mercredi 16 novembre 2022

Ontario — l'euthanasie pour éviter la pauvreté et l'itinérance

Autre conséquence de la folie des prix du logement en Ontario qui concentre une grande partie de l’immigration du Canada, pays avec le plus haut taux d’immigration du G7 : le désespoir des gens qui ne parviennent pas à se loger et qui, parfois, considèrent l’euthanasie plutôt que de devoir être confrontés à l’itinérance et à la pauvreté.

Voir aussi 

La pente inéluctable de « l’aide médicale à mourir », l’extension du domaine de l’euthanasie ? 

Toronto, aimant de l’immigration massive : maison de 2 mètres de large à vendre pour 2 millions de dollars

Un Québec à l’avenir radieux : l’euthanasie pour tous ?

Pays-Bas — Une femme « euthanasiée contre sa volonté »  

Québec — « Le désastre de l’euthanasie »

Euthanasie au Québec : des médecins objectent et pas uniquement pour des raisons religieuses  

Louis O’Neill : « La loi sur l’aide médicale à mourir s’appuie sur un consensus politique plus ou moins préfabriqué » 

Pays-Bas — Une victime de viol obtient d’être euthanasiée pour mettre fin à son traumatisme  

Euthanasie : Condamner le suicide mais approuver l’aide à mourir… 

Suicide assisté : décision disproportionnée de la Cour suprême dans ses effets prévisibles et potentiels ?

Crise du logement : le tabou des seuils d’immigration trop élevés  

Canada, champion de l’augmentation du prix du logement depuis 2000, aussi un pays à très forte immigration… 

Bloomberg: les salaires canadiens stagnent en raison de l’immigration de masse alors que l’inflation grimpe 

Immigration de masse : le Canada connaît la plus forte croissance démographique du G7

L’augmentation de l’immigration a amplifié la crise du logement

 

 

 

mardi 15 novembre 2022

Une fois en Amérique Nord, l'empreinte carbone d'un immigré est multipliée par plus de trois (3)

M. Trudeau veut importer un demi-million d’immigrés par an au Canada, très peu provenant d’Europe. Il se dit aussi très soucieux du bilan carbone du Canada. Comment ces deux buts sont-ils conciliables alors que chaque habitant en Amérique du Nord a une empreinte carbone très largement supérieure à celle des pays d’où proviennent les immigrés ?

Même le Québec aurait une véritable empreinte carbone de 15 tonnes de gaz à effet de serre par habitant (et non 10 tonnes selon d’autres calculs). C’est bien plus que les moins de 2 tonnes par personne en Afrique subsaharienne, les 2 à 3 tonnes en Asie du Sud-Est et près de 4 tonnes pour l’Amérique du Sud. 

Chaque personne qui immigre au Canada en provenance du Sud détériore donc le bilan carbone de la planète, il aurait eu une empreinte carbone nettement moindre s’il était resté dans son pays ou avait immigré dans un pays avec une moindre empreinte carbone (soit quasiment tous les pays du monde).

Il existe sans doute une solution pour concilier à la fois la mégalomanie immigrationniste du fils Trudeau et diminuer le bilan carbone du Canada : réduire considérablement notre niveau de vie en augmentant sensiblement le prix de l’énergie. Le confort, le transport, l’industrie et l’automatisation ne sont qu’énergie transformée. En réduisant sensiblement notre niveau de vie, l’État pourra imposer la simplicité « involontaire » à tous et accueillir plus d’immigrants tout en baissant le bilan carbone du pays. Quel avenir radieux ! Est-ce là la voie ensoleillée dont nous parlait Trudeau en 2015 ?

 La hauteur correspond aux émissions moyennes exprimées en tonnes de CO2 par personne et par an. La largeur désigne la taille de la population. Le Canada est à 15,2 tonnes (tout en haut en vert) alors que l’Inde est à 1,7 tonne…

Les calculs d’un groupe d’économistes de l’École d’économie de Paris (PSE) sont légèrement différents avec des données de 2019 et en comptabilisant les importations nettes de biens et services. En moyenne, chaque être humain émet 6,6 tonnes de CO2 par an. Comme l’indique notre carte, cette moyenne varie de 1,6 tonne par personne en Afrique subsaharienne, à 20,8 tonnes par habitant en Amérique du Nord. Sur le Vieux Continent, le niveau d’émissions de CO2, qui inclut l’impact des biens et services importés d’autres régions, se situe actuellement à 9,7 tonnes par Européen.

 

Pour ce qui est de l'impact de la hausse des coûts de l'énergie sur l'économie, il suffit de considérer ce qui se passe en Europe actuellement.


lundi 14 novembre 2022

Humour déconstructeur


Voir aussi

Campagne publicitaire (subventionnée) de l'homme « enceint » dénoncée par des féministes  

Loretta et le droit en tant qu’homme d’avoir des bébés 

Humour — Désolé d'être là (Les Québécois de souche sont-ils de trop ?)

La couleur du pouce en l’air (était L’Homme enceint d’Unicode et Apple)

Émojis : le drapeau trans (mais pas de drapeau du Québec), un Père Noël asexué 

Transsexuelle « homme aujourd’hui » allaite en public et est « enceint »  

Universités : après le mot « nègre » devenu tabou, le bannissement de « femme » et « homme » pour transphobie ? 

Explosion de jeunes ados qui se disent « transgenres » à l’école… Épidémie psychologique à la mode ? 

Garçon gardé par un couple de lesbiennes subit un traitement hormonal pour bloquer sa puberté  

Théorie du genre — les fauteurs de trouble de la gauche woke

Norvège — féministe risque 3 ans de prison pour avoir dit qu’un homme ne peut être lesbienne

 

M. Drainville, faites cesser le tripotage des notes !

Un texte de Joseph Facal publié dans le Journal de Québec.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Bernard Drainville (ci-contre), disait récemment vouloir s’attaquer à des questions concrètes et obtenir des résultats concrets.

