lundi 9 novembre 2015

Sexologue clinicienne : « les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route »

La sexologue clinicienne, Sœur Marie-Paul Ross, quitte le Québec pour s’installer en Acadie. Selon Radio-Canada, son arrivée pourrait transformer les cours de sexualité dans les écoles du Nouveau-Brunswick. Plusieurs pays lui ont fait part de leur intérêt, mais c’est l’Acadie qu’elle a choisie. « C’est vraiment ici, je n’ai pas de doute, confie-t-elle. Je me suis sentie tout de suite dans la place où je sentais qu’il fallait faire quelque chose pour le monde. » Elle compte ouvrir un centre de santé international à Cocagne. La sœur a elle-même dessiné le plan de l’Institut de développement intégral. Diverses thérapies seront offertes, mais la priorité sera la santé sexuelle des jeunes. « C’est un institut qui se veut unique au monde, explique-t-elle. Il est unique au monde de par sa méthode et on veut qu’il soit international. » Docteure Ross souhaite aussi former des intervenants qui se déplaceront dans les écoles.

Point de non-retour


Marie-Paul Ross dresse un bilan extrêmement dur à l’égard des jeunes Québécois. Selon elle, le point de non-retour est atteint. « Ce n’est pas normal que nos jeunes ne veuillent pas entendre parler d’une sexualité saine, dit-elle. On le sait que leur éducation sexuelle c’est la pornographie. » « C’est la pornographie qui a pris le pouvoir sur l’éducation sexuelle. Donc c’est une éducation à la déviance sexuelle. » — Marie-Paul Ross. Elle est convaincue que les cours de sexualité en milieu scolaire font fausse route. La spécialiste croit qu’il faut impliquer les sentiments. « Le condom ils s’en foutent, la protection, les grossesses non désirées. Ils ne sont pas là, ils sont dans la passion et l’excitation. »

Inefficaces pour lutter contre les maladies sexuellement transmissibles

Notons que les cours d’éducation à la sexualité souvent vendue aux parents comme essentiels pour éviter des « comportements à risques » n’ont pas fait leurs preuves à ce titre : il y a recrudescence des maladies vénériennes dans les pays occidentaux, peu importe la présence d’éducation à la sexualité moderne. Voir Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?, Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède.

Voir aussi

Humour — « Une majorité des Québécois préfèrent la connaissance à l’ignorance »

Québec — éducation sexuelle : dispense en 1992, aucune exemption en 2015.

Le syndicat CSQ suggère des livres homosexuels et transgenres aux garderies et écoles primaires

Projet-pilote à l’école : lutte aux stéréotypes, sextos, homosexualité et porno au menu

Québec — une quinzaine de projets-pilotes en éducation à la sexualité seront mis en place

Étude : Environ 70 % des ados qui se disaient LGBT se déclarent hétérosexuels par la suite

Le cours d’éducation sexuelle ontarien évite-t-il l’augmentation du nombre de maladies vénériennes ?

Malgré l’éducation sexuelle, recrudescence des maladies vénériennes en Suède

Peter Hitchens : Plus d’éducation à la sexualité cause plus de maladies sexuelles et de grossesses parmi les adolescentes (exemples en Angleterre), vidéo (en anglais) devant audience à Norwich.


dimanche 8 novembre 2015

Palmarès 2015 des écoles secondaires: le privé domine toujours

L’Institut Fraser a publié samedi son palmarès des écoles secondaires du Québec, attribuant aux écoles une cote sur 10 points. Sans surprise le privé domine toujours occupant la quasi-totalité des 50 premières positions sur 452 écoles analysées.

En comptant quelques égalités au 50e rang, 47 écoles privées et seulement 6 écoles publiques occupent les 50 premières places de ce palmarès réalisé à partir des résultats scolaires des élèves en 2013-2014.

La cote décernée à chaque établissement est essentiellement basée sur la moyenne des résultats des élèves de 4e et 5e secondaire aux examens du ministère de l’Éducation dans cinq matières : langue d’enseignement, langue seconde, mathématiques, science et technologie ainsi qu’histoire et « éducation à la citoyenneté ».

L’auteur de l’étude, Peter Cowley, explique à Métro qu’il s’agit des seules données que les systèmes provinciaux d’éducation produisent annuellement et de manière généralisée. « Les gens me demandent souvent ce qu’il en est des autres habiletés développées à l’école. Je leur dis qu’ils ont raison, mais nous n’avons pas ces données », affirme ce Britanno-colombien qui produit des rapports similaires pour l’Alberta, l’Ontario et la Colombie-Britannique.

