mercredi 20 mai 2026

Une scolarité sans écrans : Les élèves scandinaves reviennent aux livres et aux stylos

Lorsque Cecilia Rosenbaum a découvert un escalier dont les montants verticaux de chaque marche étaient ornés d’autocollants colorés représentant « Peter Pan », « Charlie et la chocolaterie » et d’autres titres de livres pour enfants très appréciés, elle a décidé de reproduire cette idée dans son école. La directrice de Montessori Mondial Kungsholmen, une grundskola (école obligatoire de neuf ans), s’est donné pour mission d’inciter ses élèves à lire davantage. Pendant la récréation, les livres sont apportés dans le parc situé devant l’école. Chaque journée commence par 15 minutes de lecture en classe. Un jour par semaine, l’enseignant fait la lecture à voix haute à toute la classe.



Autrefois pays affichant le taux d’alphabétisation le plus élevé au monde, la Suède a vu ses résultats en lecture baisser ces derniers temps. En 2022 (dernières données disponibles), le score de la Suède en lecture au PISA, une étude mondiale sur les compétences en lecture et autres aptitudes des jeunes de 15 ans, avait chuté de 19 points en quatre ans pour s’établir à 487. À titre de comparaison, l’Irlande affichait 516 et Singapour, en tête du classement, 543. « Environ 25 % des élèves suédois ont des difficultés à lire correctement », explique Lotta Edholm, ministre de l’Enseignement supérieur. Selon elle, cela est « lié à une dépendance excessive aux outils numériques sans preuve suffisante de leur efficacité ».

Mme Edholm est déterminée à réduire l’éducation numérique. « Från skärm till pärm » (de l’écran au classeur/des pixels aux pages) est le slogan de son gouvernement de centre-droit pour sa politique de « retour aux sources », visant à réduire l’utilisation des ordinateurs et des tablettes au profit de l’écriture manuscrite et des manuels scolaires traditionnels. En août de cette année, les téléphones portables seront interdits dans toutes les grundskolor. En 2023, le gouvernement a lancé un programme d’investissement ambitieux pour atteindre son objectif de fournir un manuel par élève et par matière. À ce jour, il a dépensé plus de 2 milliards de couronnes suédoises (182 millions d'euros, 291 millions de dollars canadiens) pour ramener les livres et continuera d’investir dans la lecture hors ligne, l’écriture manuscrite et le calcul.

D’autres pays en Europe et en Amérique s’engagent dans un retour aux livres et aux stylos à l’école, mais aucun aussi rapidement que le Danemark, la Suède et la Finlande, pays qui sont par ailleurs des adeptes enthousiastes des technologies numériques. L'année dernière, la Finlande, berceau de Nokia, l'un des pionniers mondiaux de la téléphonie mobile, a introduit des restrictions sévères quant à l'utilisation des téléphones portables pendant les cours pour les enfants âgés de 7 à 16 ans. Le Danemark emboîtera le pas cette année avec une loi imposant l'interdiction des téléphones et des tablettes personnelles dans les folkeskole, les écoles jusqu'à l'âge de 16 ans.

« Revenir aux livres coûte cher », explique Merete Riisager, ancienne ministre danoise de l’Éducation. Le Danemark a été pionnier dans l’utilisation des tablettes à l’école dès 2011, mais n’a dispensé que peu de formation aux enseignants. « Nos enseignants étaient perdus », raconte Kara Barker-Astrom, directrice du VRG Campus Viktor Rydberg, un lycée de Stockholm. Le pays en est depuis venu à regretter sa campagne en faveur du numérique. Mme Riisager estime que les tablettes ont joué un rôle dans la détérioration des compétences en lecture et en mathématiques des élèves danois. Les preuves scientifiques des avantages de l’interdiction des téléphones sont encore maigres, mais elles se multiplient. « Dans l’ensemble, tout le monde s’accorde à dire que restreindre l’utilisation des téléphones est bon pour l’attention des enfants », explique Lucia Magis-Weinberg, de l’université de Washington.

Une étude publiée en octobre a montré qu’une interdiction des téléphones « de la première à la dernière sonnerie » dans un grand district scolaire de Floride avait initialement entraîné une augmentation des exclusions temporaires d’élèves. Elle a toutefois constaté de nettes améliorations des résultats aux examens dès la deuxième année de l’interdiction. Elle a également révélé que l’interdiction des téléphones avait considérablement réduit l’absentéisme, les élèves s’étant adaptés et ayant commencé à apprécier le fait de ne pas être constamment rivés à leurs écrans. Une meilleure assiduité pourrait expliquer en partie l’amélioration des résultats aux examens. Malgré tout, Mme Magis-Weinberg met en garde contre l’idée qu’il existerait une politique universelle.

Mme Barker-Astrom salue bon nombre des mesures de Mme Edholm, mais met en garde contre un revirement excessif. Les élèves de plus de 16 ans doivent pouvoir utiliser des téléphones et des ordinateurs portables, car les matières qu’ils étudient deviennent plus complexes et il faut les préparer aux compétences numériques requises à l’université et sur le marché du travail. Malgré tout, son école continue de couper l’accès à Internet pendant les examens, car la tentation de tricher ou de consulter les réseaux sociaux est tout simplement trop forte. 


Source : The Economist

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