dimanche 10 novembre 2019

Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Le Wall Street Journal s’interroge : Un diplôme universitaire en lettres et sciences humaines en vaut-il encore la peine ?

Les employeurs avaient l’habitude de pouvoir compter sur les compétences acquises lors d’une éducation en ce qu’on nommait les humanités. Éducation, au passage, qui s’acquérait encore il y a quelques décennies dès l’école secondaire, dans les collèges classiques, par la fréquentation et l’imitation des grands classiques français, latins ou grecs.

Aujourd’hui, ces classiques ne sont plus enseignés au secondaire au Québec, on préfère des auteurs plus modernes, plus progressistes, plus faciles. Cette semaine encore, on apprenait que les cours d’anglais de 11e année du secondaire dans le comté d’Essex, en Ontario, n’enseigneront plus Orwell, ni Shakespeare, ni d’autres classiques bien connus, ils seront mis de côté en faveur d’un cours entièrement consacré à la littérature autochtone amérindienne.

De nombreux parents américains se saignent à blanc de nos jours pour payer des études universitaires à leur progéniture, espérant que celles-ci leur donneront une culture générale en lettres ou en sciences humaines.

Or, une étude récemment publiée sur Bankrate révélait que les diplômes en lettres (« English Majors ») de 162 universités collèges se classaient en bas de l’échelle établie selon le revenu médian et le taux de chômage de leurs diplômés. Avec un revenu médian de 47 800 $, ces diplômés en anglais gagnaient plus que ceux en théâtre (35 500 dollars) ou en beaux-arts (37 000 dollars), mais ils gagnaient moins de la moitié d’un diplômé en génie électrique (99 000 $).

En juin, un sondage Payscale mené auprès de 250 000 diplômés universitaires a révélé que 1 étudiant sur 5 possédant un diplôme en sciences humaines déclarait que leur plus grand regret, après leur emprunt universitaire à rembourser, était le diplôme qu’il avait choisi. Un article de MarketWatch en 2017 était franc : « la licence en anglais est la plus regrettée en Amérique ».

Les universités prétendent être un moyen de gravir l’échelle sociale. Mais elles ne fournissent pas les données nécessaires aux parents et aux étudiants pour comparer les coûts associés à des études universitaires aux gains potentiels associés à ce diplôme. Les étudiants en sciences humaines sont encore plus mal placés, car la baisse de niveau de ces programmes a dévalorisé des licences comme celles en anglais ou en histoire.

L’économiste Richard Vedder, auteur de « Renouveler la promesse : l’enseignement supérieur en Amérique » suggère depuis de nombreuses années que les universités devraient fournir aux étudiants davantage de données semblables à ces enquêtes. Ce dont les étudiants ont besoin, cependant, ce ne sont pas des moyennes de revenu, mais bien la valeur de tels diplômes précis remis par telle université précise.

« Lorsque vous dépensez 100 000 $ ou plus pour quelque chose, vous avez le droit de connaître la valeur probable de ce que vous obtiendrez », déclare M. Vedder.

Personne n’est surpris d’apprendre que les diplômés en STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) gagnent plus que les diplômés en lettres. Après  tout, l’éducation libérale n’a jamais eu comme but de garantir une carrière bien rémunérée. Malgré cela, Jonathan Pidluzny, directeur des affaires universitaires au Conseil américain des administrateurs et des anciens élèves (ACTA), note que les employeurs accordent néanmoins un prix à une personne qui fait montre d’esprit critique, de compétences en communication et en raisonnement, fruits traditionnellement associés à une formation en lettres ou en sciences humaines.

Jonathan Pidluzny a déclaré à Campus Reform : « Une licence en anglais était autrefois garante de compétences en rédaction de textes et de la capacité de comprendre des pensées complexes par la fréquentation de textes classiques ». Mais « les facultés ne peuvent en vouloir qu’à elles-mêmes pour avoir miné leur réputation en remplaçant le canon classique par des épiphénomènes de la culture populaire et du communautarisme identitaire », comme l’enseignement de la littérature amérindienne ou lesbienne.

En d’autres termes, ce que les facultés proposent aujourd’hui n’est plus le diplôme d’anglais d’antan. Une étude de l’ACTA indique que 48 des 52 meilleures écoles (classées par le US News and World Report) permettent aux licenciés en anglais d’obtenir leur diplôme sans avoir suivi de cours sur Shakespeare. D’autres études ont indiqué que la pensée critique du diplômé moyen, même celui des principales universités prestigieuses, ne s’améliore que de façon minimale voire nulle, malgré ses années passées à l’université.

Mais la licence en anglais si souvent décriée n’est qu’un symptôme ce qui cloche avec l’université aujourd’hui. Ce n’est pas que les diplômes scientifiques et techniques (STIM) soient les seuls qui en vaillent la peine. Il s’agit plutôt du fait que les sciences humaines ont été touchées de manière disproportionnée par le correctivisme politique et par l’influence néfaste de Herbert Marcuse, père de la « tolérance répressive » si répandue sur les campus.


Dans une conversation téléphonique, M. Pidluzny soutient qu’un diplôme en sciences humaines fondé sur un programme de base rigoureux s’avère encore précieux. Le mot clé est la rigueur. Le sondage Road-Gallup de 2018 indique que les diplômés qui sont « fortement d’accord » avec le fait qu’ils ont dû fournir d’importants efforts à l’université sont 2,4 fois plus susceptibles de dire que leur diplôme en valait la peine.

Alors, pourquoi les sciences ont-elles préservé leur intégrité alors que les sciences humaines n’y sont pas parvenues ? M. Pidluzny pense que c’est parce que l’impact d’un diplôme scientifique ou technique nivelé par le bas est plus évident et plus immédiat.

« L’université ne peut se permettre de ne pas enseigner le calcul intégral et différentiel en ingénierie, car nous verrions des ponts s’effondrer aux quatre coins du pays », ajoute-t-il.

« Mais pour un diplômé en anglais qui étudie Harry Potter plutôt que Chaucer ou qui consacre son temps à la théorie du genre plutôt qu’à la lecture d’œuvres littéraires de qualité, les coûts ne sont pas aussi évidents et immédiats, jusqu’à ce qu’il ne se rende compte des années plus tard qu’il n’a jamais acquis ni le vif esprit analytique ni le style d’écriture précise que son diplôme était censé développer. »


Voir aussi

Les gouvernements surestiment-ils le rendement économique des diplômes universitaires ?

États-Unis — Quels diplômes universitaires rapportent le plus ?

Mark Steyn dans After America sur l’éducation américaine

En janvier 2011, Richard Arum et Josipa Roksa ont publié une étude qui indiquait que moins de la moitié des étudiants américains de premier cycle avait suivi un cours lors du semestre précédent qui les obligeait à écrire un texte de 20 pages. Un tiers d’entre eux n’avait suivi aucun cours qui leur demandait de lire au moins 40 pages. Chez 45 % des étudiants, les auteurs n’ont pu constater aucune amélioration dans leurs compétences logiques, d’esprit critique ou d’écriture... Raisonner, lire, écrire : qui en a besoin ? Certainement pas les futurs enseignants : les étudiants en sciences de l’éducation manifestaient le moins de progrès éducatifs.

La même étude révélait que l’étudiant américain d’aujourd’hui passait deux fois moins d’heures à étudier que son homologue des années soixante. Lire et écouter un reportage impeccablement progressiste de NPR sur cette étude.

Incidents à Middlebury College (une université huppée au Vermont) en 2017, racialisme, slogans, rites, danses et rejet du rationalisme.

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Immigration — « Il faut réformer le PEQ »

Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est un programme accéléré de sélection des travailleurs qualifiés qui permet d’obtenir un Certificat de sélection du Québec en vue de la résidence permanente. Ce programme est destiné aux diplômés du Québec et aux travailleurs étrangers temporaires qui remplissent certaines conditions, dont celle de démontrer une connaissance du français oral de niveau intermédiaire avancé.

La réforme du Programme expérience Québec annoncée par le ministre québécois Simon Jolin-Barette a été au cœur de l’actualité, cette semaine. Elle a suscité une telle controverse qu’il a dû la suspendre pour retourner à sa planche à dessin. Tania Longpré, spécialiste en francisation et en intégration des immigrants s’exprime sur la réforme nécessaire de ce programme.

Extraits :

« Évidemment que les réformes y sont nécessaires, comme dans plusieurs programmes qui méritent des ajustements lorsqu’on se rend compte que certains problèmes en découlent. Ne pas laisser une clause grand-père était déraisonnable, mais ne pas réformer le PEQ l’aurait été encore plus. D’abord, modifier la liste des formations est une excellente idée, il apparait saugrenu de ne jamais modifier celle-ci avec les besoins du marché du travail — même si la liste du gouvernement n’était pas à jour, ce qui est un autre problème, qui relève de l’amateurisme politique. [...]

