Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Cette nouvelle traduction, qui sort ce jeudi, permet de revisiter une œuvre superbe et flamboyante, mais aussi jugée par beaucoup terriblement datée et scandaleuse dans sa façon de décrire les rapports raciaux dans le Sud esclavagiste.
Hasard de calendrier : alors que le classique du cinéma Autant en emporte le vent a été retiré temporairement de HBO Max, le temps d’ajouter « de la contextualisation » politiquement correcte à ce film jugé raciste par de nombreux universitaires militants, une nouvelle traduction de l’œuvre originale de Margaret Mitchell paraît ce jeudi aux petites éditions Gallmeister.
Publiée en deux volumes (720 pages chacun), en format poche, cette nouvelle version a nécessité un an de travail et « de recherches » de la part de la traductrice Josette Chicheportiche qui a eu la difficile tâche de revisiter une œuvre superbe et flamboyante, surannée, mais considérée par certains militants comme scandaleuse dans sa façon de décrire les rapports raciaux dans le Sud esclavagiste.
Fresque intemporelle sur l’amour et la guerre, Autant en emporte le vent raconte l’histoire de Scarlett O’Hara, fille de riches propriétaires sudistes, qui va voir son monde s’effondrer avec la guerre de Sécession qui ravage le Sud. Réfugiée à Atlanta à la suite d’un chagrin d’amour, elle y croisera l’aventurier Rhett Butler, avec qui elle partagera une passion tragique...
« J’ai essayé d’avoir un style chantant »
Dans la version française éditée depuis 1939 par Gallimard, le traducteur « historique » de Margaret Mitchell, Pierre-François Caillé (1907-1979) avait choisi de faire parler les Noirs de la plantation de façon caricaturale remplaçant notamment les sons « r » par une apostrophe. Ce que la nouvelle traductrice Josette Chicheportiche a décidé d’enlever :
« On part du principe que les Noirs peuvent prononcer le “r”. Je trouve ça quand même incroyable de virer les “r” et de les remplacer par des apostrophes », a-t-elle indiqué à BFMTV. « J’ai regardé comment Maupassant ou George Sand faisaient parler les paysans et j’ai essayé d’avoir un style chantant, un peu musical dans leur façon de parler. »
Dans la version française éditée depuis 1939 par Gallimard, le traducteur « historique » de Margaret Mitchell, Pierre-François Caillé (1907-1979) avait choisi de faire parler les Noirs de la plantation en imitant l’accent antillais.
« C’est-y la bonne de vot'enfant ? Ma'ame Sca'lett, elle est t’op jeune pou' s’occuper du fils de missié Cha'les ! »,
dit ainsi un personnage noir dans la version de 1939 (page 180). Sous la plume de Josette Chicheportiche cela devient :
« C’est la nurse de vot'enfant ? Ma'ame Scarlett, l’est trop jeune pour s’occuper du seul bébé de m’sieur Charles ! »
L'original anglais est pourtant très « dialectal », très petit nègre :
Parallèlement à la sortie de la nouvelle version du roman politiquement correct, Gallimard publie également jeudi, dans sa collection de poche Folio, une nouvelle édition en deux volumes de l’unique livre de Margaret Mitchell. Les lecteurs y retrouveront la traduction de Pierre-François Caillé, mais découvriront aussi une partie de la correspondance inédite entre le traducteur français et l’écrivaine américaine décédée accidentellement en 1949.
Margaret Mitchell approuvait l’utilisation du dialecte dans la traduction française
Dans une des lettres, le traducteur de l’édition classique Pierre-François Caillé explique à la romancière Margaret Mitchell ses choix de traducteur.
« Vous remarquerez, l’omission de la consonne r caractéristique de ce langage que nous appelons souvent petit nègre. Je crois qu’il n’y avait pas d’autre façon de procéder », explique-t-il dans une lettre datée de décembre 1937.
« Je crois que votre traduction est la seule traduction étrangère de mon livre dans laquelle les personnages nègres parlent en dialecte », le félicite en retour la romancière.
