière. Partout dans le monde, pendant des centaines de milliers d’années, les deux sexes ont été affectés à des fonctions différentes : liées à la sphère domestique pour les femmes, à l’extérieur pour les hommes. Pourquoi ?

Au commencement était la différence biologique. L’homme engendre dans le corps d’autrui, la femme engendre dans son propre corps. De cette différence primordiale naît toute une série de conséquences. D’abord, la femme est immobilisée par la grossesse et devient, pendant plusieurs années, la principale source d’alimentation de l’enfant (le lait en poudre n’existant pas au paléolithique), ce qui limite son éloignement du foyer. Ensuite, le nombre d’enfants qu’une femme peut engendrer au cours de sa période de fertilité est strictement limité, quand un homme peut, en théorie, féconder un très grand nombre de femmes. Dans un groupe humain, la perte d’une femme en âge de procréer a donc des conséquences démographiques bien plus lourdes que celle d’un homme.

Dans un contexte de survie - contexte que nous avons largement oublié, nous autres Sapiens installés dans le confort et la sécurité -, la vie d’un homme avait ainsi une valeur moindre que celle d’une femme. Les deux auteurs modélisent l’hypothèse d’une société qui aurait confié les tâches les plus risquées - chasse, guerre, travaux physiques dangereux - aux femmes : celle-ci aurait mécaniquement vu sa population décroître. «Nous sommes probablement tous les descendants de groupes humains ayant choisi une organisation sociale dans laquelle les activités dangereuses sont l’apanage des hommes », écrivent-ils.

La division sexuelle du travail a donc contribué à préserver l’humanité de l’extinction. Le patriarcat n’est pas un complot millénaire de mâles dominants ayant organisé la sujétion des femmes pour leur seul bon plaisir. Il s’agit plutôt, nous disent les auteurs, d’une « transaction », d’un compromis forgé par la nécessité de survivre : les hommes avaient le monopole de la violence, mais ils la subissaient aussi davantage. Le patriarcat est, à cet égard, un curieux système de domination dans lequel les dominants endurent plus de dommages corporels et connaissent une mortalité plus forte que les dominées.

Il s’enracine donc à la fois dans la biologie et dans un contexte environnemental : celui d’un monde dangereux où la survie constitue l’impératif premier de l’humanité. Des centaines de milliers d’années d’évolution ne s’effacent pas d’un trait de plume. C’est pourquoi l’on retrouve encore aujourd’hui des rapports au risque et à l’agressivité différents chez les hommes et chez les femmes : sans doute parce que la sélection naturelle a favorisé la reproduction des hommes les plus capables d’affronter le danger, répandant certains traits devenus avantageux.

Faut-il rappeler que 99,9% des morts de la Grande Guerre furent des hommes ? Aujourd’hui encore, les hommes sont majoritaires dans les métiers pénibles et dangereux, parmi les victimes d’homicide, les morts au travail ou les morts à la guerre. La valorisation de la virilité peut alors se comprendre aussi comme la compensation symbolique accordée à ceux que la société expose davantage.

Quelle est la grande leçon de ce livre ? D’abord, qu’il faut cesser de confondre recherche et militantisme, et regarder le réel en face. La gauche culturaliste veut croire que tous les comportements humains, toutes les différences, toutes les inégalités sont forgés par la culture, avec l’idée implicite que ce qui est culturel serait aisément déconstruit. Cette idéologie constructiviste est scientifiquement fragile. Nous savons que la culture et la biologie sont imbriquées. Parfois même, la nature est plus facile à changer que la culture : la contraception, qui modifie profondément le rôle procréateur des femmes, a inversé une fatalité biologique bien plus efficacement qu’aucun discours sur l’idéologie.

D’ailleurs aujourd’hui, tout a changé. La loi universelle de la division sexuelle du travail a été rendue caduque par la transformation profonde de nos conditions matérielles d’existence. La mécanisation permise par la révolution industrielle a annulé l’importance décisive de la force physique. La baisse de la mortalité infantile a allégé la charge reproductive des femmes. La disparition progressive des risques liés à l’éloignement du foyer a affaibli l’impératif de survie. Dès lors, les conditions s’égalisent.

Comme Véra Nikolski l’avait déjà brillamment montré dans Féminicène, ce n’est pas seulement le féminisme qui a émancipé les femmes, mais la science, la technique et la transformation matérielle du monde. On pourrait même dire que le féminisme n’est pas tant la cause de la fin du patriarcat que l’une de ses conséquences.

Nous sommes passés de sociétés de la survie à des sociétés de l’abondance. Ce basculement a des conséquences vertigineuses. C’est aussi ainsi qu’il faut lire la chute mondiale de la natalité : non comme une simple évolution sociologique, mais comme un bouleversement anthropologique sans précédent. L’absence d’impératif de survie conduira-t-elle notre espèce à l’extinction ?


Pourquoi les Amazones n'existent pas
de Véra Nikolski et Nicolas Pichoff,
publié le 22 avril 2026,
aux éditions Fayard,
à Paris,
400 pp,
ISBN-10 ‏ : ‎ 2213733392
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2213733395
Source : Le Figaro
 
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mardi 2 juin 2026

Un étudiant poignardé à mort : l’affaire d’Henry Nowak bouleverse le Royaume-Uni (m à j)

L'assassin de Nowak,Vickrum Digwa, a été condamné à la prison à vie lundi et a été informé qu'il purgerait une peine minimale de 21 ans.

Caméra corporelle du policier qui menotte un Henry Nowak qui se vide de son sang. L'agent ne croit pas qu'il ait été poignardé :

Les images de la caméra corporelle montrent que l'étudiant Henry Nowak a répété à plusieurs reprises aux policiers « Je ne peux plus respirer » alors qu'il gisait, mourant, menotté après avoir été poignardé.

Cet étudiant de Southampton, âgé de 18 ans, a été menotté après que le meurtrier Vickrum Digwa, 23 ans, ait menti selon la BBC à la police sur les lieux de l'agression au couteau de 2025, affirmant qu'il avait été victime d'une attaque raciste.

Les images diffusées par la police, avec l'autorisation de la famille de Nowak, le montrent en train de supplier « J'ai été poignardé » et un policier lui répondant « Je ne pense pas, mon gars ».

Nowak a été blessé à la jambe et a reçu une blessure mortelle au cœur, infligées par une lame de 21 cm que Digwa a déclaré porter dans le cadre de sa foi sikhe. Il a été condamné à la prison à perpétuité avec une peine minimale de 21 ans.

Le Bureau indépendant chargé de la conduite de la police (IOPC) a déclaré qu’une enquête sur les agissements de la police était en cours.

Le bureau du procureur général examine également la peine de prison infligée à Digwa après avoir reçu « de multiples demandes » visant à la réexaminer dans le cadre du dispositif relatif aux peines indûment clémentes (ULS).

