mercredi 9 avril 2025

Enseigner à une génération qui s’ennuie

Texte de Francis O’Shaughnessy publié dans Le Devoir, l’auteur est professeur dans un cégep à Montréal.

J’enseigne à des étudiants qui ont une fixation maladive sur les écrans. Ils sont dépendants aux réseaux sociaux, aux séries et aux jeux vidéo et passent la majeure partie de leurs temps sur leurs machines sophistiquées. Quand j’arrive en classe, je les salue. Tous ont la tête baissée, happée par leur téléphone intelligent. À l’habitude, il y a peu de réactions ; un ou deux bonjours isolés, mais souvent, je fais face à un silence total. Devrais-je enseigner en langage SMS pour capter leur attention ?

Depuis 2020, je m’interroge sur ma motivation à enseigner et si mon rôle a encore un sens. Mes salles de classe sont loin du lieu d’échange et de savoir auquel j’aspirais. Ce siècle, empreint de vacuité, a engendré des générations qui s’ennuient, qui éprouvent un profond vide intérieur et qui trouvent refuge dans une réalité virtuelle illusoire.

Le désintérêt d’une génération pour le travail

Les jeunes de la génération Z sont de plus en plus passifs en classe, ayant du mal à se concentrer et à participer activement. Ils montrent également une nette aversion à s’investir dans leurs lectures, à construire des textes cohérents et à communiquer efficacement. Ils se tournent souvent vers l’intelligence artificielle pour compenser ces lacunes, et leurs créations artistiques manquent d’originalité et de profondeur.

Depuis quelques années, j’observe avec inquiétude le désintérêt des étudiants pour le travail intellectuel et plastique. Depuis la pandémie, mes classes se vident progressivement dès le troisième cours, car la présence en classe n’est pas obligatoire, mais fortement encouragée, surtout en atelier pratique. Sur les 25 personnes qui composent mes groupes, seulement 12 assistent réellement aux cours sur une base régulière. Ainsi, à mon cégep, l’absentéisme et les retards en classe sont un problème majeur qui touche toutes les disciplines.

De plus, nous n’avons pas en application la notion du double seuil, c’est-à-dire l’obtention de 60 % pour l’ensemble de la session et pour l’épreuve certificative. Ainsi, une nouvelle tendance est apparue chez les étudiants : l’absence aux examens finaux. Dans mes classes, la participation aux évaluations de fin de session s’élève à 10 étudiants sur un effectif de 25, les autres ayant choisi de ne pas se présenter en raison de l’obtention préalable de la note de passage de 60 %. Cette tendance nous amène à penser que le dépassement de soi n’est pas une priorité, signe d’un désintérêt pour l’effort, la progression personnelle et la cote R (un indicateur de performance scolaire utilisé au Québec pour l’admission à l’université). Cela soulève aussi des inquiétudes sur leur capacité à relever les défis futurs.

mardi 8 avril 2025

Australie — Effets de l'immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux


Voici un aperçu des articles récents de la presse grand public de 2024 et du début 2025 (jusqu’au 4 avril 2025) qui abordent l’immigration massive et ses effets sur le logement et les services publics comme les écoles et les hôpitaux en Australie. 

Logement
MacroBusiness (25 mars 2025)  
Titre : "Les prévisions démographiques aggravent la crise du logement"  

Résumé : Cet article souligne comment les politiques d’immigration du gouvernement Albanese ont stimulé la croissance démographique, avec des prévisions de migration nette outre-mer (MNOM) revues à la hausse à 335 000 pour 2024-25 et 260 000 pour 2025-26. Il soutient que l’ajout de 1,8 million de personnes sur cinq ans a submergé l’offre de logements, faisant grimper les loyers et les prix. Il cite l’incapacité à atteindre les objectifs de construction (par exemple, un déficit de 106 300 logements projeté entre 2024 et 2027 selon la National Housing Finance and Investment Corporation) face à une demande alimentée par l’immigration, aggravant les problèmes d’accessibilité.

BNN Bloomberg (10 décembre 2023, avec projections pour 2024)  
Titre : "L’Australie va réduire une migration record alors que la crise du logement s’intensifie"  

Résumé : Bien que légèrement plus ancien, cet article pose les bases des changements de politique en 2024, signalant une MNOM record de plus de 500 000 en 2022-23. Il relie cette hausse à une crise des loyers, avec des loyers à des sommets sur dix ans, et mentionne les plans du gouvernement pour réduire la MNOM à 250 000 d’ici juin 2025 afin d’alléger la pression sur le logement, reflétant des préoccupations persistantes en 2024.


Services (Écoles et Hôpitaux)

Institute of Public Affairs (IPA) (3 septembre 2024)  
Titre : "Les Australiens sont en récession avec une migration hors de contrôle qui écrase les standards de vie"  

Résumé : L’IPA lie une migration record (509 754 MNOM jusqu’à mars 2024) à des infrastructures sous pression, y compris les écoles et les hôpitaux. Il ne fournit pas de données spécifiques sur ces services mais soutient qu’une croissance démographique non planifiée a dépassé le développement des infrastructures sociales, contribuant à six trimestres consécutifs de baisse du PIB par habitant, ce qui implique une pression sur les services publics.

SBS News (31 décembre 2024)  
Titre : "Des visas qualifiés aux urnes : comment les changements migratoires de l’Australie pourraient se dérouler en 2025"  

Résumé : Cet article traite des réformes de 2024 visant l’immigration temporaire qualifiée et les étudiants internationaux, projetant une MNOM de 260 000 pour 2024-25. Il note que, bien que ces changements visent à équilibrer les besoins économiques, des experts comme Abul Rizvi soulignent une pression continue sur les infrastructures, y compris l’éducation et la santé, bien que les impacts spécifiques restent anecdotiques plutôt que quantifiés ici.