En plus des résultats aux cinq matières, les autres facteurs qui influencent la cote d’une école sont le taux d’échec dans ces mêmes matières, l’écart de réussite entre les filles et les garçons, l’écart entre les notes de l’année et celles aux examens du ministère et le pourcentage d’élèves qui finiront leur secondaire plus d’un an après la date prévue.

Le pourcentage d’élèves handicapés ou en difficultés d’apprentissage est aussi fourni à titre indicatif, mais n’influence pas la cote. Questionné à savoir s’il aimerait faire de même avec les écoles qui utilisent un test d’entrée, M. Cowley répond que « cette information n’est probablement pas compilée par le ministère de l’Éducation, mais que si c’était le cas, [il] la demanderait ».

Bien conscient que plusieurs autres facteurs sont importants dans le choix d’une école, l’auteur souhaite que ce classement ne soit qu’une aide pour les parents quand vient le temps de décider d’un établissement où envoyer leurs enfants. « J’espère que très peu de parents utilisent ce rapport comme seule information pour choisir une école, parce que ce n’est pas bon du tout », insiste M. Cowley.

Selon l’auteur, l’indicateur le plus utile pour les parents et celui de la tendance qui différencie les écoles qui maintiennent leur cote de celles qui l’améliorent ou qui perdent des points. « On ne devrait pas regarder seulement la plus récente cote globale puisqu’on n’a aucune idée de l’évolution dans le temps », dit-il. Les établissements qui obtiennent une flèche vers le haut ou le bas sont ceux qui, sur cinq ans, ont un changement statistique significatif. « Devant un résultat stable, j’espère que les directeurs d’écoles et les parents vont se demander : “pourquoi certaines écoles s’améliorent et pas nous” et qu’ils trouveront ce que ces écoles font de bien », explique Peter Cowley.

Écoles privées dominantes

Le fait que les écoles privées dominent le classement québécois d’année en année est prévisible selon M. Cowley. Il observe d’ailleurs la même tendance en Alberta et en Colombie-Britannique, où les écoles privées sont, comme au Québec, financées par le gouvernement. « Si les parents veulent que leurs enfants aillent dans une école où la performance académique est importante, et s’ils paient pour ça, ils vont l’exiger de l’école, indique M. Cowley. Donc l’école privée est mieux d’avoir de bons résultats, ou elle va perdre son marché. » Comme facteur avantageant les écoles privées, il cite aussi l’effet d’entraînement entre les jeunes lorsque l’on voit que tout le monde autour réussit bien à l’école.

10 meilleures écoles privées

(École – ville – cote sur 10)

Jean-de-Brébeuf — Montréal — 10

Jean-Eudes — Montréal – 9,9

Sainte-Anne de Lachine — Montréal – 9,8

Notre-Dame — Montréal – 9,7

Saint-Joseph de Hull — Gatineau – 9,7

Saint-Nom-de-Marie — Montréal – 9,5

Durocher Saint-Lambert — Saint-Lambert – 9,4

Sainte-Marcelline — Montréal – 9,4

Jean de La Mennais – La Prairie – 9,4

Keranna — Trois-Rivières – 9,4

10 meilleures écoles publiques

École d’éducation internationale — McMasterville – 9,7

École internationale de Montréal — Westmount – 9,5

École d’éducation internationale — Laval – 9,3

Cardinal-Roy — Québec – 8,8

Royal West — Montréal-Ouest – 8,6

Mont-Royal — Mont-Royal – 8,6

Vincent Massey — Montréal – 8,2

Académie de Roberval — Montréal – 8,2

Le tandem — Victoriaville – 8,2

Vallée-des-Lacs — Saint-Michel-du-Squatec – 8,0

5 meilleures écoles publiques francophones à Montréal

(École – cote – rang total)

Académie de Roberval — 8,2 – 59e

Joseph-François-Perrault — 7,2 – 111e

École Saint-Louis — 7,0 – 116e

Saint-Luc – 6,9 –121 e

FACE – 6,3 – 167e

Les centres d’éducation des adultes et de formation permanente, les écoles ayant une importante clientèle d’élèves étrangers non résidents et celles ayant moins de dix élèves en 5e secondaire ont été exclus de l’étude.

L’outil interactif de comparaison de l’Institut Fraser ici
.

