jeudi 27 août 2026

Paraguay : engouement pour le guarani


Une heure à peine après le début de leur cours de guarani, les étudiants en médecine de l’Université nationale d’Asunción sont déjà captivés. Un groupe prodigue des « pytyvõpya’ehasývape » (premiers secours) pour un « kangue opě » (fracture). Un autre s’inquiète qu’un problème au niveau du « tajygue mboaty rehe » (système nerveux) puisse nécessiter un « ñembovo » (intervention chirurgicale). 

Ce cours, obligatoire pour les futurs médecins, s’inscrit dans une série de mesures visant à promouvoir la langue autochtone. Peu d’étudiants semble s’en plaindre. « J’adore parler le guarani, confie Tadeo Ramírez, en première année. C’est bien plus convivial que l’espagnol. »

Un tel engouement reflète le renouveau du guarani, langue ancestrale du Paraguay. Bien que seulement 2,3 % de la population s’identifient comme autochtones, près de 90 % la comprennent. Près de 40 % la parlent quotidiennement à la maison, selon une récente enquête, en plus de l’espagnol. C’est l’un des taux de bilinguisme les plus élevés au monde, bien devant des pays officiellement bilingues comme le Canada et l’Irlande.  La plupart pratiquent le yopará, dont le nom même signifie « mélange » : une fusion naturelle entre les deux langues. « C’est notre lingua franca », résume Miguel Ángel, chauffeur de taxi.

Pendant des décennies, les élites paraguayennes ont tourné le dos au guarani, le reléguant au rang de patois de campagne. Ses sons nasaux, ses occlusions glottales ? Objet de moquerie. Dans les années 1950-1960, le dictateur Alfredo Stroessner avait même découragé son usage à l’école. Il faudra attendre 1992 et le retour de la démocratie pour que le guarani soit enfin reconnu comme langue officielle, aux côtés de l’espagnol. Une loi de 2010 a instauré un programme scolaire et une administration bilingues. Aujourd’hui, les Paraguayens peuvent choisir de voter, de se marier et d’être jugés en guarani.

L’engouement pour le guarani s’affiche partout. En juin, les supporters de football ont attribué leur victoire au Mondial contre l’Allemagne à « l’esprit guarani ». En mai, l’orchestre symphonique national a osé une première : l’« Ode à la joie » de Beethoven… en guarani. Et en avril, la reine Letizia d’Espagne a surpris tout le monde en entamant son discours pour le centre culturel espagnol par un « ¡Vy’apavě ne arambotýre ! » — un « Joyeux anniversaire ! » qui a fait date.

Les jeunes emboîtent le pas. Des influenceurs inondent TikTok et Instagram de tutoriels de vocabulaire ; des artistes diffusent du rap et du jazz yopará sur Spotify. Les parents branchés donnent à leurs enfants des prénoms comme Yerutí (colombe) et Marangatu (vertueux).

Certains s’inquiètent de voir que ce bilinguisme croissant résulte davantage de l’apprentissage de l’espagnol par les locuteurs du guarani que l’inverse. La proportion de locuteurs monolingues du guarani est passée de 28 % en 2002 à 12 % en 2022. « C’est un processus de supplantation », explique Arnaldo Casco, du Secrétariat de la politique linguistique (SPL). Ce dernier a réagi en publiant une multitude de contenus en guarani, allant des dictionnaires techniques à la poésie. « Le guarani doit couvrir toutes les sphères de l’interaction sociale », affirme Javier Viveros, le directeur du SPL.

D’autres se montrent plus sereins. Le monolinguisme espagnol stagne. Le guarani est présent sur Google Translate et Wikipédia (« Vikipetã »). Le personnel du SPL entraîne actuellement de grands modèles linguistiques sur cette langue. Les normes sociales ont évolué. María del Carmen Giménez, de l’Institut Patria Soñada, en sourit encore : « Nous qui devions nous hésitions à parler guarani enfants, aujourd’hui, nous le parlons sans complexe. » 

L’Italie propose de limiter le nombre d’enfants issus de l’immigration dans les classes

Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a proposé de plafonner à 30 % la proportion d’enfants issus de l’immigration dans les classes italiennes.

Cette proposition a été présentée par Giuseppe Valditara, le ministre de l’Éducation, qui souhaite également interdire le port de la burqa à l’école.

La coalition conservatrice souhaite aussi rendre obligatoires les cours d’italien pour les parents d’enfants issus de l’immigration, dans le cadre de mesures visant à favoriser l’intégration et à éviter la formation de ghettos culturels.

Les parents qui ne scolarisent pas leurs enfants pourraient faire l’objet de poursuites et être condamnés à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

« Il est fondamental qu’il n’y ait pas un pourcentage trop élevé d’enfants étrangers dans une classe, car cela signifie qu’ils auront plus de mal à apprendre l’italien et les valeurs de notre communauté », a déclaré le ministre.

« Je proposerai de rendre obligatoire l’apprentissage de l’italien pour les parents dont les enfants rencontrent des difficultés scolaires. »

Le ministre Giuseppe Valditara prévoit une nouvelle circulaire pour renforcer une directive de 2010 déjà existante. Les Uffici scolastici territoriali devront coordonner la répartition des élèves étrangers — surtout ceux qui maîtrisent mal l’italien — dans les classes du même établissement et dans les écoles de proximité (« scuole di vicinato » / « scuole di prossimità »). 

Valditara a précisé explicitement qu’on ne pourra pas envoyer un élève « à plusieurs kilomètres de chez lui ». Il insiste plutôt sur le fait que le vrai levier est ailleurs : les politiques résidentielles des communes, pour éviter la formation de « ghettos ». 

« Il est fondamental qu’un parent connaisse notre langue et communique avec les enseignants ; trop de parents d’enfants étrangers ne se présentent pas à l’école, alors que c’est important. »

Il a précisé que le taux d’absentéisme chez les enfants issus de l’immigration s’élevait à 26 %, contre 6 % chez les enfants italiens.

Ces propositions seront débattues lors d’une conférence à l’automne, qui réunira des enseignants, des syndicats, des conseils d’élèves et des responsables politiques, a indiqué M. Valditara.

L’Italie « accueille les migrants », a-t-il déclaré, mais ceux-ci doivent comprendre « l’identité et les valeurs » du pays.

La démographie italienne a évolué au cours des dernières décennies sous l’effet de l’immigration, passant d’une population uqsiment exclusivement blanche et d’origine italienne à une société multiculturelle.

On compte aujourd’hui 930 000 enfants non italiens dans les écoles du pays, soit près de 12 % de l’effectif total. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 3,5 % enregistrés il y a deux décennies.

Dans certaines écoles, cette proportion est bien plus élevée, notamment dans le nord du pays, où une économie relativement florissante tend à attirer davantage de familles immigrées.

Environ 43 % des enfants issus de l’immigration viennent d’Europe, principalement de Roumanie, d’Albanie, d’Ukraine et de Moldavie. Environ 32 % proviennent de pays africains, principalement du Maroc, d’Égypte, de Tunisie, du Nigeria et du Sénégal.