Dans le domaine public depuis le 1er janvier
« Bien qu’étant indéniablement un produit de son temps, au même titre que le roman », la traduction de Pierre-François Caillé « continue de ravir par son charme et d’impressionner par sa rigueur », soutient Gallimard qui a détenu les droits exclusifs du livre jusqu’au 1er janvier, avant que le roman tombe dans le domaine public.
Succès mondial
Le livre fut publié en juin 1936, dès Noël plus d’un million d’exemplaires était vendu. Autant en emporte le vent sera traduit en 14 langues et publié à plus de 35 millions d’exemplaires dans le monde. Il fera l’objet d’un film dès 1939, devenu lui aussi un film culte, vu par des centaines de millions de spectateurs.
Le succès exceptionnel du roman est dû à ce que pour la première fois depuis la fin de la guerre de Sécession (1865), le drame subi par les populations du Sud est décrit avec beaucoup de passion et de réalisme.
En effet, cette guerre est la Première Guerre totale qui suit la Révolution industrielle, qui multiplie de manière exponentielle les moyens de destruction ; dans un contexte de type
« napoléonien », ou de guerre européenne du type XVIIe siècle, le Sud aurait pu l’emporter parce que la majorité des cadres de l’armée s’y étaient ralliés et que les sudistes, majoritairement d’origine paysanne, étaient plus habitués que ceux du Nord à la vie rurale et donc à une campagne militaire.
Or l’industrie du Nord a produit en masse des quantités énormes d’armements et d’équipements logistiques, comme les chemins de fer, qui ont submergé les armées confédérées, mal équipées ; la prise et le sac d’Atlanta, le 1er septembre 1864, anticipent les batailles de Madrid, pendant la guerre d’Espagne (1936-1939) et celles de Stalingrad et Berlin, pendant la Seconde Guerre mondiale ; les ravages subis par les États du Sud, entre septembre 1864 et la fin de la guerre en avril 1865 anticipent les destructions subies par l’Europe au cours des deux guerres mondiales.
Par la publication de ce roman, l’opinion américaine prend conscience de ce que plusieurs dizaines de millions d’Américains ont subi et que l’unité de la nation américaine s’est forgée dans une épreuve très dure, loin de l’histoire officielle.
François Legault a affirmé en anglais qu’il favorisait l’expansion et le financement public des cégeps anglophones et qu’il n’étendrait pas la loi 101 aux cégeps (qui ne sont jamais que la fin du secondaire en Europe).
Nous ne parvenons pas à comprendre ce qui fait passer M. Legault pour un homme de droite nationaliste, certaines osent même dire conservateur.
Il n’a donné qu’un gage aux nationalistes : une loi 21 sur la laïcité de l’État qui ne changera fondamentalement rien à ce qui est d’abord un problème démographique (la très faible natalité des Québécois francophones 1,5 enfant par femme, soit une descendance diminuée de 25 % à chaque génération et l’afflux de populations nombreuses qui ne partagent pas les valeurs historiques, linguistiques de la majorité francophone de souche du Québec).
Il suffit de tourner ses yeux vers la France pour se rendre compte que la laïcité ne résout pas les problèmes d’intégration, bien au contraire serait-on tenté de dire, la neutralité n’ayant jamais rien assimilé.
Mathieu Bock-Côté : Que signifie, selon vous, cette annonce de la priorisation de l’agrandissement de Dawson par le gouvernement du Québec ?
Frédéric Lacroix : Le gouvernement du Québec a inscrit l’agrandissement de Dawson parmi les projets « prioritaires » à réaliser dans le cadre du projet de loi 61, la « Loi visant la relance de l’économie du Québec et l’atténuation des conséquences de l’état d’urgence sanitaire déclaré le 13 mars 2020 en raison de la pandémie de la COVID-19 ». Cet agrandissement n’est pas anodin ; il permettra à Dawson d’accueillir 800 étudiants en plus, soit autant d’étudiants qu’un petit cégep régional. Le projet n’est pas chiffré, mais, à cause de son inscription au Plan québécois des infrastructures, on sait qu’il dépasse 50 millions de dollars.
