mardi 16 mars 2021

Généalogie et résistance au « wokisme »

Le sociologue Mathieu Bock-Coté, qui sort sous peu un nouveau livre La Révolution racialiste, a publié un billet sur la généalogie du wokisme et comment résister à ce mouvement dans les colonnes de La Nef.

Le wokisme est apparu aux États-Unis vers 2010 et y impose sa vision racialiste par une formidable manipulation du langage. Ultime avatar du politiquement correct, il se développe en France et représente une véritable menace pour la liberté d’expression.

Il y a peu de temps encore, le mot woke semblait appartenir au vocabulaire réservé aux campus américains, et même, aux plus radicaux d’entre eux. Il désignait une frange particulièrement active d’étudiants américains se croyant en croisade pour la justice sociale, et plus particulièrement portés sur les questions de « race » et de « genre », et résolus, en quelque sorte, à mener un procès définitif contre le monde occidental, et plus particulièrement, contre l’homme blanc qui l’incarnerait dans toute son abjection. Cette mouvance était reconnue pour son extrémisme, et même, pour son fanatisme, convaincue qu’elle était, et qu’elle est encore, d’avoir le monopole du vrai, du juste et du bien. Barack Obama, en 2019, avait mis en garde les étudiants s’en réclamant : il voyait bien que la prétention qu’ils avaient d’être éveillés, devant une masse endormie, ou éclairés, devant un peuple enfoncé dans les ténèbres venues du passé, ne pouvait que multiplier les tensions dans une société déjà très polarisée. Homme de gauche, assurément, Obama a néanmoins cherché à rappeler à ces jeunes esprits que la nature humaine est trouble, et qu’on ne saurait réduire le conflit social à un combat entre le bien et le mal.

À certains égards, on verra dans le wokisme la nouvelle vague du mouvement associé au politiquement correct, qui dès les années 1980, a voulu décoloniser l’université américaine et ses savoirs en en finissant avec la figure du Dead White Male. Homère, Platon, Aristote, Shakespeare et tant d’autres devaient y passer : leur présence écrasante aurait contribué à la marginalisation des savoirs et perspectives minoritaires, à partir desquels il serait possible de mener une révolution épistémologique et politique contre la civilisation occidentale. Un nouveau rapport au monde devait s’imposer. Il était bien vu, à l’époque, de s’en moquer, et de se rassurer en se répétant que cette mode était destinée à passer. On voulait même croire, à Paris, que cette lubie ne traverserait pas l’Atlantique. Il n’en fut rien. Absolument rien. Le politiquement correct s’est institutionnalisé à travers la multiplication des départements et champs d’études universitaires essentiellement fondés sur la répudiation de la civilisation occidentale. Il fait désormais la loi dans l’université américaine. Le wokisme est le point d’aboutissement de cette mouvance, et il n’est plus permis de le croire marginal.

Le wokisme s’est déconfiné des campus depuis un bon moment et se répand dans la vie publique à la manière d’une épidémie idéologique. Plus encore, il s’impose au cœur de la vie publique des deux côtés de l’Atlantique, ses concepts se normalisent dans le vocabulaire médiatique et le discours politique et managérial. Ils colonisent l’imaginaire collectif ou du moins, ses expressions autorisées. Ses militants se retrouvent dans des postes de responsabilité au sein même d’une administration municipale, qui s’en font aussi les complices et les promoteurs. Il imprègne le langage du management et de la publicité. Cette gauche religieuse surgit dans la vie collective sous le signe du fanatisme, devant une classe politique qui ne sait pas trop comment lui répondre ou lui tenir tête, et qui est même tentée de multiplier à son endroit les concessions, sans comprendre qu’elle ne se trouve pas devant un mouvement réformiste amenant des revendications raisonnables dans l’espace public, compatibles avec la logique démocratique.

Tout le pouvoir du wokisme tient dans sa manipulation orwellienne du langage : ses théoriciens et militants inventent une novlangue diversitaire qui fonctionne à la manière d’un piège idéologique. La stratégie du wokisme est transparente, et même revendiquée, dans certains cas : il s’agit de s’emparer d’un mot frappé d’une universelle réprobation et de lui coller une nouvelle définition, que l’on dira scientifiquement validée, parce qu’elle sera légitimée par les militants déguisés en experts qui sévissent dans les départements de sciences sociales. Les exemples sont nombreux, qu’il s’agisse du racisme, de la suprématie blanche, de la discrimination ou encore de la haine ou du discours haineux. 

