lundi 1 avril 2019

La « laïcité » s'impose aux écoles privées selon le Mouvement pour la laïcité

Daniel Baril, vice-président du Mouvement laïque québécois, publiait une longue lettre ouverte dans Le Devoir le 30 mars (avant le 1er avril donc). Il y affirmait notamment :

L’État est légitimé d’étendre la laïcité à ces établissements [privées] au nom [de] leur mission éducative, de leur financement public et de la protection de conscience des enfants.

De plus, les écoles privées sont tenues par la loi d’offrir le programme d’enseignement approuvé par le ministère de l’Éducation. Le caractère laïque de ce programme doit être respecté même dans les écoles privées, d’où la nécessité d’y interdire le port de signes religieux.

M. Baril semble dire (« doit ») que la loi (mentionnée dans la phrase précédente) impose le caractère laïque des programmes scolaires donnés dans les écoles confessionnelles.

C’est très discutable.

C’était la prétention maximaliste des avocats du gouvernement québécois dans l'affaire qui l’a opposé au collège Loyola.

La Cour suprême du Canada en a décidé autrement : le plus haut tribunal au pays conclut que contraindre l’école Loyola d’enseigner le cours ECR de manière « laïque » est inconstitutionnel, car cette contrainte porte « gravement atteinte » à la liberté de religion des personnes qui veulent offrir et qui souhaitent recevoir une éducation confessionnelle.

Quel intérêt d’ailleurs d’avoir une école catholique pour n’y enseigner que ce que des laïcistes comme M. Baril considèrent comme acceptable ? M. Baril pense que les écoles catholiques enfreignent la « protection de conscience des enfants » de parents qui ont choisi une école confessionnelle. Voilà Daniel Baril protecteur des enfants ! On est en droit de se demander s’il ne s’agit pas plutôt pour M. Baril d’imposer sa propre vision aux enfants d’autrui : l’absence d’égard envers toute religion particulière. M. Baril soutient le monopole de l’État devenu « laïque » (mais pas assez encore pour ce laïciste), car cela lui permet d’imposer ses préférences philosophiques aux enfants des autres.

Quant à l’argument éculé que les écoles privées sont financées par le Trésor public ! D’une part, ce n’est pas vrai de toutes les écoles privées, d’autre part les parents qui envoient leurs enfants à ces écoles paient deux fois pour ce qui devrait être un droit, une fois par leurs impôts, une autre fois par les frais d’inscription à ces écoles si peu privées (le monopole de l’Éducation y impose programme, pédagogie, limite le recrutement des enseignants, la publicité qu’elles peuvent faire, etc.)

Ce carnet veut garantir l’égalité de tous les enfants et le choix des formations scolaires : l’État devrait garantir les moyens à tous les élèves de fréquenter l’établissement scolaire de leur choix. Privé, confessionnel ou non. Que les parents soient nantis ou non. Cela pourrait se faire par des déductions fiscales pour les parents aisés ou une allocation scolaire pour les parents démunis. Plutôt que de restreindre de plus en plus l'accès aux écoles privées, elles devraient être abordables pour tous.
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Formatrice d'enseignants en ECR « objective » : croisades, inquisition, pédophilie, femme non acceptée

Radio-Canada interrogeait différents acteurs dans le cadre d’une révision du très controversé programme d’éthique et de culture religieuse :

Mais, même pour ce volet [religieux du programme ECR], M. Baillargeon dit entretenir « de sérieux doutes » sur la possibilité que les enseignants présentent « les choses déplorables dans la religion catholique, dans l’islam, etc. ». « Je pense que ça dépend de la bonne volonté des profs », affirme-t-il. « Au secondaire, on voit les deux côtés de la médaille, affirme Karine Beaulieu qui enseigne ÉCR depuis 2008 et qui forme des enseignants dans cette matière. La compétence “éthique” vient éclairer [comprendre : juger selon les valeurs actuelles] la compétence “religieuse”. » Au deuxième cycle du secondaire, les élèves entendent parler « des croisades, de l’inquisition, des méfaits », ajoute l’enseignante, dont le conjoint enseigne ÉCR comme elle. Je présente des faits. Pas des opinions.  C’est un fait qu’il y a de la pédophilie dans l’Église catholique et qu’on n’y accepte pas les femmes.

Notons :

1) Que nous la croyons quand elle dit que les enseignants « éclairent » le volet religieux et « critiquent » les religions. En effet les enseignants ne se privent pas de le faire et parfois dépassent sans doute leur devoir officiel de « neutralité » (voir cette enseignante qui s’est déguisée en curé pour dénoncer le machisme de l’Église catholique ou cet autre enseignant ECR — Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire). Dans la pratique, une fois la porte de la classe fermée, les professeurs peuvent orienter la discussion selon leur conviction. Ils poseront les bonnes questions pour donner l’inflexion au cours qu’ils privilégient. « Mais quand vient le temps d’enseigner la portion “éthique”, beaucoup d’entre eux vont donner leurs opinions personnelles », de déclarer Stéphanie Gravel, une étudiante au doctorat en sciences des religions à l’Université de Montréal. «  Un prof convaincu et habile fera des miracles avec ce cours dans les consciences des jeunes [...] Cet enseignant modèle posera les bonnes questions, abordera des sujets peu fréquents, éveillera les consciences... », d’ajouter Luc Phaneuf, enseignant d’ECR.

2) Que tous les exemples qu’elle cite sont des critiques à l’encontre de l’Église catholique. N’y a-t-il pas de pédophilie dans d’autres groupes ? Pourtant, malgré la quasi-disparition des prêtres catholiques enseignants ou aumôniers de troupes scoutes ou d’associations, la pédophilie est loin d’avoir disparu dans l’enseignement, chez les scouts ou dans les équipes de sport. La pédophilie est un péché pour le catholicisme. On ne peut pas en dire autant de certains intellectuels qui, à la suite de la révolution sexuelle, car nombre d’entre eux de gauche et athées, en faisaient alors l’apologie. Cette défense de la pédophilie est, il est vrai, passée de mode même chez les intellectuels « à l’esprit large ».


Daniel Cohn Bendit faisant l’apologie de la pédophilie et de la consommation de drogues

3) Aucune critique envers les musulmans ? Les autres religions ? Ne disons rien d’une critique de l’athéisme, du communisme athée, etc.

