mardi 3 juillet 2012

Chine — les écoles familiales, un traditionalisme éducatif


En marge d’un travail doctoral, Guillaume Dutournier a étudié la diffusion au cours des années 2000 et le fonctionnement de nouvelles formes d’enseignement en Chine continentale et à Taiwan, au cours de multiples visites et d’entretiens avec éducateurs et parents. 

Par commodité, l’auteur nomme « écoles familiales » des expériences éducatives assez diverses, mais qui toutes se reconnaissent dans la méthode promue par l’universitaire taïwanais Wang Caigui (Wang Ts'ai-Kouei en transcription ÉFEO). Il s’agit en fait d’un mélange d'instruction à la maison à la chinoise et de pratique systématique de la « lecture des classiques ».

Se réclamant de ce professeur, une petite minorité de parents, plutôt aisés et parfois hors de toute légalité, entreprennent de soustraire leurs enfants à l’environnement scolaire, avec pour projet soit d’assumer eux-mêmes leur éducation, soit de les confier à des particuliers de leur choix accueillant d’autres enfants contre rémunération. Ils se détournent de l’enseignement officiel qu’ils jugent trop occidental (motif identitaire) et trop « axé sur les examens » (motif pédagogique). Par-delà les ruptures du XXe siècle, ils veulent renouer avec une éducation à domicile et communautaire, fondée notamment sur la lecture et la mémorisation des classiques confucéens, le dujing (Tou-Tsing). Ces « écoles » (sishu ou sseu-chou, dujingban ou tou-tsing-pan) accueillent de très jeunes enfants mais aussi des adolescents, les « classes » étant constituées sans distinction d’âge.

La pratique éducative a ici de quoi dérouter. Elle repose essentiellement sur l’oralisation de textes très anciens, que les enfants apprennent à lire sans le secours des adultes, par imprégnation collective : la « classe » consiste ici essentiellement en une familiarisation intuitive avec l’écriture de ces textes (qui reprend pour l’essentiel les caractères chinois actuels), indépendamment de toute explication sur leur sens. Les classiques confucéens, textes objectivement difficiles d’accès qui constituaient la base des examens mandarinaux sous l’empire, se voient attribuer une grande valeur par ces pédagogues et parents chinois et taïwanais. Si ces derniers les connaissent rarement dans le détail (eux-mêmes les ont rarement fréquentés dans leur enfance), ils se disent soucieux de transmettre à leurs enfants une tradition confucéenne rejetée, depuis près d’un siècle, par un enseignement officiel d’inspiration moderniste et globalement occidentalisé. Ils partent du principe que les capacités cérébrales propres aux enfants doivent leur permettre de mémoriser facilement ces textes, avant de les conduire à en découvrir le sens et la valeur morale au cours de leur jeune existence.

Si ces principes éducatifs (rôle de la lecture à haute voix, mémorisation primant sur la compréhension…) ont une longue histoire dans la culture chinoise, le professeur Wang Caigui a joué un rôle capital dans leur propagation depuis plus d’une décennie sous la forme d’une théorie pédagogique susceptible de parler aux parents d’aujourd’hui. Les nombreuses conférences que ce professeur charismatique donne à Taiwan et en Chine populaire (où il parvient à s’exprimer publiquement moyennant quelques précautions : en effet le contrôle politique y reste fort) proposent une méthode pédagogique, mais aussi une voie de revitalisation de la « culture chinoise », laquelle est en un sens commune au Continent et à Taiwan (même si, de fait, ces deux entités ne se résument pas à l’héritage confucéen). La « lecture des classiques » se voit ici attribuer un triple rôle :

  • technique, avec un apprentissage relativement rapide de la langue (la maîtrise des caractères chinois est l’affaire de six années environ dans l’enseignement officiel : ici, pour différentes raisons – qui tiennent sans doute beaucoup à la méthode employée – celle-ci s’acquiert objectivement beaucoup plus vite) ;
  • moral, avec la transmission de valeurs attribuées à la pratique des classiques, des valeurs jugées essentielles pour le temps présent (lequel est critiqué au nom du déclin supposé de la culture chinoise, mais aussi parce qu’il est tenu responsable de la non-éclosion des talents dans leur diversité, que doit permettre au contraire la « lecture des classiques ») ;
  • dans certains cas, communautaire, avec la constitution de petits groupes autour de la pratique des classiques, avec lesquels il arrive que les parents se familiarisent aussi.
Le philosophe Kinjiro Ninomiya s'instruisit
 par la lecture dès son plus jeune âge

Quelques remarques:

— La famille est présentée ici, à l’opposé de l’institution scolaire, comme le lieu le plus approprié à la transmission d’une culture. L’imprégnation du passé confucéen que la « lecture des classiques » est supposée permettre chez les enfants est considérée comme bénéfique pour les parents eux-mêmes, qui ont été très souvent éloignés de cet héritage dans leur enfance (à Formose, une propagande d’inspiration confucianiste a certes prédominé sous la période autoritaire dans l’enseignement scolaire des années 60-70 ; mais il ne s’agissait pas alors d’une pédagogie ayant pour but le développement de l’individu).

