jeudi 4 mars 2021

Pour le philosophe Alain Badiou : « le mot communisme a été corrompu par le pouvoir d’État »

Recension du dernier (espérons) livre éponyme d’Alain Badiou par Éric Zemmour. Pour le chroniqueur du Figaro, cet ouvrage est un plaidoyer pro domo par le plus célèbre des philosophes marxistes vivants. Entre humanisme irréaliste et jargon mathématique abscons.

C’est une drôle d’histoire belge. Des lycéens de ce pays reçoivent Alain Badiou. Le philosophe leur parle de communisme, de vérité, d’amour, de poésie, de mathématiques, de Platon, de Socrate, d’Aristote, de Spinoza, de Hegel, de Marx, de Sartre. Il en sort un opuscule que l’éditeur énamouré présente comme « une boussole fiable afin de s’orienter dans le fantastique foisonnement » de son œuvre.

Ladite boussole marque toujours le même nord : le communisme. S’il ne doit en rester qu’un, Badiou sera celui-là. Il n’en démord pas, enrôlant Platon dans son combat égalitariste millénaire dont il veut faire la quintessence de la « Vérité ».

Badiou, dans un raccourci audacieux, met un signe égal entre vérité, universalisme, égalitarisme, internationalisme, communisme : « Le Communisme (est l’) idée de sortie du Néolithique, de sortie des six mille ans qui l’ont précédé. Il n’y a aucune raison d’abandonner cette tradition sous prétexte qu’à un moment donné elle a tenté une expérience qui a échoué. »

« L’espoir de la jeunesse »

Il n’y a aucune raison : la famine organisée en Ukraine, le Goulag, les procès de Moscou, etc., Badiou reprend comme si de rien n’était la thèse du « bilan globalement positif ». D’un côté, l’éducation et la santé, de l’autre le totalitarisme et les persécutions : « Il faut soutenir la thèse que le mot communisme a été corrompu par le pouvoir d’État […] Lénine avait vu cela dès 1920. […] Anxieux empli de doutes où il va jusqu’à dire que somme toute l’État bolchevique ne vaut pas mieux que l’État tsariste. »

À le lire, on songe à ce qui adviendrait si un philosophe venait devant des lycéens français et leur disait tout uniment : « L’idée fasciste fut l’espoir de la jeunesse. Le national-socialisme a été corrompu par le pouvoir d’État. Hitler avait vu cela dès 1934. Anxieux, empli de doutes, dans son nid d’Aigle, où il va jusqu’à dire que l’État nazi ne vaut pas mieux que l’État bismarckien. Après tout, le nazisme c’est aussi les croisières pour les ouvriers et la Volkswagen Coccinelle (la voiture du peuple !) pour tous. Il nous faut donc être fidèles à cette espérance. »

Mais Badiou ne plaisante pas. Il est en mission commandée. Il est là pour « corrompre la jeunesse » : c’est lui-même qui le dit, reprenant la célèbre accusation portée contre Socrate. Une jeunesse qu’il est facile de « corrompre » avec des idéaux généreux d’égalité et d’universalisme. Quand il se contente d’ânonner de grandes déclarations de principes, on voit bien que le communiste n’est d’abord qu’un « chrétien impatient ». Ou plutôt un hérétique qui ne respecte pas l’enseignement de Jésus : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » C’est dans cette hérésie que tout bascule. Mais Badiou sent bien que la jeunesse risque de lui échapper. Il a vu que son communisme orthodoxe est dépassé sur sa gauche par « deux évolutions contemporaines : un relativisme culturel qui ne laisse plus de place à la notion de vérité universelle (…), des doctrines qui affirment la supériorité des actions sur les pensées ».

« L’immigration, arme du capitalisme »

Notre marxiste orthodoxe a vu le danger, celui d’un gauchisme mâtiné d’islamisme et de féminisme, et leurs fameuses luttes « intersectionnelles » qui le jetteraient, lui aussi, dans les poubelles de l’histoire du mâle blanc de plus de 50 ans, comme un vulgaire Aragon, sifflé par les jeunes rebelles de Mai 68. Mais il ne sait pas comment combattre ce danger. Il l’aggrave au contraire avec ses pétitions de principe égalitaristes et universalistes, faisant de l’attitude favorable aux migrants, l’alpha et l’oméga d’un antifascisme d’opérette.

On a envie de lui rappeler que le secrétaire général du Parti communiste, Georges Marchais, avait, en 1980, réclamé avec vigueur l’arrêt de l’immigration, illégale, mais aussi légale. À l’époque, les communistes tentaient — pour la dernière fois — de protéger la classe ouvrière française de la destruction programmée par un capitalisme qui s’apprêtait à faire le grand saut de la mondialisation. Les communistes avaient encore en tête la leçon de Marx sur « l’immigration, arme du capitalisme » pour faire baisser les salaires et diviser la classe ouvrière.

Mais nos jeunes lycéens belges, pas plus que la plupart de leurs homologues français d’ailleurs, ne savent plus qui est Georges Marchais.

Badiou non plus ne veut plus le connaître. Le passé pas plus que le réel ne semblent l’intéresser. La dernière partie de l’ouvrage voit notre philosophe s’envoler dans les hautes sphères abstraites et absconses d’une philosophie qu’il « situe entre les mathématiques et la poésie ». À le lire, on voit bien les mathématiques, mais pas vraiment la poésie. Il use d’un incompréhensible charabia mathématique qui m’a ramené soudain en classe de sixième quand des pervers narcissiques dits pédagogues de l’Éducation nationale expérimentaient sur ma pauvre cervelle leurs théories sur les ensembles : « L’inexistant est donc proprement le point de non-apparaître d’une multiplicité dans un monde, point qui est relatif au transcendantal de ce monde. […] L’universalité ontologique ne garantit pas à elle seule l’absoluité des vérités. Le relativiste peut toujours dire que ce n’est que la garantie d’une circulation possible d’une œuvre à support générique d’un monde à un autre, voire l’implosion impériale d’une généricité locale à des mondes culturels disparates. »

Content de lui

On relit plusieurs fois pour essayer de comprendre. On se frotte les yeux, on est perdu. Les formules mathématiques s’enchaînent aux phrases alambiquées. Badiou, citant Sartre, nous avait pourtant dit qu’il voulait être fidèle à ses ancêtres, Voltaire, Rousseau et les philosophes de la Révolution française. On avait pourtant eu l’impression que ceux-ci écrivaient dans une langue limpide, élégante, compréhensible de tous. On rit en imaginant la tête des lycéens belges devant l’abscons jargon mathématisé de notre philosophe.

Mais s’il a perdu en route la plupart de ses lecteurs et auditeurs, Badiou n’a jamais été aussi content de lui, car il a « trouvé le chemin d’une absolutisation des œuvres de vérité, dont j’ai déjà démontré, allant et venant entre philosophie et mathématiques, qu’elles étaient à la fois singulières et universelles, et dont il ne restait plus qu’à montrer qu’elles peuvent être également absolues. Ce que je crois avoir fait. Je l’ai fait à un âge suffisamment avancé pour que cette réussite soit vraiment réconfortante ! Permettez-moi de finir sur cette orgueilleuse assertion ! »

Il faut imaginer Badiou heureux.

ALAIN BADIOU 

par Alain Badiou,
publié aux PUF,
le 3 février 2021,
à Paris,
162 pp.,
ISBN-10 : 2 130 827 063

Voir aussi

Le communisme, cette religion profane


mercredi 3 mars 2021

Des points bonus accordés pour l’utilisation de l’écriture inclusive

Plusieurs étudiants attestent, preuves à l’appui, qu’ils ont effectivement été poussés à utiliser l’écriture inclusive dans un partiel de sociologie.

À Sciences Po Paris, des étudiants ont bien été poussés à utiliser l’écriture inclusive au cours d’un partiel. Et ce, lors des deux dernières années universitaires. 