Trop souvent, des commentateurs ou des observateurs de bonne foi se laissent berner. Horrifiés à bon droit par la signification traditionnelle de ces mots, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne renvoient plus à la même réalité. Ainsi, dans la perspective woke, le racisme, aujourd’hui, ne désigne plus une idéologie en appelant à la discrimination raciale ou à la hiérarchisation des groupes humains selon un critère racial. Il désignerait plutôt le refus, justement, de définir les gens à partir de la couleur de leur peau — il accuse ceux qui ne veulent pas consentir à la racialisation des rapports sociaux de daltonisme racial. Le racisme culminerait ainsi dans l’universalisme qui servirait de masque aux intérêts de la « majorité blanche ». Apparemment, ce n’est plus en dépassant ou en transcendant la « race » qu’on luttera contre le racisme, mais en survalorisant la conscience raciale comme forme première de l’identité collective. L’antiracisme revendiqué devient donc un racialisme décomplexé.

La suprématie blanche, quant à elle, ne réfère plus aux mouvements comme le Klu Klux Klan, ou à ses descendants, mais à la structure profonde des sociétés occidentales. En France, ainsi, l’extrême gauche racialiste assimile la laïcité à la suprématie blanche. Le concept de discrimination est aussi frappé. La discrimination, pour les wokes, consiste quant à elle à traiter tout le monde sur le même pied : inversement, choisir quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau, pour peu qu’il soit considéré comme « racisé », ne serait pas discriminatoire. La haine, enfin, serait à sens unique, unidirectionnelle : seule la majorité pourrait être haineuse en refusant la définition que les leaders souvent autoproclamés des minorités prétendent donner de ceux qu’ils disent représenter. Nous sommes ainsi devant un système idéologique qui fonctionne en inversant la signification des concepts qu’il revendique. Le wokisme nous fait marcher sur la tête. Au nom de l’hygiène intellectuelle, on pourrait poursuivre longtemps cet exercice d’analyse du vocabulaire wokiste.

Au cœur du wokisme, on l’aura compris, le mâle blanc incarne le mal absolu. Il radicalise le politiquement correct, en passant de la critique du Dead White Male au mâle blanc vivant, qui devrait, pour entreprendre sa rééducation, s’engager dans une démarche d’autocritique permanente, qui prendra la forme d’une expiation sans rédemption, car les pathologies constitutives de son identité seraient à ce point inscrites dans les processus de socialisation le définissant qu’il ne pourra jamais s’y arracher complètement. Mais en se dénonçant, en critiquant ses privilèges, en faisant tout pour devenir l’allié des « minorités », il enverra au moins le signal pénitentiel attendu. C’est seulement ainsi, à terme, qu’il retrouvera son humanité, ou du moins, qu’il pourra y tendre. Il pourra d’ailleurs remercier les personnes issues des minorités de lui permettre de cheminer vers son « déblanchiment ».

La vague woke semble tout emporter sur son passage. Il est pourtant nécessaire d’y résister vivement. On n’y parviendra qu’en arrivant à décrypter sa stratégie de manipulation du vocabulaire, qui nous fait basculer dans un monde parallèle, un monde rempli de définitions alternatives, qui sectionne le rapport au réel, et nous oblige à évoluer sous l’autorité d’idéologues accusateurs jugeant que ceux qui leur résistent méritent le bannissement social — on ne parle pas sans raison de cancel culture [culture du bâillon]. Mais cela implique aussi de ne pas se contenter d’opposer au wokisme une seule référence au sens commun. Devant une poussée idéologique violente, qui exerce une forme d’envoûtement sur les nouvelles générations, ne connaissant souvent pas d’autre langage que le sien, et qui sont intégralement socialisées par les réseaux sociaux, où le wokisme est dominant, il est nécessaire de retrouver les principes fondamentaux sur lesquels s’appuie la civilisation qu’il veut anéantir.



Ceci est une société inclusive




Il faut sauver le cours d’histoire occidentale

Sur la recommandation de ses fonctionnaires, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, s’apprête à abolir le cours d’initiation à l’histoire de la civilisation occidentale, cours actuellement obligatoire dans le programme de Sciences humaines.

Ainsi, à partir de 2023, la majorité des étudiants du programme ne seront plus initiés aux savoirs antiques et médiévaux. Terminé, donc, l’examen des contextes historiques qui ont donné naissance à la démocratie athénienne, à la pensée rationnelle, à la République romaine, au christianisme, à l’islam et à la féodalité. Le cours sera remplacé par un cours sur l’histoire du monde depuis le XVe siècle. La réaction de Mathieu Bock-Coté qui a raison d'inscrire ce mouvement d'effacement de la tradition occidentale dans un mouvement...occidental.

