samedi 12 septembre 2009

Deux militants pro-vie tués aux États-Unis

  Jim Pouillon, assis en maillot rouge  
CHICAGO (États-Unis) - Un militant pro-vie a été tué par balles vendredi depuis une voiture près d'un lycée du Michigan (nord des États-Unis), et la police a indiqué que le même tireur avait tué un autre homme. James Pouillon, 63 ans, qui portait une pancarte anti-avortement, s'est fait tirer dessus à plusieurs reprises depuis une voiture en mouvement vers 7 h 20 heure locale. Des témoins ont signalé à la police le numéro d'immatriculation de la voiture et les autorités n'ont pas tardé à arrêter son propriétaire, Harlan Drake, un homme de 33 ans, a indiqué la police de la ville d'Owosso. Au cours de l'interrogatoire, l'homme a avoué avoir tué également le propriétaire d'une carrière de gravier de la région. La victime, Mike Fuoss, un autre militant pro-vie de 61 ans, a été découverte abattue dans son bureau.

Judy Cliver, une militante anti-avortement amie de James Pouillon, l'a décrit comme « un gentil vieux monsieur qui était handicapé, était sous oxygène et portait des attelles aux jambes ».

Elle a expliqué qu'il se plaçait régulièrement aux mêmes endroits pour protester, notamment près de cliniques pratiquant l'avortement. « Il m'a même dit un jour qu'il était prêt à mourir pour ses convictions », a-t-elle déclaré au journal local Flint Journal.

L’assassin, Harlan Drake, 33 ans, habitant également Ossowo, a été interpellé par la police et est passé aux aveux, reconnaissant même un second assassinat survenu plus tôt dans la journée et dont la victime est un autre militant pro-vie d’Ossowo, Mike Fuoss, 61 ans. Selon les enquêteurs, Mr. Drake aurait ciblé Jim Pouillon à cause de ses activités pro-vie.

Le Père Frank Pavone, directeur national des Priests for Life, espère « que la communauté pro-avortement exprimera une indignation aussi forte que celle qu’a exprimée la communauté pro-vie lors de l’assassinat du Dr Tiller ».

Nous n'avons pas relevé cette histoire dans les médias québécois. Pensent-ils que leurs lecteurs ont un droit à l'ignorance au sujet de ce double meurtre, alors qu'ils avaient couvert le meurtre du docteur Tiller ?

Le « droit à l'ignorance » des lecteurs de la Presse, de la Voix de l'Est et du Soleil

Il y a une semaine Mme Lavallée a envoyée la lettre ci-dessous à La Presse de Montréal. Plusieurs échanges s'en sont suivis entre, d'une part, Mme Lavallée et son avocat et, d'autre part, la journaliste de la Presse, Mme Audet, et l'avocat du groupe GESCA.


La Presse avait mené le bal en reproduisant allègrement les propos de Sébastien Lebel-Grenier, jeune professeur de droit à l'Université de Sherbrooke, sur ce qu'il qualifiait de « droit à l'ignorance » qu'aurait réclamé les parents de Drummondville contre l'imposition du programme ECR. La Voix de l'Est avait reproduit le lendemain, le 2 septembre, la même affirmation d'ignorance proférée par le professeur de Sherbrooke. Enfin le surlendemain, la journaliste Brigitte Breton, du Soleil a fait siens ces propos dans son article intitulé "Foi en l'ignorance".

Rappelons que cette expression (« droit à l'ignorance ») n'a jamais été utilisée lors des débats du procès et qu'elle ne figure pas dans le jugement écrit de l'Honorable Jean-Guy Dubois. Le débat, au procès, ne s'est nullement posé en ces termes. Voir le texte intégral du jugement ainsi que la requête, la réplique et des transcriptions.

Or, si le National Post a rapidement publié de larges extraits de la lettre de la mère, voilà que le groupe Gesca ne veut pas publier les véritables griefs de celle-ci.