Excellente idée. Il n’aura pas à chercher bien loin.

Je lui suggère un point de départ à la fois concret et crucial : qu’il fasse cesser le maquillage des notes.

M. Drainville disait récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires. Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Maquillages et tripotages

Commençons par le primaire.

La question n’est pas neuve. La pratique a souvent été dénoncée, mais elle se poursuit et se réinvente, sans cesse justifiée par les fumisteries qui servent de fondements théoriques aux gourous qui tiennent en otage le ministère et les facultés de sciences de l’éducation.

Un exemple récent vient d’être dévoilé dans un excellent reportage de la journaliste Louise Leduc.

Vous allez voir, c’est assez tordu, merci.

La nouvelle trouvaille, le nouveau tour de passe-passe se nomme le régime de « modification des attentes ».

Un jeune a des difficultés. Normalement, les notes dans son bulletin devraient refléter ses difficultés. Il sera, comme le dit le jargon éducatif, « en situation d’échec ». Mais au Québec, on ne veut pas faire échouer et forcer le redoublement.

L’enfant sera donc dans une classe [normale], mais ne fera pas les mêmes examens que ses camarades.

L’enseignant baissera ses attentes et modifiera sa correction. Dans le bulletin, il sera dit que l’enfant aura « réussi » et, hop, il passe à l’année suivante.

Disparues les notes épouvantables ! Les écoles, elles, pourront afficher de belles statistiques de « réussite ».

Mais cette « réussite » est fausse, artificielle.

Mme Leduc rapporte le cas d’une jeune fille en 6e année du primaire, dans une classe régulière, qui fait ses mathématiques… de 4e année.

L’an prochain, elle doit entrer au secondaire. Il arrivera quoi vous pensez ?

On a répertorié au moins 16 000 enfants dans cette situation, mais ils sont en réalité beaucoup plus nombreux parce que beaucoup de directions ont refusé de répondre aux questions de la journaliste.

Les parents interrogés, eux, ne sont pas du tout complices de la supercherie. Ils veulent la vérité.

La vraie manière sensée d’attaquer ces difficultés serait évidemment de faire des classes particulières, de mettre des orthopédagogues et des psychoéducateurs dans le coup, et de cesser de dénigrer les métiers manuels.

Fondamentalement, c’est très simple : pour savoir si on s’améliore ou pas, il faut mesurer objectivement.

Comment mesurer objectivement si on tripote ce qui est censé servir de marqueur ?

En fait, c’est plus pervers encore : on sait que ça va mal, mais on fait semblant que ça va bien.

Bouillie pour les chats

M. Drainville disait aussi récemment qu’un des grands dangers qui le guettent est de devenir l’otage des fonctionnaires.

Je ne suis pas sûr qu’il mesure pleinement à quel point il a raison.

Je mets ma main au feu qu’on lui expliquera que ces traficotages ont d’excellentes raisons d’être et qu’ils sont là pour le bien des enfants.

L’explication sera très convaincante. Cela ne l’empêchera pas d’être de la bouillie pour les chats.


samedi 12 novembre 2022

À l'usage, l’écriture dite « inclusive » se révèle excluante

Texte paru dans La Dépêche du Midi en marge de la publication de l’ouvrage collectif intitulé Malaise dans la langue française. Pour La Dépêche, Sami Biasoni, qui a dirigé le projet, revient sur les questions soulevées par les signataires. 

 — Selon vous, le langage inclusif perturberait l’évolution de la langue française ?

— Ces personnes, favorables à l’écriture inclusive, pensent qu’on peut changer la langue française à l’image d’un produit mécanique. Mais nous pensons que de telles tentatives sont dommageables, car il ne faut pas oublier que nous avons affaire à un bien commun. On ne peut accepter, sans débattre, qu’il soit confisqué par certains aux revendications militantes queer ou wokistes, en vue d’être remanié et imposé à tous. D’ailleurs, à l’image du wokisme, qui pouvait avoir des aspirations justes, il y a des conséquences et une forme d’irresponsabilité dans ce mouvement.

Des femmes tués ?

— Pourquoi ne serait-il pas envisageable de modifier radicalement notre langue ?

— D’une part, parce que la langue se forme dans et par le temps. Elle est le résultat d’usages « naturels » entre des groupes d’individus libres de leurs choix langagiers et non pas de confrontations directes, au sens politique du terme. Ici, nous faisons face à une démarche forcée, c’est-à-dire que l’on vient édicter des règles, non pas parce qu’elles sont nécessaires à la langue, mais parce que d’aucuns estiment que les critères qui doivent prévaloir sont des critères de nature morale qui sont ceux des théories de la déconstruction. Par exemple, si via l’usage du point médian [ndlr : utilisé pour tenter de regrouper au sein d’un même mot le masculin et le féminin], on met les Françaises avant les Français, on peut sous-entendre que vous avez fait un choix de préférence sociale. C’est extrêmement dangereux. 


 

— Vous parlez de conséquences, quelles seraient-elles ?

— Dans l’ouvrage, Mazarine M. Pingeot évoque une ligne de fracture entre « nous et eux ». Ce « nous » désigne ceux qui détiennent le capital social et symbolique — les intellectuels, les milieux académiques — et qui sont capables de suivre ces évolutions très rapides de la langue et de comprendre pourquoi « iel » [ndlr: pronom qui évoquerait selon ses partisans une personne, quel que soit le « genre » qu’il prétend avoir] existe. Le « eux », c’est la grande majorité des Français qui récuse très fortement les formes dites « inclusives » dont il est question.

— Vous insinuez que l’inclusif pourrait mettre en difficulté certains Français ?