Faut-il continuer d’enseigner l’histoire occidentale aux étudiants inscrits en sciences humaines au cégep ?

Faut-il les mettre en contact avec les fondements de notre civilisation, qu’il s’agisse de la Grèce antique, de Rome ou du Moyen-âge ?

Ou faut-il en finir avec l’histoire occidentale pour se recentrer sur une histoire des siècles récents à l’échelle mondiale ?

Héritage 

Cette question, les autorités publiques responsables de l’éducation se la sont posée, et y ont tristement répondu, en sacrifiant l’histoire occidentale au collégial.

Officiellement, il s’agit d’un choix pédagogique pour raviver l’intérêt des jeunes pour l’histoire.

Dans les faits, on y verra un reniement de l’histoire occidentale, que plusieurs vont même jusqu’à juger discriminatoire, dans un monde qui n’en a plus que pour la « diversité ».

Ce sacrifice n’est pas exclusivement québécois : cette tendance est visible des deux côtés de l’Atlantique.

L’homme occidental se croit obligé de faire pénitence en multipliant les signes de contrition. Ultimement, c’est en sacrifiant jusqu’à la mémoire de ses origines qu’il passera enfin le test de la rédemption diversitaire.

L’homme occidental ne connaîtra de son passé désormais que la caricature qu’en font des idéologues hargneux qui ne veulent y voir que racisme, sexisme et esclavagisme.

On connaît déjà les effets de cet auto-dénigrement rituel sur notre vie publique : les jeunes générations sont élevées dans un environnement mental toxique les poussant à la haine de soi et les amenant à s’excuser sans cesse d’être ce qu’ils sont.

Connaissance

Mais la connaissance au sens le plus élémentaire du terme est sacrifiée aussi.

Comment comprendre l’histoire de la philosophie, de la démocratie, de la science, ou simplement celle de notre conception de l’être humain si nous nous coupons des sources de notre civilisation, de ses textes fondateurs ?

Danielle McCann devrait rappeler à l’ordre son ministère et sauver le cours d’histoire de la civilisation occidentale. Elle devrait en faire une affaire personnelle.


Instauration du couvre-feu pour les moins de 15 ans à Québec, le 17 mars 1944

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 17 mars 1944, les autorités de la Ville de Québec adoptaient le règlement 537 imposant un couvre-feu pour tous les enfants de moins de 15 ans. Il est à noter que la guerre n'était pas en cause.

On voulait simplement protéger ces enfants de la perdition. Ainsi, ils ne devaient pas se trouver en dehors du foyer familial entre 21h et 5h l'hiver (du 1er novembre au 31 mars) et entre 22h et 5h en été (du 1er avril au 31 octobre). Ce règlement avait entrainé un long débat, plusieurs échevins craignant qu'on ne transforme la ville en prison...

Même les pères de Saint-Vincent-de-Paul s'opposaient à ce règlement disant que leur Patro faisait un bon travail pour s'occuper des jeunes. Les parents des délinquants se voyaient imposer une amende de 2$ ou de deux jours d'emprisonnement et, pour toutes récidives, une amende de 5$ ou une journée d'emprisonnement. À chaque soir, 21 sirènes disséminées dans la ville sonnaient donc le couvre-feu. Il a fini par être aboli, mais les plus vieux se souviendront que jusqu'à la fin des années 1960, on entendait encore ces sirènes crier à tous les soirs.

Article du Soleil du 18 mars 1944


lundi 15 mars 2021

Google et Bing : Couple blanc et inventeur blanc

Saisissez « couple blanc » ou « inventeur blanc » dans la recherche Google. Regardez les photos.

Étrangement, il y a beaucoup de gens qui ne répondent pas à la requête... Cette incohérence n'apparaît pas si l'on cherche « couple noir » ou « inventeur noir ».


Bing ne fait pas mieux que Google, voici ses images pour les « couples blancs »...

Bizarrement, cherchez « criminel blanc » et là l'algorithme ne produit pas ces résultats panachés...

 
 
La recherche de Bing et de Google ne semble pas très au point...

Les ides de mars, le 15 mars en 44 av. J.-C.