Un cinquième vient d’Asie, principalement du Bangladesh, de Chine, d’Inde, des Philippines et du Pakistan. Un peu plus de 8 % viennent d’Amérique latine, principalement d’Équateur et du Pérou.

Un syndicat qualifie la proposition de « myope »

L’emprisonnement des parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école a été qualifié de « myope » par la FLC-CGIL, un syndicat d’enseignants.

« Rendre l’enseignement de l’italien obligatoire pour les parents d’enfants issus de l’immigration n’est pas de l’intégration : c’est une sanction imposée par décret, qui risque de produire exactement l’effet inverse. Rendre cet apprentissage obligatoire ne rapprochera pas les familles des écoles : cela ne fera que les criminaliser », a déclaré le syndicat.

Les détracteurs affirment que le gouvernement adopte des positions de plus en plus intransigeantes sur des questions comme l’immigration et l’identité, dans le but de devancer un nouveau parti d’extrême droite fondé plus tôt cette année par Roberto Vannacci, un ancien commandant des forces spéciales de l’armée italienne.

« Avenir national », le parti de M. Vannacci, recueille plus de 7 % des suffrages au niveau national, selon les sondages. Il a éclipsé la popularité de la Ligue, l’un des trois partis de la coalition au pouvoir.

M. Vannacci, qui a servi en Afghanistan et en Irak, a dévoilé cette semaine davantage de détails sur le programme de son parti, appelant au déploiement de troupes dans les rues des villes italiennes pour maintenir la sécurité et à l’enseignement des valeurs militaires dans les écoles.

Il souhaite l’interdiction des bloqueurs de puberté et du changement de sexe chez les adolescents, ainsi qu’un accès restreint à l’avortement.

Les unions civiles entre couples homosexuels seraient interdites, et son parti mènerait une politique très controversée de « remigration », consistant à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine.

Alessandro Zan, député du Parti démocrate (centre-gauche) et membre de l’opposition, a déclaré que ce programme « frôlait le nazisme ».

mardi 25 août 2026

Trump s’attaque au monopole de l’American Bar Association sur l’accréditation des facultés de droit

L’administration Trump ouvre un nouveau front dans son offensive contre les institutions de l’enseignement supérieur en contestant le rôle de l’American Bar Association (ABA), principale organisation professionnelle des juristes américains, dans l’accréditation des facultés de droit. Vendredi, le ministère fédéral de l’Éducation a engagé la procédure visant à lui retirer son pouvoir d’accréditation.

L’ABA évalue actuellement près de 200 facultés de droit. Son accréditation constitue une sorte de label officiel de qualité, indispensable notamment pour que les établissements puissent donner accès à leurs étudiants aux prêts étudiants fédéraux. Dans la plupart des États américains, elle est également déterminante pour qu'un diplômé puisse se présenter à l'examen du barreau, condition nécessaire pour obtenir le droit d'exercer comme avocat.

L’administration Trump reproche à l’ABA de ne pas être suffisamment indépendante de la profession juridique qu’elle représente. Un rapport de près de 500 pages du ministère de l’Éducation affirme également que son organisme d’accréditation aurait laissé des considérations politiques et idéologiques influencer ses exigences. L’administration lui reproche notamment d’avoir encouragé les facultés de droit à adopter des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion.

David Barker, haut responsable du ministère de l’Éducation, estime que le système actuel fonctionne comme un cartel, puisque l’ABA occupe une position dominante sans véritable concurrence. Selon lui, l’absence de concurrence permet aux organismes d’accréditation d’imposer plus facilement leurs propres orientations politiques.

L’ABA rejette ces accusations. Melissa Hart, qui préside son conseil d’accréditation, affirme que celui-ci respecte les exigences fédérales et se concentre sur la qualité de la formation, afin de produire des juristes compétents et respectueux des règles déontologiques.

La procédure est cependant loin d’être terminée. La recommandation du ministère doit encore être examinée par une instance fédérale chargée d’évaluer les organismes d’accréditation, avant qu’une décision finale ne soit prise au ministère de l’Éducation. Il faudra donc plusieurs mois, et l’issue demeure incertaine.

Si l’ABA perdait effectivement son pouvoir d’accréditation, elle ne serait pas nécessairement remplacée par un organisme unique. Les facultés de droit intégrées à une université pourraient vraisemblablement être accréditées par l’organisme qui accrédite déjà leur université. Les facultés indépendantes devraient, quant à elles, trouver un autre organisme habilité à les accréditer.


C’est précisément ce qui rend la réforme potentiellement importante sur le plan idéologique. L’administration Trump ne cherche pas officiellement à créer des facultés de droit conservatrices, mais la disparition du quasi-monopole de l’ABA pourrait permettre à d’autres organismes d’accréditation d’entrer en concurrence avec elle. Cela pourrait faciliter la création ou le développement de facultés qui se montreraient moins favorables aux exigences liées à la diversité, à l’équité et à l’inclusion, ou plus généralement moins sensibles aux orientations que les conservateurs reprochent à l’ABA.

La réforme s’inscrit dans un affrontement plus large entre l’administration Trump et l’ABA. Le ministère du Travail et la Commission fédérale du commerce ont notamment indiqué qu’ils ne soutiendraient pas la participation de leurs avocats aux activités de l’organisation. Des groupes conservateurs et plusieurs États dirigés par les républicains contestent également son rôle dans l’accréditation et ses politiques en matière de diversité.

Le conflit s’est encore aggravé lorsque Donald Trump a pris une série de mesures visant certains grands cabinets d’avocats. L’ABA a alors accusé l’administration d’utiliser le pouvoir fédéral pour sanctionner des cabinets représentant des clients qu’elle désapprouvait, contestant ses politiques devant les tribunaux ou conservant leurs propres programmes de diversité. L’association a par ailleurs obtenu gain de cause contre le ministère de la Justice après l’annulation de subventions destinées à former des avocats représentant les victimes de violences conjugales et sexuelles.

En résumé : il ne s’agit pas encore de remplacer l’ABA par un « organisme conservateur ». Il s’agit de lui retirer son rôle d’organisme d’accréditation reconnu par le gouvernement fédéral. La conséquence la plus importante pourrait être l’ouverture d’un marché de l’accréditation à plusieurs organismes concurrents — ce qui donnerait effectivement davantage de possibilités aux universités ou facultés souhaitant proposer une formation juridique moins alignée sur les orientations idéologiques actuellement associées à l’ABA.

« Paris sera toujours Paris »

Extrait de « Tranches de vie », 1985.

lundi 24 août 2026

Québec : la première ministre Fréchette contre l’autonomie et le choix des femmes

La Première ministre du Québec Christine Fréchette laisse entendre que le plan nataliste d’Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, porterait atteinte à l’autonomie des femmes. Comment ? En leur offrant notamment la possibilité de rester à la maison pour s’occuper elles-mêmes de leurs enfants, en versant l’aide directement aux familles plutôt qu’en la consacrant exclusivement au financement des services de garde.

