vendredi 19 janvier 2024

Les faits migratoires sont têtus (Justin « La Science » contre les chiffres, les faits et le réel)

Texte de Hélène Buzzetti paru dans Le Droit.

Vous souvenez-vous de la campagne électorale de 2015? Justin Trudeau (ci-contre) promettait qu’une fois élu, contrairement au premier ministre sortant Stephen Harper, il baserait ses décisions sur la science et sur les faits. Huit ans plus tard, force est de constater que lui et ses libéraux font dans le dossier de l’immigration ce qu’ils reprochaient aux conservateurs de faire dans celui des changements climatiques: ils décident en fonction de leur idéologie. Les répercussions néfastes de leur approche se font maintenant sentir partout.

L’étude publiée cette semaine par la Banque Nationale est assassine. «Le Canada est pris dans un piège démographique», concluent les deux auteurs, une situation qu’on associe d’habitude aux pays en voie de développement. La croissance démographique est si «extrême» qu’elle n’est plus arrimée à la capacité d’absorption de l’économie. Résultat: notre richesse par habitant diminue.

Ce rapport ne devrait pas nous étonner. Cela fait quelques années déjà que des économistes sonnent l’alarme à propos des ambitions démographiques de Justin Trudeau. Jusqu’à récemment, on les écoutait à peine, même s’ils donnaient raison à ces Québécois qui, pour des raisons d’abord identitaires, prônaient un ralentissement de la cadence. On disait de ces derniers qu’ils étaient, au mieux, des nationalistes d’arrière-garde, au pire, de dangereux xénophobes. À la faveur d’une crise du logement qui frappe partout au Canada, le ton du débat a changé du tout au tout.

Même dans les officines à Ottawa, on voyait venir la crise. Comme on l’a appris la semaine dernière, des fonctionnaires ont averti leurs patrons dès 2022 qu’il y avait un désarrimage entre le nombre de nouveaux arrivants et la construction de logements. «Les hausses rapides exercent de la pression sur le réseau de la santé et le logement abordable», ont-ils écrit.

Qu’a fait le gouvernement Trudeau? Il a ignoré cet avis, choisissant de hausser les seuils d’immigration encore deux ans. Ce n’est que lorsqu’ils atteindront 500 000, en 2025, qu’on les plafonnera. Quant aux travailleurs temporaires et étudiants étrangers, il n’y a aucun plan à date pour en réduire le nombre. Pourtant, celui-ci a explosé au cours des dernières années au point que ces deux catégories comptent pour environ la moitié de toutes les arrivées.

Vrai, Justin Trudeau a évoqué mardi une réforme à ce niveau. «Ce sont ces groupes-là qu’il va falloir remettre un petit peu sous contrôle», a-t-il dit. Si les propositions concrètes tardent, c’est qu’Ottawa sait qu’il fera face à beaucoup d’opposition: des entreprises, qui comptent sur les travailleurs temporaires pour pallier à la pénurie de main-d’œuvre, mais aussi des universités et des provinces qui les (sous-)financent.

Les universités se financent désormais avec les étudiants étrangers à qui elles imposent des frais faramineux. En 2022, la vérificatrice générale de l’Ontario avait constaté qu’ils versent 45% de tous les frais de scolarité payés dans la province bien qu’ils ne représentent que 17% des cohortes. Il s’est développé au Canada une industrie des visas étudiants, devenus une voie alternative d’immigration. Les universités ont agi ainsi pour compenser l’insuffisance des subventions gouvernementales. Pas étonnant que les provinces n’aient pas envie de faire le ménage! L’été dernier, Québec avait protesté quand Ottawa avait évoqué la première fois un plafonnement. Le Bloc québécois reprend cette position, affirmant que «le fédéral se trompe carrément de cible».

Des impacts partout

L’impact de cette immigration de plus en plus débridée se fait sentir à plusieurs niveaux.

— En logement. Pour résumer le torrent de chiffres, retenons ceux-ci: au cours des deux dernières années, la population canadienne a augmenté de 2 millions de personnes, mais il ne s’est construit que 500 000 logements. Au Québec seulement, il s’est ajouté 345 000 personnes, mais 96 000 logements. Comme le souligne l’étude de la Banque Nationale, on a historiquement construit au Canada un logement pour chaque 1,8 personne additionnelle. Ce ratio est maintenant de 1 pour 4,2 et ce, dans un contexte où on vit davantage en solo. Ce n’est pas demain la veille que le coût des loyers va diminuer…

— En éducation. Depuis juin 2022, il s’est ouvert pas moins de 450 nouvelles classes de francisation au Québec. (Il y en avait 704, nous dit-on en coulisses, et François Legault soutient dans sa lettre qu’il y en a maintenant 1150.) En calculant environ 20 classes par école, c’est l’équivalent d’ouvrir une vingtaine d’écoles en un an et demi!

Nous sortons à peine d’un important conflit de travail. Les enseignants les plus remontés étaient ceux de la FAE, qui ont mené une grève générale illimitée. Au coeur de leurs revendications: la composition de la classe. La FAE représente tous les centres scolaires francophones de Montréal et Laval où se concentrent les nouveaux arrivants. On est en droit de penser que cet afflux massif de nouveaux élèves ayant des besoins légitimes d’adaptation explique en partie l’alourdissement de la tâche enseignante. D’ailleurs, un des «gains» obtenus est l’ajout de ressources supplémentaires, ou une prime de 8000$, quand un certain ratio d’élèves en francisation ou avec un plan d’intervention est dépassé.

— En aide sociale. En 2022 et 2023, le nombre de prestataires d’aide sociale a augmenté au Québec pour une première fois en plus de 10 ans. Québec estime que 16% des prestataires sont maintenant des demandeurs d’asile, à qui Ottawa tarde à délivrer un permis de travail. Malgré la fermeture du chemin Roxham en mars, le nombre de demandeurs n’a pas fléchi. Les gens arrivent maintenant par l’aéroport. Le principal pays source? Le Mexique. Le gouvernement Trudeau avait aboli le visa pour les Mexicains, et ce, malgré l’avis contraire de ses fonctionnaires.

Les coûts pour accueillir ces demandeurs ont augmenté à l’avenant et voilà que Québec est en guerre avec Ottawa pour se faire rembourser 470 millions. Toronto n’est pas en reste. La mairesse Olivia Chow, veuve de Jack Layton et néodémocrate assumée, réclame pour sa ville 250 millions à défaut de quoi elle menace d’ajouter «une ponction pour impact fédéral» de 6% sur le compte de taxes de ses citoyens. Comme les taxes foncières augmenteront déjà de 10,5% cette année, on comprend que les députés libéraux fédéraux de Toronto tremblent à l’idée de devenir la cible du mécontentement.