 Les grandes associations qui luttent contre la dyspraxie et la dyslexie le disent très clairement, de nombreux parents, personnels éducatifs ou psychologues également : il s’agit d’une difficulté supplémentaire majeure dans l’acquisition des compétences de lecture et d’écriture pour les enfants, notamment pour ceux qui se trouvent déjà en difficulté. C’est là une autre ligne de fracture : lorsque l’on ne maîtrise pas la langue et ses subtilités, on risque l’exclusion du monde du travail, comme du champ démocratique. C’est notamment en cela que l’écriture dite « inclusive » se révèle, à l’usage, excluante.

Voir aussi 

Trente-deux linguistes énumèrent les défauts de l’écriture inclusive

Malaise dans la langue française — Promouvoir le français au temps de sa déconstruction 

Polémique autour de l’écriture inclusive en Espagne  

Des points bonus accordés pour l’utilisation de l’écriture inclusive 

France — Comment l’écriture inclusive prend le pouvoir à l’université

 


 

 

 

vendredi 11 novembre 2022

Trudeau au show travelo

Texte de Mathieu Bock-Côté paru dans le Journal de Québec.

La nouvelle a fait le tour du monde : Justin Trudeau se joindra le temps d’une soirée au jury d’une émission [nous venant d'Ontario et qui célèbre les] drag-queens. [Ces travestis masculins trop maquillés et vêtus de manière exubérante.]

Nulle surprise ici.

[Trudeau à la Cage aux folles]

Le premier ministre Justin Trudeau en compagnie du présentateur de Canada’s Drag Race, Brooke Lynn Hytes (nom de scène de Brock Edward Hayhoe)

Justin Trudeau, avant d’être un homme politique, est un homme de théâtre. Il n’aime rien tant que l’univers du déguisement. Depuis sa première élection, ne joue-t-il pas à être premier ministre ? De tous les déguisements, c’est hélas ! celui qui lui va le moins bien.

L’univers des drag-queens est fait pour lui faire : c’est celui du travestissement le plus extravagant, associé à la culture du cabaret.

[Cabaret, de l'anti-authenticité, une parodie outrée, de l'appropriation de genre]

Mais il y a quelque chose d’usé dans ce grand retour de Justin Trudeau qui mise sur la variété pour se refaire une popularité, comme s’il ne se rendait pas compte que son vieux tour de chant ne fonctionne plus. Le jeune premier qu’il était passera désormais pour un crooner sur le retour, cherchant désespérément un dernier micro pour réactiver un charme qui ne fonctionne plus.

À moins que Justin Trudeau ne mise sur le « buzz » entourant les drag-queens pour se redonner un peu d’éclat ? En Amérique du Nord, elles sont à la mode. On les retrouve partout.

Apparemment, on veut même faire de la drag-queen la nouvelle figure porteuse de la cause LGBTQI2T+, dans la mesure où elle parodie les codes du masculin et du féminin, et révélerait leur caractère artificiel. D’ailleurs, Justin Trudeau ira à cette émission pour faire la promotion de « l’inclusion ».

Notre époque veut croire que rien n’est plus important que de déconstruire ces codes, au point même de chercher à en convaincre les enfants, pour les persuader que leur identité sexuelle biologique importe peu, et qu’ils sont libres de choisir leur genre – autrement dit, de décider s’ils sont hommes, femmes, non-binaires ou autre chose. Nous ne sommes pas loin du jour où un homme né homme et se vivant comme un homme passera en société pour un affreux réactionnaire. Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

La drag-queen donne ainsi un air ludique à la théorie du genre.

Peut-être est-ce pour cela qu’une drag-queen jouera le rôle de la fée des étoiles lors de la parade du père Noël. Il ne faudrait pas manquer une occasion de s’emparer d’un symbole et de la redéfinir selon les codes diversitaires.

Mais revenons à Justin Trudeau.

Quoi qu’on pense de son initiative télévisuelle, n’a-t-il pas mieux à faire qu’aller aux variétés ?

Déconstruction

Je m’en suis souvent moqué en le surnommant la reine d’Angleterre, en disant qu’il régnait, mais ne gouvernait pas. Alors qu’il faisait le beau en nous montrant fièrement les motifs de ses chaussettes, les élites de Toronto et d’Ottawa gouvernaient le pays à leur manière.

Désormais, les choses sont un peu plus compliquées. Car si Justin Trudeau parade encore, on sait désormais que Chrystia Freeland lui succédera.

J’oserais même dire qu’elle lui a déjà succédé de manière officieuse.

Pendant ce temps, il va au carnaval, insouciant. Comme sur un nuage, il y est heureux.


Malaise dans la langue française - Promouvoir le français au temps de sa déconstruction

Pourquoi l'écriture inclusive aboutit-elle à l'exclusion et en quoi, faussement civilisatrice, repose-t-elle sur le barbarisme ? Ce sont Mazarine Pingeot, Boualem Sansal, Matthieu Bock-Côté qui, entre autres, répondent ici à cette question cruciale pour l'avenir du bien commun qui est notre langue.

Lutter contre les discriminations ? Si elles sont souvent réelles, parfois fantasmées, nous voilà aujourd’hui sommés d’adopter un idiome artificiel jugé conforme aux droits des uns et des autres. Pourquoi ? Afin de manifester notre adhésion sans réserve à la cause sacrée de l’« inclusion ». Or, la langue inclusive cristallise tensions et incompréhensions. Seulement, qui oserait la contester tant elle apparaît relever du progrès ?

Les systèmes autoritaires ont toujours voulu contrôler la parole et l’écriture. L’actualité montre qu’il est urgent de protéger la langue française des assauts qu’elle subit. C’est la conviction des douze écrivains et penseurs de premier plan et de tous bords que réunit ce livre. Ils y analysent et combattent ce phénomène de société paradoxal, défendant ensemble l’universalisme républicain. Un ouvrage salutaire.