Synthèse et Contexte Plus Large

Aucun article grand public unique de 2024 ou début 2025 (jusqu’au 4 avril) n’offre une analyse complète et basée sur des données des effets de l’immigration massive sur le logement, les écoles et les hôpitaux réunis. Cependant, des thèmes récurrents émergent :

Logement : Le consensus est qu’une MNOM élevée (par exemple, 446 000 en 2023-24 selon les données de l’ABS) a intensifié les pénuries de logements, notamment dans les villes, avec des loyers et des prix qui montent en flèche en raison d’une offre qui ne suit pas la demande. Des articles comme celui de MacroBusiness blâment directement la politique d’immigration, tandis que d’autres (par exemple, SCMP) soutiennent que c’est un symptôme de problèmes structurels plus profonds.

Écoles et Hôpitaux : La couverture est moins détaillée, mais des sources comme l’IPA et SBS laissent entendre qu’une croissance démographique rapide met les services publics sous tension. Par exemple, 2,3 millions de détenteurs de visas ayant besoin de logements nécessitent également des services d’éducation et de santé, mais aucun article récent ne quantifie directement la surpopulation dans les écoles ou les temps d’attente dans les hôpitaux liés à l’immigration de 2024-25.

Réponse Politique : Le programme migratoire 2024-25 du gouvernement fixe un plafond de 185 000 places permanentes (70 % qualifiées), avec une MNOM prévue de tomber à 260 000 d’ici mi-2025, reflétant des efforts pour atténuer ces pressions (Ministère de l’Intérieur, mai 2024).


lundi 7 avril 2025

Navet empoisonné — le nouveau Blanche Neige est un fiasco, Disney suspend le nouveau Raiponce

Disney a freiné le tournage de l'adaptation en prises de vue réelle de son célèbre dessin animé Raiponce sorti en 2010, après l'échec de Blanche-Neige aux guichets de cinéma.

Selon le Hollywood Reporter, les dirigeants ont mis le film en pause bien qu'ils aient déjà engagé le réalisateur du Maître de scène (au Québec, The Greatest Showman à Paris), Michael Gracey, pour le diriger.

Jusqu'à présent, le projet battait son plein avec un scénario de la coscénariste de Thor : Amour et Tonnerre, Jennifer Kaytin Robinson, en cours de rédaction.

Le film était en phase de préproduction et les dirigeants avaient commencé à chercher des talents avant que les choses ne s'arrêtent brusquement, selon Deadline.

Les deux médias ont rapporté que la décision de Disney était en grande partie due au lancement désastreux du remake de Blanche-Neige en prises de vue réelle, qui est sorti en salles le 21 mars.

Cette nouvelle adaptation de Blanche-Neige en prises de vue réelle a eu des résultats « désastreux » au box-office.

Le studio a dépensé 270 millions de dollars pour réaliser et promouvoir le film avec Rachel Zegler (ci-dessous), qui n'a rapporté que 70 millions de dollars aux États-Unis et 146 millions de dollars dans le monde.

 
À titre de comparaison, Mufasa: le roi lion, la précédente production de Disney sortie en décembre dernier, avait récolté plus de 120 M$ après une dizaine de jours à l’affiche sur le seul marché nord-américain.

Rappelons qu’en plus d’avoir obtenu des critiques mitigées dans la presse internationale, Blanche-Neige a accumulé les polémiques depuis l’annonce de la distribution du film, il y a quelques années. Le choix de l’actrice Rachel Zegler, d’origine sud-américaine, a notamment soulevé la colère de plusieurs fans et commentateurs conservateurs, tout comme la représentation des sept nains du film, qui ne sont pas tous joués par des personnes atteintes de nanisme. La semaine dernière, le fils du producteur du film, Jonah Platt, a vivement critiqué le «narcissisme» et «l’immaturité» de Rachel Zegler dans un message publié sur Instagram en déclarant que les propos politiques de l’actrice pendant la campagne de promotion avaient «clairement nui au box-office du film».

The Economist de Londres s'est demandé quels étaient les critères de réussite d'une reprise cinématographique. 

Blanche-Neige, la nouvelle version en prises de vues réelles du film d'animation bien-aimé de Disney, a reçu un accueil glacial avant sa sortie dans les salles de cinéma le 21 mars. Une bande-annonce publiée il y a trois mois n'a obtenu que 60 000 de « j'aime » et plus d'un million de « je n'aime pas ». « Si je voyais ce film dans un avion, j'en sortirais malgré tout », s'insurge un utilisateur de YouTube. « Heureusement, nous disposons aujourd'hui de la technologie nécessaire pour que l'animation ait l'air pire que l'original de 1937 », déplore un autre.

Parmi les nombreux péchés de la reprise, il y en a sept en particulier : les nains, qui ont été rendus de façon mièvre par ordinateur (CGI), après une querelle sur la question de savoir s'il était politiquement correct de faire jouer les rôles de nains par des acteurs nains. (Face aux critiques, Disney a transformé les nains du film en « créatures magiques » - quoi que cela veuille dire). Il y a aussi la question de Rachel Zegler, l'actrice choisie pour incarner Blanche-Neige, qui a qualifié le film original d'« extrêmement daté » et a déclaré que le prince « harcelait littéralement » la princesse, que la princesse ne serait plus sauvé par le prince mais qu'elle réaliserait son potentiel de chef de file, etc. (Voir vidéo ci-dessous.) Il s'avère que les fans n'aiment pas que l'héroïne d'une nouvelle adaptation méprise le film classique qui l'a inspirée.