Davantage de choix, donc. Mais, pour Mme Fréchette, cette liberté supplémentaire pourrait ouvrir la porte, dans certains foyers, à une discussion comme celle-ci : « Si tu retournes sur le marché du travail, chérie, nous n’arriverons peut-être pas à joindre les deux bouts, contrairement à ce qui se passerait si tu restais à la maison. »

On comprend surtout, dans cette réaction, qu’il serait problématique pour Mme Féchette qu’une femme puisse choisir de s’occuper elle-même de ses enfants plutôt que de retourner sur le marché du travail. C’est une conception pour le moins singulière de l’autonomie : proposer aux femmes davantage de possibilités serait une menace pour leur liberté, parce que certaines pourraient faire un choix que Mme Fréchette désapprouve.



Cette position repose sur une conception infantilisante des femmes : d’une part, celles-ci seraient apparemment trop vulnérables pour pouvoir exercer librement un tel choix ; d’autre part, l’État saurait mieux qu’elles-mêmes quelle décision est bonne pour elles.

On avait cru comprendre que le féminisme moderne avait fait du « choix » et de l’autonomie des femmes des principes fondamentaux.
Il faudrait manifestement apporter une nuance : le choix serait acceptable à condition que les femmes choisissent ce que les politiciennes leur disent de choisir.

La position de Mme Fréchette rappelle d’ailleurs certains débats féministes des années 1990, lorsque le Québec avait instauré les allocations à la naissance. Cette politique, nettement moins coûteuse que l’actuelle politique familiale, avait été vivement critiquée par certaines féministes. Claire Bonenfant, alors présidente du Conseil du statut de la femme, s’interrogeait ainsi, à propos d’une politique dont les effets natalistes étaient pourtant modestes : « Cette politique sera-t-elle une politique nataliste déguisée cherchant à nous retourner aux berceaux et aux fourneaux ou bien se présente-t-elle comme une politique de justice sociale ? »

La question demeure étonnamment actuelle. Pourquoi considérer comme suspecte une politique qui permettrait à une famille de recevoir une aide pour s’occuper elle-même de ses enfants, plutôt que de conditionner cette aide au recours à un service de garde ? Pourquoi l’État devrait-il déterminer non seulement quelles familles méritent d’être aidées, mais aussi la manière dont elles doivent organiser leur vie familiale pour recevoir cette aide ?

Dans le système défendu par Mme Fréchette, le choix n’est donc pas véritablement laissé aux familles : l’aide publique privilégie un modèle précis, celui où les enfants sont confiés à un service de garde pendant que leurs parents travaillent. Le modèle familial dans lequel un parent choisit de rester auprès de ses jeunes enfants est, lui, beaucoup moins digne du soutien de l’État.

C’est précisément ce que l’on pourrait reprocher à cette conception de l’« autonomie » : elle ne consiste plus à permettre aux femmes et aux familles de choisir entre plusieurs possibilités, mais à orienter financièrement leurs choix vers celui que le gouvernement juge souhaitable.

Une politique réellement fondée sur l’autonomie devrait faire exactement l’inverse : donner aux familles les moyens de choisir. Certaines préféreront les services de garde, d’autres voudront les grands-parents, d’autres encore souhaiteront qu’un des parents réduise son activité professionnelle ou reste temporairement à la maison. Si l’on fait confiance aux femmes, il faut accepter leurs choix même lorsqu’ils ne correspondent pas à ceux que l’on aurait faits à leur place.

L’autonomie ne consiste pas à choisir à la place des femmes. Elle consiste précisément à leur laisser le choix.


Voir aussi

La fécondité continue de chuter au Québec (article de 2016 quand la natalité était encore de 1,6 enfant/femme).

Le tarif McKinley de 1890 : quand Washington voulut faire pression sur le Canada — et renforça son identité

En 1890, Washington adopta l’un des droits de douane les plus protectionnistes de l'histoire de cette jeune république. Le Tariff Act, rapidement baptisé « tarif McKinley », portait le nom de William McKinley, alors représentant républicain de l’Ohio et président de la commission des Ways and Means (Voies et Moyens) de la Chambre des représentants. La loi, signée par le président Benjamin Harrison le 1er octobre 1890, porta le taux moyen des droits de douane à près de 50 % et releva fortement les droits sur de nombreux produits manufacturés, tout en supprimant les droits sur certains produits comme le sucre, le café et le thé.[1]

L'objectif premier était clairement protectionniste : protéger l’industrie et les travailleurs américains de la concurrence étrangère. Toutefois, certains responsables américains voyaient dans la politique commerciale un moyen de mettre le Canada sous pression et de le pousser vers une union avec les États-Unis. C’est cette dimension géopolitique qui donne à l’épisode son intérêt particulier. 

 William McKinley tient dans une main un costume en tissu ordinaire grevé d'un droit de douane de 89 %, de l’autre main une cruche de Whisky non taxé, 20 cents le gallon.

Le Canada dans la ligne de mire

À la fin du XIXe siècle, ce pays est encore une colonie autonome au sein de l’Empire britannique, un dominion. Ses liens économiques avec les États-Unis sont pourtant considérables, et les relations entre les deux pays sont compliquées par les conflits commerciaux et les disputes concernant notamment les pêcheries et les droits forestiers.

James G. Blaine, secrétaire d’État de Benjamin Harrison, était particulièrement hostile à l'idée que le Canada puisse bénéficier des avantages du marché américain tout en demeurant politiquement lié à la Grande-Bretagne. Pour lui, une intégration politique, ou plus crûment l'annexion, avec les États-Unis aurait notamment permis de régler les conflits commerciaux qui opposaient les deux pays. Blaine envisageait ouvertement la possibilité d'une future union entre les deux pays.[2]

Cette stratégie s'inscrivait dans une politique plus large de Washington visant à utiliser le commerce comme instrument de puissance.

Le Canada ne bénéficia ainsi d'aucun traitement commercial privilégié qui aurait pu amortir le choc des nouveaux droits de douane. Les importations étrangères étaient soumises au nouveau régime douanier général, tandis que Washington pouvait utiliser les dispositions de réciprocité de la loi pour négocier avec certains pays.

Une pression qui produit l'effet inverse

La réaction canadienne fut exactement contraire à celle escomptée par les partisans d'une telle stratégie.

Loin de se soumettre, une grande partie de l’opinion canadienne vit dans ces droits de douane une raison de plus pour affirmer son autonomie et renforcer ses liens avec Londres. Le député Joseph-Adolphe Chapleau expliquera ainsi en 1891 que le « tarif » américain avait finalement rendu service au Canada en lui faisant comprendre qu'il devait « se tenir sur ses propres jambes », plutôt que de compter sur les États-Unis.[3]

Le premier ministre conservateur Sir John A. Macdonald transforma à son tour la menace américaine en argument politique. Son discours nationaliste présentait l'ouverture complète du Canada au marché américain comme une menace pour son identité politique et ses liens avec l'Empire britannique. 

Cette question domina la campagne électorale fédérale de 1891. Macdonald défendait sa National Policy, fondée notamment sur des droits de douane protecteurs, tandis que les libéraux de Wilfrid Laurier étaient favorables à une plus grande réciprocité commerciale avec les États-Unis. Les conservateurs remportèrent finalement 117 sièges contre 90 aux libéraux, permettant à Macdonald de rester au pouvoir. [4]

Nouveaux débouchés

Les droits de douane américains obligèrent les Canadiens à chercher de nouveaux débouchés. Une partie du commerce qui aurait pu se diriger vers les États-Unis fut ainsi réorientée vers la Grande-Bretagne et d'autres marchés de l'Empire.