Marianopolis est un autre collège anglophone de Montréal (Westmount) subventionné par le Québec, la pancarte est bien en anglais uniquement.
Or, pendant que le gouvernement déverse ainsi des dizaines de millions de dollars sur Dawson, les cégeps français sont oubliés et ignorés : aucun projet d’agrandissement dans le réseau collégial français n’a été « priorisé » en même temps que celui de Dawson. Ceci vient confirmer, une fois de plus, le déclassement et la prolétarisation croissante du réseau collégial de langue française à Montréal.
On assiste actuellement à une véritable ruée sur les cégeps qui enseignent en anglais à Montréal ; le nombre de demandes d’admission y est en hausse constante. Dawson, par exemple, reçoit plus de 11 000 demandes d’admission par année, ce qui lui permet de sélectionner seulement les meilleurs étudiants. La demande est tellement forte que Dawson est rempli à craquer.
En même temps, les demandes d’admission dans le réseau français sont en baisse ; cela a des effets non seulement sur les effectifs, mais aussi sur la « qualité » des étudiants, qui est en baisse ; les étudiants qui « choisissent » le cégep français sont, de plus en plus, les étudiants trop faibles pour être admis à Dawson ou à John Abbott ; il y a donc un double effet : un effritement des effectifs dans les collèges français à Montréal, accompagné d’une baisse du niveau des étudiants.
Mentionnons que, de 2012 à 2018, le réseau français à Montréal a perdu 2335 étudiants au préuniversitaire et au secteur technique.
On se rappellera que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) attribue un certain nombre de places dans les cégeps selon un « devis » ; pour Dawson, par exemple, le devis ministériel est de 7075 étudiants (voir p. 56 du « Régime budgétaire et financier des cégeps », mai 2019). Or, en 2018, Dawson en était rendu à 7889 étudiants inscrits au DEC à la formation ordinaire dans un programme préuniversitaire ou technique, soit 814 étudiants de plus que ce que son devis autorise ; depuis plus de 12 ans, Dawson excède son devis ministériel. Sans conséquence, apparemment.
Il faut savoir que dans le passé, les cégeps qui « excédaient leur devis », qui accueillaient plus d’étudiants que prévu, étaient pénalisés financièrement ; c’était là un mécanisme de répartition des étudiants en fonction des places existantes dans le réseau pour une région donnée. Mais depuis quelques années, les pénalités pour dépassement de devis ne sont plus appliquées par le MEES.
Ce que cela signifie, c’est qu’il existe des milliers de places disponibles dans le réseau français à Montréal, des places qui pourraient accueillir des étudiants sans que cela nous coûte un sou en frais d’infrastructures. Pourtant, le gouvernement du Québec juge bon de dépenser des dizaines de millions de dollars pour que ces étudiants aillent [s’angliciser] à Dawson. Pourquoi ? Je crois, en tant que citoyens et contribuables, que nous avons droit à une réponse claire à cette question.
Il faut aussi comprendre que les 800 places créées à Dawson signifient, grosso modo, 800 étudiants en moins dans le réseau français. Rappelons que la baisse de 2335 étudiants en six ans du côté français a entraîné la fermeture de quelques programmes dans les cégeps touchés par la baisse à Montréal.
Le ministre doit donc nous expliquer quels programmes il fermera du côté français pour remplir Dawson.
Mathieu Bock-Côté : Au-delà de sa mission strictement pédagogique, quelle est la fonction du cégep Dawson dans le système collégial québécois ?
Frédéric Lacroix : Les cégeps anglais en général, et Dawson en particulier, sont les institutions réservées à l’élite. L’élite académique de Montréal, celle issue de coûteuses écoles privées et de programmes particuliers, s’inscrit massivement à Dawson. Les moyennes générales requises pour accéder à Dawson font en sorte que seuls les étudiants disposant d’un important capital social peuvent y entrer. En sciences de la nature, par exemple, la moyenne générale au secondaire exigée pour entrer à Dawson est en haut de 85 %.