En redonnant vie à des contes familiers, les reprises peuvent offrir aux studios une voie plus sûre vers le succès commercial. Par le nombre de réactions négatives et de controverses qu'il a suscitées, Blanche-Neige est un film inhabituel. Toutefois, à un autre titre, le film reflète une tendance actuelle, qui consiste pour les studios à remonter toujours plus loin dans le passé pour trouver des sources d'inspiration. Entre 2020 et 2024, l'âge moyen des films sources sur lesquels les nouveaux remakes étaient basés était de 35 ans. C'est environ 13 ans de plus qu'entre 2011 et 2015, selon l'analyse par The Economist des données de The Numbers, un site web consacré au cinéma.

Qu'est-ce qui fait le succès d'une reprise ? C'est une question qui préoccupe de nombreux dirigeants d'Hollywood, ainsi que les cinéphiles. Pour y répondre, The Economist a analysé 200 remakes sortis depuis 1995 ; chacun d'entre eux avait reçu un minimum de 5 000 évaluations sur IMDb, une base de données cinématographique en ligne.

Premièrement, il ne suffit pas d'utiliser des effets spéciaux à la pointe de la technologie
; l'imagerie générée par ordinateur doit être manipulée avec précaution. Sur les 20 pires refontes (d'après les taux d'audience d'IMDb), la moitié sont des films d'horreur, en partie à cause de l'utilisation d'effets spéciaux peu convaincants. Le cinquième remake le plus mauvais, celui de Le Brouillard (Fog à Paris), un classique culte de John Carpenter datant de 1980, a été réalisé en 2005 ; un brouillard surnaturel et vengeur s'abat sur une ville insulaire au large de l'Oregon. Les effets chocs à bon marché remplacent la tension : les spectateurs se sont plaints que le brouillard se déplaçait trop rapidement et que les fantômes dans le brouillard (jamais clairement visibles dans l'original) étaient ridicules, une plainte également formulée par les spectateurs à propos des nains dans le nouveau film Blanche-Neige.

Deuxièmement, les comédies comportent des risques importants. C'est le genre le moins performant pour les réadaptations, avec une note IMDb moyenne inférieure de 1,5 point (sur dix) à celle des originaux. Les remakes de comédies sont également ceux qui rapportent le moins. Aucun d'entre eux ne surpasse de manière significative le film original sur lequel il est basé, d'après les taux d'audience. Il se peut que les spectateurs de comédies et de films d'horreur aient besoin d'un élément de surprise, ce qui est difficile à offrir dans un remake fidèle, car le public sait déjà à quels gags et à quelles émotions il doit s'attendre. Il n'est alors qu'une resucée.

Les meilleurs reprises s'inspirent de ce qui se fait à l'étranger. Depuis 1995, environ un tiers des meilleurs remakes ont été réalisés à partir de sources étrangères, dont six des dix premiers. Il en va de même pour les deux seuls adaptations ayant remporté l'Oscar du meilleur film : Les Infiltrés (2006), basé sur un film de Hong Kong, et CODA (2021), basé sur le célèbre film franco-belge, La Famille Bélier (2014).

Le fait de ne pas connaître les films originaux peut signifier que le public arrive avec des attentes moindres et sans aucun attachement envers l'original. Prenons l'exemple de Bugonia, avec Emma Stone, dont la sortie est prévue en novembre. Il s'agit d'un remake en anglais d'un film sud-coréen ; au lieu d'un directeur général masculin, la nouvelle histoire est centrée sur une femme. Toutefois, il est peu probable que le public, qui ne connaît pas le film original, s'émeuve de ce changement. On ne peut pas en dire autant de la nouvelle Blanche-Neige qui semble vouée à jamais à une fin malheureuse.

dimanche 6 avril 2025

Sondage — Majorité des électeurs canadiens soutiendraient division du taux d'immigration par quatre (4)

Une majorité d'électeurs conservateurs, libéraux et néo-démocrates soutiendraient la réduction du taux d'immigration du Canada à 100 000 personnes par an (plutôt que 450 000).



samedi 5 avril 2025

La police britannique procède à 30 arrestations par jour pour des messages « offensants » sur Internet

Les groupes de défense des libertés civiles en Grande-Bretagne affirment que les autorités surveillent trop l'internet et menacent la liberté d'expression en utilisant des lois vagues.


Maxie Allen et Rosalind Levine ont été arrêtés pour harcèlement, communication malveillante et nuisance sur le terrain de l'école.

La police procède à plus de 30 arrestations par jour en raison de messages offensants publiés sur les médias sociaux et d'autres plateformes.

Des milliers de personnes sont détenues et interrogées pour avoir envoyé des messages qui causent des « ennuis », des « désagréments » ou de l'« anxiété » à d'autres personnes via l'internet, le téléphone ou le courrier.

Les données relatives aux gardes à vue obtenues par le Times de Londres montrent que les agents procèdent à environ 12 000 arrestations par an en vertu de l'article 127 de la loi britannique sur les communications de 2003 et de l'article 1 de la loi britannique sur les communications malveillantes de 1988 (Malicious Communications Act 1988).

Augmentation des arrestations au fil du temps

Nombre d'arrestations effectuées par les forces de police en Angleterre et au Pays de Galles pour des personnes envoyant des messages grossièrement offensants qui causent des ennuis, des désagréments ou de l'anxiété en ligne,

Données pour 35 forces de police. Graphique : The Times et The Sunday Times
Source : Demande d'accès à l'information

Ces lois rendent illégal le fait de causer de la détresse en envoyant des messages « grossièrement offensants » ou en partageant des contenus « indécents, obscènes ou menaçants » sur un réseau de communications électroniques.

vendredi 4 avril 2025

Carney : il parlait d'être en récession en 2009, il dit l'avoir évitée en 2025... Qui croire ?