Préfacé par Annie Genevard, dirigé par Sami Biasoni, cet ouvrage réunit Mathieu Bock-Côté, Jean-François Braunstein, Jean-Michel Delacomptée, Yana Grinshpun, Nathalie Heinich, Anne-Marie Le Pourhiet, Bérénice Levet, Mazarine M. Pingeot, François Rastier, Xavier-Laurent Salvador, Boualem Sansal et Jean Szlamowicz.

Malaise dans la langue française,
par collectif,
publié en septembre 2022,
aux éditions du Cerf,
264 pp.,
ISBN : 9782204145466


mardi 8 novembre 2022

Université — Après le bannissement du mot « nègre », celui de la périphrase « le mot en “n’ » ?

Impression de déjà-vu à l’Université d’Ottawa, où un professeur de sciences politiques a essuyé les critiques de certains de ses étudiants pour avoir abordé « la situation du mot en “n’’ », sans nommer directement le terme, dans un de ses cours, en septembre dernier.

Derrière le sérieux de la façade néoclassique, des étudiants intolérants et bornés ?

Le journal étudiant anglophone de l’Université d’Ottawa, The Fulcrum, indique dans un article du 2 novembre avoir reçu un courriel provenant d’étudiants qui dénoncent une discussion portant sur « le mot n », tenue dans le cadre d’un cours de pensée politique de deuxième année, donné par le professeur Jean-Rodrigue Paré, au mois de septembre.

« La classe discutait de la lecture assignée qui portait sur Socrate, le philosophe, et son raisonnement moral sur la justice. Soudainement, le professeur a évoqué le mot “n” en disant “comme la situation du mot ‘n’… oui, je vais en parler”. Il l’a évoqué comme un moyen de justifier que toutes les idées et tous les mots soient autorisés dans une salle de classe », a témoigné un des étudiants au Fulcrum, qui a demandé à ce que son identité demeure anonyme.

Même si le mot en soi n’a pas été prononcé, la discussion autour du terme a rendu certains étudiants « mal à l’aise » et « pas en sécurité », poursuit l’article, si bien que des étudiants ont préféré quitter la classe.

Une autre étudiante qui a témoigné anonymement a décidé pour sa part de se désinscrire du cours. « Je ne pouvais pas être dans un environnement d’apprentissage qui était activement hostile aux Noirs », a-t-elle mentionné au journal étudiant.

Rappelons que la professeure à temps partiel de l’U d’O., Verushka Lieutenant-Duval, a été suspendue à l’automne 2020 pour avoir prononcé le « mot en n » dans le cadre d’un de ses cours, ce qui avait déclenché un véritable débat de société sur la liberté d’expression dans un cadre académique. Mme Lieutenant-Duval témoigne depuis août dernier aux audiences du tribunal d’arbitrage qui doit déterminer si sa suspension était justifiée. La prochaine journée d’audience est prévue le 1er décembre prochain.

Le professeur s’explique

Appelé à commenter le dossier au Droit, le professeur Jean-Rodrigue Paré a avancé qu’il tentait d’expliquer la philosophie du penseur anglais John Stuart Mill, selon laquelle « lorsqu’on empêche quelqu’un de s’exprimer, lorsqu’on empêche des idées de circuler, on ne sait jamais si c’est au prochain Socrate qu’on vient de fermer la gueule. » M. Paré a également mis de l’avant la philosophie de David Hume, qui établit que ce n’est ni le mot ni l’idée « qui porte en soi la connotation morale ».

« C’est ce que j’expliquais tout bonnement. Et là j’ai senti le malaise. Il y a eu un gros silence. […] Quand j’ai senti le gros froid, j’ai dit ah ! Vous pensez “au mot en n’’ ? »

La discussion a eu lieu au moment où les audiences de Verushka Lieutenant-Duval battaient leur plein. « C’était comme l’éléphant dans la pièce », a affirmé M. Paré.

Le professeur a soutenu avoir entamé une discussion avec une étudiante offusquée en lien avec ses propos, à savoir si le terme en question pouvait comporter une utilisation d’intentions justes. « J’ai dit absolument, comme n’importe quel mot, n’importe quelle idée et n’importe quel objet, lance-t-il. Et là, le scandale est parti. C’est d’avoir dit ça, d’avoir dit que ce mot-là pouvait être utilisé avec des intentions justes. Il y a une dizaine d’étudiants sur 150 qui ont pris ça de travers. Alors je me suis dit on va s’expliquer. »

M. Paré, qui enseigne depuis plus de 20 ans à l’Université d’Ottawa, a toutefois indiqué que les élèves qui ont été offensés n’ont pas digéré [accepté, compris ?] ses explications.

« Si je vous dis “le mot en n’’, vous avez le mot à l’esprit. Que je le dise ou que je ne le dise pas, ça ne change strictement rien. C’est de l’évoquer, ça amène l’existence du mot lui-même. En faisant ça, ceux que ça dérange, de dire “le mot en n’’ ça les offense aussi, parce que ça les fait penser au mot. Alors c’est extrêmement difficile de naviguer à travers ça. Il y a un flou intellectuel que j’essayais de clarifier. […] J’ai fait la différence entre le droit de le dire et est-ce que c’est une bonne chose de le dire. »

Le professeur note avoir constaté que certains élèves ont effectivement quitté son cours avant la fin, dans la foulée du tollé créé par la discussion. « Je comprends leur intention qui est valable aussi, a souligné M. Paré. On veut s’assurer que les gens soient confortables, qu’il y ait un [bon climat] dans la classe. Je comprends tout à fait ça. Mais le moyen de le faire est totalement injuste à mon avis. Ce n’est pas en empêchant les gens de s’exprimer qu’on va pouvoir manifester la justice et l’injustice de l’intention. »