Faut-il vraiment trouver un jeune universitaire pour pérorer et déclarer pompeusement que cet empire de Presse a exercé son droit à l'ignorance de ses lecteurs en refusant de reproduire la lettre de mise au point d'une personne qu'elle qualifiait à tort d'obscurantiste ?
À la rédaction

La Presse
7, rue Saint-Jacques
Montréal, Québec
Canada, H2Y 1K9

commentaires@lapresse.ca


Chers Messieurs,


C’est avec une certaine consternation que j'ai lu dans vos colonnes une description qui dénature mon point de vue et les raisons pour lesquelles j’ai fait appel à la justice afin que mes enfants soient exemptés du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse récemment imposé au Québec.

Dans l'article « Éthique et culture religieuse : des parents déboutés » du 1er septembre, vous laissez Sébastien Lebel-Grenier, professeur de droit à l'Université de Sherbrooke, caractériser les motifs de ma contestation devant les tribunaux comme « la liberté d’ignorance, c’est la liberté de méconnaître d’autres religions par peur de polluer l’esprit des enfants. »

Cela est faux et me décrit injustement comme une obscurantiste. Je crois que vos lecteurs méritent de connaître quels étaient mes réels motifs, tels qu’attestés par ma requête et mon témoignage devant le tribunal.

La question n’est pas pour nous une question de connaissance de faits objectifs sur les religions, mais du risque lié à une présentation particulière de ces faits à un âge précoce.

Nous n’avons pas d’inquiétude à propos de la connaissance des faits sur les autres religions, ces faits étaient déjà enseignés dans les dernières années de l’ancien cours de religion catholique qui se donnait les écoles publiques du Québec ; nous n'avons pas eu d'objection. Nos griefs sont ailleurs : nous nous opposons au fait que notre plus jeune enfant, alors âgé de 6 ans, doive recevoir un enseignement selon lequel toutes les religions sont légitimes et de même valeur. Je me suis également, par exemple, opposée au manuel que mon enfant avait à utiliser dans lequel toutes les histoires, qu'elles soient bibliques (la Nativité), autochtones (Grand Lièvre) ou des récits animaliers (Le Noël des Souris), étaient racontées comme des contes d’égale valeur et véracité. C’est le seul manuel qui ait été admis comme preuve lors du procès.

Il suffit de consulter les manuels du primaire pour noter que le contenu factuel enseigné à l'école primaire est rudimentaire. Pour nous, les faits ne sont pas le véritable objectif du cours. Il s’agit d’inculquer une vision pluraliste de la religion : toutes les religions sont bonnes, plusieurs valent mieux qu’une, toutes ont une part de vérité, et aucune n'est donc vraiment vraie, car elles se contredisent. L’étude des connaissances de base sur l'islam, le bouddhisme ou les spiritualités autochtones — pratiquées par moins de 0,1 % de la population québécoise ! — n'a pas besoin de commencer à 6 ans et de s’étendre sur 11 années d'école, cela pourrait facilement être appris, comme dans d'autres provinces, à la fin des études secondaires dans une classe de géographie ou d’histoire.

Un effet secondaire paradoxal de ce cours est que, dans les écoles laïques aujourd'hui au Québec, les élèves doivent « dialoguer » au sujet de leur vécu, de leur appartenance religieuse ou de leurs convictions et sont donc étiquetés, aux yeux de leurs pairs, en termes confessionnels ce qui les divise donc sur la base des convictions religieuses ou philosophiques.

En ce qui concerne la composante éthique du cours, nous avons décidé de demander que notre fils aîné soit exempté après qu'il nous ait confié qu’il se sentait très mal à l'aise à propos de discussions et débats « éthiques » qui traitaient de la sexualité d’une façon qui lui paraissait intrusive et indécente. Là encore, les enseignants ne peuvent pas indiquer ce qui est vrai ou faux et tout est permis. Nous ne voyons pas comment cela constitue une bonne éducation et nous aurions préféré que notre fils ait des cours plus utiles et plus constructifs.

J'espère que vous informerez vos lecteurs des véritables motifs qui nous ont poussés à demander que nos enfants soient exemptés, nous pensons que c'est une question importante et que vos lecteurs devraient connaître mes raisons autant que celles que me prête ce professeur.