Sur l’île de Montréal, chaque étudiant qui étudie en anglais reçoit 56 % de plus de fonds d’immobilisation que celui qui étudie en français

Selon Frédéric Lacroix :

Au Québec, les universités anglophones bénéficient d’un net avantage (d’un facteur quatre en proportion au poids démographique) pour ce qui est des fonds d’immobilisation investis par le gouvernement du Québec. Sur l’île de Montréal, un étudiant « pondéré » qui étudie en anglais bénéficie de 56 % de plus de fonds d’immobilisation qu’un étudiant qui étudie en français.

Un tel écart laisse songeur : pour reprendre une terminologie à la mode, serions-nous en présence d’une discrimination « systémique » envers les universités de langue française au Québec ? Les juristes qui traitent de discrimination concluent à l’existence d’une telle chose dès lors que des effets indirects, même involontaires, entraînent une différence de traitement constante et incapacitante sur la base d’une distinction comme la langue. Ce qui semble bien être le cas ici.

Cette iniquité de répartition des fonds s’ajoute aux iniquités d’attribution des fonds de recherche qui favorisent aussi les universités anglophones ainsi qu’à la politique de déréglementation des droits de scolarité pour les étudiants internationaux, qui bénéficie presque exclusivement aux universités anglaises. Celles-ci récoltaient 65 % des fonds versés par les étudiants internationaux en 2018-2019, soit 68,6 millions pour Concordia et 89 millions pour McGill comparativement à seulement 13 millions pour l’UdeM.

McGill, l’aristocrate de notre réseau universitaire, récolte la somme la plus importante en investissements d’immobilisation de tout le réseau, et ce, depuis au moins vingt ans (les données antérieures n’étant pas accessibles). McGill récolte 68,6 % plus d’argent par EETP pondéré que sa plus proche concurrente l’UdeM.

 

 Immobilisations par EETP pondéré en milliers de dollars (k$) pour 2019-2020 selon l’institution pour l’île de Montréal.

 

Voilà le contexte dans lequel il faut analyser le don que le gouvernement du Québec s’apprête à faire de l’ancien hôpital Royal Victoria à McGill, un projet gargantuesque qui augmentera de façon très importante la surface et les EETP reconnus à McGill (ce qui augmentera ensuite de façon permanente les investissements en immobilisation pour McGill, la propulsant encore plus haut dans le classement). Le gouvernement du Québec s’apprête à consolider la position dominante de l’université la plus riche au Québec.

Rappelons que McGill dispose annuellement de revenus de quelque 1,44 milliard de dollars (dont 236 millions provenant d’Ottawa et 365 millions provenant de droits de scolarité), possède 1,7 milliard de dollars dans sa fondation, et des biens évalués à 4,9 milliards de dollars. Alors que l’Université du Québec dépend à 90 % des fonds versés par le gouvernement et les étudiants du Québec, moins de la moitié du budget de McGill est dépendant de ces deux sources de revenus. McGill est un véritable empire financier.

McGill est également un important propriétaire foncier ; elle dispose de 730 000 mètres carrés d’espaces dont 613 000 mètres carrés reconnus par le MÉES. Même si McGill n’accueille pas le plus important effectif étudiant, elle est l’université possédant le plus vaste campus au Québec. Notons que l’UdeM a 598 000 mètres carrés d’espace reconnu et 122 263 EETP pondérés (4,9 m²/EETP) tandis que McGill a 87 809 EETP pondérés et 613 000 mètres carrés (7 m²/EETP). Que ce soit sous l’angle de l’argent investi par EETP ou sous celui de la surface par EETP, on peut constater que McGill surclasse toutes les autres. Mais cela ne suffit pas encore. Le plan de développement immobilier de McGill, le « Master Plan » qui prévoit les développements immobiliers futurs, est un document comptant… 182 pages ! On notera qu’à la page 95 de ce document, l’ancien hôpital Royal Victoria apparaît d’ores et déjà comme un des campus de McGill (le « Upper Campus East ») alors même que le transfert de cette institution publique à McGill n’est pas encore réalisé.

 

Immobilisations par EETP pondéré en milliers de dollars (k$) pour 2019-2020 selon la langue d’enseignement pour l’île de Montréal.

 

Malgré l’existence de méthodes objectives de normalisation de l’attribution des subventions d’immobilisation par Québec, il semble que la politique de financement des universités actuelle favorise de façon importante les universités anglophones en général et McGill en particulier dans l’attribution de subventions d’immobilisations au Québec.

Il faut noter dans le « Document d’information sur le financement universitaire » produit par l’Université du Québec, il est indiqué que « le fondement de la grille [de pondération des EETP] est partiellement arbitraire étant donné les choix effectués pour la construire ». On ne saurait mieux dire. La grille de pondération semble avoir été construite en intégrant comme base, sans chercher à le corriger, le surfinancement historique de l’université McGill, chose déjà relevée par l’historien Michel Brunet en 1963. Surfinancement qui se perpétue aujourd’hui.