Des commissions scolaires ont été mises à l’amende puisqu’elles offraient des formations courtes de type “DEP” [bac professionnel en France] à des étudiants internationaux, les qualifiant du même coup pour le PEQ, qui est un programme permettant à des diplômés ou à des travailleurs étrangers de demeurer au Québec — moyennant la réussite d’un examen de français démontrant un niveau 7 (sur une échelle de 0 à 12) de production orale en français. Or, les étudiants de certaines commissions scolaires anglophones ne parvenaient pas à ce niveau de langue. Notons qu’on ne valide présentement que leur niveau de production orale alors que plusieurs recherches démontrent que les aptitudes en littératie (compréhension de lecture et production écrite) sont importantes pour l’intégration sur le marché du travail et pour l’intégration des nouveaux arrivants en général dans une société lettrée comme le Québec.

[...]

Ne serait-ce que pour limiter les “fraudes” on doit réformer le PEQ afin de mettre sur pied un examen de français québécois qui pourrait valider le niveau de français autant oral qu’écrit des gens voulant se qualifier pour ce programme. Encore une fois, il ne faut pas généraliser, mais une épreuve uniforme permettrait d’être équitables envers tous les candidats au PEQ.

[...]

De plus, ne soyons pas dupes, ce programme permettait à certains consultants en immigration ou avocats de recruter des gens à l’international leur promettant mer et monde dans une nouvelle vie au Québec : y faire un diplôme et y demeurer à long terme. Au Québec, mais aussi, dans certains cas, n’importe où au Canada, le PEQ étant une voie d’immigration plus rapide et plus facile à réussir qu’une demande comme travailleur qualifié qui évalue les candidatures à l’aide d’une grille comprenant plusieurs facteurs tels que l’âge, le domaine d’études, les diplômes, les connaissances du français ou de l’anglais, le nombre d’enfants, etc.) Ce qui fait en sorte que certaines personnes passent par le PEQ afin de s’installer à Toronto ou encore à Vancouver. Je ne dis pas que la majorité des gens ont de mauvaises intentions, mais vaut mieux modifier le programme que de permettre à certains d’en faire mauvais usage. »


samedi 9 novembre 2019

« 340 millions menacés par la hausse du niveau de la mer en 2050 », quand les gros médias prennent l'eau

Au début de cette semaine, de nombreux gros médias dont l’AFP, Radio-Canada, le New York Times et la RTBF belge ont répercuté — sans aucun esprit critique ni mise en contexte — une étude alarmiste sur la hausse du niveau de la mer d’ici 2050. Selon Radio-Canada, 300 millions de personnes seraient menacées par la montée des océans dans 30 ans (voir la capture d’écran ci-dessous).


Gros média parmi les gros médias, le New York Times a relayé illico cette étude sur l’élévation du niveau des mers, hausse « évidemment » due au changement climatique et qui devrait tripler, d’ici à 2050, le nombre de personnes menacées de submersion. Publiée par Climate central, une organisation regroupant scientifiques et journalistes dont le but est de porter à la connaissance du public des informations relatives au changement climatique et à son impact sur les populations.

L’écologiste « sceptique » Bjorn Lomborg a démonté le traitement que le New York Times faisait de cette étude sur l’élévation du niveau de la mer. Un appel à cesser de systématiquement dramatiser les données scientifiques.

« Le Sud du Vietnam pourrait bien disparaître en 2050 » selon le New York Times

Effrayer le lecteur

La médiatisation faite par les gros médias comporte cependant plusieurs biais visant surtout à effrayer les lecteurs plutôt qu’à les informer. Biais que Bjorn Lomborg, ancien activiste reconverti en « écologiste sceptique », du nom de son succès de librairie publié en 2004, s’est plu à décortiquer.

 Premier biais : publier une carte d’une région donnée, en l’occurrence le Sud du Vietnam, en indiquant en rouge quelles seront les zones susceptibles de submersion en 2050 (à savoir la quasi-totalité de cette région) en omettant de préciser que ce même pays est déjà en zone inondable et qu’une population très nombreuse y vit pourtant fort bien, usant du bateau pour se déplacer, par exemple dans le delta du Mékong. Ne pas le préciser revient à faire croire que le pays va passer d’une situation normale (les pieds au sec) à une situation anormale (les pieds dans l’eau), du fait du réchauffement climatique, alors que les habitants vivent depuis longtemps dans des zones inondables, s’y sont depuis longtemps adaptés et devraient continuer à pouvoir le faire quand on considère la faible hausse prévue du niveau marin1.



Autre biais, qui lui est connexe : jouer sur la peur engendrée par l’idée même de submersion. Comme le faisait remarquer Bjorn Lomborg, des millions de personnes vivent déjà sous le niveau de la mer — aux Pays-Bas notamment — et n’ont pas été pour autant transformées en migrants climatiques. L’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, 14e plate-forme mondiale pour ce qui est du nombre de passagers, serait ainsi, à en croire le New York Time, condamné à brève échéance. « C’est oublier l’existence d’un objet comme la digue », ironise l’ancien militant de Greenpeace. En appliquant à la Hollande le traitement qu’ils réservent au Vietnam, les rédacteurs du New York Times auraient dû dire que ce pays était dès aujourd’hui « sous les eaux à marée haute » et donc inhabitable, ce qui bien évidemment n’est pas le cas. Ils n’ont pas osé, ils ont préféré mentionné des régions asiatiques exotiques remettant au goût du jour l’ancien adage « A beau mentir qui vient de loin ».

Autre aspect de l’urgence climatique épinglé par Lomborg : l’inefficacité des mesures politiques envisagées pour censément sauver l’humanité du désastre annoncé. Pour reprendre le cas du Vietnam et du nombre de personnes menacées par la montée des eaux, l’étude du Climate central montre que passer d’une politique mondiale haut-carbone à une politique mondiale bas-carbone (au prix de mesures coercitives coûteuses) n’améliorerait le sort que d’un million de personnes… sur 24 millions ! Mettre les économies des pays développés sens dessus dessous, détruire purement et simplement leurs industries ou réseaux de production d’énergie, ponctionner des milliers de milliards de dollars en culpabilisant des populations entières, fragiliser les économies des pays en développement, tout ceci pour améliorer, peut-être, et en 2050, le quotidien de 5 % des habitants d’un pays donné, en les soustrayant à des conditions de vie dont ils s’accommodent déjà fort bien, comme d’autres avec eux sur la planète. Voilà l’avenir que nous dessine l’urgence climatique revue et corrigée par le New York Times — et bien d’autres médias avec lui.

C’est ainsi que le diffuseur public belge, la RTBF, a repris la dépêche catastrophiste de l’AFP en y ajoutant 40 millions de personnes menacées, pour ce diffuseur subventionné il y aurait en effet 340 millions de personnes menacées... La RTBF ajoutait une carte des côtes belges menacées oubliant — comme le New York Times — de mentionner qu’il s’agirait de zones inondables une ou deux fois par an (en l’absence de digues) et que la Belgique a déjà de ces polders, ces zones habituées situées sous le niveau de la mer aujourd’hui, en 2019.


L’existence de ces polders est bien connue. De telles zones existent aussi dans le Nord de la France dans la région des watergangs ou wateringues, près de Dunkerque. Enfin, c’est aussi le cas dans la région de Kamouraska au Québec, ces polders y sont protégés par des digues nommées aboiteaux.

La région des polders est en orange protégée par un fin liséré jaune (les dunes côtières)

L’alarmisme de l’article était trop évident. Deux jours plus tard, la RTBF corrigeait le tir : « Non, Bruges ou Termonde ne seront pas en bord de mer en 2050 ». Frank Pattyn, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles (ULB), relativisait cet article trop sensationnaliste :  « les auteurs [de l’étude] se sont appuyé sur des études qui prennent un compte une élévation du niveau des mers plus importante, mais aussi moins probable que celle avancée dans d’autres études, c’est-à-dire 2 mètres d’élévation que plutôt que 1 mètre. » Notons que ce mètre de hausse est lui-même supérieur à la plus haute des prévisions du Rapport 5 du GIEC où le pire scénario (RPC8.5) ne prévoit qu’une hausse de 0,82 m. La hausse du niveau de la mer varie d’un endroit à l’autre sur la planète, car la plaque continentale s’affaisse dans certaines régions (l’Atlantique canadien) mais se soulève dans d’autres (presque tout le Canada et le Québec), voir Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

« Cette étude ne détermine pas où se trouveront les côtes dans le futur, mais bien jusqu’où rentrera[it en absence de digues] l’eau en cas d’inondation lors des hautes marées. Ces hautes marées ont lieu une à deux fois par an et peuvent provoquer des rentrées d’eau de mer via les estuaires vers l’intérieur des terres. Ces nouvelles cartes nous indiquent des zones, en rouge, qui peuvent être inondées 1 fois par an. » En résumé, les zones rouges le long de la côte belge n’indiquent pas des zones inondées en permanence, mais bien des endroits à risque quand on néglige la présence de digues.

