vendredi 11 décembre 2020

Québec — loi 66 adoptée, la CAQ participe à l'anglicisation rapide de Montréal

Le Premier ministre du Québec, François Legault, qui passe parfois pour un nationaliste centriste, s’est félicité hier soir du passage de la loi 66 qui soutient massivement deux établissements anglophones déjà très subventionnés de Montréal.

Pour Frédéric Lacroix, auteur de Pourquoi la loi 101 est un échec :
L’inclusion dans ce projet de loi 66 d’un agrandissement princier pour Dawson et le don royal du Royal Victoria à McGill constitue le plus gros investissement direct dans l’anglicisation de Montréal depuis la construction du McGill University Health Center il y a 20 ans. L’investissement de 3,5 milliards dans le MUHC est en train d’effacer le français dans tout le sud-ouest de Montréal (Saint-Henri, etc). Cet investissement d’au moins 750 millions dans les deux institutions postsecondaires qui sont déjà les plus riches au Québec signifie la fin du français au centre-ville de Montréal dans les 20 prochaines années (parions qu’en fin de compte, les sommes investies dépasseront allègrement le milliard de dollars). Deux projets irresponsables et incompréhensibles. Nationaliste la CAQ ? Si l’on ignore les belles paroles et que l’on compte les sous, on ne peut pas distinguer entre la CAQ et le PLQ. En fait, la CAQ fait même actuellement PIRE que le PLQ. Il s’agit d’une véritable trahison linguistique de la part de ce parti qui était censé défendre nos intérêts. Mais l’adoption du PL66 n’est pas la fin. Elle sonne le début de la mobilisation. Il s’agit maintenant de faire payer le prix politique de cette décision à la CAQ.

Étudiants radicaux contre un professeur émérite de l’Université McGill

Des étudiants radicaux de l’université anglophone montréalaise McGill demandent à l’Université de retirer le titre de « professeur émérite » à un enseignant à la retraite pour des propos qu’ils jugent inappropriés.

« Le Moyen-Orient est un endroit où faire du mal et être cruel envers les autres est perçu comme une vertu et un devoir », a écrit le professeur Philip Carl Salzman, professeur émérite à la retraite du Département d’anthropologie de McGill et spécialiste du Moyen-Orient.

Cette phrase est tirée de l’article « Le Moyen-Orient : culture tribale et États prémodernes » publié par le professeur Salzman le 17 janvier 2020 sur la plateforme du Middle East Forum, un « think tank […] qui protège les valeurs occidentales des menaces du Moyen-Orient », selon ce que l’on peut lire sur ce site.

L’extrait de l’article a été repris par huit associations étudiantes de McGill, dont deux associations musulmanes et une propalestinienne, qui lui reprochent ces propos dans une lettre ouverte. Celle-ci a été publiée le 30 novembre sur le site de l’Association étudiante de l’Université McGill (SSMU), qui signe également le document.

« Salzman condamne le multiculturalisme, l’immigration, la parité des genres, l’égalité culturelle, la justice sociale et le mouvement Black Lives Matter, en plus de nier l’existence de la culture du viol et du racisme systémique », écrivent les étudiants, mettant en référence d’autres publications du professeur.

Les étudiants demandent le retrait de son statut de professeur émérite, qui lui donne, selon eux, de la crédibilité. Ils accusent du même coup l’Université de privilégier la liberté universitaire [comprendre ne pas censurer] au détriment « du droit des personnes musulmanes et des personnes racisées de se sentir en sécurité », affirment-ils.

« McGill maintient des structures qui protègent et légitimisent des dialogues racistes et islamophobes », écrivent-ils. Ils réclament également une révision de la Déclaration de la liberté académique de McGill, « transparente et centrée sur les besoins des étudiants ».

L’Université a répondu au Devoir par courriel sans préciser si elle entendait répondre aux requêtes des étudiants. « Si les universités protègent fermement la liberté universitaire pour des raisons importantes, aucun droit ou liberté n’est illimité. Les limites de la liberté universitaire à McGill sont fixées par les règlements et les politiques qui ont été élaborées, débattus et acceptés par nos organismes de gouvernance collectifs », écrit la responsable des communications, Cynthia Lee.

Présentation partiale des étudiants radicaux contestée

En entrevue au Devoir, le professeur Philip Carl Salzman ne nie pas avoir écrit ces propos, mais il affirme qu’il ne les formulerait pas tels que présentés par les étudiants. « Je ne “condamne pas la parité des genres”, je rapporte des différences scientifiques entre les hommes et les femmes autour du monde, dit-il. La question de la parité n’est pas évoquée, mais si elle l’était, je ne suis certainement pas contre. Je ne condamne pas non plus l’immigration, uniquement l’immigration illégale. Quant au multiculturalisme, j’appuie les positions officielles du Québec. Et ainsi de suite. »

Il se qualifie comme un « libéral classique », affirmant croire aux individus plutôt qu’aux catégories de personnes. « Bien sûr, je trouve cela irritant de me faire qualifier de raciste par des étudiants », ajoute-t-il.

Selon lui, si les étudiants ne sont pas d’accord avec ses propos, ils n’ont qu’à en faire la démonstration comme des universitaires, soit en avançant des arguments et en présentant des faits.

Bien qu’il soit en désaccord avec l’idée même d’être censuré par des étudiants, il estime que ces derniers ne font que reproduire ce qu’on leur a appris. « Je ne suis pas au centre de l’histoire ici, je suis plutôt un personnage secondaire, affirme-t-il. Ce qui est vraiment important, c’est la façon dont les étudiants pensent, ce qu’ils veulent accomplir et la façon dont ils souhaitent que l’université fonctionne. Je crois qu’ils sont sur la mauvaise voie, mais ils n’ont rien inventé. Ils l’ont appris par des professeurs radicaux. Ils répètent ce qu’on leur a appris, ils croient en des concepts qu’ils ont appris dans les livres qu’on leur a fait lire. Il faut regarder du côté des professeurs radicaux et extrémistes. Ils sont nombreux, et pas seulement à McGill, mais dans toutes les universités de l’Amérique du Nord. »

Le professeur poursuit sa réflexion en disant qu’il n’y a pas une semaine où un enseignant ne se fait pas accuser d’avoir tenu des propos vexatoires par des étudiants. « C’est un mouvement pour faire taire les opinions avec lesquelles ils ne sont pas d’accord, dit le professeur. Je me demande, lance-t-il avec une pointe d’ironie dans la voix : est-ce que les étudiants recommandent qu’on annule leur diplôme ou leurs crédits si on n’aime pas ce qu’ils disent et ce qu’ils écrivent ? Est-ce que ça fait partie de leurs recommandations également ? »

Le professeur fait une comparaison avec l’Union soviétique et la Chine communiste. « Je ne crois pas que l’on doive aller dans cette direction », affirme-t-il.

« Promotion de la discrimination »

Mais il ne s’agit pas de censure, affirme Ayo Ogunremy, vice-président de l’Association étudiante de McGill, en entrevue au Devoir. « Nous ne suggérons pas de censurer ses propos, nous demandons à notre université de reconnaître la nature blessante de ses propos et le fait que ceux-ci ne sont pas à la hauteur des standards universitaires », raisons pour lesquelles l’Association lui demande de retirer au professeur Salzman son titre honorifique. [Il s’agit bien évidemment de faire condamner ces propos afin d’ôter de la crédibilité au professeur, ne plus l’inviter, etc. Bref, en pratique le censurer.]

Est-ce que ce sont bien des propos qui ne sont pas à la hauteur des standards de l’université ou est-ce que ce sont des propos qui leur déplaisent ? M. Ogunremy hésite au bout du fil. « Les deux sont en jeu puisque nous tentons d’amener notre université à répondre à ce problème. Mais oui, c’est à propos de quelque chose avec lequel nous ne sommes pas d’accord, et nous croyons qu’il est légitime de prendre des actions par rapport à certaines choses […] notamment lorsqu’il est question de faire la promotion de la discrimination. »

Quant à savoir si les étudiants devraient également perdre leurs crédits s’ils écrivent des propos qui déplaisent, M. Ogunremy estime que c’est déjà en partie le cas, puisque s’ils soutiennent des propos qui ne sont pas à la hauteur des attentes dans leurs travaux, ils vont échouer. « Si un étudiant avait écrit ce que ce professeur a écrit, il aurait sûrement échoué à son cours », estime-t-il.

Titre honorifique

Philippe Carl Salzman ne semble pas trop s’émouvoir à l’idée qu’on puisse lui retirer son titre de professeur émérite. « C’est un petit titre honorifique, répond-il. Il n’y a aucun privilège qui y est associé. Je ne suis pas payé pour ça. Je suis retraité, alors je n’ai plus grand-chose à perdre, une des raisons pour lesquelles je peux écrire ce qui me plaît. »

Pourtant, avoue-t-il, ça lui ferait un petit pincement au cœur de perdre son titre : pas tant pour lui que pour le message que ça envoie. « Ce serait très triste pour l’Université de faire quelque chose d’aussi inapproprié. Je serais triste davantage pour l’Université que pour moi-même. Car que je signe mes articles avec le titre de professeur émérite d’anthropologie ou avec celui de professeur émérite annulé d’anthropologie, ça ne fait pas une très grande différence ! »


jeudi 10 décembre 2020

La population italienne passe sous les 60 millions, la gestion de la pandémie aggrave ce déclin

Billet originel du 1er décembre

En perdant 700 000 résidents au cours des cinq dernières années, l’Italie est passée sous la barre des 60 millions d’habitants.

La pandémie a rendu la situation démographique italienne encore plus difficile, car la crise économique affecte désormais la propension des Italiens à construire une famille, dans un pays où le taux de fécondité est de 1,3 enfant par femme et où le chômage des jeunes est parmi les plus élevés d’Europe.