[— En énergie. Le Québec a connu une croissance record avec une augmentation de 2,3% de sa population en une seule année. Ces nouveaux habitants doivent être chauffés, pourvus en électricité. Cela met à mal le réseau d'Hydro-Québec dont les surplus énergétique ont fondu. Le bloc patrimonial d'énergie (vendu à un tarif avantageux) doit être partagé avec d'avantages de consommateurs. Hydro Québec devra donc fournir plus d'énergie plus cher, achetée à d'autres producteurs ou issue de nouvelles installations plus onéreuses que les vieux barrages. Hydro-Québec a la plus petite marge de manœuvre de tous les producteurs d’électricité en Amérique pour cet hiver, selon un rapport. Il faut donc s'attendre à ce que nous payons tous plus cher notre énergie « grâce » à cet accroissement rapide de la population immigrée, légale ou illégale.]

[
— En santé. Une forte augmentation de gens, augmente d'autant les besoins en santé. C'est ainsi que l'Association des hôpitaux de l'Ontario met en garde contre les "pics démographiques" qui ajoutent à la "pression soutenue" ressentie par les salles d'urgence de la province. Dans un communiqué publié mercredi, le groupe a déclaré que l'augmentation rapide de la population de l'Ontario est liée à des temps d'attente croissants et à des niveaux élevés d'occupation des hôpitaux dans le cadre de la circulation de maladies respiratoires endémiques.]

[— En industrie et en science. Le détournement des capitaux canadiens vers le secteur du logement et des autres  infrastructures d'accueil mène à moins d'investissements dans l'automatisation, dans la recherche et développement et, à terme, à une moindre productivité du Canada. Ce qui expliquerait le retard pris par le Canada par rapport aux États-Unis et au recul de son PIB réel par habitant.


]

Des discours qui évoluent

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a pris acte du changement de climat. Il promet d’arrimer les seuils d’immigration au nombre de logements construits l’année précédente. C’est un changement de ton de sa part. Pendant la chefferie de 2022, il s’était dit en accord avec les seuils libéraux. En décembre dernier, quand il a diffusé son «documentaire» de 16 minutes sur le logement, il n’avait pas mentionné une seule fois l’immigration.

Ceci dit, son plan est loin d’être clair. On ignore si cet arrimage concernerait seulement l’immigration permanente ou l’immigration temporaire aussi. Comme toujours, son équipe a refusé de fournir des détails. S’il parle des deux catégories, alors il envisage une réduction drastique d’environ les deux tiers.

Un des économistes de la Banque Nationale a proposé de confier l’établissement des seuils d’immigration à un comité de sages. Cela n’a pas raison d’être. La fonction publique est justement là pour fournir aux politiciens les faits sur lesquels se baser. Il n’en tient qu’aux élus de les écouter. Mais quand on sait que le Parti libéral du Canada récolte ses meilleurs scores électoraux auprès des électeurs immigrants, on comprend que c’est sur un autre type de faits que Justin Trudeau se base.

Voir aussi

L'impuissance  de François Legault qui quémande, qui supplie Trudeau (vidéo, Mathieu Bock-Côté)

Banque Nationale : « Le Canada est pris dans un piège démographique »

Immigration : Trudeau a mis le Canada et le Québec dans le pétrin

67 % des Canadiens considèrent que les cibles d’immigration sont trop élevées (novembre 2023) 

Marc Miller (ministre de l'Immigration) avec Justin Trudeau en 1990 à 0:55 (ils sont copains depuis Brébeuf) dans cette vidéo

Population chinoise chute pour la 2e année consécutive, avec un taux de natalité historiquement bas

Résumé

  • La population de la Chine a diminué de 0,15 % en glissement annuel en 2023
  • Le taux de natalité est au plus bas, le taux de mortalité au plus haut depuis 1974
  • Le nombre total de nouvelles naissances diminue de 5,7 % pour atteindre 9,02 millions
  • Le nombre total de décès augmente de 6,6 % à 11,1 millions

La population chinoise a baissé pour la deuxième année consécutive en 2023, en raison d’un taux de natalité historiquement bas et d’une vague de décès dus au COVID-19 lors de la levée des mesures de confinement strictes, ce qui a accéléré un ralentissement qui aura des effets profonds à long terme sur le potentiel de croissance de l’économie.

Le Bureau national des statistiques a déclaré que le nombre total d’habitants en Chine avait diminué de 2,08 millions, soit 0,15 %, pour atteindre 1,409 milliard en 2023.

Ce chiffre est bien supérieur à la baisse de 850 000 habitants enregistrée en 2022, laquelle était la première depuis 1961, lors de la Grande Famine de l’ère Mao Tsé-Toung (Zedong).

Au début de l’année dernière, la Chine a connu une flambée spectaculaire du COVID à l’échelle nationale, après trois années de dépistage rigoureux et de mesures de quarantaine qui ont permis de contenir le virus jusqu’à ce que les autorités lèvent brusquement les restrictions en décembre 2022.

L’année dernière, le nombre total de décès a augmenté de 6,6 % pour atteindre 11,1 millions, le taux de mortalité atteignant son niveau le plus élevé depuis 1974, pendant la révolution culturelle.

Les nouvelles naissances ont chuté de 5,7 % pour atteindre 9,02 millions et le taux de natalité a atteint un nadir de 6,39 naissances pour 1 000 habitants, alors qu’il était encore de 6,77 naissances en 2022.

Les naissances dans le pays sont en chute libre depuis des décennies en raison de la politique de l’enfant unique mise en œuvre de 1980 à 2015 et de l’urbanisation rapide au cours de cette période. À l’instar des essors économiques antérieurs du Japon et de la Corée du Sud, d’importantes populations ont quitté les fermes rurales chinoises pour s’installer dans les villes, où il est plus coûteux d’avoir des enfants. Ainsi, le taux de natalité du Japon était de 6,3 pour 1 000 habitants en 2022, tandis que celui de la Corée du Sud était de 4,9.

« Comme nous l’avons observé à maintes reprises dans d’autres pays à faible taux de fécondité, il est souvent très difficile d’inverser la tendance à la baisse de la fécondité », a déclaré à Reuters Zhou Yun, démographe à l’université du Michigan.

Le chômage des jeunes a atteint un niveau record, les salaires de nombreux cols blancs ont baissé et la crise du secteur immobilier, où sont stockés plus des deux tiers des richesses des ménages, s’est intensifiée, ce qui a encore entamé l’envie de faire des enfants en Chine en 2023.
 