De plus, Dawson et John Abbott sont les club-écoles pour McGill et Concordia. Une étude effectuée en 2010 avait démontré que 90 % des finissants des cégeps anglais s’inscrivaient à McGill et à Concordia ensuite. L’agrandissement de Dawson ne vient donc pas seulement vider le réseau collégial français ; il aura aussi des impacts sur les universités de langue française, qui voient, et qui vont voir de plus en plus le flux d’étudiants postulant chez elles se tarir au fur et à mesure que le collégial anglais se développera. Cela viendra donc, par exemple, priver l’UQAM et l’Université de Montréal de 720 étudiants annuellement, environ.
Un rapport du Conseil supérieur de l’éducation publié en 2016, pointant du doigt la ségrégation qui règne dans le milieu scolaire au primaire et au secondaire au Québec, avait sonné l’alarme : « La concurrence en éducation est indissociable de la perception que toutes les écoles ne sont pas équivalentes : elle alimente donc la crise de confiance qui fragilise le système public. Cette crise de confiance accentue la tendance à regrouper les élèves selon leur profil scolaire et socioéconomique. Il en résulte une forme de ségrégation qui conduit à un système d’écoles à plusieurs vitesses. L’écart se creuse donc entre les milieux : certains établissements ou certaines classes sont considérés comme moins propices à l’apprentissage (les familles qui le peuvent les fuient) et les conditions de travail y sont plus difficiles (les enseignants qui le peuvent les fuient également). »
Les conclusions de ce rapport peuvent se transposer au niveau collégial. Au collégial, comme les clauses scolaires de la loi 101 cessent de s’appliquer [pour d’étranges raisons puisqu’en Europe ce n’est que la fin du lycée], la ségrégation basée sur le statut socioéconomique des parents qui s’exprime au primaire et au secondaire se double d’une ségrégation selon la langue d’enseignement. Les cégeps anglais jouent au niveau collégial le même rôle que jouent les écoles privées au secondaire : derrière le paravent de « l’excellence », elles permettent un regroupement des élèves provenant des classes aisées, qui n’ont pas à souffrir la mixité sociale et qui viennent s’y préparer pour aller éventuellement à McGill ou à Concordia, et pour travailler en anglais.
Ce qui est dramatique dans le cas des cégeps anglais, c’est qu’il s’agit d’institutions publiques financées à 100 % par l’État québécois. Dans le cas des écoles privées au secondaire, il y a au moins l’excuse que l’État ne débourse pas la totalité de la facture.
Il est donc sidérant de lire, dans l’article du Journal de Montréal du 6 juin (« 800 étudiants de plus au collège anglophone Dawson »), la phrase suivante, dite par le directeur du cégep Dawson, M. Richard Filion, parlant de l’agrandissement de Dawson : « Pour la grande majorité de la population, c’est une opportunité inespérée parce qu’ils ne peuvent pas se payer des camps de vacances en immersion en anglais en Ontario ou dans le nord des États-Unis, ils n’ont pas l’argent pour ça. Il faut penser à l’étudiant là-dedans. »
M. Filion affirme des choses, pour le dire poliment, qui sont le contraire de la réalité.
Comme je l’ai déjà expliqué dans un entretien précédent (« Aller au cégep anglais pour apprendre l’anglais ? Vraiment ? », publié le 10 mars 2020), les étudiants ne choisissent pas Dawson pour « apprendre l’anglais », car la majorité des étudiants qui s’y inscrivent est déjà bilingue ; la hausse des heures accordées à l’anglais à l’école française depuis 15 ans, combinée à l’omniprésence de l’anglais dans l’univers numérique qui est celui des jeunes, a conduit à une universalisation de la connaissance de l’anglais (et à une fragilisation du français), du moins à Montréal. Non seulement ça, mais les étudiants admis à Dawson sont issus, en majorité, des écoles privées et des écoles à programmes particuliers de Montréal ; ils ont eu de l’anglais « enrichi » tout au long de leur parcours scolaire.