EN AOÛT 2020, la population italienne est descendue au-dessous des 60 millions d’habitants pour la première fois depuis 2013. En cause, la hausse de la mortalité due à la pandémie et la baisse de la natalité. Cette barre symbolique était, en réalité, très prévisible dans un pays qui affiche un solde naturel négatif depuis 1993, et où l’immigration ne compense plus l’émigration et le manque de naissances.

La classe politique n’a jamais réellement affronté le problème, alors que la dépopulation affiche pourtant un rythme préoccupant : l’Italie a perdu environ 700 000 habitants au cours des cinq dernières années, et les décès records dus au coronavirus ont accéléré cette courbe.

La pandémie a rendu la situation encore plus difficile, car la crise économique affecte désormais la propension des Italiens à construire une famille. Une étude, conduite par Ipsos et l’Institut Toniolo, a demandé à un échantillon de jeunes Européens si leur projet d’avoir un enfant avait été modifié par l’épidémie : 36 % des personnes interrogées de nationalité italienne ont répondu avoir complètement abandonné cette idée, tandis que 37,9 % ont dit l’avoir seulement décalée. Des chiffres très différents de ceux des jeunes Français : 50 % de ces derniers ont déclaré décaler leur projet, mais seulement 14 % disent y avoir renoncé, tandis que 32 % n’ont pas changé d’avis — contre 25 % en Italie. En Italie, ces comportements devraient avoir un impact sur les naissances en 2020, mais aussi en 2021.

« Approche systémique ». Selon Francesca Puppi, chercheuse à l’université Catholique de Milan et coautrice de l’étude, il est indéniable que la crise aura des conséquences démographiques. Mais ils pourraient être atténués, sur le long terme, par la mise en place de politiques ciblées : « L’Allemagne était dans une situation comparable à celle de l’Italie. Mais, à partir du 2012, le gouvernement fédéral a affronté le problème. Aujourd’hui Berlin affiche un taux de fécondité de 1,6 enfant par femme, contre 1,3 pour l’Italie. Ce résultat est encourageant », explique la chercheuse, qui souligne que le gouvernement italien à tendance à ne regarder le problème qu’au travers de l’aide financière aux familles.

Ce point est important, mais insuffisant pour affronter l’hiver démographique du pays, insiste l’universitaire : « Inverser la courbe est possible, mais il faut une approche systémique. D’abord, on devrait donner un horizon aux plus jeunes, il ne suffit pas de prendre des mesures pour un ou deux ans, mais il s’agit de définir un avenir à moyen terme pour les encourager à faire des enfants. Ensuite, l’activité des femmes doit augmenter. En Italie, elle est trop faible, et cela a un impact sur le budget des familles. Enfin, il faut intervenir sur les services à l’enfance, notamment les crèches, et aider financièrement les couples via des allocations familiales. Les “trois jambes” doivent fonctionner ensemble, et il faut de la patience. »

Selon l’association Svimez, « en 2065 la population en âge de travailler aura baissé de 15 % dans le nord et de 40 % dans le sud »

Emploi des jeunes. Le gouvernement a commencé à intervenir sur le dernier point, en prévoyant à partir de juillet 2021, la distribution d’un chèque mensuel pour chaque enfant. La mesure devrait coûter environ 3 milliards par an et devra être approuvée par le Parlement. Concernant les crèches, le pays reste très en retard : selon l’OCDE, l’Italie consacre une part très résiduelle de son PIB (0,09 %) à ces infrastructures, tandis que la Suède (1,1 %), la France (0,63 %) et la Finlande (0,59 %) ont choisi d’y investir, avec des résultats très positifs en termes de natalité. L’Italie affiche également beaucoup de difficultés sur l’emploi des jeunes. Dans cette catégorie, le chômage est parmi les plus élevés en Europe — 29,7 % chez les 15-24 ans et 15,4 % chez les 25-34 ans. Le taux d’activité des femmes reste, lui, très bas : 56 % contre 75 % pour les hommes.

Conséquences de ces chiffres, les plus instruits partent à l’étranger. Depuis 2006, le nombre d’Italiens résidant en dehors de la péninsule a ainsi augmenté de 70 %, passant de 3,1 millions à 5,3 millions. Une hémorragie qui débouche sur trois problèmes : une baisse du nombre d’habitants, une diminution potentielle du nombre d’enfants, et une perte de capital humain bien formé. Selon l’association Svimez, qui étudie les problèmes de compétitivité économiques et industriels du sud de l’Italie, « en 2065 la population en âge de travailler aura baissé de 15 % dans le nord (-3,9 millions de personnes) et de 40 % dans le sud (-5,2 millions) ».

Source : L'Opinion

Répartition des projets de vie parmi les jeunes au début 2020

Vivre seul     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé20,030,631,719,425,1
Reporté45,646,455,351,550,7
Abandonné34,423,013,029,124,2

100,0100,0100,0100,0100,0

Vivre seul     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé23,136,841,426,430,6
Reporté43,450,543,852,651,4
Abandonné33,512,714,821,018,0

100,0100,0100,0100,0100,0

Se marier     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé16,629,018,020,424,9
Reporté43,053,758,957,150,8
Abandonné40,417,323,122,524,3

100,0100,0100,0100,0100,0

Avoir un enfant     Italie     Allemagne     France     Espagne     Royaume-Uni
Confirmé25,630,732,021,223,0
Reporté37,955,150,749,657,8
Abandonné36,514,217,329,219,2

100,0100,0100,0100,0100,0

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Italie — Nouveau nadir démographique

Profs américains s'opposent à l'ouverture des écoles malgré les leçons européennes

Les salles de classe à Washington se remplissent à nouveau d’enfants — sauf qu’il n’y a pas d’enseignants. Dans le cadre de cet arrangement inhabituel, les élèves sont surveillés par du personnel non enseignant et non syndiqué et doivent apprendre avec leurs tablettes iPad à leur pupitre.

Peu de gens s’entendent sur qui rejeter la faute. Randi Weingarten, président de l’American Federation of Teachers, le syndicat national du personnel enseignant, affirme que le gouvernement de la ville de Washington est responsable, insistant sur le fait que le personnel reviendrait pour autant que ce retour se fasse sur une base volontaire.

« C’est la pagaille à Washington », de déclarer Mme Weingarten. « Mais cela ne devrait pas être ainsi — c’est très frustrant. »

L’impasse est symptomatique d’une réticence plus générale aux États-Unis (plus particulièrement dans les États démocrates) à rouvrir les écoles. Cet automne, les écoles ont rouvert dans la majeure partie de l’Europe. De nombreux gouvernements l’ont fait au départ principalement pour aider les parents à retourner au travail et pour stimuler leur économie. Ils s’inquiètent également du retard du niveau de scolarité, en particulier pour les élèves plus jeunes. Cette décision est étayée par un nombre croissant de preuves suggérant que les enfants sont moins susceptibles de propager la maladie et que la réouverture des écoles a eu peu d’impact sur la propagation de l’épidémie.

Dès ke début de l’été, des études indiquaient le peu de risque à garder ouvertes les écoles pour les moins de 15 ans. La Suède n’avait jamais fermé ni ses garderies ni ses écoles primaires ou secondaires (jusqu’à 15 ans) pendant la pandémie. Elle ne déplorait en juillet aucun décès dû à la Covid-19 chez 1,8 million d’enfants âgés de 1 à 15 ans. En outre, les enseignants n’avaient aucun excès de risque par rapport aux autres professions, leur mortalité était même inférieure (voir entretien avec Anders Tegnell du 23 juillet). La Suisse a commencé à rouvrir les écoles le 11 mai. À la fin juillet, une seule personne de moins de 30 ans était décédée du virus en Suisse.

Le redémarrage des écoles en Norvège et au Danemark, qui ont franchi le pas plus tôt que la plupart des pays, ne semble pas avoir entraîné une nouvelle poussée de Covid-19. Depuis, le reste de l’Europe a emboîté le pas de la Suède et de ses voisins scandinaves. Au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Espagne et dans la majeure partie du continent, la réouverture n’a pas eu d’impact notable sur la pandémie.


En Angleterre, par exemple, des éclosions se sont produites dans seulement 4 % des écoles primaires après leur ouverture, mais dans 22 % des écoles secondaires, selon les données des autorités sanitaires. D’autres données scientifiques provenant d’autres régions du monde montrent que plus les enfants sont jeunes, moins ils sont susceptibles de propager le virus. C’est pourquoi de plus en plus de pays ont adopté le modèle suédois.

Sur 94 pays qui ont rouvert leurs écoles à l’automne, 88 ont évité de nouvelles fermetures nationales. Selon Insights for Education, un centre de réflexion sur l’éducation ce serait dû aux mesures de santé renforcées telles que le port obligatoire de masques dans les locaux scolaires et la distanciation sociale dans les salles de classe.

Israël a été une exception notable : les cas ont plus que doublé dans les 50 jours qui ont suivi la réouverture des écoles à la fin du mois de mai, de nombreux cas étant liés à des enfants âgés de 10 à 19 ans. Français. Les scientifiques peinent à expliquer pourquoi, certains pensent que les températures caniculaires ont poussé les étudiants et les enseignants à abandonner leurs masques.

Aux États-Unis, des États dirigés par les républicains, notamment le Dakota du Nord, ont rouvert leurs écoles après les vacances d’été, souvent avec l’encouragement de l’administration Trump. Quatre mois plus tard, les responsables locaux sont surpris de voir que la pandémie a peu touché les salles de classe, alors même que les infections se propageaient rapidement dans la population plus âgée.

« Nous n’avons pas eu d’absences massives en raison d’étudiants infectés et obligés de rentrer chez eux », a déclaré Terry Brenner, directeur des écoles publiques de Grand Forks, dans le Dakota du Nord.