— La mémorisation enfantine des classiques vaut à la fois en tant que legs de l’antiquité chinoise et comme vecteur du développement de l’individu (« La récitation mobilise [tout] le corps. La bouche récite, la langue s’agite, et le cœur s’ouvre […], il y a toute une culture. »)

— Le professeur Wang puise sa réflexion dans le passé confucéen, mais se veut résolument orientée vers l’avenir. Dans ses conférences, il lui arrive de s’exprimer avec véhémence : «  Je vous en prie : ne gâchez pas nos enfants ! […] Nous voulons sauver ton enfant ! Nous voulons sauver notre pays ! » Il prétend parler au nom du bon sens accessible à tout un chacun, à rebours des « experts » (pédagogues modernisateurs) et des intellectuels modernistes (qui ont beaucoup joué dans la rupture avec la culture traditionnelle institutionnalisée de l’empire).

— Le mouvement de « lecture des classiques » est de vaste envergure, et les « écoles familiales » n’en constituent qu’une petite partie. Dans la diversité des situations, on observe toutes sortes d’agencements et de rythmes : certains éducateurs proposent un « système à temps plein » à l’extérieur du système scolaire, d’autres une pratique éducative complémentaire sur le mode de cours du soir. D’une manière générale, ces expériences éducatives sont marquées par une certaine précarité institutionnelle. Les éducateurs (souvent d’anciens enseignants du primaire ou du secondaire) et les parents préfèrent courir les risques afférents, car ils ont l’espoir que cela soit bénéfique à leurs enfants. Étant donné l’extériorité de ces « écoles » par rapport au système scolaire, des incertitudes demeurent quant aux passerelles avec ce dernier : si certains parents ont suffisamment d’argent (et d’assurance dans leurs relations avec le système) pour négocier un retour dans le système scolaire après quelques années d’expérience, il n’en reste pas moins que le passage par ce genre de classes non-officielles peut poser problème (tant pour des raisons administratives que pour des raisons de contenu : certaines de ces écoles, se concentrant exclusivement sur les classiques, n’abordent pas les disciplines scientifiques au nom de leur caractère moins fondamental à leurs yeux).

— Vu ce flou institutionnel, la non-visibilité assumée et le caractère somme toute marginal des « écoles familiales » à l’échelle du monde chinois, il est difficile d’en avoir une évaluation objective. On peut néanmoins dire qu’elles sont vécues par leurs acteurs comme de véritables aventures pédagogiques hors des cadres habituels. Les appréciations des parents et des éducateurs peuvent être différentes selon leur motivation : tous parlent à la fois de l’épanouissement des enfants et de la nécessité d’une meilleure transmission culturelle, mais pas toujours dans les mêmes termes et avec les mêmes priorités. À tout le moins, on peut estimer qu’indépendamment du contenu même de la pédagogie pratiquée, l’investissement parental dans un format éducatif alternatif se traduit par des retombées positives sur les enfants. L’impression générale est de fait celle d’un grand enthousiasme chez ces derniers : la lecture des classiques s’apparente dans l’ensemble pour eux à un jeu instructif, qui permet d’apprendre à lire sans douleur tout en s’imprégnant de « culture » ; certains finissent par prendre ce jeu très au sérieux, avec à terme l’expression de choix et de principes de vie motivés par leur formation.

Pour en savoir plus, et notamment pour avoir accès à l’analyse historico-philosophique et à de nombreuses références, cf. l’article de Guillaume Dutournier intitulé « Les ‘écoles familiales’ en Chine continentale et à Taiwan : triple regard sur le traditionnalisme éducatif », paru dans le n° 33 « Religion, éducation et politique en Chine moderne » de la revue Extrême-Orient, Extrême-Occident.

Source




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États-Unis — une école publique intimidée par le lobby LGBT

L’école publique d’Erie, une paisible bourgade de 1 600 habitants située à l’Ouest de l'Illinois, à la frontière avec l’Iowa (l'ancien Aiouez du régime français), est au centre d’une polémique.

En cause, un nouveau programme conçu par un organisme homosexuel partisan, le Gay, Straight, Lesbian Education Network (GSLEN), qui fait l’apologie du « mariage » homosexuel. Une priorité apparemment ces jours-ci alors qu'il s'agit d'une demande d'une petite minorité au sein d'une petite minorité (moins de 5 % de la population adulte).

Ce programme comprend des suggestions de livres mettant ce type d'union en scène jusqu’en mathématiques avec des problèmes évoquant « une variété de structures familiales et d’expressions du genre ». Exemple : « Rosa et ses papas sont en train de faire les courses et veulent acheter trois boîtes de pâtes… ». Le programme propose aussi des activités de travestissement avec des activités consistant à vêtir un héros de dessin animé avec des habits utilisés par le sexe opposé. Le tout, dès l’âge de… 4 ans !

La boîte à outils du GSLEN déclare que « L'école primaire constitue une merveilleuse et importante occasion pour inculquer et/ou favoriser des attitudes positives et de respect envers les différences individuelles, familiales et culturelles, y compris la diversité liée à l'orientation sexuelle, l'identité de genre, et l'expression du genre. »

Extrait de My Boy Princess : « Quand on va faire des courses, c'est en regardant les habits de filles qu'il est le plus heureux »

Les lignes directrices de ce programme recommandent des livres comme My Boy Princess de Cheryl Kilodavis, destinés aux enfants de 5 à 7 ans, ou Uncle Bobby’s Wedding, qui initie les jeunes élèves à l'idée du « mariage » homosexuel.

À la suite des inquiétudes des parents, le conseil d’administration de l’établissement a finalement décidé par cinq voix contre deux de ne pas mettre en œuvre le programme. Le lobby gay n’a pas apprécié et lancé une campagne nationale d'intimidation de l’école et de ses parents.