La famille de Nowak, originaire de Chafford Hundred, dans l’Essex, a qualifié le traitement que lui a infligé la police d’« inhumain et dégradant », et les forces de l’ordre ont présenté leurs excuses.

Son père, Mark, a déclaré : « Henry a répété neuf fois aux agents qu’il ne pouvait plus respirer. Il leur a dit qu’il avait été poignardé à quatre reprises. Henry a été traîné sur le gravier, les mains plaquées derrière le dos, puis menotté. »

Il a ajouté que le contraste entre la manière dont son fils et Digwa avaient été traités était « insupportable ».

« Henry n’aurait pas dû mourir dans les rues de Southampton alors qu’il était en garde à vue », a-t-il ajouté.

Sur la vidéo, on entend un policier arrivant sur les lieux demander : « Comment tu t'appelles, mon gars ? »

Nowak, allongé sur le dos au sol, répond faiblement : « Henry. »

La vidéo se poursuit et Digwa entre dans le champ. Il affirme que Nowak lui a retiré son turban et l'a saisi par les cheveux.

Le policier demande à Digwa s'il est blessé, ce à quoi Digwa répond : « Ouais, ouais, j'ai un œil gonflé ici, un petit bleu là. »

Les agents se tournent ensuite vers Nowak, que l'on entend répéter « On m'a poignardé », puis « Je ne peux pas respirer » alors qu'on le fait s'asseoir pour lui passer les menottes.

S'exprimant devant le tribunal, Mark, le père d'Henry Nowak, a déclaré que son fils « n'était pas mort dans la dignité ».

Alors que la vidéo se poursuit, on entend l'agent demander où Henry a été poignardé. Il ajoute ensuite : « Je ne crois pas, mon pote. »

Alors qu’on lui passe les menottes, Nowak répète « Je ne peux pas respirer » à trois reprises.

On entend l’agent dire : « Il dit qu’il a été poignardé, alors vérifions-le. » Il semble soulever brièvement la chemise de Nowak au niveau de la ceinture avant de le laisser allongé sur le côté.

On entend alors une policière demander : « Où pensez-vous qu'il a été poignardé ? Au visage ? »

Une voix masculine répond : « Il n'a pas été poignardé. »

On informe ensuite Nowak, qui semble ne pas réagir, qu'il est arrêté pour agression.


Mise à jour du 23 mai

 
 


Mise à jour du 20 mai

Réaction d'Elon Musk aux deux poids deux mesures des MÉDIAS face au scandale de la police confrontée à un particulier qui dit ne pas pouvoir respirer et meurt pendant l'intervention policière. 

Dans un cas, quand la victime au casier judiciaire chargée est noire, les médias de grand chemin de la planète s'emparent de l'affaire, en font leurs manchettes pendant des semaines et le policier est puni. 

Dans l'autre cas, quand la victime est blanche, n'est pas un criminel, la police ne croit d'abord pas que ce jeune étudiant a été poignardé, le menotte alors qu'il se vide de son sang parce que celui qui l'a poignardé l'accuse de racisme. Aucune sanction contre le policier qui a retardé ainsi les secours, le tout dans le silence médiatique en dehors de l'Angleterre.


Billet originel du 19 mai 2026
 
En décembre 2025, la mort tragique d’Henry Nowak (ci-contre), étudiant britannique de 18 ans d’origine polonaise, a profondément choqué le Royaume-Uni. Le procès en cours devant la Southampton Crown Court révèle une succession d’éléments troublants : une altercation qui tourne au drame, des accusations lancées presque instantanément, une intervention policière contestée et des comportements familiaux qui alimentent de nombreuses interrogations.

Étudiant en première année de comptabilité et de finance à l’University of Southampton, Henry était décrit comme un jeune homme apprécié, passionné de football et plein d’avenir. Dans la nuit du 3 décembre, après une sortie avec ses coéquipiers, il rentrait à pied à Southampton tout en échangeant des vidéos Snapchat avec ses amis.

L’une de ces vidéos est devenue une pièce centrale du dossier. On y voit Henry croiser Vickrum Digwa, 23 ans, qui porte ostensiblement un couteau cérémoniel sikh dans un fourreau visible sur ses vêtements. Il ne s’agit pas d’un simple objet symbolique de petite taille : la lame mesurait environ 21 centimètres. Une dimension qui, à elle seule, rapproche davantage l’objet d’un véritable couteau de combat que d’un accessoire anodin ou purement décoratif.

Un bref échange suit. Sur un ton apparemment provocateur ou moqueur, Henry lance : « Tu fais le dur [ou le caïd] ? Dis que tu fais le dur. » Digwa répond : « Je fais le dur. »

Quelques secondes plus tard, l’enregistrement s’interrompt.

Selon l’accusation, Henry reçoit alors quatre coups de couteau. Une blessure profonde à la poitrine lui transperce un poumon ; un coup entaille sa mâchoire et d’autres coups atteignent ses jambes. Grièvement blessé, il tente néanmoins de fuir, escalade une clôture et laisse derrière lui une traînée de sang. Les médecins ont expliqué au tribunal qu’il est mort d’une hémorragie interne massive — une formule particulièrement brutale a été employée : le jeune homme se serait littéralement « noyé dans son propre sang ».

Une intervention policière devenue le point le plus explosif du dossier

Le meurtre lui-même a bouleversé l’opinion ; mais la réaction des premiers policiers arrivés sur place a suscité une indignation peut-être encore plus forte.

D’après les éléments présentés au procès, des proches de Digwa seraient arrivés très rapidement. Immédiatement, un récit alternatif semble prendre forme : Henry est décrit comme ivre, agressif et animé d’intentions racistes. Ces accusations sont formulées avec une rapidité frappante, avant toute reconstitution sérieuse des faits, alors même que Digwa nie encore avoir utilisé un couteau.

Le problème est qu’au même moment, Henry affirme à plusieurs reprises avoir été poignardé.

« J’ai été poignardé. »

« Je n’arrive plus à respirer. »

Selon les témoignages évoqués au procès, un policier lui aurait répondu : « Je ne te crois pas quand tu dis avoir été poignardé. »

Cette phrase est devenue centrale dans les critiques visant l’intervention policière. Elle ne traduit pas seulement une erreur d’appréciation potentielle ; elle donne l’impression, pour de nombreux observateurs, qu’une conviction s’est installée très tôt dans l’esprit des agents : Henry n’était pas spontanément considéré comme une victime crédible.

Le détail est d’autant plus troublant qu’il existait déjà des indices matériels difficiles à ignorer. Henry saignait abondamment. Il peinait à respirer. Et surtout, selon les éléments présentés au procès, il avait laissé derrière lui une véritable traînée de sang après sa tentative de fuite.

Beaucoup se sont demandé comment un homme répétant qu’il a été poignardé, présentant des signes visibles de détresse extrême et entouré d’indices physiques aussi évidents a pu être perçu avant tout comme un suspect potentiel.