À la question de savoir si, en 2050, selon cette étude, il sera dangereux pour les gens de vivre dans ces zones, Frank Pattyn répond : « Non ce n’est pas dangereux en soi, mais le risque d’inondation est accru. Si la Belgique ne réagit pas, les inondations seront très importantes. Il faut donc adapter nos infrastructures, comme aux Pays-Bas où de nombreux aménagements ont été faits et sont planifiés. » Adaptation nettement moins coûteuse que les mesures préconisées par ceux qui veulent imposer une politique mondiale « bas-carbone ».


Note 1 : On rappelle que, selon le dernier rapport du GIEC (AR5), pour la période allant de 2081 à 2100 par rapport à 1986-2005, l’élévation moyenne du niveau de la mer au niveau mondial devrait se situer entre 0,26 et 0,55 m pour le scénario RCP2.6, de 0,32 à 0,63 m pour le RCP4.5 de 0,33 à 0,63 m pour le RCP6.0 et de 0,45 à 0,82 m pour le RCP8.5. Et ceci si les modèles sont fiables, or ils ont tendance à surestimer le réchauffement climatique par rapport aux valeurs observées. Voir John Christy : « Les modèles climatiques surchauffent ». Les quatre scénarios du GIEC sont nommés d’après la gamme de forçage radiatif obtenue pour l’année 2100 : le scénario RCP2.6 correspond à un forçage de +2,6 W/m2, le scénario RCP4.5 à +4,5 W/m2, et de même pour les scénarios RCP6 et RCP8.5. Plus la valeur de forçage radiatif est élevée, plus le système terre-atmosphère gagne en énergie et se réchauffe. Le scénario RCP8.5 est peu probable pour plusieurs raisons : il suppose une croissance démographique très soutenue et rapide (un doublement de la population de la Terre à 12 milliards alors que même l’ONU prévoit plutôt 10,9 milliards en 2100), une faible « innovation technique, une croissance lente du PIB mondial, une augmentation massive de la pauvreté mondiale, et une plus forte consommation d’énergie fossile alors que celle-ci se tariront probablement et coûteront donc plus cher ce qui en limitera la consommation.


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Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète... Est-ce grave ?

Jordan Peterson: La théorie du genre n'a pas sa place en classe (M-à-j : poursuite judicaire)

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF) a déposé une requête auprès du Tribunal des droits de l’homme d’Ontario, pour le compte d’une petite fille et de sa mère, à l’encontre du Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton. L’institutrice de la fillette avait notamment déclaré à sa classe « les filles ne sont pas réelles et les garçons ne sont pas réels », ce qui avait fortement troublé la petite fille, selon le JCCF.




Billet originel du 1er juillet 2019



Une fillette de six ans est bouleversée depuis que son institutrice d’Ottawa lui a « enseigné » que « les filles ne sont pas réelles et les garçons ne sont pas réels ».

Il y a deux semaines, la journaliste Barbara Kay a publié un article sur le site Post Millennial concernant une demande déposée devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario (TDPO) par les parents d’une fillette de six ans, « N. », soumise à la nouvelle théorie de l’identité de genre par son institutrice à l’école publique communautaire de Devonshire (conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton).

Selon le récit de Mme Kay, en janvier 2018, dans une classe de première année à la Devonshire Community Public School, qui fait partie du réseau du conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton, N., âgée de six ans, a visionné une vidéo sur YouTube dans le cadre de la leçon de son institutrice sur le « genre ».

Selon Pamela, la mère de N., sa fille est un enfant qui adore l’école — ou l’adorait jusqu’au matin à la base de ce billet.

La vidéo s’intitulait « Il, elle ou eux ?!?? — Sexe : Queer Kid Stuff n° 2. »

La vidéo contenait des affirmations telles que « certaines personnes ne sont ni des garçons ni des filles » et il y a des gens qui ne se « sentent ni un « il » ou un « elle » et pourraient donc ne pas avoir de genre. La jeune institutrice, dont les initiales sont J.B., a continué d’enseigner la théorie du genre tout au long du semestre. Selon les réactions de N. à sa mère, J.B. a déclaré aux enfants qu’il n’existait pas de filles ni de garçons et que pas plus les filles et les garçons ne sont « réels ».

À la mi-mars, les parents de N. pouvaient voir que les leçons avaient un impact sur leur fille, qui commençait spontanément à leur demander à plusieurs reprises pourquoi son identité de fille n’était « pas réelle ». Elle demanda si elle pouvait « aller chez un médecin » pour discuter du fait qu’elle était une fille. Elle a dit qu’elle « n’était pas sûre de vouloir devenir maman ». Mme Buffone a expliqué à N. que les femmes adultes avaient le choix, mais elle s’inquiétait que le sujet soit abordé en classe dès la première année.

Les Buffone étaient naturellement alarmés par les signes de confusion persistants de leur fille, alors qu’elle n’avait jamais montré auparavant le moindre signe de mécontentement quant à sa réalité biologique. Mme Buffone a donc rencontré l’institutrice J.B. en mars pour discuter de l’impact des discussions sur le genre sur sa fille.

Les parents ont pu se rendre compte que J.B. était très attachée à l’enseignement de la fluidité sexuelle comme reflet d’un « changement au sein de la société ». Elle a expliqué à Mme Buffone que la fluidité sexuelle était la politique de la commission scolaire, que certains enfants avaient du mal à accepter que le sexe était binaire et a confirmé que la question de changement de sexe avait été abordée en classe. Elle ne semblait pas trop préoccupée par la détresse personnelle de N. et n’avait rien fait pour affirmer l’identité féminine de N.

Les Buffones ont ensuite contacté la directrice de l’école, Julie Derbyshire.

Selon Mme Buffone, Mme Derbyshire avait expliqué que J.B. avait commencé ce cours pour accueillir un enfant de la classe qui avait dit souhaiter s’exprimer en tant qu’enfant de genre opposé à son sexe biologique. Un enfant présentant des symptômes de dysphorie de genre en première année de cette école était, il est vrai, taquiné pour ce fait. Mais, selon Mme Buffone, comme elle l’a appris par la suite, les parents de l’enfant en question ne souhaitaient pas que ce problème se règle par des leçons sur le genre ; ils voulaient simplement apprendre aux autres enfants à agir avec respect envers leur enfant et à ne pas l’intimider. Mme Derbyshire n’a pas proposé de consulter le « spécialiste du genre » de l’école au sujet des élèves comme N. qui ne se questionnaient pas sur leur genre.

Déterminés à obtenir une réponse sur le fond du problème, les Buffone ont insisté pour rencontrer le surintendant du conseil scolaire et le surintendant du programme scolaire. Selon la plainte déposée devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, « la commission scolaire n’a pas accepté de communiquer avec les parents lors de discussions sensibles ni d’accepter de directive ou de prendre des mesures correctives pour garantir que les enfants de sexe féminin soient réconfortées dans leur identité de genre ».

Se heurtant à un mur à chaque échelon de la hiérarchie, les Buffone ont pris la décision d’inscrire N. dans une autre école où, selon sa mère, elle va bien et où elle a affirmé à sa famille être heureuse de ne plus avoir d’institutrice qui dit que « les filles ne sont pas réelles ». En octobre 2018, N. aurait dit à sa mère : « Cette table est réelle, et ce ventilateur est réel, et même si le ventilateur était en carton, c’est toujours réel. »

Les histoires liées à l’identité de genre dans l’enfance qu’on lit habituellement dans la presse mettent en scène un enfant qui serait bouleversé par la disparité qui existerait entre sa réalité biologique et le genre qu’il s’imagine avoir. Ces récits présentent habituellement les éducateurs comme des alliés et des porte-parole éclairés de l’enfant, tandis que les parents, rétrogrades et fermés, résistent à l’affirmation de genre de leur enfant ce qui causerait une angoisse accrue pour l’enfant. Cette présentation des faits convainc alors facilement les spectateurs que l’enfant vit une injustice et qu’il est heureux que l’État et ses représentants prennent la défense de l’enfant « enfermé dans une mauvaise identité de genre ». Dans ces cas-là, le « droit de l’enfant à exprimer son identité de genre » l’emporte pour les spectateurs et l’État sur le droit des parents à s’y opposer.