Voir aussi 

Pays-Bas – Homosexuels fuient la diversité d'Amsterdam pour s'installer dans les régions rigoristes du pays

Le « mariage gay » et la logique libertarienne new-yorkaise

Le « mariage » homosexuel traité en culture religieuse au primaire

États-Unis — professeur de Floride suspendu parce qu'il s'oppose au mariage homosexuel

Couple homosexuel invité en cours de mathématiques, euh ECR, exercice de « français » sur le prétendu mariage homosexuel




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lundi 2 juillet 2012

Les écoles indépendantes en France





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Le taux de natalité allemand atteint un nadir

Le nombre de bébés nés en Allemagne n'a jamais été si bas, dans la mesure où le taux de natalité de ce pays, jusqu'à présent le plus peuplé d'Europe, est tombé jusqu'à un niveau record à la baisse, soulevant des inquiétudes sur l'éventualité de problèmes démographiques dans l'avenir, ont révélé lundi les récentes statistiques.

À peine 663.000 enfants sont nés en 2011, soit 15.000 de moins que l'année précédente, pour un taux de natalité en recul à 2,2 %, indique un rapport basé sur des chiffres préliminaires de l' Office fédéral des statistiques allemand, basé, à Wiesbaden.

Malgré la persistance de tendances négatives, la population allemande a continué d'augmenter l'année dernière, grâce à l' afflux notable d'immigrants dans le pays, et 279.000 personnes au total sont entrées en Allemagne pour s'y installer en 2011, soit l' un des chiffres les plus élevés de la décennie passée.

En conséquence, la population allemande a augmenté de près de 100.000 habitants au total, a indiqué Reinhold Zahn, l'un des plus grands experts de Destatis, lors de cette conférence de presse à Wiesbaden.

Les statistiques soulignent le fait qu'une tendance à la baisse du taux de croissance démographique total en Allemagne devrait se poursuivre sur le long terme, et qu'il n'y a probablement aucun moyen de l'empêcher sans un changement profond des mentalités.

Natalité et mortalité allemandes 
Source: dpa. Jusqu'en 1990, les données incluent la RDA. Les chiffres sont exprimés en milliers. * = données provisoires.

La baisse du nombre de naissance signifie également à terme une baisse du nombre de mères potentielles dans quelques décennies, et si celles-ci conservent le taux actuel de moins de 2,1 enfants par femme, le nombre de nouveau-nés continuera donc inévitablement de reculer.

Les statistiques montrent non seulement que les Allemands ont généralement moins d'enfant, mais aussi que leur probabilité de se marier est elle-aussi plus faible. En effet, le nombre de mariages a reculé de 1,1% en glissement annuel, avec seulement 378.000 couples mariés en 2011.

Selon l'Office des statistiques, avec une fécondité stagnante, l'Allemagne, jusqu'ici le pays le plus peuplé d'Europe avec 81 millions d'habitants, devrait continuer de se vider d'ici à 2060 pour ne plus compter qu'entre 65 et 70 millions d'habitants à cet horizon avec une forte proportion d'étrangers.


Sources : Die Welt, Agence Chine nouvelle, Le Monde

Voir aussi

Allemagne — 2 millions d’enfants mineurs en moins en dix ans

Allemagne — Une loi autorise désormais les enfants à faire du bruit

Allemagne — Mère de douze enfants emprisonnée : elle refuse pour ses enfants le cours d'éducation sexuelle au primaire





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Une première école primaire à vocation chrétienne en Estrie

Les parents sherbrookois qui souhaitent que leurs enfants évoluent dans un milieu scolaire où sont véhiculées les valeurs chrétiennes auront désormais une alternative. Dès septembre, l'école La Source ouvrira ses portes.

Elle sera la première école primaire privée du genre dans la région.

« On croit que c'est important que les enfants vivent en sachant que Jésus est le sauveur du monde », lance d'entrée de jeu Samuel Fortier, l'un des quatre membres fondateurs de l'école. Avec l'aide de sa conjointe, Véronic Perron, et de ses parents, Martial Fortier et Pauline Therrien, l'enseignant de mathématiques a entrepris ce grand projet il y a plus d'un an.

Ayant désormais en main le permis permettant d'offrir des cours d'éducation préscolaire et d'enseignement primaire décerné par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) et les clés de l'édifice qui abritera la future école, soit celles de l'ancienne église de Huntingville dans l'arrondissement de Lennoxville, le groupe a commencé sa campagne de visibilité il y a environ une semaine.

Outre sa vocation chrétienne, l'école La Source aura deux autres singularités   : elle offrira un programme de langues (anglais et espagnol) et elle consacrera une après-midi par semaine à des activités récréatives et sportives.

Au moment d'écrire ces lignes, une vingtaine de familles se sont montrées intéressées par le projet. La direction de l'école espère accueillir une soixantaine d'élèves de la maternelle à la quatrième année en septembre. L'inscription de chaque enfant s'élèvera à 3800 $ par an.

Cours d'ECR dans une perspective chrétienne

Samuel Fortier, l'un des fondateurs de l'école, sent qu'il y a une demande pour un enseignement scolaire dans un milieu chrétien.

La levée de boucliers provoquée par l'implantation du cours d'Éthique et de culture religieuse (ECR) et l'abandon du choix entre le cours de morale et de religion en constitue un exemple concret. Toutefois, l'enseignant tient à le préciser : l'école La Source donnera le fameux cours ECR -- son permis serait immédiatement refusé par le Monopole de l'Éducation si elle osait ne pas se plier à ce diktat -- mais en ne cachant pas la foi chrétienne de l'enseignant.