Le Figaro a pu se procurer une copie de cet examen qui concerne un cours de sociologie réservé aux élèves de deuxième année de licence [baccalauréat au Québec bachelor en France, oui, oui] ayant choisi la majeure économie et société. Mis en ligne sur le Moodle [plateforme d’apprentissage en ligne] de Sciences Po Paris, le document précise dans ses consignes que l’écriture inclusive « est encouragée », mais que « son non-usage ne sera pas pénalisé, les étudiant. e. s étrangers. ères pouvant avoir davantage de difficultés à la mettre en œuvre ». « Toutefois, un demi-point “bonus” sera attribué à celles et ceux qui tenteront de l’utiliser », indique le document. La suite de l’énoncé explique aux étudiants l’utilisation du point médian, l’une des pratiques les plus répandues de cette graphie.

« Il nous a dit que ceux qui n’utiliseraient pas l’écriture inclusive seraient pénalisés »

Selon plusieurs élèves, E.B, l’enseignant responsable de ce cours magistral sur « les grandes questions de la sociologie au prisme du genre » a incité à plusieurs reprises ses élèves à employer cette graphie. « Il nous a dit que ceux qui n’utiliseraient pas l’écriture inclusive lors du partiel seraient pénalisés », explique un étudiant ayant suivi le cours en 2019-2020. Mais les propos de l’enseignant suscitent à l’époque une levée de boucliers chez une partie des élèves ainsi que chez certains chargés de TD. « Cela a interpellé un certain nombre d’entre nous et l’affaire est remontée jusqu’au directeur du campus de Paris. Par la suite, l’enseignant est revenu sur ce qu’il a dit et a préféré la solution des points bonus », ajoute-t-il.

Un autre étudiant enchérit : « Après cette petite polémique, l’enseignant nous a fait comprendre qu’il n’y aurait pas de pénalité, mais une petite valorisation. Mais en définitive, je ne pense pas que cela ait été le cas puisque j’ai obtenu une bonne note sans le faire », explique-t-il. Son autre camarade, lui, s’est bel et bien forcé à utiliser la graphie en question : « Je ne voulais pas perdre de points à cause de cette histoire, donc j’ai fait de l’écriture inclusive à petite dose en utilisant des mots épicènes. Je n’ai jamais su si j’avais eu des points en plus », nuance-t-il toutefois.

Contactées par Le Figaro, l’association étudiante Nova ainsi que l’UNI confirment ces témoignages. « Nous avons reçu depuis quelques jours plusieurs messages d’étudiants qui vont dans ce sens et nous trouvons cela scandaleux. Employer l’écriture inclusive en examen à Sciences Po Paris ne devrait pas permettre d’avoir une meilleure note que les autres », estime Quentin Coton, le responsable de la section UNI de Sciences Po. Ce que confirme également un enseignant historique de l’école. « Il y a quelques jours, quand la polémique a éclaté, je pensais que c’était totalement faux. Puis j’ai creusé et je vous confirme que des étudiants ayant utilisé l’écriture inclusive ont bel et bien été favorisés dans cet enseignement », assure-t-il.

Une polémique lancée par la députée Annie Genevard

Jeudi dernier, sur RMC, lors d’une émission des « Grandes Gueules » consacrée à l’écriture inclusive, Annie Genevard, députée Les Républicains (LR) et vice-présidente de l’Assemblée nationale avait affirmé qu’« à Sciences Po, une copie qui n’est pas rendue en langue inclusive est pénalisée, c’est insupportable ». Une phrase qui avait fait énormément réagir sur les réseaux sociaux, de nombreux élèves et enseignants de l’école évoquant une « fake news » [bobard/canard]. « C’est complètement faux. Je le sais bien, j’y enseigne et je note les copies des étudiants », avait par exemple tweeté François Gemenne, enseignant-chercheur dans la prestigieuse institution. L’information est immédiatement démentie par le service de communication de Sciences Po Paris et différents médias affirment dans la foulée que l’information est fausse.

Hier soir, l’association Nova, très influente dans l’école, qui a d’abord affirmé par l’intermédiaire de son président, Raphaël Zaouati, que l’information était erronée, a finalement publié un communiqué de presse pour signifier le contraire. « Nous avons démenti (…) cette pratique qu’aucun d’entre nous n’avait jamais subie ni constatée (…), mais depuis quelques jours, plusieurs d’entre vous nous ont écrit pour nous signifier que lors d’au moins un examen final, celui de sociologie de deuxième année sur le campus de Paris, l’usage de l’écriture inclusive avait été effectivement favorisé au détriment de l’écriture normale », écrit l’association.

« Plus exactement, un demi-point bonus a été accordé aux étudiants qui s’essayaient aux points médians, aux “iels” et autres “celleux”, alors même que la position officielle de Sciences Po est, tout au contraire, de ne pas faire usage de ces signes et termes », précise Nova. Joint par Le Figaro, Raphaël Zaouati, son président, insiste sur le fait qu’il « tenait vraiment à cette mise au point ». « Ce que j’avais dit n’était pas vrai, j’ai donc préféré corriger. C’est ultra-minoritaire, mais cela existe effectivement, il convenait de le préciser », explique-t-il.

Contactée par Le Figaro, l’administration précise qu’elle n’a pas encore pu vérifier les faits « sur ce cas précis ». Elle assure toutefois qu’« au niveau de la scolarité, aucune consigne en ce sens n’a jamais été adressée ni aux enseignants ni aux étudiants ».

Une partie de l’enseignement supérieur a adopté l’écriture inclusive ces dernières années

« Cher. e. s étudiant. e. s, vous êtes convoqué. e. s pour venir rencontrer vos interlocuteur. trice. s pour l’année. » Dans les universités françaises, les étudiants reçoivent ce genre de courriels tous les jours. Administrations, enseignants, organisations étudiantes : ces dernières années, beaucoup se sont mis à cette formulation, qu’ils jugent « plus inclusive » pour les femmes.

Depuis son apparition, l’écriture inclusive, qui se manifeste notamment par l’usage du point médian (« professeur·e »), la mention systématique du genre féminin (« bonjour à tous et à toutes ») ou encore, la tendance à préférer des mots épicènes (les « scientifiques » plutôt que « les chercheurs »), cristallise les passions. Ses partisans y voient le signe de la fin d’une époque, celle de la « masculinisation » du français, quand Alain Rey, le père du Petit Robert, qualifiait l’affaire de « tempête dans un verre d’eau ». L’Académie française, elle, y a vu un « péril mortel » pour la langue. Force est de constater qu’une partie de l’enseignement supérieur n’a pas attendu la fin de ces débats enflammés pour adopter cette graphie, faisant fi de la circulaire d’Édouard Philippe, publiée en 2017, qui bannit l’usage administratif de l’écriture inclusive.

« Que ce soit sur les panneaux d’affichage, dans les courriels de la présidence de l’université et même dans nos supports de TD… L’écriture inclusive est partout. On ne la remarque même plus », constate Benjamin, étudiant en droit à Nanterre. « Les organisations étudiantes l’utilisent beaucoup », avance le jeune homme, qui cite notamment l’Unef. La présidente du syndicat de gauche s’en félicite d’ailleurs : « Nous écrivons de cette façon depuis cinq ans dans notre communication, affirme Mélanie Luce. Pour nous, c’est un moyen de rendre les femmes plus visibles dans la langue. »

À Paris Dauphine, Emma* se souvient notamment d’une enseignante qui l’utilisait dans les sujets de partiel. Exemple : « Dans quelle mesure une part croissante des citoyen.ne.s se désintéresse-t-elle de la politique ? » Mais aussi, dans les cours : « Électeurs et électrices sont, comme tous les agents sociaux, des hommes (et des femmes) pluriel(·le·s) ». Jacques Smith, le délégué général du l’UNI, syndicat étudiant de droite, livre à son tour une histoire éloquente : certains de ses militants lui racontent que des enseignants les obligent à adopter cette forme d’écriture : « Ils ne répondent pas aux courriels de ceux qui les contactent sans utiliser l’écriture inclusive. Ou alors ils leur objectent : “Merci de m’écrire en langue inclusive, dans le cas contraire, je ne vous répondrai pas”. »

Faire plaisir à la professeure

D’autres vont encore plus loin. Madeleine* était en deuxième année de licence lorsqu’elle et son groupe proposent de consacrer leur mémoire à la précarité menstruelle. « Lorsque nous avons publié un sondage à ce sujet sur l’un des groupes Facebook de ma fac, beaucoup d’étudiants nous ont reproché de ne pas être assez inclusifs dans nos questions. Selon eux, nous oubliions les personnes transsexuelles », raconte-t-elle. Alors, elle en parle à son enseignante. « Elle nous a fortement recommandé d’avoir recours à l’écriture inclusive. J’ai dû reprendre absolument tout ce que nous avions écrit et ajouter des points partout, je pétais un câble. J’aurais préféré me concentrer sur le contenu. » La jeune femme de 19 ans est gênée par le sentiment d’avoir été « obligée d’y avoir recours ». « Nous avons compris qu’en le faisant, cela ferait plaisir à la professeure et que nous aurions une bonne note. » Ce qui fut le cas.