Voir aussi le Palmarès de 2014.


mercredi 4 novembre 2015

Québec : un prof corrige un courriel d’alerte à la bombe truffé d'erreurs

Plus de 60 écoles québécoises ont été évacuées ce mardi après avoir reçu un courriel menaçant d’attaques à la bombe. Un message bourré de fautes d’orthographe et de grammaire, qu’un professeur a choisi de tourner en dérision.



« Au lieu de faire exploser les écoles, allez y faire un tour, c’est très instructif... » C’est ainsi qu’Étienne Forest, professeur d’informatique dans un collège québécois, a répondu à un mail menaçant les écoles de la province canadienne d’alertes à la bombe. Le message, signé par le mystérieux « collectif du Sceptre rouge », a entraîné le mardi 3 novembre l’évacuation de plus de soixante établissements scolaires. L’enseignant a choisi de dédramatiser la situation en moquant les très nombreuses fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe contenues dans le mail de menace.

Se déclarant « furieux » contre « les syndicats des professeurs », le collectif du Sceptre rouge annonce dans son message de menace le début d’une « campagne » intitulée « Quatre Jours de Mort ». Le collectif indique avoir « planté quatre bombes » dans plusieurs collèges, écoles primaires et secondaires du Québec et de l’Ontario. Face à cette menace d’attaque à la bombe, la réaction immédiate des autorités canadiennes est la prudence. Au total, 68 écoles et collèges sont évacués. Après la fouille de ces établissements, aucune bombe n’est retrouvée, comme l’indique le journal La Presse.

Un courriel de menace infesté de fautes

Étienne Forest, professeur d’informatique au Collège Lionel-Groulx dans la ville de Sainte-Thérèse, au nord de Montréal, a choisi de dédramatiser la situation avec ironie. Il s’est saisi du mail de menace, dont l’orthographe et la syntaxe sont plus que douteuses, et en a fait une correction. Il a ensuite publié le résultat sur sa page Facebook avec un message de légende directement adressé aux auteurs : « Au lieu de faire exploser les écoles, allez y [sic, sans trait d’union] faire un tour, c’est très instructif... »






Son message remporte un grand succès sur les réseaux sociaux, même s’il n’emporte pas l’adhésion de tous. Si certains félicitent le professeur pour son humour, d’autres lui reprochent de prendre un sujet sérieux trop à la légère. Beaucoup pointent et moquent également l’ignorance des auteurs du message des règles les plus élémentaires de la langue française, et suggèrent que les auteurs ont écrit le texte dans une autre langue avant de le passer dans un logiciel de traduction. Manœuvre qui expliquerait pour d’aucuns le très faible niveau de langue de la missive. Google traduit pourtant correctement « 1 bomb in a  primary school » par « 1 bombe dans une école primaire » alors que les auteurs avaient écrit « un école », erreur assez commune à l’oral au Québec...

Une enquête est ouverte pour retrouver les auteurs du courriel. La Sûreté du Québec, qui mène les investigations, indique à La Presse qu’il est « trop tôt pour déterminer combien de personnes se trouvaient derrière le ou les claviers qui ont servi à envoyer ces courriels », mais qu’il pourrait s’agir d’élèves. Mais que pour déterminer l’origine de la lettre, c’est « une enquête complexe et longue » qui s’amorce. Le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a prévenu que les auteurs des menaces seront poursuivis, même s’il s’agit d’un canular.

lundi 26 octobre 2015

France — Examen de français pour valider le diplôme d’une école d’ingénieur

C’est un fait aujourd’hui, beaucoup de jeunes font beaucoup trop de fautes. Certains font face à de grosses lacunes qui sont impardonnables à ce niveau d’étude. Le baromètre Voltaire révèle qu’en cinq ans, en France, le niveau a baissé de 6 % sur la maîtrise des règles fondamentales.



Les exercices sont simples. Des phrases où il faut identifier les erreurs : ici un problème d’accord, là un « s » en trop. Toutes les règles de français y passent. Les étudiants ont une année pour réviser et passer leur certificat. Il leur faut 500 points pour le réussir. Et il est obligatoire. L’année dernière, seuls 3 élèves sur 120 ont échoué.

lundi 19 octobre 2015

Les enseignants du Colorado inquiets au sujet du cannabis dans les écoles publiques

Une salle de conférence bondée accueillait plus de 350 administrateurs d’école et enseignants à Denver au Colorado, mercredi dernier. Ils prenaient studieusement des notes détaillées tout en poussant des soupirs collectifs alors qu’ils en apprenaient davantage sur ce que les autorités appellent la principale difficulté à laquelle les écoles Colorado sont confrontées : la marijuana.