Rappel, Marc Carney a été gouverneur de la Banque du Canada du 1er février 2008 au 1er juin 2013, alors que le conservateur Stephen Harper était Premier ministre du Canada.

Les statistiques officielles sont claires : de 2008 à 2009 pendant 3 trimestres le PIB réel du Canada a décliné, jusqu'à -2,3 % au premier trimestre de 2009 : 

T4 2008-1,2 %
T1 2009-2,3 %
T2 2009-1,1 %

Les récessions sont indiquées par une bande grisée dans les graphiques ci-dessous :



Voir aussi

Recension critique du livre Value(s) écrit par le nouveau Premier ministre Mark Carney (Carney a le culot et le manque d’introspection de proposer dans son livre la gestion à la « crise » du COVID comme modèle...) 

« Transition de genre » : des « études » sous influence

Alors que le 17 mars, CNN promouvait les résultats d’une étude selon laquelle les traitements hormonaux auraient un effet bénéfique sur la santé mentale des personnes majeures se déclarant transgenres, le lendemain on pouvait lire dans Le Monde que « la recherche a constamment démontré les effets positifs de l’accès aux soins d’affirmation de genre »[1]. Est-ce vraiment le cas ? Analyse et décryptage de la journaliste et essayiste Pauline Arrighi, auteur des Ravages du genre aux éditions du Cerf.

« La recherche a constamment démontré les effets positifs de l’accès aux soins d’affirmation de genre ». C’est ce qu’affirment deux médecins et un avocat dans un article publié dans la revue The New England Journal of Medicine (NEJM)[2] relayé par Le Monde, entendant dénoncer « les lois répressives et transphobes adoptées aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche » (cf. Genre : aux États-Unis, les décrets présidentiels attaqués en justice). Ces « soins » seraient soutenus « sans équivoque » par « de grandes organisations médicales », assure de son côté le psychiatre Jack L. Turban [3]. Mais de quel type de soutien parle-t-on ?


Des intérêts économiques et financiers

Sur son site web, la revue NEJM énumère la liste de ses sponsors. Parmi eux, on compte Pfizer, Bayer, Novo Nordisk et Sandoz [4]. Ces laboratoires produisent des hormones utilisées dans les « transitions de genre »[5]. Jack L. Turban bénéficie quant à lui de financements de la part des laboratoires Arbor et Pfizer [6].

Toutes les personnes qui se déclarent transgenres ne prennent pas de traitement hormonal, mais celui-ci est présenté par les militants et les médecins « transaffirmatifs » comme un remède au sentiment de dysphorie de genre. Il s’agit de ressembler le plus possible à une personne de l’autre sexe. Les jeunes filles prendront de la testostérone de synthèse. Ces traitements existent déjà, ils sont prescrits à des hommes atteints d’hypogonadisme. Sur un organisme de jeune fille, l’effet est complètement différent, d’ailleurs les substituts de testostérone n’ont pas reçu d’autorisation de mise sur le marché pour être utilisés par cette population. Ainsi l’entreprise Bayer produit et commercialise l’Androtardyl, et Pfizer fournit du Dégo testostérone.

Les garçons qui se déclarent transgenres, prendront quant à eux des inhibiteurs de testostérone parfois combinés avec des progestatifs et œstrogènes. Ces traitements sont eux aussi déjà commercialisés, mais pour un autre public, à savoir les femmes qui ont besoin de voir soulagés leurs symptômes de la ménopause. Nous pouvons citer l’Activelle, produite par Novo Nordisk, et l’estradiol, fournie par Novartis et Sandoz.

Les « transitions de genre » offrent un nouveau débouché commercial aux hormones sexuelles de substitution déjà produites et présentes sur le marché. Pour les laboratoires pharmaceutiques, le militantisme en faveur de la « transition de genre » médicalisée est un investissement rentable.

L’influence des lobbies

L’article du Monde, toujours pour défendre l’administration de traitements hormonaux sans autorisation de mise sur le marché sur des mineurs, cite une étude des Dr Claire Vandendriessche et David Cohen [7] – « qui dirige une consultation consacrée à l’accueil des mineurs trans ou en questionnement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris ».

Dans cet hôpital, la consultation diversité de genre déclare sur son site avoir noué un « partenariat avec les associations de personnes transgenres OUTrans, Espace Santé Trans et Acceptess-T et l’association Grandir Trans qui réunit 1300 familles d’enfants et adolescents transgenres »[8].

Les organisations OUTrans, Espace Santé Trans et Acceptess-T sont affiliées à la WPATH (Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes trans). Celle-ci est d’ailleurs plusieurs fois mentionnée dans le « Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans, remis à monsieur Olivier Véran, ministre des Affaires sociales et de la Santé » en janvier 2022 [9] (cf. La fragile protection des enfants face aux lobbies trans-affirmatifs).

Cette organisation a pour objet d’« offrir des conseils cliniques aux professionnels de santé pour soutenir les personnes transgenres et diverses dans leur genre (transgender and gender diverse) dans l’accès à des parcours sûrs et effectifs pour atteindre un confort personnel durable avec leur être genré ». Qu’entendent ces personnes par « diverses dans leur genre » ? et par « être genré » ? Ces notions ont une définition circulaire et ne correspondent à rien de concret [10].