Ils sont déjà, en majorité, « full » bilingues. Les données de recensement indiquent une hausse très importante du bilinguisme chez les jeunes dans les 15 dernières années. De plus, la motivation des jeunes pour apprendre l’anglais, pour plusieurs, ne semble plus être du type instrumental, mais du type intégratif : ils ne veulent plus seulement apprendre l’anglais (qu’ils connaissent déjà), mais s’intégrer au groupe anglophone. C’est là le rôle que joue Dawson : c’est la porte d’entrée au monde anglophone.
J’aimerais bien que M. Filion publie les données sur la provenance des étudiants admis à Dawson. Quelle proportion provient des écoles privées et des écoles à programmes particuliers ? Combien d’élèves proviennent des programmes réguliers des écoles publiques de l’est de Montréal ?
Cela explique également pourquoi, malgré le fait que la nécessité d’imposer la loi 101 au cégep crève les yeux depuis au moins une vingtaine d’années, rien n’est fait en ce sens et pourquoi notre élite est incapable de prendre position sur cette question qui est pourtant absolument vitale pour la survie du Québec français ; c’est parce qu’une bonne partie de notre élite est la première à profiter de la situation : l’anglicisation de sa progéniture est assurée par les fonds publics.
« Après moi, le déluge » est certainement l’attitude la plus répandue chez elle. Chacun veut aller chercher un avantage concurrentiel sur le marché du travail en s’anglicisant le plus possible ; peu importe que cela soit en train de causer l’effondrement du Québec français. Et c’est pour ça aussi que seul le gouvernement du Québec est en mesure d’agir efficacement sur cette question. C’est le seul en mesure de transcender les égoïsmes et les calculs individuels qui sont en train de nous mener à notre perte.
En cela, et c’est une analogie que j’aime bien, la question linguistique ne diffère pas de la question climatique.
Mathieu Bock-Côté : Comment expliquer la croissance de Dawson ? Ne doit-on pas y voir un signe manifeste de l’accélération de l’anglicisation de Montréal ? Le directeur du collège explique lui-même que son cégep attire les allophones [relativement] francisés. N’est-ce pas un terrible aveu ? N’avoue-t-il pas ainsi que la francisation n’a pas vraiment fonctionné, qu’elle n’était que superficielle ?
Frédéric Lacroix : Il est intéressant de savoir qu’il y a même plus d’allophones (langue maternelle) à Dawson que d’anglophones : en 2018, c’était 38,4 % d’anglophones, 22,1 % de francophones et 39,5 % d’allophones. Depuis 2000, les anglophones y sont minoritaires en nombres absolus et y sont maintenant, depuis 2018, minoritaires en nombres relatifs. Les anglophones sont minoritaires dans cette institution qui devrait leur être destinée en premier lieu !
Le groupe dominant à Dawson est celui des allophones. Et cela sera de plus en plus vrai à l’avenir, la proportion d’anglophones ayant passé de 49,4 % en 2000 à 38,4 % en 2018. Normalement, donc, Dawson devrait accueillir moitié moins d’étudiants qu’il ne le fait.
L’on comprend que les clauses scolaires de la Charte de la langue française sont insuffisantes pour assurer que la nette majorité des allophones scolarisés en français s’inscrive ensuite dans les cégeps et universités de langue française. Pour de nombreux allophones, tout ce que fait la Charte, c’est assurer une immersion française forcée pendant le primaire et le secondaire.
Il faut comprendre que les clauses scolaires de la Charte ne touchent qu’environ 20 % des immigrants qui s’installent au Québec, soit ceux qui sont en âge scolaire à l’arrivée. La très vaste majorité des immigrants, soit 80 %, échappe à la francisation obligatoire. Si tous les immigrants arrivaient au Québec en tant que bébés, les clauses scolaires auraient certainement un effet beaucoup plus puissant. Mais, à l’heure actuelle, tous les immigrants de 15 ans et plus qui arrivent peuvent, par exemple, s’inscrire directement dans les cégeps et universités anglaises ; le « libre choix » de la langue d’enseignement au postsecondaire défait une grande partie du travail que fait la Charte au primaire et au secondaire.