« On nous avait assuré que la légalisation de la marijuana allait avoir un impact positif dans nos écoles », a déclaré Christine Harms, directrice du Centre de ressources en sécurité scolaire du Colorado. « Et il y a l’aspect de l’infrastructure des écoles, mais nous ne voyons pas d’énormes changements pour ce qui est des programmes de prévention du cannabis, et nos élèves en paient le prix. »

« C’est le problème n° 1 dans les écoles en ce moment », a déclaré Lynn Riemer, présidente de l’AGIR contre les drogues, un organisme à but non lucratif de sensibilisation et d’éducation sur les drogues.

Le procureur général adjoint, Michael Song, a fait une présentation sur la marijuana où il aborde le changement d’attitude des jeunes envers la marijuana et les façons dont les autorités peuvent aborder ce nouveau défi.

Des élèves se frayent un chemin à la sortie de l’école Skinner le jeudi 7 mai 2015 à Denver. La police et des équipes médicales avaient alors été appelées à l’école secondaire [12-15 ans] après avoir appris que plusieurs élèves avaient mangé des aliments comestibles à la marijuana.

Jeff Whitmore, directeur des transports pour le district scolaire de Bayfield dans le sud-ouest du Colorado, secoue la tête en signe d’incrédulité après une présentation de plus d’une heure qui couvrait les aliments comestibles au cannabis, l’attirail lié à la marijuana et les lois qui permettent de coffrer les élèves en possession de la drogue sur le terrain de l’école.

« J’ai d’abord cru que c’était comme pour l’alcool et que les enfants essaieraient de toute façon et tout cela », a dit Whitmore. « Mais c’est un peu comme s’ils font passer de l’alcool pour du soda et qu’ils le commercialisent ainsi aux enfants. Parmi les produits comestibles au cannabis, on retrouve des biscuits et des oursons de gélatine avec des quantités élevées de THC. »

Lors de la présentation, les enseignants ont pris des notes sur l’emballage de divers produits comestibles au cannabis dans l’espoir de repérer plus facilement ces produits. Ils ont également partagé leurs frustrations liées à des parents complaisants qui fument avec leurs enfants.

« Il y a un changement de culture », a dit Whitmore. « Les enfants voient leurs parents fumer et voient le cannabis commercialisé partout, et ils pensent que cela est normal pour eux de fumer. »

Bien que les données sur les incidents liés à la marijuana dans les écoles publiques du Colorado demeurent contestées et rares, de nombreux éducateurs ont dit qu’ils sont témoins d’un problème grandissant.




Source : Denver Post

dimanche 18 octobre 2015

Montaigne a écrit « tête bien faite plutôt que bien pleine », il avait la tête bien pleine et parlait des enseignants

Réjean Bergeron, enseignant en philosophie au cégep Gérald-Godin, revient sur la formule de Montaigne qu’il vaut mieux « une tête bien faite que bien pleine ».

C’est devenu un lieu commun pour ceux qui défendent les principes et les objectifs qui se retrouvent au cœur de la réforme de l’éducation du Québec que de paraphraser ce célèbre passage des Essais de Montaigne dans lequel il affirmerait que le plus important en éducation serait de faire en sorte que l’élève ait plutôt « la tête bien faite que bien pleine ».

Les fameuses maximes latines et grecques 
de la bibliothèque de Montaigne. Celui-ci parlait 
couramment le latin dès l’âge de sept ans.
Ainsi, dans une société où toutes les connaissances seraient dorénavant à la portée de nos doigts grâce à nos outils technologiques, à l’internet et en particulier à Google, l’important, selon les partisans de la réforme, ne serait plus d’inculquer des savoirs et une culture fondamentale des plus solides aux élèves, mais de développer avant tout leur créativité, leur sens critique, leur capacité d’exprimer leurs opinions, d’innover, en somme de développer leurs compétences transversales ; comme si ces dernières, qui d’ailleurs n’ont jamais été clairement définies, pouvaient se développer dans le vide.

Mais, au-delà du cliché, essayons de voir ce que voulait réellement nous faire comprendre Montaigne dans ce passage si souvent évoqué.

Premièrement, entendons-nous sur le fait que si Montaigne [1533-1592] a été en mesure de nous livrer ses réflexions sur une foule de sujets, c’est grâce à un savoir et à une culture des plus vastes. C’est parce qu’il avait tout lu, mémorisé et appris une foule de choses, qu’il a pu au fil des années nous livrer ses Essais. En fait, Montaigne avait une tête très, très pleine.