Mackenzie Bowell, ministre canadien du Commerce, résuma cette réaction par une formule devenue célèbre : le projet de loi McKinley, disait-il en substance, n'avait pas détruit le commerce canadien, mais l'avait détourné des États-Unis vers le Royaume-Uni.

Dans les deux années qui suivirent l'entrée en vigueur du tarif McKinley de 1890, les exportations agricoles canadiennes vers la Grande-Bretagne connurent une progression spectaculaire : elles passèrent de 3,5 millions de dollars en 1889 à 15 millions en 1892, soit une hausse de 11,5 millions de dollars (+329 %). Sur la même période, les exportations de produits agricoles et d'animaux vers la Grande-Bretagne augmentèrent de 16 à 24 millions de dollars, soit 8 millions de plus (+50 %).

Les statistiques doivent toutefois être maniées avec prudence : les variations du commerce canadien au début des années 1890 ne peuvent pas toutes être attribuées au tarif McKinley. Ce que l'on peut établir cependant c'est que la mesure américaine contribua à remettre en question la dépendance commerciale du Canada envers son voisin du Sud et donna un nouvel élan aux arguments en faveur de liens économiques impériaux. L'historien Marc-William Palen souligne d'ailleurs que le tarif de 1890 contribua plus largement à stimuler, dans l'Empire britannique, le mouvement en faveur d'un système commercial impérial préférentiel.[2]

Coût politique pour les républicains américains

De nombreux Américains perçurent ces droits de douane comme une mesure favorable aux industriels protégés, tandis que les démocrates dénonçaient le niveau exceptionnellement élevé des droits. Aux élections de novembre 1890, les républicains perdirent 93 sièges à la Chambre des représentants, permettant aux démocrates de prendre une large majorité. La Chambre des représentants elle-même reconnut le mécontentement suscité par la loi comme un facteur important de cette défaite.[1]

Deux ans plus tard, Grover Cleveland reconquit la présidence pour les démocrates. Ceux-ci contrôlèrent alors la présidence, la Chambre et le Sénat, et finirent par remplacer le tarif McKinley par le Wilson-Gorman Tariff Act de 1894, qui abaissa sensiblement les droits de douane.


[1] "The McKinley Tariff of 1890 | US House of Representatives: History, Art & Archives"
[2] "Protection, Federation and Union: The Global Impact of the McKinley Tariff upon the British Empire, 1890–94"
[3] "The U.S. Tariff Act of 1890 was meant to hurt Canada. Instead, it made us stronger. | Canadian Geographic"
[4] Élections fédérales canadiennes de 1891


Le Mexique mise sur la fracturation hydraulique pour conquérir son indépendance énergétique

Le gouvernement de Claudia Sheinbaum autorise sous conditions la fracturation hydraulique pour exploiter les importantes réserves de gaz de schiste du pays. Une décision motivée avant tout par la volonté de réduire sa dépendance envers les États-Unis

Dans le nord de l’État de Veracruz, les hydrocarbures ont déjà laissé des traces. La région compte près de 2 000 puits exploitant des hydrocarbures par fracturation hydraulique.

La technique, popularisée aux États-Unis depuis la fin des années 2000, consiste à injecter sous très forte pression de l’eau additionnée de produits chimiques afin de fracturer la roche et de libérer le pétrole ou le gaz emprisonné dans les formations de schiste. Elle a contribué à transformer les États-Unis en premier producteur mondial d’hydrocarbures : leur production pétrolière, qui avait atteint environ 9 millions de barils par jour à son sommet dans les années 1970, dépasse aujourd’hui 13 millions de barils.

Longtemps hostile à la fracturation hydraulique, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum vient pourtant d’en autoriser officiellement l’utilisation pour certains gisements de gaz. Son gouvernement s’appuie sur les conclusions d’un groupe de 54 géologues, hydrologues, universitaires et ingénieurs pétroliers chargés d’étudier les conditions d’une éventuelle « fracturation durable ».

Le principe retenu est restrictif : les projets devront obtenir l’accord des communautés concernées, disposer de ressources suffisantes en eau salée souterraine ou en eaux usées et recycler au moins 75 % de l’eau utilisée. S’il n’y a pas suffisamment d’eau, assure Sheinbaum, le projet devra être abandonné. Pour l’instant, le gouvernement exclut notamment la région de Veracruz, particulièrement riche en biodiversité et densément peuplée.

Les écologistes dénoncent néanmoins un reniement. Sheinbaum, ancienne scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), avait promis pendant sa campagne de ne pas recourir à la fracturation hydraulique. Ils redoutent surtout que les problèmes déjà causés par les forages conventionnels et les fuites de Pemex ne soient amplifiés par une exploitation à grande échelle.

Réduire la dépendance envers les États-Unis

La motivation principale du gouvernement est énergétique et géopolitique. Environ 75 % du gaz consommé au Mexique provient actuellement des États-Unis, où il est lui-même largement produit grâce à la fracturation hydraulique. Or le gaz est indispensable au Mexique pour produire de l’électricité et alimenter une grande partie de son industrie.

Cette dépendance inquiète d’autant plus que les deux pays sont étroitement liés. Une détérioration des relations avec Washington pourrait, dans un scénario extrême, mettre en péril l’approvisionnement gazier mexicain. Pour Mexico, produire davantage de gaz sur son propre territoire constitue donc une question de souveraineté énergétique, mais aussi un moyen de soutenir son développement industriel. Une production excédentaire pourrait même être exportée sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL).

La compagnie pétrolière publique Pemex est au cœur de cette stratégie. Dans son plan 2025-2030, elle vise une production de 1,8 million de barils de pétrole par jour et de 140 millions de mètres cubes de gaz par jour, soit près de trois fois la production gazière actuelle du pays. Pour certains spécialistes du secteur, ces objectifs seraient pratiquement impossibles à atteindre sans développer massivement les ressources non conventionnelles.

Mais le groupe d’experts consulté par Sheinbaum est beaucoup plus prudent. Il recommande d’abord d'accroître la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité, de privilégier les gisements conventionnels et de mettre fin au brûlage inutile du gaz sur les plateformes pétrolières. Autrement dit, l’exploitation du gaz de schiste ne devrait intervenir qu’en dernier recours.

Un contraste saisissant avec le Québec

Le choix mexicain est particulièrement intéressant vu du Québec, qui a pris depuis une quinzaine d’années une direction radicalement différente. Au début des années 2010, l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, notamment dans les formations d’Utica, avait suscité un vif débat. Plusieurs entreprises avaient entrepris des travaux d’exploration et réalisé des forages, mais la fracturation hydraulique avait rapidement rencontré une forte opposition. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait été chargé d’en examiner les risques et les conditions d’acceptabilité.