Dans le cas de Concordia et de McGill, ces universités jouissent d’une situation géographique avantageuse, car elles desservent une clientèle urbaine, peu dispersée sur le territoire. Elles sont à même de concentrer leur développement au centre-ville de Montréal où elles possèdent des actifs immobiliers de grande valeur. En surfinançant leur enveloppe d’immobilisations, Québec amplifie leur avantage urbain.

L’étudiant est au cœur de la mission éducative des universités et devrait aussi être au cœur de la politique de financement. Cette politique de financement devrait viser à assurer, autant que faire se peut, des conditions d’études comparables partout sur le territoire québécois afin de donner à chaque étudiant une véritable égalité des chances. Il semble que la complexité et l’opacité de la formule de financement des universités aient fait perdre de vue cet objectif fondamental au MÉES (et aussi au gouvernement du Québec).

Les étudiants qui choisissent de s’inscrire dans une université anglaise au Québec sont favorisés ; ils disposent de plus de fonds d’immobilisation que les autres étudiants. L’on savait déjà que cela était le cas pour le financement provenant du gouvernement fédéral, qui favorise de façon odieuse les universités anglophones. Il est assez surprenant, par contre, que cela soit également le fait du gouvernement du Québec.


Californie — Nouveau programme scolaire recommande de chanter un « mantra d'unité » et autres incantations

Cette semaine, le ministère de l’Éducation de Californie votera sur un nouveau programme d’études ethniques à l’échelle de l’État qui prône la « décolonisation » de la société américaine et élève le symbolisme religieux aztèque — le tout au service d’une idéologie politique de gauche.

Le nouveau programme, appelé Modèle de Programme pour les études ethniques (Ethnic Studies Model Curriculum), vise à étendre une idéologie revendicatrice à l’ensemble du système d’enseignement primaire et secondaire de l’État, qui comprend 10 000 écoles publiques desservant un total de 6 millions d’élèves.

R. Tolteka Cuauhtin, le premier coprésident du programme d’études d’études ethniques, a développé une grande partie du matériel concernant les débuts de l’histoire américaine. Dans son livre Rethinking Ethnic Studies, Cuauhtin soutient que les États-Unis ont été fondés sur un « eurocentrique, suprémaciste blanc (raciste, anti-Noir, anti-indigène), capitaliste (classiste), patriarcal (sexiste et misogyne), hétéropatriarcal (homophobe) et anthropocentrique apporté d’Europe. »

La solution, selon Cuauhtin et le programme d’études ethniques, est de « nommer, parler, résister et transformer la condition néocoloniale eurocentrique hégémonique » dans une posture de « résistance transformationnelle ». Le but ultime est de « décoloniser » la société américaine et d’établir un nouveau régime de « contre-génocide » et de « contre-hégémonie », qui déplacera la culture chrétienne blanche et conduira à la « régénération de la futurité [sic : futurity en anglais, c’est tout aussi jargonneux] épistémique et culturelle indigène ». 

Mantra communautaire des études ethniques

Ce concept religieux s’incarne dans le « mantra communautaire des études ethniques » officiel du programme d’études. 

 

(Si Se Puede) Si Se Puede (x2) Oui, on le peut (espagnol)
Harambe UmojaSynergie, unité (souahéli)
Kemaktzin MochihuaOui, on peut y arriver (nahuatl)
Isaaaaaaaaaang BagsakUne lutte de faite,
beaucoup plus à venir (tagalog)
(Holla Back) We Got Your Back (x2) Nous vous soutenons (afro-américain)
(Amaaandla), AwethuÀ nous le pouvoir,
le pouvoir au peuple (zoulou/xhosa)
(Panche Bé), Panche BéLa racine de la vérité
(maya)
(In Lak Ech), In Lak Ech ! Tu es mon autre moi
(maya)
Tu eres mi otro yo,
You are my other me
Tu es mon autre moi (espagnol)
Tu es mon autre moi (anglais)
Si te hago daño a mi mismo,
I do harm to myself,
Si je te fais du mal à moi-même (espagnol)
Je me fais du mal (anglais)
Si te amo y respeto,
If I love and respect you,
Si je t’aime et te respecte (espagnol)
Si je t’aime et te respecte (anglais)
Me amo y respeto yo,
I love and respect myself.
In Lak Ech!
Je m’aime et me respecte (espagnol)
Je m’aime et me respecte (anglais)
Tu es mon autre moi (maya)
 