Mais voilà, nous avons ici le cas contraire. N. se sentait bien dans son identité sexuelle. Elle n’avait jamais mis en doute celle-ci. Tout à coup, une personne en autorité lui déclare qu’à tout moment, ce qu’elle croit être réel — qu’elle est une fille — peut ne pas être vrai.  Les parents sont les alliés de l’enfant ici alors que son école remet en doute la réalité de son identité sexuelle ou lui instille le doute quant à celui-ci. Pourquoi ne pourrait-elle pas être aussi bien traitée que l’enfant qui se poserait des questions sur son « genre » ?

Après tout, un minimum de bonne volonté de la part de J.B. et de ses supérieurs aurait facilement permis de désamorcer la situation et d’atténuer les inquiétudes des Buffone. Pourquoi J.B. n’aurait-il pas pu expliquer que certains se sentent mal à l’aise par rapport à leur identité sexuelle, mais que c’est une chose rare (un fait) ; que c’est souvent une phase passagère ; que les préférences en matière de tenue vestimentaire et de jeu non conformes dans l’enfance sont normales (« les garçons manqués ») et n’indiquent que rarement un mécontentement profond ou durable avec le sexe biologique (fait) ; que la plupart des enfants cessent d’avoir ces doutes lorsqu’ils sont adolescents (fait) ; le plus important, c’est que presque tous les enfants sont parfaitement heureux d’être exactement ce qu’ils sont (fait) et que ces enfants ne doivent pas s’inquiéter du fait qu’ils ne sont pas de vrais garçons ou filles. Pourquoi cela est-il si difficile à dire pour l’école ? N. aurait été rassurée et le seul enfant de la classe qui souffrait de confusion sexuelle n’aurait pas été affecté.

La demande auprès du TDPO de Buffone conclut que J.B. « a soumis N. à une discrimination continue fondée sur le genre et l’identité de genre, par une série de leçons qui niaient l’existence du sexe féminin et du sexe biologique et minaient la valeur de l’identification en tant que femme [..] La directrice et le conseil scolaire ont perpétué et renforcé la discrimination dont N. avait été victime dans sa classe de première année, car ni Mme Derbyshire ni aucun responsable du conseil scolaire n’avait pris de mesure corrective pour y remédier. »

La réparation demandée consiste à ce que le Tribunal ordonne à la Commission i) de veiller à ce que les cours donnés en classe « ne dévaluent, ne nient ou ne sapent en aucune manière l’identité de genre féminine » ; ii) mandater les enseignants à « informer les parents lorsque des cours sur l’identité de genre auront lieu ou ont eu lieu, y compris les objectifs pédagogiques et le matériel qui sera ou aura été utilisé pour ces cours » ; et iii) à payer aux Buffone une somme de 5 000 dollars en dommages-intérêts généraux « pour compenser les atteintes à la dignité, aux sentiments et au respect de soi causés par la discrimination ».

L’avocat de la commission scolaire a répondu à la requête des parents en demandant que celle-ci soit rejetée « au motif que la demande n’avait aucune chance raisonnable de succès », rejetant les allégations et promettant de fournir une « réponse complète si le Tribunal ne rejetait pas l’affaire à l’issue d’une procédure accélérée. »

L’avocat cita également une autre plainte contre la Fédération des enseignants et des enseignantes de l’élémentaire de l’Ontario en renvoyant à la conclusion du Tribunal selon laquelle le Tribunal « n’avait pas le pouvoir de statuer sur des allégations générales d’iniquité » et que les faits, même s’ils étaient vrais, n’« impliquent pas une discrimination interdite par le Code [des droits de la personne] ». On y cite également que le droit des enseignants à enseigner l’identité de genre a été reconnu par le ministre de l’Éducation et que « La pertinence d’une discussion en classe n’engendre pas de discrimination interdite telle que définie par le Code. » En résumé, même si les leçons de l’enseignante ont des effets négatifs sur N., la fillette n’aurait aucun motif de réparation en vertu du Code des droits de la personne.

Le célèbre professeur de psychologie Jordan Peterson s’est exprimé sur cette affaire :
Considérez ceci : à l’âge de six ans, « N. » devait d’abord remettre en question une identité qu’elle avait passé continuellement et sans cesse à développer depuis (au moins) l’âge de deux ans - apprendre les règles qu’elle considérait conformes à son rôle social de fillette, afin qu’elle sache s’intégrer, faire ce qu’on attend d’elle, s’entendre avec les autres, s’abstenir de violer les attentes de ses pairs et des adultes qu’elle rencontre et préparer de son mieux son parcours féminin. Deuxièmement, on lui demandait de remettre en question ce qui constitue le « vrai » — parce que si vous avez six ans et que vous êtes une fille et que vous le savez (comme tout le monde), et qu’on vous dit maintenant que rien de tout cela n’est « réel », alors l’idée même de la réalité devient fragile et instable. Il ne faut pas sous-estimer la gravité la confusion philosophique et psychologique que de telles exigences peuvent engendrer.

Je peine à imaginer une stratégie pédagogique moins propice à un développement stable de la petite enfance, en particulier pour une enfant pensive, ce qui est exactement ce que « N » semble être — pour son plus grand malheur dans ce cas. Faisant apparemment confiance à son institutrice, « N. » a écouté ses leçons et a essayé de comprendre le salmigondis complexe et contradictoire qui lui était présenté. Cet exercice était voué à l’échec, car ces informations ne signifient rien de raisonnable, de logique, de pratique ou de vrai. Peu importe : la « fluidité sexuelle » est la politique du conseil scolaire, même pour les enfants de six ans et la détresse d’un enfant auparavant tout à fait normal à la suite de ces classes est un prix raisonnable à payer pour garantir la pureté idéologique. Cette politique, toute contre-productive et absurde qu’elle soit, doit donc être strictement maintenue. Mieux vaut que l’enfant souffre que l’enseignant ne réfléchisse. Mieux vaut que tout le système éducatif se transforme autour du nouveau dogme (et tant pis si l’expérimentation tourne mal) plutôt que de voir les idéologues qui gèrent sa structure remettre en question leurs présomptions absurdes et foncièrement nées du ressentiment.

[...] Et maintenant, nous allons découvrir — avec la permission du Tribunal ontarien des droits de la personne (une organisation dans laquelle je pourrais difficilement avoir moins de foi et qui devrait être abolie dès que possible) — si les petites filles ont le droit de maintenir leurs visions du monde et leur opinion sur leurs propres corps — visions et opinions normatives, communes, pratiques et réalistes — ou si cela est supplanté administrativement et juridiquement par l’existence d’un ensemble incohérent de droits concédés de manière inexcusable et forcée à une toute petite minorité de personnes qui insistent que leurs « identités » sont entièrement autogénérées et absolument inviolables socialement et légalement. Je miserais fort sur la seconde option et je pense que le fait que nous en soyons là est une grande honte et un danger pour nous tous.
Plus tôt, le professeur de psychologie rappelait :
Pire, cette insistance caractéristique du projet de loi [C-16] et des politiques qui y sont associées et les dogmes académiques de dixième ordre qui fondent toute cette farce, selon laquelle « l’identité » est uniquement déterminée par l’individu en question » (quelle que soit cette identité). Même les sociologues ne le croient pas : ni le genre classique plus ancien parfois utile, ni le genre moderne effroyable et tout à fait contre-productif. Ils comprennent que l’identité est un rôle social, ce qui signifie qu’elle est nécessairement négociée socialement. Et il y a une raison à cela. Une identité — un rôle — n’est pas simplement ce que vous croyez être, instant après instant ou année après année, mais, comme le dit l’Encyclopedia Britannica (plus précisément dans sa section sociologie), « un ensemble complet de comportements socialement reconnus » qui fournit un moyen d’identifier et de placer un individu dans la société », elle sert aussi « de stratégie pour faire face à des situations récurrentes et savoir comment s’y prendre avec d’autres rôles (par exemple, les rôles parent-enfant) ».

Votre identité ne correspond pas aux vêtements que vous portez, ni aux préférences ou comportements sexuels à la mode que vous adoptez et affichez, ni aux causes qui motivent votre activisme, ni à votre indignation morale face à des idées différentes des vôtres. Il s’agit plutôt d’un ensemble de compromis complexes faits entre  l’individu et la société sur la manière dont les uns et les autres pourraient se supporter et se soutenir à long terme. On ne modifie pas cet ensemble à la légère, car ce compromis est très difficile à atteindre, il constitue l’essence même de la civilisation. Il a fallu des siècles pour y parvenir. Il faut comprendre que l’absence de rôles socialement acceptables est tout simplement le conflit permanent, à la fois psychologique et social.