Deuxièmement, lorsqu’on lit attentivement cet extrait évoqué plus haut et tiré de cet essai qui a pour titre Sur l’éducation [Institution] des enfants, on se rend compte que Montaigne fait référence non pas aux enfants ou aux élèves, mais au « précepteur » qui serait le plus apte à faire leur éducation. En plus, si on lit la phrase au complet, on constate très bien que Montaigne ne veut absolument pas s’enfermer dans ce faux dilemme de la tête bien pleine ou de la tête bien faite, comme tentent de le faire les partisans de la réforme, en ajoutant qu’il faut exiger que le maître possède « les deux qualités », c’est-à-dire une tête bien faite et bien pleine, un bon jugement en plus d’un savoir disciplinaire des plus solides, dirions-nous aujourd’hui.

Dans cet essai, tout comme dans cet autre qui a pour titre Sur le pédantisme, il se moque des « savants » de son époque, formés dans la pure tradition scolastique du Moyen Âge, qui se contentaient de répéter ce qu’ils avaient « grappillé » dans les livres dans le but d’impressionner la galerie : « Regorger la nourriture comme on l’a avalée est une preuve qu’elle est restée crue et non assimilée. L’estomac n’a pas fait son œuvre s’il n’a pas fait changer la façon d’être et la forme de ce qu’on lui avait donné à digérer », nous explique-t-il d’une manière imagée.

Ainsi, il ne milite absolument pas pour le fait qu’il faille accumuler moins de connaissances, mais plutôt pour qu’on le fasse d’une manière authentique et organique. « Savoir par cœur n’est pas savoir », reconnaissait Montaigne. Toutefois, il avait très bien compris que « notre âme s’élargit d’autant plus qu’elle se remplit », comme il le précise, à la condition que ce contenu ait été digéré, c’est-à-dire parfaitement compris.

Reconstitution de la bibliothèque de Montaigne

Pour lui, c’est clair, il n’y a pas d’un côté la forme de la connaissance, qu’on pourrait associer aux compétences transversales, et de l’autre son contenu, c’est-à-dire l’ensemble des savoirs qu’un individu peut maîtriser.

De la même manière que la rivière a besoin d’eau pour exister, l’esprit de l’être humain doit s’abreuver de connaissances et baigner dans une culture des plus riches s’il désire avoir une pensée profonde et subtile et émettre des jugements fondés sur du solide.

Pour finir, moi aussi je m’amuserai à paraphraser Montaigne en disant qu’il est important de le lire attentivement, de faire l’effort de le comprendre, au lieu de dégorger à son sujet ce qu’on a grappillé ici et là sur Google.



[...] je voudrais aussi qu’on fût soigneux de lui [l’élève] choisir un conducteur [un maître] qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine, et qu’on y requît [exigeât] tous les deux, mais plus les mœurs [la vertu] et l’entendement [l’intelligence] que la science ; et qu’il se conduisît en sa charge d’une nouvelle manière.

On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir, et notre charge ce n’est que redire ce qu’on nous a dit. Je voudrais qu’il corrigeât cette partie, et que, de belle arrivée [d’emblée], selon la portée de l’âme qu’il a en main, il commençât à la mettre sur la montre [sur la piste, pour qu’il se montre], lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d’elle-même ; quelquefois lui ouvrant chemin, quelquefois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu’il invente [pense] et parle seul, je veux qu’il écoute son disciple parler à son tour. Socrate et, depuis, Arcésilas faisaient premièrement parler leurs disciples, et puis ils parlaient à eux. Obest plerumque iis qui discere volunt auctoritas eorum qui docent. [« L’autorité de ceux qui enseignent nuit la plupart du temps à ceux qui veulent apprendre. » Cicéron, De natura deorum]

Il est bon qu’il le fasse trotter devant lui pour juger de son train [allure] et juger jusqu’à quel point il se doit ravaler [descendre] pour s’accommoder à sa force. À faute de cette proportion nous gâtons tout ; et de la savoir choisir, et s’y conduire bien mesurément, c’est l’une des plus ardues besognes que je sache ; et est l’effet d’une haute âme et bien forte, savoir condescendre à ses allures puériles (4) et les guider. Je marche plus sûr et plus ferme à mont [en montant] qu’à val [en descendant]. Ceux qui, comme porte [le veut] notre usage, entreprennent d’une même leçon et pareille mesure de conduite régenter [de diriger] plusieurs esprits de si diverses mesures [capacités] et formes [natures], ce n’est pas merveille [étonnant] si, en tout un peuple d’enfants, ils en rencontrent à peine deux ou trois qui rapportent [retirent] quelque juste fruit de leur discipline [enseignement].