On sait aussi que l’inscription dans un cégep anglais n’est pas une simple « immersion linguistique » où l’étudiant irait apprendre l’anglais pour ensuite continuer le reste de son parcours (et de sa vie) en français, comme l’affirme pourtant le directeur de Dawson. Une importante étude de l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), réalisée pour le compte de la CSQ en 2010, avait prouvé que le choix du cégep anglais était un véritable « choix de vie » et avait des conséquences majeures sur l’orientation linguistique et culturelle subséquente : le choix du cégep anglais menait ensuite à l’université en anglais (à 90 %), à travailler en anglais, à l’utilisation de l’anglais comme langue de socialisation avec ses amis, à l’anglais comme langue de consommation culturelle et comme langue d’usage publique. Le cégep anglais est un milieu de vie anglicisant. En comparaison, les comportements des allophones inscrits au cégep français sont presque symétriquement opposés à celui des allophones inscrits au cégep anglais. Le cégep français francise ; cela est démontré.
La seconde affirmation de M. Filion, comme quoi « il faut cesser d’accuser les cégeps anglophones d’être responsables de la “présumée anglicisation” de Montréal », est stupéfiante de mauvaise foi.
M. Filion nie l’anglicisation de Montréal, un fait solidement établi, entre autres par Statistique Canada (voir « La situation du français à Montréal : une catastrophe », sur ce blogue, publié le 26 janvier 2020).
Non seulement cela, M. Filion affirme que les cégeps anglais n’ont rien à voir là-dedans ! On sait cependant depuis l’étude de l’IRFA que les cégeps anglais sont l’un des rouages majeurs dans la mécanique de l’anglicisation de Montréal. Cela est démontré hors de tout doute raisonnable. J’en ai parlé dans plusieurs textes et je ne referai pas la démonstration ici ; le lecteur pourra s’y référer au besoin.
La position de déni de M. Filion n’est plus tenable ; il ne peut plus affirmer cela sans craindre de passer pour l’idiot du village.
Il devrait simplement admettre la réalité et dire que selon lui, il n’y a aucun problème à ce que l’élite soit formée en anglais. Et qu’il est fier que son institution y joue un rôle majeur.
Mathieu Bock-Côté : Comment inverser la tendance ? La bataille du français est-elle perdue à Montréal ?
Frédéric Lacroix : Il faut réaliser que le premier responsable du recul du français au Québec est le gouvernement du Québec lui-même, qui finance maintenant de façon « prioritaire » les institutions anglophones à Montréal. C’est le gouvernement du Québec, de par ses politiques de financement, qui finance l’érosion des institutions de langue française au Québec. C’est le Québec qui finance sa propre assimilation. Il faut d’abord prendre toute la mesure de l’absurdité de cette situation.
Comment qualifier cela de « bataille », alors que notre propre équipe est occupée à « scorer » dans ses propres buts ? Personnellement, je manque de mots pour décrire cette situation kafkaïenne et grotesque. L’aveuglement et le déni de réalité nous tiennent lieu de politique, et ce, depuis longtemps.
Mais plus que cela, avec cette décision de prioriser Dawson, la CAQ se confond avec le PLQ. On s’attendait pourtant, de la CAQ, à ce qu’elle défende le français ; c’était là ce qu’affirmait M. Legault. Doit-on comprendre qu’il dit une chose et fait le contraire ? On sait que la CAQ prépare un projet de loi sur la langue. Mais il faut comprendre que quelques mesurettes cosmétiques ne suffiront jamais à renverser les effets structurants de cette décision d’agrandir Dawson, qui va angliciser des centaines de jeunes supplémentaires par année. Cette décision est un bidon d’huile versée sur le feu qui couve de l’anglicisation de Montréal.
La solution est pourtant connue depuis longtemps : il est évident qu’il faut étendre les clauses scolaires de la Charte au niveau collégial. Il est urgent de cesser de financer notre assimilation. [Une meilleure natalité locale serait aussi une solution, l’immigration devrait diminuer afin de pouvoir donner du temps pour assimiler les immigrants.]
Mathieu Bock-Côté : Que pensez-vous de l’omniprésence de l’anglais dans les récentes manifestations tenues au Québec à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis ?