Cordialement,


Suzanne Lavallée
Drummondville

vendredi 11 septembre 2009

Vatican — Mise au point sur la liberté religieuse à l’école

Analyse intéressante par Jean Choisy sur Liberté Politique de la lettre circulaire du 5 mai du cardinal Grocholewski de la Congrégation pour l'éducation catholique. La fameuse lettre refusée par le juge Dubois qui a plutôt fait confiance en l'interprétation du controversé théologien Routhier.
« À l’occasion de la rentrée scolaire, [Note du carnet : évidemment le 5 mai n'est pas la rentrée, c'est uniquement Zenit qui publie un communiqué à l'occasion de la rentrée] le Saint-Siège appelle au respect de la liberté religieuse dans les écoles publiques et privées. Dans une lettre circulaire adressée aux évêques, la Congrégation pour l'éducation catholique expose les fondements anthropologiques de l’enseignement de la religion à l’école et dans la société. La France devrait se sentir particulièrement concernée par cette "clarification".

La note signée par le cardinal Zenon Grocholewski et par le secrétaire de la congrégation, le français Jean-Louis Bruguès op, ancien évêque d’Angers, rappelle les exigences de la liberté de conscience et de religion à l’école. La démonstration, qui ressemble à un rappel à l'ordre, répond aux difficultés posées par la confusion entre catéchèse et enseignement du fait religieux, mais aussi par les législations toujours aussi fréquentes imposant une « forme unique d’éducation », niant ou « relativisant » la dimension religieuse de l’homme.

Le message de la congrégation s’articule autour des points suivants :
  1. Les enfants ont le droit d’avoir une éducation religieuse.
  2. Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.
  3. La société civile doit aider les parents à choisir librement l’école de leurs enfants.
  4. L’enseignement de la religion, complémentaire de la catéchèse, ne peut être un enseignement au rabais.
  5. L’enseignement de la religion doit être catholique dans les établissements catholiques.
  6. Les évêques doivent veiller à donner à leurs fidèles l’accès à des écoles catholiques.

Le cas français

Pour un pays comme la France, ce rappel est aussi une mise au point. Une enquête de la Fondation de Service politique en 2007 a montré que sur 3000 personnes interrogées, 20 % des parents catholiques ont eu à se plaindre du non respect de la liberté de conscience, leurs enfants ayant subi des pressions inacceptables de la part de leur entourage ou des enseignants en raison de leur foi. Malheureusement, cette proportion se vérifie autant dans l’enseignement public que privé.

En outre, le contingentement des effectifs de l’enseignement catholique (dont le corps professoral est limité à 20 % de celui de l’enseignement public) constitue une discrimination dont les autorités de l’Église ne semblent pas avoir pris la mesure, alors qu’il s’agit d’une véritable atteinte à la liberté religieuse. Cela signifie que selon un accord tacite entre l’État et l’épiscopat, 80 % des jeunes Français n’ont pas le droit théorique de recevoir une éducation chrétienne à l’école.

On dira que c’est moins une question de droit que de capacité. Mais en vertu d’une dérive privilégiant la course à la performance, on voit des parents catholiques se voir refuser des places pour leurs enfants dans un établissement diocésain, au motif que le niveau de leurs enfants n’est pas suffisant (des cas nous ont été signalés cette année dans le diocèse de Versailles). Certes, le nombre de place disponible est un problème que les chefs d’établissements ne peuvent sans doute pas résoudre par eux-mêmes, mais on peut s’interroger sur leurs véritables priorités, ou sur les consignes qu’ils reçoivent. À cet égard, la Note circulaire du cardinal Grocholewki est salutaire. »

L'affaire Jean XXIII et les témoins de Jéhovah du Québec sous Duplessis

On en apprend des choses dans les manuels et cahiers d'éthique et de culture religieuse (ECR) !

l'affaire Jean XXIII et les témoins de Jéhovah

C'est ainsi que le cahier d'activités d'ECR de LIDEC pour la 4e année de secondaire nous apprend que le pape Jean XXIII aurait été mêlé à une affaire de témoins de Jéhovah... En effet, dans une bande dessinée caricaturale de vingt-deux pages sur les années, que l'auteur veut sombres, du régime Duplessis, on parle d'une affaire Roncalli. Or le pape Jean XXIII, pontife de 1958 à 1963, est né Angelo Giuseppe Roncalli.