Qu’il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie. Que ce qu’il viendra d’apprendre, il le lui fasse mettre en cent visages et accommoder à autant de divers sujets, pour voir s’il l’a encore [déjà] bien pris et bien fait sien [...]. C’est témoignage de crudité [mauvaise digestion] et indigestion que de regorger la viande [rendre la nourriture] comme on l’a avalée. L’estomac n’a pas fait son opération, s’il n’a fait changer la façon et la forme à ce qu’on lui avait donné à cuire [digérer] [...]
Extrait du chapitre 26 des Essais : De l’Institution des Enfans


Cannabis : pourquoi la légalisation n'est pas la solution

Le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve (socialiste), a déclaré qu’il était « favorable au plus large débat » sur le cannabis en France. Le candidat au poste de Premier ministre du Canada, Justin Trudeau [« libéral »] a déclaré qu’il était non seulement en faveur de la décriminalisation, mais de la légalisation du cannabis.



Une erreur, selon Serge Lebigot, pour qui une légalisation serait irresponsable et dangereuse.


Serge Lebigot est le président de l’association Parents contre la drogue. Il a notamment écrit Cannabis : Ce que les parents doivent savoir, et Le Dossier noir du cannabis.

 Il a été interrogé par le FigaroVox, extrait :

— Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve s’est déclaré favorable à un large débat sur le cannabis, tandis que le grand quotidien américain New-York Times a plaidé dans un édito le 30 juillet pour la légalisation du cannabis, comparant son interdiction à la Prohibition. L’argument invoqué par le journal est que le cannabis serait moins dangereux pour la santé que l’alcool. Est-ce vrai ?

Serge LEBIGOT. — Le cannabis et l’alcool ne fonctionnent pas de la même façon.

Le cannabis fumé envahit les poumons, puis passe très rapidement du sang aux graisses du cerveau où il se fixe durablement. Aucune barrière ne l’arrête.
L’alcool est ingéré. Dans le système digestif il existe un filtre, le foie, barrière qui n’existe pas dans le système respiratoire.

Pour le NIDA [National Institute on Drug Abuse], organe gouvernemental américain, l’utilisation du cannabis chez les adolescents fait quelque chose que l’alcool ne fait pas. Il cause des dommages permanents au cerveau, notamment l’abaissement du QI.

Le haut responsable de l’Official National Drug Control Strategy R. Gil Kerlikowske répertorie le cannabis comme l’une des quatre principales drogues [cocaïne, héroïne, cannabis et méthamphétamine].

— Pourquoi ne pourrait-on pas envisager un usage réglementé du cannabis, comme c’est le cas pour l’alcool et le tabac ? Y a-t-il une différence de nature ou de degré entre le cannabis et l’alcool et le tabac qui peuvent aussi être considérés comme des substances addictives ?

— Le tabac, bien qu’il cause une dépendance, n’entrave pas les fonctions cérébrales. On peut en dire autant de l’alcool s’il est consommé avec modération. Il n’existe pas de consommation sans risques des drogues illicites, pas même du cannabis. Celui-ci perturbe les fonctions cérébrales, réduit le jugement, la concentration et la mémoire à court terme ainsi que la capacité d’accomplir des tâches routinières. De plus, la fumée du cannabis attaque les poumons, plus que celle du tabac.

De plus, pensez-vous que l’alcool soit le modèle que nous devrions utiliser pour le cannabis ? Environ 45 000 personnes meurent chaque année des conséquences de l’alcool en France. Quant au tabac, est-ce que sa vente libre le rend moins dangereux pour les fumeurs ? Le tabac tue environ 60 000 personnes par an en France.

Voulons-nous vraiment faire les mêmes erreurs avec le cannabis que celles que nous avons faites avec l’alcool et le tabac ?

Notre but ne doit-il pas être de réduire l’usage et les dommages conséquents associés à toutes les drogues.

— Un des arguments invoqués par le NYT est le coût « immense » pour la société de l’interdiction du cannabis. Est-ce une réalité ? L’État ne pourrait-il pas au contraire remplir ses caisses en taxant la consommation de cannabis légale comme il le fait pour l’alcool et le tabac ?