Killian, étudiant en informatique à l’université Grenoble Alpes, a été surpris de voir à quel point cette forme d’écriture rencontrait un large consensus parmi les étudiants de son établissement. Par curiosité, le jeune homme de 24 ans lance une discussion à ce sujet sur le logiciel de messagerie instantanée Discord que « la quasi-totalité des étudiants du département licence sciences et technologie » utilisent. « Toutes les personnes qui m’ont répondu étaient favorables à l’écriture inclusive. Une personne m’a presque traité de transphobe. Bref, j’ai arrêté la discussion, c’est parti vraiment loin. »

« Ostracisé par certains de ses collègues »

Les opposants à cette nouvelle forme d’écriture sont souvent qualifiés de « réactionnaires » ou de « conservateurs ». Jean Szlamowicz, professeur de linguistique à l’université de Bourgogne et auteur du livre Le Sexe et la langue, en a fait les frais. Fin 2019, dans le cadre d’un séminaire linguistique, l’enseignant devait tenir une conférence intitulée « L’écriture inclusive à l’épreuve de la grammaire ». Le lendemain de son intervention, annulée pour des raisons pratiques, il découvre que des collègues s’étaient de toute façon mobilisés pour empêcher la conférence en faisant pression sur le doyen. « Il y avait des appels à l’intimidation, ils me prévoyaient un sacré comité d’accueil », raconte l’enseignant-chercheur, qui reçoit également un courriel du doyen de l’UFR lui indiquant qu’il n’est pas le bienvenu. « Le fait que vous soyez rédacteur de ce torchon sexiste et raciste qu’est Causeur vous discrédite d’un point de vue scientifique », lit-il notamment. Jean Szlamowicz l’assure, son discours sur l’écriture inclusive lui a valu d’être « ostracisé par certains de ses collègues ». « Dès que vous écrivez un courriel, vous êtes fiché politiquement. Il y a une surveillance sous-jacente, une peur d’être pris à partie. Comme chacun est évalué par ses pairs, il est toujours possible qu’on vous refuse un financement en fonction de vos prises de position. »

Sa collègue Yana Grinshpun, enseignante-chercheuse à l’université Paris-III Sorbonne-Nouvelle, en a également fait l’amère expérience. En 2017, une commande académique lui est faite : elle doit écrire un article sur le nouveau radicalisme pour L’Abécédaire de la haine. Au bout de plusieurs semaines, elle rend son travail, qui est accepté. Deux ans plus tard, ses collègues lui expliquent finalement qu’il faudra le retravailler. « Ils m’ont dit : soit vous le réécrivez en écriture inclusive, soit il ne sera pas publié. J’ai refusé, au nom de ma liberté académique », raconte l’enseignante, qui dénonce une « radicalisation progressive de l’espace universitaire ».


 Généraliser la pratique de cette écriture

Ces dernières années, les établissements sont de plus en plus nombreux à vouloir généraliser la pratique de cette écriture. À l’université de Bourgogne, des enseignants du Centre interlangues travaillent actuellement au lancement d’un atelier d’écriture inclusive pour les étudiants. De même, depuis 2019, l’université Paris-Nanterre a nommé une chargée de mission égalité femmes-hommes et non-discrimination pour travailler, entre autres, à la généralisation de l’écriture inclusive dans l’établissement. « Notre objectif est de faire de la communication non stéréotypée. Nous essayons d’éradiquer tout ce qui ne présente pas un équilibre entre les femmes et les hommes », explique Maïlys Derenemesnil, en charge de la mission. Depuis son arrivée, l’université a notamment publié un petit guide de l’écriture inclusive expliquant les « vertus » de l’utilisation du point médian pour lutter contre le sexisme. « Toute la présidence utilise cette forme de communication et encourage fortement le reste de la communauté à le faire. À terme, je pense que nous créerons des formations obligatoires pour sensibiliser les responsables d’associations étudiantes sur ces sujets », annonce-t-elle.

Et même lorsqu’ils ne sont pas forcément pour, les présidents d’université sont forcés de s’y mettre : « Beaucoup ont adopté cette graphie sous la pression de quelques associations. Il est plus simple et plus commode de s’adapter si on ne veut pas être accusé de sexisme », avoue un ancien président d’université parisienne. Même constat à Sorbonne-Université. Voilà environ quatre ans que Franck Neveu, professeur de linguistique française, observe une « demande d’inclusivisme linguistique de la part de certains syndicats étudiants et associations universitaires ». Une demande qui reçoit un « accueil favorable » de la part des membres de la communauté enseignante, constate-t-il. « Cependant, on ne peut certainement pas dire que l’écriture se répande de manière consensuelle. » Si, selon lui, la majorité des étudiants n’y prête pas vraiment attention, ceux qui la pratiquent ont une démarche qui « abrite souvent un fond de militantisme ». Quitte à omettre le fait que l’écriture inclusive « déstructure très largement la graphie ainsi que le lien qui doit naturellement s’établir entre la pratique orale et la pratique écrite », rappelle l’enseignant. « On sait très bien que cette écriture ne marche pas. Seulement, il ne s’agit pas de respecter une cohérence linguistique, mais d’afficher une forme d’idéologie et de dénoncer le prétendu patriarcat de certains fonctionnements institutionnels. »

Quand la croyance étouffe la réflexion scientifique

Anne Dister, qui enseigne la linguistique française à l’université Saint-Louis–Bruxelles, renchérit : « L’écriture inclusive part d’une idée fausse qui est que le masculin dans la langue invisibilise les femmes. C’est une croyance qui n’est pas fondée sur le fonctionnement des genres en français où la plupart des usages du masculin sont inclusifs. » Exemple : si nous parlons de « nos voisins », nous partons du principe qu’il y a des femmes et des hommes parmi eux. « Faire du masculin un genre qui invisibilise les femmes, c’est faire comme si les mots n’étaient jamais utilisés dans un contexte qui nous aide à en comprendre le sens », analyse l’enseignante. « Je suis effarée de voir que face à ces arguments objectifs, il y a encore des acteurs dans l’enseignement supérieur qui défendent l’usage de cette écriture. Mais nous sommes dans une période où la conviction et la croyance ont plus de poids que la réflexion scientifique. » Et d’ajouter : « Il y a des chercheurs et des enseignants qui réinterprètent l’histoire de la langue en proclamant qu’au XVIIe siècle, des grammairiens seraient allés à l’encontre de l’usage de la langue en codifiant le français. En le masculinisant. C’est de la théorie du complot. »

Autre écueil : les partisans de l’écriture inclusive imposent à leur lectorat un français peu intelligible. « Cette forme d’écriture génère de l’insécurité linguistique, de l’hypercorrection », avance Mathieu Avanzi, linguiste et maître de conférences à Sorbonne-Université. « L’écriture inclusive revient à éloigner les gens qui ont des difficultés avec la langue. On ne peut pas militer pour un français plus accessible et la pratiquer », renchérit Anne Dister.