Malgré cela, les policiers l’ont menotté pour suspicion d’agression.

L’image est restée gravée dans les esprits : un garçon de 18 ans gravement blessé, affirmant qu’il vient d’être poignardé, menotté alors que son état se détériore rapidement.

Quelques instants plus tard, Henry s’effondre.

Malgré l’intervention des secours et d’un médecin héliporté, il décède à 0 h 37.

Par la suite, plusieurs éléments sont venus fragiliser les accusations initiales. La vidéo retrouvée sur le téléphone d'Henry Nowak retrouvé dans la poche de Vickrum Digwa ne contiendrait aucune insulte raciale explicite.
(Aucune explication n'a été fournie à notre connaissance expliquant pourquoi le téléphone de Nowak se trouvait dans la poche de Digwa.) Les analyses toxicologiques ont également montré qu’il avait consommé de l’alcool, mais à un niveau inférieur à la limite légale de conduite : une situation bien éloignée du portrait d’un homme fortement ivre avancé dans les premières minutes.

Le comportement particulièrement troublant de la mère

Un autre aspect du dossier a retenu l’attention : l’attitude de Kiran Kaur, la mère de l’accusé.

Des images présentées au tribunal montreraient la femme revenant sur les lieux après les faits pour récupérer l’arme avant de la rapporter au domicile familial voisin.

Ce geste soulève des questions évidentes. Revenir chercher précisément l’objet central d’une affaire de meurtre, puis le déplacer hors de la scène des faits, paraît difficilement conciliable avec une simple réaction de panique.

Les analyses ont retrouvé du sang et des tissus d’Henry sur la lame, tandis que des cheveux de Digwa ainsi que l’ADN de sa mère ont été retrouvés sur le fourreau.

Elle est poursuivie pour avoir aidé un auteur présumé d’infraction après les faits. La mère conteste les accusations.

L’affaire est désormais devenue bien plus qu’un dossier criminel : elle nourrit un débat national sur les réflexes institutionnels, les accusations de racisme, la manière dont se construisent les premiers récits policiers et les conséquences parfois irréversibles d’erreurs commises dans les toutes premières minutes d’une intervention.

Belgique — Quand la vérité des faits ne protège plus la liberté d’expression

Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné, mardi le 26 mai, l'ancien député Dries van Langenhove (ci-contre) à une amende de 4 000 euros pour incitation à la haine et à la violence fondée sur la race, la couleur de peau ou l’ascendance ethnique, ainsi que pour diffusion d’idées fondées sur la haine raciale. 

Les faits remontent à une conférence donnée le 28 février 2024 à la KU Leuven (l'Université catholique de Louvain néerlandophone), à l’invitation de l’association étudiante nationaliste NSV. Initialement annoncée sur le thème de l’agriculture régénérative, l’intervention a ensuite dérivé vers une critique virulente de l’immigration de masse et de ses conséquences sur la criminalité, la qualité de l’enseignement, le logement et la sécurité sociale en Flandre.

Parmi les propos tenus figuraient plusieurs exemples devenus centraux dans le dossier : une comparaison sur l’attention portée qu'une personne attacherait à son téléphone mobile selon l’apparence « flamande » ou « rom » des personnes demandant leur chemin, la surreprésentation allochtone parmi les auteurs d’infractions, ou encore certaines disparités statistiques concernant les Noirs en prison ou au chômage. Van Langenhove dit n'avoir énoncé que « de simples faits », tirés d'études scientifiques et de données officielles.

Le jugement du tribunal reconnaît implicitement cette dimension. Le juge souligne en effet que, « même à supposer » que les déclarations reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela « n’enlève rien à ce qui précède ». Ce n’est pas la fausseté des informations qui est reprochée, mais la manière de les présenter, jugée susceptible de créer un climat d’intolérance ou de dénigrement envers des groupes protégés par la loi antiracisme de 1981. Le magistrat relève notamment l’établissement de liens de causalité entre « superdiversité » et problèmes sociétaux, ainsi que des affirmations sur des différences entre groupes ethniques — par exemple à propos des ponts en Afrique ou des performances différenciées.

Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias à l’Université de Gand, approuve cette analyse. Selon lui, le caractère répréhensible réside dans l’interprétation des faits et les conclusions qui en sont tirées, lesquelles s’inscrivent dans une logique de division et d’incitation à la haine. Le jugement rappelle, en s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il n’est pas nécessaire d’appeler explicitement à des actes de violence : la création d’une « attitude générale d’intolérance » suffit. 

Présentation tronquée des médias de grand chemin

La grande majorité des médias traditionnels belges s'est arrêtée à cette présentation. L’article du Standaard (journal de référence, autrefois catholique et conservateur) donne une voix quasi-exclusive à un expert qui valide la décision (Voorhoof). Nul contre-expert pour critiquer la portée de la condamnation sur la liberté d’expression, ni d’analyse plus nuancée sur les données statistiques évoquées (sur-représentation dans la criminalité, différences de résultats scolaires, sportifs, etc.). C’est un défaut classique de couverture médiatique belge sur ces sujets : on y présente les jugements dans ces matières sensibles comme une application évidente et légitime de la loi anti-racisme, avec des experts dûment choisis qui expliquent ou confirment le bien-fondé des jugements, sans vraiment explorer les contre-arguments. 

Des voix critiques s’élèvent pourtant

Cette motivation suscite pourtant un malaise croissant, y compris au-delà des cercles habituels de soutien à Van Langenhove. Bart Eeckhout, éditorialiste en chef du journal De Morgen (centre-gauche), a qualifié la condamnation pour incitation à la haine d’injustice, malgré son opposition claire aux idées de l’intéressé. Le philosophe Maarten Boudry, souvent classé à gauche, a dénoncé sur les réseaux sociaux le risque de transformer en délit la discussion de statistiques ethniques publiques : « Dans un pays libéral, on ne condamne pas quelqu’un pour avoir évoqué la surreprésentation de certains groupes dans les statistiques criminelles. Ce n’est pas au juge de fermer le débat sur la dimension ethnique ou culturelle de la criminalité. »

lundi 1 juin 2026

« Scout toujours, LGBTQ2SAI+ ! » : quand le scoutisme catholique européen s'ouvre à la rhétorique LGBTQ

De Tribune chrétienne

De la France à l’Italie, plusieurs mouvements scouts se réclamant du catholicisme adoptent désormais les concepts d’identité de genre, d’inclusion LGBT et de reconnaissance des orientations sexuelles. Une évolution qui suscite une inquiétude croissante chez ceux qui voient dans le scoutisme une école de foi avant d’être un laboratoire des nouvelles idéologies.