Le débat ne portait d’ailleurs pas uniquement sur le gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent. L’île d’Anticosti avait elle aussi suscité de grands espoirs. Des travaux d’exploration y avaient mis en évidence un potentiel pétrolier et gazier important, au point que le gouvernement québécois avait conclu un partenariat avec des entreprises privées pour en évaluer les ressources. Dans le golfe du Saint-Laurent, la structure géologique d’Old Harry, au large des Îles-de-la-Madeleine et près de la frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, avait également fait l’objet de projets d’exploration. Un permis avait notamment été accordé à Corridor Resources pour y forer un puits exploratoire. Le potentiel exact d’Old Harry demeure toutefois incertain, faute de forage ayant permis de confirmer les estimations géologiques.

Le plus remarquable est que le Québec n’était pas encore, au début de cette période, résolument opposé à l’exploitation de ses hydrocarbures. François Legault et la CAQ défendaient alors le principe d’une exploitation encadrée des ressources québécoises. Pendant la campagne électorale de 2018, la CAQ proposait notamment une exploitation « responsable » du pétrole et du gaz. Legault s’était lui-même montré favorable à la poursuite de l’exploration d’Anticosti. Le gouvernement caquiste a pourtant rapidement abandonné cette orientation après son arrivée au pouvoir sous la pression de médias et d'une coterie urbaine écologiste.

Le Québec a finalement pris la direction exactement inverse de celle que vient de choisir le Mexique. Depuis le 23 août 2022, la recherche et la production d’hydrocarbures sont interdites sur l’ensemble du territoire québécois. Toutes les licences d’exploration et de production ont été révoquées, et les puits visés doivent être définitivement fermés et leurs sites restaurés. Le Québec est ainsi devenu le premier (seul...) État d’Amérique du Nord à interdire la recherche et la production d’hydrocarbures sur son territoire.

Cela signifie que les ressources potentielles d’Anticosti, de la vallée du Saint-Laurent et du territoire québécois ne pourront plus être exploitées dans le cadre de la politique énergétique actuelle. Dans le golfe, le Québec avait déjà maintenu un moratoire sur l'exploration pétrolière et gazière; l'Assemblée nationale avait même demandé en 2010 que les projets concernant Old Harry soient suspendus en attendant les études environnementales et que les ressources naturelles du Québec dans le golfe lui soient réservées.

Cela ne signifie évidemment pas que le Québec se passe de gaz naturel. Le gaz fossile continue d’être consommé, notamment par l’industrie et certains bâtiments, mais il est importé plutôt que produit au Québec. Le Québec développe parallèlement le gaz naturel renouvelable (GNR) et mise largement sur son abondante production hydroélectrique pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles.

Le contraste avec le Mexique est donc particulièrement frappant. Le Québec a choisi de laisser inexploitées ses ressources potentielles de pétrole et de gaz, quitte à importer les hydrocarbures dont il a encore besoin; le Mexique, à l’inverse, veut développer ses ressources gazières, notamment par la fracturation hydraulique, précisément pour réduire sa dépendance aux importations américaines.

Dans les deux cas, il s’agit finalement de choix de politique énergétique très différents. Au Québec, le lobby écologiste a empêché l'exploitation des ressources nationales et a accru la dépendance énergétique du Québec; au Mexique, la souveraineté énergétique conduit aujourd’hui à privilégier l’exploitation de ces ressources, même lorsque celle-ci implique le recours à une technique controversée comme la fracturation hydraulique.

Une politique énergétique à haut risque

Le problème mexicain est cependant plus complexe que la seule opposition entre gaz et énergies renouvelables. Le pays possède des réserves importantes de pétrole et de gaz, mais Pemex souffre de difficultés financières et traîne un lourd bilan environnemental. En mars dernier, une fuite au large du Campeche avait contaminé quelque 630 kilomètres de côtes, tandis qu’un puits gazier du sud de Veracruz avait brûlé pendant des mois avant d’être finalement condamné.

Pour les habitants des régions productrices, la question est donc moins théorique. Gloria Domínguez, qui avait voté pour Sheinbaum parce qu’elle se sentait représentée par une femme à la tête du pays, regrette désormais son choix sur ce dossier. À ses yeux, les dommages déjà causés par l’industrie pétrolière montrent ce qui pourrait arriver si le Mexique ouvre des milliers de nouveaux puits de fracturation.

Le gouvernement mexicain fait, lui, le pari inverse : mieux encadrer la fracturation hydraulique plutôt que renoncer à une ressource jugée stratégique. Reste à savoir si les exigences imposées — notamment sur l’eau, le recyclage et l’acceptabilité locale — permettront réellement d’éviter les problèmes que connaît déjà l’industrie conventionnelle.

Aux États-Unis, où la fracturation hydraulique a permis une spectaculaire hausse de la production de pétrole et de gaz de schiste, des dommages environnementaux ont été documentés : contaminations locales de l'eau liées notamment aux fuites de puits et aux déversements d'eaux usées, consommation d'eau parfois importante dans les régions où la ressource est limitée, émissions de méthane et, surtout, séismes induits par l'injection souterraine des eaux usées. Ces problèmes sont réels, mais ils ne signifient pas que la fracturation provoque systématiquement une contamination des nappes ou des séismes.

dimanche 23 août 2026

Obé­sité chez les jeunes en France : « il est urgent d’agir »

En France, 18 % des enfants et ado­les­cents sont en sur­poids et 4 % sont obèses. Un taux pré­oc­cu­pant, qui grimpe en flèche. Le Pr Raphaël Vialle, chef du ser­vice de chi­rur­gie ortho­pé­dique et répa­ra­trice de l’enfant à l’hôpi­tal Trous­seau (AP-HP), pro­fes­seur à Sor­bonne Uni­ver­sité, tire la son­nette d’alarme à deux semaines de la ren­trée sco­laire dans les colonnes du Figaro Magazine.

— Pro­fes­seur, vous consta­tez une « épi­dé­mie » de sur­poids inédite en France, notam­ment chez les jeunes. Quels en sont les fac­teurs prin­ci­paux ? 

— Elle est pro­vo­quée par le chan­ge­ment de nos habi­tudes et de nos modes de vie : moins de dépla­ce­ments à pied, dimi­nu­tion du temps consa­cré aux acti­vi­tés phy­siques et plus géné­ra­le­ment manuelles, ali­men­ta­tion plus riche et plus sucrée, addic­tions mul­tiples, aux écrans bien sûr, mais aussi au sucre, et même à la ciga­rette élec­tro­nique, qui a elle aussi un « goût » sucré pour favo­ri­ser son adop­tion par les plus jeunes ! Ces mau­vaises habi­tudes sont lar­ge­ment par­ta­gées par les parents. Avez-vous trouvé un anti­dote à la séden­ta­rité des jeunes ?

— Com­ment les convaincre de se mettre au sport et de bou­ger ?

—  Je pré­co­nise d’abord une ali­men­ta­tion saine, moins sucrée et moins grasse. Pas de « col­la­tions » : trois repas par jour suf­fisent lar­ge­ment dès les classes pri­maires. Le goû­ter est à ban­nir. Ensuite, je recom­mande une acti­vité phy­sique régu­lière et variée… mais une vraie : pas la marche qui est sou­vent consi­dé­rée comme un sport par les parents. Chan­ger les mau­vaises habi­tudes est un tra­vail de longue haleine qui doit mobi­li­ser la com­mu­nauté médi­cale, les parents, la com­mu­nauté édu­ca­tive au sens large et les pou­voirs publics.