Ces pratiques, de plus en plus fréquentes, offusquent certains politiques. Le député LREM François Jolivet prépare une proposition de loi pour interdire l’écriture inclusive à l’école. Et s’il reconnaît la « liberté académique » des enseignants du supérieur, il est inquiet : « Je suis effaré que certaines universités l’adoptent dans leur communication et que de plus en plus d’étudiants l’utilisent dans leurs copies. Cette pratique est un bras d’honneur aux institutions gardiennes de la langue française. »

Source : Le Figaro

* Les prénoms ont été modifiés.


France — 88 % des lycéens musulmans favorables au port du voile à l’école

Déjà théorisée par Jérôme Fourquet dans son succès de librairie L’Archipel français, publié en 2019, la scission générationnelle ressurgit de plus belle avec le dernier sondage Ifop réalisé pour la Licra. Les chiffres les plus éloquents de l’enquête ? L’opposition massive des lycéens à la loi de 2004 sur le port des signes religieux ostentatoires à l’école.

Plus d’un lycéen sur deux (52 %) se déclare favorable à l’abrogation de cette loi, alors que la grande majorité de la population française s’y déclare attachée (75 %).  On ne sera pas surpris d’apprendre que 88 % des jeunes musulmans soutiennent le port du voile islamique à l’école, et que 76 % d’entre eux seraient favorables à une autorisation du port du burkini dans les piscines...

Plus inquiétant encore, le droit au blasphème recule au pays des Lumières : 52 % des jeunes s’opposent farouchement à la critique de toute religion. La proportion culmine à 78 % chez les jeunes musulmans.

 « C’est la victoire d’une vision anglo-saxonne ou même islamiste des choses. La religion n’est plus perçue comme un corpus de valeurs auxquelles on croit, mais comme consubstantielle de l’identité. Et la moquerie de l’identité étant perçue par certains comme intolérable, les réactions violentes ne sont plus incompréhensibles », estime François Kraus, auteur de l’enquête. 


 



 
 
 



 
 
 

Québec — Taux de natalité d'environ 9,57 ‰ en 2020, le pire de l'histoire du Québec ?

Selon les chiffres de l'Institut de la Statistique du Québec publiés en ce jour, il serait né 81 850 enfants au Québec en 2020. C'est 2,79 % moins qu'en 2019. (Ces chiffres établis sur la base du fichier de naissances au 26 février 2021 sont provisoires, mais sont assez fiables.)

Avec 81 850 enfants pour une population estimée de 8,55 millions d’habitants au Québec en 2020, on obtient un taux de natalité de 9,57 naissances pour mille habitants (9,57 ‰).

Il s’agit du taux de natalité le plus bas depuis 1900 (et probablement de l’histoire du Québec). Les 8,5 millions d’habitants du Québec de 2020 ont produit autant d’enfants que les 2,1 millions de Québécois de 1913. Pour prendre une date plus récente, les 4,2 millions de Québécois de 1952 (la moitié de la population actuelle) ont célébré la venue au monde de 128 000 enfants, soit 56 % de plus qu’en 2020. Le taux de natalité en 1952 s’établissait donc à 30,7 ‰, soit plus de 3 fois plus qu’aujourd’hui.

Le nombre de mariages s’est également effondré passant de 22 250 en 2019 à 11 350 en 2020.

Tout laisse à penser que le nombre de naissances en 2021 pourrait être encore plus bas que celui de 2020, en effet non seulement le nombre de projets matrimoniaux est en chute libre, mais nous avons déjà des chiffres pour les enfants conçus depuis le début de la pandémie (mars 2020). Or le nombre de naissances de décembre 2020 au Québec et de janvier 2021 en France est en très forte baisse. En France, le nombre de naissances en janvier 2021 a chuté de 13 % par rapport à janvier 2020, alors qu’au Québec le nombre de naissances en décembre 2020 (6 350) a chuté de près de 6 % par rapport à décembre 2019 (6 750).


(cliquer sur le graphique pour l’agrandir)

Décès également en hausse

La gestion de la pandémie de COVID-19 a occasionné une hausse des décès de 10 % au Québec et une baisse de l'espérance de vie de cinq mois chez les hommes et de huit mois chez les femmes, indique une nouvelle analyse de l'Institut de la statistique du Québec.

Ces résultats sont tirés du bulletin La mortalité et l'espérance de vie au Québec en 2020, rendu public mercredi.

Alors que 67 800 décès avaient été enregistrés en 2019, l'estimation provisoire de 2020 en rapporte 74 550, soit une hausse de 6750 décès, ce qui représente une augmentation de 10 %. Les auteurs de l'étude soulignent que la hausse annuelle de la mortalité, due au vieillissement constant de la population, est habituellement de 2 %. C'est entre le 22 mars et le 6 juin que la surmortalité a été la plus élevée avec 18 900 décès (au lieu de 14 200 en 2019). La hausse observée a été de 33 % plus élevée durant cette période.

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Splendide nouveau monde : trio homo parvient à faire inscrire trois pères sur certificat de naissance

 

mardi 2 mars 2021

Splendide nouveau monde : trio homo parvient à faire inscrire trois pères sur certificat de naissance

Un trouple californien homosexuel est entré dans l’histoire en 2017 lorsqu’il est devenu la première famille de l’État à inscrire trois parents sur un certificat de naissance.

Leur parcours reproductif et leur bataille juridique pour devenir pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, sont détaillés dans « Trois papas et un bébé » (à paraître le 9 mars 2021 aux éditions Cleis Press), écrit par l’un de ses pères, le Dr Ian Jenkins.

Jenkins et ses partenaires, Jeremy Hodges et le Dr Alan Mayfield, ne considèrent pas « leur famille » — qui comprend désormais également leur fils, Parker, 1 an — comme inhabituelle.

« Le fait que Piper ait trois parents n’est tout simplement pas un problème. J’ai moi-même trois parents — ma mère, mon père et ma belle-mère — et personne n’y pense », écrit Jenkins dans le livre.

Jenkins a rencontré Mayfield, un psychiatre, alors qu’ils terminaient leurs résidences en médecine à Boston. Les deux étaient ensemble pendant huit ans lorsque Hodges, qui travaille dans un hôpital de zoo, est entré en scène.

Bien que leur relation avec Hodges ait commencé comme une amitié, les choses sont rapidement devenues sexuelles. Après cinq ans de couple à trois, le trio a commencé à discuter sérieusement de devenir parents lorsque des amies ont proposé de leur donner leurs embryons surnuméraires. Le groupe a détaillé son parcours reproductif et sa bataille juridique pour devenir les pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, dans un nouveau livre. Le groupe a détaillé son parcours reproductif et sa bataille juridique pour devenir pères de Piper, maintenant âgé de 3 ans, dans un nouveau livre. (Amazon le vend bien sûr contrairement à ces livres et films que le géant de la vente en ligne décide de bannir..)

Pour obtenir ce bébé, les trois hommes ont dépensé plus de 120 000 $ en frais juridiques, contrats, implantations et tests. « Les couples homosexuels ne deviennent pas parents par accident. C’est toujours un acte délibéré et compliqué », écrit Jenkins.

Ils ont d’abord dû trouver une mère porteuse. Heureusement, leur amie Delilah a proposé de porter leur enfant. Puis vinrent les avocats. Les embryons doivent être adoptés pour que chaque homme ait des droits parentaux égaux. C’était un cas rare : les troisièmes parents sont généralement ajoutés aux certificats de naissance après coup, pas au moment de la naissance.

Source : NY Post


Alliance des professeurs de Montréal a fait pression pour l'imposition du port du masque à l'école

Au retour de la semaine de relâche, les élèves de l’école primaire devront porter en tout temps le masque de procédure, y compris en classe, dans les établissements situés en zone rouge. Au moins un syndicat (l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal) a fait pression sur le Ministère de l'Éducation pour prendre cette mesure décriée par de nombreux parents et des pédiatres.

Le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine, se prononce sur cette nouvelle mesure imposée par le Gouvernement du Québec.

«Le masque est très désagréable, pour les adultes et les enfants. Évidemment, certains parents transposent leur anxiété à leurs enfants. Au-delà de 10 ans, les enfants fonctionnent à peu près comme les adultes. Une question légitime : que se passe-t-il avec un enfant de six ans qui porte un masque toute la journée? À cet âge, l’enfant n’est pas complètement régulé à propos de ses comportements et de ses émotions. La pensée logique commence seulement vers 7 ans. Je trouve que le port du masque obligatoire a été annoncé de façon débonnaire.»