Il s'agit en réalité de l'affaire Roncarelli c. Duplessis.

Rappelons les faits. En 1946, Maurice Duplessis, alors Premier ministre et procureur général du Québec, ordonne au président de la Commission des liqueurs du Québec de révoquer le permis alcool du restaurateur montréalais Frank Roncarelli, entraînant la ruine de son entreprise. Les autorités considéraient que M. Roncarelli était un fauteur de troubles parce qu'il avait servi de caution à de nombreux témoins de Jéhovah accusés de prétendues infractions à la suite de la distribution de brochures religieuses attaquant le catholicisme romain.

Heureusement qu'on a les chartes !

Suit la « morale » pour l'élève soumis à ce cours et qui le flattera : heureusement qu'il vit à notre époque, et non lors de ces pages les plus noires de l'histoire du Québec, époque moderne qui connaît enfin une déclaration des droits de l'homme et des Chartes qui obligent les gouvernements à respecter les libertés de religion et d'expression.

D'une part, et ce n'est dit nulle part dans le cahier d'activités, le Premier ministre perdra dans l'affaire Roncarelli. En effet, en 1959, la Cour suprême ayant jugé que le premier ministre avait commis un délit civil, lui ordonna, en sa qualité personnelle, de verser des dommages-intérêts. Il y a avait donc bien, avant la promulgation de la Charte québécoise en 1975 et la Charte canadienne en 1982, des mécanismes qui protégeaient des abus de pouvoir du gouvernement, ici dans un dossier à saveur religieuse. Il n'aura d'ailleurs pas échappé aux lecteurs sagaces que le Canada accueillait, avant ces chartes, de nombreuses religions qui y prospéraient, d'ailleurs plutôt plus qu'après l'adoption de ces chartes.

D'autre part, la Charte québécoise a justement été modifiée récemment (en son article 41) pour limiter les droits parentaux en matière de transmission de leur religion par la voie de l'école publique ! De même, après 25 ans d’interprétation de la Charte canadienne, diverses tendances se sont manifestées dans l’interprétation de la « liberté fondamentale » de religion, qui ont abouti à la privatisation de la religion et donc à une réduction de cette liberté dans la sphère publique depuis l'adoption de cette charte !

Loin de protéger la liberté fondamentale de la religion, l'interprétation des chartes adoptées depuis la « Grande Noirceur » pourraient donc, paradoxalement, bien tendre à en limiter l'application à la seule sphère privée.

Ministère de l'Éducation sous Duplessis !

On apprend sur la page suivante qui suinte de cette même dénonciation de la « Grande Nouérceur » que M. Duplessis aurait eu un ministre de l'Éducation.

 ministre de l'éducation sous Duplessis
Il est pourtant connu que ce n'est que le 13 mai 1964 — en adoptant le projet de loi 60 — que l'Assemblée législative (devenue l'Assemblée nationale du Québec) décréta la création du ministère de l'Éducation ! Rappelons que Maurice Duplessis est mort le 7 septembre 1959...

jeudi 10 septembre 2009

Italie — Un cours de religion, pas un enseignement générique de culture religieuse ou d’éthique

Vendredi 10 septembre, ROME, AMBAFRANCE — « Le Vatican veut l’heure de religion catholique dans les écoles » (Giacomo Galeazzi dans La Stampa) : « Face à une société de plus en plus globalisée et multiethnique, le Saint-Siège, souhaitant éviter la confusion, pose ses conditions : l’heure de religion « ne peut être transformée en un enseignement générique de culture religieuse ou d’éthique » et doit « garder son caractère confessionnel, avec le même statut que les autres disciplines ».