4) On aimerait bien savoir en quoi les Croisades sont un argument contre le christianisme... On peut arguer qu’il s’agissait d’entreprises défensives (accès des pèlerins aux lieux Saints interdits, la moitié de la population de la grande Syrie était sans doute encore chrétienne...) Cette professeur dénonce-t-elle les guerres d’invasion musulmanes ? À la lumière des manuels officiellement approuvés par le BAMD qui traitent de la question, on peut très fortement douter de l’impartialité de ses leçons d’ECR en la matière. Voir Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part et Manuel d’histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne. Et pour un point de vue différent sur les Croisades : 27 novembre 1095 — Appel lancé pour porter secours aux chrétiens d’Orient et aux pèlerins et Le mythe de la violence religieuse.

5) Il est simpliste de déclarer à l’emporte-pièce « qu’on n’[...] accepte pas les femmes » dans l’Église catholique. C’est, bien évidemment, inexact ou très simplifié : plus de la moitié des fidèles sont des femmes, d’innombrables abbesses et religieuses sont des femmes. Marie, mère de Jésus, y joue un rôle central, le christianisme a été une avancée pour les femmes de l’Antiquité, etc. Mais bon, ce même simplisme se retrouve aussi dans les manuels d’ECR. C’est ainsi que « L’arrivée de Muhammad [Mahomet], au 7e siècle, améliore la situation de la femme » pour l’islam, son rôle chez les autochtones n’est qu’élogieux « La femme représente la Terre-Mère et incarne la fécondité. Elle veille à la croissance et à la socialisation des enfants. Toutes les activités des femmes feront d’elles des Gardiennes de la vie. » alors que chez les catholiques « Le rôle de la femme dans l’histoire de l’Église a été variable. [elles] ne peuvent devenir prêtres. » Progrès en islam, éloge dans les spiritualités autochtones et bilan mitigé pour le catholicisme (Voir Le rôle des femmes dans les religions selon le livre ECR d’ERPI pour la 2e secondaire)

Bref, on peut présenter des faits de manière sélective, simpliste ou tronquée et appuyer par là des opinions particulières. Il n’y a aucune contradiction contrairement aux dires de cette enseignante ECR : « Je présente des faits. Pas des opinions. »


Cette personne forme des enseignants en ECR...

Allô Prof : une aide scolaire par téléphone au Québec

Reportage de la télévision d'État belge francophone :


Pénaliser les enfants d’enseignants et de syndicalistes en enseignement pour lutter contre les inégalités sociales

Depuis des années, les chercheurs ont constaté que ceux-ci, grâce au niveau intellectuel de leurs parents, connaissent un parcours scolaire et universitaire beaucoup plus favorable que celui des autres enfants. « Les statistiques montrent un lien fort entre la réussite scolaire et la catégorie sociale. Par exemple l’étude de la proportion d’élèves en retard à l’entrée en sixième en 2010 indique que 3,4 % des enfants de cadres et d’enseignants entrent en 6e avec du retard, alors que 18,3 % des enfants d’ouvriers sont dans ce cas. L’étude des lauréats au diplôme du brevet des collèges conduit à une conclusion comparable : 95,3 % des enfants de cadres et de professions intellectuelles supérieures obtiennent ce diplôme cette année-là contre 78 % des enfants d’ouvriers. Il y a bien une influence. » (Source : Grande Classe et Pourquoi les enfants de profs réussissent-ils mieux que les autres ?)

Pour lutter contre inégalité, le ministère de l’Éducation du Québec, conscient de cette inégalité, considère deux types de solutions : soit une pénalisation par les notes des enfants « héritiers », soit l’obligation de les scolariser dans les écoles des quartiers pauvres ou immigrés.

Opposition des syndicats

Ce projet bute cependant contre la farouche opposition des syndicats d’enseignants, à la pointe du combat pour réduire les inégalités sociales et culturelles. Ils refusent ces dispositions qualifiées de populistes concernant les enfants de leurs adhérents.









D’où vient la coutume du poisson d’avril ?

Ne noyons pas le poisson : il n’existe aucune histoire exclusive de l’origine de la fête. Si la naissance du « poisson d’avril » remonterait, suivant les dictionnaires, au XVe siècle pour désigner un « entremetteur » ou « un jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître » ; au XVIe siècle pour désigner un « maquereau » (souteneur) ou encore au XVIIe siècle pour qualifier une « tromperie », aucun thésaurus n’a jusqu’alors pu faire l’exégèse en ses pages de la curieuse célébration. Autant dire que ce poisson est vraiment... pané !

Toutefois, de nombreuses explications ont été avancées au fil des siècles, dont certaines très plausibles.

La première — la plus répandue — nous fait remonter au XVIe siècle. En 1564 plus précisément, date à laquelle le roi Charles IX décida, par l’édit de Roussillon du 9 août, de faire désormais commencer le premier jour de l’année un 1er janvier, au lieu du vraisemblable 1er avril. En réaction à ce subit changement, certains réfractaires décidèrent de ne pas tenir compte du calendrier et de continuer de s’offrir leurs étrennes du Nouvel An, un 1er avril. Pour se moquer de ces derniers, les plus sages n’hésitèrent alors pas à leur tendre des pièges et autres faux présents...
Prudence néanmoins sur l’anecdote. Si l’unification du calendrier s’est bien jouée en 1564, aucun écrit ne fait nulle part mention d’un début d’année ayant jamais commencé un 1er avril. En effet, avant la réforme du pape Grégoire XIII qui étendra l’édit du roi à l’ensemble de la chrétienté, le jour de l’An variait selon les villes et les régions. Qu’en est-il par ailleurs de notre fameux poisson farcesque ? Mystère. L’histoire reste bien ni chair ni poisson...

La deuxième origine de la fête dériverait du mois d’avril lui-même. Une période qui était le moment privilégié des pêcheurs au maquereau et donc l’époque la plus favorable à se voir offrir du poisson. Prudence là aussi avec cette anecdote, car selon d’autres versions le mois d’avril correspondait à l’interdiction de la pêche, en raison de la période de reproduction des poissons... Et qu’en est-il de la farce chez nos pêcheurs ? Mystère... Décidément notre poisson nage en eaux bien troubles !

Enfin, notons que le 1er avril a peut-être pu naître en échos du dernier jour du carême. Période durant laquelle, rappelons-le les Chrétiens doivent s’abstenir de manger de la viande et privilégier le poisson. Mais là aussi, le problème de la farce et des blagues en lien avec notre petit animal subsiste. Malheureusement pour cette anecdote, celle-ci finit également en queue de poisson...