Ces nouvelles données renforcent les inquiétudes selon lesquelles les perspectives de croissance de la deuxième économie mondiale s’amenuisent en raison de la diminution du nombre de travailleurs et de consommateurs, tandis que l’augmentation des coûts des soins aux personnes âgées et des prestations de retraite pèse de plus en plus sur les gouvernements locaux endettés.

L’année dernière, l’Inde a dépassé la Chine comme pays le plus peuplé du monde, selon les estimations des Nations unies, ce qui a alimenté le débat sur les mérites de la délocalisation de certaines chaînes d’approvisionnement basées en Chine vers d’autres marchés, en particulier à mesure que les tensions géopolitiques augmentent entre Pékin et Washington.

À long terme, les experts de l’ONU prévoient que la population chinoise diminuera de 109 millions d’ici à 2050, soit plus du triple de la baisse prévue dans leurs précédentes prévisions en 2019.
 
La population chinoise âgée de 60 ans et plus a atteint 296,97 millions en 2023, soit environ 21,1 % de la population totale, contre 280,04 millions en 2022.


Problèmes de pension

Le taux chinois de 7,87 décès pour 1 000 habitants en 2023 était plus élevé que le taux de 7,37 décès en 2022.

La population du pays en âge de prendre sa retraite, c’est-à-dire âgée de 60 ans et plus, devrait passer de 280 millions de personnes actuellement à plus de 400 millions d’ici 2035, soit plus que l’ensemble de la population des États-Unis.

L’Académie chinoise des sciences, organisme public, estime que le système de retraite sera à court d’argent d’ici à 2035.

Zhu Guoping, un agriculteur de 57 ans de la province du Gansou (Gansu), dans le nord-ouest du pays, a déclaré que son revenu annuel d’environ 20 000 yuans (3 783,98 dollars canadiens, 2576 euros) ne laissait à sa famille que de maigres économies.

Il recevra une pension mensuelle de 160 yuans lorsqu’il aura 60 ans, soit l’équivalent de 30,2 $ canadiens ou 20,6 euros.

« L’argent n’est vraiment pas suffisant », a déclaré M. Zhu. « Peut-être que nos enfants [au pluriel ?] pourront nous apporter un peu de soutien à l’avenir. »

Moins de bébés

Les frais élevés de garde d’enfants et d’éducation dissuadent de nombreux couples chinois d’avoir des enfants, tandis que l’incertitude du marché de l’emploi décourage les femmes d’interrompre leur carrière.

Selon des démographes, la discrimination fondée sur le sexe et les attentes traditionnelles selon lesquelles les femmes assument le rôle de gardienne de la famille exacerbent le problème.

Le président Xi Jinping a déclaré l’année dernière que les femmes devraient raconter « de bonnes histoires de traditions familiales », ajoutant qu’il était nécessaire de « cultiver activement une nouvelle culture du mariage et de la procréation », qu’il a liée au développement national.

Les gouvernements locaux ont annoncé diverses mesures visant à encourager les naissances, notamment des déductions fiscales, des congés de maternité plus longs et des subventions au logement.

Mais nombre de ces politiques n’ont pas été mises en œuvre en raison de l’insuffisance des fonds et du manque de motivation des gouvernements locaux, a déclaré un institut politique de Pékin, qui préconise plutôt la mise en place d’un système unifié de subventions familiales à l’échelle du pays.

Wang Weidong, 36 ans, qui réside à Pékin et travaille dans une société Internet, a déclaré que sa femme et lui hésitaient à avoir un deuxième enfant.

« Les gens n’auront pas d’enfant à cause de ces incitations. Les incitations sont secondaires, elles ne sont pas à l’origine du problème. Je pense donc qu’il est plus difficile d’inverser cette tendance », a déclaré M. Wang.

Source : Reuters


jeudi 18 janvier 2024

École privée : sortir de l’hypocrisie

Anne Coffinier, présidente de Créer son école, évoque dans une tribune du Point l’urgence de « relever l’école publique » et l’hypocrisie quant au choix de l’enseignement privé.

 

À peine arrivée à son poste, la toute nouvelle ministre Amélie Oudéa-Castéra se voit reprocher de scolariser ses fils à l'école Stanislas, célèbre établissement privé du 6e arrondissement de Paris. Il faut dire que la ministre n'y est pas allée de main morte dans la justification de ses choix. L'identité de l'établissement (qui vient de faire l'objet d'un rapport de l'inspection après un article assassin de Mediapart) est tout sauf anodine.

Les débuts de Pap Ndiaye avaient été perturbés par le même « problème ». Il s'agissait dans son cas de l'école Alsacienne, cette institution d'élite qui forma… Gabriel Attal. Quant à Jean-Michel Blanquer, ancien de « Stan », n'avait-il pas lui aussi confié sa progéniture à un établissement privé, comme presque tous ses prédécesseurs ?

École publique : « quintessence de l'attachement à la République »

Pourquoi s'en offusquer et persister à voir là une trahison du peuple par les élites politiques ? Tout simplement parce qu'on fait en France de l'attachement à l'école publique la quintessence de l'attachement à la République. On se laisse même aller à faire un signe « égal » entre public et « école de la République », ce qui revient à exclure de la République les familles qui font le choix du privé. Comme l'Église tolère les « homos honteux », la République tolère les hommes et femmes politiques qui préfèrent l'école privée, pourvu qu'ils le cachent. Pas question pour eux d'assumer et de faire leur coming out scolaire : moins ils pratiquent l'école dite républicaine et plus ils doivent donner des gages de leur attachement à l'école publique.

Cette schizophrénie bien française conduit ceux des hommes politiques qui choisissent le privé pour leurs enfants à toujours plus d'efforts pour en freiner l'essor et en interdire l'accès aux classes populaires. Espérons que la nouvelle ministre ne tombera précisément pas dans le piège de pourfendre l'école privée pour mieux prouver sa foi inconditionnelle en l'école publique, après la polémique qui a accompagné sa prise de poste.

« En finir avec l'hypocrisie »

Nous tenons en réalité aujourd'hui l'occasion d'en finir avec l'hypocrisie. Il est évident qu'une large majorité des parents confieraient leurs enfants à l'école privée s'ils en avaient les moyens. Parce que la discipline y est meilleure, les professeurs moins absents, les parents plus investis parce qu'ils payent… les fréquentations choisies, les enfants fauteurs de troubles exclus de l'établissement le cas échéant, et les élèves pas assez brillants impitoyablement exclus des écoles dites d'élite.