Dans la mesure où cette identité n’est pas uniquement biologique (bien qu’elle le soit en grande partie, mais pas totalement), c’est un drame qui se joue dans le monde des autres. Une identité fournit des règles d’interactions sociales que tout le monde comprend ; elle fournit un sens et un but génériques mais indispensables dans la vie. Si vous êtes un enfant et que vous jouez à un jeu de rôles pour rire avec vos amis, vous négociez votre identité pour que le jeu se déroule correctement. Vous faites la même chose dans le monde réel, que vous soyez un enfant, un adolescent ou un adulte. Refuser de s’engager dans l’aspect social de la négociation d’identité — insister sur le fait que tout le monde doit accepter ce que vous dites être — revient simplement à vous embrouiller ainsi que tous les autres, car personne ne comprend les règles de votre jeu, notamment parce qu’elles n’ont tout simplement pas été formulées.
Jordan Peterson termine sa lettre ouverte ainsi :
Le silence de la majorité sur de telles questions — justifié, je pense, par la peur réelle d’être à dessein ostracisé pour avoir osé émettre des objections (quelle que soit la représentativité de ces objections) — mettra, à mon avis, nos enfants et adolescents dans une situation que nous regretterons amèrement dans les décennies à venir.



vendredi 8 novembre 2019

Colloque sur le nationalisme : Anglicisation, multiculturalisme et immigration massive

Relation intéressante d’Alexandre Cormier-Denis sur le Colloque sur le nationalisme organisé par l’Institut de recherche sur le Québec. Extraits.



La 12e édition du colloque « Quelque chose comme un grand peuple » organisé par l’Institut de recherche sur le Québec et le Mouvement national des Québécois qui s’est tenu samedi dernier a permis de constater que les politiques migratoires sont désormais au centre de la réflexion des souverainistes institutionnels.

[...]

L’Échec de la loi 101

Frédéric Lacroix, auteur de nombreux articles dénonçant l’anglicisation de la région montréalaise, fit une présentation chiffrée sur l’effondrement du français dans la métropole et ses banlieues et ce, malgré la mise en place de la Charte de la langue française en 1977.

Le fond de son argumentaire réside en une donnée toute simple : malgré l’obligation pour les immigrés d’envoyer leurs enfants à l’école primaire et secondaire francophone, le transfert linguistique des allophones se situe à 55 % en faveur de l’anglais. Pire encore, on dénombre un mouvement d’anglicisation des francophones sur l’île de Montréal à une hauteur de 4 % par année.

M. Lacroix dévoila également une prévision de Statistique Canada qui envisageait que le scénario d’une immigration zéro (ce qui relève de la pure politique-fiction, Trudeau ayant annoncé l’accueil de 350 000 immigrés par an) aurait malgré tout comme conséquence un recul du français en raison du pouvoir d’attraction de l’anglais pour les allophones. Le panéliste fait ainsi le constat dur, mais lucide que Montréal présente toutes les caractéristiques d’une zone francophone hors Québec comme il en existe encore quelques-unes au Canada.

Son constat est sans appel : en termes de démographie linguistique, la sélection de l’immigration francophone fit beaucoup plus pour le maintien du fait français que toutes les lois linguistiques adoptées depuis quarante ans. Il faut donc considérer que la Charte de la langue française fut politiquement double échec puisqu’elle ne parvint pas à endiguer le déclin du français, mais donna également un faux sentiment de sécurité aux francophones.

Le Québec comme État bilingue

L’avocat François Côté, réputé pour avoir mené la charge contre la tentative du Barreau de faire invalider les lois du Québec pour cause de non-conformité avec le bilinguisme canadien, présente un cadre d’action pour faire du français la seule véritable langue officielle du Québec.

Me Côté rappelle que dans le droit, depuis l’arrêt Blaikie de 1979 qui obligea l’Assemblée nationale à traduire ses lois dans les deux langues officielles du Canada, le Québec est de facto un État bilingue.

Trois problèmes résultent de ce bilinguisme imposé par la Cour suprême :
  • Problème symbolique : il envoie le message à la population que l’anglais et le français sont deux langues d’égale importance et ce, au plus haut niveau de l’État.
  • Problème démocratique : la version anglaise des lois n’est pas débattue. Ce sont donc les traducteurs non élus de l’Assemblée nationale qui prennent le rôle des législateurs.
  • Problème juridique : il en résulte une indétermination sémantique des lois québécoises puisqu’on recense jusqu’à 4 000 divergences entre les versions françaises et anglaises, permettant ainsi de rendre des jugements différents selon la langue empruntée.

Pour remédier au bilinguisme de l’État québécois, Me Côté propose quelques pistes d’action : entamer des discussions avec Ottawa pour changer la constitution de manière bilatérale, modifier la constitution de l’État provincial de manière unilatérale ou encore simplement invalider l’arrêt Blaikie en invoquant les dispositions juridiques du Renvoi relatif à la sécession du Québec.

Dans quelques mois, Me Côté sortira un livre coécrit avec Guillaume Rousseau — ex-conseiller du ministre Jolin-Barrette pour la loi 21 — détaillant les propositions politiques afin de remédier à ce bilinguisme étatique.

 Un livre qui risque d’être fort intéressant à lire pour les défenseurs de la langue

La liberté d’expression sacrifiée au nom des émotions

La présentation du sociologue Stéphane Kelly porte sur le présent climat de censure idéologique qui règne dans le milieu collégial et universitaire québécois. Il fait reposer ce phénomène sur la propagation d’une philosophie de l’éducation valorisant l’estime de soi au détriment des savoirs et de la rationalité, celle-là justifiant la censure des discours jugés stigmatisants par des élèves hypersensibles.

Pour démontrer les effets pervers de cette philosophie de l’éducation, M. Kelly cita l’étude américaine The Triple Package démontrant que le prétendu « privilège blanc » est une véritable fumisterie puisque les groupes les plus avantagés socialement dans la hiérarchie sociale américaine sont — exception faite des Juifs — tous issus d’une immigration plutôt récente. La performance sociale de ces groupes repose sur une valorisation de l’excellence rendue possible paradoxalement par le faible degré d’assimilation de ces minorités à la société américaine.

Trois facteurs semblent expliquer ce phénomène : le sentiment d’appartenance communautaire, l’insécurité de leur position collective dans la hiérarchie sociale américaine et une forte discipline familiale se traduisant par une culture de l’effort permettant une réussite scolaire exceptionnelle.

Afin de rétablir une liberté d’expression au sein de la société québécoise, M. Kelly termine sa présentation par un vibrant appel à remplacer la culture de l’excuse par celle de l’effort. Nous ne pouvons que souscrire à cet appel au dépassement de soi alors que règne encore au Québec une mentalité misérabiliste fort néfaste pour la nation.

[...]

La disparition des Canadiens français

L’auteur de l’essai Disparaître ? Afflux migratoire et avenir du Québec, Jacques Houle, fit une présentation sentie dénonçant l’immigration massive que nous subissons en reprenant essentiellement les arguments de son livre.

Les voici : l’immigration est un coût social faramineux vu la surreprésentation des immigrés aux programmes de chômage et d’aides sociales. L’incidence positive sur le PIB est réelle, mais n’affecte pas positivement le niveau de vie des populations. Bien au contraire, l’effet de l’immigration pour contrer le vieillissement de la population est nul.

Malheureusement, sa piste de solution économique nous semble plus faible, soit augmenter le salaire minimum à 15 $ de l’heure, compte tenu de la précarité des petits patrons œuvrant dans les milieux où la demande de main-d’œuvre est la plus grande : hôtellerie, restauration, manufactures, commerce de détail, etc.

Néanmoins, on ne peut que féliciter le courage de cet homme qui ose briser le jovialisme ambiant sur la question migratoire et, qui par sa vie personnelle — il est père de cinq enfants (!) — contribua à freiner le déclin démographique canadien-français.


Un ouvrage qu’il faut lire

[...]

Plaidoyer contre le cours ECR

La professeure de sociologie Joëlle Quérin fait un réquisitoire pour l’abolition du cours Éthique et culture religieuse en démontrant qu’il s’agit d’un véritable programme de rééducation de la jeunesse québécoise en faveur du multiculturalisme canadien. Après une décennie d’enseignement du cours, elle relève que les effets concrets de l’idéologie pluraliste ressortent dans les sondages portant sur la laïcité de l’État : la majorité des 18-24 ans sont désormais opposés à toute règlementation encadrant les signes religieux dans la fonction publique.

Mme Quérin note également la contradiction du présent gouvernement qui impose une loi sur la laïcité tout en laissant la propagande multiculturaliste canadienne se répandre dans les cerveaux de la jeunesse québécoise. Cette absence de cohésion dans la politique menée par la CAQ pourrait lui être fatale puisqu’elle laisse l’école québécoise endoctriner les futurs électeurs qui eux, en fin de compte, s’opposeront au legs laïque du gouvernement.

Elle postule également que l’actuel projet de réforme du cours ne fait qu’ajouter l’enseignement de l’athéisme et serait fusionné avec le très controversé cours de sexualité. Bref, sous la CAQ, le cours ECR combinerait l’horrible propagande multiculturaliste avec la catastrophique déconstruction du genre !