Terry Brenner estime que 15 % des élèves ont été infectés ou sont entrés en contact avec un autre élève infecté. Mais, conseillés par le service de santé local, la plupart des élèves exposés et qui n’avaient pas développé de symptômes ont pu continuer à suivre des cours, en portant un masque et en évitant des activités telles que jouer d’un instrument ou faire de l’exercice physique.

Le district de M. Brenner a été récemment contraint de fermer à nouveau ses écoles pendant 17 jours, mais uniquement parce qu’un grand nombre de membres du personnel avaient contracté la maladie en dehors de l’école.

Seuls 0,02 % des étudiants et 0,04 % du personnel ont été testés positifs dans des écoles qui ont rouvert aux États-Unis, selon Emily Oster, économiste à l’Université Brown qui a collecté des données.

Les taux d’infection étaient inférieurs à ceux de la communauté dans son ensemble, avec des pics qui épousaient ceux de la population générale — ce qui suggère que les écoles n’en sont pas la cause. Des événements dits super-propagateur (un groupe de cinq cas ou plus dans une école) ont été enregistrés dans moins de 5 % des écoles, une proportion similaire à ce qui a été observé au Royaume-Uni.

Manquer l’école signifie moins de compétences élémentaires et moins de perspectives de vie. Et cela se concentre parmi ceux qui peuvent le moins se permettre de rater l’école. Simon Burgess, université de Bristol.

Pourtant, la résistance à la réouverture des écoles est toujours forte dans de nombreuses régions, notamment démocrates, des États-Unis. À New York, les écoles ont de nouveau fermé le 16 novembre moins de deux mois après leur réouverture. Réouverture qui a été annulée après que le maire Bill de Blasio avait facilité les fermetures en assouplissement les critères pour ce faire. En Californie, 51 comtés sur 58 se trouvent désormais en zone « violette », ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas rouvrir s’ils n’étaient pas déjà ouverts. (Voir Corona — Les écoles publiques de la ville de New York referment)

Mme Oster a déclaré que l’atmosphère hautement politisée aux États-Unis ne facilitait pas les choses : « De nombreuses écoles dans les zones plus progressistes envisageaient de rouvrir, mais au moment où elles étaient sur le point de le faire, le président [Donald Trump] leur a dit qu’elles devraient le faire. Et donc beaucoup de ces gens ont changé d’avis et lui ont envoyé un doigt d’honneur. »



Comme leurs homologues européens l’avaient fait il y a quelques mois, les syndicats américains insistent sur le fait qu’il reste dangereux pour les enseignants de travailler. Mme Weingarten maintient cependant que « Si vous vous attaquez à la propagation au sein de la population et prenez les bonnes mesures de protection, les enfants — en particulier les plus jeunes — ne transmettront pas le virus dans les écoles. »

Pendant ce temps, l’éducation des enfants en pâtit. Selon l’organisation de recherche en éducation NWEA basée aux États-Unis, les étudiants âgés entre 8 et 13 ont obtenu des notes en moyenne inférieures de 5 à 10 % en mathématiques cette année comparées à celles des élèves qui ont passé les mêmes tests l’année dernière. Les premières données semblent indiquer que ces disparités sont pires encore pour les élèves issus de minorités et ceux qui fréquentent des écoles présentant de taux élevés de pauvreté.
 
Selon l’organisation américaine de recherche en éducation NWEA, les étudiants âgés de 8 à 13 ans ont obtenu en moyenne 5 à 10 % de moins aux tests de mathématiques cette année par rapport à ceux qui ont passé le test l’année dernière. Les premières données semblaient suggérer que les disparités étaient encore pires pour les élèves issus de minorités et ceux qui fréquentaient des écoles où le taux de pauvreté était élevé.
 
Sources : Financial Times, NWEA, ECDC, UNESCO

L'Invention du colonialisme écologiste

Éric Zemmour recense le dernier ouvrage de Guillaume Blanc, L’Invention du colonialisme vert. Guillaume Blanc y déconstruit l’idée d’une nature africaine vierge et offre une vision iconoclaste de l’Afrique sous le joug des ONG et de leur idéologie écologique.

Quand on entend le mot Afrique, on a tous les mêmes images en tête : une forêt vierge sans limites, seulement peuplée d’animaux sauvages en liberté. Les mêmes images d’une Afrique de dessin animé où l’on croit voir apparaître le petit Simba et son copain le phacochère Pumbaa gambadant dans la savane. Cette Afrique est un mythe qui n’a jamais existé. Cet Eden africain d’avant l’agriculture est une invention coloniale qui date de la fin du XIXe siècle ; mais qui a la vie longue. Il y a toujours eu des hommes dans les forêts africaines, pasteurs ou même agriculteurs. Pire ou mieux : les forêts n’ont pas préexisté à des hommes qui passeraient leur temps à les saccager ; ce sont eux qui ont planté les arbres qui deviendront forêts.

L’œuvre de déconstruction historique a parfois du bon. Elle nettoie les méninges des poncifs accumulés. Guillaume Blanc porte bien son nom : il est notre grand nettoyeur à sec. Notre historien de l’environnement, spécialiste de l’Afrique contemporaine, maître de conférences à l’université de Rennes, est adoubé par François-Xavier Fauvelle, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire et d’archéologie des mondes africains. Nos deux universitaires, munis de leurs parchemins en règle, peuvent entamer leur travail salutaire de sape. Ils ne s’en prennent pas à n’importe qui. Ils ont mis dans leur viseur la crème de la crème des sacro-saintes ONG, UNESCO, WWF, Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « ce Léviathan planétaire, cette élite internationale de dirigeants, cadres, experts, économistes. Persuadée qu’elle détient la vérité de l’Histoire, elle est assurée d’œuvrer pour le bien général », selon la pertinente description d’Edgar Morin. Guillaume Blanc ne les accuse pas seulement d’avoir pérennisé le mythe de l’Afrique sauvage éternelle. Il ajoute qu’ils reprennent ainsi une invention coloniale. Et après les mythes et les mots des colonisateurs, nos ONG ont aussi hérité du paternalisme et de la brutalité qui vont avec. Leur objectif est simple : constituer d’immenses parcs naturels, sur le modèle des parcs américains inventés au début du XXe siècle par le président Theodore Roosevelt. Leur méthode est radicale : « Ces espaces protégés doivent être vidés de leurs êtres humains : la naturalisation de toute une partie du continent, c’est-à-dire une déshumanisation de l’Afrique. »

Nos élites savent mieux que les Africains ce qui est bon pour l’Afrique. Ils se sont même donné comme mission de protéger l’Afrique des Africains. C’est ce que Guillaume Blanc appelle sans ambages le « colonialisme vert : on est passé du fardeau de l’homme blanc au fardeau écologique de l’expert occidental… » Nos experts étaient naguère conseillers et administrateurs coloniaux. Ils poursuivent désormais leur œuvre affublés de nouvelles casquettes : scientifiques consultants auprès d’organisations internationales ou conseillers des nouveaux États nés de la décolonisation. Ceux-ci poursuivent un double objectif. D’abord, grâce aux subsides des organisations internationales (et aux armes vendues par les États-Unis), mater les éventuelles dissidences de populations rebelles. Les mater au nom de l’écologie, c’est toujours plus chic aux yeux de la « communauté internationale ». Ensuite, les États africains veulent bénéficier des revenus du tourisme : « Les anciens territoires impériaux sont devenus les nouvelles colonies de vacances de l’Occident. » La reconnaissance de l’UNESCO, du WWF et de l’UICN leur est indispensable, car si ces ONG inscrivaient leur territoire sur la liste du « patrimoine mondial en péril », ce terme infamant serait repris par le Guide du routard et le Lonely Planet et découragerait les touristes. Adieu safaris, touristes en shorts et casquettes, et bons dollars ou euros sonnants et trébuchants…

Notre auteur prend l’exemple de l’Éthiopie, et au sein de ce pays, du parc de Simien. Mais son fil rouge éthiopien peut être généralisé à tout le continent. Les régimes et les idéologies adverses se succèdent au pouvoir (monarchie d’Hailé Sélassié ou marxisme-léninisme du général Mengitsu), mais les méthodes et les experts internationaux restent les mêmes. Ceux qui payent le prix fort sont les habitants de cette « nature inviolée » qui sont obligés de quitter leurs terres, détruire leurs maisons, se voient interdire de vivre de leur culture traditionnelle, agriculture ou pastoralisme ou chasse. Au cours du XXe siècle, 350 parcs nationaux ont été érigés, et un million de personnes en ont été chassées. Cette alliance est redoutablement efficace : « Sans l’expert, le dirigeant ne peut pas tout à fait contrôler les citoyens africains ; et sans le dirigeant, l’expert ne peut pas tout à fait contrôler la nature africaine (…). Cette mondialisation de la nature africaine (s’opère) dans le cadre des États nations qui vont jusqu’à déplacer des villages entiers — quelque chose qui n’avait jamais été réalisé à l’époque coloniale : accepter d’évacuer des hommes pour faire une place aux animaux. L’Eden a beau être factice, il n’en est pas moins utile. »

La décolonisation a permis de rendre la colonisation verte bien plus efficace selon le schéma révolutionnaire classique : en son temps, Mirabeau avait expliqué à Louis XVI que la Révolution française donnerait à l’État royal la force dont avait rêvé Richelieu pour achever son travail d’unification nationale derrière le pouvoir central.