Pendant des décennies, le scoutisme catholique a constitué l’un des plus puissants instruments de formation chrétienne de la jeunesse. On y apprenait l’esprit de service, le sens du devoir, la maîtrise de soi, le goût de l’effort, la vie de prière et la fidélité au Christ. Aujourd’hui, une autre logique semble s’imposer progressivement au sein de plusieurs mouvements européens : celle de l’idéologie LGBT. En France, les signaux d’alerte se multiplient depuis plusieurs années. Messages diffusés à l’occasion de la Journée internationale contre les LGBT-phobies, promotion de « l’inclusion », mise en avant de la « visibilité » LGBT, recours à l’écriture inclusive, diffusion de supports inspirés du militantisme gay contemporain : autant d’éléments qui témoignent d’une évolution profonde des Scouts et Guides de France.

Le problème n’est pas le respect des personnes. Celui-ci fait partie intégrante de l’enseignement chrétien. Le problème est l’introduction dans l’éducation scoute d’une vision de l’homme, de la sexualité et de la famille qui s’éloigne de l’enseignement constant de l’Église. Or ce qui se produit en France apparaît désormais également en Italie.

Le 3 mai dernier, l’AGESCI, l’Association des Guides et Scouts Catholiques Italiens, a adopté un document intitulé Identité de genre et orientation sexuelle et affective. Ce texte affirme que l’identité de genre et l’orientation sexuelle doivent être reconnues et valorisées au sein de la communauté scoute. Il considère également que ces éléments ne peuvent constituer un obstacle à l’exercice de responsabilités éducatives. Pour de nombreux observateurs catholiques italiens, il s’agit d’une rupture doctrinale majeure. Car l’Église a toujours distingué l’accueil des personnes et l’évaluation morale des comportements. Elle n’a jamais enseigné que l’homosexualité ou la transidentité devaient être présentées comme des réalités positives ou comme des composantes à célébrer de l’identité humaine.

Le document italien va plus loin encore. Il appelle à combattre les attitudes qualifiées d’« homolesbobitransphobes », dans une logique qui tend à assimiler toute critique de l’idéologie LGBT à une forme de discrimination. Cette approche reprend les catégories aujourd’hui largement diffusées dans les milieux militants LGBT.

Le parallèle avec la situation française est frappant. Dans les deux pays, le même vocabulaire s’impose. Inclusion, reconnaissance des identités, diversité des orientations sexuelles, visibilité, lutte contre les discriminations : autant de notions qui occupent désormais une place centrale dans le discours scout. Dans le même temps, les références explicites à la morale catholique deviennent de plus en plus discrètes. Cette convergence n’a rien d’anodin. Sans qu’il soit possible d’affirmer l’existence d’une coordination organisée, une même dynamique idéologique traverse aujourd’hui plusieurs mouvements du scoutisme catholique européen. Les mêmes concepts apparaissent, les mêmes revendications sont relayées et les mêmes évolutions anthropologiques sont présentées comme inéluctables.

Le paradoxe est saisissant. Le scoutisme fut créé pour former des jeunes enracinés dans la vérité, capables de résister aux pressions du monde et de vivre selon une loi morale exigeante. Il apparaît aujourd’hui, dans certains mouvements, comme un lieu d’adaptation aux grandes tendances culturelles contemporaines. L’enjeu dépasse largement les seuls scouts. Derrière ces débats se profile une question fondamentale : quelle conception de l’homme veut-on transmettre aux nouvelles générations ? L’anthropologie chrétienne repose sur la complémentarité de l’homme et de la femme, sur la réalité de la nature humaine et sur une vision de la sexualité ordonnée au bien de la personne. L’idéologie LGBT propose au contraire une identité fondée sur le ressenti individuel et détachée de toute référence objective à la nature.

C’est pourquoi l’inquiétude de nombreuses familles est profonde. Elles ne confient pas leurs enfants au scoutisme catholique pour qu’il reprenne les catégories idéologiques du temps présent. Elles y cherchent une formation humaine et spirituelle enracinée dans l’Évangile. De la France à l’Italie, le constat devient difficile à ignorer : sous le langage de l’accueil et de l’inclusion, une partie du scoutisme catholique abandonne sa mission première. Et lorsque les mouvements chargés de former la jeunesse commencent à adopter les principes du monde plutôt que ceux de l’Église, la devise « Scout toujours ! » risque de perdre une part essentielle de son sens.


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samedi 30 mai 2026

La première promotion de « natifs de l'IA » fait son entrée dans le monde du travail




La promotion de 2026 se retrouve face à un marché de l'emploi bouleversé — et à des patrons impatients de mettre à profit leurs compétences

Voici la promotion de l'IA, le groupe de diplômés le plus « natif de l'IA » à intégrer le monde du travail — une cohorte dont les employeurs cherchent déjà à tirer le meilleur parti. Ils ont commencé leurs études supérieures quelques mois seulement avant que ChatGPT ne fasse sensation. Ils quittent l’université alors que l’IA bouleverse rapidement les emplois de débutants qui étaient autrefois considérés comme de solides tremplins de carrière.

Plus que leurs prédécesseurs, ils possèdent une polyvalence innée face à cette technologie en évolution rapide et peu de respect pour l’idée qu’ils doivent faire leurs preuves par un travail répétitif et fastidieux. Dans une récente enquête Gallup-Lumina Foundation menée auprès de près de 6 000 Américains, 22 % des 18-24 ans titulaires d’un diplôme de deux ou quatre ans ont déclaré se sentir « très bien préparés » à rivaliser sur un marché de l’emploi façonné par l’IA, un pourcentage supérieur à celui de tout autre groupe d’âge.

« Nous demandons à l’ensemble de la main-d’œuvre de se reconvertir, mais en réalité, seuls les jeunes diplômés ont eu accès aux outils nécessaires pour acquérir cette expérience », a déclaré Allison Shriva-stava, économiste spécialisée dans l’éducation et le travail chez Niche, un site de classement et d’évaluation des universités.

Mark Barrocas, PDG de SharkNinja, a invité deux douzaines d’étudiants à un hackathon de deux jours sur l’IA en avril afin de développer des outils, dont un qui analyse les données sur les tendances du marché pour aider à identifier de nouvelles gammes de produits potentielles. « Ce que nous constatons, c’est que ces jeunes ont aujourd’hui une occasion d’avoir un impact plus important que jamais auparavant », a-t-il déclaré. « Les compétences en IA qu’ils apportent sont plus avancées que celles d’une personne ayant 20 ans d’expérience. »

Le fabricant d’appareils électroménagers recrute cette année environ 200 diplômés et stagiaires « orientés IA », dont une dizaine issus du hackathon. Des entreprises comme IBM, Salesforce et MetLife affirment également intensifier le recrutement de jeunes diplômés afin de tirer parti de leurs compétences natives en IA.

Pourtant, ailleurs, les jeunes diplômés ont été parmi les premières victimes des mesures de réduction des coûts mises en place par les entreprises au nom de l’IA et de sa capacité à effectuer des tâches de base, comme le codage et la création de présentations PowerPoint. Le taux de chômage chez les diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 22 à 27 ans s’élevait à 5,6 % en mars, l’un des taux les plus élevés depuis 2013, hors période de début de pandémie.