Le cours ECR forme de très bons petits Canadiens multiculturels. [Et des citoyens du monde post-nationalistes... avec la bénédiction de la CAQ, un parti qui se dit nationaliste...]

Conclusion

Le présent colloque fut surtout une réunion des éléments jugés les plus « conservateurs » du mouvement souverainiste — exception faite de Paul Saint-Pierre Plamondon qui nous a entretenus de la social-démocratie, de Myriam D’Arcy qui a vanté son programme d’intégration des immigrés et de Claudia Larochelle qui a parlé de la sous-représentation des femmes dans la littérature québécoise.

L’importance accordée aux questions linguistiques, migratoires et identitaires prouve que le débat politique au sein des sphères souverainistes est tranquillement — trop tranquillement — en train de sortir du politiquement correct imposé par la gauche sociale-démocrate québécoise.


Avec la soumission progressive des souverainistes de gauche au multiculturalisme canadien et le vieillissement des partisans du courant socialisme et indépendance, il y a fort à parier que le renouvellement nationaliste se fera de plus en plus à droite sur l’échiquier politique.

Euthanasie — l'envers du décor

L’euthanasie est dépénalisée chez nos voisins belges depuis 2002 ; une loi, dans le but annoncé d’éradiquer les pratiques clandestines, définit un encadrement du processus de décision et de mise en œuvre, et peut exercer un contrôle a posteriori du respect de ses dispositions.

Le présent ouvrage se présente à la fois comme un état des lieux après dix-sept ans d’application effective de la loi de 2002, et comme un vibrant plaidoyer en faveur de l’objection de conscience et du respect de la vie. Au long de neuf chapitres rédigés par des praticiens de spécialités variées, mais tous confrontés personnellement à l’euthanasie, nous partageons leurs expériences, leurs interrogations, leur souffrance même et aussi leurs belles convictions d’hommes et de femmes engagés au service de leurs patients. De nombreux témoignages concrets vivants et émouvants viennent illustrer leurs propos.

Signalons d’abord « l’effet euthanasie » dans le monde médical et parmi les patients ; l’application d’une telle loi alimente la surenchère des revendications visant notamment à ériger l’euthanasie en droit inaliénable de l’individu ; simultanément, elle exerce un effet corrupteur dans les esprits et par voie de conséquence dans l’usage des antalgiques, des sédatifs et dans l’éthique des soins palliatifs ; du coup, l’objection de conscience est stigmatisée, et on assiste à une instrumentalisation du médecin par la société, et à la montée d’un paternalisme mortifère à l’égard des patients réputés « éligibles » à l’euthanasie.


En défense, l’ouvrage propose une éthique de respect de la vie fondée sur une démarche professionnelle rigoureuse, sur la prise en compte du point de vue du patient, et la recherche d’un choix concerté pour son accompagnement, particulièrement en fin de vie ; le tout en privilégiant l’écoute et une relation de qualité avec le patient. Allant plus loin encore, le docteur Beuselinck préconise de s’inspirer de la « quête du sens » du fondateur de la logothérapie, le médecin-philosophe viennois Viktor Frankl, et notamment de ses trois catégories de raisons de vivre : sens de l’accomplissement, sens de l’amour, sens de la souffrance. Cet ouvrage de haute tenue mais passionnant à lire est à recommander particulièrement aux futurs médecins et infirmiers, qui seront fatalement un jour confrontés la question de l’euthanasie.

Ouvrage collectif auquel ont contribué


Pr Timothy Devos (hématologue), Jacques Ricot (philosophe), Herman De Dijn (philosophe), Eric Vermeer (infirmier éthicien en soins palliatifs), Dr Catherine Dopchie (oncologue), Pr Willem Lemmens (philosophe et éthicien), Dr An Haekens (psychiatre), Dr Rivka Karplus (maladies infectieuses et HIV/SIDA), Dr Marie Frings (médecin en soins palliatifs), Pr Benoit Beuselinck (oncologue), Dr Julie Blanchard (médecin en soins palliatifs), François Trufin (infirmier urgentiste en soins palliatifs)

Euthanasie, l'envers du décor : Réflexions et expériences de soignants
par un collectif de huit soignants belges,
paru aux éditions Mols,
à Wavre,
le 30 mai 2019
232 pp.
ISBN-10 : 2874022454
ISBN-13 : 978-2874022456

jeudi 7 novembre 2019

Québec — Instruction à domicile et études postsecondaires

(Moins de 8 minutes)

Si l’instruction à domicile est beaucoup plus connue du grand public qu’il y a 10 ou 20 ans, il reste néanmoins beaucoup d’éducation à faire, notamment du côté des établissements d’enseignement de niveau postsecondaire.

Dans cette deuxième partie de notre entrevue, Sylvie Crasci discute des défis que doivent relever les familles qui font l’instruction à la maison lorsqu’il est temps d’accéder aux collèges et universités du Québec. Puisant dans sa propre expérience, elle encourage les parents à être des pionniers à ce chapitre et à ne pas hésiter à frapper aux portes des établissements d’enseignement pour faire valoir la richesse de l’école à la maison.




Témoignage intéressant sur la fille de Sylvie Crasci qui a entamé sa première année d’université.

Notez qu’on peut aussi passer un bac français (équivalent du DEC) qui est un examen libre (tout le monde peut se présenter) puis s’inscrire à l’université. L’enseignement professionnel technique est également ouvert aux enfants instruits à la maison.

CAQ « conservatrice » applique de fortes pressions contre les enfants instruits à la maison

Le ministre Roberge devant un parent. La réponse sera NON !
Certains prétendent que la CAQ est un mouvement conservateur. Dans le domaine scolaire, ce n’est pas du tout évident. Le ministère est de plus en plus centralisateur et cherche à imposer à tous le programme pédagogique unique du gouvernement (le Québec est un des rares pays qui imposent à toutes les écoles un programme étatique...) Programme qui n’est en rien anodin ou neutre (lire Québec — La construction d’une nouvelle citoyenneté par l’école, extraits d’une thèse de doctorat en sociologie, 2015).


Dans le domaine de l’instruction à la maison, la pression de la CAQ et de son ministre, l’ancien instituteur Roberge, s’accentue également. Nous reproduisons ci-dessous un communiqué de la HSLDA sur le sujet.

Les familles québécoises faisant l’instruction à domicile subissent présentement beaucoup de pression alors que le gouvernement provincial exige que les enfants éduqués à domicile subissent les examens ministériels provinciaux, et ce dans 2 ans. Cette nouvelle exigence apporte une charge supplémentaire sur les parents et les enfants, sans aucun bénéfice éducatif significatif. Il s’agit d’un bel exemple où le « gouvernement pense savoir mieux que quiconque », alors que ce n’est clairement pas le cas.

Lorsqu’un gouvernement suggère ou impose des changements avec lesquels nous sommes en désaccord, la HSLDA se mobilise. Récemment au Québec, cela a impliqué de faire pression sur le ministre et les élus de l’Assemblée Nationale. Cependant, une fois que la nouvelle réglementation est entrée en vigueur, la HSLDA doit informer ses membres pour qu’ils puissent s’y conformer.

Lorsque la HSLDA encourage ses membres à se conformer à la réglementation, cela signifie-t-il que nous sommes d’accord avec cette dernière ? Non, ce n’est pas le cas. Mais nous vivons tous sous l’autorité de la loi et nous ne pouvons pas ignorer celle-ci simplement parce que nous ne sommes pas d’accord avec elle. Partout au Canada, lorsqu’une famille membre de la HSLDA vit des démêlés judiciaires avec une instance gouvernementale à cause de l’école-maison, il peut être très difficile ̶ voire impossible ̶ pour la HSLDA de défendre cette famille s’il est démontré que cette dernière démontre un flagrant mépris de la loi.

Alors, la HSLDA ne devrait-elle pas immédiatement contester en cour la nouvelle réglementation au Québec ? Eh bien, aller au tribunal comporte toujours son lot de risques. En fait, perdre une cause au tribunal peut aggraver la situation. C’est pour cette raison qu’il faut d’abord miser sur d’autres moyens de changement avant de se précipiter devant les tribunaux. Et même dans ce cas, l’action en justice ne devra être intentée que s’il existe une chance raisonnable de succès.

Au Québec, l’exigence des examens écrits entrera en vigueur dans deux ans. Pour l’équipe juridique chevronnée de la HSLDA et pour tous ses membres et sympathisants du Québec, ces deux années représentent une occasion unique de faire pression sur les politiciens pour qu’ils améliorent la réglementation. Et à mesure que nous avançons, nous continuerons d’utiliser tous les outils à notre disposition, y compris les actions en justice, pour promouvoir et défendre la liberté d’enseigner à la maison, tant au Québec que partout au Canada.