Guillaume Blanc accroche au veston de nos élites vertes le grelot du colonialisme pour mieux les dénoncer. C’est juste historiquement et habile tactiquement ; mais c’est dépassé idéologiquement. Ce qu’il observe et dénonce est en vérité un embryon de « gouvernement mondial » au nom de l’écologie. Ce « traitement par le monde de la nature africaine » est la mise en œuvre d’une idéologie mondialiste qui n’a pas l’Afrique comme seule victime. Guillaume Blanc s’insurge contre le deux poids deux mesures des experts : en Afrique, la volonté d’une nature vierge sans hommes, qu’ils soient pasteurs ou agriculteurs ; en Europe, l’éloge par les mêmes experts de « 5 000 ans d’agro-pastoralisme ». Mais que dire de l’introduction du loup ou de l’ours dans les Pyrénées, qui ravagent les cultures et les troupeaux au grand dam des bergers et des paysans qui ne sont pourtant pas africains ? En tous lieux, notre écologie politique est d’abord un antihumanisme. Dans le Simien comme dans tant d’autres parcs du continent, se plaint notre auteur, les habitants font leur entrée définitive dans la mondialisation sur ce registre profondément contradictoire : offrir la nature au peuple ; empêcher le peuple d’y vivre. Ils ne sont pas les seuls.

L’INVENTION DU COLONIALISME VERT
par Guillaume Blanc,
paru le 9 septembre 2020 aux éditions Flammarion,
à Paris
296 pp.,
21,90 €.
ISBN-13 : 978-2081504394


mercredi 9 décembre 2020

France — baisse du niveau « ... La loi sur le collège unique [d'abord... puis] on a baissé le niveau pour permettre aux enfants de l'immigration »

Après la publication des résultats de l’étude TEIMS/TIMSS 2019 où la France est arrivé en queue de peloton des pays européens, le commentariat se demande comment on en est arrivé là.

Zemmour : « En France, l’effondrement du niveau scolaire vient de loin… Mais pendant longtemps LeMonde et d’autres nous on dit bêtement le contraire, simplement parce que l’on distribuait plus de diplômes… »

Zemmour : « … La loi sur le collège unique, en mélangeant des élèves de niveaux très différents, a été une hérésie… Puis, dans les années 90, on a baissé le niveau pour permettre aux enfants de l’immigration de suivre l’enseignement scolaire… »

 


L’enquête TEIMS (en anglais TIMSS), réalisée auprès d’élèves de CM1 (10 ans) et de 4e (14 ans), confirme la place inquiétante de la France, « significativement » en dessous des moyennes internationales de pays comparables.

Ce n’est plus une surprise, et depuis longtemps : les élèves français n’ont pas la bosse des maths. Loin de là. D’après les résultats de l’enquête Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS, TIMSS en anglais) réalisée en mai 2019 sur un échantillon de 4 186 enfants de CM1 (4e année du primaire) et 3 874 adolescents de 4e (secondaire 2 au Québec), la France se classe bonne dernière dans les pays de l’Union européenne, avec des résultats similaires à ceux de la Roumanie.

Elle est aussi avant-dernière dans les pays de l’OCDE, devant le Chili. À l’autre extrémité du spectre, on retrouve les pays qui surperforment d’une enquête à l’autre : Singapour, Hongkong, la Corée du Sud, Taïwan, le Japon et la Russie se disputent la tête du classement, en CM1 comme en 4e.

Avec une note de 485 points en mathématiques et de 488 en sciences, les élèves français de CM1 réalisent la même performance que lors de la dernière enquête TEIMS, en 2015 : ils n’ont ni progressé ni régressé, et demeurent « significativement » en dessous des moyennes internationales de pays comparables au nôtre, précise la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’éducation nationale (DEPP), qui publie trois notes d’analyse des résultats.

Décrochage

En revanche, les élèves de 4e n’avaient pas été évalués depuis la première édition de TEIMS, en 1995. L’effondrement du niveau est spectaculaire, avec un score moyen en baisse de 47 points. À l’époque, les élèves de 5e avaient aussi été évalués, et leur score était inférieur de 46 points à ceux de 4e. Pour le dire autrement, les élèves de 4e d’aujourd’hui sont les 5e d’hier. 

 


 

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France — L’école à la maison fait de la résistance : « C’est quoi cette embrouille ? »

Le Nouvel Obs revient sur le projet gouvernemental d’interdiction de l’IEF pour faire valoir les préjugés pesant sur l’école à la maison, source d’innovation pédagogique mais, avant tout, liberté fondamentale dûment protégée par notre Constitution.

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de rendre l’école obligatoire dès l’âge de 3 ans (sauf raisons de santé et exceptions), les parents qui ont choisi l’instruction en famille espèrent un rétropédalage total. Témoignages.

C’est le bon mot qui fuse en ce moment dans les conversations des parents adeptes de l’IEF, ou « instruction en famille » : Emmanuel Macron sait-il épeler les 25 lettres du fameux « anticonstitutionnellement » ? « Pour une fois qu’on peut l’utiliser ! » plaisante Céline sur le groupe Facebook Unschooling en France, qui compte près de 10 000 membres.

Alors que le président annonçait en fanfare, lors de son discours contre le séparatisme, prononcé le 2 octobre aux Mureaux (Yvelines), qu’il allait rendre la scolarisation obligatoire pour tous les enfants de France, il ne pensait sans doute pas se heurter à une fronde parentale, avec manifestations dans des dizaines de villes, pétitions et sondages maison à l’appui, et, surtout, à un avis défavorable du Conseil d’État, rendu le jeudi 3 décembre. « Il n’est pas établi, en particulier, que les motifs des parents relèveraient de manière significative d’une volonté de séparatisme social ou d’une contestation des valeurs de la République », prévenait-il. Avec, qui sait, le risque d’être retoqué par le Conseil constitutionnel ?

 
« On va aujourd’hui restreindre drastiquement [radicalement] l’école à la maison ou les écoles privées alors que l’on sait que 100 % des terroristes sortent de l’école publique. Il n’y a rien dans ce texte sur l’école publique et c’est surprenant après l’assassinat de Samuel Paty. »

« J’ai pris la décision […], sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 (celles de Jules Ferry) et de 1969 (mixité scolaire entre garçons et filles) : dès la rentrée 2021, l’instruction sera obligatoire pour tous dès 3 ans, l’instruction à domicile sera limitée, notamment aux impératifs de santé. Nous changeons donc de paradigme, et c’est une nécessité », a asséné le président le 2 octobre.

Jusqu’à présent, ce n’était pas l’école qui était obligatoire, mais l’instruction. La liberté d’enseignement est reconnue comme « l’un des principes fondamentaux de la République » depuis une décision du Conseil constitutionnel de 1977. 50 000 enfants ne sont pas des élèves classiques (sur 12 millions d’élèves) : environ 25 000 d’entre eux suivent l’enseignement à distance du Cned (centre national d’enseignement à distance) ; les autres 25 000 suivent un apprentissage alternatif, semi-dirigé par les parents, neuf fois sur dix par la mère, selon un sondage représentatif portant sur 6 295 enfants en IEF, réalisé par Félicia (Fédération pour la Liberté du Choix de l’Instruction et des Apprentissages) entre les 13 et 30 novembre 2020, dont « l’Obs » a pu consulter les résultats. L’IEF a actuellement le vent en poupe, notamment depuis le passage à l’instruction obligatoire dès 3 ans (au lieu de 6), à la rentrée 2019. Durant l’année scolaire 2014-2015, ils étaient un peu moins de 10 000 enfants en instruction à domicile, hors Cned (source DGESCO). Le confinement a aussi convaincu certains parents d’enseigner eux-mêmes à leurs enfants à l’avenir.

Un choix de vie légal 

« On est tombé des nues, j’ai pensé : c’est quoi cette embrouille ? » proteste Erika, thérapeute dans la Creuse, et maman de trois enfants de 16, 8 et 3 ans qui n’ont jamais été sur les bancs de l’école de la République. Pour elle, ne pas scolariser est un choix de vie : respecter le rythme de ses enfants, ne pas leur faire entrer au chausse-pied certains apprentissages, ne pas les mettre en échec, passer du temps tous ensemble… Donc, suivre l’éducation la plus bienveillante possible, dans le respect des besoins psychoaffectifs de l’enfant. Ces mères se déclarent d’ailleurs souvent adeptes du « maternage proximal » : le « cododo », l’allaitement long. « Je leur apprends à apprendre, explique Erika. Nous allons chercher l’information ensemble. Les rencontres qu’on fait, les lectures, les reportages qu’on regarde : tout les nourrit. »

« Il faut un village pour élever un enfant », dit un proverbe africain. Et c’est en résumé la philosophie de bien des parents « IEFeurs ». Grâce à une rencontre décisive, sa fille de 16 ans souhaite désormais devenir monitrice d’équitation. « Alors que moi, je n’y connais rien ! » rit Erika. Disciplinée, l’adolescente ne rechigne jamais à se lever à 3 heures du mat’ pour aller au haras s’occuper des chevaux. Elle peint très bien. Bref, elle s’est trouvée. « Clairement, l’école n’aurait pas développé ses passions, car elles relèvent de matières considérées comme secondaires », estime Erika. Et tant pis si la demoiselle ne maîtrise pas à fond une règle de grammaire. Erika a appris que sa fille souffrait de « troubles dys » (dyslexie, dysorthographie, etc.) qui auraient sans doute rendu sa scolarité compliquée.

Emmanuel Macron est-il hors sujet ? 

Selon elle, Emmanuel Macron est donc carrément hors sujet, zéro pointé. L’instruction en famille, ou plutôt « hors les murs », n’a rien à avoir avec le séparatisme. Et l’immense majorité des enfants qui apprennent en famille ne sont pas des petits Français hors système à protéger. Erika précise :

 Franchement, si une famille a quelque chose à se reprocher, elle ne se déclare pas en IEF, car nous sommes pistés avec une inspection par an, une deuxième si la première n’était pas satisfaisante, et une obligation de rescolarisation sous quinze jours si le problème persiste. Et la mairie peut nous contrôler de façon inopinée.