Les recommandations de la WPATH n’ont en outre aucune base scientifique. La première prescription de suppression de puberté, en 2001, prenait appui sur une étude portant sur une seule personne [11]. La deuxième, en 2012, reposait sur le Protocole néerlandais (Dutch Protocole), dont les erreurs ont été démontrées par la suite (cf. Changement de genre chez les mineurs : la WPATH « coupable » d’une « fraude scientifique majeure et inqualifiable »).

Depuis, la publication de documents fuités aurait dû ébranler, pour le moins, la confiance des dirigeants politiques vis-à-vis de cette instance. Le 4 mars 2024 en effet, le président de l’ONG Environmental Progress, Michael Shellenberger, et la journaliste Mia Hughes ont révélé au grand jour des échanges entre membres de la WPATH sur un forum [12]. Il s’avère que les experts à la tête de l’organisation ont conscience du manque de fiabilité de leurs méthodes (cf. La prise d’hormones croisées diminue-t-elle le risque de dépression chez les adultes transgenres ? Décryptage).

« Ils reconnaissent que leurs patients sont parfois trop jeunes pour comprendre les effets des hormones sur leur fertilité. »[13]. Les enfants ne peuvent pas consentir librement au fait de devenir infertiles – ni à renoncer à toute capacité de ressentir du plaisir sexuel. Les médecins reconnaissent aussi que parfois, les parents eux-mêmes ne comprennent pas les conséquences des traitements qui sont administrés à leurs enfants.

Sur le forum dont les messages ont fuité, certains membres de l’organisation expriment des doutes quant à la capacité de consentir à des traitements de la part de patients psychotiques. Ces inquiétudes sont balayées d’un revers de main par leurs collègues, et rien ne change. Les « transitions de genre », notamment celles des mineurs, continuent à être promues par des lobbies idéologiques et financiers. Sous couvert de rigueur scientifique.


 Source : Généthique

[1] Lilas Pepy, Transidentités : une étude française contredit une théorie antitrans, Le Monde, 18 mars 2025

[2] David R.A. Coelho, M.D., M.P.H., Alexander L. Chen, J.D (2025) “Advancing Transgender Health amid Rising Policy Threats” DOI: 10.1056/NEJMp2416382

[3] Turban JL, King D, Kobe J, Reisner SL, Keuroghlian AS (2023) “Access to gender-affirming hormones during adolescence and mental health outcomes among transgender adults”. PLOS ONE 18(6): e0287283. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0287283

[4] https://www.jwatch.org/about/sponsor-distribution

[5] https://www.linkedin.com/pulse/top-10-hormone-replacement-therapy-industry-companies-john-campbell-k88sc/

[6] Voir la mention “Funding: JLT received a pilot research award for general psychiatry residents from The American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, supported by Industry Sponsors (Arbor and Pfizer)” dans Turban JL, King D, Kobe J, Reisner SL, Keuroghlian AS (2023) Correction: Access to gender-affirming hormones during adolescence and mental health outcomes among transgender adults. PLoS ONE 18(6): e0287283. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0287283

[7] Vandendriessche, C., Cohen, D. Social factors behind the AFAB predominance in LGBT youths: evidence from a large European survey. Eur Child Adolesc Psychiatry (2024). https://doi.org/10.1007/s00787-024-02595-4

[8] Page « Consultation diversité de genre » du site de l’Ideal, Institut des Pathologies du développement de l’enfant et de l’adolescent https://ideal.aphp.fr/formations/consultation-identite-sexuee/

[9] https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sante_des_personnes_trans_2022.pdf

[10] Voir les définitions sibyllines du Planning familial, qui intervient auprès des établissements d’enseignement secondaire public https://www.planning-familial.org/sites/default/files/2020-10/Lexique%20trans.pdf

[11] Cohen-Kettenis, P., van Goozen, S. Pubertal delay as an aid in diagnosis and treatment of a transsexual adolescent. European Child & Adolescent Psychiatry 7, 246–248 (1998). https://doi.org/10.1007/s007870050073

[12] Dans un rapport de plus de deux cents pages intitulé « The WPATH Files : Pseudoscientific Surgical and Hormonal Experiments on Children, Adolescents and Vulnerable Adults » (« Les fichiers de la WPATH : expérimentations chirurgicales et hormonales sur enfants, adolescent.es et adultes vulnérables ») https://environmentalprogress.org/big-news/wpath-files

[13] Hanna Barnes, Why disturbing leaks from US gender group WPATH ring alarm bells in the NHS, The Guardian, 9 mars 2024

jeudi 3 avril 2025

Recension critique du livre Value(s) écrit par le nouveau Premier ministre Mark Carney

Le célèbre psychologue Jordan Peterson a publié une critique cinglante du livre-programme de Mark Carney, Value(s), paru en novembre 2022. En voici de larges extraits traduits par nos soins. Le livre du nouveau Premier ministre désigné du Canada n’a pas été traduit en français.

Value(s) est un livre étrange, pris dans son ensemble, même s’il est considéré comme une simple entreprise littéraire. Il commence par une évaluation des valeurs, comme promis, mais s’enfonce ensuite dans une initiation à l’économie, proche d’un texte d’introduction dans ce domaine, et en reste précisément là pendant la majeure partie de l’aventure. Vers la fin, pour être juste, nous sommes à nouveau amenés à discuter des valeurs — une réaffirmation et un prolongement de la préface. Cependant, ce retour prend un certain temps et l’on se demande pourquoi le livre ne fait pas 200 pages plutôt que les plus de 600 pages actuelles.