Et ailleurs alors ?

Dans les pays anglophones, on célèbre ce que l’on appelle l’April Fool’s Day, ou en français le « jour de la duperie ». En Écosse, il est de coutume en cette journée de partir à « la chasse à l’imbécile ». En Angleterre, il est d’usage de redoubler d’inventivité et d’humour. Le canular à la sauce british prend ainsi un tout autre niveau. Le plus emblématique de tous ? Le facétieux reportage de la BBC tourné en 1957 sur « l’arbre à spaghetti ».

En Allemagne, on fête l’Aprilscherz, un terme introduit au XIXe siècle indique le média allemand Deutschland. À cette période, il est d’usage comme dans les autres pays de faire des blagues et de Jemanden in den April schicken (comprenez : « envoyer quelqu’un en avril »).

En Espagne et dans les pays sud-américains, il est de coutume de commémorer le « Jour des saints innocents ». Un événement qui retrace le massacre des enfants de moins de deux ans à Bethléem. Tradition qui dépourvue de toute connotation religieuse s’est transformée en jour de fête humoristique.

En Russie, est célébré le « jour des fous » et au Portugal, est fêté ce que l’on nomme le dia das mentiras ou dia das petas, à savoir le « jour des mensonges ».







Canada et Québec — fragilité des jeunes étudiants


Un texte de Samuel Veissiere, anthropologue et professeur de psychiatrie à l’université McGill.

Nous, professeurs d’université canadiens, faisons face à une véritable épidémie de troubles de la santé mentale, surtout chez les jeunes. Chaque semestre, le nombre d’étudiants réclamant des « accommodements raisonnables » ou des services de soins en santé mentale pour gérer leur anxiété augmente sur les campus.

Mon confort est sacré !

À l’université McGill de Montréal où j’enseigne, la demande d’accès aux soins a augmenté de 57 % de 2014 à 2017. L’administration ne sachant faire face à la demande, les étudiants enragent et se désespèrent. L’office des « étudiants en situation de handicap » est rempli à craquer. Ceux qui s’y inscrivent bénéficient de délais supplémentaires pour préparer leurs examens et rendre leurs travaux. Ils ont même accès à une salle d’ordinateurs spéciale en période d’examen, où ils se connectent à leurs professeurs, disponibles par téléphone pour répondre à toutes leurs questions.

Pourquoi une telle épidémie ? La génération Z (jeunes nés après 1994) est la plus touchée. Les couches sociales élevées et blanches semblent « surreprésentées » dans les statistiques. Pourquoi ? Temps d’écran à la hausse, réseaux sociaux, solitude, tyrannie du choix, montée du perfectionnisme… autant de facteurs que l’on propose gauchement pour diagnostiquer l’origine d’un malaise encore incompris.


Examinons plutôt un des symptômes les plus saillants : l’obsession de la sécurité et du bien-être, et le contournement obsessionnel de tout ce qui n’est pas « confortable ». Les nouvelles générations ne bénéficient pas seulement de taux de chômage à la baisse : les taux de criminalité et de morts par accident ont atteint un nadir historique, alors que la perception du danger est à la hausse. C’est pourtant dans cet univers aseptisé et inexorablement parano que les nouvelles générations sont restées enfermées dans leurs sous-sols, sous l’œil vigilant de leurs parents et des réseaux sociaux. Les enfants ne jouent plus dehors sans adultes, ne prennent plus le métro, ne sortent plus sans leurs parents. Au Canada, la plupart des provinces interdisent formellement de laisser les enfants « sans supervision » avant l’âge de douze ans. En Ontario, le seuil légiféré est maintenant passé à seize ans !

Le temps des « boutons de panique »

Sur le campus, les étudiants livrés à eux-mêmes s’incitent les uns les autres à se sentir en insécurité perpétuelle. Les affiches d’associations étudiantes placardées dans tous les couloirs, ascenseurs, et toilettes bombardent nos attentions déjà saturées de suggestions directes : « soyez vigilants ! », « si vous vous sentez dans l’insécurité, parlez à un membre du personnel », « se faire voler son ordi est traumatique, ne soyez pas une victime ! », « si vous avez peur, appelez le programme Walksafe, ou le programme d’aide aux victimes de violences sexuelles ». L’autocollant du « centre des violences sexuelles » est d’ailleurs très populaire sur les MacBook, aux côtés d’autres injonctions à boycotter Israël, à reconnaître les terres indigènes non cédées, ou affirmer que l’on « croit toutes les victimes ». Répondant à la demande des étudiants-consommateurs, l’administration redouble la présence de policiers et gardes de sécurité privée sur le campus. Elle installe des « boutons de paniques » un peu partout. Alors que ces mêmes étudiants squattent le bureau de la doyenne en demandant une « démilitarisation » des investissements de l’Université (surtout, bien sûr, en Israël !), ils expriment en même temps le désir d’être plus fliqués ! Ils demandent ensuite d’être mieux protégés contre le comportement de « prédateur » de leurs professeurs. En avril dernier, ils ont manifesté devant les bureaux d’administration, haut-parleurs à la main, brandissant des pancartes délirantes : « don’t fuck your students! », « stop paying predators », ou tout simplement « fuck you ». L’enquête menée par la suite conduit à un non-lieu. La seule allégation concrète publiée par les étudiants parlait d’un « prof de sciences humaines qui tenait ses heures de bureau dans un bar ».

Si vous avez peur, appelez le programme Walksafe à McGill


L’enfer postcolonial

Où ont-ils appris à avoir si peur ? Le post-colonialisme rabâché par leurs professeurs ne les aide sûrement pas. Cela fait près de vingt ans que l’enseignement des sciences humaines est saturé de suggestions fragilistes : le monde ne serait qu’oppression, violence, colonialisme, trauma ; il est rempli de prédateurs et de grands méchants loups mâles, hétérosexuels, et blancs, et n’est tempéré que par la souffrance de nobles victimes aux identités marginalisées. Mais les suggestions commencent sans doute plus tôt.

Les jeunes d’aujourd’hui connaissent moins de relations durables, sortent moins entre amis, et ont moins de rapports sexuels que toutes les générations précédentes. [Et pourtant, paradoxalement, malgré les cours d’éducation à la sexualité imposés par l’État depuis des décennies, les maladies sexuellement transmissibles sont en hausse aux États-Unis, en Suède, aux Pays-Bas, etc.] Malgré cette solitude, ils ont passé beaucoup plus de temps avec leurs parents que les générations précédentes (50 % de plus en moyenne depuis 1965, sauf en France !)