En gros, tout l’arsenal serait déjà à disposition pour intervenir. Et 93 % des premiers contrôles en IEF sont positifs, selon le sondage Félicia. L’injonction à rescolariser concerne 0,13 % de l’issue des seconds contrôles. Le sondage le précise enfin : seuls 7 % des familles mettent, entre autres, en avant le fait de transmettre des valeurs morales et un mode de vie conformes à leur religion. Ce qui, sur 25 000 enfants, donnerait un chiffre de 1 750, sans que l’on puisse pour autant les affirmer radicalisées.

L’exécutif veut désormais éviter le camouflet d’une rebuffade du Conseil constitutionnel et tend déjà à annoncer plus de souplesse, c’est-à-dire de multiples dérogations à la scolarisation obligatoire : pour les sportifs, pour les familles itinérantes, pour les parents qui peuvent présenter un solide programme éducatif… « Il faudra trouver les bonnes exceptions », a déclaré le chef de l’État lors de son interview au média en ligne Brut, vendredi 4 décembre. le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, dans un entretien sur CNews, dimanche 6 décembre, a ainsi précisé :

Cela doit être beaucoup plus encadré que cela ne l’était jusque-là, de façon à ce que l’on assure les droits de l’enfant. On a parlé du fondamentalisme islamique, mais ça peut être aussi des phénomènes sectaires, un trop grand laisser-aller des enfants…

Dans l’entourage du ministre, on indiquait hier vouloir finalement passer à « un système encadré, avec des demandes d’autorisation auprès du rectorat » plutôt que le système « très libéral » actuel, et intégrer notamment dans les dérogations « un critère plus général qui sera fondé sur un projet pédagogique pour l’enfant ». Les parents restent sur leurs gardes, choqués d’être soupçonnés de « mauvaise citoyenneté » voire de laxisme. « Pourquoi faire de l’interdiction la règle, alors ? », clame Isabelle, ancienne pâtissière et mère d’une aînée de 13 ans et de jumelles de 9 ans et demi, dans la Creuse. « Quels seront les critères, les limites pour obtenir les dérogations ? Et un des enfants de la fratrie peut-il en avoir une, tandis que son frère ou sa sœur devrait aller à l’école, au risque de jalousies ? »

L’instruction en famille victime de nombreux préjugés

Océane, comptable à temps partiel à Saint-Étienne, maman de deux enfants de 5 ans et demi et 3 ans et demi, ironise : ces enfants « enfermés entre quatre murs », dont parlait le chef de l’État dans son discours [il faisait allusion à des enfants découverts dans une école islamiste clandestine, démantelée à Saint-Denis (93), NDLR], la font surtout penser aux écoliers classiques. « Ceux qui sont le plus entre quatre murs, ce sont quand même eux ! Nos enfants sont très souvent dehors, en contact avec la nature, et ont de multiples activités extérieures, avec une vie sociale riche. Ils ne sont pas du tout enfermés ni désociabilisés, bien au contraire ! » clame-t-elle. Selon le sondage, 94 % des enfants non scolarisés ont une ou des activités extrafamiliales.

Pour elle aussi, il y a donc maldonne, avec beaucoup de préjugés sur l’instruction en famille. « J’en avais moi-même au début, je pensais qu’il s’agissait de familles un peu marginales, avec des enfants trop gâtés. » Sa petite fille de 5 ans et demi a donc commencé par aller à l’école. Mais Océane et son mari ont tiqué quand ils se sont rendu compte que leur enfant, qui savait lire à 4 ans, se mettait à régresser volontairement pour être au niveau de ses camarades. « Alors qu’elle avait une lecture fluide, elle s’est mise à déchiffrer, en me disant que c’était comme ça qu’il fallait faire avec la maîtresse. Le soir et le week-end, nous devions sans arrêt répondre à ses incessantes questions car l’école ne la nourrissait pas assez intellectuellement, même si elle y était heureuse. » Finalement, sa fille a été diagnostiquée à « très haut potentiel intellectuel » (THPI).

Pédagogies alternatives Ces parents sont souvent des adeptes des méthodes pédagogiques alternatives, type Montessori. Un tiers d’entre eux ont par ailleurs une profession en lien avec l’éducation ou l’enfance. Ils s’appuient plus sur le concret, l’expérience, le sensoriel, le mouvement. « En ce moment, mon fils apprend les maths en construisant un meuble avec un menuisier ébéniste », se réjouit Éléonore, maman de deux enfants de 4 ans et demi et 18 mois, en Gironde. « Des écoles alternatives existent, sauf qu’elles coûtent 500 euros par mois, donc nous préférons le faire nous-même », explique Isabelle.

Les associations et multiples groupes sur les réseaux sociaux permettent des échanges de conseils pédagogiques. Ces parents, souvent calés, jonglent avec les termes, parlent de la méthode des « Alphas » pour apprendre à lire, du « socle commun » à acquérir, des « fenêtres attentionnelles » pour se concentrer, se penchent sur les neurosciences pour comprendre l’épatant petit cerveau de leur enfant.

« Et puis, on adapte le programme à l’humeur du jour, ce qui n’est évidemment pas faisable à l’école, note Éléonore. On finit par faire tout le programme de l’année, mais pas dans le même ordre. » L’instruction en famille pointerait avant tout les défauts de l’institution scolaire, et c’est ce qui dérange, pensent ces parents. « Quelque part, nous mettons en exergue les problèmes de l’école, pointe Erika. Il faudrait une vraie grande réforme. Dans les pays nordiques, l’école est obligatoire mais pas avant 6-7 ans, et pas l’après-midi. Il y a des matières à la carte, et une vraie éducation à l’humanité. » Et combien d’enfants à difficultés particulières patientent pour obtenir un auxiliaire de vie scolaire (AVS) ? « Il faut du temps pour avoir un diagnostic. Et il faudrait laisser l’enfant en souffrance en attendant, avant d’obtenir les certificats médicaux ? » interroge Isabelle. Car l’IEF n’est pas toujours un choix, mais aussi une décision prise en catastrophe, pour préserver un élève qui va mal, notamment pour des problèmes de harcèlement.

Cette maman qui fait de l’artisanat sait de quoi elle parle. Isabelle a dû sortir sa fille de l’école, en CE1.

« Céline faisait beaucoup de crises d’angoisse, de cauchemars. Une fois, elle avait eu, comme toute la classe, une pastille orange en comportement. Elle s’est mise dans un état hallucinant. Elle ne voulait plus dessiner. Elle s’est même mise à bégayer. » Depuis qu’elle reste à la maison, la petite fille a retrouvé sa joie de vivre. Elle apprend sans pression. Elle est désormais suspectée de « troubles du spectre autistique » (TSA) avec haut potentiel. « Cette nuit, il y a eu les premières neiges. Donc ce matin, c’était neige au programme. »

Source : Nouvel Obs


mardi 8 décembre 2020

TEIMS/TIMSS 2019 – Résultats des élèves québécois en maths et sciences stables et dans la moyenne supérieure internationale

L’étude Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS, TIMSS en anglais) est une évaluation internationale qui mesure les tendances dans le rendement des élèves en mathématiques et en sciences au niveau de la 4e année et à celui de la 8e année (2e secondaire au Québec). L’étude est menée sous l’égide de l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (AIE), consortium indépendant d’instituts de recherche et d’organismes gouvernementaux. L’AIE regroupe désormais plus de 60 pays, dont le Canada.

La TEIMS 2019 constitue le septième cycle d’évaluation de la TEIMS. Plus de 330 000 élèves ont participé à l’évaluation de 4e année dans le monde, et 250 000 élèves environ ont participé à l’évaluation de 8e année. Au Canada, plus de 13 000 élèves de 4e année ont participé à l’évaluation, en anglais ou en français, dans cinq provinces différentes : Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec, l’Ontario, le Manitoba et l’Alberta. Aucun résultat n’a été obtenu au niveau du Canada dans son ensemble pour les élèves de la 8e année.

Rendement moyen en mathématiques (4e année)

Le Québec au même niveau que la Flandre (en Belgique) et la Finlande, mais loin derrière l’Asie de l’Est et la Russie

Les élèves du Québec continuent de se situer à un niveau supérieur à la moyenne internationale, même si les résultats indiquent que le Québec est nettement en deçà des pays les mieux classés. En outre, l’écart de rendement entre les filles et les garçons est significatif à la fois en mathématiques et en sciences.

Au début des années 2000 quand la Finlande menait dans les classements internationaux, les journaux et les experts pédagogues faisaient la file pour aller dans ce pays nordique, y découvrir leurs recettes modernes gagnantes et s'en inspirer. Étrangement, personne au Québec ces jours-ci ne semble vouloir aller en Asie ou en Russie pour s'inspirer de leurs méthodes pédagogiques gagnantes... Parce que ces méthodes sont trop conservatrices ?

Notez que certains pédagogues, comme Nathalie Bulle déclaraient déjà en 2010 : Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes.


INT (dernière rangée) est la répartition internationale

 


Le Québec a l’un des écarts les plus prononcés entre les sexes en faveur des garçons en mathématiques (523 pour les filles, 541 pour les garçons) et il figure parmi les pays, au nombre de sept seulement, où les garçons ont des résultats significativement supérieurs à ceux des filles en sciences. En outre, les résultats des élèves du Québec restent relativement inchangés en mathématiques et en sciences entre le cycle précédent de l’étude TEIMS 2015.

 

Résultats en mathématiques (4e année)

 

Résultat en sciences (4e année)

Bons résultats des élèves québécois comparés à celui des élèves canadiens

Les élèves de 4e année du Québec se situent au-dessus de la moyenne canadienne, les élèves de l’Ontario se situent à la moyenne canadienne et les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Manitoba et de l’Alberta se situent à un niveau significativement inférieur à celui des élèves du Canada dans son ensemble.