— L’Orga­ni­sa­tion mon­diale de la santé (OMS) recom­mande sept heures mini­mum d’acti­vité phy­sique heb­do­ma­daire, ainsi qu’une acti­vité à haute inten­sité trois fois par semaine. Les pro­grammes sco­laires n’en pré­co­nisent que deux. N’y a-t-il pas là un para­doxe, tan­dis que le gou­ver­ne­ment a publié une feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obé­sité ?

— Abso­lu­ment. ima­gi­nez-vous que l’Aca­dé­mie amé­ri­caine des chi­rur­giens ortho­pé­distes (AAOs) recom­mande une heure d’acti­vité phy­sique heb­do­ma­daire par année d’âge : à 8 ans, 8 heures, jusqu’à 16 ans, 16 heures. C’est plus que l’OMs et cela n’entraîne aucune patho­lo­gie liée à la « sur­ac­ti­vité spor­tive » ! il fau­drait amé­na­ger les emplois du temps sco­laires. J’encou­rage les parents à tenir un dis­cours proac­tif : le sport, c’est valo­ri­sant, on tra­vaille ses muscles, on adopte le sens des règles, le sens du col­lec­tif, le res­pect de son corps et des autres…

—  Est-il vrai qu’un enfant qui ne bouge pas ne fabrique pas les muscles dont il aura besoin toute sa vie ?

—  Oui. L’enfant, puis l’ado­les­cent, construit son sque­lette durant la crois­sance. il doit, en même temps, construire sa masse mus­cu­laire adap­tée au sque­lette en crois­sance. C’est un phé­no­mène syn­chrone quoique légè­re­ment décalé de quelques mois puisque les muscles arrivent en fin d’ado­les­cence. s’il laisse pas­ser cette période, l’ado­les­cent met­tra ensuite plus de temps et aura beau­coup plus d’efforts à faire, une fois jeune adulte, pour déve­lop­per une mus­cu­la­ture adap­tée.

—  Ces muscles non tra­vaillés sont-ils irré­cu­pé­rables à l’âge adulte ?

— Non, mais ils se « rat­trapent » len­te­ment et dif­fi­ci­le­ment. bien sûr, on peut se mettre au sport à tout âge, mais c’est dur quand la pra­tique arrive tard ! Le sport est indis­pen­sable chez les grands ado­les­cents et les jeunes adultes pour sta­bi­li­ser leur masse mus­cu­laire. J’incite les familles à avoir un dis­cours opti­miste et encou­ra­geant à ce sujet pour toutes les tranches d’âge. Les parents doivent être moteurs.

—  En quelles pro­por­tions les per­for­mances phy­siques des jeunes ont-elles dimi­nué ?

Selon la Fédé­ra­tion française de car­dio­lo­gie, un col­lé­gien par­cou­rait 600 mètres en trois minutes en 1971, contre quatre minutes en 2013, soit une dimi­nu­tion esti­mée à près de 25 % de ses capa­ci­tés phy­siques et car­dio­res­pi­ra­toires. La ten­dance s’est aggra­vée avec la crise du Covid-19 : une étude por­tant sur 1 231 ado­les­cents français a mon­tré, après le pre­mier confi­ne­ment, une baisse du score glo­bal de condi­tion phy­sique de 9,8 % chez les garçons et de 16,2 % chez les filles, avec une dimi­nu­tion attei­gnant 30 % pour la vitesse de dépla­ce­ment.

— Y aurait-il, selon vous, un fac­teur psy­cho­lo­gique favo­ri­sant le sur­poids ? Pour­riez-vous le décrire en vous fon­dant sur vos obser­va­tions de pra­ti­cien ?

—  Les enfants en sur­poids ont d’intenses dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques, ce qui les enferme encore plus dans leurs addic­tions et leur séden­ta­rité. ils sont en grande souf­france, sou­vent silen­cieuse, et gênés vis-à-vis des autres enfants. À mon sens, le reten­tis­se­ment psy­cho­lo­gique est sur­tout secon­daire au sur­poids et ne le pré­cède habi­tuel­le­ment pas.

— Pour quels pro­blèmes ortho­pé­diques les enfants en sur­poids vous consultent-ils ?

— Ils éprouvent sou­vent des dou­leurs arti­cu­laires, s’essoufflent lors de l’acti­vité phy­sique et donc demandent des dis­penses, ce qu’il ne faut, bien sûr, jamais accep­ter, car cela est tota­le­ment contre-pro­duc­tif et illo­gique ! ils ont par­fois des ostéo­chon­drites du genou, c’est-à-dire un trouble de crois­sance du car­ti­lage de l’arti­cu­la­tion. C’est ennuyeux mais géné­ra­le­ment réver­sible. Le prin­ci­pal pro­blème est l’épi­phy­sio­lyse de la hanche, qui est dans la très grande majo­rité des cas liée au sur­poids chez l’enfant de 8 à 10 ans ou le pré­ado­les­cent jusqu’à 12-14 ans. C’est un glis­se­ment et une défor­ma­tion de la tête du fémur au niveau de l’arti­cu­la­tion de la hanche. Elle pro­voque une dou­leur de la hanche, de l’aine ou du genou, ainsi qu’une boi­te­rie. Un trai­te­ment chi­rur­gi­cal s’impose alors.

—  Les médi­ca­ments anti-obé­sité – le Moun­jaro du labo­ra­toire amé­ri­cain Eli Lilly, et son concur­rent Wegovy du danois Novo Nor­disk, désor­mais pris en charge à 65 % par l’Assu­rance-mala­die – consti­tuent-ils une solu­tion ?

—  Je ne suis pas méde­cin spé­cia­lisé en nutri­tion, mais j’observe une réelle effi­ca­cité de ces trai­te­ments chez de jeunes adultes qui étaient en grande dif­fi­culté face à leur sur­poids. ils per­mettent d’amor­cer une perte de poids réelle, ce qui a des effets très posi­tifs sur le plan psy­cho­lo­gique et sur la moti­va­tion des patients. Mais atten­tion : rien n’est acquis ! La perte de poids concerne les tis­sus adi­peux, c’est-à-dire grais­seux, mais aussi mus­cu­laires. il faut donc asso­cier au trai­te­ment médi­cal une ali­men­ta­tion adap­tée, et sur­tout une acti­vité phy­sique. Le plus dur semble ensuite de sta­bi­li­ser le poids de ces patients. Chez l’enfant et l’ado­les­cent, il n’y a actuel­le­ment pas de recom­man­da­tion concer­nant l’uti­li­sa­tion de ces nou­veaux médi­ca­ments mais je pense qu’ils pour­raient avoir un effet iden­tique dans leur cas.

—  S’ache­mine-t-on vers le modèle des États-Unis, où 72,4 % des adultes sont en sur­poids et 42 % sont obèses, selon l’OMS ?