Un courriel a été envoyé au groupe d’étudiants au lendemain des événements pour réitérer la position du professeur, sans que celui-ci ne présente toutefois ses excuses, comme ce que lui demandaient des élèves. « Si je m’excuse, c’est que j’ai fait quelque chose de mal de manière intentionnelle, ce qui n’est absolument pas le cas. »

Le professeur croit-il que cet incident aura un impact sur la façon dont il compte enseigner à l’avenir ? M. Paré estime que sa méthode d’enseignement n’en sera pas affectée. « J’ai la chance d’avoir la couenne dure et je ne pense pas que l’Université ait un grand appétit pour continuer ce débat-là. »

Le Droit a d’ailleurs demandé une réaction à l’Université d’Ottawa, pour savoir si une plainte sera déposée contre M. Paré dans la foulée de ces événements. Nous attendons une réponse.

Source : Le Droit de Gatineau


Québec — Les résultats en français en baisse au secondaire

Les élèves de 5e secondaire ont été moins nombreux à réussir leurs cours de français en 2022 qu’avant la pandémie. Les taux de réussite en mathématiques et en sciences ont également diminué, révèlent les plus récents chiffres du ministère de l’Éducation obtenus par La Presse de Montréal.

 


 

En 2018, le taux de réussite au cours de français de 5e secondaire s’élevait à 91 %. En juin 2022, il était de 87,1 %.

Pour en arriver à ce taux, le ministère de l’Éducation prend en compte le résultat à l’épreuve unique administrée à la fin de l’année, mais aussi la note attribuée par les enseignants. Sont exclus de ce calcul les élèves qui ont décroché avant de terminer leurs études secondaires.

Au sortir de la pandémie, ces résultats ne surprennent pas Priscilla Boyer, professeure agrégée du département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

« J’ai hâte de voir si les résultats des prochaines années seront plus faibles. Ce n’est pas vrai que l’apprentissage est équivalent quand on est une journée sur deux à la maison », dit Mme Boyer.

Au plus fort de la pandémie, des élèves de 3e, 4e et 5e secondaire ont passé plusieurs semaines à faire l’école à la maison la moitié du temps. [Les élèves suédois de même âge n’ont jamais dû faire de même]

En français, explique Priscilla Boyer, les élèves de 5e secondaire doivent écrire un texte argumentatif. Cette année, ils devaient répondre à la question : « Les objets connectés contribuent-ils à notre mieux-être ? »

Cet examen avait été préparé en 2020, mais a été annulé en raison de la pandémie. En 2022, le Ministère a réutilisé les copies déjà imprimées « dans un souci d’écoresponsabilité et de saine gestion des fonds publiques [sic] », avait expliqué la directrice de la sanction des études dans une lettre envoyée aux centres de services scolaires.

Or, certains textes que devaient lire les élèves en préparation à leur rédaction « étaient datés » [de deux ans], dit Mme Boyer. « Les élèves devaient en parler au passé, ça a peut-être influencé [le taux de réussite] », poursuit la professeure. [Les élèves de cet âge ne maîtrisent donc pas les temps du passé !?]

Car la recherche a démontré que le thème de l’examen a un effet sur les résultats, dit Mme Boyer, qui donne en exemple l’examen de français de 2014, où les élèves devaient répondre à une question sur les personnes âgées.

« Les jeunes ont galéré pour trouver des arguments, ils ne comprenaient pas super bien le sujet, et ça a représenté un tel défi que ça a fait chuter les résultats en orthographe », relate-t-elle.

L’examen de français, « une recette à appliquer »

Spécialiste de l’enseignement du français, Suzanne-G. Chartrand émet quant à elle l’hypothèse que les enseignants ont peut-être passé moins de temps à préparer les élèves à cet examen de 5e secondaire.

Dans les écoles, préparer l’examen de français de 5e secondaire, « ce n’est plus un mois, c’est un trimestre ! », dit Mme Chartrand.

Dans le passé, Priscilla Boyer a enseigné à ce niveau et constate elle aussi que la dernière année de français au secondaire est « construite autour de cet examen » pour que les élèves réussissent.

« On formate tellement le genre que c’est une recette à appliquer : ta première phrase, c’est ton sujet amené. La deuxième, ton sujet posé. Mais un texte argumentatif, ce n’est pas toujours comme ça, il n’y a qu’à regarder n’importe quelle chronique dans le journal », observe Mme Boyer.

Si elle croit que l’épreuve unique de français est un outil précieux pour suivre l’évolution des connaissances des élèves québécois, elle observe néanmoins qu’on « perd de vue un certain objectif, qui est de maîtriser le français ».

La difficile maîtrise de l’orthographe

Suzanne-G. Chartrand estime que dans ce contexte, les taux de réussite en français ne reflètent en rien la réalité. Il suffit de regarder les élèves qui entrent au cégep et qui se retrouvent dans des centres d’aide en français, dit-elle.

« Ils ne savent pas écrire un texte ou organiser minimalement une pensée. Sur le plan de l’orthographe, de la ponctuation, de la syntaxe : c’est minable ! C’est 40, 50 % des élèves », dit Mme Chartrand. [C’est vrai avec ou sans pandémie, voir les liens ci-dessous.]

Les épreuves ministérielles en français montrent que le volet de l’orthographe « a toujours été problématique », abonde Priscilla Boyer, elle-même spécialisée en orthographe.

« Comment se fait-il que depuis 1986, on considère que 50 % des jeunes qui sortent [du secondaire] n’ont pas la note de passage au volet orthographe, même s’ils ont réussi l’épreuve d’écriture ? », demande Mme Boyer.