 
Une pétition a été lancée contre cette imposition qui ne semble pas fondée sur des preuves (voir les juridictions qui n'imposent pas cette mesure et n'ont pas vu plus d'éclosions qu'ailleurs dans les écoles). Elle a rassemblé plus de 26.000 signataires.

Voir aussi 

Lettre ouverte à monsieur Francois Legault et monsieur Jean-François Roberge - Collectif-Parents Québec

En Italie, des parents ont réussi à faire annuler cette obligation. Extraits d'un article du Corriere del Veneto: 

Le décret ministériel ne doit plus imposer l'obligation de porter un masque à l'école pour les enfants et pré-adolescents de moins de 12 ans. C'est le Conseil d'État qui s'est exprimé sur l'appel présenté par deux parents de Bolzano [Nord-Est de l'Italie près de l'Autriche] contre la présidence du Conseil des ministres, le ministère de la Santé, le Intérieur et éducation, la province autonome de Bolzano et le directeur de l'école fréquentée par sa fille. Une fillette de 9 ans en parfaite santé qui, ces derniers mois, avait commencé à manifester inconfort et difficultés respiratoires liés à l'utilisation prolongée du masque porté en classe pendant de longues heures, comme l'exige l'arrêté du Président du Conseil des ministres du 3 novembre dernier. Les parents inquiets avaient emmené l'enfant chez un cardiologue et un pneumologue : à la suite d' examens spécifiques, tous deux avaient détecté des valeurs anormales et inquiétantes d'oxygénation, de tension artérielle et de fréquence cardiaque . Les valeurs qui avant de porter le dispositif de protection étaient tout à fait normales mais se sont fissurées de manière alarmante pendant la période d'utilisation du masque, pour revenir se stabiliser après l'avoir retiré.

 Aucun décès dû à une éclosion de Covid dans une école canadienne (Stats Canada au 30 janvier 2021)

Covid-19 : étude affirme que confinement et fermeture des commerces ont peu d'utilité une fois mesures plus douces prises  

Québec — Données inédites suggèrent fortement que les écoles ne sont pas un moteur de l’épidémie 

Covid — Floride se félicite d'avoir gardé les écoles ouvertes

Covid — Baisse de cas malgré les Fêtes et les vacanciers dans le Sud (plateau dès avant couvre-feu) 

Suède — l’effet des écoles restées ouvertes pendant la pandémie sur la santé sur les élèves et les enseignants

Bobard — Selon le Wall Street Journal la Suède abandonne son modèle et met désormais en place des restrictions obligatoires 

Covid-19 : baisse radicale des cas en Inde depuis plusieurs mois malgré levée des restrictions

Vague de suicides dans le Nevada force une ouverture partielle des écoles

Suède et Suisse — Enfants peu à risques et peu contagieux

Étude — la fermeture des écoles et universités causerait plus de décès, mais aplatirait les courbes

Déclaration de Great Barrington (13 600 médecins et experts) sur la Covid-19 — il existe une autre façon de faire (mettre fin au long supplice pour tous, il faut considérer l’ensemble des effets des politiques actuelles et pas uniquement les cas de la Covid-19)

Covid : la Suède impassible face à la deuxième vague  

COVID-19 — les gens « de gauche » plus à risque de développer de l’anxiété

Plus d’un jeune sur trois souffre d’anxiété ou de dépression

« Il y a une augmentation de l’anxiété [chez les jeunes] dans nos cabinets, on voit que le recours à la médication augmente. La toxicomanie bat des records et on ne parle pas de l’usage pathologique de l’Internet », a fait savoir lundi le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine et porte-parole de l’Association des pédiatres du Québec. Or, selon celle-ci dernier, les jeunes sont devenus des cibles faciles pour rassurer la population, inquiétée par le discours gouvernemental sur la résurgence des infections.

Covid-19 — impact direct sur l’espérance de vie en France relativement bas (-0,2 an pour hommes, -0,1 an pour femmes)

Allemagne — pas de solutions uniques face au coronavirus pour la rentrée

New York reporte encore la rentrée en personne dans les écoles publiques

 

lundi 1 mars 2021

États-Unis — La loi sur l'« égalité » des démocrates exclut expressément toute objection religieuse

Le 25 février, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté la HR5, la prétendue « loi sur l’égalité », pour modifier diverses dispositions de la loi sur les droits civils de 1964. Si ce projet de loi était adopté par le Sénat et promulgué par le président Biden, le projet de loi aurait d’incalculables conséquences plus particulièrement dans son attaque particulière contre les femmes (biologiques, il faut préciser de nos jours apparemment !) et les croyants des religions traditionnelles. Le projet de loi est expressément conçu pour imposer une idéologie sexuelle controversée au public américain et pour en interdire toute objection fondée sur la religion.

Le prologue du projet de loi affirme que son objectif est « d’interdire la discrimination fondée sur le sexe, l’identité de genre et l’orientation sexuelle, et à d’autres fins ». Mais comme le reste du projet de loi l’indique clairement, cela signifie interdire tout désaccord et proscrire les distinctions biologiques, c’est-à-dire qu’être femme ou homme n’est plus ancré dans la biologie, mais dans la perception de son « genre ». Les « autres fins » incluent la restriction du libre exercice de la religion. En outre, le projet de loi poursuivra la normalisation de l’avortement en tant que procédure médicale comme une autre et obligera les médecins et autres prestataires de soins de santé à participer à l’avortement malgré leurs objections morales.

Lire Monsieur Patate dans les patates et
Derrière l’attaque contre Monsieur Patate

Trois dispositions clés du projet de loi forment son ossature : la redéfinition du terme « sexe » pour nier la biologie ; l’élargissement du terme d’« hébergement public » pour inclure tout lieu où des personnes se rassemblent à l’extérieur d’une résidence privée ; et le déni explicite de la liberté religieuse et de la protection de la liberté religieuse.

La première disposition, la plus fondamentale, propose de modifier la loi sur les droits civils de 1964 en remplaçant le terme « sexe » par « sexe (y compris l’orientation sexuelle et l’identité de genre) ». Les lobbies LGBTQ+ tentent depuis de nombreuses années de persuader les tribunaux fédéraux de définir le sexe de cette façon. Ils ont remporté une victoire historique en 2020 dans la cause Bostock c. Clayton County, dans lequel la Cour suprême a jugé que le titre VII de la loi sur les droits civils de 1964 inclut l’identité de genre et l’orientation sexuelle dans sa définition du « sexe ». Cependant, même certains partisans de cette décision reconnaissent que l’opinion majoritaire du juge Gorsuch est fondée sur un sophisme et donc qu’elle est vulnérable dans de futures causes avec la structure actuelle de la Cour Suprême.

La HR5, s’il est adopté, mettrait fin à cette vulnérabilité. Ou peut-être pas. L’un des aspects les plus vexants de la loi de 64 est que, bien que son objectif était principalement d’interdire la discrimination fondée sur le sexe, le terme « sexe » n’y était pas défini. La HR5 définit désormais le sexe comme « y compris l’orientation sexuelle et l’identité de genre », il ne définit ni l’un ni l’autre. Dans l’idéologie LGBTQ+ dominante, « l’identité de genre » est « fluide ». Ainsi, on pourrait s’identifier comme étant un homme un jour et une femme le lendemain — ou selon la longueur de la queue devant les toilettes au stade, au théâtre ou à la fête paroissiale.

Car la HR5 élargit la définition de « hébergement public » de la loi de 64 pour inclure tout « lieu ou établissement qui propose des expositions, des divertissements, des loisirs, des exercices, des spectacles, des rassemblements publics ou des expositions publiques » ; et « tout établissement qui fournit un bien, un service ou un programme, y compris […] une banque alimentaire, centre de services ou de soins [ou] refuge. » Cette formulation signifie que les paroisses, les écoles paroissiales et autres institutions religieuses pourraient être poursuivies en vertu du projet de loi. En fait, il est difficile de concevoir un lieu ou un programme en dehors d’une résidence privée qui ne soit pas visée par cette définition.