Résultats en mathématiques (8e année, secondaire 2)

Résultat en sciences (8e année, secondaire 2)

 

Résultats dans la moyenne canadienne des élèves québécois en sciences

Au total, 16 pays ont un score significativement supérieur au score moyen de 523 points du Canada. Les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta se situent à la moyenne canadienne en sciences, tandis que les élèves du Manitoba se situent à un niveau inférieur à la moyenne canadienne.

Les garçons obtiennent de meilleurs résultats que les filles en mathématiques et en sciences

Sur l’ensemble du Canada, en mathématiques, plus de garçons que de filles atteignent le seuil repère bas, à savoir le niveau de base de rendement (94 % contre 91 %), et atteignent le seuil repère avancé, à savoir le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 4 %). En sciences, la proportion de filles et de garçons atteignant le seuil repère bas est identique (95 %). En revanche, une plus grande proportion de garçons que de filles atteint le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 6 %, respectivement). À la prise en compte des scores moyens, au Canada et dans 27 autres pays, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en mathématiques. Il faut noter que le Canada enregistre l’un des écarts les plus élevés entre les sexes en faveur des garçons (19 points). En moyenne, dans les pays participant à l’évaluation en sciences de l’étude TEIMS en 4e année, les garçons ont des résultats de quatre points supérieurs à ceux des filles. Cependant, si, dans sept des pays, dont le Canada, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en sciences, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons dans 16 pays. Au niveau provincial, les garçons ont de meilleurs résultats en mathématiques que les filles dans toutes les provinces. En sciences, les garçons obtiennent de meilleurs scores que les filles au Québec et en Alberta, tandis qu’il n’y a pas d’écart entre les sexes à Terre-Neuve-et-Labrador, en Ontario et au Manitoba.

(Résultats des garçons en noir, des filles en bleu, en mathématiques, 4e année)

(Résultats des garçons en noir, des filles en vert, en sciences, 4e année)

 

Un quart ne parle pas la langue du test à la maison, mais sans lien avec rendement en mathématiques, mais bien en sciences

Le Canada est un pays plurilingue et multiculturel composé de diverses populations issues de l’immigration et d’Autochtones. Au Canada, un élève sur quatre environ ne parle pas la langue du test à la maison. C’est au Québec que la proportion d’élèves ne parlant pas la langue du test à la maison est la plus élevée, à 26 p. 100, tandis que c’est à Terre-Neuve-et-Labrador qu’elle est la plus faible, à 8 p. 100. Les élèves qui parlent parfois ou qui ne parlent jamais la langue du test à la maison ont des scores légèrement inférieurs en sciences à ceux des élèves qui la parlent toujours ou presque toujours, tandis que l’écart de rendement en mathématiques entre les deux groupes n’est pas statistiquement significatif.

Le préscolaire améliore-t-il vraiment les résultats ?

Les élèves qui fréquentent un programme préscolaire pendant trois ans ou plus obtiennent le rendement le plus élevé en mathématiques en 4e année Au Canada, la scolarité formelle au primaire commence en 1re année, généralement quand l’enfant est âgé de six ans. Cependant, bon nombre de familles choisissent d’inscrire leurs enfants à un programme préscolaire. Au Canada, 46 p. 100 environ des parents disent que leur enfant a suivi un programme préscolaire pendant trois ans ou plus. Les scores en mathématiques des élèves de 4e année ayant fréquenté un programme préscolaire pendant trois ans ou plus sont de 14 points supérieurs à ceux des élèves ayant fréquenté un programme préscolaire pendant deux ans et de 29 points supérieurs à ceux des élèves n’ayant pas fréquenté de programme préscolaire. En sciences, il n’y a pas de différence entre la fréquentation pendant un ou trois d’un programme préscolaire.

Peut-on dire cependant que c’est la fréquentation d’un programme préscolaire qui améliore le rendement ? C’est possible, mais pas nécessaire En effet, le recours au préscolaire est nettement supérieur dans les catégories socioprofessionnelles supérieures dont les enfants avaient déjà des résultats scolaires supérieurs à la moyenne avant la généralisation de ces services de garde préscolaires. En effet, selon l’Indice de défavorisation matérielle et sociale, Québec, 2009, la proportion de familles ayant des enfants de moins de 5 ans utilisant la garde régulière était de 78,6 % pour les nantis (en jargon aux conditions matérielles et sociales les plus favorables), mais de 65,4 % chez les moins nantis.

Pas de lien entre accès à des ordinateurs pour les cours et rendement plus élevé en mathématiques et en sciences 

 Selon le personnel enseignant, la moitié environ des élèves de 4e année a accès à des ordinateurs pour les cours de mathématiques, tandis que près des deux tiers ont accès à des appareils numériques pendant les cours de sciences. L’accès à des ordinateurs pour les cours n’a aucun lien avec le rendement en mathématiques et en sciences au niveau provincial, tandis que le lien est négatif en mathématiques au niveau du Canada (figure 6). 


 Voir aussi 

TEIMS/TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux, mais faible participation québécoise

La justice britannique recommande l’arrêt des transitions de genre avant 16 ans

Les enfants britanniques ne pourront plus commencer de transition de genre avant 16 ans, en prenant des « inhibiteurs de puberté ». Sauf s’ils en comprennent les conséquences « immédiates et à long terme », a statué la Haute Cour britannique, qui estime par ailleurs qu’il est « hautement improbable » qu’un enfant de cet âge soit en mesure de le faire. « Compte tenu des conséquences à long terme des interventions » et du caractère « encore innovant et expérimental » du traitement, les juges demandent donc aux médecins de demander l’avis d’un tribunal avant de commencer tout traitement. Cette décision, rendue le 1er décembre, était très attendue (cf. Royaume-Uni : un projet de loi pour protéger les enfants des processus irréversibles de changement de sexe).

Keira Bell, la première requérante est une jeune femme de 23 ans qui a pris des inhibiteurs de puberté à 16 ans et a subi une double mastectomie à 20 ans. Elle espérait que cette transition vers une identité masculine l’aiderait à « atteindre le bonheur ». Aujourd’hui elle a fait machine arrière, et elle attaque en justice le Tavistock and Portman NHS Trust, le service britannique de transition de genre des mineurs (cf. Royaume-Uni : une jeune femme poursuit la clinique où elle a subi une « transition de genre »). « Je suis ravie de voir que le bon sens a prévalu » a-t-elle commenté à l’annonce du verdict. « Ce jugement n’est pas politique, il s’agit de protéger les enfants vulnérables ».

Thomas entre Pauline Moreno et Debra Lobel qui affirment qu’il n’a pas subi de pressions dans sa décision de devenir une fille

La deuxième requérante est la mère d’une jeune fille de 15 ans, autiste, qui veut changer de genre. « Ma crainte (…) c’est qu’elle se trompe » explique-t-elle. Elle juge « effrayant » qu’il y ait eu « si peu d’enquête sur les raisons pour lesquelles un enfant pourrait se sentir du mauvais sexe avant que les bloqueurs de puberté ne soient donnés ».

Selon Paul Conrathe, leur avocat, cette décision des juges est « un jugement historique qui protège les enfants qui souffrent de dysphorie de genre », qui montre « qu’une culture de l’irréalité s’est installée dans le Tavistock ». Il pense que « cela a pu conduire à ce que des centaines d’enfants reçoivent ce traitement expérimental sans leur consentement dûment informé ». Le National Health Service, système de santé britannique, a déclaré qu’il « se réjouissait de la clarté » que cette décision apportait.

Le Tavistock and Portman NHS Trust envisage de faire appel de cette décision.

Sources : BBC (01/XII/2020) ; Le Monde (01/XII/2020), traduction Généthique

lundi 7 décembre 2020

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042

Une étude prévoit que les Québécois d’ascendance canadienne-française, couramment appelés les Québécois « de souche », deviendront minoritaires dans la province d’ici 2042. Quels enjeux d’intégration des immigrants cela pourrait-il poser dans une optique de protection de la langue française ? Le poids démographique des Canadiens français dans la province aurait déjà chuté de 79 % à 64,5 % entre 1971 et 2014, selon une étude du chercheur indépendant Charles Gaudreault. Mise en ligne l’an dernier, celle-ci paraîtra prochainement dans l’édition papier de la revue universitaire Nations and Nationalism.

Charles Gaudreault a publié un résumé en français de ce travail. Nous en reproduisons de larges extraits ci-dessous, ainsi que quelques commentaires succincts.

INTRODUCTION

[…]

Dans cette publication, j’annonce que l’ethnie canadienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, glissera sous la barre de 50 % en 2042 sous la pression de l’immigration de masse.

Les faits saillants de cette étude sont les suivants :

  • Le poids démographique des Canadiens français était ou sera de :
    • 79 % en 1971
    • 64,5 % en 2014
    • 50 % en 2042
    • 45 % en 2050
  • De 1971 à 2014, les immigrants et leurs descendants sont responsables de 74 % de la croissance démographique québécoise
  • Les taux d’immigration actuels sont à un niveau tel que même si le taux de fécondité des femmes Canadiennes françaises augmentait à 2,6 enfants par femme, le poids démographique des Canadiens — français continuerait de descendre au même rythme.
  • L’effet d’une baisse des seuils d’immigration a un effet substantiel sur l’année de mise en minorité des Canadiens français ; un seuil de 30 000 immigrants par année, par exemple, repousse l’échéance de 2042 à 2056.
  • Des seuils migratoires de 5 000, 10 000, 20 000 et 40 000 immigrants par an prendront au maximum 24, 13, 7 et 3 ans respectivement pour faire chuter le poids démographique des Canadiens français de 1 %.