Celle qui a fait de l’orthographe sa spécialité observe aussi un grand écart entre les élèves.

« La réalité, c’est que ça prend plus qu’une 5e secondaire pour apprendre la langue. Ça se termine à l’université, pour ceux qui se rendent jusque-là. Ça prend du temps, apprendre à orthographier. »

– Priscilla Boyer, professeure agrégée du département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières

[C’est très contestable, beaucoup de gens qui n’allaient pas à l’université savaient bien écrire il y a cinquante ans ou plus. On sait que les résultats en dictée baissent en France, même dictée à 30 ans d’écart avec dans les deux cas une scolarité généralisée.]

Une baisse en maths et en sciences

Les taux de réussite en mathématiques et en sciences ont également diminué, révèlent les données fournies à La Presse par le ministère de l’Éducation.

En mathématiques régulières, le taux de réussite a chuté de 2,6 points de pourcentage, passant de 79,9 % en 2018 à 77,3 % en 2022.

C’est aussi le cas en sciences et technologie, où les taux de réussite sont passés de 92,2 % en 2018 à 87,8 % en 2022, une baisse de plus de 4 points de pourcentage.

Que ce soit en français, en mathématiques ou en sciences, le taux de réussite à ces cours a augmenté pendant la pandémie. En combinant tous les cours qui comportent une épreuve unique, les taux de réussite ont bondi, allant jusqu’à atteindre près de 92 % pour l’ensemble du Québec. [Est-ce que ces taux de réussite veulent encore dire quelque chose quand les résultats baissent, mais que les taux de réussite augmentent ?]

Voir aussi 

Le français écrit au primaire pâtit de la gestion de la COVID-19 

Moins d’heures de français à l’école : le niveau de grammaire et d’orthographe baisse 

Baisse de niveau : comparaisons en calcul et dictée de 1987 à 2017 

France — les ados sont devenus nuls en dictée (1976 et 2009)

Québec : La piètre connaissance du français par les candidats enseignants diffère l’obtention de leur diplôme

Québec, faiblesse en français et valorisation de l’anglais  

Enseignement au Québec — On prend « n’importe qui »

France — Malgré un budget de l’éducation publique en hausse constante, l’enseignement privé remporte la mise

L’enseignement intensif de l’anglais au primaire financé à coup de dizaines de millions de dollars par Ottawa   

Sombre diagnostic sur la maîtrise du français au cégep francophone..

France — L’inquiétant niveau de français des bacheliers

Québec — « On diplôme des analphabètes fonctionnels au secondaire » 

27 % des diplômés universitaires sont ou deviennent analphabètes fonctionnels

Étude — En 40 ans les enfants ont perdu 25 % de leur capacité physique.   

Français, que fait l’école québécoise ?

« Ils ont une haine de la langue, de l’effort de réflexion » : Sylvie Germain répond aux lycéens qui la harcèlent  

Face au mot « ludique », des lycéens en détresse   

Après recul sur cours en français au cégep anglo, la CAQ veut renforcer l’anglais à l’école franc 

Pourquoi les élèves français ont un niveau si médiocre...

 

lundi 7 novembre 2022

Primatologue de renommée mondiale : « Même chez les grands singes, les femelles jouent à la poupée »

Le primatologue de renommée mondiale, Frans de Waal, publie un nouveau livre consacré au genre chez les primates.

Que peuvent nous dire les grands singes des différences entre les sexes et au sein de chacun d’entre eux ? C’est à cette question, éminem­ment d’actu­a­lité, que s’est attelé le grand primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal dans Différents. Le genre vu par un primatologue (éd. Les Liens qui libèrent). En s’intéressant en particulier aux chimpanzés et aux bonobos, les plus proches des humains, le professeur de psychologie à l’université Emory (États-Unis) et spécialiste du comportement social des primates montre à la fois que le genre n’est jamais complètement séparé du sexe, mais qu’y compris chez les singes, il en existe des expressions distinctes. Un voyage nourri de nombreuses études de cas, par un chercheur qui voit « dans les animaux des traits culturels, et dans les humains, naturels ». Extraits ci-dessous d’un entretien qu’il a accordé à L’Express.

L’Express — Vous avez consacré près de cinquante ans à l’étude des grands singes. La question du « genre » est centrale dans l’étude des espèces. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de consacrer un ouvrage entier à la question ?

Frans de Waal — La question du genre rencontre de plus en plus d’intérêt depuis quelques années. Mais en effet, elle était présente dans mes recherches depuis le départ. Par ailleurs, les gens sont d’ordinaire très curieux des différences de comportement entre mâles et femelles d’un point de vue biologique, qu’il s’agisse des grands singes ou des humains. La plupart du temps, les médias mettent l’accent sur l’aspect culturel de ces différences, comme l’éducation et la socialisation, mais leur aspect biologique reste un tabou. Dans les départements de psychologie, certains chercheurs ne veulent même pas toucher au sujet. Ils sont capables, par exemple, de donner tout un cours sur le comportement des enfants sans différencier les garçons des filles dans leur analyse.

—  Quelle est la différence entre le sexe et le genre chez les grands singes ?

— Le genre est l’expression comportementale et culturelle du masculin ou du féminin en fonction de modèles sociaux. Il n’est jamais complètement séparé du sexe. Penser le contraire, et dire par exemple que le genre est purement culturel, est une illusion. C’est la même chose pour l’humain : il n’y a rien dans l’humain qui soit purement culturel. Nous sommes des organismes, nous avons une biologie, un cerveau, des hormones, des organes génitaux.

[...]

— Dans votre livre, vous vous concentrez sur les deux espèces de grands singes les plus proches de nous, les chimpanzés et les bonobos. Ces derniers sont dominés par les femelles. Est-ce une exception chez les mammifères ?