J’ai eu du mal à me défaire du soupçon que le livre s’oriente vers l’histoire pure, d’abord parce que Carney n’a pas grand-chose à dire sur les valeurs en soi, et ensuite parce qu’il veut se convaincre et nous convaincre, alors qu’il parcourt les monts et les vallées de la théorie économique et de sa carrière, qu’il sait de quoi il parle et qu’il est l’homme qu’il faut pour le moment. Cependant, le simple fait qu’il puisse écrire un traité d’introduction au monde de la finance, conceptuel et institutionnel, nous en dit très peu sur sa capacité à entreprendre la tâche plus difficile concernant les valeurs, en soi, qu’il promet de gérer.

Et quelle est cette tâche, précisément ?

M. Carney est conscient, comme il se doit, que les systèmes de marché ne peuvent à eux seuls résoudre tous les problèmes du monde. Rien ne le peut. Il est impossible de résoudre « tous les problèmes », car les faits bruts de notre ignorance, de notre mortalité et de notre faillibilité signifient que toutes les solutions que nous parvenons à élaborer face aux difficultés de la vie sont imparfaites et partielles.

En outre, il est tout à fait vrai — et il s’agit là d’une conviction conservatrice fondamentale ou même libérale classique — que les sociétés et les marchés libres opèrent dans un cadre de valeurs plus large. En Occident, pour le meilleur ou pour le pire (et certainement pour le meilleur comparativement), ce cadre est judéo-chrétien, religieux et culturel dans son essence — un cadre qui a établi les principes de « l’évidence » auxquels les auteurs et les signataires de la Déclaration d’indépendance américaine ont fait référence de manière si célèbre.

Il s’agit notamment des propositions suivantes : tous les individus ont une valeur intrinsèque, puisqu’ils sont à l’image de Dieu ; chacun doit à tous les autres le respect que cette valeur exige, y compris la responsabilité d’échanger des biens, des idées, de coopérer et de rivaliser, de manière honnête et équitable, en vue d’un succès mutuel ; et chacun d’entre nous, y compris nos dirigeants (et peut-être avant tout), doit rendre hommage à ce qui est véritablement transcendant et divin.

C’est ce cadre que Carney prétend remplacer, même s’il n’est pas évident qu’il le comprenne ou qu’il ait développé une quelconque compréhension de la culture qu’il veut remodeler à partir de principes premiers. Il sait, ou a l’intuition, qu’il existe des règles du jeu a priori ou axiomatiques, pour ainsi dire — des déclarations de foi, même — qui doivent sous-tendre ou définir la civilisation elle-même, et qui fournissent la structure nécessaire au marché libre, de sorte que ses calculs collectifs puissent développer et distribuer les ressources d’une manière maximalement productive, efficace et juste.

Quelles sont ses suggestions concernant le remplacement d’un tel cadre ? C’est ici que le bât blesse ou, plus exactement, que le train déraille. Au lieu d’affronter sérieusement le problème des valeurs (et c’est le plus grave des problèmes) — au lieu de faire le difficile voyage à travers les paysages complexes de la théologie et de la philosophie qui est vraiment nécessaire avant qu’une telle tentative puisse être tentée — Carney dévoile son alliance avec les pires idées préconisées au cours des vingt ou trente dernières années et les présomptions intellectuelles généralement radicales du siècle dernier, qui sont encore pires.

Tout d’abord — et cela se trouve dans la préface, réaffirmé dans la conclusion (le véritable cœur du livre) — il nous assure que le changement climatique apocalyptique sur lequel insistent tant de personnes déterminées à justifier leur quête d’un pouvoir illimité par des raisons morales équivaut, en fait, à l’apocalypse. La lutte contre le changement climatique est donc l’enjeu numéro un de notre époque, comme tous les acteurs moraux doivent en convenir — sinon… C’est sa première vérité évidente en soi, mais ce n’est pas la seule, comme nous le verrons. Cela signifie que la « préservation de la planète » est sa valeur première et l’étoile polaire qui doit guider toutes — et il dit bien toutes — les décisions personnelles et économiques. Cela signifie également (notez-le bien) qu’il est prêt à, et même qu’il doit, utiliser la peur pour façonner sa politique ; la peur même d’une urgence cataclysmique imminente qui a toujours été exploitée même par les tyrans les plus explicitement réticents pour s’assurer que leurs diktats théoriquement bienveillants sont appliqués absolument partout et tout de suite. À titre d’exemple :
Notre objectif a été de mettre en place les informations, les outils et les marchés nécessaires pour que chaque décision financière prenne en compte le changement climatique — pour créer un système financier dans lequel les contributions d’une entreprise au changement climatique et à la solution climatique sont des déterminants fondamentaux de sa valeur. Pour que la valeur reflète les valeurs. Lors de la COP26 à Glasgow, nous avons mis en place vingt-quatre réformes majeures pour transformer les informations, les outils et les marchés au cœur de la finance. Il s’agit notamment de tests de résistance aux chocs climatiques, de plans de transition nette zéro et d’informations claires, comparables et utiles à la prise de décision sur le climat, afin que les marchés financiers puissent gérer les risques et saisir les avantages découlant de la transition climatique.
Face à de telles affirmations, il est préférable de lire sérieusement entre les lignes. Tout d’abord, considérons « chaque décision financière.... » Vraiment ? Chaque décision financière ? Littéralement « chaque décision financière » doit tenir compte du « changement climatique » ? Ce que les bien-pensants qui prétendent être les sauveurs de la planète, ou leurs partisans tout aussi vertueux, ne reconnaissent pas, à leurs risques et périls, et pire, aux nôtres, c’est qu’une telle déclaration accorde une licence illimitée à la tyrannie.