Ceci nous amène à un facteur clé : la surprotection des enfants – ou, dit moins poliment, la culture de l’enfant-roi. Les enfants-rois ont été doublement handicapés par un excès de responsabilités dans certains domaines, et une carence de responsabilités dans d’autres. Dans un premier temps, les enfants surprotégés et surstimulés sont présentés à un éventail de choix débilitants. On les traite comme des adultes, on « raisonne » avec eux, on leur demande s’ils veulent aller se coucher ou ce qu’ils préféreraient manger ; on leur dit qu’ils peuvent accomplir tous leurs rêves.

L’enfant au centre

Les parents délivrent un message très clair : l’enfant est le centre du monde, et tout s’adapte à ses besoins et désirs. [L’État prétend la même chose : il dit mettre l’enfant au centre, c’est en partie pour écarter les parents qui ne seraient pas d’accord avec « le plein potentiel » que l’État transmettra en imposant sa vision des religions (ECR), de la sexualité, de la pédagogie de l’instruction à domicile.] Le premier problème dans le cadre « accommodant » de l’enfant roi est qu’il est tout sauf rassurant — c’est beaucoup trop de responsabilités pour un petit être en devenir que se sentir responsable de tout ce qui se passe autour de lui.

École québécoise : l’enfant au centre, pas les connaissances ? Les parents, nulle part ?


C’est ici qu’entre la deuxième injonction, ou la vie de l’enfant-roi devient trop cadrée, et paradoxalement déresponsabilisée. Dans un univers qu’il perçoit comme entièrement construit pour lui, l’enfant trouve ses désirs et besoins assouvis, se confortant dans l’illusion qu’il agit sur le monde. La première responsabilité qu’on ne lui a pas donnée c’est celle de savoir se réguler tout seul. Celle-ci ne peut d’ailleurs pas être donnée : elle ne peut être apprise que seul, en apprenant à s’ennuyer, à se divertir, mais aussi à se tromper, à se perdre, à tomber, et à se relever tout seul. Dans l’univers hyper-cadré où les emplois du temps surchargés sont choisis, gérés, et surveillés par les parents, l’échec d’auto-régulation est total. L’enfant désire tout contrôler, mais il ne possède aucune capacité pour le faire. Plus le monde s’ouvre à lui, moins celui-ci se révèle conforme à ses attentes ; c’est alors que l’enfant se fâche, et demande à une maman métaphorique de rectifier le monde, tout en gardant l’illusion que c’est lui qui agit.

Tyrannie des bonnes intentions

C’est la raison pour laquelle la génération Z est si imbue de « justice sociale », et que des armées de gamins post-genrés tyrannisent leurs supérieurs en permanence pour que le monde soit « décolonisé » — c’est-à-dire rendu conforme à leurs valeurs ultra-individualistes où chaque identité unique doit être accommodée par tout le monde. On est bien loin de la maxime stoïcienne, largement perçue comme totalitaire de nos jours, qui préconise la politique dans l’autre sens : « Si tu veux changer le monde, commence par ranger ta chambre ». [Voir Jordan Peterson]

L’anxiété se solidifie et se propage dans le cadre narratif d’une culture qui, en mimant les symptômes d’une dépression majeure avec caractéristiques psychotiques, sculpte notre attention et nos automatismes vers le mal-être. Aujourd’hui bousillée, la génération Z a été victime d’une infâme tyrannie de bonnes intentions.


Face à la peur, les nouvelles générations préfèrent changer le monde d’abord, ou demander que quelqu’un le fasse pour eux. Si le libre arbitre, la volonté et la capacité d’agir existent, c’est uniquement dans notre capacité d’examiner et de recadrer nos expériences immédiates — ou parfois de les refuser. Il est sans doute important que les enfants-rois en détresse reconnaissent qu’ils ont été victimes d’un tyrannie de surprotection, mais il ne faut surtout pas s’arrêter là. Diriger leur colère vers leurs parents et enseignants — qui ont fait de leur mieux — ne servira à rien. Recentrer leur colère vers eux-mêmes (qui ont aussi fait de leur mieux, et qui souffrent sincèrement) ne marchera pas non plus. Mieux vaut recadrer la belle énergie de leur colère vers leur peur, et faire autre chose avec.

[...]

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Ressac face à une campagne antiraciste dans les écoles de Colombie-Britannique et l’université de l’Ontario

samedi 30 mars 2019

France — étude établit lien entre recul des naissances et politique familiale

Un sondage Ifop pour les AFC, que « La Croix » a publié le 28 mars, fait le lien souvent contesté entre l’évolution de la politique familiale et la baisse de la natalité observée ces dernières années.

Si le phénomène de report ou de renoncement reste minoritaire, il n’empêche que « le sondage montre que les multiples coups de canif opérés depuis cinq ou sept ans dans la politique familiale ont eu un effet suffisamment fort pour impacter le taux de natalité », explique Jérôme Fourquet, président de l’Ifop.

Un tiers des Français estiment que les divers coups de rabot successifs à la politique familiale ont abouti à leur faire différer ou renoncer à un avoir un enfant. Tel est l’enseignement d’un sondage(1) que La Croix dévoile et qui est publié par les Associations familiales catholiques (AFC) à la veille de leur assemblée générale, qui se tient dimanche 31 mars.

Après avoir fait la liste de certaines mesures récentes (« division par trois de la prime de naissance à partir du second enfant, diminution de la durée du congé parental pour les mères de famille, abaissement par deux fois du quotient familial, mise sous conditions de ressources des allocations familiales ») l’Ifop interroge : « Diriez-vous que la dégradation de la politique familiale ces dernières années vous a amené à renoncer à avoir un enfant supplémentaire ? » « Oui », répondent 33 % des personnes interrogées. Cette proportion monte à 42 % chez les parents de jeunes enfants de 0 à 4 ans.

Deux catégories socioprofessionnelles particulièrement représentées

Suit une deuxième question, parlant de « différer » au lieu de « renoncer » à avoir un enfant supplémentaire. « Oui », répondent encore 29 % des personnes interrogées, et 44 % parmi les parents d’enfants de 0 à 4 ans.