Autrement dit, si les parents préfèrent le privé aujourd'hui, c'est parce que l'exigence et l'ambition qu'on y trouve sont annonciatrices de la dureté du monde professionnel à laquelle devrait précisément préparer l'école. Les élites cherchent aussi à doter leurs enfants d'un utile réseau social. Le plus jeune ministre de la Ve République n'a-t-il pas fait « l'Alsa » comme les enfants de Pap Ndiaye ? Si la droite opte plutôt pour Stanislas, Saint-Jean de Passy ou Franklin, les partisans d'Emmanuel Macron préfèrent en effet l'école Alsacienne ou Jeannine-Manuel. Dans tous les cas, c'est le privé qui gagne et qui fait gagner. A fortiori à l'heure où l'école publique a décroché. L'humiliation de la France dans les tests Pisa en apporte la preuve, année après année. Et le président de la République lui-même l'a reconnu dans son discours du 25 août 2022 devant les recteurs : « l'école de la République n'est plus à la hauteur ».


L'urgence de relever l'école publique

Le véritable scandale n'est donc pas qu'une ministre, fût-elle chargée de l'Éducation, scolarise ses enfants dans le privé. C'est plutôt que l'on abandonne les pauvres, les immigrés que l'on prétend « intégrer » et les non-initiés à une école publique dont le président lui-même constate qu'elle ne fonctionne plus. Relever l'école publique doit être l'urgence des urgences. Pas seulement en principe, mais en fait. En attendant les effets d'une politique qui serait enfin courageuse en la matière, la scolarisation dans des écoles non publiques est plus que légitime et doit même être encouragée. Elle devrait être financée par l'État tant qu'il n'est pas capable de fournir à la population une école publique digne de ce nom. Et partout où les évaluations repèrent une défaillance de l'école publique, les parents devraient pouvoir avoir le choix d'une alternative financée par l'État.

Qu'est-ce sinon que « l'égalité des chances » ? À quoi bon avoir constitutionnalisé le droit pour chaque enfant à l'égal accès à l'instruction ? Ce n'est pas parce que le même article 13 du préambule de la Constitution de 1946 déclare que « l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïc à tous les degrés est un devoir de l'État », qu'il est justifié de vilipender et de culpabiliser les parents choisissant une école privée. L'heure est décidément venue de financer le libre choix de l'école par les parents, pour qu'il cesse d'être le privilège des nantis et des initiés. Afin qu'il ne reproduise pas les inégalités sociales, on prendra soin de créer des structures gratuites aidant les parents à choisir au mieux de l'intérêt de leurs enfants.

Condorcet l'avait brillamment exposé en son temps : l'école publique a besoin d'être stimulée par une autre école, si l'on ne veut pas qu'elle se sclérose. La prophétie s'est, hélas, réalisée. À force de fausser la concurrence entre l'école publique et l'école privée, rendue artificiellement payante et en accès limité faute de places disponibles, l'école publique a été privée de cette nécessaire stimulation qui aurait pu la pousser à l'excellence. Preuve en est que, dans l'ouest de la France, où presque la moitié des enfants sont scolarisés à l'école privée, le niveau général du public est plus élevé, car il est contraint à se dépasser pour garder ses élèves.

Alors, si 2024 était la sortie de l'hypocrisie ? Si cette nouvelle année était placée sous le signe du respect de la liberté du choix de l'école par les familles ? On commencerait l'année en faisant faire un considérable bond en avant à l'égalité des chances.


Anne Coffinier, présidente de Créer son école.

Voir aussi

Condorcet (mort le 29 mars 1794) : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

Condorcet : « Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. »

mercredi 17 janvier 2024

L'euthanasie a représenté 4,1 % de tous les décès au Canada et 6,6 % au Québec

En 2022, 13 241 cas d'aide médicale à mourir ont été déclarés au Canada, ce qui représente 4,1 % de tous les décès dans le pays. 

Nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir au Canada, 2016 à 2022
 
Ce diagramme à barres ci-dessus indique le nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir déclarés pour chaque année, de 2016 à 2022.
Année      Décès attribuables
à l'euthanasie
2016     1 018
2017     2 838
2018     4 493
2019     5 665
2020     7 611
2021     10 092
2022     13 241

Les plus fortes augmentations d'une année à l'autre ont été enregistrées au Québec (45,5 %), en Alberta (40,7 %), à Terre-Neuve-et-Labrador (38,5 %), en Ontario (26,8 %) et en Colombie-Britannique (23,9 %).  

Pourcentage du total des décès attribuables à l'euthanasie par administration, 2019 à 2022


Ce graphique linéaire illustre le pourcentage du nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir dans chaque province au cours des quatre dernières années (2019, 2020, 2021, 2022) par rapport au pourcentage général des décès attribuables à l'aide médicale à mourir au Canada en 2022.

 Administration 
  Pourcentage 
de décès
2019
     Pourcentage
de décès
2020
     Pourcentage
de décès
2021
     Pourcentage
de décès
2022
T.-N.-L. 0,4% 0,9% 1,2% 1,5%
Î.-P.-É. 1,4% 2,7% 3,0% 3,0%
N.-É. 1,5% 1,9% 2,5% 2,5%
N.-B. 1,8% 2,1% 2,7% 2,9%
Québec 2,4% 3,1% 4,7% 6,6%
Ont. 1,7% 2,1% 2,7% 3,2%
Man. 1,6% 1,8% 2,1% 1,8%
Sask. 1,0% 1,6% 2,3% 2,3%
Alb. 1,4% 1,9% 2,0% 2,6%
C.-B. 3,3% 3,8% 4,8% 5,5%
Canada S. O. S. O. S. O. 4,1%


Un système d'immigration qui appauvrit le pays ? Oui, les libéraux l'ont fait.

Un texte d’opinion de Tony Keller (ci-contre) publié hier dans le Globe and Mail.

Ce ne sont que des mathématiques. Et le résultat de l’équation est un nombre négatif.

Grâce à la politique du gouvernement Trudeau consistant à offrir un nombre virtuellement illimité de visas d’étudiant et de permis de travail temporaire à des étrangers, la population du Canada a augmenté à un rythme record l’année dernière — cinq fois et demie plus vite que la moyenne des pays développés. Une conséquence bien connue a été la pression à la hausse sur les coûts du logement, en particulier au bas de l’échelle, dans les logements locatifs. Une conséquence moins remarquée a été la baisse du produit intérieur brut par habitant.

Il a chuté pendant cinq trimestres consécutifs. Lorsque les chiffres du quatrième trimestre 2023 seront publiés, il est presque certain qu’il s’agira de six trimestres négatifs.

Ottawa a précipité le pays dans un piège appelé « piège démographique ». C’est la conclusion de l’économiste en chef de la Banque Nationale du Canada, Stéfane Marion. Le piège démographique est une situation malheureuse que connaissent les pays pauvres ayant un taux de natalité très élevé. Ce phénomène était inconnu dans les pays développés. C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui au Canada.