Mark Carney le nouveau Premier ministre du Canada

Si le sort de la planète — tous ses écosystèmes, toute sa beauté, tout ce qu’elle offre à l’humanité — est littéralement en jeu chaque fois qu’une décision financière est prise, à tous les niveaux, individuel, corporatif et étatique, alors tous les aspects de la vie doivent clairement être réglementés en fonction de cet objectif — et cela signifie tous les aspects de la vie. Comment comprendre cet état de fait ? Nous pourrions nous tourner vers les objectifs déclarés du consortium de grandes villes C40, et leurs objectifs ouvertement similaires à ceux de Carney, pour en avoir une compréhension différenciée et immédiate.

mercredi 2 avril 2025

Toutes les fictions historiques ne consistent pas à transformer des blancs en noirs... (m à j)

La série à succès de Netflix « Adolescence », qui explorerait l’influence des contenus toxiques et misogynes auxquels sont exposés les jeunes en ligne et suscite des débats de société dans plusieurs pays, va être diffusée dans les écoles secondaires du Royaume-Uni.

« C’est une initiative importante pour encourager le plus grand nombre possible d’élèves à regarder ce programme », a déclaré lundi le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a lui-même vu la série avec son fils et sa fille, tous deux adolescents.

La série Adolescence de Netflix ne se fonde pas sur un seul cas réel, mais le co-créateur Stephen Graham a révélé que le feuilleton avait été inspiré par l’épidémie croissante de crimes au couteau au Royaume-Uni.

« Il y a eu un incident au cours duquel un jeune garçon a [prétendument] poignardé une fille », a déclaré M. Graham à l’émission Tudum de Netflix.

Selon l’Office des statistiques nationales (ONS), 83 % des homicides d’adolescents en 2023-2024 ont été commis à l’aide d’une lame. Au cours de l’année se terminant en mars 2024, environ 50 500 infractions liées à des instruments tranchants ont été enregistrées en Angleterre et au Pays de Galles (à l’exclusion du Grand Manchester), soit une augmentation de 4,4 % par rapport à 2022-23, mais une diminution de 2,8 % par rapport à 2019-20. Les mineurs âgés de 10 à 17 ans étaient responsables d’environ 17,3 % de ces infractions.

La diffusion d’Adolescence fait suite à la condamnation du tueur de Southport, Axel Rudakubana, qui a écopé d’un minimum de 52 ans pour avoir assassiné trois jeunes filles lors d’un atelier de danse sur le thème de Taylor Swift en juillet 2024. Entertainment Weekly a indiqué que le spectacle aurait été conçu et écrit plusieurs mois avant l’attentat, mais le moment choisi semble particulièrement pertinent. Mais il existe des cas antérieurs de coups de couteau mortels très médiatisés, comme le meurtre en 2023 d’Elianne Andam, 15 ans, à Croydon, par un adolescent noir.

Les données indiquent une surreprésentation des individus non blancs dans les infractions liées aux armes blanches, en particulier à Londres. En 2017, environ deux tiers des auteurs de crimes au couteau âgés de moins de 25 ans à Londres étaient issus de minorités ethniques. À l’échelle nationale, cette proportion était de 38 % pour la même tranche d’âge.​ ​En 2011, selon le recensement de l’Angleterre et du Pays de Galles, environ 19 % des individus âgés de 16 à 24 ans appartenaient à des minorités ethniques, les 80,5 % restants s’identifiant comme Blancs.

Dans certaines communautés, le port d’un couteau est associé à une démonstration de virilité ou de force, renforçant ainsi une culture de la violence. La surreprésentation des jeunes hommes noirs dans les statistiques de crimes au couteau a encore été soulignée récemment par la police. Étrangement, ces réalités sont passées sous silence dans la série Netflix.

Les crimes au couteau commis par les jeunes sont majoritairement liés à la culture des gangs, aux foyers brisés et au désespoir socio-économique, et non au mouvement de la « pilule rouge » ou aux chaînes YouTube antiféministes. Il faut se demander si en faisant d’un garçon blanc le méchant, Adolescence ne se livre pas à un « transfert de race » flagrant, réécrivant la réalité pour l’adapter à un discours politique à la mode dans certains cercles qui met en accusation les hommes blancs.

Il y a bien des personnages importants noirs dans Adolescence. Par exemple, celui valorisant d’inspecteur de police Luke Bascombe qui arrête le jeune Jamie Miller, âgé de 13 ans, soupçonné d’avoir poignardé une jeune fille.



Billet du 20 mars

Non, méchantes langues, toutes les fictions historiques modernes ne consistent pas à transformer des blancs en noirs… comme dans le cas d’Anne Boleyn :


Anne Boleyn (vers 1501 – 19 mai 1536) est la deuxième épouse du roi Henri VIII d’Angleterre et reine consort de 1533 à 1536. Elle est la mère de la reine Élisabeth Ire. 


« Adolescence » est un feuilleton inspiré par le meurtre de l’écolière Elianne Andam aux mains de Hassan Sentamu à Croydon, en 2023. À l’écran, le rôle du meurtrier est bizarrement joué par un jeune blanc.

Les créateurs de la série Netflix « Adolescence » ont déclaré qu’ils souhaitaient qu’elle soit diffusée au Parlement et dans les écoles afin qu’elle « provoque des discussions et des changements »

La série met en lumière l’influence toxique des médias sociaux et des influenceurs misogynes sur les adolescents. 