Pour Sylvain Lamontagne de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) qui s'est fortement opposé au cours ECR, cette façon de faire est un moindre mal : « Ce qu'on critiquait aussi, c'est qu'il est enseigné de façon laïque ». Rappelons que le Monopole de l'Éducation impose que les professeurs d'ECR enseigne cette matière d'une manière neutre. Pour de nombreux parents, cette neutralité est illusoire ou néfaste, puisque en réalité c'est prendre position et traiter toutes les croyances de manière équivalente et instiller par là un certain relativisme par rapport aux religions et aux croyances.  Toutefois, M. Lamontagne déplore que tous les parents ne puissent avoir accès à ce type d'alternative puisque tous les parents ne peuvent se permettre d'envoyer leurs enfants à l'école privée.

Pour palier cette difficulté, l'école La Source souhaite offrir des bourses aux familles les moins nanties.


Source : La Tribune de Sherbrooke




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vendredi 22 juin 2012

Histoire — le grand incendie de Trois-Rivières du 22 juin 1908

 Le 22 juin 1908, le tiers de la magnifique ville de Trois-Rivières est rasé par un incendie. De véritables joyaux architecturaux sont emportés par les flammes : La maison du roi, bâtie en 1723, l’église Immaculée-Conception, édifiée en 1710… Pas moins de 800 maisons passent ainsi au feu. Le beau site Internet « Passionnés d’histoire trifluvienne » (encore en construction mais déjà riche de nombreuses informations) revient sur cette tragédie et présente notamment une galerie photo impressionnante de la ville après le désastre.


 

 




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lundi 11 juin 2012

Jacques Villeneuve — vainqueur du Grand Prix de Montréal 2012

Éric Duhaime revient sur la polémique qui a entouré les déclarations de Jacques Villeneuve sur les étudiants québécois. Rappelons que Jacques Villeneuve avait déjà confié plus tôt en des termes bien sentis pourquoi il ne voulait pas que ses enfants fréquentent l'école québécoise.

Le pilote champion du monde de Formule 1 en 1997 ne participait peut-être pas à la course sur le circuit de l’île Notre-Dame dimanche après-midi, mais on peut quand même le déclarer gagnant du Grand Prix du Canada 2012.

PAS LA LANGUE DE BOIS, MENACES ENVERS VILLENEUVE

Jacques Villeneuve invitait jeudi dernier les étudiants à arrêter « de faire les fainéants » et les sommait de « retourner à l’école ». Il a simplement dit tout haut ce que l’écrasante majorité pense tout bas. Et plutôt que s’excuser ou se taire, Villeneuve en a rajouté le lendemain, qualifiant d’acte « terroriste » le blocage des wagons de métro. Après Gilbert Rozon, il devenait ainsi la deuxième personnalité publique à rompre le silence pour exprimer son désaccord avec le mouvement étudiant. Comme Rozon, il s’est fait rabrouer de la pire des façons : insultes, injures et même menaces de mort. Incapables de s’en prendre au message, certains s’attaquent au messager. Dans le Montréal d’aujourd’hui, t’es soit un carré rouge ou, sinon, tu vas passer « au cash », pis « ta yeule »  Curieux quand même que ceux qui dénonçaient judicieusement il y a quelques jours une loi qui brime notre liberté d’expression ne se rendent même pas compte du ridicule de jouer aujourd’hui les censeurs. Pourtant, les Gabriel Nadeau-Dubois de ce monde auraient grand intérêt à prêter une oreille attentive au deuxième Québécois le plus connu à travers le monde après Céline Dion. Jacques Villeneuve a fait bien plus que s’inquiéter pour la tenue d’une course automobile. Il a véritablement donné deux grandes leçons à nos élèves qui pratiquent depuis quatre mois l’école buissonnière.

LEÇON ÉCONOMIQUE

En brillant homme d’affaires qu’il est devenu, Villeneuve a dressé un constat économique sur le coût du conflit : « Ça coûte une fortune à la Ville, à la province et au Canada. Ils (les étudiants) disent que le gouvernement doit payer. Mais d’où vient l’argent du gouvernement ? Ils disent : prenez l’argent aux riches ! Mais les riches vont déménager dans un autre pays. » Autrement dit, l’argent ne pousse pas dans les arbres et nous ne vivons plus en autarcie. Les trop rares riches québécois peuvent aujourd’hui transférer leurs millions de dollars dans une juridiction moins gourmande en taxes et impôts plus rapidement que les bolides de F1 peuvent se déplacer.

LEÇON POLITIQUE

Puis, Villeneuve a ajouté : « Nous vivons dans une démocratie : on vote pour des gens et, quand on n’est pas content, on vote pour d’autres gens la fois suivante. » Autrement dit, prenez votre mal en patience, il reste à peine quelques semaines avant les prochaines élections et ce coup-là, grouillez-vous le derrière pour aller voter ! J’ajouterais qu’aux dernières élections québécoises en décembre 2008, seulement 41,5 % des 18-24 ans ont daigné se déplacer vers une boîte de scrutin. C’est bien beau de voter la grève ou le boycott de ses cours, mais encore faut-il choisir nos élus le jour des élections avant de jouir du droit de critiquer nos politiciens. Je suis désolé Lewis Hamilton, mais cette année, tu dois définitivement partager ton podium avec Jacques Villeneuve, le véritable vainqueur de la semaine !