— Je ne l’espère pas, mais les mêmes causes ayant les mêmes effets, je ne crois pas à une pré­dis­po­si­tion « géo­gra­phique ». il nous faut donc réagir !

samedi 22 août 2026

Corée du Sud — les ventes de pous­settes pour chien y ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés

Au détour d’une ruelle tran­quille de Gan­gnam, le menu allèche le pas­sant à une enca­blure des tours futu­ristes du siège de Sam­sung. « Ragu a la bolo­gnese », spa­ghet­tis « aglio olio » et « boeuf bour­gui­gnon » à des prix imbat­tables pour ce quar­tier huppé de Séoul. Langue pen­dante, un petit tou­tou blanc bou­clé, vêtu d’un sweat-shirt élé­gant, vend la mèche dans le coin droit du pré­sen­toir.

Un chien por­tant des lunettes anti-UV avec sa maî­tresse au K-pet Fair, salon dédié aux ani­maux de com­pa­gnie, à Séoul, le 17 juillet.

Dans la ten­ta­cu­laire capi­tale de Corée du Sud, Pat­ted est le pre­mier res­tau­rant à ser­vir aux ani­maux domes­tiques des plats gour­mets d’habi­tude réser­vée à leurs maîtres. « Les chiens fré­tillent face à la nour­ri­ture ser­vie aux humains. Je me suis dit qu’il fal­lait leur offrir ce plai­sir. Le “papuc­cino & crois­sant” et les “spa­ghet­tis aglio olio” sont nos meilleurs ventes. Nous avons deux cui­sines sépa­rées, l’une pour les humains, l’autre pour les ani­maux », explique Cho Namin, le patron de 37 ans, en cares­sant sa petite chienne grise Eunmi, célé­brité sur Ins­ta­gram. La vien­noi­se­rie dorée plus vraie que nature est en réa­lité en pâte de riz et le cap­puc­cino sans lac­tose.

Le week-end, les « pet­fam­jeok » se pressent entre les murs mini­ma­listes de l’éta­blis­se­ment pour un brunch «en famille » autour d’œufs brouillés ou de pasta ita­lienne al dente dans la gamelle. Un terme mêlant anglais et coréen pour dési­gner la nou­velle ten­dance des maîtres à trai­ter leurs « pets », ou ani­maux domes­tiques comme des membres à part entière du foyer, les cou­vant de toutes les atten­tions, du col­lier de luxe Tif­fany au polo Ralph Lau­ren en pas­sant par des par­fums canins ou des séances de lec­ture de tarot. « Mon chien fait par­tie de la famille. Il va au jar­din d’enfants, il a droit à des fêtes d’anni­ver­saire, d’Hal­lo­ween et des remises de diplôme », s’exalte Feli­cia, heu­reuse maî­tresse. Aujourd’hui, « il y a une ten­dance gran­dis­sante à trai­ter les ani­maux à l’égal des humains », confirme notre res­tau­ra­teur.

Une révo­lu­tion de plus pour la qua­trième éco­no­mie d’Asie qui prise depuis des siècles le « bosing­tang », la soupe de chien, cen­sée redon­ner vigueur à l’orga­nisme au cœur de la moi­teur de la mous­son. La viande canine sera ban­nie à comp­ter du 7 février 2027 a décrété une nou­velle loi, et les gar­gotes du vieux Jon­gno, centre his­to­rique de Séoul, peinent déjà à trou­ver de la clien­tèle pour cette spé­cia­lité ances­trale rele­vée.

La Corée du Sud « consom­mait » jusqu’à 1 mil­lion de chiens par an, sou­vent mal­trai­tés dans des fermes pri­sons. Elle voit main­te­nant fleu­rir des «oma­kase» hup­pés ser­vant des mets déli­cats aux tou­tous assis au comp­toir avec leurs maîtres. «C’est fou, on est passé d’une société ou les chiens étaient au menu pour deve­nir un membre à part entière de la famille», explique Subin, 31 ans, qui dévoue toute son éner­gie à Walle, son chien qu’elle pro­meut sur Ins­ta­gram, au point d’impri­mer un maillot flo­qué à son nom.

Signe des temps, les ventes de pous­settes pour chien ont dépassé celles des­ti­nées aux bébés en 2023, selon Gmar­ket, pla­te­forme d’e-com­merce. Cette année-là, le pays de la K-pop a enre­gis­tré le taux de fécon­dité le plus bas de la pla­nète, tombé à 0,55 enfant par femme dans la capi­tale. Depuis, il connaît un léger rebond à 0,8 en 2025, mais très loin du seuil de 2,1 néces­saire au renou­vel­le­ment de la popu­la­tion.

Dans les parcs de la ten­ta­cu­laire capi­tale, la recru­des­cence des pous­settes fait croire un ins­tant à un impro­bable essor de la natalité, avant que la fri­mousse poi­lue d’un caniche ou d’un pomé­ra­nien apprêté ne sur­gisse sous l’auvent du véhi­cule à rou­lettes. «Il s’agit de la même tech­no­lo­gie que pour les bébés, mais le mar­ché infan­tile est moins pro­met­teur du fait du faible taux de nata­lité », explique Song Hyun Suk, ven­deur chez Royal Tails, sur­nommé le «Her­mès de la pous­sette », qui offre même une plaque dorée au nom du tou­tou accro­chée à l’avant de l’engin. La bro­chure met en scène des man­ne­quins au look aristo dans un décor de brique rap­pe­lant vague­ment Ken­sing­ton Palace. Des bolides ven­dus à 800 000 wons (474 euros, 793 dollars canadiens).

Illustration (IA) avec modèle de poussette Royal Tails
Désor­mais, les poli­ti­ciens en cam­pagne mul­ti­plient les œillades aux 15 mil­lions de pro­prié­taires d’ani­maux domes­tiques, soit près de 30% de la popu­la­tion. Un quasi-dou­ble­ment en moins d’une décen­nie, miroir inversé de l’effon­dre­ment paral­lèle de la nata­lité.

Et le symp­tôme d’une muta­tion pro­fonde de cette société confu­céenne téles­co­pée par un « miracle éco­no­mique » ful­gu­rant, assoif­fée de tech­no­lo­gie et dont la popu­la­tion devrait fondre de moi­tié à la fin du siècle. « La trans­for­ma­tion a été très rapide. Les poli­ti­ciens voient désor­mais la cause ani­male comme un levier pour atti­rer des voix », explique Lee Sang­kyung, expert à L’ONG Humane World for Ani­mals, à Séoul.

Le pré­sident Lee Jae-myung a pro­mis de régu­ler le mar­ché vété­ri­naire, posant avec son chien Bobby dans les fau­teuils de la Mai­son-bleue. Son pré­dé­ces­seur conser­va­teur Yoon Suk-yeol et sa sul­fu­reuse pre­mière dame Kim Keon-hee avaient fait encore mieux, entou­rés de leurs six chiens et cinq chats - et sans enfants, au dia­pa­son d’une société bou­dant les mater­ni­tés. Cette ména­ge­rie est même deve­nue un casse-tête pour le ser­vice de sécu­rité du palais après la condam­na­tion du diri­geant à la pri­son à per­pé­tuité, pour avoir ébranlé la tur­bu­lente démo­cra­tie d’Asie du Nord-est en impo­sant la loi mar­tiale le 3 décembre 2024, res­sus­ci­tant briè­ve­ment les fan­tômes de la dic­ta­ture.