Mme Gelmini, ministre de l’instruction, qualifie la position du Vatican de « tout à fait digne d’être partagée : pendant l’heure de religion, on enseigne la religion catholique ».

Derrière ces déclarations, c’est aussi la décision récente du tribunal administratif du Latium relativisant la portée des cours de religion dont le Vatican cherche à contrecarrer les effets.

Voir l'article en italien

Contre la réforme pédagogique

Recension de Louis O'Neill de l'ouvrage collectif « Contre la réforme pédagogique » publié aux éditions VB en 2008.
On peut être tenté de s’engager dans le débat portant sur le cours Éthique et culture religieuse en concentrant son attention sur des aspects proches de ce qui est formellement religieux ou éthique, par exemple le fait que le caractère obligatoire du cours porte atteinte à la liberté de conscience et à la liberté de choix. Mais le collectif Contre la réforme pédagogique nous fait réaliser que le cours ECR ne représente qu’un volet d’une opération beaucoup plus vaste qui vise à supplanter l’héritage humaniste occidental pour le remplacer par une construction idéologique postmoderne dont l’objectif premier est de former des individus dépossédés de leurs racines historiques, culturelles et religieuses pour en faire des citoyens adaptés à une société inventée de toutes pièces, pur produit du socioconstructivisme.

Les auteurs de cette remise en question de la réforme ne sont pas des derniers venus. Parmi eux on trouve Normand Baillargeon, Eric Bédard, Gérald Boutin, Robert Comeau, Jean-Claude Corbeil, Charles-Philippe Courtois, Magali Favre, Josiane Lavallée, Régine Pierre, Christian Rioux etc. S’ajoutent les membres du Collectif pour une éducation de qualité qui ont rédigé le mémoire intitulé Transmettre adéquatement un patrimoine culturel et historique, présenté dans le cadre des audiences de la Commission Bouchard-Taylor et reproduit dans le collectif. A noter les noms de Jacques Dufresne. Marc Chevrier et Emile Robichaud. A noter aussi l’avertissement inscrit en conclusion du dit mémoire : « Ne sacrifions pas, encore un fois, la jeunesse à quelque dieu du temple pédagogique. Il en va de l’avenir même de notre collectivité nationale ».

Dans certains pays, dont la Belgique et la Suisse, on avait commencé à bricoler un fourbi pédagogique apparenté à celui qu’on est en train d’implanter au Québec. Mais il appert que là-bas le bon sens et l’instinct de survie ont repris le dessus. On a freiné le processus de démolition amorcé par le constructivisme radical. Ici, on semble pour le moment laisser aller les choses. La classe politique regarde béatement le train passer. Faut croire qu’on n’est pas encore assez proche du précipice. La nation québécoise aime-elle les risques à ce point ? Car le débat dépasse les seules questions pédagogiques : il concerne l’identité nationale, celle-là même que nos ancêtres ont voulu protéger quand ils ont réclamé et obtenu en 1867 la souveraineté en éducation. Mais ils n’auraient jamais pu imaginer que plus tard des esprits postmodernes tenteraient de saboter le système par l’intérieur en le vidant de sa substance à la fois philosophique, humaniste, religieuse et nationale.

Les penseurs de qualité qui ont entrepris le procès de la prétendue réforme en éducation sonnent le réveil. Ils nous rendent un grand service, car beaucoup de gens qui auraient dû veiller au grain s’étaient laisser endormir par les propos ronflants de sophistes filandreux. Il faut éviter que ne se répète ici l’épisode du cheval de Troie.

LOUIS O’NEILL
Contre la réforme pédagogique
Sous la direction de Robert Comeau
et Josiane Lavallée
VLB éditeur
Collection Partis pris actuels
2008 — 320 pages — 27,95 $

Libérez-vous des idées tronquées

Amusante la publicité pour le Devoir, ce journal du prêt-à-penser politiquement correct qui a jeté tout son poids derrière la privation de droits parentaux en éducation et l'imposition du cours d'éthique et de culture religieuse, voir son éditorial nommé Vain combat.