Trop d'enfants turbulents ou pénibles classés « précoces » ou « doués » ?

Extraits de deux articles du Figaro sur les enfants faussement « surdoués » alors que de plus en plus de parents expliquent les difficultés de leur progéniture par la précocité. Or l’idée que haut quotient intellectuel et problèmes de comportement sont liés est erronée.

 « Je n’en peux plus. La moitié des parents sont convaincus que leur enfant est surdoué », raconte cette professeur des écoles, qui enseigne depuis cinq ans en maternelle dans un établissement privé et huppé de l’Ouest parisien. Ils demandent des noms de psychologues pour faire passer des tests de QI, achètent des méthodes de lecture dès 3 ou 4 ans « parce qu’il a besoin d’être nourri intellectuellement » ou réclament un saut de classe « pour des enfants qui sont dans la moyenne de leur âge en termes de comportement et d’attention », s’étonne-t-elle. Cela « empire à l’école primaire puis au collège », renchérit une autre enseignante du même établissement, un âge où « les enfants insupportables ou en difficulté scolaire sont souvent présentés comme précoces par leurs parents ».

Confrontés aux multiples légendes entourant les surdoués, prétendument affublés par certains psychologues médiatiques d’une « pensée en arborescence » ou d’une « hypersensibilité », les praticiens de la revue scientifique ANAE (Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant) se sont mobilisés l’an dernier lors d’un numéro « Mise au point » sur les hauts quotients intellectuels. Pour exprimer leur ras-le-bol. Jusqu’au début des années 1980, y rappelle-t-on, les publications scientifiques sur les surdoués étaient quasiment inexistantes, tout comme les réflexions sur les mesures à l’égard des enfants concernés. L’institution scolaire française s’y opposa même. Contrairement à ce qui existait dans d’autres pays, elle craignait de creuser les inégalités.

Peu à peu, la précocité intellectuelle n’a plus été mise en avant en France comme une richesse mais a progressivement été associée – dans les médias notamment – à des difficultés, des troubles, des pathologies, des spécificités plus ou moins handicapantes. Parallèlement, depuis une dizaine d’années, on assiste à une multiplication d’ouvrages grand public, diffusant des informations souvent non vérifiées. Avec des conséquences potentielles comme celles de ne plus être pris au sérieux, de stimuler des actions éducatives ou pédagogiques non appropriées, de desservir la cause des personnes concernées et d’attirer, de manière illusoire, vers ce concept prometteur, de nombreux enfants en difficultés psychologiques, sociales ou scolaires pour lesquels la question du haut potentiel n’est pas pertinente.

« Il est possible de présenter un trouble durable dans les apprentissages et, concomitamment, un haut potentiel intellectuel. L’un n’exclut pas l’autre ; ils ne sont pas pour autant corrélés », explique Nicolas Gauvrit, psychologue et mathématicien, chercheur au laboratoire Cognitions humaine et artificielle (École pratique des hautes études). Ce dernier considère malgré tout que les hauts potentiels peuvent et doivent faire l’objet, comme c’est le cas dans de nombreux autres pays, comme Israël ou les États-Unis, de mesures et programmes éducatifs spécifiques.

Heureusement, « on revient dans la norme mondiale », poursuit-il. Le vade-mecum de l’Éducation nationale concernant les surdoués vient ainsi d’être révisé cette année. Il expliquait auparavant aux enseignants qu’il fallait bien leur expliquer et répéter les consignes ou encore les rassurer sur leurs compétences « comme s’il s’agissait d’enfants handicapés », s’étonne encore Nicolas Gauvrit.



« C’est valorisant de penser qu’on a un fils intelligent plutôt qu’un petit dragon »


CAROLINE GOLDMAN est docteur en psychologie et psychologue pour enfants. Elle est l’auteur du livre Établir les limites éducatives aux éditions Dunod (2019).

LE FIGARO. – La « précocité » ou le « haut potentiel » d’un enfant engendrent-ils nécessairement des difficultés scolaires ou comportementales ? 

Caroline GOLDMAN. – Bien au contraire, les enfants à haut quotient intellectuel ont une santé mentale plutôt meilleure que celle des autres enfants, comme le démontrent les dernières analyses en neurosciences. Ces dernières affirment leur absence de singularité. Leur QI est statistiquement corrélé à une plus forte réussite scolaire. L’ENA, Normale Sup, Polytechnique sont remplis de personnes à haut quotient intellectuel… Il n’y a pas de fragilité particulière liée au QI. L’idée d’une « pensée en arborescence » véhiculée par certains praticiens, par exemple, est infondée. En revanche, les psychologues qui propagent cette idée absurde reçoivent par définition des enfants en souffrance psychique, dont certains à haut potentiel. Ces enfants peuvent être dépressifs, psychotiques, névrosés, souffrir de dyslexie ou de toute autre pathologie mais cela n’a rien à voir avec leur QI ! Et leur constat ne permet pas de conclure à des généralités sur les hauts potentiels.

– Comment expliquez-vous que cette étiquette soit si répandue ? 

– Mon cabinet est rempli de parents qui veulent absolument « faire tester » le QI de leurs enfants. Pourquoi ? Certains psychologues autoproclamés « spécialistes » du HQI (haut quotient intellectuel) règnent médiatiquement depuis des années en France sur ce vaste marché à fantasmes, sans aucun soubassement scientifique, mais avec le soutien d’associations militantes très actives de parents préférant considérer leur enfant comme supérieurement intelligent, plutôt que simplement douloureux et symptomatique. Ces psychologues font exister ces enfants sous un groupe d’appellation lié à leur QI – surdoués, haut potentiel, précoces, zèbres – et leur imaginent un développement particulier. Ils les décrivent comme hypersensibles, débordés par leurs émotions, en proie à des troubles du comportement, du graphisme, du sommeil, anxieux. Ce mythe a malheureusement eu le temps d’infiltrer de très nombreux segments pédiatriques, institutionnels, et même politiques.

– Peut-on parler d’un négoce du « surdon » en France ?

– Oui parce que c’est très valorisant, sur un plan narcissique, de penser qu’on a un fils, ou une fille, intelligent à la maison plutôt qu’un petit dragon. Certains sont allés jusqu’à écrire des livres comme Trop intelligent pour être heureux (SiaudFacchin, 2008). Entretenir cette croyance permet à de nombreux professionnels de surfer sur une vague marchande extrêmement prolifique, en arguant d’une nécessité de « dépistage » indispensable pour tous. C’est un grand cirque. Il faut compter entre 300 et 1 200 euros la passation d’un test Wisc (Wechsler Intelligence Scale for Children) de deux heures. Certains en vivent, tout simplement. Les gens préfèrent passer des tests de QI plutôt que des tests de dyscalculie ou de dyslexie… Vu le coût, ce sont principalement les familles aisées, dans les grandes villes, qui passent ces tests. Quant aux enseignants, ils n’en peuvent plus. Lorsqu’ils ont affaire à un enfant ingérable, les parents, souvent, sortent l’argument du surdon. C’est devenu une caution à être pénible.

[..]


– Conseillez-vous d’éviter ces tests ? 

– Ils peuvent être utiles dans des cas précis. Ils peuvent permettre de comprendre certaines difficultés scolaires. Mais les médecins n’ont pas à se faire le jeu du désir narcissique des parents. D’autant plus que les résultats sont le plus souvent violents pour ces derniers. D’abord parce qu’ils sont le plus souvent décevants, moyens. Sans parler du narcissisme de l’enfant qui, lorsqu’il est diagnostiqué HQI, va proclamant, dans la cour de récréation, qu’il est supérieur aux autres. Vous imaginez l’effet désastreux sur ses relations sociales… Sur le moment, obtenir un diagnostic de « douance » est réconfortant mais ça ne dure pas. L’enfant reste seul avec ses symptômes.

–  D’où viennent ces symptômes, dans ce cas ? 

– Selon mon expérience d’une quinzaine d’années, les enfants qui viennent dans mon cabinet, souvent avec ce diagnostic flou, sont en réalité à 75 % mal limités. Ils épuisent leurs parents, posent tout le temps des questions, sont excités en permanence, intolérants à la frustration voire violents… Mais les parents ne les limitent pas, semblent avoir interdiction de les frustrer. Il est hors de question, par exemple, de dire à l’enfant d’aller chercher sa réponse dans un dictionnaire. Cette précocité n’a pas à devenir une tyrannie. Ce manque de limites, c’est une conséquence de l’époque, le soubassement culturel du capitalisme. On veut surnourrir l’enfant intellectuellement. Les gens veulent des enfants puissants. Ils raisonnent trop avec eux, finissent même par les craindre. Et ces derniers ont tout le loisir de ne pas se plier à l’ordre établi. À l’entrée au collège, c’est catastrophique. Ces ados nourris de leurs pleins pouvoirs n’ont pas accès à la séduction sociale parce qu’ils ont été trop gâtés.