— Le NYT pense-t-il que l’état collectera suffisamment de taxes pour compenser les coûts sociaux et économiques [santé, traitement, prévention, application de nouvelles lois, l’administration, etc.] qu’entraîneront la hausse marquée de l’usage et de l’abus du cannabis ?

Comment fera-t-il pour que cela soit différent de ce qui se passe maintenant avec l’alcool et le tabac. Les taxes générées par l’alcool et le tabac sont loin de couvrir les dépenses de santé et moins encore le coût humain.

— L’interdiction du cannabis crée toute une économie parallèle et soumet des quartiers entiers, notamment en France, à l’empire des dealers et de leur violence. Légaliser le cannabis ne permettrait-il pas de lutter efficacement contre cette délinquance ?

— Pensez-vous qu’en légalisant on empêchera les dealers de vendre du cannabis ?

Cette affirmation ne tient pas compte de la souplesse dont peut faire preuve le crime organisé dans le choix de ses modes de production afin de générer une nouvelle demande et de nouvelles sources de revenus.

Il faut vraiment être naïf pour croire que les groupes criminels vont se laisser si facilement enlever les gains immenses du trafic de cannabis. L’exemple de la prohibition de l’alcool aux États-Unis le démontre parfaitement. Est-ce que le crime organisé est parti lorsque l’alcool a été légalisé ? Non seulement la mafia ne s’est pas écroulée, après la levée de l’interdiction en 1933, mais au contraire, elle a agrandi ses réseaux. De plus, la consommation d’alcool, qui avait fortement baissé pendant la prohibition, a repris considérablement, ce qui a provoqué une augmentation des problèmes de santé.

Dans le monde entier, le commerce de la drogue se trouve entre les mains du crime organisé. Il fait de gros bénéfices lorsqu’il écoule beaucoup de marchandises. À chaque levée de prohibition des stupéfiants, il y a davantage de personnes qui prennent de la drogue et ceux qui sont déjà toxicomanes en consomment de plus grandes quantités. Cela a été le cas avec l’opium en Chine, au XIXe siècle. Une légalisation accroît donc de façon vertigineuse les profits du crime organisé. En légalisant le cannabis, l’État deviendra le partenaire commercial des groupes criminels. Ainsi, le commerce du cannabis et le blanchiment de l’argent ne pourront plus être combattus efficacement. Ce sont les réseaux criminels organisés au niveau international qui en seront les grands profiteurs, les consommateurs et leur famille devront en supporter les conséquences.

Même si, en cas de légalisation, les prix de vente étaient maintenus très bas, le crime organisé gagnerait donc toujours des sommes colossales. De plus, il le fera en toute légalité.

Et après que faudra-t-il faire pour les autres drogues que le crime organisé vend [héroïne, cocaïne, ecstasy, etc.]. Faudra-t-il les légaliser également ?

Comme vous pouvez le constater, non seulement on ne se débarrassera pas du crime organisé, mais au contraire, c’est légalement que les trafiquants de drogue continueront leur commerce, au moins aussi bien, sans être dérangés. Et les problèmes resteront les mêmes que maintenant.

Prenons l’exemple de la Suède qui avait précédemment une politique de drogue libérale. Maintenant, elle a le niveau le plus bas d’utilisation de drogue parmi les pays de l’OCDE. La Suède a fortement réussi sa politique restrictive de la drogue. À la différence d’une approche de tolérance zéro qui pousse juste les gens dans les prisons, elle a tout axé sur la prévention de l’utilisation de drogue. Cette politique a l’appui de 95 % de ses citoyens.

L’une des clés du succès du modèle suédois est la réadaptation obligatoire pour ceux accros aux drogues. L’éducation scolaire suédoise ne suppose pas, comme le font trop souvent un certain nombre d’associations en France, que l’utilisation de drogues illicites est normale ou devrait être socialement acceptée.

Voir aussi

Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée

D'autres billets sur la drogue


Chine — Shanghaï, les meilleurs élèves du monde ?

Shanghai ou Chang-Haï regroupe plus de 23 millions d’habitants. Les écoliers de la capitale économique de la Chine, dominent le classement PISA qui compare les résultats des élèves du monde entier. Comment expliquer un tel succès ?



Des élèves soumis à un rythme intensif et à une discipline de fer… L’enseignement met en avant presque exclusivement les sciences, les langues étrangères et les méthodes traditionnelles d’enseignement. Trois heures de devoirs par jour, puis des heures d'études autonomes ou en cours particuliers.