Le Devoir mentionne « une » étude (admirez la précision !) Heureusement, il n'y a pas tant d'études canadiennes où les élèves québécois se classent au premier rang.

De quelle étude s'agit-il ?

Il s'agit du rapport du Programme pancanadien d'évaluation (PPCE), publié le 24 avril 2008 par le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada sous le titre Évaluation du PPCE-13 de 2007 où les élèves québécois de 13 ans sont parmi les meilleurs au Canada.

Mais il y a un hic.

Très faible taux de participation des Québécois

Alors qu'en Ontario 90 % des étudiants sondés ont pris part à l'enquête, seuls 64,7 % des jeunes Québécois francophones y ont participé. La moyenne canadienne (y compris les Québécois) est de 83,9 % de participants.

Au Québec, quelque 27,4 % des parents d'élèves francophones ont refusé que leur progéniture participe aux examens. Ce taux de refus n'est que de 19 % chez les anglophones québécois.

L'étude ne précise pas quel impact ce faible taux de participation a pu avoir sur les résultats obtenus.

Nous avons contacté le Conseil des ministres de l'Éducation. Il nous a déclaré que les refus de participation étaient, selon lui, aléatoires dans les écoles. Mais lorsque nous avons demandé si on avait des détails précis sur des indices socio-démographiques des élèves participants (leur langue maternelle par exemple) pour savoir si l'échantillon québécois reflétait bien la population québécoise, le Conseil nous a répondu que ces détails ne seront disponibles que dans un rapport ultérieur. Lequel, à notre connaissance, n'est toujours pas publié.

Et les autres études...?

Malheureusement, les résultats du Québec sont nettement moins reluisants dans d'autres études qui ne souffrent pas d'une abstention aussi visible. C'est le cas du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) est une initiative de l’Association internationale pour l’évaluation des acquis scolaires (IEA). Il évalue les habiletés des filles et des garçons de neuf ou dix ans (élèves de 4e année) par rapport à la lecture de textes littéraires et informatifs authentiques. Le PIRLS a été administré pour la première fois en 2001.

Les résultats de l’enquête internationale PIRLS 2006 portant sur les aptitudes en lecture des enfants de 9/10 ans ont été rendu publics en novembre 2007. En 2001, le Québec s'était classé sixième. En 2006, il glissait à la seizième place.

Les décrocheurs pas testés dans les épreuves PISA

Dans les tests internationaux de l'OCDE, le Québec se hisse à la 4e place parmi les provinces canadiennes pour ce qui est de la science et la lecture, mais 1re pour les mathématiques (et 5e à ce titre au niveau mondial).

Mais là encore, il y a un hic. Si le PISA évalue les enfants du public et du privé, il ne teste pas les décrocheurs, très nombreux au Québec. Ils ne testent pas ceux qui n'y sont pas et qui sont les plus susceptibles de faire baisser la moyenne de performance. Imaginez le bond en avant qu'une moyenne peut faire si l'on retranche toutes les notes les plus basses.

Rentabilité de l'éducation par pays

On dit que l'éducation est un investissement. Mais dans quel pays cet investissement est-il le plus rentable ?

Voici le rendement de l’investissement dans l’éducation en comparant les coûts de l’éducation et le manque à gagner au cours des études, et les perspectives d’un futur salaire plus élevé grâce à l’obtention d’un diplôme de niveau supérieur.





L’édition 2009 de Regards sur l’éducation calcule le rendement de l’investissement dans l’éducation en comparant les coûts de l’éducation et le manque à gagner au cours des études, et les perspectives d’un futur salaire plus élevé grâce à l’obtention d’un diplôme de niveau supérieur.