Les réponses positives se retrouvent principalement dans deux catégories socioprofessionnelles précaires : les ouvriers et les indépendants. À l’inverse, les catholiques pratiquants sont les moins impactés (à 76 %).

Une étude fait le lien entre recul des naissances et politique familiale

Si le phénomène de report ou de renoncement reste minoritaire, il n’empêche que « le sondage montre que les multiples coups de canif opérés depuis cinq ou sept ans dans la politique familiale ont eu un effet suffisamment fort pour impacter le taux de natalité », explique Jérôme Fourquet, président de l’Ifop. Le taux de fécondité a, en effet, reculé en France en 2018 pour la quatrième année consécutive. [Au Québec, le taux de fécondité est en baisse depuis 9 années consécutives.]

« La confiance est érodée »

Ce que confirme Gérard-François Dumont, démographe, professeur à la Sorbonne et président de la revue Population et avenir. Il voit même dans les résultats de ce sondage, la confirmation d’une règle générale : « Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’évolution de la fécondité ces dernières décennies suit toujours celle de la politique familiale : à chaque fois que l’on a baissé cette dernière, le nombre de naissance a baissé aussi. À chaque fois que la politique familiale a été généreuse, les naissances sont reparties à la hausse. »

Un exemple emblématique serait, selon lui, la période 1998 à 2001 : « La fécondité a alors remonté après que deux changements structurels annoncés ont été écartés : l’imposition des allocations familiales et la mise sous condition de ressources des allocations familiales. » Selon lui, il n’y aurait donc pas de doute  : « La confiance dans la politique familiale est aujourd’hui érodée. Le gouvernement ferait bien d’établir un diagnostic et de revenir sur des mesures qui ont été néfastes. »

« Pas d’effet mécanique »

Pourtant, ce lien, entre politique familiale et natalité est ténu, estiment de nombreux chercheurs. Beaucoup restent très circonspects sur l’idée que les aides financières influent réellement sur la décision d’un couple d’avoir, ou non, un enfant. Ils mettent davantage en avant d’autres explications au recul de la natalité actuel tenant à la baisse du nombre de femmes en âge de procréer ou aux effets de la crise économique de 2008, voire à un changement de comportement des parents qui font des enfants de plus en plus tard.


(1) Réalisée par l’Ifop auprès de 1 016 personnes représentatives, les 26 et 27 février 2019.

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Québec — Le nombre de naissances continue de baisser (en 2018), forte hausse des décès

Québec — Jamais aussi peu de naissances en 2017 depuis 10 ans, jamais autant de décès

France : la baisse des naissances est la conséquence d’une série de décisions politiques

France : fécondité continue de baisser, immigrées font 0,8 enfant de plus que les Françaises

Parents « ouverts, inclusifs et responsables » contre amalgames et règlement rigide de Roberge

Pour une éducation ouverte, inclusive et responsable, lettre ouverte de Manon Sainte-Marie, Sonia Lefebvre et Martin Durocher, parents et citoyens engagés, publiée le 30 mars 2019 dans Le Devoir.

Monsieur le Ministre Jean-François Roberge, nous sommes des milliers de familles au Québec à avoir choisi de vivre l’éducation autrement, hors de l’école. Nous avons choisi d’offrir à nos enfants une éducation bienveillante, adaptée, sensible, rigoureuse, amusante qui dépasse largement les limitations et les contraintes du système scolaire québécois actuel. Toutes ces familles ont développé, au cours des années, de l’expertise, des expériences et des connaissances absolument incroyables ainsi qu’un réseau d’entraide et de partage ouvert et inclusif.

Loin d’isoler nos enfants de l’espace civique et de la communauté, notre espace d’apprentissage EST l’espace civique et communautaire. Les activités sont riches, variées, stimulantes et regroupent une mixité de personnes, enfants comme adultes. Elles s’insèrent dans toutes les sphères de la vie quotidienne, utilisent la panoplie de ressources que la société met à notre disposition (musées, bibliothèques, installations sportives, centres scientifiques, ateliers, centres communautaires, etc.) et s’appuient sur un réseau de personnes dont les expertises et compétences multiples et variées enrichissent l’expérience quotidienne des enfants.

Nos enfants sont curieux, ont soif d’apprendre, n’ont pas peur de se tromper — et donc d’innover —, ont une pensée critique, sont en constante interaction avec des adultes, des enfants de tous âges et s’impliquent dans les activités quotidiennes de la vraie vie. Ils apprennent à se respecter et à respecter les autres, à connaître leurs forces et à les mettre en commun avec celles des autres, à devenir des citoyens engagés, impliqués et responsables.

L'avis et l'intérêt des parents délaissés. L'État, les experts et les syndicats privilégient l'aspect budgétaire et le bien-être des enseignants.

Les familles qui font l’enseignement hors de l’école participent activement, quotidiennement et avec enthousiasme à la création, à l’enrichissement et au renouvellement de l’espace collectif. Le système d’éducation fait face à de grands défis ; c’est une réalité grandement partagée. L’éducation alternative que nous offrons à nos enfants apporte de nombreuses solutions aux problèmes récurrents du système scolaire actuel, et cela, pour peu de frais ou aucuns frais pour le gouvernement. La réalité de la majorité des enfants qui reçoivent une éducation hors de l’école n’a rien à voir avec les écoles religieuses illégales.

L’amalgame malheureux auquel participent politiciens et journalistes ces derniers jours constitue un dangereux dérapage qui nuira à l’épanouissement des premiers en n’apportant aucune solution au problème exposé. Les pratiques de l’enseignement à domicile sont [DÉJÀ] encadrées par une direction de l’enseignement à la maison née il y a moins d’un an. Plus de 5000 enfants y sont inscrits, et la relation de confiance qui est en train de se bâtir avec cette direction nous semble porteuse de mesures de prévention, de soutien et d’évaluation intelligentes, adéquates, adaptées et dans l’intérêt de nos enfants. Imposer un programme et des examens uniformes et standardisés, comme le prévoit votre projet de règlement, n’éliminera pas les écoles illégales et ne fera que restreindre l’étendue des apprentissages et des solutions adaptées et novatrices que permet l’enseignement à la maison.

Monsieur le Ministre, si vous souhaitez appuyer votre opinion sur des faits et non sur des a priori, nous vous invitons à venir partager notre quotidien, à rencontrer nos enfants, à échanger sur leur expérience et leur réalité hors école. Et si vous considériez les familles qui choisissent l’éducation autrement comme des alliées pour l’innovation éducative au Québec ?
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vendredi 29 mars 2019

Cardinal Sarah : Dieu ne veut pas la migration, Jésus est rentré chez lui.

Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014, le cardinal Sarah publie son troisième ouvrage, Le soir approche et déjà le jour baisse, en collaboration avec Nicolas Diat, spécialiste de l’Église catholique et auteur notamment d’un ouvrage de référence sur Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape.

Le soir approche et déjà le jour baisse se penche sur la décadence de l’Occident, les errements de certains prêtres, le retour de l’Europe à ses racines chrétiennes et les vagues de migrations qui submergent le continent.

Si les ouvrages de prélats catholiques suscitent souvent un ennui poli par leur ton mièvre, le nouveau livre d’entretiens du cardinal Robert Sarah avec Nicolas Diat tranche. Il rappelle qu’un monde qui oublie toute transcendance court à sa perte, il renvoie dos à dos la « barbarie matérialiste » et la « barbarie islamiste », exhorte l’Église à remettre le Christ au centre, dénonce le pacte de Marrakech soutenu par le Vatican et met en garde contre l’ordination d’hommes mariés que certains voudraient expérimenter à l’occasion du prochain synode sur l’Amazonie.

Pour le cardinal Sarah, il existe « une forte majorité de prêtres qui restent fidèles à leur mission d’enseignement, de sanctification et de gouvernement. Mais il y a aussi un petit nombre qui cède à la tentation morbide et scélérate d’aligner l’Église sur les valeurs des sociétés occidentales actuelles. Ils veulent avant tout que l’on dise que l’Église est ouverte, accueillante, attentive, moderne. L’Église n’est pas faite pour écouter, elle est faite pour enseigner : elle est mater et magistra, mère et éducatrice. Certes, la maman écoute son enfant, mais elle est d’abord présente pour enseigner, orienter et diriger, car elle sait mieux que ses enfants la direction à prendre. Certains ont adopté les idéologies du monde actuel sous le prétexte fallacieux de s’ouvrir au monde ; mais il faudrait plutôt porter le monde à s’ouvrir à Dieu qui est la source de notre existence. On ne peut pas sacrifier la doctrine à une pastorale qui serait réduite à la portion congrue de la miséricorde : Dieu est miséricordieux, mais dans la seule mesure où nous reconnaissons que nous sommes pécheurs. Pour permettre à Dieu d’exercer sa miséricorde, il faut revenir à Lui, comme l’enfant prodigue. Il y a une tendance perverse qui consiste à fausser la pastorale, à l’opposer à la doctrine et à présenter un Dieu miséricordieux qui n’exige rien : mais il n’y a pas un père qui n’exige rien de ses enfants ! Dieu, comme tout bon père, est exigeant, parce qu’il nourrit des ambitions immenses pour nous. »

Quant à la désaffection des fidèles, le cardinal Sarah fait l’autocritique de l’Église : « Je suis convaincu que la responsabilité première de cet écroulement de la foi doit être assumée par les prêtres. Dans les séminaires ou dans les universités catholiques, nous n’avons pas toujours enseigné la doctrine. Nous avons enseigné ce qui nous plaisait ! Le catéchisme aux enfants a été abandonné. La confession a été méprisée. Dans les années 1970 et 1980 en particulier, chaque prêtre faisait ce qu’il voulait à la messe. Le pape Benoît XVI dit que la crise de la liturgie a provoqué la crise de l’Église. Lex orandi, lex credendi: comme on prie, on croit. S’il n’y a plus de foi, la liturgie est réduite à un spectacle, à un folklore, et les fidèles se détournent. »

Le cardinal Sarah défend l’enracinement et les identités : « Quand je suis allé en Pologne [en octobre 2017], pays qui est souvent critiqué, j’ai encouragé les fidèles à affirmer leur identité comme ils l’ont fait pendant des siècles. Mon message fut simple : vous êtes d’abord polonais, catholiques, et ensuite seulement européens. Vous ne devez pas sacrifier ces deux premières identités sur l’autel de l’Europe technocratique et apatride. La Commission de Bruxelles ne pense qu’à la construction d’un libre marché au service des grandes puissances financières. L’Union européenne ne protège plus les peuples. Elle protège les banques. J’ai voulu redire à la Pologne sa mission singulière dans le plan de Dieu. Elle est libre de dire à l’Europe que chacun a été créé par Dieu pour· être placé en un endroit précis, avec sa culture, ses traditions et son histoire. Cette volonté actuelle de globaliser le monde en supprimant les nations, les spécificités est une pure folie. Le peuple juif a dû s’exiler, mais Dieu l’a ramené dans son pays. Le Christ a dû fuir Hérode en Égypte, mais il est revenu dans son pays à la mort d’Hérode. Chacun doit vivre dans son pays. Comme un arbre, chacun a son sol, son milieu où il s’épanouit parfaitement. Il vaut mieux aider les gens à s’épanouir dans leur culture que de les encourager à venir dans une Europe en pleine décadence. C’est une fausse exégèse que d’utiliser la Parole de Dieu pour valoriser la migration. Dieu n’a jamais voulu ces déchirements. »

Pour le cardinal guinéen, « les migrants qui arrivent en Europe sont parqués, sans travail, sans dignité... C’est cela que l’Église veut ? L’Église ne peut pas coopérer avec cette nouvelle forme d’esclavage qu’est devenue la migration de masse. Si l’Occident continue dans cette voie funeste, il y a un grand risque que, faute de natalité, il disparaisse, envahi par les étrangers, comme Rome a été envahie par les Barbares. Je parle en tant qu’Africain. Mon pays [la Guinée, donc] est majoritairen1ent musulman. Je crois savoir de quelle réalité je parle. [...] Dieu ne change pas d’avis. Dieu a donné une mission à l’Europe qui a accueilli le christianisme. Puis les missionnaires européens ont apporté le Christ jusqu’aux confins du monde. Et ce n’était pas un hasard, mais le plan de Dieu. Cette mission universelle qu’il a donnée à l’Europe quand Pierre et Paul sont venus s’installer à Rome, à partir de laquelle l’Église a évangélisé l’Europe et le monde, elle n’est pas terminée. Mais si nous y mettons un terme en nous enfonçant dans le matérialisme, l’oubli de Dieu et l’apostasie, alors les conséquences seront graves. Si l’Europe disparaît, et avec elle les valeurs inestimables du vieux continent, l’islam envahira le monde, et nous changerons totalement de culture, d’anthropologie et de vision morale. »