Une enquête menée auprès de près de 1 500 employeurs et publiée la semaine dernière par la Strada Education Foundation reflète une ambivalence quant au recrutement des diplômés : parmi les entreprises investissant dans l’IA, trois fois plus ont déclaré s’attendre à ce que cela stimule le recrutement de débutants cette année plutôt que de le réduire. Néanmoins, la part des entreprises réduisant leurs embauches de débutants est passée de 13 % en 2025 à 17 %. L’enquête n’a pas demandé aux entreprises de quantifier leurs plans de recrutement.

C'est l'une des principales raisons pour lesquelles la promotion 2026 entretient une relation conflictuelle avec l'IA. Les orateurs des cérémonies de remise des diplômes, dont l'ancien PDG de Google Eric Schmidt, ont été hués lorsqu'ils ont évoqué l'IA lors des cérémonies de remise des diplômes ce mois-ci.

Leala Hernandez, une jeune diplômée de l'université d'État de San Diego toujours à la recherche d'un emploi de comptable, exprime plus crûment son sentiment à l'égard de l'IA : « J'aimerais qu'elle n'existe pas. » Si elle ne trouve pas de poste rapidement, a-t-elle déclaré, elle pourrait chercher du travail dans un autre domaine.

Les nouveaux diplômés s’inquiètent également d’autres aspects de l’IA. Dans une enquête Rand réalisée en décembre, environ deux tiers des étudiants ayant utilisé l’IA pour leurs devoirs ont estimé que cette technologie nuisait à leurs capacités de réflexion critique.

« Il y a deux parties de moi qui s’affrontent au sujet de l’IA », explique Naomi Sato, qui a obtenu la semaine dernière son diplôme en design graphique à l’université Chapman d’Orange, en Californie. La première fois qu’elle a utilisé ChatGPT, lors de sa première année d’études — pour obtenir des recommandations de romans d’amour —, elle a été déçue : tout ce qu’il lui recommandait était évident, dit-elle. Bien que ses professeurs l’aient mise en garde contre son utilisation pour tricher dans ses devoirs, elle n’a pas été tentée. Les images qu’il générait représentaient des personnages à six doigts.

Le message de ses professeurs et de l’administration a évolué au fil de ses études. Les étudiants ont été encouragés à expérimenter l’IA ; pour un devoir, Naomi Sato a intégré un camion-restaurant généré par l’IA dans la conception d’un logo. Aujourd’hui, elle utilise régulièrement des outils basés sur l’IA, comme la fonction « effacer » de Photoshop, pour accélérer son travail, et elle sait que les compétences en IA sont très recherchées.

Elle s’inquiète toujours de trop compter sur l’IA, mais estime qu’elle ne peut remplacer la précision ou la créativité humaines. En tant que graphiste à temps partiel dans une entreprise de vêtements cette année, elle a proposé d’étudier l’utilisation de l’IA pour faciliter le travail répétitif de redimensionnement des images de produits. Mais elle a expliqué que les décisions qu’elle devait prendre lors de l’édition étaient trop spécifiques pour que l’IA puisse les comprendre.

« On a besoin de quelque chose qui s’appuie sur cette dimension humaine », a déclaré Sato, qui a depuis accepté un poste à temps plein dans l’entreprise où elle avait effectué son stage.

Le caractère incontournable de l'IA a incité de jeunes diplômés comme Tommy Lee à en apprendre autant que possible à ce sujet.

Certains jeunes diplômés qui décrochent un emploi auront plus de responsabilités que les recrues débutantes d’il y a quelques années. Salesforce, par exemple, indique qu’elle recrute et accélère la formation de 1 000 diplômés et stagiaires spécialisés en IA cette année pour des « postes pratiques à fort impact » dans l’ingénierie, les produits, les ventes et d’autres domaines.

Ces nouveaux rôles élargis impliquent également de nouvelles méthodes de formation et d’encadrement des jeunes diplômés. 

Selon l’enquête menée par Strada auprès des employeurs, le fait de travailler aux côtés d’outils d’IA a rendu la pensée critique encore plus importante que la maîtrise de l’IA.

L’IA est en train de transformer fondamentalement le travail chez KPMG, explique Tim Walsh, président et PDG américain du cabinet d’expertise comptable, ce qui met encore plus l’accent sur le jugement des employés. Cet été, KPMG teste un nouveau programme de formation qui met davantage l’accent sur le développement des compétences de réflexion critique chez ses stagiaires en audit, avec des exercices ludiques qui les obligent à résoudre des scénarios comptables en posant des questions, tout en évitant les préjugés et en faisant preuve de scepticisme professionnel.

À l’université du Vermont, Rocki DeWitt, professeure de gestion d’entreprise, explique qu’elle est passée de la question de savoir comment contrôler l’utilisation de l’IA par ses étudiants à celle de les aider à s’en servir comme d’un outil afin qu’ils soient préparés à leur carrière. Ce printemps, elle a demandé à ses étudiants de joindre l’historique de leurs conversations à chaque devoir, afin qu’elle puisse évaluer la manière dont ils interagissaient avec l’IA.


Mme DeWitt a ensuite annoté les conversations en formulant des commentaires sur la formulation des requêtes, en posant des questions sur les informations qu’ils avaient choisi d’omettre ou d’inclure, et en critiquant la manière dont ils avaient vérifié les réponses de l’IA.

« Je voulais qu’ils soient capables, lors d’un entretien d’embauche, d’expliquer comment ils utilisaient cette technologie comme un outil de découverte et comment ils créaient de la valeur pour une entreprise », a déclaré Mme DeWitt.


Source : Wall Street Journal

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Tombes introuvables des enfants autochtones à Kamloops : à quand excuses et errata des grands médias ?

Un texte de Christian Rioux dans le Journal de Montréal.

 Tout le monde se souvient de la terrible « découverte » faite à Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a cinq ans, près d’un pensionnat autochtone. Plusieurs médias ont souligné cette semaine le cinquième anniversaire de ce qui avait alors ému le monde entier.

Sauf que, cinq ans plus tard, on n’a toujours pas trouvé la moindre trace de ces « charniers » ou « fosses communes » dont la presse internationale avait fait sa une. Pas le moindre petit bout d’os.

Piscine du pensionnat de Kamloops vers 1960

Un scandale mondial

Le 27 mai 2021, le chef du Conseil de bande local, Rosanne Casimir, avait affirmé que les restes de 215 enfants reposaient dans l’ancien verger du pensionnat de la réserve. Ce pensionnat était l’une des 130 institutions créées par le gouvernement fédéral canadien à l’époque.

En 24 heures, la nouvelle a fait le tour du monde. Du New York Times au Asahi Shimbun (Tokyo) en passant par Le Monde (Paris) et la Vanguardia (Barcelone), on annonça la découverte macabre sans lésiner sur les mots.