Ces calculs ont permis de formuler les observations suivantes :

  • Un homme diplômé de l’enseignement supérieur peut prétendre à un avantage salarial cumulé tout au long de sa vie supérieur à 186 000 $ américains brut en moyenne dans les pays de l’OCDE, par rapport  à un diplômé de l’enseignement secondaire.
  • Ce chiffre est moins élevé pour les femmes, ce qui reflète les écarts de revenus constatés entre les hommes et les femmes dans la plupart des pays. Il s’élève tout de même en moyenne à un peu plus de 134 000 $ américains.
  • C’est aux États-Unis que l’avantage salarial est le plus élevé [pour l'instant...]. Un homme diplômé de l’enseignement supérieur peut en effet gagner, pendant la durée totale de sa carrière, plus de 367 000 $ américains de plus qu’un diplômé de l’enseignement secondaire. Cet avantage atteint 229 000 $ américains pour les femmes.
  • La deuxième position est occupée par l’Italie pour ce qui est des hommes, avec un avantage cumulé sur toute la durée de la carrière supérieur à 322 000 $ américains, et par le Portugal pour ce qui est les femmes, avec un avantage moyen de près de 220 000 $ américains.

Source : OCDE, Investir dans l’éducation : un moyen pour lutter contre la récession et accroître les futurs revenus, graphiques via Antagoniste.

ECR : « le récent jugement est contestable »


Article paru dans L'Express de Drummondville de cette semaine.

« [...]

Appelée à donner ses réactions à la suite du jugement rendu en Cour supérieure rejetant la requête des parents dans le dossier du cours d'éthique et de culture religieuse, Françoise Lavallée, l'une des plus farouches opposantes au caractère obligatoire de ce programme, affirme que ce jugement est contestable.

Cela ne veut pas dire que Mme Lavallée, mère de Suzanne, l'un des parents ayant livré bataille au plan juridique, ainsi que ceux et celles qui sont en désaccord avec ce jugement vont assurément le contester à un plus haut niveau, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on y pense sérieusement.

« Ce jugement déboute, en première instance, les parents qui demandaient à pouvoir avoir leur mot à dire sur la formation morale et religieuse de leurs enfants. Il est bien évident que je suis fort déçue et consternée de cette décision qui leur impose le cours d’éthique et de culture religieuse », a d'abord exprimé Mme Lavallée qui trouve "fort peu motivée et mal avisée" cette décision.

Selon Françoise Lavallée, l'une des instigatrices de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ), les parents avaient invoqué dans leur requête plusieurs motifs pour demander l’exemption de leurs enfants.

« Pour faire bref, ils s’opposaient au relativisme et au pluralisme du cours qui présente et traite toutes les religions sur un pied d’égalité, toutes aussi légitimes les unes que les autres, et ce, dès le plus jeune âge. Les parents s’opposaient également au fait que l’enseignement et les discussions en éthique puissent s’opposer à la morale catholique », rappelle Mme Lavallée en précisant que quatre témoins experts sont venus étayer leurs craintes devant le tribunal.

Or, déplore cette femme de caractère, le jugement passe sous silence ces témoignages en faveur des requérants, et ce, sans expliquer pourquoi, ce qui est étonnant à son dire.

« Ce jugement stipule simplement que la croyance sincère de la mère à l'effet que ce cours peut nuire à ses enfants n’est pas suffisante, et ce, sans plus d’explication. Il balaie les expertises qui démontrent bien que cette croyance n’est pas frivole », expose Françoise Lavallée.

Celle-ci ne cache pas qu'elle a été surprise de l’importance accordée par le Tribunal au seul témoignage du théologien Gilles Routhier.

« Pourtant au procès, il n’avait pas impressionné l’assistance par son insistance erronée sur le rôle de la Congrégation pour l’éducation catholique. Quant à l’interprétation de la doctrine catholique telle que présentée par M. Routhier, seule retenue par le juge Dubois, le théologien Guy Durand a déclaré qu’elle "frise la malhonnêteté" », soumet-elle.

Mme Lavallée en veut pour preuve le document publié en mai 2009 par le cardinal Zénon Grocholewski, président de la Congrégation pour l’éducation catholique et refusé par le juge Dubois, qui, plaide-t-elle, rappelle longuement l’enseignement de Rome : responsabilité première des parents sur l’éducation de leurs enfants, avec droit à une aide complémentaire de l’école; préférence pour l’école catholique, qui permet « d’éviter des tensions et des fractures dans le projet éducatif »; sans oublier le droit des parents dans l’école non confessionnelle à un enseignement religieux conforme à leur convictions.