Interrogé dans les colonnes de L’Incorrect, le prélat guinéen qui ne manie pas la langue de buis, ajoute sur l’immigration : « Je suis scandalisé par tous ces hommes qui meurent en mer, par les trafics humains, par les réseaux mafieux, par l’esclavage organisé. Je reste perplexe devant ces gens qui émigrent sans papier, sans projet, sans famille. Ils pensent trouver ici le paradis terrestre ? Il n’est pas en Occident ! S’il faut les aider, je pense que c’est sur place, dans leurs villages, dans leurs ethnies. On ne peut cautionner ces déséquilibres éco­nomiques et ces drames humains. Vous ne pouvez pas accueillir tous les mi­grants du monde. Accueillir, ce n’est pas seulement laisser entrer les gens chez soi, c’est leur donner du travail. Vous en avez ? Non. Leur donner un logement. Vous en avez ? Non. Les parquer dans un endroit indécent, sans dignité, sans travail, ce n’est pas ce que j’appelle accueillir les gens. Cela ressemble plus à une organisation mafieuse ! L’Église ne peut pas coopérer à des trafics humains, qui ressemblent à un nouvel esclavage.

Ce que je trouve également scan­daleux, c’est qu’on utilise la Parole de Dieu pour justifier cela. Dieu ne veut pas la migration. Le Christ, enfant, s’est réfugié en Égypte, à cause d’Hérode, mais il est rentré chez lui ensuite. De même, Dieu a toujours ramené son peuple en Israël, après chaque famine et chaque déportation en Babylonie. Un pays est un grand trésor, c’est là que nous sommes nés, c’est là où sont en­terrés nos ancêtres. Quand on accueille quelqu’un, c’est pour qu’il ait une vie meilleure, et ce n’est pas dans un camp qu’on a une vie meilleure. Quand on est nourri sans travailler, on n’a aucune dignité. Quelle culture avez-vous à leur offrir ? Est-ce que vous êtes encore ca­pable de partager votre culture et vos racines chrétiennes ? J’ai peur que le déséquilibre démographique engen­dré par ces vagues migratoires vous fasse perdre votre identité et ce qui fait votre spécificité. L’Europe a une mis­sion spéciale que Dieu lui a donnée : c’est par vous que nous avons connu l’Évangile, que nous avons connu les valeurs de la famille, la dignité de la personne, et la liberté. Si vous renon­cez à votre identité, si vous êtes noyés par une population qui ne partage pas votre culture, vos valeurs chrétiennes et votre identité risquent de disparaître. C’est comme la Rome ancienne enva­hie par les barbares. Il faut réfléchir aux immigrations : c’est un nouvel esclavage qu’on organise parce qu’on a besoin de travailleurs. Toutes ces personnes qui viennent ici en croyant trouver une vie rêvée. Quel mensonge ! Quel cynisme ! Benoît XVI fut particulièrement clair et prophétique sur toutes ces questions.

Vous avez été façonnés par le christianisme, tout est chrétien en Europe. Pourquoi nier cela ? Aucun musulman ne nie son identité. Si vous ne retrou­vez pas ce que vous êtes, vous disparaî­trez. Et si l’Europe disparaît, il y aura un bouleversement épouvantable : le christianisme risquerait de disparaître sur la surface de la Terre. Voyez bien que vous êtes envahis par l’islam : ils veulent islamiser le monde entier, et ils ont les moyens financiers. Ils ne réussi­ront pas, parce que le Seigneur est avec nous jusqu’à la fin du monde. Mais il ne faut pas nier ce que vous êtes : ceux que vous accueillez doivent s’intégrer à votre culture. Encore faut-il que vous ayez une culture : vous ne pourrez pas les accueillir dans votre athéisme, dans votre matérialisme, dont ils ne veulent pas. »



Écrivain et spécialiste reconnu de l’Église catholique, Nicolas Diat est l’auteur d’un ouvrage de référence sur Benoît XVI, L’Homme qui ne voulait pas être pape (Albin Michel, 2014 ; Pluriel, 2018), et d’Un temps pour mourir. Derniers jours de la vie des moines (Fayard, 2018 ; Pluriel, 2019. Prix du cardinal Lustiger, grand prix de l’Académie française).

Le cardinal Robert Sarah et Nicolas Diat ont publié ensemble Dieu ou rien. Entretien sur la foi (Fayard, 2015 ; Pluriel, 2016) et La Force du silence (Fayard, 2016 ; Pluriel, 2017).

Le soir approche et déjà le jour baisse
du cardinal Robert Sarah et de Nicolas Diat
publié le 20 mars 2019
chez Fayard
à Paris
448 pages
ISBN-13 : 978-2213705217


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jeudi 28 mars 2019

L'utilité de l'école : la formation de la faculté d'attention

« Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. [...] tout cela fait croître cette attention qui, orientée vers Dieu, est la substance même de la prière. » Ces Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu ont été écrites par Simone Weil avant son départ pour Casablanca en mai 1942 pour être remises au père Perrin, qui avait prêché à Montpellier une retraite à la Jeu­nesse étudiante chrétienne. Le père Perrin les publiera en 1950, dans le recueil Attente de Dieu.

On sait que toute l’œuvre de Simone Weil est posthume ; c’est Gustave Thibon qui la fera connaître en 1947 avec La Pesanteur et la Grâce, une anthologie des manuscrits que la philosophe lui avait confiés avant de quitter la France. On y trouve cette définition : « L’attention absolument sans mélange est prière. » Toute la pensée de Simone Weil en ces années 1941-1942 est une méditation sur cette notion clé.