Dirigeants, professeurs et élèves n’ont qu’une idée en tête : devenir l’élite de leur pays et le faire rayonner partout dans le monde. Les enfants acceptent les efforts consentis souvent par patriotisme.

Les écoles publiques pratiquent la sélection et le classement des élèves dès les plus petites classes. Les écoles privées, elles, proposent une éducation sur mesure et onéreuse : des cours de soutien, mais aussi des programmes spécialisés pour ceux qui veulent étudier à l’étranger – Harvard, Yale, Polytechnique ou le MIT. De plus en plus, ces établissements prestigieux voient affluer des étudiants venus de Chang-Haï, dont le niveau en sciences et en mathématiques dépasse largement celui de leurs camarades occidentaux.

vendredi 9 octobre 2015

Pour un retour à la multiplicité des formations d'enseignant

L’essayiste Benoît Melançon dans un entretien avec le Devoir (sur lequel nous avons au demeurant des réserves) évoque ce qui semble une solution de bon sens :
Depuis 1994, si vous voulez enseigner au secondaire — en français, histoire, chimie, maths, qu’importe… —, il n’y a qu’une filière unique : vous entrez en sciences de l’éducation, où vous faites de la pédagogie et du contenu disciplinaire. Dans une structure comme celle-là, qui dure quatre ans, le contenu disciplinaire n’est pas majoritaire. Auparavant, il existait au moins deux voies d’entrée dans la profession, soit en faisant beaucoup de pédagogie et un peu de discipline, ou vice-versa. J’aimerais bien qu’on revienne à ce modèle à filières multiples. Mes étudiants en littérature française ne peuvent pas enseigner au secondaire. Et les étudiants en sciences de l’éducation qui viennent suivre mon cours cumulent moins d’heures en littérature que ceux du bac. Un modèle plus ouvert permettrait plus de contenu disciplinaire. Ma proposition, c’est de diversifier les formations actuelles. Et ensuite, on verrait ce qui marche le mieux à l’école.
Reste à savoir qui sera « on » et s’il faut considérer « l’école » comme un monolithe et qu'un seul parcours de formation sera toujours meilleur que l'autre.

Pourquoi pas une multiplicité de parcours et laisser le choix d’embaucher et de « voir » aux directions d’école et, donc indirectement, aux parents qui choisiront ces écoles ?

jeudi 8 octobre 2015

Écoles privées – Québec annule des coupes de 11 millions $

Le gouvernement Couillard annule des compressions de 11 millions $ aux écoles privées. Ces coupes auraient pu aussi avoir des « effets collatéraux négatifs » sur le réseau public, selon lui. Le ministre de l’Éducation, François Blais, a décidé de ne pas abolir en totalité la subvention pour le transport scolaire destinée aux écoles privées. Cette subvention de 21 millions $ devait être supprimée sur une période de trois ans. En 2014-15 et cette année, elle a été réduite de 10 millions $ au total. Le reste, 11 millions $, devait être retiré l’an prochain, en 2016-17. Il ne le sera finalement pas.

Québec plaide que l’abolition complète de la subvention aux écoles privées risquait également d’avoir un impact sur le réseau public. Des établissements privés ont des ententes avec des commissions scolaires pour assurer le transport de leurs élèves. Toutes ces ententes auraient été remises en question ; certaines l’ont d’ailleurs déjà été. La facture des commissions scolaires, liées par contrat à des transporteurs, aurait pu augmenter, selon le gouvernement. La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) craignait ces impacts possibles. Elle a demandé au gouvernement que ses membres n’essuient aucune perte financière et que les écoles privées assument en totalité la facture liée à l’abolition de la subvention. Québec a finalement choisi de maintenir en partie l’aide aux écoles privées. « Si on allait plus loin [avec les coupes], on avait aussi des impacts sur les commissions scolaires, parce que le transport des élèves du privé, c’est souvent organisé avec les commissions scolaires. Pour éviter les effets collatéraux négatifs, le budget est de 11 millions $ et restera à ce niveau-là », explique Julie White, attachée de presse du ministre Blais.

La FCSQ précise que la réduction de la subvention pour le transport scolaire destinée aux écoles privées a déjà eu « un impact financier sur certaines commissions scolaires ». Pour l’instant, Québec ne prévoit pas de récupérer autrement auprès des écoles privées les 11 millions $ de coupes qui viennent d’être annulées. Il fait valoir que les compressions imposées au privé sont équivalentes à celles imposées au public.



Source : La Presse