Et pourtant, personne n’a jamais entrevu l’ombre d’une tombe. Grâce à des fouilles au radar, des experts avaient bien repéré des « anomalies de terrain » pouvant représenter des « sépultures probables ». Mais rien de plus. Sans attendre les fouilles ni l’exhumation des corps, Justin Trudeau mit les drapeaux en berne et dénonça « un chapitre sombre et honteux » de l’histoire du Canada.

Or, ces fouilles n’ont jamais été faites et elles ne le seront probablement jamais. Dans les quelques pensionnats où elles furent entreprises, elles n’ont strictement rien donné. Et cela, malgré les 246,7 millions de dollars alloués par le gouvernement fédéral au Fonds de soutien communautaire aux enfants disparus des pensionnats, dont 12,1 millions à la seule communauté de Kamloops. Des millions pour l’instant dépensés en vain.

« Révisionnisme »?

On cherche encore les excuses et les erratums de ces médias, pourtant si prompts à dénoncer les fake news, qui ont contribué à cette gigantesque affabulation. Seuls quelques rares chroniqueurs et intellectuels ont eu le courage de braver les accusations de « révisionnisme ».

Parmi eux, l’historien Jacques Rouillard est certainement celui qui a été le plus lucide. Il rappelle qu’avant 1993, personne ne s’était plaint des pensionnats. Les anciens élèves tenaient même des conventums où ils célébraient leurs années d’étude. Comment imaginer que, durant toutes ces années, ni les religieux ni les enseignants, souvent eux-mêmes autochtones, n’aient pu témoigner de ces supposés « meurtres »?


Des représentants de l’Office du tourisme du Mexique ont assisté en 1963 à une représentation de la troupe de danse de Kamloops, très connue dans toute la Colombie-Britannique, et l’ont invitée au Mexique. Les filles ont lancé un appel à la population de Kamloops et ont récolté plus de 10 000 dollars en deux semaines. En juillet 1964, accompagnées de sœur Mary Leonita et du père G. P. Dunlop OMI, les filles se sont envolées pour Mexico où elles se sont produites au célèbre Palacio de Bellos Artes et à l’Arena Mexico devant un public de 5 000 personnes, dans le cadre d’une émission diffusée à la télévision mexicaine. Source : Indian Record, septembre 1964, p. 3.

Il n’est évidemment pas question de nier les conditions difficiles subies par les Autochtones dans ces internats. Ni la souffrance et le déracinement culturel qu’ont connus au cours des siècles les populations autochtones. Mais en quoi cette reconnaissance exigerait-elle de perpétuer une légende ? Légende qui, n’en doutons pas, refera surface l’année prochaine...

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mercredi 27 mai 2026

L'Essor de l'enseignement à domicile dans le monde

Dans le sillage de la pandémie, de plus en plus de parents scolarisent leurs enfants à la maison

Quelques mois après que deux enfants ont agressé le fils d'Enna Pink à coups de bâton à la maternelle, celui-ci a commencé à la supplier de rester à la maison. « Je ne voulais pas le forcer à y aller », explique Mme Pink. Elle et son mari, qui travaillaient tous deux dans une jeune entreprise, pensaient que l’enseignement à domicile conviendrait mieux à leur fils, qui est « hypersensible ». Mais cette pratique est illégale en Allemagne, où ils vivaient. Ils ont donc déménagé au Costa Rica, où l’enseignement à domicile est interdit aux résidents locaux, mais où il y a peu de contrôles pour les nomades numériques.

Aujourd’hui, ses enfants, âgés de sept et quatre ans, ne suivent pas de programme scolaire ; ils apprennent plutôt en jouant dehors, en participant à des activités locales avec d’autres enfants et en voyageant à travers le monde. Elle estime que tout cela stimule leur curiosité et leur confiance en eux. « Nous pensons que ce dont notre société a besoin à l’avenir n’est pas ce que le système scolaire peut offrir », dit-elle.

L’enseignement à domicile a longtemps été associé à des parents excentriques, des enfants maladroits et une pédagogie bancale. Mais il connaît une croissance rapide. Les chiffres étaient déjà en hausse avant la pandémie ; ils ont depuis explosé dans des pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie et le Canada (voir graphique ci-dessous). Aux États-Unis, 3,2 millions d’enfants, soit 6 % de la population d’âge scolaire, suivaient un enseignement à domicile en 2024 — plus du double du nombre enregistré en 2019.



À mesure que l'enseignement à domicile s'est développé, les familles qui y ont recours ont également changé. Prenons l'exemple des États-Unis, où l'enseignement à domicile, autrefois une mode parmi la gauche contre-culturelle des années 1970, était, dans les années 1980, porté par des conservateurs qui dénonçaient les écoles comme des « pépinières sataniques ». Il est toujours associé aux chrétiens évangéliques blancs.

Mais aujourd’hui, les parents qui font l’école à la maison aux États-Unis ressemblent globalement au reste de la population, explique Angela Watson, responsable de la recherche sur l’enseignement à domicile à l’université Johns Hopkins. En fait, dit-elle, c’est parmi les familles de couleur que l’enseignement à domicile connaît la croissance la plus rapide, beaucoup d’entre elles s’inquiétant de la discrimination et de programmes scolaires peu adaptés à leur culture. Pour des raisons peut-être similaires, dans l’enquête Household Pulse Survey du Bureau du recensement menée en 2022-2023, un pourcentage plus élevé de parents pratiquant l’enseignement à domicile s’identifiait comme LGBT que parmi les parents dont les enfants fréquentaient l’école publique ou privée. Mme Watson note que la plupart des familles « mélangent » les types d’enseignement : environ la moitié des enfants scolarisés à domicile aux États-Unis ne suivent ce mode d’enseignement que pendant un à trois ans.

Les raisons qui poussent à l’enseignement à domicile évoluent également. Les parents sont désormais plus enclins à dire que leur principale préoccupation est la sécurité physique et psychologique de leur enfant. « Depuis la naissance de [mon aîné], le monde est devenu un peu fou », explique Rebecca Hardman, une mère britannique. Elle et son mari avaient prévu d’envoyer leur jeune fils à l’école à la fin du confinement lié à la pandémie. Mais ils ont commencé à considérer l’enseignement à domicile comme une alternative à long terme. Les enfants à l’école semblaient davantage exposés à la pression de leurs pairs et à l’influence néfaste des réseaux sociaux. « Tout cela a changé si rapidement que chaque fois que je me disais : “Oh, c’est peut-être le moment”, je me disais aussitôt : “Mon Dieu, en fait, qu’est-ce qu’il apprendrait ?” »

Les parents s’inquiètent également de la course effrénée à la réussite. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans une enquête menée auprès de 280 000 jeunes dans 44 pays, a constaté que la proportion de filles de 15 ans se sentant sous pression à l’école était passée de 54 % à 63 % entre 2018 et 2022. C’est particulièrement préoccupant pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, sont autistes ou souffrent de troubles de santé mentale. (Un enfant sur six parmi les 126 000 scolarisés à domicile pendant le trimestre d’automne en Angleterre l’année dernière a cité la santé mentale comme principale raison.) L’éducation traditionnelle est « rigide, peu accueillante, stressante, bureaucratique et tout simplement insupportable », affirme Hanna Lippi, une mère slovène. Elle a scolarisé ses enfants à domicile avant le durcissement de la réglementation en 2024 et envisage de s’installer à l’étranger pour pouvoir continuer à le faire. En raison de l’importance accordée à l’évaluation scolaire, dit-elle, « les familles sont épuisées ».