Voir aussi

Jacques Villeneuve au sujet de ses enfants : « je n'ai pas l'intention de les faire étudier dans le système québécois »




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samedi 9 juin 2012

L'ancien ministre Louis O'Neill sur la Cour suprême et ECR : « Un jugement qui laisse perplexe »

L'ancien ministre et théologien Louis O'Neill revient sur le jugement de la Cour suprême dans le dossier ECR sur son carnet :

Pas facile de décrypter le jugement rendu par les honorables juges de la Cour suprême concernant le cours Ethique et culture religieuse. Il s’appuie sur deux évaluations juxtaposées et donne l’impression que le glaive de la justice aurait pu aussi bien pencher d’un côté de la balance que de l’autre. Au point de conclure, comme l’ont fait certains, que ce n’est que partie remise.

Une problématique embrouillée

La juge Deschamps, dont l’opinion reflète aussi celle de six collègues, constate au départ que « le programme dit en réalité peu de chose sur le contenu concret de l’enseignement et sur l’approche qui sera effectivement adoptée par les enseignants dans leurs relations avec les élèves. Il ne détermine pas non plus le contenu des manuels ou des autres ressources pédagogiques qui seront utilisés, ni leur approche à l’égard des faits religieux ou des rapports entre les valeurs religieuses et les choix éthiques ouverts aux étudiants. Le programme est composé d’énoncés généraux, de diagrammes, de descriptions d’objectifs et de compétences à développer, ainsi que de recommandations diverses sur son application. Il ne permet guère d’apprécier quel effet entraînera réellement son application ». Donc rien qui prouve qu’il viole la Charte canadienne ou la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ou qu’il porte atteinte aux droits des parents.

Dans une deuxième partie du jugement le juge LeBel, appuyé par le juge Fish, se rallie à l’opinion des autres magistrats mais introduit certaines nuances. « Par ailleurs, écrit-il, l’état de la preuve ne me permet pas non plus de conclure que le programme et sa mise en application ne pourront éventuellement porter atteinte aux droits accordés aux appelants et à des personnes placées dans la même situation. A cet égard, le seul manuel scolaire versé au dossier laisse dans une certaine mesure perplexe quant à la présentation des rapports entre le contenu religieux et le contenu éthique du programme. Par exemple, le contenu proposé à des élèves de six ans à l’occasion de la fête de Noël inviterait-il à la folklorisation d’une expérience et d’une tradition assimilées à de simples contes sur des souris ou des voisins surprenants ? Ce sont des questions et des inquiétudes possibles. Le dossier soumis à notre Cour ne permet pas d’y répondre. Toutefois, il se peut que la situation juridique évolue au cours de la vie du programme ECR ».

De tels propos laissent songeur. Comment a-t-on pu formuler un jugement en apparence définitif en s’appuyant sur des données incomplètes et insuffisantes ? N’était-on pas placé devant une situation où, vu les enjeux particulièrement délicats, on se devait d’appliquer le principe de précaution ? Celui-ci aurait conduit à reconnaître le droit à l’exemption prévu à l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique. En outre, lors des débats entourant l’imposition du nouveau cours, il fut à maintes reprises question de relativisme, de pluralisme normatif, de ce danger de folklorisation auquel a fait allusion le juge LeBel. Dans un tel contexte, marqué par l’ambiguïté et l’incertitude, il eut été séant, me semble-t-il, de tenir davantage compte des convictions intimes des appelants, de leurs inquiétudes, et donc faire preuve de prudence en accordant le droit à l’exemption.

On n’a pas mis en doute les convictions sincères des appelants. Ce préalable avait servi de critère dans des décisions antérieures, par exemple dans le cas du port du kirpan ou dans celui du droit de construire un souccah sur le balcon d’un condominium. On ne comprend pas pourquoi il ne s’applique pas ici. C’est parce que les appelants, paraît-il, n’ont pas su faire la preuve que le nouveau cours portait atteinte à leurs convictions religieuses. Mais peut-on exiger de simples citoyens un argumentaire méthodique et détaillé dans une cause de ce genre où les honorables juges eux-mêmes avouent s’y retrouver difficilement, tellement il manque de pièces au dossier ? On aurait pu prendre acte de l’existence de convictions sincères, sans exiger de démonstration rigoureuse, comme avait tenté de le faire un plaideur de première instance qui s’était évertué, pareil à un inquisiteur zélé, à tenailler un adolescent en le bombardant de questions insidieuses sur la sincérité de ses convictions religieuses.

La suite des choses

Le jugement rendu par la Cour suprême n’empêche en rien une commission scolaire de reconnaitre le droit à l’exemption fondé sur un préjudice appréhendé par des parents. Ce qui irait, semble-t-il, à l’encontre dudit jugement serait que le ou la ministre de l’Éducation interdise une telle application de la loi. Le jugement de la Cour suprême ne rend pas inopérant l’article 222 de la Loi sur l’instruction publique.

Demeure en suspens la délimitation des droits parentaux. Ceux-ci ne sont pas absolus et sont restreints de prime abord par ceux des jeunes. On voit mal que des ados n’aient rien à dire sur des choix qui concernent leur propre liberté de conscience. En outre, les citoyens en général auraient raison d’intervenir face à un exercice de droits parentaux qui irait à l’encontre de valeurs sociales communément admises, comme cela se produit parfois dans des sectes. En revanche, les parents ne perdent pas leurs droits de premiers intervenants quand ils font appel aux service d’un système d’éducation, qu’il soit public ou privé. La délégation de responsabilité ne supprime pas ces droits, car « les parents ont par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants » (Déclaration universelle des droits de l’homme, art.26, para 3).