La croissance démographique du Canada par le biais de l’immigration a été si forte qu’elle a dépassé l’épargne du pays et sa capacité à investir dans de nouveaux biens d’équipement. En clair, le nombre de convives invités à dîner augmente plus vite que notre capacité à acheter les ingrédients et à les préparer. Il en résulte une diminution de la part du dîner distribué à Canadien, une baisse du PIB par habitant et une baisse du niveau de vie.

Ce n’est pas parce que l’immigration est, par nature, une mauvaise chose. Si elle est bien gérée, c’est une bonne chose. Et le Canada avait l’habitude de bien gérer l’immigration. Mais le gouvernement Trudeau s’est obstiné à gérer l’immigration de façon très, très mauvaise. Il élabore une politique pour un monde imaginaire où les communiqués de presse pieux priment, mais pas les performances économiques. Admirez les résultats.

Il est concevable de concevoir un modèle d’immigration dont le bilan serait largement positif. Mais ce n’est pas le cas du Canada aujourd’hui.

Au cours des quatre trimestres précédant l’automne 2023, le Canada a ajouté plus de 1,2 million de personnes. Au cours du dernier de ces trimestres, le pays a ajouté 430 000 personnes. Le boom démographique s’accélère, il ne ralentit pas. La plupart des nouveaux arrivants sont des travailleurs temporaires. Certains ont été recrutés à l’étranger, principalement pour des emplois mal rémunérés. D’autres arrivent dans le cadre de l’explosion du programme de visas pour étudiants, qui est devenu une voie vers la citoyenneté pour le prix d’une année ou deux de frais de scolarité, souvent dans des pseudo-écoles que même le ministre fédéral de l’immigration, Marc Miller, qualifie d’« usines à chiots ».

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trudeau a presque doublé le nombre de résidents permanents accueillis par le Canada, qui était d’environ un quart de million de personnes par an à la fin du gouvernement Harper. Mais ce n’est pas le chiffre le plus important. Il existe une filière d’immigration parallèle qui a pris beaucoup plus d’ampleur que le système traditionnel. À l’automne dernier, le Canada comptait plus de 2,5 millions de résidents temporaires, soit une augmentation de plus de 1 000 % depuis le début du siècle.

L’immigration canadienne a longtemps été un modèle pour le monde entier. Elle reposait sur la sélectivité du système de points. La plupart des immigrants étaient sélectionnés pour leur niveau d’éducation et de compétences supérieur à la moyenne ; l’objectif était d’accueillir des immigrants plus éduqués, qui gagneraient des salaires plus élevés que le Canadien moyen. Cela tendrait à augmenter le PIB par habitant. Tout le monde y gagnait.

À la place, on a mis en place un système destiné à faciliter l’arrivée, par le biais de visas temporaires, d’un nombre pratiquement illimité de travailleurs peu qualifiés, pour occuper des emplois mal rémunérés. Même aujourd’hui, alors que le chômage est en hausse.

Si c’est ce que veulent vraiment les libéraux, qu’ils le fassent. Mais les choix ont des conséquences. Un système d’immigration visant à attirer un grand nombre de travailleurs peu qualifiés, plutôt qu’un petit nombre d’immigrants très qualifiés, peut permettre d’obtenir facilement un repas Uber Eats à n’importe quelle heure de la journée. Mais il ne favorise pas une économie à forte productivité, à salaires élevés et à faibles inégalités. C’est tout le contraire qui se produit.

 Demander aux universités et aux établissements d’enseignement supérieur du Canada (en particulier ceux de l’Ontario, où, entre 2000 et 2022, le nombre d’étudiants étrangers a presque décuplé pour atteindre 412 000) d’augmenter leurs revenus en vendant des permis de travail et une chance d’obtenir la citoyenneté n’est pas non plus sans conséquences.

Elle a permis à des provinces comme l’Ontario de réduire le soutien des contribuables à l’enseignement supérieur. Mais elle a conduit à un boom démographique sans précédent, composé de personnes qui, dans de nombreux cas, ne reçoivent pas beaucoup d’éducation et dont l’inscription n’est en tout état de cause qu’un moyen d’obtenir un permis de travail et l’espoir d’obtenir la citoyenneté. Ce phénomène pervertit une partie du système éducatif, tout en réduisant la richesse nationale.

Un autre résultat probable de la politique actuelle ? Un phénomène qui agite depuis longtemps les politiques des États-Unis et de l’Europe, mais auquel le Canada n’a jamais eu à faire face : une importante population de non-citoyens qui n’ont pas l’intention de partir, quel que soit leur statut juridique.

Le gouvernement Trudeau est en mesure de régler tout cela, mais alors que les problèmes se sont multipliés, il a choisi sa voie habituelle : l’inaction. Il s’est contenté de brasser de l’air et d’utiliser Twitter, sans rien faire. Le week-end dernier, M. Miller a donné une série d’interviews télévisées, menaçant de faire quelque chose d’indéfini « au cours du premier trimestre ou du premier semestre » de cette année. Peut-être.

                 Source : Globe and Mail

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67 % des Canadiens considèrent que les cibles d’immigration sont trop élevées (novembre 2023) 

Marc Miller (ministre de l'Immigration) avec Justin Trudeau en 1990 à 0:55 (ils sont copains depuis Brébeuf) dans cette vidéo

mardi 16 janvier 2024

L’Algérie ferme les portes de 42 églises

L’INDEX mondial de persécution des chrétiens considère que l’Algérie est, avec le Laos, le pays du monde où « la persécution » antichrétienne aurait «le plus augmenté » en 2023. Le rapport parle de « la fin d’un rêve » dans un pays qui a « longtemps fait figure d’exception au Maghreb avec ses grandes églises de chrétiens » convertis de l’islam, « se réunissant librement ».

Ces églises étaient même « reconnues » comme membres de l’église protestante d’Algérie (EPA), qui regroupe les Églises protestantes et évangéliques. Une organisation dont les statuts d’association religieuse furent dûment enregistrés par les autorités algériennes en 1974.


Que s’est-il passé? « Ce rêve pour ces chrétiens d’arrière-plan musulman (convertis de l’islam, NDLR) touche à sa fin, alors que la campagne de fermeture des églises de L’EPA, entamée en 2017, atteint son point culminant : il ne reste plus que 4 églises ouvertes sur 46 », assure l’association Portes ouvertes, qui a publié l’index. Sans compter que «d’autres églises indépendantes ont dû également fermer sous la pression des autorités ». Cette « répression des autorités s’illustre aussi par la condamnation d’une vingtaine de chrétiens à des peines de prison, pour prosélytisme ou participation à des cérémonies religieuses non autorisées », continue l’index.