D’autres parents pensent simplement pouvoir offrir un meilleur enseignement. Beaucoup considèrent que les programmes scolaires nationaux sont dépassés sur tous les sujets, de la question raciale à l’intelligence artificielle, ou trop rigides pour un monde en constante évolution. Issy Butson, animateur d’un balado populaire consacré à l’enseignement à domicile, s’est lancé dans cette voie en Nouvelle-Zélande après avoir travaillé pendant vingt ans dans des entreprises de logiciels et des jeunes pousses. Il rejette les matières traditionnelles si ses enfants ne les apprécient pas. « Notre aîné est un conteur : c’est un écrivain, un lecteur et un illustrateur, et ça a toujours été sa passion. Il serait donc complètement fou de penser que nous pourrions un jour nous asseoir pour lui enseigner les maths. Ça semblerait tout simplement inutile. » À la place, il utilise des tutoriels en ligne pour enseigner des sujets comme le codage, qu’il juge plus utiles. Les écoliers ont « été formés selon un modèle totalement différent pour un monde totalement différent », dit-il.

Le rejet de l’école en inquiète plus d’un. Certaines études menées par des défenseurs de l’enseignement à domicile montrent que les enfants scolarisés à la maison obtiennent de meilleurs résultats que leurs camarades. Mais cette pratique apparaît sous un jour moins favorable dans d’autres études qui prennent en compte le milieu familial.

En 2025, Cardus, un groupe de réflexion canadien, a publié une étude qui tenait compte de la pauvreté pendant l’enfance, du fait que le répondant ait grandi avec ses deux parents biologiques et de son appartenance à un foyer religieux. L’article, rédigé par Mme Watson et Albert Cheng de l’université de l’Arkansas, a révélé que les adultes américains ayant suivi un enseignement à domicile étaient moins susceptibles de travailler à temps plein ou d’avoir un revenu familial supérieur au salaire médian. Une étude de 2014, s’appuyant sur les données de l’enquête nationale américaine sur la consommation de drogues et la santé, a montré que les enfants scolarisés à domicile âgés de 12 ans et plus étaient deux à trois fois plus susceptibles de déclarer avoir un retard par rapport à leur niveau scolaire. Et en 2020, une méta-analyse réalisée par Robert Kunzman et Milton Gaither a révélé que les enfants scolarisés à domicile avaient tendance à obtenir de bons résultats aux tests verbaux, mais à prendre du retard en mathématiques.

Les études sur la santé mentale et l’intégration sociale dressent également un tableau contrasté. La plupart des données sont recueillies par le biais d’auto-évaluations, et la plupart des familles pratiquant l’enseignement à domicile ont tendance à affirmer que leurs enfants sont bien socialisés. Mais la durée de l’enseignement à domicile semble jouer un rôle important. Le rapport Cardus a révélé que les élèves scolarisés à domicile pendant huit ans ou plus faisaient état des niveaux d’optimisme les plus élevés et des liens sociaux les plus étroits. En revanche, ceux scolarisés de cette manière pendant un à deux ans présentaient les niveaux d’anxiété les plus élevés, et ceux scolarisés à domicile pendant trois à sept ans avaient le moins de liens sociaux étroits et la satisfaction de vie la plus faible (voir graphique ci-dessous).



Un aspect difficile à mesurer est le degré d’isolement des enfants et leur vulnérabilité face à la maltraitance à la maison. C’est un point central pour les défenseurs d’une réglementation accrue de l’enseignement à domicile, comme la Coalition for Responsible Home Education, une organisation américaine dont de nombreux membres du personnel ont eux-mêmes été scolarisés à domicile.

Il n’existe aucune preuve validée par des pairs établissant un lien entre l’enseignement à domicile et des taux plus élevés de maltraitance ou de négligence. Mais à l’échelle mondiale, ce sont les enseignants qui signalent le plus souvent les cas aux services de protection de l’enfance ; ainsi, la réduction des contacts entre les élèves et le personnel scolaire peut permettre à la maltraitance de passer inaperçue. Certains experts s’inquiètent en outre que des parents maltraitants puissent retirer leurs enfants de l’école sous prétexte de leur faire suivre un enseignement à domicile. En 2024, une étude du Child Safeguarding Practice Review Panel (Comité d’examen des pratiques de protection de l’enfance) en Angleterre a révélé que les enfants scolarisés à domicile étaient « moins visibles » pour les organismes de protection de l’enfance, bien qu’elle ait également indiqué que la plupart des enfants scolarisés à domicile « mènent une vie heureuse et sûre ».

De nombreux pays ont des réglementations extrêmement strictes en matière d’enseignement à domicile. La scolarisation est obligatoire dans des pays tels que la Chine, l’Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas, l’Espagne et la Turquie ; les dérogations sont rares. Dans d’autres pays, notamment en Corée du Sud et à Singapour, l’enseignement à domicile est soumis à des restrictions strictes. Cette année, la Grande-Bretagne a adopté la loi sur le bien-être des enfants et les écoles (Children’s Wellbeing and Schools Act), qui met en place un registre national des enfants non scolarisés et renforce la surveillance locale de l’enseignement à domicile ; auparavant, les parents devaient simplement s’assurer que leurs enfants reçoivent une éducation à temps plein « adaptée » à leur âge. Et en 2021, après une série d’attentats terroristes, la France a adopté une loi limitant l’enseignement à domicile à des circonstances exceptionnelles dans le but de lutter contre l’extrémisme et de protéger les valeurs laïques. 

[Un prétexte fallacieux selon ce carnet:  aucun des terroristes n'avaient été instruits à la maison, ils avaient dans l'immense majorité suivi leur scolarité à l'école PUBLIQUE.

Mohammed Merah (attentats de Toulouse et Montauban, 2012) : 
Élevé et scolarisé en écoles publiques à Toulouse (quartiers sensibles). 

Frères Kouachi (attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015)
Saïd Kouachi (né en 1980) et Chérif Kouachi (né en 1982). Ils fréquentaient le collège Lakanal à Treignac (établissement public).  

Amedy Coulibaly (prise d’otages et tuerie à l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015)
Né en 1982 à Juvisy-sur-Orge (Essonne), grandi à Grigny (cité de la Grande Borne).  
Scolarité dans des établissements publics de l’Essonne.  