— Il existe quelques espèces chez les mammifères à être dans ce cas. Chez les primates, c’est rare — hormis par exemple, outre les bonobos, les lémuriens. Dans la plupart des cas, les groupes de singes sont dominés par les mâles. Mais le problème est que ce cas majoritaire a été considéré pendant longtemps comme s’appliquant à tous les primates. Il y a un siècle, une expérience célèbre a été menée sur les babouins de Monkey Hill au zoo de Regent’s Park à Londres. Les mâles se sont entretués, ce qui a popularisé l’idée que la dominance et le gouvernement masculins étaient naturels et généralisés. Or les conditions de cette expérience étaient complètement artificielles, ne reproduisant pas le cadre de vie naturel des babouins. Par ailleurs les babouins sont distants des humains, le mâle étant deux fois plus gros que la femelle et possédant deux grosses canines.

— Pourquoi les mâles, chez les grands singes, sont-ils plus grands que les femelles ?

— On sait que parmi les mammifères, plus il y a de compétition entre mâles, plus ils sont grands. Dans le cas des gorilles mâles, qui sont énormes, c’est extrême. Selon certains chercheurs, le motif de cette compétition serait d’attirer les femelles — ce qu’on appelle la « sélection sexuelle », mais je ne crois pas à cette théorie.

Le dimorphisme sexuel chez les humains est plus faible que chez d’autres grands singes, ce qui suggère que la compétition entre hommes est moins intense. Fait intéressant, les femmes interrogées sur le sujet ont une nette préférence pour les hommes plus grands qu’elles ; pour les hommes, avoir une femme plus petite est un critère moins important. C’est probablement parce que les hommes plus grands offrent aux femmes une protection supérieure — si vous marchez le soir dans la rue aux côtés d’un partenaire de grande taille, c’est bien plus sécurisant que s’il est petit.

— Qu’en est-il chez les bonobos, dominés par les femelles ?

— Les mâles y sont également plus grands, larges et forts que les femelles, et arborent de longues canines. Ils sont donc bâtis pour la bagarre. La compétition est forte entre mâles, mais collectivement, les femelles sont dominantes. J’ajoute que les bonobos mâles ne sont pas malheureux parce qu’ils sont dominés par les femelles ! Ils semblent ne pas s’en soucier, car l’important reste leur statut dans la hiérarchie des mâles. Dans l’ensemble, chez les primates, la compétition a lieu principalement à l’intérieur des genres, très peu entre eux.

— Qu’est-ce qu’un mâle alpha ? Une femelle alpha ?

— Très simplement, chez les primates, le grand singe mâle ou femelle situé tout en haut de la hiérarchie de chaque genre. Cet ordre de domination est mesuré très simplement par l’accès préférentiel à la nourriture, la victoire dans les bagarres, l’évitement des autres. Le mâle alpha n’est pas un type de mâle, c’est simplement celui qui coiffe la hiérarchie. Il ne peut y en avoir qu’un seul. Et il n’est pas forcément le plus agressif ou le plus grand, ce peut être aussi celui qui a les bonnes connexions dans la communauté : c’est un titre politique. Il y en a deux types : les tyrans, qui terrorisent tout le monde et instillent la peur, et les vrais leaders, qui sont des protecteurs, préservant la paix et défendant les perdants et les faibles contre les forts, par exemple en interrompant les bagarres dans le groupe. Ceux-ci peuvent devenir extrêmement populaires alors que les tyrans ne le seront jamais. Quand un challenger survient, si le leader est populaire, le groupe soutiendra ce dernier ; mais si c’est un tyran, le groupe soutiendra le challenger. C’est comme un processus démocratique.

La femelle alpha est tout aussi importante, par exemple chez les macaques, une société féminine où les mâles arrivent et repartent et où les femelles constituent le noyau social stable. Cette femelle peut avoir beaucoup d’influence. Chez les bonobos, elle domine aussi les mâles, et elle emmène une clique de femelles qui la soutiennent. Nous savons bien moins de choses sur les capacités de domination des femelles que celles des mâles, qui ont été plus étudiés parce qu’ils sont plus agités et attirent plus l’attention, même chez les bonobos. Mènent-elles le groupe ? Maintiennent-elles la paix ? Je décris dans le livre un groupe de macaques rhésus dominé par les mâles, mais où la femelle alpha a beaucoup d’influence pour décider qui sera le mâle alpha. Dans ces sociétés, les mâles ont beau être dominants, les manœuvres des femelles sont très importantes. Un phénomène que je décris notamment dans mon avant-dernier livre, La dernière étreinte, à propos de Mama, une femelle chimpanzé matriarche.

— Quels sont les traits communs entre chimpanzés, bonobos et humains ?

— La question est complexe. D’abord, on pense d’ordinaire que les animaux expriment des comportements biologiques et les humains des comportements culturels. Mais dans les animaux, je vois aussi des traits culturels, et dans les humains, naturels. Ensuite, l’humain a deux parents proches, les chimpanzés et les bonobos, qui sont très différents. S’ils étaient similaires, la comparaison serait plus simple.

Ceci étant dit, un petit nombre de traits sont universels entre les primates — au-delà des grands singes — et les humains. On les constate notamment dans le comportement des enfants : les jeunes femelles sont plus intéressées et même fascinées par les enfants, les bébés et les poupées ; les jeunes mâles par la bagarre, leur niveau d’énergie étant plus élevé. Si vous donnez une poupée à une jeune femelle, elle va jouer avec elle ; en liberté, elles ramassent des branches de bois qu’elles traitent comme telles. Si une femelle a un bébé, elle sera entourée des jeunes femelles du groupe qui veulent voir le bébé et le toucher — ce qui n’intéresse pas les mâles.