Autre voie à explorer : renvoyer à l’enseignement de l’histoire et à des disciplines connexes l’initiation aux différentes traditions religieuses. Cela rendrait superflu cet étrange mixage que constitue le cours ECR et libérerait la transmission du savoir de l’indéfinissable substrat idéologique qui en constitue l’ossature. Ce qui n’empêche pas de conserver un volet éthique fondé sur des valeurs faisant consensus dans une société moderne héritière de la double tradition judéo-chrétienne et gréco-latine, telles le respect de la vie, la dignité de la personne, l’égalité, la responsabilité, la solidarité.

On pourrait en outre explorer une troisième voie, celle où, tout en maintenant le cours ECR sans qu’il soit obligatoire, on créerait un espace de liberté où l’on puisse offrir à ceux qui le désirent et là où le nombre de demandeurs le justifie, un cours de véritable culture religieuse dispensé par des enseignants compétents et qui sachent faire preuve d’une sensibilité spirituelle idoine. Ce qui à la fois respecterait la liberté de conscience et ajouterait un enrichissement culturel de qualité. Il y a de la place, dans un contexte de laïcité ouverte, pour une innovation de ce genre.

Voir aussi

« Match nul » sur la constitutionnalité du programme ECR, entretemps Jésus, Superman même combat !

Jugement de la Cour suprême : Réaction du Mouvement laïque québécois

ECR en Cour suprême — Mémoire du Regroupement chrétien pour le droit parental en éducation

LexView — Whose Children Are They, Anyway?

« In Canada, the state is the first educator of children in matters of faith... It seems.»

La neutralité de l'État et la neutralité de l'enfant

Réaction de l'avocat des parents à la décision de la Cour suprême du Canada

Ethics and Religious Culture in Quebec: Canada’s Supreme Court has erred

« État ou parent, qui est le premier éducateur des enfants ? »

Quebec’s Ethics and Religious Culture course is more about indoctrination than education





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vendredi 8 juin 2012

Jacques Brassard : « Une jeunesse à la dérive »

Du carnet de l'ancien ministre Jacques Brassard :

D’abord, une précision : il n’y a pas, au Québec comme ailleurs, UNE jeunesse, un bloc monolithique, uniforme, porteuse d’une seule vision des choses et inspirée par une seule idéologie. Il y a plusieurs jeunesses. C’est le cas maintenant et ce l’était aussi dans le passé.

Vous en doutez? La preuve est pourtant sous vos yeux : une nette majorité d’étudiants ont complété leur session et obtenu leurs diplômes. C’est d’ailleurs le cas de mes trois petits-enfants qui fréquentent le cegep et l’université. Et tous les trois sont au travail.

Il y a une autre jeunesse, celle des enfants-rois, qui considère que l’éducation universitaire est un droit absolu et non pas également une forme d’investissement dans son avenir et que, par conséquent, toute hausse des frais de scolarité est une scandaleuse aberration sociale. C’est d’ailleurs la gratuité pure et simple qui serait pour elle idéale. Cette jeunesse est notoirement soutenue par les grandes centrales syndicales qui voient en elle les troupes d’avant-garde dans les combats à venir ayant pour but de préserver intacts les privilèges issus de l’État-Providence.

Et nous découvrons qu’il y a une troisième jeunesse, celle qui a ingurgité et réussi à digérer tant bien que mal le ragoût idéologique pourtant bien indigeste de l’anti capitalisme, de l’anarchisme et du communisme. Cette jeunesse-là s’est manifestée avec bruits et fureurs à l’occasion du boycott des cours dans certains cegeps et universités. Et on a vu à l’œuvre sur la place publique plusieurs groupuscules anarcho communistes soutenus par des professeurs gauchistes.

C’est le cas, par exemple, de Normand Baillargeon, qui enseigne à l’UQUAM et qui annonce qu’il portera le carré noir de l’anarchisme. «Je le porterai, proclame-t-il, pour me rappeler l’immense et noble espoir que l’anarchisme n’a cessé de porter.»

On peut d’ailleurs découvrir toute la «noblesse» de la cause anarcho-communiste dans le Manifeste du Carré Noir. Quelques citations devraient vous en convaincre. «Nous n’infiltrons pas les manifestations, nous aidons à les organiser, nous les rendons vivantes. Nous ne sabotons pas la grève, nous en sommes partie intégrante, nous aidons à l’organiser, nous faisons battre son cœur.» Poétique en plus! Mais c’est clair : les anarchistes ne sont pas en marge du mouvement, ils en sont le cœur battant.

«Nous croyons que la violence du système qui attaque des classes économiques et des populations entières justifie l’usage de la violence qui cible du matériel et des agents politiques que sont les flics.» C’est également limpide : la violence n’est pas un déraillement, un dérapage, elle fait partie intégrante de leur stratégie d’action. Et les policiers n’ont pas le statut d’êtres humains, ce ne sont que des «individus armurés», mercenaires de l’ordre établi. Les attaquer et les blesser est tout à fait légitime.

Je suis toujours stupéfié de voir des jeunes et leurs mentors rêver encore d’une société communiste. Comment peut-on, en plein XXIe siècle, ignorer les ravages humains des régimes communistes qui se sont établis sur des meurtres de masse, des famines, des génocides, des goulags, la misère et la négation des libertés?

C’est à la fois angoissant et démoralisant d’observer le basculement d’une partie de la jeunesse québécoise dans un cloaque idéologique aussi malsain.

On sait tous qu’un poisson commence à pourrir par la tête. Il semble qu’une société amorce son pourrissement par sa métropole. Par vent d’ouest, nous en sentons les effluves!