Les trois terroristes du Bataclan 13 novembre 2015 (tous français)
Ismaël Omar Mostefaï (29 ans)  Scolarisé en écoles et établissements publics en France.  
Samy Amimour (28 ans) Bon élève au collège Paul-Bert de Drancy (établissement public).  
Foued Mohamed-Aggad (23 ans) Scolarisé en écoles publiques locales, puis dans un lycée technique.  

Figures belges / franco-belges importantes de l’opération
Abdelhamid Abaaoud (coordinateur principal, belgo-marocain)  Inscrit en 1999 au Collège Saint-Pierre d’Uccle (établissement catholique privé et prestigieux de Bruxelles). Il n’y reste qu’un an (expulsé pour comportement disruptif et mauvais résultats).  Ensuite scolarité classique dans le système belge (public ou ordinaire) à Molenbeek.
Salah Abdeslam (logistique, seul survivant).  A fréquenté l’Athénée Royal Serge Creuz (établissement public secondaire à Molenbeek).  

Abdoullakh Anzorov (assassinat de Samuel Paty, 16 octobre 2020)  
Éducation : Scolarisé en école publique française depuis l’âge de 6 ans (arrivé comme réfugié de Tchétchénie). Il a fait toute sa scolarité en France, avec des problèmes de comportement signalés dans les établissements publics (bagarres, déscolarisation progressive). 

Brahim Aissaoui (ou Issaoui, attentat de Nice, 29 octobre 2020) 
Éducation : Tunisien arrivé récemment en France (clandestinement). Il avait un parcours de décrocheur scolaire en Tunisie (écoles publiques locales), avec des petits boulots et une radicalisation récente. Pas d’IEF ni d’école privée française notable. 
]

Mais dans d’autres pays, la réglementation est remarquablement souple. Les États-Unis, berceau de l’enseignement à domicile, ont connu plusieurs vagues de déréglementation, en partie grâce à des décennies de plaidoyer mené par la Home School Legal Defence Association, un groupe conservateur désormais actif dans le monde entier.

Dans presque tous les États américains, les tuteurs peuvent dispenser un enseignement à domicile même s’ils ont été condamnés pour des crimes violents ou sexuels commis contre des enfants. Dans 42 États, il n’existe aucun seuil de qualification minimum pour l’enseignement parental. Seuls huit États américains exigent que tous les enfants scolarisés à domicile passent des évaluations scolaires, et 27 n’imposent aucune exigence en matière d’évaluation. Onze États n’exigent même pas que les familles informent les districts de leur intention de scolariser leurs enfants à domicile. Et certains États subventionnent désormais l’enseignement à domicile, permettant aux parents de dépenser l’argent des contribuables pour des services tels que le soutien scolaire.

Dans les cas extrêmes, l’absence de contrôle réglementaire peut permettre à des idéologies pernicieuses de se propager sans entrave. En 2023, un réseau d’enseignement à domicile de l’Ohio, qui regroupait pas moins de 3 000 suprémacistes blancs sur les réseaux sociaux, a été dénoncé ; Mein Kampf d’Hitler constituait la pierre angulaire de son programme scolaire. Les autorités ont enquêté sur le groupe mais ont finalement conclu qu’aucune loi n’avait été enfreinte, car les lois de l’État sur l’enseignement à domicile ne réglementent pas le contenu des programmes scolaires.

Tels sont peut-être les risques stéréotypés [caricaturaux dirions-nous] de l’enseignement à domicile, mais d’une manière plus générale, cette pratique trouve un écho favorable à travers tout le spectre idéologique. Mme Watson note que dans une enquête de 2024, les parents américains pratiquant l’enseignement à domicile étaient à peine moins susceptibles de se définir comme progressistes ou modérés que leurs homologues dont les enfants fréquentent l’école publique. Les parents de tous bords ont désormais tendance à affirmer – malgré des résultats mitigés en matière de résultats scolaires et d’adaptation sociale – qu’ils veulent simplement ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. 

mardi 26 mai 2026

Pourquoi l'Occident ne comprend rien à l'Islam - Entretien avec Rémi Brague

Quand Rémi Brague — philosophe, historien des idées, professeur émérite à la Sorbonne et à Munich — laisse tomber cette phrase, il ne polémique pas. Il constate. Et c'est précisément ce qui rend cet entretien si rare : un intellectuel qui a passé vingt ans à enseigner la philosophie de langue arabe parle de l'islam sans la complaisance de Vatican II, sans l'idéologie d'Edward Saïd, et sans le confort de l'évitement.

Pendant près d'une heure trente, Ferghane Azihari et Rémi Brague reviennent sur une série de questions que la plupart des médias français refusent encore d'aborder frontalement :
  • Pourquoi le « dialogue interreligieux » ressemble-t-il davantage à un monologue ?
  • Que signifie réellement, pour un musulman, dire qu'il « respecte » Abraham, Moïse ou Jésus ?
  • Pourquoi la simple analyse historico-critique du Coran constitue-t-elle un péril existentiel pour l'islam — bien plus que pour le judaïsme ou le christianisme ?
  • Pourquoi le livre culte d'Edward Saïd, L'Orientalisme, mériterait, selon Brague, d'être « oublié » ?
  • Une réforme de l'islam est-elle envisageable ? Et de quel côté pourrait-elle venir ?

Voir aussi
 
 
 
 

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane (avec Extrait relatif à l’enseignement classique conservé sous l'Empire romain d'Orient).

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »  

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

La liberté moderne vue par Rémi Brague

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Rémi Brague sur l’islam, la culture classique et l’Europe

Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »



Commentaire de l’IDEO (l'Institut d’Études Orientales du Caire) sur l'ouvrage Le Coran des historiens en précise la teneur et la portée :

Si la tradition exégétique musulmane classique considère le Coran comme un point de départ, et s’attache surtout à en expliciter les points obscurs en faisant référence à la vie et aux paroles du Prophète, la tendance contemporaine de nombreux chercheurs en Occident est de le considérer comme un point d’arrivée, c’est-à-dire comme le produit de l’Antiquité tardive, qui recueille des traditions religieuses, philosophiques et culturelles antérieures. Une troisième voie consiste à l’étudier seul, ni dans son contexte antique tardif, ni dans sa réception musulmane. 

Ce Coran des historiens choisit résolument cette deuxième voie, celle de l’Antiquité tardive. (…) La vision de Guillaume Dye sur le Coran est celle d’un texte complexe, composite, ni l’œuvre d’un seul homme, ni livre fermé, mais un recueil ouvert qui se construit très progressivement en discussion avec ce contexte de l’Antiquité tardive.

« Contrairement à l’hagiographie musulmane qui donne au calife ʿUṯmān (m. 35/656) le rôle d’éditeur du texte sous sa version consonantique finale, Guillaume Dye identifie le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (m. 86/705) comme le contexte politique et culturel qui a le plus influencé le texte.