Frédéric Lacroix : Il est remarquable de noter que l’anglais était la langue véhiculaire, la « langue commune » des manifestations qui ont eu lieu partout au Québec en fin de semaine passée. À Montréal, à Trois-Rivières, à Québec, l’anglais était omniprésent, sur les pancartes, dans les slogans, etc. À tel point que les images des manifestations au Québec auraient pu provenir des États-Unis. Cela est, à mon avis, plus que troublant. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas dénoncer le cancer du racisme tout en s’inscrivant dans le contexte linguistique et culturel qui est le nôtre. Cela risquerait même d’avoir plus de résonance et de portée que ces manifestations tenues en anglais.
Mais je ne vois pas comment l’on peut encore, après cela, comme le fait le directeur de Dawson, nier l’anglicisation de Montréal. Mais plus encore, on voit que toute une partie de la jeunesse a intégré l’idée que l’on ne peut se projeter dans l’universel qu’en anglais. Cela témoigne, à mon avis, non seulement de l’anglicisation croissante de la jeunesse, et pas uniquement à Montréal, mais aussi de l’américanisation de cette dernière, qui se projette dans le monde en passant par les États-Unis. C’est un témoignage éloquent de la puissance du soft power américain, qui a complètement reconfiguré notre univers culturel en général, et l’univers culturel des jeunes en particulier, dans les 15 dernières années. C’est une donnée que nous n’avons pas encore intégrée dans nos politiques culturelles et dans notre politique linguistique, et qui est désespérément à la traîne.
Bref, la rupture culturelle entre les générations est de plus en plus évidente et béante. Je dirais qu’elle menace même d’engouffrer le Québec français au complet.
Le 10 juin 2020, les manifestants de Black Lives Matter ont défiguré une statue de Matthias Baldwin devant l’hôtel de ville de Philadelphie à Philadelphie (États-Unis), avec le mot « colonisateur » et son visage peint en rouge malgré le fait que Baldwin s’est très tôt opposé à l’esclavage et aux mauvais traitements infligés aux personnes en fonction de la race.
En 1835, Baldwin donna de l’argent pour créer une école pour les enfants afro-américains à Philadelphie et continua pendant des années à payer les salaires des enseignants de sa poche par la suite. Baldwin était un fervent partisan de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, une position utilisée contre lui et son entreprise par des concurrents désireux de vendre des locomotives aux chemins de fer basés dans le Sud esclavagiste.
Baldwin était membre de la Convention constitutionnelle de l’État de Pennsylvanie de 1837 et a émergé en tant que défenseur des droits de vote des citoyens noirs de l’État.
Mais, Baldwin était un homme blanc mort cisgenre et hétérosexuel et puis la culture historique n'est qu'une construction colonialiste, c'est bien connu.
Selon un récent sondage de la société ONE, la majorité des Canadiens veulent fermer les frontières et suspendre l'immigration au pays jusqu'à ce que la menace de coronavirus soit passée et jusqu'à ce que l'économie canadienne se rétablisse complètement.
Les trois quarts des Québécois (77%) et des Canadiens (76%) interrogés par ONE, une société de sondage basée à Toronto, sont fortement d'accord ou modérément d'accord avec la déclaration: le Canada devrait suspendre temporairement l'immigration jusqu'à ce qu'un vaccin soit développé pour le coronavirus et que le taux de chômage tombe à niveaux de coronavirus.
L'enquête révèle un vaste consensus sur la pause de l'immigration dans toutes les régions, tous les groupes d'âge, tous les niveaux de scolarité, tous les niveaux de revenu, la préférence des partis politiques et dans les deux langues officielles.
Les deux tiers des Canadiens qui ont voté libéral (67%) aux élections fédérales de 2019 appuient cette affirmation, tout comme les deux tiers des électeurs néo-démocrates (66%). Le consensus est encore plus fort parmi les électeurs conservateurs, 67% étant fortement d'accord et 22% modérément d'accord.
De même, 48% des électeurs du Bloc sont fortement d'accord et 39% modérément d'accord avec la pause de l'immigration.
