Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné, mardi le 26 mai, l'ancien député Dries van Langenhove (ci-contre) à une amende de 4 000 euros pour incitation à la haine et à la violence fondée sur la race, la couleur de peau ou l’ascendance ethnique, ainsi que pour diffusion d’idées fondées sur la haine raciale.
Les faits remontent à une conférence donnée le 28 février 2024 à la KU Leuven (l'Université catholique de Louvain néerlandophone), à l’invitation de l’association étudiante nationaliste NSV. Initialement annoncée sur le thème de l’agriculture régénérative, l’intervention a ensuite dérivé vers une critique virulente de l’immigration de masse et de ses conséquences sur la criminalité, la qualité de l’enseignement, le logement et la sécurité sociale en Flandre.
Le jugement du tribunal reconnaît implicitement cette dimension. Le juge souligne en effet que, « même à supposer » que les déclarations reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela « n’enlève rien à ce qui précède ». Ce n’est pas la fausseté des informations qui est reprochée, mais la manière de les présenter, jugée susceptible de créer un climat d’intolérance ou de dénigrement envers des groupes protégés par la loi antiracisme de 1981. Le magistrat relève notamment l’établissement de liens de causalité entre « superdiversité » et problèmes sociétaux, ainsi que des affirmations sur des différences entre groupes ethniques — par exemple à propos des ponts en Afrique ou des performances différenciées.
Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias à l’Université de Gand, approuve cette analyse. Selon lui, le caractère répréhensible réside dans l’interprétation des faits et les conclusions qui en sont tirées, lesquelles s’inscrivent dans une logique de division et d’incitation à la haine. Le jugement rappelle, en s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il n’est pas nécessaire d’appeler explicitement à des actes de violence : la création d’une « attitude générale d’intolérance » suffit.
Présentation tronquée des médias de grand chemin
Des voix critiques s’élèvent pourtant
D’autres voix, issues de la N-VA (nationalisme flamand au pouvoir) et même du monde juridique, appellent à une réévaluation de la loi antiracisme. Bart De Wever, Premier ministre, s’est déclaré favorable, à titre personnel, à un examen parlementaire de cette législation, plaidant pour une liberté d’expression « aussi peu restreinte que possible ».
La décision du tribunal de Louvain s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle belge et européenne qui accorde une large marge d’appréciation aux États pour lutter contre le « discours haineux ». Elle pose un problème démocratique de fond : en rendant la véracité des propos secondaire face à leur « présentation » ou à leur potentiel effet sur l’opinion, elle risque d’instaurer un effet dissuasif sur le débat public. Les citoyens qui constatent des phénomènes concrets — surreprésentations statistiques, tensions liées à l’immigration — peuvent hésiter à les évoquer, de peur de franchir une ligne mouvante définie a posteriori par un juge. On peut penser que c'est précisément le but recherché : rendre impossible tout débat, tout propos, toute pensée même négative sur l'immigration.
Van Langenhove, figure honnie par la gauche a déjà été condamnée par le passé. Il n’est certes pas un modéré. Pourtant, le précédent créé dépasse largement son cas personnel. Lorsque la justice affirme que des faits étayés peuvent devenir délictueux selon la manière dont ils sont reliés et interprétés, c’est la possibilité même d’un débat serein sur des données publiques qui se trouve fragilisée.
Cette affaire révèle une tension croissante, dans plusieurs démocraties occidentales, entre la lutte contre la haine (concept vague) et la préservation d’une liberté d’expression robuste, capable d’affronter les réalités sociales sans les édulcorer.
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