Chants, mantras et affirmations autochtones

Le programme recommande que les enseignants conduisent leurs élèves dans une série de chants, mantras et affirmations autochtones, y compris « l’affirmation In Lak Ech », qui fait appel directement aux dieux aztèques. Les élèves applaudissent et chantent d’abord le dieu Tezkatlipoka — que les Aztèques adoraient traditionnellement avec des sacrifices humains et du cannibalisme — lui demandant le pouvoir d’être des « guerriers » pour la « justice sociale ». Ensuite, les étudiants chantent aux dieux Quetzalcoatl, Huitzilopochtli et Xipe Totek, cherchant « des épistémologies de guérison » et « un esprit révolutionnaire ». Huitzilopochtli, en particulier, est la divinité aztèque de la guerre et a inspiré des centaines de milliers de sacrifices humains pendant le règne aztèque. Enfin, le chant atteint son paroxysme avec une demande de « libération, transformation [et] décolonisation », après quoi les élèves crient « Panche beh! Panche beh ! à la poursuite de la “conscience critique” ultime. »

In Lak Ech

Comme l’indique le matériel didactique, cette incantation « s’inspire de l’In Lak Ech (amour, unité, respect mutuel) et de Panche Bé (à la recherche des racines de la vérité) tel qu’élaboré par Roberto Cintli Rodriguez dans Notre Maïs sacré est notre Mère : Indigéneité et Appartenance dans les Amériques. Cependant, ce chant va un peu plus loin dans le Nahui Ollin (Quatre mouvements), tel qu’enseigné par Tupac Enrique Acosta de Tonatierra, et intégré par le professeur d’ELA Curtis Acosta anciennement du Département d’études mexicaines américaines de Tucson Unified School District) ».

Début et fin de l’incantation (nous avons traduit l’anglais en français et laissé l’espagnol)

Tú eres mi otro yo.
Tu es mon autre moi.
Si te hago daño a ti,
Si je te fais du mal,
Me hago daño a mi mismo.
Je me fais du mal.
Si te amo y respeto,
Si je t’aime et te respecte,
Me amo y respeto yo.
Je m’aime et me respecte.
In lak ech, (ressentez de l’empathie)
Panche bé, panche bé panche bé (pensez de manière critique)
Recherche des racines de la vérité, recherche de la vérité sur les racines,
les anciens et nous, les jeunes, (les jeunes), la pensée critique par :
Tezkatlipoka, Tezkatlipoka (bis)

[...]
la création pulsante huitzilopochtli
cause comme la lumière du soleil, la lumière à l’intérieur de nous,
dans la volonté d’agir ce qui apporte…
Xipe Totek, Xipe Totek, (bis)
transformation, libération, éducation, émancipation.
Revitalisation de l’imagination, libération, transformation,
Décolonisation, libération, éducation, émancipation,
changer notre situation dans cette transformation humaine,
la source de force qui nous permet de nous transformer et de nous renouveler.
Nous devons avoir la force de rejeter des opinions naïves ou auto-sabotantes,
ce qui peut nous empêcher de nous retenir plus
que nous ne l’avons jamais imaginé,
formidable quand nous embrassons une conscience créative
nouvelle et améliorée, critique et compatissante
Nous sommes ici pour transformer le monde
dans lequel nous tournons et tournons en spirale,
Rendre grâce tous les jours, Tlazokamati,
Remercier quotidiennement, Tlazokamati,
Guérissant et transformant alors que nous évoluons dans cet univers,
cet univers, de
Hunab Ku, Hunab Ku, (Bis)
Nahui Ollin Lak Ech — Panche Beh,
Études ethniques pour tous,
représentez !!

Un modèle de programme, pour l’instant, à imposer et bonifier pour le L. A. Times

Pour l’instant, le programme est un modèle. Comme le fait remarquer l’éditorialiste du Los Angeles Times, Karin Kleine, le 9 mars : « les districts scolaires seront libres de choisir ce qu’ils veulent dans le programme. » Karin Kleine préconise moins de souplesse : « Après tout, l’État va probablement exiger un semestre d’études ethniques au lycée. […] Plus que tout, j’aimerais qu’il y ait des directives plus définitives pour les écoles. Nous établissons des normes pour la plupart des programmes dans cet état. La souplesse est une bonne chose, mais si nous voulons obliger les étudiants à étudier l’une des questions les plus importantes de leur temps, ne devrait-il pas y avoir certaines normes minimales pour ce qu’ils doivent apprendre ? »