Françoise Lavallée fait valoir que l’ancien ministre, Louis O’neill, également théologien, est venu témoigner dans le même sens.

« Si l’Église reconnaît l’importance de la connaissance des religions, rien ne permet de conclure, au contraire, que cela devrait se faire dès la prime enfance et encore moins dans la perspective du programme ECR. D’ailleurs, même Gilles Routhier, partisan de l’imposition du cours ECR, reconnaît dans une entrevue donnée le 1er septembre et rapportée par le Western Catholic Reporter qu’il y a débat quant à savoir si le contenu du cours ECR est relativiste" », rajoute cette grand-maman de Drummondville.

Jugement contestable

« Je considère que ce jugement est contestable parce qu'il ne justifie pas son rejet de la croyance sincère des parents appuyés par des experts, parce qu'il s’appuie sur une interprétation fautive de la doctrine catholique et parce qu'il oublie que, même dans le cas où il y aurait débat quant à savoir si le cours est relativiste, le respect des convictions des parents et la prudence demandent de pencher pour l’exemption. On exempte pour motif religieux au cours de musique, de gymnastique, d’art plastique à la simple demande des parents, sans faire d’inquisition et imposer un passage par le tribunal. Dans ce cas-ci, des parents catholiques demandent une exemption pour motif religieux et elle est fermement rejetée d’une manière peu convaincante. Pourquoi cette différence ? », questionne Françoise Lavallée après avoir livré ce résumé de sa pensée.

Pour cette dernière, il est clair que les experts ne peuvent pas trancher à la place des parents pour dire c’est cela que vous devriez croire en votre âme et conscience.

« Le juge ne s’est pas penché sur toute la preuve si on veut faire croire que ce jugement clôt le débat sur le cours ; il n’a, par exemple, permis la production comme preuve que d’un seul manuel du primaire, pas l’ensemble des manuels et surtout des cahiers et activités en classe. Et que fait-on de notre liberté de choix et de conscience ? La démocratie est totalement bafouée comme si elle était inexistante. C’est aberrant », conclut Françoise Lavallée, qui ne semble pas avoir dit son dernier mot dans ce débat.

»

État nounou — Lutte au décrochage dès la garderie, dès la naissance...

« À la maison, je m'ennuie ! À la garderie, je suis content ! »
Affiche soviétique des années 30
La ministre du Monopole de l'Éducation, Mme Courchesne, a déclaré que, dans le but de lutter contre le décrochage scolaire, elle demanderait un suivi plus serré des enfants dès la garderie... Plus de Monopole, plus tôt.

M. Ménard, le financier qui a pris à cœur la lutte contre le décrochage scolaire, a souligné le fait que le plan d’action de la Ministre interpelle les intervenants tout au long du continuum de vie de l’enfant. « Le décrochage, ça se prépare parfois dès la naissance de l’enfant ou encore au cours de la petite enfance, avant même son entrée à l’école. Les actions annoncées à ce stade de vie des enfants sont cruciales et devront recevoir toute l’attention qu’elles méritent, a précisé M. Ménard. Dès la naissance ? Quelle sera la prochaine étape ? Enlever ces enfants à la naissance à leur famille indigente et les faire adopter par des couples modèles désignés par l'État nounou ? Les laisser dans leurs familles défavorisées n'est-ce pas les condamner à un risque scolaire inacceptable ?

Présent à la conférence de presse, le ministre de la Famille, Tony Tomassi, en a profité pour annoncer l'ajout de 15 000 places en garderie para-gouvernementale. Toujours rien pour les familles qui éduquent les enfants à la maison pendant la journée. Peut-être sont-elles mêmes suspectes ?

Et ce gouvernement ne serait ni de gauche, ni étatiste !

Voir aussi Étude de 6 ans sur 35 000 enfants : la maternelle publique et gratuite est sans effet sur les résultats au primaire.