C’est ainsi que tout événement sportif de l’organisation catholique de la jeunesse est un lieu de loisirs et d’exercice. Chaque crèche de Noël est une exposition publique. Chaque centre de conseil en matière de grossesse est un service ou un programme. Le refuge pour femmes et la banque alimentaire parrainés par le diocèse sont… un refuge et une banque alimentaire. Si une église, une mosquée, une synagogue — ou une école affiliée à une confession religieuse ou un centre de loisirs — offre l’un de ces programmes ou services, elles seront obligées de permettre aux hommes biologiques, par exemple, d’utiliser les toilettes pour femmes. Les équipes sportives seraient obligées d’autoriser les garçons à utiliser les vestiaires des filles. Les refuges pour femmes maltraitées et battues seraient obligés d’admettre des hommes qui se disent femmes à cet instant-là. Et bien sûr, les filles seraient obligées de concourir contre des garçons dans des événements sportifs. Le projet de loi nie expressément toute objection fondée sur la religion.

Les auteurs du projet de loi, reconnaissant qu’il s’agit d’une atteinte au libre exercice de la religion, nient explicitement l’application de la plus importante garantie statutaire du libre exercice de la religion, la Loi sur la restauration de la liberté religieuse (« RFRA ») de 1993. Le projet de loi prévoit spécifiquement que la RFRA « ne pourra servir de base pour contester ou se défendre d’une contestation en vertu de » la HR5. Cela signifie deux choses.

D’une part, si une personne, physique ou morale, veut poursuivre un organisme gouvernemental pour l’empêcher d’appliquer le projet de loi, il ne peut invoquer la RFRA comme base pour son action en justice. Pour ester en justice contre toute personne, il faut invoquer une loi ou un précepte de common law. Dans l’état actuel des choses, la RFRA fournit une telle base. Elle a été largement utilisée avec succès dans tout le pays pour protéger les églises, les écoles et autres institutions contre les lois par ailleurs généralement applicables qui les forceraient à violer leur pratique religieuse ou leur conscience. Avec la HR5, ce puissant bouclier contre l’intrusion du gouvernement dans la liberté religieuse serait supprimé.

D’autre part, si une église, une école ou toute autre résidence « d’hébergement public » est elle-même poursuivie par un individu ou le gouvernement fédéral pour avoir enfreint la HR5, elle ne pourra pas utiliser la RFRA comme moyen de défense lors du procès. Le but même de la RFRA est de protéger le libre exercice de la religion des lois généralement applicables qui pèsent indûment sur la liberté religieuse. Sans invalider les lois, la RFRA est utilisée pour en obtenir des dérogations. La loi sur l’égalité supprimera cette défense, laissant les églises, temples et pratiquement toute autre institution sans défense contre l’imposition d’une idéologie progressiste radicale.

La loi sur l’égalité est l’imposition législative sans compromis d’une idéologie sociale radicale. Il s’agit d’une agression contre le libre exercice de la religion. Tel est son but, et si HR5 devient loi, ce sera son effet.

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Biden signe décret qui permet aux étudiants nés hommes de concourir chez les femmes s’ils se sentent femmes

The Equality Act: Anti-Woman, Anti-Catholic (Crisis)

La vérité sur la Loi sur l’égalité (en anglais, de la conférence des évêques catholiques des États-Unis) 

Cabinet de Joe Biden regorge de catholiques en rupture avec l'enseignement catholique sur des questions fondamentales 

Dénormaliser l'hétérosexualité et la famille tradi : petits pas, cliquets et gros mensonges (texte + vidéo)

 

dimanche 28 février 2021

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’asiatiques y sont inscrits)

Un programme sélectif destiné aux élèves de quatrième (9-10 ans), cinquième et sixième années du primaire très performants de Boston a suspendu les inscriptions en raison de la pandémie et de préoccupations concernant l’équité du programme, a appris GBH News1.

La surintendante Brenda Cassellius a recommandé la suspension du programme pendant un an, connu sous le nom d’Advanced Work Classes, en disant que le district ne reconduirait pas le programme pour les nouveaux élèves l’année prochaine.

« Il y a eu beaucoup d’inégalités qui ont été mises en lumière lors de la pandémie et auxquelles nous devons faire face », a déclaré Mme Cassellius à GBH News. « Il y a beaucoup de travail à faire dans le district pour être antiracistes et avoir des politiques où tous nos étudiants ont une chance d’avoir une éducation équitable et excellente ».

Les nouveaux élèves seront admis en quatrième année selon des normes à déterminer au niveau de l’école, selon un porte-parole du BPS.

Il n’y aura pas de nouveaux élèves admis en cinquième ou sixième année, a déclaré le porte-parole, mais ceux qui sont déjà en classes avancées seront autorisés à poursuivre.

Une analyse du programme au niveau du district a révélé que plus de 70 % des élèves inscrits au programme étaient blancs et asiatiques, alors que près de 80 % de tous les élèves des écoles publiques de Boston sont hispaniques et noirs. 

Lorna Rivera, membre du comité scolaire, a déclaré lors d’une réunion en janvier qu’elle était gênée par ces résultats, notant que près de 60 % des élèves de quatrième année du programme avancé de l’école Ohrenberger à West Roxbury sont blancs, même si la plupart des élèves de troisième année inscrits à l’école sont noirs et hispaniques. « Ce n’est tout simplement pas acceptable », a déclaré Mme Rivera lors d’une récente réunion du comité scolaire. « Je n’avais jamais entendu ces statistiques auparavant, et elles me perturbent beaucoup ». Le programme était ouvert à tous les élèves des écoles publiques de Boston qui avaient passé un test connu sous le nom de Terra Nova en troisième année et avaient obtenu une note élevée. Les étudiants du programme avancé ont la possibilité d’étudier des sujets plus en profondeur et se voient offrir plus de travail scolaire que ne l’exige le programme traditionnel. 

Équité des résultats plutôt qu’égalité de traitement

L’administration Biden a déclaré que « l’équité » — entendre l’égalité des résultats et non des chances — est la pierre angulaire de ses politiques étrangères et nationales.  

Le mercredi 3 février 2021, le ministère de la Justice américain a abandonné son action en justice contre l’Université de Yale pour sa politique d’admission discriminatoire fondée sur la race. Sous l’ancien procureur général Bill Barr, la justice avait déclaré que cette discrimination raciale de Yale (qui discrimine en pratique contre les bons étudiants asiatiques et blancs à cause de leur race) violait la loi de 1964 sur les droits civils. Le ministère a agi avant même que le Sénat n’ait confirmé un nouveau procureur général ou chef de la Division des droits civils désigné par le président démocrate Biden. 

« Je suis totalement choqué par la décision hâtive du Ministère de la Justice de Biden d’abandonner le procès contre Yale, huit jours seulement après que le président Biden a signé un décret prétendant lutter contre la discrimination anti-asiatique », a déclaré le président de la Coalition asiatique américaine pour l’éducation, Yukong Zhao.

Les Étudiants pour des admissions justes, qui ont perdu leur procès contre Harvard devant la Cour d’appel du premier circuit en novembre, ont toujours affirmé que la Cour suprême est le tribunal qui avait le plus de chance de leur accorder une victoire dans sa lutte contre les politiques d’admission discriminatoires basées sur la race. En attendant, le groupe a déclaré qu’il intentera sa propre action contre Yale puisque le Ministère de la Justice, désormais aux ordres des démocrates, avait abandonné sa poursuite. 

Au cours des deux dernières années, les électeurs de deux des États américains parmi les plus libéraux — celui de Washington et la Californie — ont voté contre des référendums (initiatives) qui auraient abrogé les interdictions de discrimination raciale. Une enquête Pew de 2019 a révélé que 73 % des Américains pensent que la race ne devrait pas être un facteur d’admission à l’université. 