« Nous sommes des dizaines de milliers »

L’un de ces chrétiens condamnés est intervenu à distance, depuis l’Algérie, lors de la présentation à Paris le 16 janvier. Il s’agit de Yousse Ourahmane, vice-président de l’église protestante d’Algérie, converti au christianisme il y a quarante ans. Le 2 juillet 2023, il a été condamné à deux ans de prison et à 100000 dinars d’amende pour avoir organisé des activités religieuses non autorisées. Il a fait appel et sera fixé au printemps.

« Nous subissons depuis 2018 une très sévère persécution, explique-t-il. L’État algérien a beaucoup de mal à accepter des chrétiens comme nous, de sources algériennes, convertis de l’islam. Nous sommes des dizaines de milliers. La communauté est très importante, surtout en Kabylie.»

Concrètement, «l’état a trouvé les moyens d’introduire des lois de façon à nous rendre la vie très difficile. Il est par exemple très complexe de renouveler l’agrément dont bénéficie l’association religieuse Église protestante d’Algérie dont nous bénéficions depuis 1974. »

Il cite également « une cinquantaine d’affaires de justice depuis 1978, des amendes de millions et de millions de dinars et l’emprisonnement de beaucoup de frères et sœurs chrétiens. L’un d’eux vient de sortir, il a été condamné à cinq ans de prison. »

Concernant les fermetures d’églises, Yousse Ourahmane assure «essayer par tous les moyens de correspondre avec l’état algérien pour remplir toutes les conditions demandées, mais, malheureusement, la majorité des églises sont fermées ».

Conclusion de l’index : « Pour ces chrétiens, c’est la fin de la liberté de se réunir pour un culte. Dans les années à venir, ces convertis vont probablement devoir se retrouver en secret. »

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Algérie: Les chrétiens manifestent après la fermeture de trois églises (2019)

 

Banque Nationale : «Le Canada est pris dans un piège démographique »

La population du Canada a augmenté de plus de 1,2 million en 2023, un chiffre inouï si l’on considère qu’il fait suite à un rebond de 825 000 en 2022 après la récession COVID. Ces chiffres sont stupéfiants si l’on considère qu’avant cela, il faut remonter à 1949, lorsque Terre-Neuve a rejoint la fédération, pour voir la population de notre pays augmenter de plus de 600 000 personnes au cours d’une année donnée.

Pour mettre les choses en perspective, la croissance démographique du Canada en 2023 était de 3,2 %, soit cinq fois plus que la moyenne de l’OCDE. De plus, les dix provinces ont connu une croissance au moins deux fois plus rapide que celle de l’OCDE, allant de 1,3 % à Terre-Neuve à 4,3 % en Alberta.

La croissance démographique actuelle du Canada semble extrême par rapport à la capacité d’absorption de l’économie et au fait que notre main-d’œuvre ne vieillit pas plus vite que la moyenne de l’OCDE. Ce défi de l’absorption n’est nulle part plus évident que dans le domaine du logement, où le déficit de l’offre a atteint un nouveau record, avec seulement une mise en chantier pour 4,2 personnes entrant dans la population en âge de travailler (par rapport à la moyenne historique de 1,8).

La croissance démographique est un obstacle à notre bien-être économique. Le fait que le PIB réel par habitant soit au point mort depuis six ans (et même en baisse récemment) en est un bon exemple.

La construction de logements détourne les capitaux d'investissements plus rentables

Certains économistes s’empresseront de souligner que cette stagnation est le reflet d’une productivité médiocre. Mais pourquoi les résultats du Canada en matière de productivité sont-ils si mauvais ? Serait-ce parce que ses ambitions démographiques sont trop élevées par rapport au stock de capital disponible dans le pays ? Selon les calculs de la Banque Nationale, le stock de capital par habitant du Canada s’est effondré de près de 1,5 % en 2023.

Selon le dictionnaire Oxford Reference, un piège démographique est une « Situation dans laquelle aucune augmentation du niveau de vie n’est possible, parce que la population croît si rapidement que toute l’épargne disponible est nécessaire pour maintenir le ratio capital/travail existant. »

Cela signifie que la population du Canada croît si rapidement qu’il ne reste pas assez d’épargne pour stabiliser notre ratio capital-travail et augmenter le PIB par habitant. En d’autres termes, le Canada se trouve dans un piège démographique pour la première fois dans l’histoire moderne. Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le déclin n’est pas simplement dû à un manque d’infrastructures de logement. En fait, le stock de capital privé non résidentiel par habitant diminue depuis sept ans et n’est actuellement pas plus élevé qu’en 2012, alors qu’il atteint un niveau record aux États-Unis.

Le Canada est pris dans un piège démographique qui a historiquement toujours été réservé aux économies émergentes. Actuellement, le pays ne dispose pas des infrastructures et du stock de capital nécessaires pour absorber la croissance démographique et améliorer son niveau de vie. Pour la Banque Nationale, si le Canada veut augmenter sa productivité, ses décideurs politiques devraient fixer les objectifs démographiques du Canada en tenant compte des contraintes liées à notre stock de capital, qui vont au-delà de l’offre de logements. À ce stade, les experts de la BN pensent que la croissance démographique annuelle totale de notre pays ne devrait pas dépasser 300 000 à 500 000 personnes afin d’échapper au piège démographique. [Même cela nous semble excessif étant donné le déficit d’infrastructure et l’arriéré dans la construction de logements.]

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L'IA donne aux informaticiens une nouvelle occasion de transformer l'éducation

Alors que les élèves et les étudiants retournent dans les salles de classe et les amphithéâtres pour la nouvelle année, il est frappant de constater à quel point l’éducation a peu changé au cours des dernières décennies. Les ordinateurs portables et les tableaux blancs interactifs ne constituent guère une rupture. De nombreux parents, déconcertés par la façon dont leurs enfants font leurs achats ou socialisent, ne le seraient pas par la façon dont ils sont enseignés. Le secteur reste à la traîne sur le plan numérique : les écoles et les universités américaines consacrent respectivement environ 2 % et 5 % de leur budget à la technologie, contre 8 % pour l’entreprise américaine moyenne. Les informaticiens convoitent depuis longtemps une part plus importante des 6 billions (6000 milliards) de dollars que le monde consacre chaque année à l’éducation.

Lorsque la pandémie a contraint les écoles et les universités à fermer leurs portes dans de nombreux pays, l’heure de l’offensive numérique a sonné. Les étudiants se sont rués sur les plates-formes d’apprentissage en ligne pour combler les lacunes laissées par les cours Zoom. La valeur de marché de Chegg, un fournisseur de tutorat en ligne, est passée de 5 milliards de dollars au début de l’année 2020 à 12 milliards de dollars un an plus tard. Byju’s, un homologue indien, a atteint une valeur privée de 22 milliards de dollars en mars 2022 en rachetant d’autres fournisseurs à travers le monde. Les investissements mondiaux en capital-risque dans les jeunes entreprises liées à l’éducation sont passés de 7 milliards de dollars en 2019 à 20 milliards de dollars en 2021, selon Crunchbase, un fournisseur de données.