Martin Daubney, présentateur à GBNews, a répondu :



mardi 1 avril 2025

Trump et sa réforme de l'éducation


Lorsqu'un président américain annonce une politique en matière d'éducation, il est inévitablement flanqué d'une phalange d'élèves. Le décret signé par le président Donald Trump le 20 mars n'a pas fait exception à la règle - les enfants ont même brandi leurs propres simulacres de décret après s'être exercés à la dédicace. Sauf qu'il ne s'agissait pas d'un décret visant à réformer les programmes, à renforcer les tests ou même à élargir le choix des écoles : il s'agissait d'un décret par lequel la ministre de l'éducation se mettait au chômage en fermant le ministère fédéral de l'Éducation.

Cela ne mettra pas fin à l'éducation telle que nous la connaissons aux États-Unis. Ce département est un véritable fléau pour les républicains depuis sa création sous la présidence de Jimmy Carter. Il était considéré comme une agence de l'État-nounou qui empiétait sur la souveraineté des États et qui exigeait trop de rapports pour trop peu d'aide. Étant donné que l'enseignement secondaire et primaire aux États-Unis est fortement décentralisé et financé par les impôts locaux et d'État, la dépendance à l'égard du financement fédéral reste faible. En 2020, les fonds fédéraux ne représentaient que 7,5 % des recettes des écoles (bien que ce pourcentage soit plus élevé pour les écoles comptant un grand nombre d'enfants pauvres).

Si ces fonds restaient constants mais provenaient d'autres départements fédéraux - par exemple, le département de la Santé, comme le recommande l'ouvrage d'orientation Project 2025 - l'impact serait faible. L'application des droits civils dans les écoles pourrait être prise en charge par le ministère de la Justice ; la collecte de données pourrait être confiée au Bureau du recensement.

Ce qui est inhabituel ici, c'est que M. Trump n'essaie pas d'obtenir du Congrès, où son parti est majoritaire, qu'il promulgue ces changements dans la loi. Au lieu de cela, il tente, par un décret, de démanteler un département créé par le Congrès et doté de crédits spécifiques. Ce faisant, il bafouerait la séparation des pouvoirs. C'est pourquoi le décret pousse la secrétaire à l'Éducation, Linda McMahon, à réaliser cette démolition « dans toute la mesure appropriée et permise par la loi ».

Si cette mesure est loin d'être anodine, ce qui arrive aux universités américaines mérite davantage d'attention. Elles dépendent beaucoup plus de l'argent fédéral pour les bourses de recherche et les prêts aux étudiants. Et M. Trump s'en sert pour contraindre les universités à modifier leurs politiques disciplinaires, leurs pratiques d'embauche et même les cours qu'elles dispensent.

L'administration Trump a gelé 400 millions de dollars de fonds fédéraux destinés à l'université de Columbia pour n'avoir pas « protégé les étudiants et les professeurs américains de la violence et du harcèlement antisémites » lors des manifestations pro-palestiniennes de l'année dernière. Dans une lettre, l'administration a précisé ses conditions pour débloquer les fonds : expulsion et suspension des étudiants qui ont participé aux manifestations ; répression de la discrimination à l'encontre des sionistes ; et suppression potentielle d'un département décrié en études sur le Moyen-Orient, l'Asie du Sud et l'Afrique. Cette dernière revendication touche au cœur de la liberté universitaire, c'est-à-dire au droit de l'université de décider des cours et des programmes à enseigner. Le 21 mars, Columbia a annoncé qu'elle acquiescerait, bien que deux syndicats d'enseignants aient intenté un procès.

L'administration a également gelé 175 millions de dollars de financement pour l'université de Pennsylvanie parce qu'elle autorisait les hommes qui se disent femmes de participer aux sports féminins (conformément à la politique de l'autorité sportive collégiale de l'époque, qui n'a été renversée qu'en février). Les coupes budgétaires des Instituts nationaux de la santé ont été immédiatement ressenties sur les campus : certaines écoles de médecine ont supprimé leurs programmes de doctorat et des milliers de chercheurs ont été licenciés.

Les universités qui se sont senties encouragées à s'attaquer à l'administration sous Trump I s'efforcent davantage d'éviter les conséquences financières de l'ire du président. Le 8 mars, des agents de l'immigration ont arrêté et entamé une procédure d'expulsion à l'encontre de Mahmoud Khalil, un étudiant diplômé de Columbia qui menait des manifestations pro-palestiniennes. Les représentants de l'administration Trump ont déclaré que cette mesure était justifiée par ses sentiments pro-Hamas présumés (bien qu'ils n'aient pas présenté de preuves catégoriques à cet égard). D'autres déportations d'universitaires ont également lieu. Le cas de M. Khalil a été le prélude à d'autres déportations, notamment d'universitaires de l'université Brown et de l'université de Georgetown en raison de leurs sympathies présumées pour le Hezbollah et le Hamas.

Il y a également des signes de soumission préventive. Le 19 mars, le système de l'université de Californie a annoncé qu'il annulait l'utilisation, dans le cadre de ses recrutements, de « déclarations sur la diversité », c'est-à-dire de documents que les candidats attestant de leur dévouement à la diversité, à l'équité et à l'inclusion. Cette pratique en vogue, qui constitue une menace pour la liberté académique, semble disparaître rapidement du monde universitaire.

D'autres moyens créatifs que les universités ont conçus pour mettre en œuvre la discrimination positive dans les admissions et dans l'embauche - en contournant les arrêts de la Cour suprême jugeant la pratique inconstitutionnelle - pourraient peut-être aussi être abandonnés à la hâte. Cette volonté de neutralité pourrait être trop timide et trop tardive pour une administration Trump qui cherche à éradiquer l'illibéralisme gauchiste des campus.  Les universités comme Columbia reçoivent un cinquième de leur financement du gouvernement fédéral et ne peuvent se mettre à dos M. Trump trop longtemps.


Source : The Economist