Pour l’éditorialiste, le programme a encore des défauts : « Même en se concentrant, comme il se doit, sur les quatre groupes qui sont historiquement le sujet des études ethniques — Noirs, Latino, Asiatiques et Amérindiens — le programme est mince sur trop de sujets clés ». Si dans cette troisième et finale mouture du programme, « le racisme systémique est maintenant mentionné à quelques reprises, le modèle n’examine pas ce sujet en particulier ni en profondeur. De même, il n’y a plus qu’un murmure sur le privilège des blancs. Alors que ces questions sont aujourd’hui à la base des relations raciales, certains groupes étant privés de nombreux avantages qui permettent aux Blancs d’accéder plus facilement à de bons éducateurs et à de bonnes carrières. »

dimanche 14 mars 2021

Histoire du Canada français — L'hégémonie conservatrice (1867-1896)


Sondage toujours en baisse pour Erin O'Toole après son recentrage et l'élimination de Derek Sloan

À une semaine du congrès du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole ne parvient pas à décoller malgré — où est-ce à cause ? — de son recentrage et de l’élimination d’éléments conservateurs sociaux du Parti conservateur.

Le taux d’approbation d’Erin O’Toole est le plus bas parmi les chefs fédéraux nationaux. Des sondages diffusés au cours des dernières semaines indiquent que les appuis au Parti conservateur du Canada (PCC) stagnent et que les taux d’approbation du chef de l’opposition officielle diminuent depuis janvier. Or, selon les plus récentes projections fédérales Qc125, si des élections avaient lieu cette semaine, le Parti libéral du Canada (PLC) serait le grand favori pour remporter la victoire — et peut-être même rafler une majorité de justesse à la Chambre des communes.

La semaine dernière, la maison Abacus Data a publié ses plus récents chiffres nationaux, qui incluaient les taux d’approbation des chefs fédéraux. À la question : « Avez-vous une impression positive ou négative des chefs fédéraux suivants ? », voici les résultats de l’échantillon complet du sondage :

Parmi les chefs de partis nationaux (donc sans le Bloc québécois), le conservateur Erin O’Toole affiche les pires résultats : 32 % des répondants affirment en avoir une mauvaise impression, contre seulement 20 % d’impression positive — pour un résultat net de –12.

Erin O’Toole est moins populaire auprès des électeurs que le parti qu’il dirige. En effet, le PCC récolterait 30 % d’intentions de vote, mais ils ne sont que 20 % à avoir une impression positive d’Erin O’Toole. Il est également mal aimé de ses propres troupes.

Contrairement aux autres chefs qui récoltent une opinion favorable dans des proportions avoisinant les 80 % auprès des électeurs de leur propre parti, seuls 62 % des électeurs conservateurs affirment avoir une bonne impression d’Erin O’Toole. De plus, seulement 10 % ou moins des électeurs des autres partis sont du même avis. Avec de tels chiffres, il pourrait être bien difficile pour O’Toole d’accroître la coalition conservatrice ou de recruter des électeurs appuyant d’autres partis.

D’autres maisons de sondage ont mesuré des tendances semblables depuis février. Selon les données de l’Institut Angus Reid, le taux net d’approbation du chef conservateur a chuté de sept points en février (–22) par rapport aux chiffres de janvier (–15). Comme pour les données d’Abacus Data, il s’agissait du score le plus bas parmi les chefs fédéraux nationaux.

Par contre, le PCC jouit d’une base électorale solide, probablement la plus fidèle au pays. En effet, parmi toutes les élections générales depuis la création du PCC, le parti n’a obtenu des suffrages sous la barre des 30 % qu’une seule fois — en 2004, lors du tout premier scrutin du parti, avec 29,6 %. 

Nous pensons que cette base est en fait souvent plus à droite (économiquement, moralement ou religieusement) que M. O’Toole. Son recentrage qui avait tellement plu à des commentateurs politiques comme M. Dumont ne semblent pas enthousiasmer ses propres troupes. Il faut dire que M. O’Toole n’adopte pas de véritables thèmes très à droite : rien sur l’immigration, la famille, l’avortement, le pouvoir aux provinces, etc. Ses dernières semaines, il a choisi de se concentrer sur un thème sans danger : critiquer la stratégie Trudeau sur les retards de livraison des vaccins.