Puis, une fois le covid maîtrisé, les cours ont repris comme avant. À la fin de l’année 2022, la valeur de marché de Chegg était retombée à 3 milliards de dollars. Au début de l’année dernière, des sociétés d’investissement telles que BlackRock et Prosus ont commencé à réduire la valeur de leurs participations dans Byju’s à mesure que les pertes s’accumulaient. « Rétrospectivement, nous avons grandi un peu trop vite », admet Divya Gokulnath, cofondatrice de l’entreprise.

Si la pandémie n’a pas réussi à vaincre la résistance du secteur de l’éducation aux bouleversements numériques, l’intelligence artificielle le pourra-t-elle ? L’IA générative de type ChatGPT, qui peut converser intelligemment sur une grande variété de sujets, en a tout l’air. À tel point que les pédagogues ont commencé à paniquer à l’idée que les élèves l’utilisent pour tricher dans leurs dissertations et leurs devoirs. En janvier 2023, la ville de New York a interdit l’utilisation de ChatGPT dans les écoles publiques. Cependant, il suscite de plus en plus d’intérêt en tant que moyen d’offrir un tutorat personnalisé aux élèves et d’accélérer les tâches fastidieuses telles que la correction des copies. En mai, la ville de New York a autorisé le retour du robot dans les salles de classe.

Les élèves, quant à eux, adoptent la technologie. Deux cinquièmes des étudiants de premier cycle interrogés l’année dernière par Chegg ont déclaré avoir utilisé un agent conversationnel pour les aider dans leurs études, et la moitié d’entre eux l’ont utilisé quotidiennement. En effet, la popularité de l’intelligence artificielle a soulevé des questions embarrassantes pour des entreprises comme Chegg, dont le cours de l’action a plongé en mai dernier après que Dan Rosensweig, son directeur général, a déclaré aux investisseurs qu’il perdait des clients au profit de ChatGPT. Pourtant, il y a de bonnes raisons de croire que les spécialistes de l’éducation qui exploitent l’IA finiront par l’emporter sur les généralistes tels qu’OpenAI, le fabricant de ChatGPT, et d’autres entreprises technologiques qui s’intéressent au secteur de l’éducation.

IA, IA
 
D’une part, les dialogueurs propulsés par l’IA ont la fâcheuse habitude de débiter des âneries, ce qui n’est pas très utile dans un contexte éducatif. « Les étudiants veulent des contenus provenant de sources fiables », affirme Kate Edwards, pédagogue en chef chez Pearson, un éditeur de manuels scolaires. L’entreprise n’a pas permis à ChatGPT et à d’autres IA d’ingérer son matériel, mais a plutôt utilisé le contenu pour former ses propres modèles, qu’elle intègre dans sa suite d’applications d’apprentissage. Ses concurrents, dont McGraw Hill, adoptent une approche similaire. Chegg a également développé son propre robot d’IA, appelé CheggMate, qu’il a formé sur son vaste ensemble de questions et de réponses.

De plus, comme l’affirme M. Rosensweig de Chegg, l’enseignement ne consiste pas seulement à donner une réponse aux élèves, mais à la présenter de manière à les aider à apprendre. Comprendre la pédagogie donne donc un avantage aux spécialistes de l’éducation. Pearson a conçu ses outils d’intelligence artificielle pour impliquer les étudiants en décomposant des sujets complexes, en testant leur compréhension et en leur fournissant un retour d’information rapide, explique Mme Edwards. Byju’s intègre des « courbes d’oubli » pour les étudiants dans la conception de ses outils de tutorat par IA, en leur rafraîchissant la mémoire à des intervalles personnalisés. Les agents conversationnels doivent également être adaptés aux différents groupes d’âge, afin d’éviter que les étudiants ne soient sidérés ou infantilisés. Les entreprises spécialisées qui ont déjà noué des relations avec des établissements d’enseignement peu enclins à prendre des risques auront l’avantage supplémentaire de pouvoir intégrer l’IA dans des produits qui leur sont par ailleurs familiers. Anthology, un fabricant de logiciels éducatifs, a intégré des fonctions d’IA générative dans son programme Blackboard Learn afin d’aider les enseignants à créer rapidement des plans de cours, des rubriques et des tests. Les éditeurs établis sont également mieux placés pour enseigner aux enseignants comment utiliser les capacités de l’IA.

Il ne sera pas facile d’introduire l’IA dans l’enseignement. Bien que les enseignants aient subi un cours accéléré sur les technologies éducatives, nombre d’entre eux sont encore à la traîne. Moins d’un cinquième des éducateurs britanniques interrogés par Pearson l’année dernière ont déclaré avoir reçu une formation sur les outils d’apprentissage numériques. Les budgets serrés de nombreux établissements feront de la vente de nouvelles technologies un combat difficile. Les sceptiques de l’IA devront être convaincus, et de nouveaux outils alimentés par l’IA pourraient être nécessaires pour lutter contre la tricherie induite par l’IA. Des questions épineuses se poseront inévitablement sur ce que tout cela signifie pour le travail des enseignants : leur attention pourrait devoir se déplacer vers la motivation des étudiants et l’enseignement de la meilleure façon de travailler avec les outils d’IA. « Il nous faut répondre aux questions de l’industrie sur la manière d’exploiter cette technologie », déclare Bruce Dahlgren, patron d’Anthology.

Si l’on parvient à fournir ces réponses, les entreprises comme celle de M. Dahlgren ne seront pas les seules à en bénéficier. Un article influent publié en 1984 par Benjamin Bloom, psychologue de l’éducation, a montré que le tutorat individuel améliorait les résultats scolaires moyens des étudiants et réduisait les écarts entre eux. L’IA pourrait enfin rendre les tuteurs individuels viables pour le plus grand nombre. Alors que l’apprentissage des élèves, en particulier ceux des familles les plus pauvres, a été freiné par les perturbations causées par la gestion de la pandémie, une telle évolution mériterait sans aucun doute d’être saluée.

Source : The Economist

France — La nouvelle ministre de l’Éducation nationale scolarise ses enfants dans le lycée privé catholique Stanislas

Mise à jour

Un journaliste, dont le fils a été scolarisé dans la même école publique que l'aîné d'Amélie Oudéa-Castera, affirme qu'il n'y a jamais eu d'heures non-remplacées dans cette école, contrairement à ce qu'affirmait la nouvelle ministre (voir vidéo dans le billet du 14 janvier ci-dessous). Ce journaliste confirme ainsi les dires d'une maîtresse de cette école publiés dans Libération.