Les mâles expriment leur compétition de façon plus physique ; les femelles sont tout aussi compétitives, mais cela ne se manifeste pas aussi physiquement. Les mâles apprennent à se battre, mais aussi à contrôler leur force physique. Si les mâles sont plus forts que les femelles, ce qui est vrai pour de nombreux primates, ils doivent connaître et maîtriser leur force. Si un gorille mâle pose sa main sur un bébé gorille, il peut le tuer ! Chez les humains, il serait également très dangereux, dans une famille, qu’un homme ignore qu’il est physiquement plus fort que sa femme et les enfants qui l’entourent et ne sache pas réguler cette puissance. Pour les femelles, la situation est plus simple : s’occuper des petits sera leur activité principale, et c’est cette expérience qu’elles doivent apprendre. L’intérêt maternel est très probablement inné, mais pas le soin des nourrissons.

— Les comportements humains, notamment sexués, se rapprochent-ils davantage des chimpanzés ou des bonobos ?

— Des deux ! Les chimpanzés manifestent un haut degré de liens entre mâles, ce qui implique autant de coopération que de compétition. On retrouve cela chez les humains. Les chimpanzés défendent leur territoire, les humains aussi, et c’est habituellement une affaire de mâles. On en voit une parfaite illustration en Ukraine aujourd’hui : les hommes ne peuvent pas décider de sauter dans un bus et de quitter le pays, au risque d’en être empêchés par leurs propres compatriotes ou par les Russes.

Les bonobos, de leur côté, sont très érotiques, comme les humains. Le lien entre femelles y est crucial, une solidarité féminine également visible chez les humains.

La famille nucléaire, en revanche, est une invention humaine, via laquelle les mâles ont été impliqués dans l’éducation des enfants, cette implication étant beaucoup plus faible chez les mâles chimpanzés et bonobos.

— Pourquoi les individus du même genre, chez les grands singes et les humains, s’imitent-ils les uns les autres ?

— Je parle à ce titre d’autosocialisation. Cela veut dire qu’un individu s’identifie à un certain genre et partant imite les adultes du même genre autour de lui. On peut observer cette autosocialisation en action : par exemple, une étude récente a montré que les jeunes femelles orangs-outans suivaient exactement le même régime alimentaire que leur mère. Les jeunes mâles ont un régime différent de leur génitrice, probablement parce qu’ils regardent davantage les mâles adultes. D’autres études confirment cette imitation genrée dans d’autres domaines.

Les adultes humains tendent à penser qu’ils socialisent les enfants, mais ils surestiment leur influence à cet égard : les enfants se socialisent eux-mêmes en fonction de ce qu’ils voient autour d’eux ou à la télévision, et plus tard c’est l’influence des pairs [NDLR : les individus de l’entourage proche hors de la famille, comme les amis] qui domine. Un cas emblématique est le choix des jouets par les enfants. Même dans un pays aussi égalitaire que la Suède, les garçons préfèrent les camions, les équipements et les outils, les filles les déguisements, les poupées et les objets du quotidien, et ce même si l’éducation offerte par les parents est égalitaire ou « neutre ». On surestime le pouvoir de socialisation.

— Ces différences sont souvent présentées comme un problème, mais en est-ce vraiment un ?

— Je condamne les inégalités de genre, mais je pense que la conversation générale s’est focalisée sur un faux problème, le genre, et non le vrai problème, les inégalités. On a pu penser que pour les réduire, il fallait oublier le genre et, par exemple, proposer une éducation neutre. C’est une entreprise vaine, car nous restons des êtres biologiques et qu’il y aura toujours deux sexes. Or il est possible de combattre les inégalités sans oublier le genre [...].

Différents
Le genre vu par un primatologue
par Frans de Waal
paru chez Les Liens qui Libèrent
le 28 septembre 2022
480 pp.,
ISBN-13 : 979-1020911117

Voir aussi 

Malgré la pression sociale progressiste, garçons et filles semblent toujours préférer les jouets traditionnels associés à leur sexe (aussi Les jeunes chimpanzés femelles jouent à la poupée et sont moins agressives)

Les différences hommes-femmes apparaissent très tôt dans le développement embryonnaire 

Hommes et femmes – Différences et complémentarité

Théorie du genre—les fauteurs de trouble de la gauche woke

Biologie — L’expression de 6 500 différences génétiques distingue l’homme de la femme

Étude — La testostérone change la structure du cerveau

Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)  

La croisade des LGBT contre la liberté d’expression et les distinctions linguistiques immémoriales

L’instinct maternel aurait une réalité biologique

Le cerveau des hommes et celui des femmes seraient connectés différemment 

Stéréotypes à l'école : au nom de l'égalité des filles, on veut les empêcher de choisir ce qu'elles veulent

Ces maires de gauche qui veulent « dégenrer » les cours de récréation (m. à j. vidéo)

Mathieu Bock-Côté : La volonté de rééduquer l'homme occidental (L'homme surnuméraire)


Le cerveau des femmes est mieux préparé que celui des hommes pour faire face aux défauts génétiques

Paradoxe confirmé : l’égalité juridique des sexes renforce les stéréotypes sexuels (chasser le naturel, il revient au galop ?)

Boris Cyrulnik : l’école valorise la docilité des filles et dévalorise la hardiesse des garçons
Cerveau masculin et cerveau féminin

Le paradoxe de l’égalité entre les sexes c. la théorie du genre

Étude norvégienne — Plus un homme participe aux tâches ménagères, plus il y a risque de divorce

Jordan Peterson et l’égalité des sexes : députée et ex-ministre suédoise à du mal à comprendre

Pourquoi l’éducation jouerait un rôle moins important qu’on ne le pense

Étude de 2018 (n=2064) : pas d’effet de menace du stéréotype sur résultats en maths des filles