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jeudi 7 juin 2012

France — les socialistes vont-ils remettre en cause l'équilibre entre public et privé ?

François Hollande a proposé la de création de 60000 postes d’enseignants. Le secteur privé veut sa part du gâteau, mais les représentants de l’Éducation nationale estiment que ces nouveaux moyens doivent leur être exclusivement réservés. Anne Coffinier répond aux questions du site Atlantico.

Atlantico — La proposition de création de 60 000 postes de François Hollande semble raviver les tensions entre secteur privé et secteur public. En effet, le secteur privé réclame la création de 5 100 postes répartis essentiellement dans les établissements catholiques. De leur côté, les représentants de l’Éducation nationale estiment que tous ces nouveaux moyens doivent leur être exclusivement réservés en raison de l’ampleur de la reconstruction nécessaire. La carotte des 60 000 postes est-elle en train de consommer la rupture entre éducation publique et privée ?

Anne Coffinier  —  Le président de la République est entouré de forces de natures très diverses : certaines le poussent à s’inscrire dans la continuité par rapport à ce qui s’est fait ces quarante dernières années ; d’autres, au contraire, l’incitent à durcir la ligne au détriment de l’école privée.

Avant de répondre, il me semble qu’il faut reconnaître qu’il y a vraiment eu un abus dans la manière de couper les postes dans l’Éducation nationale. On est arrivé en deçà de ce qui est nécessaire pour qu’une machine comme l’Éducation nationale fonctionne décemment. À périmètre et organisation constantes, il y a donc aujourd’hui un vrai besoin de recrutement. En revanche, au regard du fouillis incroyable qui règne dans les statistiques de l’Éducation nationale, personne n’est en mesure de dire à combien ces moyens se chiffrent réellement. Mais il y a clairement et incontestablement un problème de ressources humaines.

Ensuite, il faut revenir sur la règle des 80 %/20 % qui est d’ailleurs au cœur du débat qui nous occupe. Cette règle n’a plus aucune existence juridique, depuis la loi de finance rectificative de 1985. C’est une idée qui s’est consolidée sous forme d’une coutume politique. Ce supposé équilibre n’est en réalité pas accepté par les extrémistes de gauche, le parti « laïcard », acquis au slogan « à école publique, argent public et à école privée, argent privé ». Pour eux, tout l’argent public – c’est-à-dire celui des contribuables – doit aller au profit exclusif de l’école publique ; les 20 % ne sont dans ces conditions que la limite haute de ce qu’ils envisagent de concéder au privé, à titre de tolérance et lorsqu’ils estiment ne pas avoir le choix.

Pour notre part, à la Fondation pour l’école, nous ne souscrivons pas à cette fascination quasi religieuse pour les 80/20 %. Il s’agit avant tout d’un compromis de circonstance, pas d’une règle d’or à graver dans le marbre. Cette pseudo-règle est née dans un contexte précis qui est l’après 1984 avec un gouvernement de gauche qui avait fait face à une mobilisation exceptionnelle de la population et qui a abouti à une impasse qui s’est soldée par la démission d’Alain Savary et la nomination de Jean-Pierre Chevènement. A la suite de cela, il fallait trouver une solution d’apaisement qui s’est matérialisée dans le gel de la situation telle qu’elle était à l’époque. C’est-à-dire que l’État répartisse la création de postes à 20% pour le privé et 80 % pour le public, sans tenir compte des besoins effectifs constatés dans les écoles au regard du nombre d’inscrits.

Mais ce qui correspondait à un compromis à un moment donné, dans un contexte précis n’a pas de raison d’être valable ad vitam aeternam, et on voit mal pourquoi cette règle d’or devrait s’étendre indéfiniment dans le temps en matière de répartition des ressources financières publiques.

La Fondation pour l’école estime que ce qui fonde la légitimité de l’allocation des ressources publiques devrait être la demande effective formulée par les familles. Et on en revient à un critère défini par la loi Debré qui est la notion de « besoin scolaire reconnu » c’est-à-dire qu’à chaque fois qu’il y a une demande effective de la part des parents qui ont besoin de moyens pour scolariser les enfants, alors il y a un déblocage de fonds. Aujourd’hui ce qui prévaut, c’est une logique où l’État décide à quel établissement il va octroyer un nombre déterminé de postes budgétaires, et quelles écoles il fermera – le tout selon son bon plaisir, indépendamment de la demande parentale ou de l’évaluation de la qualité des établissements concernés. L’État dispose de l’offre et organise finalement la pénurie de l’offre de places dans le privé.

Il est donc urgent de sortir de cette malheureuse habitude politique des 80 %/20 %, née de circonstances très précises, qui ne correspond plus à la réalité et qui en plus est sacralisée d’une manière un peu absurde. Les moyens devraient être octroyés aux écoles au prorata des demandes d’inscription reçues et de leur évaluation par les familles. En démocratie, c’est la demande des parents qui devrait primer.

Atlantico — La gauche républicaine a toujours un peu rechigné à financer le secteur privé pour donner la préférence au secteur public. Par ces mesures qui ne visent que le secteur public, le gouvernement socialiste n’est-il pas en train de tuer le secteur privé ?