Note sur l'entre-soi de l'« élite » médiatico-politique française

La journaliste qui interroge ses invités sur ce sujet - Apolline de Malherbe - est la cousine du nouveau premier ministre français, Gabriel Attal, qui a nommé la ministre à son poste. C'est de l'inceste politico-médiatique de niveau 1.

L'invité qu'elle interroge à ce sujet, Nicolas Poincaré, est un autre journaliste français célèbre qui est interrogé parce qu'il a eu ses enfants dans la même école que la ministre. Incestuosité de niveau 2. Nicolas Poincaré est d'ailleurs une représentation vivante de la reproduction des élites en France puisqu'il est l'arrière-petit-fils du mathématicien Henri Poincaré et le petit-neveu du président français Raymond Poincaré.

La ministre elle-même - Amélie Oudéa-Castera - est issue de la même petite caste de l'élite française puisque son père était le PDG de Publicis - l'une des plus grandes entreprises françaises - et sa mère la directrice des ressources humaines de l'entreprise. Elle est également la nièce d'Alain Duhamel et de Nathalie Saint-Cricq, deux des plus célèbres journalistes français. Enfin, elle est mariée à Frédéric Oudéa, ancien PDG de la Société générale et aujourd'hui PDG de Sanofi. Incestuosité de niveau 3.

Et Gabriel Attal,
le Premier ministre de 34 ans qui l'a nommée - qui pour rappel est le cousin de la journaliste ici présente - est lui-même issu de la même petite caste élitiste : son père est issu de la famille des propriétaires des Galeries Lafayette et a été journaliste au Monde ainsi que producteur de cinéma. Attal a fréquenté la très élitiste École Alsacienne dans le centre de Paris, où de nombreux enfants de cette petite élite étudient.

Et, cerise sur le gâteau, en plus de nommer Oudéa-Castera ministre de l'éducation, Attal, homosexuel avoué, vient également de nommer son ex-mari Stéphane Séjourné ministre des affaires étrangères !



Billet du 14 janvier

Les quatre derniers ministres de l’Éducation nationale :
  •         Jean-Michel Blanquer, ancien élève de Stanislas
  •         Pap Ndiaye, scolarise ses enfants à l’alsacienne
  •         Gabriel Attal, ancien élève de l’alsacienne
  •         Amélie Oudéa-Castéra, scolarise ses enfants à Stanislas

Amélie Castéra est la nièce des journalistes Alain et Patrice Duhamel et Nathalie Saint-Cricq et la cousine de Benjamin Duhamel, journaliste de BFMTV.

 
Après la polémique d’Amélie Oudéa-Castéra, les professeurs appellent à la grève

Deux jours après les propos de la nouvelle ministre de l’Éducation nationale sur les établissements publics, la polémique continue de s’enflammer. À tel point que plusieurs syndicats d’enseignants ont lancé un appel à la grève, le 25 janvier prochain.

Il n’en aura pas fallu davantage pour déclencher la colère des enseignants. Deux jours après la polémique déclenchée par les propos de la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra, sur les établissements publics, plusieurs syndicats de professeurs ont lancé des appels à la grève. Ils souhaitent dénoncer la « provocation » et le « mépris » de la nouvelle ministre. Selon les informations de BFMTV, le Fnec-FP-FO a appelé à « manifester sous les fenêtres » du ministère, le 25 janvier prochain.

Le Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) et le FSU avaient déjà lancé un appel à la grève pour le 1er février prochain. À l’origine, la grève avait été mise en place pour protester contre les conditions de travail du corps enseignant, mais après les propos d’Amélie Oudéa-Castéra, la liste des revendications a été revue à la hausse, afin de pointer du doigt la « violente charge contre l’enseignement public ».

Vendredi 12 janvier, lors d’une visite à Andrésy (Yvelines), Amélie Oudéa-Castéra avait exprimé son mécontentement face aux « paquets d’heures pas sérieusement remplacés » dans les établissements publics. Et d’ajouter : « On en a eu marre, comme des centaines de milliers de familles qui ont fait le choix d’une solution différente. » De fait, vendredi 12 janvier, Mediapart avait révélé que les trois enfants de la ministre de l’Éducation étaient scolarisés dans l’établissement privé et catholique Stanislas, situé dans le 6e arrondissement de Paris. Devant les critiques, la ministre de l’Éducation nationale avait assuré que le collège-lycée Stanislas était un « choix de proximité ». « Nous nous assurons que nos enfants sont non seulement bien formés mais aussi heureux », avait-elle ajouté.
 
Gabriel Attal a dénoncé « l’hypocrisie » de cette polémique

Immédiatement, les propos d’Amélie Oudéa-Castéra avaient provoqué un tollé. À tel point que la nouvelle locataire de la rue de Grenelle avait dû s’excuser. « Mes propos ont pu blesser certains enseignants de l’enseignement public, ce que je regrette. Je n’avais aucunement cette intention », a-t-elle écrit, samedi 13 janvier, dans une déclaration transmise aux médias. Elle a indiqué avoir répondu « sans détour », « avec sincérité et transparence », à une question posée.

« Le SNES, avec la FSU, rencontre Amélie Oudéa-Castéra lundi 15 janvier matin. Il reviendra sur cet épisode et se fera le porte-parole des personnels choqués par ces propos », a indiqué un communiqué paru le 13 janvier.Le Premier ministre, Gabriel Attal, a quant à lui dénoncé « l’hypocrisie » de cette polémique. « La ministre s’est exprimée en transparence sur les choix qui ont été les siens […]. Pour ce qui est de la question des absences non remplacées, je trouve qu’il y a beaucoup d’hypocrisie chez certains commentateurs ou chez certains politiques », a-t-il expliqué lors d’un déplacement à Dijon.
 
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lundi 15 janvier 2024

David Engels sur la migration de masse, baisse de la natalité, crise religieuse, mondialisation

Dans son ouvrage intitulé Le Déclin, David Engels scrute minutieusement les nombreuses analogies entre le déclin de la République romaine et la crise actuelle au sein de l'Union européenne. De la question des avortements aux défis du mariage et à la baisse de la natalité jusqu'à la célèbre maxime Panem et circenses, toutes ces similitudes sont explorées.

Nous évoquons aussi à la possible cyclicité des époques, avec ses phases distinctes de croissance et de déclin, offrant ainsi une perspective temporelle et historique.

Enfin, nous soulevons la question cruciale de savoir s'il convient de décrire le destin de l'Europe comme un acte suicidaire ou un meurtre délibéré.

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Pourquoi le patriarcat a de l’avenir 

Pro renovatione occidentis