Dans sa préface à  la réédition de ce texte capital, préface historique et biographique très détaillée, M. Jean Lacoste à l’heureuse inspiration de renvoyer à un article contemporain de Simone Weil, « Condition première d’un travail non servile », que l’on a publié en appendice à la Condition ouvrière, au risque d’oublier que le travail intellectuel est servile le plus souvent, quand on a perdu de vue sa raison d’être : « Les exercices scolaires n’ont pas d’autre destination sérieuse que la formation de l’attention. L’attention est la seule faculté de l’âme qui donne accès à Dieu. La gymnastique
scolaire exerce une attention intérieure discursive, celle qui raisonne ; mais, menée avec une méthode convenable, elle peut préparer l’apparition dans l’âme d’une autre attention, celle qui est la plus haute, l’attention intuitive. » Simone Weil prend soin de distinguer l’attention véritable de cette « espèce d’effort musculaire » qui consiste à « faire attention » : « L’attention consiste à suspendre sa pensée, à la laisser disponible, vide et pénétrable à l’objet » à quoi l’on applique son attention. Car attention et attente sont le même mot : « Il y a pour chaque exercice scolaire une manière spécifique d’attendre la vérité avec désir et sans se permettre de la chercher. Une manière de faire atten­tion aux données d’un problème de géo­métrie sans en chercher la solution, aux mots d’un texte latin ou grec sans en chercher le sens, d’attendre, quand on écrit, que le mot juste vienne de lui­-même se placer sous la plume en repous­sant seulement les mots insuffisants. » C’est cette capacité à « attendre la vérité » et à la recevoir qui donne aux études « leur efficacité spirituelle, en dehors même de toute croyance religieuse ». Comme on aimerait que nos pédago­gues lisent avec attention ce petit livre...


De l’attention —
Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu
de Simone Weil
paru le 27 septembre 2018
aux éditons Omnia
à Paris
121 pages
ISBN-13 : 978-284100658


Source : Valeurs actuelles

Les écoles talmudiques ne sont pas des « écoles illégales juives »

Hier, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a annoncé un nouveau règlement qui viserait à « encadrer » les écoles religieuses considérées comme « illégales ». Les médias ont repris cette formule à l’envi. « Roberge s’attaque aux écoles religieuses illégales » titrait le Journal de Québec, sur LCN Mario Dumont parlait de « mettre fin aux écoles religieuses illégales ». Radio Canada avait d’abord titré sur les « écoles illégales » (voir capture d’écran ci-dessous et cette url https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1160826/quebec-ecoles-illegales) et d’écoles clandestines avant de se raviser et de parler plus correctement de « Québec renforce sa réglementation sur l’école à la maison ».

Rappelons que nous sommes d’accord que les enfants du Québec apprennent le français, des mathématiques, des rudiments de sciences et d’histoire-géographie. Le problème avec le règlement de M. Roberge est son manque de souplesse, de nuances, de notion d’équivalences dont vont faire les frais des parents qui ne sont en rien juifs, ni même religieux. Faut-il ainsi, comme semble l’indiquer le règlement, qu’un enfant qui suit le programme officiel français par correspondance du CNED passe aussi les examens du ministère québécois ? Lire Instruction à domicile — Québec serre la vis et renforce le monopole du Ministère et Réglement Roberge sur l’instruction à domicile : recul « navrant » et manque de souplesse pour l’AQED (Association québécoise pour l’éducation à domicile).


Pour le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman, interrogé par le Journal de Montréal, « il n’y a plus d’écoles illégales au Québec ». Ces yéchivas enseignent de l’enseignement religieux (une trentaine d'heures par semaine) et offre du soutien scolaire dans les autres matières (quelques heures par semaine).

Nous sommes enclins à donner raison à M. Maman.

Voici ce qu’en disait l’ancien ministre de l’Éducation (ex-ADQ, maintenant PLQ) Sébastien Proulx dans le cadre de ces écoles talmudiques : « Il n’y a pas eu de demande de permis, il n’y a pas de demande de permis en cours, il n’y en a pas eu dans le passé. Ce n’est pas un endroit où il se donnait un programme éducatif, donc ce n’est pas une école au sens du ministère de l’Éducation », a confirmé Sébastien Proulx.

Et ce qu’en disait le juge Dugré quand Québec a voulu faire fermer en urgence une de ces yéchidas (écoles talmudiques) :

[100] De plus, selon la plaidoirie des procureurs des parties, les établissements offrant des cours de soutien, par exemple en français, anglais ou mathématiques, ne sont pas considérés par le MELS comme étant soumis à l’obligation de détenir un permis en vertu de la L.E.P. [Loi sur l’enseignement privé]

[103] De son côté, l’Académie admet qu’elle n’est pas titulaire d’un permis délivré par la Ministre pour son établissement, mais soutient qu’un tel permis n’est pas requis puisqu’elle ne tient pas un établissement d’enseignement auquel s’applique la L.E.P. [Note du carnet puisqu’il s’agit d’un type de séminaire qui n’enseigne pas le programme du ministère !]

Bref, ces « écoles » talmudiques ne sont pas plus assujetties à la loi sur l’enseignement que des écoles d’équitation, des centres de soutien scolaire ou des séminaires. Elles ne peuvent donc pas être illégales dans le cadre de cette loi. Pour plus de détails voir Marronnier — Les écoles juives « illégales ».

Consternation de la part de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison

« De revenir avec un nouveau règlement en plein milieu d’année, sans consultation, c’est un peu de la provocation », se désole le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman.

Bien qu’elle n’ait pas été nommée par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, cette association s’estime directement visée. M. Maman dit représenter environ 2000 élèves dans plusieurs centres d’enseignement à travers le Québec.

Les enfants qui fréquentent des centres comme l’académie Yechiva Toras, où Le Journal a rencontré Jacob Maman, suivent des cours religieux en avant-midi. Une fois rentrés à la maison, ils y reçoivent l’enseignent des matières obligatoires.

Une façon de faire rendue possible par la loi 144 adoptée sous l’ancien gouvernement libéral, mais qui a été critiquée durement hier par le ministre Jean-François Roberge. Il estime qu’elle ne permet pas de contrôler le cursus enseigné.

« Les enfants passent 20 heures, 30 heures par semaine dans ces lieux-là, apprennent un paquet de choses, sauf le Programme de formation de l’école québécoise, et c’est très problématique pour nous », a indiqué le ministre sans toutefois nommer d’établissement.

Le nouveau projet de règlement rendra obligatoire l’enseignement d’un « contenu minimal d’apprentissage enrichi », basé sur les programmes d’études de l’école québécoise en langues, mathématique, sciences et univers social, tout comme les examens ministériels.

Après avoir fait d’importants efforts pour respecter la loi 144, l’association se dit surprise de se voir imposer un nouveau règlement.

« Dimanche, on a eu des entretiens entre les parents et les évaluateurs et il y avait des représentants [du ministère] et, de ce qu’on a entendu, ils étaient très heureux de ce qu’ils voyaient », explique M. Maman.

« C’est comme jouer avec les parents comme des marionnettes. Avec la loi 144, on a fait des changements et là on refait encore des changements », ajoute Jacob Maman