–  Quelles solutions préconisez-vous pour ces enfants ? 

– Les psychologues doivent aider et guider les parents pour incarner cette fonction limitante et donc frustrante. Au risque de voir ces derniers s’engouffrer dans toutes sortes de pseudo-diagnostics du type « hypersensibilité », etc. Ces enfants à haut QI s’ennuient en classe, certes. Mais une grande majorité d’élèves, quel que soit leur niveau, s’ennuient à l’école et réussissent à le tolérer au même titre que toutes les frustrations. Le fait que cet ennui soit vécu comme intolérable interroge moins le QI que la tolérance à la frustration et le rapport aux limites. Le saut de classe peut être une solution dans certains cas si tout le monde est d’accord. Mais s’imaginer qu’ils s’épanouiront davantage, c’est souvent un leurre. L’urgence, c’est surtout de les outiller à la bienséance.


mercredi 6 novembre 2019

Québec– Jean Drapeau, un nationaliste catholique

En 1940, le censeur de presse du gouvernement, Fulgence Charpentier, célébré des années plus tard à titre de doyen des journalistes au Québec, enjoint à Jean Drapeau de se taire au sujet de la guerre. [...] Mais que dit donc Jean Drapeau dans les pages du journal étudiant Le Quartier latin ou dans ses discours ? Il en a contre tout ce qui peut être lié, de près ou de loin, à une justice sociale qui serait inspirée par le socialisme ou le communisme. Comme le milieu catholique dans lequel il baigne, il honnit ceux qui pourraient remettre en cause l’autorité de l’Église et la famille, les tenant pour les principaux fondements, avec la langue française, de la nation qu’il chérit.

Haut-le-cœur

Drapeau va tenir à répétition des propos très durs contre l’immigration, même si celle-ci, dans les faits, s’est à peu près arrêtée depuis les années 1930. [La proportion des francophones va mécaniquement augmenté dans la fédération canadienne jusqu’à la reprise de l’immigration après-guerre] Il rejette jusqu’à l’idée que, par souci humanitaire, on puisse encourager l’accueil de réfugiés. « Chaque fois que le Canada, et particulièrement le Canada français, a daigné recevoir des immigrés au nom de quelque grand principe, nous avons toujours eu à nous en repentir », écrit-il le 16 octobre 1940. Pourquoi s’intéresser à ces gens venus d’ailleurs, dit-il, alors que les droits des Canadiens français sont bafoués chez eux ? Les Canadiens français sont traités injustement. Chez les hauts fonctionnaires fédéraux, on ne compte que 11,5 % de Canadiens français, explique-t-il, alors que leur proportion est alors d’environ 30 % au Canada. Le jeune idéologue va jusqu’à regretter que des réfugiés, chassés par la Révolution russe, des anticommunistes comme lui, aient été accueillis au pays. Ces gens, insiste-t-il, ont transformé « la grande artère commerciale de notre ville […] en une dégoûtante foire où quelque viande puante voisine de sales croûtons et où les trottoirs servent trop souvent de poubelles aux fruits et légumes en état de décomposition ; en dotant la métropole de quartiers repoussants, où nous ne pouvons circuler sans éprouver de violents haut-le-cœur ; en contaminant plusieurs des plus beaux coins de nos campagnes par un étalage monstrueux des plus offensantes promiscuités ; enfin en ruinant le commerce canadien-français par une concurrence déloyale, à base de tactiques peu morales, lorsqu’elles ne sont pas franchement malhonnêtes ». [...] Accueillir des étrangers, Drapeau s’y refuse de façon catégorique : leur « venue ici ne peut s’effectuer sans bouleverser grandement notre vie sociale, économique et politique », affirme-t-il.

Saboter la famille

En avril 1942, lors de la campagne du plébiscite sur la conscription, Jean Drapeau est un des militants les plus actifs du comité du NON, largement victorieux au Québec. Ce résultat référendaire n’a cependant pas dissuadé le gouvernement d’Ottawa de continuer, dans le cadre de l’effort de guerre, de réclamer des modalités pour mobiliser la population. Dans une lettre datée du 11 décembre 1942, Drapeau dit refuser, sur un ton outré, de se présenter à l’examen médical militaire obligatoire. Il finira par s’y soumettre, mais sous réserve de contestations futures, écrit le jeune avocat. Le 30 novembre 1942, le « candidat des conscrits » Jean Drapeau affronte le major général Laflèche, ministre des Services de guerre, à l’occasion d’une élection partielle dans Outremont. Drapeau s’adresse à ses électeurs en français, en anglais et en italien. Il se dit, à répétition, contre l’envoi des femmes au travail dans les usines. Dans un discours daté du 15 novembre 1942, il affirme que la conscription vise à « saboter la famille à sa base même », cette précieuse « cellule de la nation ». Dans un autre de ses discours de campagne, celui-ci non daté, il répète que les membres du gouvernement fédéral « vont détruire notre famille, envoyer le père aux armées, la mère aux usines et laisser les enfants à la rue ou aux aléas de l’éducation en série ». Il laisse de surcroît planer le spectre que l’effort de guerre conduira à une augmentation de la criminalité.  [...]

L’élite guidant le peuple

Jean Drapeau est le fils unique d’Alberta Martineau, dite Berthe, et de Joseph-Napoléon Drapeau, un vendeur d’assurances qui a des ambitions politiques municipales, en accord avec ses allégeances conservatrices. En 1936, Joseph-Napoléon affirme que son adversaire politique dans Rosemont, Joseph-Henri Brien, est un hypocrite, une canaille, un traître, un menteur. C’est pourtant ce même Brien — l’oncle de son épouse Marie-Claire Boucher —, qui deviendra l’homme de confiance de Jean Drapeau, à titre de grand argentier du Parti civique. Auprès du maire Drapeau, élu en 1954, on trouvera aussi, comme conseillers municipaux, un de ses cousins ainsi que son père. Élève à l’école supérieure Le Plateau, Jean Drapeau apparaît comme un élève moyen, mais apprécié. À compter de 1933, il dirige Le Micro, « le plus grand mensuel scolaire de Montréal », où on trouve aussi son ami Maurice Custeau, qui sera un député de Maurice Duplessis et le premier président de Loto-Québec. Drapeau donne des leçons de français à des hommes d’affaires, milite au sein de l’Association canadienne de la jeunesse catholique, collabore à L’Action nationale, vend des arbres généalogiques constitués par l’Institut Drouin. Il va même tenter, en 1941, de devenir annonceur à la radio de CKAC. Étudiant en droit à l’Université de Montréal, Jean Drapeau devient un habitué des joutes d’art oratoire, où il défend, par exemple, sans se soucier de leurs idéaux républicains contraires aux siens, les patriotes de 1837-1838. Le jeune Drapeau est vite happé par l’action politique.

L’Église et l’autorité

À l’automne 1959, le rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau, écrit une lettre au maire de Montréal, son vieil ami. Il a milité avec lui à la Ligue pour la défense du Canada et au Bloc populaire, ces mouvements politiques qui canalisent, durant la guerre, les forces nationalistes. Dans sa lettre, Laurendeau lui demande de participer à un numéro spécial du journal, en prenant prétexte d’une réflexion sur l’autorité telle que formulée par Henri Bourassa. Jean Drapeau juge d’emblée que la conception sociopolitique formulée par Bourassa en 1910 est toujours valable, que rien au fond dans la société n’a changé à cet égard. Autrement dit, affirme Drapeau, le Canada français a besoin « d’une classe dirigeante capable d’éclairer et de guider le peuple ». Selon Drapeau, « la nécessité reste la même » en 1960. Et cette élite, bien entendu, il a l’assurance d’en être, comme son éducation catholique l’en a convaincu. Jusqu’en 1949, Drapeau sera marguillier de sa paroisse. Au cours de sa carrière, il va profiter discrètement de l’appui de gens d’Église. Le père Émile Legault, un des précurseurs du théâtre au Québec, tient comme d’autres à ce que son soutien demeure secret, « puisqu’il faut éviter une collusion gênante entre l’autorité civile et la moinerie », écrit-il dans une lettre. Sa formation intellectuelle très catholique, Drapeau en est largement redevable à Lionel Groulx, avec qui il conserve, sa vie durant, un rapport chaleureux, empreint de déférence. Il ira jusqu’à offrir à l’historien en soutane, à l’occasion d’Expo 67, une visite privée et commentée des installations. Groulx voit en Drapeau un grand chef. Il lui écrira, à son élection comme maire en 1954 : « J’ai prié pour votre succès. »

Source : Le Devoir