 


L’avenir politique d’Erin O’Toole pourrait-il se jouer la semaine prochaine lors du congrès national du Parti conservateur, où des délégués de tout le pays établiront les bases de la plateforme du parti en vue de probables élections en 2021 ? Notons que cette délégation semble avoir été purgée de certains conservateurs sociaux si l’on en croit Derek Sloane qui agit toujours en coulisses après avoir été évincé du parti de façon mesquine et sous un prétexte qui n’a pu grandir M. O’Toole aux yeux des électeurs conservateurs au courant de ces manigances. Il en va sans doute différemment des électeurs progressistes du PCC (les fameux Red Tories), mais ce sont sans doute les plus volages et versatiles : ils peuvent facilement aller se réfugier dans d’autres partis centristes, notamment le Parti libéral.



Billet du 22 février

Il y a un mois, le 20 janvier, Derek Sloan avait été expulsé du Parti conservateur du Canada. Derek Sloan est un conservateur social, chrétien engagé, père de trois enfants métissés.

Mario Dumont, journaliste de Québecor, avait alors salué avec enthousiasme cette éviction : « O’Toole a l’étoffe d’un Premier ministre […] Le chef du Parti conservateur du Canada vient de poser un geste fort en montrant la porte à son député associé aux mouvances complotistes. » L’article de Mario pointait toujours vers ce prétexte ridicule d’un don de 131 $ de la part de quelqu’un qui serait un suprématiste blanc. Le don, sous un nom légèrement modifié, fut accepté par la campagne de Derek Sloan et le parti conservateur (car une partie de l’argent va au parti). Le même donateur sulfureux avait été accepté comme membre du parti sans que cela ne provoque la moindre inquiétude.

Le 20 janvier, même O’Toole n’utilisait plus le paravent du don de 131 $, mais invoqua un « manque de respect envers l’équipe conservatrice [d’O’Toole] pendant plus d’un an » pour expulser Derek Sloan.

Il ne semble pas que cette élimination d’un concurrent conservateur ait augmenté la popularité d’Erin O’Toole. En effet, le chef conservateur a vu son image se dégrader selon le sondage Angus Reid daté de 27 janvier (Federal Politics: Liberals hold lead in vote intention as unfavourable views of CPC leader intensify).

Un mois plus tard, le 22 février, alors que le taux d’approbation de Justin Trudeau tombe maintenant sous le niveau de la majorité, son principal rival politique, le Parti conservateur et chef de l’opposition, Erin O’Toole, continue également de baisser légèrement. O’Toole occupe le poste depuis moins d’un an, mais il est peu aimé des Canadiens. Son taux de favorabilité continue de baisser tandis que la proportion de ceux qui le voient défavorablement continue d’augmenter. La moitié des Canadiens disent maintenant le voir sous un jour négatif.

M. O’Toole a axé ses interventions sur des sujets éminemment centristes :  l’économie, la condamnation de la Chine et sa politique contre les Ouïghours, l’importance des ressources naturelles au Canada, l’organisation défaillante de la vaccination. Il ne parle ni de l’immigration, ni de valeurs morales, ni de l’identité occidentale du Canada, pas plus que du correctivisme politique dans les universités ou les écoles.

Recentrage qui pourrait s’avérer contreproductif

Si cette tendance devait se confirmer, il est permis de penser que le tour de passe-passe d’O’Toole qui s’est transformé en un tour de main de « vrai bleu » (vrai conservateur) en « libéral allégé » à « l’étoffe d’un Premier ministre » n’aboutira qu’à aliéner les conservateurs tout en échouant de convaincre de nouveaux électeurs.

Il faut se rappeler que les conservateurs désabusés peuvent s’abstenir de voter, voter pour le Parti populaire ou voter pour le Bloc québécois au Québec (rappelons qu’Erin O’Toole avait réussi à s’attirer de nombreuses voix du Québec en promettant davantage de pouvoirs aux provinces y compris dans le domaine de l’immigration et de la culture). Quant aux centristes déçus par Trudeau, ils n’ont pas besoin du PCC, de nombreux autres choix électoraux s’offrent à eux.

Le dernier sondage de l’Institut Angus Reid donne aux libéraux une longueur d’avance sur les conservateurs à l’échelle nationale — 34 % de soutien pour les libéraux à 31 % pour les conservateurs. Le NPD a un appui de 20 %, les Verts un soutien de 5 % et le Bloc à 7 % au niveau fédéral.

Au niveau du Québec, le BQ est très compétitif au Québec où il rallie 29 % de soutien, il talonne le PLC qui vogue à 32 % d’appui, le Parti conservateur est troisième à 18 %, talonné par le NPD à 15 %. Les Verts sont loin derrière à 4 %.