1 WGBH est une station de télévision non commerciale éducative américaine basée à Boston, dans le Massachusetts. Elle est membre du réseau Public Broadcasting Service (PBS) et produit plus des deux tiers des programmes nationaux de PBS diffusés en première partie de soirée. Elle est diffusée par Bell au Québec sur les canaux 284 (SD) et 1204 (HD).

Voir aussi 

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

États-Unis — Pas de réduction de l’écart scolaire en maths et lecture entre les groupes ethniques 

Ministère de la Justice accuse Yale de discrimination raciale contre blancs et asiatiques (14 août 2020)

Pourquoi la culture, et non l’économie, détermine la politique américaine

Qui étaient les émeutiers du Capitole ?

Le Washington Post a analysé les finances des émeutiers du 6 janvier à Washington. 

Près de 60 % des personnes poursuivis par la justice dans le cadre de cette émeute avaient ou avaient eu de graves problèmes financiers, notamment des dettes écrasantes, étaient menacés de saisie, d’expulsions et avaient des impôts impayés. Ils étaient en moyenne environ deux fois plus susceptibles que l’Américain moyen d’avoir déclaré faillite. Vingt-cinq pour cent avaient été poursuivis à un moment donné par des créanciers. Un cinquième avait risqué de voir leur maison saisie par la banque pour dette impayée. 

Une manifestante de San Diego, une ancienne militaire du nom d’Ashli Babbitt, s’est retrouvée si profondément endettée en essayant de maintenir sa petite entreprise à flot qu’elle a contracté un prêt de soixante-cinq mille dollars à un taux d’intérêt de 169 %.

En fin de compte, elle n’a pas eu à rembourser ce prêt usuraire, un agent de police de Capitol Hill, dont l’identité est toujours tenue secret, a tiré sur Ashli Babbitt dans la gorge ce jour-là et l’a tuée sur place alors qu’elle n’avait aucune arme et ne menaçait personne. Les médias, comme le Guardian, ont accusé Ashli Babbitt d’être une complotiste, une adepte de QAnon, organisation censément suprémaciste blanche même si elle est dirigée par un noir d’extraction cubaine. Il n’y a aucune preuve qu’elle était raciste ou suprémaciste. Il y a beaucoup de preuves qu’Ashli Babbitt était une Américaine fort imprudente et en colère. Pourquoi était-elle en colère ? Parce qu’elle se sentait être une laissée pour compte de l’économie américaine. Elle se disait dégoûtée par la corruption des institutions amércaines les plus puissantes.

Extraits de l’article du Washington Post

Une majorité des personnes arrêtées pour participation à l’émeute du Capitole avaient des antécédents de problèmes financiers. Une série de faillites, de problèmes fiscaux et de créances irrécouvrables soulève des questions pour les chercheurs qui tentent de comprendre les motivations des émeutiers.

Jenna Ryan semblait être une participante improbable dans la foule qui a pris d’assaut le Capitole des États-Unis le 6 janvier. Elle était agente immobilière au Texas. Elle s’est envolée pour Washington en jet privé. Et elle était habillée ce jour-là avec des vêtements mieux adaptés pour une fête d’après-ski qu’une émeute.

Pourtant, Jenna Ryan, 50 ans, est accusée de s’être précipitée dans le Capitole devant des vitres brisées et alors que des alarmes de sécurité retentissaient et, selon les procureurs fédéraux, d’avoir crié : « Luttez pour la liberté ! Battez-vous pour la liberté ! »

Mais d’une autre façon, elle s’intégrait parfaitement.

Malgré ses signes extérieurs de succès, Mme Ryan connaissait des difficultés financières depuis des années. Elle remboursait toujours une amende de 37 000 $ pour impôts fédéraux impayés lorsqu’elle a été arrêtée. Elle avait failli voir sa maison saisie avant cela. Elle a déposé son bilan en 2012. Le fisc l’avait également mis à l’amende en 2010.

Près de 60 % des personnes faisant face à des accusations liées à l’émeute du Capitole avaient eu des problèmes financiers par le passé, y compris des faillites, des avis d’expulsion ou de saisie, des créances irrécouvrables ou des impôts impayés au cours des deux dernières décennies, selon une analyse des archives publiques effectuée par le Washington Post pour les 125 prévenus pour lesquels on dispose d’antécédents financiers suffisamment détaillés. [Plus de 200 personnes ont été arrêtées. A-t-on plus d’antécédents financiers sur ces 125 parce que, justement, ils avaient eu des ennuis avec le fisc ou la justice et étaient donc dans le système ?]

Le taux de faillite du groupe — 18 % — était près de deux fois plus élevé que celui de la population américaine, a constaté le Washington Post. Un quart d’entre eux avaient été poursuivis par un créancier. Et 1 sur 5 d’entre eux risquait de perdre leur maison à un moment donné, selon les documents judiciaires.

Les problèmes financiers sont révélateurs, car ils offrent des indices potentiels pour comprendre pourquoi tant de partisans de Trump — beaucoup avec des carrières professionnelles et peu avec des antécédents criminels violents — étaient prêts à participer à une émeute encouragée [selon le Washington Post, très anti-Trump] par la rhétorique du président […]

À la lecture des informations du Washington Post, Cynthia Miller-Idriss, professeur de sciences politiques qui aide à diriger le laboratoire d’innovation de recherche sur la polarisation et l’extrémisme à l’American University a déclaré : « Je pense que ce que vous trouvez est plus qu’une simple insécurité économique, mais un profond sentiment de précarité au sujet de leur situation personnelle ». « Et cette précarité — jointe à un sentiment de trahison ou de colère de se voir dépossédé — a mobilisé beaucoup de gens ce jour-là. »

Les erreurs financières des émeutiers accusés allaient de petites dettes de quelques milliers de dollars il y a plus de dix ans à des impôts impayés de 400 000 dollars et des maisons menacées de saisie ces dernières années. Certaines de ces personnes semblaient avoir retrouvé leur assise financière. Mais beaucoup d’entre elles ont autrefois été près du gouffre.

[…]

Les pauvres et les peu-instruits ne sont pas plus susceptibles de rejoindre des mouvements extrémistes, selon les experts. Il y a quelques années, deux professeurs ont trouvé le contraire dans le cas des radicaux islamistes : un nombre étonnamment élevé d’ingénieurs en faisait partie.

Dans l’attaque du Capitole, les propriétaires d’entreprise et les cols blancs représentaient 40 % des personnes accusées d’avoir participé [à l’émeute], selon une étude du Chicago Project on Security and Threats de l’Université de Chicago. Seuls 9 pour cent semblaient être au chômage. […]

 

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Intox radio-canadienne — l’« assaut du Capitole » et le policier « frappé à coups d’extincteur »

« La blanchité multiraciale » : comment les wokes expliquent que des non-blancs votent pour Trump

Analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis

Les agriculteurs et restaurateurs blancs ne bénéficieront pas du projet d’aides contre les effets de la Covid (HR 1319, approuvé par la Chambre des députés américains, samedi 27 février 2021 à 219 voix contre 212).

L’article 1005 du projet de loi offre aux propriétaires d’exploitations agricoles “socialement défavorisés” une remise totale de dettes pouvant atteindre des centaines de milliers de dollars par agriculteur. Mais les hommes blancs n’auront pas à faire une demande. La définition de “socialement défavorisé” donnée par le projet de loi, tirée d’un autre texte de la loi fédérale, limite l’aide aux groupes raciaux qui ont été victimes de discrimination par le passé.

De même, la discrimination touche l’aide apportée aux restaurants par le projet de loi. Il accorde aux propriétaires de restaurants jusqu’à 5 millions de dollars par établissement pour compenser les pertes causées par les fermetures. 

Mais il y a un hic : seuls les femmes, les anciens militaires et les propriétaires de restaurants “socialement et économiquement défavorisés dans la société” (encore une fois, selon la définition raciale figurant dans la loi fédérale) peuvent faire une demande pendant les trois premières semaines du programme. La plupart des hommes blancs vont au bas de la pile, même si leurs besoins d’aide étaient plus pressants.