L'ancien président Yoon Suk-Yeol et une partie de sa famille 
(photo réelle)
« Tu es sûr que tu veux ces lunettes ? ! Elles sont un peu chères», rou­coule d’une voix enfan­tine une « maman » à son chien blotti dans ses bras, le regard per­plexe, dans l’immense hall bondé du Coex, le prin­ci­pal parc d’expo­si­tion de Gan­gnam. Banco pour cette paire de verres tein­tés anti-UV à la mon­ture jaune assor­tie à sa com­bi­nai­son et cen­sée pré­ve­nir la cata­racte, pour la modique somme d’envi­ron 200 euros.

Le salon K Pet Fair a des allures de caverne d’Ali­baba pleine de ten­ta­tions, depuis la friandise de « canard sous vide » au séchoir à caniche en pas­sant par des steaks de kan­gou­rou ou des sprays à base de vers de terre, déclen­chant aus­si­tôt l’exci­ta­tion des com­pa­gnons à quatre pattes. Les com­pa­gnies d’assu­rances sont éga­le­ment à l’affût d’une « économie des animaux domestiques» en pleine crois­sance et esti­mée à 8000 mil­liards de wons (5,3 mil­liards de dol­lars) selon le Korea Rural Eco­no­mic Ins­ti­tute. La com­pa­gnie Jeju Air a même testé des vols « pets only » où les ani­maux occupent un siège à part entière auprès de leur maître et sont libres de gam­ba­der dans la car­lingue après le décol­lage.

Sans oublier les entre­prises de funé­railles offrant une céré­mo­nie d’adieu digne de ce nom aux ani­maux décé­dés et à leurs maîtres éplo­rés. Une mul­ti­tude de jeunes entreprises s’engouffre dans ce nou­veau mar­ché à Séoul, pro­po­sant le trans­port du cadavre, une mise en bière solen­nelle, la cré­ma­tion et une dis­per­sion des cendres. Voire une bague mémo­rielle. Loin de l’imper­son­nel sac à ordure régle­men­taire. « La céré­mo­nie se déroule dans une atmo­sphère pai­sible et par­fois plus émo­tion­nelle que pour un humain décédé, tant le lien est per­son­nel. Cela démontre les chan­ge­ments de men­ta­lité. Désor­mais, la mort d’un ani­mal est perçue comme celle d’un membre à part entière de la famille », explique un repré­sen­tant de Pet For­rest dont le siège offre un décor épuré pro­pice au recueille­ment.

L’engoue­ment pour les chats et les chiens comble un vide affec­tif pour des nou­velles géné­ra­tions sous pres­sion, balançant par-des­sus bord le modèle fami­lial tra­di­tion­nel dans une société ultra-com­pé­ti­tive où la fon­da­tion d’un foyer devient un rêve éva­nes­cent. « J’aime­rais avoir un mari, mais je consi­dère mon chien comme ma seule famille et seul ami aujourd’hui. Je suis prête à dépen­ser sans comp­ter pour lui. La défi­ni­tion de la famille évo­lue de nos jours et beau­coup de gens se sentent seuls», explique Ji Yoon, céli­ba­taire.

Comme si le «Tigre coréen» était rat­trapé par sa course à la per­fec­tion, dans un pays où l’entrée dans les meilleures uni­ver­si­tés démarre dès le jar­din d’enfants, à grand ren­fort de bacho­tage et de cours du soir plom­bant le bud­get des ménages. L’envo­lée des prix de l’immo­bi­lier, qui ont dou­blé à Séoul entre 2017 et 2021, alliée à l’explo­sion des taux d’inté­rêt, a érigé l’achat d’un appar­te­ment au rang de fan­tasme hors de por­tée.

Or, c’est un pas­sage obligé avant le mariage, devenu aujourd’hui un obs­tacle aux unions, pous­sant les jeunes à revoir leurs prio­ri­tés exis­ten­tielles en misant sur les petits plai­sirs du quo­ti­dien, les inves­tis­se­ments à la Bourse et un ani­mal de com­pa­gnie en guise de com­pa­gnon. « Les chiens sont les nou­veaux bébés. La vérité est que je n’ai pas les moyens d’éle­ver un enfant à Séoul », explique Subin, qui tra­vaille comme pigiste.

Der­rière l’envo­lée des coûts se pro­file la com­pé­ti­tion édu­ca­tive insa­tiable qui accom­pagne cette société de l’excel­lence, dont les dépenses d’édu­ca­tion pri­vée se sont envo­lées de 60 % en une décen­nie, attei­gnant plus de 20 mil­liards de dol­lars par an. Une pres­sion sociale de tous les ins­tants, où il semble dif­fi­cile d’échap­per au confor­misme ambiant, sous peine de décro­cher. «Il existe un lien entre la faible nata­lité et l’engoue­ment pour les ani­maux. Beau­coup de mes amis me disent qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis qu’ils sont parents », explique Cho.

Un tou­tou offre, lui, des caresses de récon­fort, une fidé­lité à toute épreuve et une pres­sion moindre, en forme de conso­la­tion. «Per­sonne ne va vous deman­der à quelle uni­ver­sité étu­die votre chien ! », résume Min Sung, 32 ans. Quoique. La course aux appa­rences rat­trape à son tour les « pets », exhi­bés par leurs maîtres sur Ins­ta­gram tels de nou­veaux tro­phées. Oubliez la Porsche ou le sac Bir­kin! Exhi­ber un élé­gant lévrier ita­lien est le meilleur moyen d’affi­cher sa réus­site sur les trot­toirs de Cheong­dam, l’ave­nue Mon­taigne de Séoul. « Les grands chiens sont un signe exté­rieur de richesse car il faut un loge­ment spa­cieux », pointe un Séou­lite.

La machine à stress, ampli­fiée par l’âge numérique, tourne déjà à plein dans cette nation hyper­con­nec­tée, encou­ra­gée par ses célé­bri­tés. Les quatre membres de Black­pink, le «girls band» le plus popu­laire de la pla­nète, ont fait de leurs ani­maux de com­pa­gnie des vedettes d’Ins­ta­gram, récol­tant plus de 4 mil­lions d'abonnés. [...]
Source : Le Figaro

vendredi 21 août 2026

Comment éduquait-on les enfants avant ?

Votre enfant décide des destinations de vacances ?

Dans cette vidéo, Franck Ferrand remonte toute l'histoire de l'enfance et de l'éducation en France : l'accouchement à domicile chez la grand-mère maternelle, le maillot qui ficelait le nourrisson de la tête aux pieds pour que ses membres poussent droits, les forceps secrets de la famille Chamberlin qui ont gardé leur invention pendant un siècle entier./p>

Un balancier de dix siècles. Et la question que Franck Ferrand pose à la fin : sommes-nous arrivés au bout du pendule ?


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