Le contexte de mes travaux est le suivant : j’étais, au départ, intrigué par le rapport existant entre nos seuils d’immigration et le nombre de naissances au Québec. Pour l’année 2016, on compte 52 000 immigrants pour 85 000 naissances. Il m’apparaissait évident que le groupe canadien-français se dirigerait vers une éventuelle marginalisation. J’ai voulu valider cette intuition, puis explorer l’évolution de ce phénomène démographique. J’ai trouvé mes résultats suffisamment intéressants pour qu’ils vaillent la peine d’être publiés.

[…]

MÉTHODE

Cette section étant de nature assez technique, les plus pressés pourront passer directement à la section résultats pour entrer dans le vif du sujet !

Pour réaliser cette étude, j’ai utilisé principalement les données démographiques de Statistique Canada. Le point de départ de mon étude est l’année 1971, basé sur le recensement de cette même année. Le recensement de 1971 est particulier. En effet, la quantité et la qualité des données recueillies dépassent largement les recensements antérieurs et, du point de vue ethnique, c’est sans doute le dernier recensement dont la définition est suffisamment rigoureuse pour élaborer des calculs précis. Lors des recensements subséquents, les répondants sont libres de s’identifier à plusieurs groupes ethniques différents en même temps, ce qui empêche l’élaboration d’une méthodologie rigoureuse.

Avant d’aller plus loin, il m’importe de préciser l’ascendance de cette population canadienne-française qui composait 79 % de la population québécoise en 1971, selon le recensement. On entend régulièrement des affirmations douteuses par rapport à ce groupe ethnique, visant à conforter les dogmes idéologiques de droite comme de gauche. Parfois, on entend dire que le Québécois de souche n’existerait plus, que le sang français aurait été fortement dilué sous les vagues successives d’immigrants ou encore par métissage avec les Amérindiens. À l’autre extrême, certains croiraient en une certaine « pureté de la race ». La réalité objective se [moque] bien des idéologies ! Selon les excellents travaux publiés en 2005 par la chercheuse Hélène Vézina, les Canadiens français nés entre 1945 et 1965 ont un bagage héréditaire qui provient à 95 % de la France et le reste de la Grande-Bretagne (1,5 %), des Amérindiens (1,4 %), des autres pays européens (2 %). Les 0,6 % restants sont inconnus. J’ai reproduit les principaux résultats des travaux de la chercheuse dans le tableau 1 de mon article présenté ci-dessous.

Tableau 1. Origine génétique des individus nés entre 1945 et 1965

Contribution génétique
des ancêtres (%)
Hommes    Femmes
France 90,8 88,7
Grande-Bretagne 1,9 1,0
Allemagne 0,5 0,2
Irlande 0,6 0,5
Autre pays européen 1,4 0,6
Acadie 3,6 6,4
Premières Nations 0,8 1,9
Inconnue 0,5 0,8

Pour calculer l’évolution de la population canadienne-française ainsi que son poids démographique pour la province de Québec, j’ai séparé la population québécoise en trois sous-populations. En premier, le groupe EFC pour ethnic French-Canadian ou ethnie canadienne-française, dont le poids était de 79 % en 1971. En second, le groupe NFC pour non -French Canadian ou groupe non canadien-français qui regroupe les descendants des îles britanniques, les autochtones et les immigrants arrivés avant 1971 ; le poids de ce groupe est de 21 % en 1971. Enfin, j’ai établi un troisième groupe, appelé IAD pour immigrants arrived after 1971 and their descendants, soit les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants. Naturellement, ce groupe est à 0 % pour l’an 1971.

Les groupes étant maintenant séparés, le reste des calculs s’effectue individuellement sur chacun des groupes, selon les règles de l’art de la démographie, en se basant sur un modèle de cohortes et composantes. Ainsi, on subdivise chacun des trois grands groupes de population en cohorte d’un an d’âge que l’on fait évoluer année après année, de manière itérative, en calculant les naissances, les décès, l’émigration et l’immigration. Évidemment, chacun des groupes comporte des facteurs leur étant propres : mortalité, fécondité, taux de rétention dans la province, etc. Pour les années 1971 à 2014, la mortalité, la fécondité, l’immigration dans la province, l’émigration et la rétention provinciale sont accessibles par cohorte d’âges. Pour les années 1971 à 2050, ces facteurs ont été établis selon des hypothèses réalistes (vous en trouverez le détail dans mon étude).

La principale embûche de la méthodologie concernait initialement le métissage et les mariages (ou union mixte) entre Canadiens français et immigrants. En effet, même si l’on connait, avec une relative précision, le pourcentage d’immigrants qui est en union mixte pour les années passées, il est difficile d’évaluer comment ce taux évoluera. De plus, il peut être ardu de statuer dans quel groupe classer les enfants en provenance des unions mixtes. Pour contourner cette difficulté, à la fois méthodologique et identitaire, j’ai choisi de coller ma définition de l’ethnicité à la définition du recensement de 1971 : « À quel groupe ethnique ou culturel est-ce que votre ancêtre, du côté paternel, appartenait-il avant d’arriver sur ce continent ? » Ainsi, les enfants nés d’une mère immigrante et d’un père canadien-français sont placés dans la catégorie des Canadiens français et les enfants nés d’un père immigrant et d’une mère canadienne-française sont placés dans le groupe des immigrants. Il va de soi que cette définition n’a aucun sens d’un point de vue individuel, alors que pour la population québécoise, elle permet de quantifier précisément le poids démographique des individus d’ascendance canadienne-française. Évidemment, cette simplification n’est valide que selon deux conditions : premièrement, que les immigrants arrivent dans un rapport homme/femme équilibré et deuxièmement, que les immigrantes en couple avec des hommes canadiens-français aient à peu près la même fécondité que les Canadiennes françaises en couple avec des hommes immigrants. Ces deux conditions sont respectées en ce qui concerne le Québec. L’élégance de la méthode est également due au fait qu’elle évite de tracer la ligne entre qui est un Canadien français et qui ne l’est pas puisque la définition n’a pas de sens pour l’individu. Ceci permet donc d’éviter le risque de dérapage vers un débat sur les sensibilités raciales.

RÉSULTATS

Entrons dans le vif du sujet !

Évolution des populations

En termes de population absolue, on observe que la population canadienne-française augmente lentement jusqu’en 1990 où elle devient relativement stationnaire jusqu’en 2020 (4 760 000 en 1971, 5 200 000 en 1990 et 5 240 000 en 2020). Pendant ce temps, la population québécoise augmente de façon continue (6 030 000 en 1971, 6 900 000 en 1990, 8 465 000 en 2020). Ensuite, l’ethnie canadienne-française amorce un déclin prononcé, si bien qu’en 2039, cette population reviendra au nombre de 1971, soit 4 760 000 habitants lorsque la population québécoise atteindra 9 126 000 habitants.

Le contingent des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants augmente de façon soutenue, passant de 460 000 en 1990 à 1 980 000 en 2020 et à 3 210 000 en 2039. Ainsi, pour l’an 2050, on trouve une population québécoise de 9 500 000 individus, dont 4 310 000 Canadiens français, 4 140 000 immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants et 1 000 000 individus descendants du groupe « non-Canadiens français », en accord avec la méthodologie citée précédemment. [En cohérence avec la méthodologie décrite plus haut, si l’ethnie canadienne-française (EFC, de l’anglais ethnic French-Canadian) composait 79 % de la population québécoise en 1971, le reste de la population, soit 21 %, est issue du groupe des non canadiens français (NFC, de l’anglais non -French Canadian).]

Également, dans l’histoire récente, les courbes de population nous apprennent que l’immigration est responsable de 74 % de l’accroissement démographique de la province pour la période allant de 1971 à 2014. En effet, la population québécoise passe de 6 030 000 à 8 210 000 citoyens, un gain de 2 180 000, dont 1 620 000 sont des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants.

La figure 4, tirée de mon étude et présentée ci-dessous, montre ces phénomènes.

Figure 4 — Population pour l’ethnie canadienne-française (EFC), pour les non-Canadiens français (NFC) et pour les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).

Évolution du poids démographique des Canadiens français

Si l’ethnie canadienne-française était largement majoritaire en 1971 (79 % de la population québécoise selon le recensement de 1986), elle décline à 64,5 % en 2014 (recule de 14,5 % en 43 ans, 0,3 % par ans pour la période). La disparition des baby-boomers, une cohorte d’âges très nombreuse dans la pyramide des populations accélère ce déclin, si bien qu’en 2042, le poids démographique de l’ethnie canadienne-française se situe à 50 % (un recul de 14,5 % en 28 ans, 0,5 % par an pour cette période). En 2050, ce poids démographique est maintenant de 45 % (recule de 5 % en 8 ans, 0,6 % par an pour cette période).

En parallèle, les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants forment 20 % de la population en 2014, 38 % en 2042 et 44 % en 2050. Le reste du poids démographique est occupé par les « non -Canadiens français » de 1971 et leurs descendants, en accord avec la méthodologie citée précédemment. La figure 3, tirée de mon étude et reproduite ci-dessous, présente cette évolution.

Sous la pression d’une immigration massive et continue, comme présentée dans la section précédente, l’ethnie canadienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, chute à 64,5 % en 2014, glissera sous la barre de 50 % en 2042 et atteindra les 45 % en 2050.

Figure 3 — Poids démographique de l’ethnie canadienne-française (EFC), des non-Canadiens français (NFC) et des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).

Démographie de l’an 2042

Pour illustrer ce à quoi ressemblerait démographiquement l’an 2042, année où les Canadiens français perdent le statut de majorité ethnique, je présente la figure 6. Je montre en juxtaposition, pour de grandes cohortes d’âges, les cohortes de population de l’ethnie canadienne-française et celles des immigrants et de leurs descendants.