Espérance de vie baisse chez les hommes en Ontario, en Colombie-Britannique et chez les blancs aux États-Unis

Suicide : déclin mondial mais augmentation chez les blancs américains 

 

Analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis

La traduction du succès de librairie d’Anne Case et Angus Deaton, Morts de désespoir, arrive tardivement en France. Leur analyse du désarroi des classes moyennes blanches aux États-Unis reste cependant d’actualité. Recension par Charles Jaigu.

C’est peut-être parce qu’Angus Deaton est un enfant de la méritocratie, le fils d’une famille écossaise modeste, qu’il est si attentif aux pannes spectaculaires de l’ascenseur social dans son pays d’adoption. Il a reçu le Nobel d’économie en 2015, au moment où il publiait avec Anne Case, son épouse, elle aussi économiste à l’université de Princeton, une étude troublante sur la baisse de l’espérance de vie aux États-Unis, pour la première fois depuis plus d’un siècle. [Cette baisse de l’espérance de vie aux États-Unis s’est prolongée pendant les six premiers mois de 2020, sans que cela soit soit le seul fait de la Covid qui n’a eu un effet notable qu’à partir de mars 2020. Dans la première moitié de 2020, l’espérance de vie à la naissance pour la population américaine était de 77,8 ans par rapport à 78,8 ans en 2019 et à 78,9 ans en 2014. L’espérance de vie à la naissance pour les hommes était de 75,1 ans au premier semestre 2020, représentant une baisse de 1,2 an, par rapport à 76,3 ans en 2019. L’espérance de vie s’établit désormais à 78,0 ans pour les blancs (non hispaniques), 79,9 ans pour les Hispaniques (oui, supérieur aux blancs) et 72,0 ans pour les noirs.] 

À ce premier constat s’ajoutait un autre, encore plus déroutant. La hausse des morts concernait les Blancs n’ayant pas fait d’études supérieures.

Les primeurs de ce livre sont aujourd’hui éventées. Les deux indicateurs de la crise du modèle américain sont devenus un cliché connu de tous. Mais l’enquête conserve un intérêt, au moment où « les minorités visibles » s’affirment aux États-Unis avec de plus en plus de radicalité. La majorité invisible, blanche, puisqu’il faut lui donner une couleur par défaut, continue de glisser dans la dépression. Deaton souligne que la perte de la position dominante des Blancs vis-à-vis des minorités explique en partie leur sentiment de dépossession. Mais cette raison s’ajoute à tant d’autres, qui sont mises bout à bout et dressent le tableau d’un phénomène strictement américain de multiplication des « morts par désespoir » chez les Blancs peu éduqués.

Car c’est en Amérique que les classes moyennes et ouvrières se sont laissé engloutir dans un cycle de suicides, d’alcoolisme, de toxicomanie aux drogues et aux opioïdes. On le sait, ce malaise a débouché sur l’élection de Donald Trump. Ce dernier n’avait pas hésité à brandir l’étude de Deaton et Case pendant la présidentielle de 2016. Le couple avait fait savoir qu’ils n’approuvaient pas le protectionnisme bravache du futur président américain. Deaton nous le redit lors d’un échange de courrier électronique : « Le protectionnisme ne permet pas de recréer le vieux monde des emplois de qualité, c’est une solution populiste classique qui détruit l’objectif qu’elle s’est fixé. »

Dans un livre précédent, La Grande Évasion, Deaton louait l’instinct de survie qui a permis à l’humanité d’inventer le capitalisme pour s’évader d’une « prison » faite de misère et de vies trop brèves. Ce livre en est l’antithèse. Après la lumière, il décrit les ombres au tableau. Il est vrai que, depuis 1989, le capitalisme est seul face à lui-même. Il est plus difficile de bien se tenir quand on n’a pas face à soi un adversaire qui vous défie. L’Amérique des trente dernières années a concentré tous les excès d’une progressive déréglementation, notamment de l’éducation, de la santé, de l’énergie, mais aussi des impôts.

Deaton et Case montrent qu’il y a désormais une muraille de Chine entre les détenteurs d’un diplôme universitaires (soit 33 % des plus de 25 ans), qui raflent les augmentations de salaire et le prestige social, et ceux qui n’ont pas eu accès aux études supérieures : « Les gagnants sont encouragés à considérer leur réussite comme leur propre fait, comme la mesure de leurs mérites, et à mépriser ceux qui ont eu moins de chance », nous écrit-il. Finalement, « plus personne ne parle pour les humbles. » Cela rappelle bien des débats depuis les « gilets jaunes », mais l’état des lieux de la classe moyenne américaine blanche est sans commune mesure avec celui des autres pays développés. C’est une véritable marche funèbre : « Il n’y a qu’aux États-Unis que l’on constate l’augmentation du nombre de ces morts par désespoir ; les systèmes européens, même s’ils sont très chers, évitent cela. »

L’urgence n’est pas l’impôt, mais le droit, les règles, et le retour des régulateurs

Résumons : perte du statut de l’homme blanc, écrasement des salaires, évanouissement des églises et des syndicats. Trop de ressorts se sont cassés au pays des opportunités pour tous. C’est pourquoi les auteurs refusent d’accuser la mondialisation. Pour eux, la cause du mal est l’effondrement des institutions régulatrices qui ont laissé régner les lobbys prédateurs. Ce livre est un réquisitoire en règle contre les passe-droits d’une méritocratie devenue cynique et arrogante. « Wall Street » est allé trop loin par rapport à « Main Street ». « Nous dénonçons la recherche de rentes et la légalisation du vol par des entreprises ou des particuliers qui obtiennent des avantages réglementaires exorbitants au préjudice du plus grand nombre. Les compagnies pharmaceutiques ont tous les droits, notamment de commercialiser des médicaments qui tuent », résume Deaton.

Car l’une des raisons de cet abandon de la promesse d’une prospérité partagée est le Far West médical qui s’est développé au pays qui jadis cultivait comme les autres le « welfare state ». C’est la thèse centrale du livre : le système de santé américain marche sur la tête. « Les systèmes de santé sont en difficulté partout, et la surconsommation des soins que l’on voit en France à cause de l’accès gratuit est un problème, mais les Américains ont le pire de tous », nous répond-il, « la France dépense 11,3 % de son PIB, et les États-Unis 18 %, et elle obtient de bien meilleurs résultats. » L’OCDE a en effet depuis longtemps classé le système de santé américain « parmi les moins performants ». Il n’empêche pas la baisse de l’espérance de vie depuis 2014. La pandémie ne fait que révéler ces dysfonctionnements dramatiques.

Que cela ne soit pas une cause d’autosatisfaction en France. La gestion de la pandémie a beaucoup laissé à désirer, alors que la part du PIB consacrée à la santé est la plus élevée d’Europe. Déjà, certains demandent plus d’impôts et plus de dépense publique pour « sauver l’hôpital ». Il ne faut jamais rater une occasion de dénoncer cette obsession française pour la redistribution punitive. Mais le cas américain est à l’autre bout du spectre. La hausse des impôts des plus riches aux États-Unis aurait certainement un sens. Pourtant les auteurs n’en font pas une priorité : « Nous ne pensons pas que la fiscalité soit la
solution contre ceux qui abusent ; le moyen d’arrêter les voleurs est de les empêcher de voler, et non d’augmenter leurs impôts »,
écrivent-ils. Autrement dit, l’urgence n’est pas l’impôt, mais le droit, les règles, et le retour des régulateurs. Ce point avait pourtant été compris par tous après la crise de 2008. Mais la leçon a été très vite oubliée aux États-Unis, chez les banquiers, dans la « Big Tech », ou la « Big Pharma ». Les lois antitrust doivent être réinventées aux États-Unis. « Il y a des abus, soit dans les domaines où les marchés sont inefficients, comme la santé, soit dans le domaine des techniques numériques, où le statu quo engendre des positions dominantes qui posent un problème de fond. La pression est très forte aux États-Unis, et des changements vont intervenir, même si personne n’en connaît encore les modalités », conclut Deaton.

Morts de désespoir,
par Anne Case et Angus Deaton,
publié le 24 février 2021,
aux Presses universitaires de France,
à Paris,
396 pp.
ISBN-10 : 2 130 827 357

 

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