Je ne suis absolument pas certaine que le gouvernement actuel voudra rouvrir la guerre scolaire, même s’il reçoit de fortes sollicitations en ce sens. Ce n’est pas à son avantage pour différentes raisons. Plus encore qu’en 1984, il s’aliénerait une partie importante de sa propre base parce qu’aujourd’hui le recours au privé n’est pas du tout idéologisé, mais repose sur une analyse pragmatique de l’offre scolaire et un désir de préserver la possibilité d’un choix, d’une alternative en cas de problème avec l’école publique. Il faut savoir que plus de 40 % des enfants passent par le privé à un moment où un autre de leur scolarité. En réalité les mentalités sont au zapping consumériste pour aller à l’endroit « où c’est le moins pire ». Et cela, à droite comme à gauche.

En d’autres termes, tout le monde – y compris les membres du gouvernement – veut pouvoir mettre ses enfants dans des établissements privés en cas de nécessité. Si l’on regarde l’entourage de l’équipe de gauche au pouvoir, ils sont presque tous passés par le privé sous contrat ou y ont leurs enfants. Le président Hollande, ancien élève des Frères des écoles chrétiennes, a confié ses enfants à l’Ecole alsacienne, école privée sous contrat. Bref, le système a besoin d’avoir cette soupape de sécurité ; nous tous voulons pouvoir choisir le privé, pour tout ou partie des études de nos enfants.

Il faut aussi rappeler que le sous-contrat et le hors-contrat fédèrent des réseaux d’écoles catholiques certes mais aussi juives, laïques, etc. Ainsi le gouvernement se rend compte qu’en cas de changement et de radicalisation de la règle d’or, il devra affronter un réseau d’insatisfaits assez important.

En revanche, la question qui va bientôt se poser, c’est le degré de détermination de l’enseignement catholique sous-contrat. Il me semble que le rapport de forces est structurellement favorable au secteur privé pour les raisons expliquées précédemment. Il serait donc dommage d’en rester à la pseudo règle des 80/20 de manière défensive, au lieu de la contester et d’affirmer la liberté de l’enseignement et le droit au choix des parents.

Personnellement, je trouve cette stratégie anachronique et injuste car elle fait peu de cas de la volonté d’accession à l’école privée de tous ceux qui le voudraient mais qui n’ont pas de place vu la pénurie organisée. Car il faut savoir que le réseau de l’enseignement privé est développé dans des secteurs qui ne correspondent plus toujours aux besoins actuels. Le meilleur exemple est celui des nouvelles villes et des banlieues. Si on veut pouvoir redévelopper des écoles et réorganiser la carte scolaire en fonction des besoins réels – car après tout le but n’est pas de tenir des bastions et des postes mais de rendre service aux familles – il va falloir regagner des libertés. C’est une injustice qu’il y ait, d’un côté, des écoles publiques gratuites et de l’autre des écoles privées avec des parents qui ne sont pas aidés par des frais scolaires défiscalisés par exemple.

Atlantico — La droite a-t-elle réellement privilégié le secteur privé catholique en supprimant moins de postes que dans le public ?

Il faut se méfier des guerres de chiffres car l’Éducation nationale est incapable de tenir une comptabilité précise de ses effectifs. La Cour des Comptes l’a montré à plusieurs reprises dans ses rapports. Ainsi certains diront que le précédent gouvernement a en effet été très compréhensif avec l’enseignement catholique tandis que d’autres diront que, si l’on raisonne en termes d’effectifs réels, ils ont été à la même enseigne que les autres car dans le secteur privé tout le monde enseigne. Il n’y a pas tous ces gens qui sont dans l’administration ou détachés ailleurs. Ainsi quand on réduit les effectifs dans ce secteur, fatalement on réduit le nombre de professeurs dans les classes aussi. Et c’est tout à fait justifié de raisonner ainsi.

Ensuite, savoir exactement à quel taux ils ont réduit ces effectifs est très compliqué et je dirais même qu’en France peu de gens le savent exactement.

Atlantico — Finalement n’y a-t-il pas un paradoxe, après tout l’école privée devrait être capable de se financer toute seule sans bénéficier de l’appui de l’État ?

Non, ce n’est pas un paradoxe, car soit l’école privée est conçue réellement pour ceux qui peuvent se le permettre comme par exemple en Grande-Bretagne ou les frais de scolarité se montent à 15 000 euros l’année dans les « écoles indépendantes » (si les parents peuvent payer tant mieux, sinon les enfants sont scolarisés ailleurs), soit l’école privée est conçue comme au service de tous, et il faut alors qu’elle soit accessible à tous.

En France, le secteur privé est avant tout catholique et est considéré comme un service. Il cherche à établir les prix les plus bas possible, au regard des contraintes qu’il a à respecter. Elles [les écoles catholiques sous contrat – NDLR du carnet] doivent ainsi scolariser absolument tous les enfants qui se présentent et non pas seulement les enfants catholiques.

Cela donne des situations assez cocasses comme dans la Seine-Saint-Denis où les écoles privées catholiques scolarisent une majorité d’enfants musulmans. La loi oblige en effet les écoles sous contrat à accepter tout le monde, peu importela confession. C’est ainsi que la loi sur le voile, par exemple, a conduit de nombreuses jeunes filles qui refusaient d’ôter leur voile dans l’espace de l’école publique à se réfugier dans l’école privée catholique voisine et donc à rendre quasi impossible le maintien du caractère propre de ces dernières. Ces situations rendent beaucoup de raisonnements faux et principalement celui selon lequel l’école privée aurait moins besoin de financement que le public parce qu’elle aurait moins de contraintes et d’obligations. En définitive, je crois que c’est le bon moment de rebattre les cartes pour permettre une plus grande justice et une meilleure performance académique de notre système scolaire.




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