On constate rapidement que les immigrants et leurs descendants (en gris) sont légèrement plus nombreux que les Canadiens français (en noir) chez les jeunes de 0 à 18 ans et pratiquement à égalité chez les 19-36 ans. Le premier groupe compte 820 000 jeunes de 0 à 18 ans, alors que le second en compte 725 000. Dans le cas des 19-36 ans, le premier en dénombre 880 000, alors que le second en compte 850 000.

Le rapport s’inverse pour les cohortes des 37 à 54, des 55-72 et des 72 ans et plus où les Canadiens — français sont plus nombreux. Ceux-ci présentent des cohortes de 980 000, 985 000 et 1 105 000 respectivement, alors que les immigrants arrivés après 1971 présentent des cohortes de 855 000, 655 000 et 300 000 pour les tranches d’âge respectives mentionnés plus haut. Ainsi, les Québécois âgés (72 ans et plus) sont en écrasante majorité représentés par le groupe Canadien-français, alors que les immigrants et leurs descendants sont très minoritaires. Cette figure présente une fracture ethnogénérationnelle : le portrait type [de la population] pour 2042 risque d’être un vieux Canadien français [et d’] un jeune descendant d’immigrants.

Notez bien que le groupe « non canadien-français » n’est pas représenté sur le graphique. Ainsi, même si les Canadiens français glissent sous les 50 %, ils sont plus nombreux que les immigrants et leurs descendants.

Figure 6 — Nombre de Canadiens-français (en noir), nombre d’immigrants et leurs descendants (en gris) — pour différentes cohortes d’âges pour l’an 2042

Analyse de sensibilité

Une analyse de sensibilité a été effectuée pour évaluer quels facteurs avaient le plus d’impact sur le déclin de l’ethnie canadienne-française. À partir de 2014, j’ai fait varier les facteurs suivants pour évaluer en quelle année l’ethnie canadienne-française glisserait sous la barre des 50 % : l’indice synthétique de fécondité (TFR pour total fertility rate) des individus nés au Canada et de ceux nés à l’étranger, le taux d’immigration et le taux de rétention des immigrants.

L’analyse montre qu’en augmentant la fécondité des Québécois de 1,6 enfant par femme à 2,1 enfants par femme, on ne fait que repousser l’échéance d’un an (2043). De l’autre côté, si la fécondité des immigrants baisse de 2,0 à 1,5 enfant par femme, l’échéance est reportée de 3 ans (2045). Quant au taux de rétention des immigrants, si celui-ci baisse de 87 % à 77 %, l’échéance est repoussée de 3 ans (2045). Par contre, si les taux d’immigration étaient réduits à 30 000 immigrants par an au lieu des seuils projetés, les Canadiens français glisseraient sous les 50 % en l’an 2056 au lieu de 2042 (report de 14 ans) ! À l’inverse, augmenter ce taux à 70 000 par an — ce qui n’est pas très loin des 60 000 immigrants annuels qui avaient été proposés dans les dernières années du régime libéral de Philippe Couillard — devance l’échéance de 2 ans (2040). Cette analyse permet de comprendre que le recul du poids démographique des Canadiens français est principalement expliqué par nos taux d’immigration élevés ; éviter la question des seuils d’immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondité pour maintenir notre poids démographique serait inutile. L’analyse est présentée dans le tableau 2, ci — dessous, tiré de mon article.

Tableau 2 — Analyse de sensibilité sur l’indice synthétique de fécondité (TFR, total fertility rate), le taux d’immigration et le taux de rétention des immigrants — analyse sur la plage 2014-2060 pour déterminer en quelle année l’ethnie canadienne-française glissera sous la barre des 50 %.

Analyse détaillée de l’impact des seuils migratoire sur le déclin des Canadiens français

Afin de mesurer l’impact du taux d’immigration sur le déclin de l’ethnie canadienne-française, le nombre d’années nécessaire pour que le poids démographique des Canadiens français baisse de 1 % a été compté pour neuf taux d’immigration différents. Chacun des seuils migratoires a été évalué pour cinq taux de fécondité différents. Ainsi, l’analyse comporte quarante-cinq scénarios.

Si l’on regarde les seuils migratoires pour un indice de fécondité constant, on constate directement l’effet des seuils sur le déclin des Canadiens français. Prenons, par exemple, les résultats pour un indice de fécondité de 1,6 enfant par femme. On observe que pour 1 250 immigrants par an, il faudra 58 ans pour obtenir un déclin de 1 % ; avec 5 000 immigrants par an ce même déclin de 1 % se produit en 24 ans ; à 10 000 par an, il faudra attendre 13 ans. Puis, pour les seuils de 20 000, 40 000 et 80 000, on attendra, au maximum 8, 7, 3 et 2 ans respectivement.

Maintenant, observons l’effet simultané des seuils migratoires et de l’indice de fécondité des Québécoises. Prenons par exemple 1 250 immigrants par an. On constate que pour un faible seuil migratoire, lorsque l’indice de fécondité des Québécoises est de 1,6, il faut 58 ans pour que le poids démographique des Canadiens français chute de 1 %. Lorsque l’indice de fécondité est de 2,6 enfants par femme, il faut attendre 95 ans pour obtenir un déclin équivalent. Lorsque les seuils deviennent modérés, on constate curieusement que l’indice de fécondité n’a presque plus d’effet dans l’intervalle étudié. Pour 5 000 immigrants par an, un déclin de 1 % du poids démographique des Canadiens — français est obtenu en 24 ans lorsque l’indice de fécondité est de 1,6, alors qu’il est obtenu en 26 ans pour un indice de 2,6 enfants par femme. Lorsque les seuils migratoires deviennent importants, l’effet de l’indice de fécondité sur le déclin du groupe d’intérêt est imperceptible : pour 20 000 immigrants par année, le poids démographique des Canadiens français diminue [tous les] sept ans, indépendamment du fait que la fécondité soit de 1,6 ou 2,6 enfants par femme.

Ce constat recoupe les conclusions de l’analyse de sensibilité réalisée préalablement, soit que le recul du poids démographique des Canadiens français est exclusivement expliqué par nos taux d’immigration élevés. Éviter la question des seuils d’immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondités pour maintenir [le] poids démographique [des Canadiens français] est inutile. 

[Il est vrai que le nombre d’immigrants (près de 50 à 60 000/an) est tellement important qu’il approche désormais le nombre de naissances au Québec (environ 80 000/an). Dans ces circonstances, un indice de fécondité « occidental » moderne typique ne permet pas de corriger la situation. En outre, si l’indice de fécondité des Canadiennes françaises au Québec est similaire, en réalité légèrement inférieur, à celui des non Canadiennes françaises déjà installées au Québec, la hausse de l’indice général de fécondité au Québec ne change pas grand-chose à la composition ethnique préexistante, puisque toutes les catégories voient leur nombre augmenter et qu'il y a déjà tellement de non-Canadiennes françaises. Il en va autrement si l’indice de fécondité des Canadiennes françaises venait à être bien plus important que celui du reste de la population et adoptait un indice de fécondité similaire à celui des années 60 au Québec (2,8 enfants/femme en moyenne sur la décennie) ou mieux encore à l’israélien (3,1 enfants/femme, avec 2,2 enfants/femme laïque, 2,7 enfants/femme traditionaliste, 4 enfants/femme orthodoxe et 7,1 enfants/femme ultraorthodoxe en 2018). Cela semble peu réaliste actuellement quand on considère les valeurs transmises par l’école et les médias québécois francophones qui n’accordent que peu d’importance à la natalité. Nous pensons qu’il faut à la fois, au plus tôt, diminuer l’immigration et favoriser la natalité des francophones.]

L’analyse est présentée dans le tableau 3 de mon article, reproduit ci-dessous.

Tableau 3. Nombre d’années requises pour réduire le poids démographique de l’ethnie canadienne-française de 1 % selon différents niveaux d’immigration et de fécondité — analyse à partir de l’an 2014

SYNTHÈSE

Le but de cette recherche est d’[examiner] l’impact de l’immigration sur le poids démographique des groupes ethniques locaux en présentant une étude de cas. Dans cette étude, l’ethnie canadienne-française, un groupe formant la majorité dans la province de Québec, a été étudiée pour évaluer l’impact de l’immigration sur son poids démographique. Il a été découvert que l’ethnie canadienne-française est passée de 79 % en 1971 à 64,5 % en 2014. Les projections indiquent que ce groupe glissera sous la barre des 50 % en 2042, puis à 45 % en 2050. De plus, il a été démontré que, passé un certain seuil d’immigration, le taux de fécondité des Québécoises n’a plus d’impact sur le déclin de l’ethnie canadienne-française. Une fois atteint le cap des 20 000 immigrants par année, l’augmentation de la fécondité de 1,6 à 2,6 enfants par femme ne parvient pas à ralentir le déclin du poids démographique des Canadiens français. Au-delà d’un certain seuil migratoire, le déclin démographique des Canadiens français est strictement dicté par l’immigration. Ainsi, s’il est projeté que les Canadiens français glisseront sous les 50 % en 2042, selon les tendances actuelles réduire l’immigration à 30 000 immigrants par an permet de repousser cette échéance à 2056. Ces résultats sont sans surprise puisqu’ils s’expliquent principalement par le rapport existant entre les seuils d’immigration actuelle et le nombre de naissances au Québec. Par exemple, en 2016, le Québec comptait 52 000 nouveaux arrivants pour 85 000 naissances [dont de nombreuses non canadiennes françaises].

RÉFÉRENCE :

Charles Gaudreault (2019), The impact of immigration on local ethnic groups’ demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec, Nations and Nationalism (article sous presse, disponible en ligne)

L’article en HTML : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/nana.12568 

L’article en version PDF : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/nana.12568