Les Canadiens conviennent également que les programmes d'immigration temporaire du Canada devraient également être suspendus pendant cette période.
Près des deux tiers (61%) des Canadiens interrogés conviennent que «le Canada devrait suspendre temporairement le programme des travailleurs étrangers temporaires jusqu'à ce qu'un vaccin soit développé pour le coronavirus et que le taux de chômage redescende au niveau d'avant le coronavirus.»
En avril dernier, le Premier ministre Justin Trudeau a laissé entendre que la vie au Canada ne reviendrait pas à la normale avant la mise au point d'un vaccin. "La normalité telle qu'elle était avant ne reviendra pas avant que nous recevions un vaccin pour cela ... ce sera très loin", a déclaré le Premier ministre lors de sa performance quotidienne dans les médias sur COVID-19. «Nous devrons rester vigilants pendant au moins un an.»
Même si un vaccin peut prendre des années, l’économie du Canada peut avoir besoin de plus de temps pour se rétablir. Le taux de chômage en février 2020, avant la pandémie de coronavirus et les blocages qui en résultaient, était de 5,6%. Selon le rapport sur l'emploi de mai 2020, le taux de chômage au Canada est à un niveau record de 13,7%.
Avec des millions de Canadiens sans emploi et à la recherche d'un emploi, la justification de l'embauche de travailleurs étrangers temporaires pour combler le manque de main-d’œuvre ne tient pluspour les Canadiens. Plutôt que d'importer de la main-d'œuvre bon marché des pays en développement et de risquer que ces voyageurs emportent avec eux un coronavirus, cette enquête montre que les Canadiens préféreraient largement embaucher des résidents du Canada.
Anastasia Marcelin est directrice de la Ligue des Noirs nouvelle génération. Elle était l’organisatrice de la marche « contre le racisme » de dimanche dernier.
En novembre 2019, Anastasia Marcelin a publié sur Facebook cette vidéo où celle-ci affirmait que le Québec a ouvert sa porte aux Haïtiens du temps de Duvalier pour venir éduquer les Québécois, et ce, jusqu’à aujourd’hui, car selon elle, la plupart des Québécois sont des paresseux sur le bien-être social.
Le reportage de Radio-Canada sur la manifestation et qui interroge Mme Marcelin est plus lissé, bien sûr, car la culpabilisation des Québécois est une noble cause.
Des milliers de manifestants se sont rassemblés au centre-ville de Montréal pour dénoncer le racisme et honorer la mémoire des victimes de la brutalité policière, pour un deuxième dimanche d’affilée. Une grande marche familiale dans les rues de la ville qui s’est déroulée dans le calme, malgré quelques moments de tension.
« Après 400 ans d’exploitation, on n’en peut plus », crie au micro Anastasia Marcelin, l’une des organisatrices. Elle fait référence aux premiers esclaves africains arrivés il y a quatre siècles en Virginie.
« Aujourd’hui, c’est la dernière marche que nous organisons », ajoute la directrice de la Ligue des Noirs Nouvelle Génération, en pleurs.
Une femme parle dans un porte-voix, suivie d’une foule compacte, pendant une manifestation au centre-ville.
« No justice, no peace », scande Anastasia Marcelin, une des organisatrices de la marche. On remarquera la place de l’anglais, autre preuve de l’américanisation du Québec, en sus de l’immigration non européenne récente qui apporte son lot de luttes contre le racisme. Une société apaisée.
Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est un ensemble d'études menées par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres. Les enquêtes sont menées tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 36 pays membres de l'OCDE ainsi que dans de nombreux pays partenaires et aboutissent à un classement dit « classement Pisa ».
Lors du dernier classement PISA, présenté en décembre 2019, les jeunes Suédois ont obtenu de meilleurs résultats lors des tests effectués en 2018 que lors des tests précédents dans les trois matières et ont grimpé au sommet du classement international. La ministre suédoise de l’Éducation, Anna Ekström, avait qualifié cette journée « de grand jour » et de s'exclamer : « Voilà un message fort : les écoles suédoises sont fortes ».
Rebond de la Suède dans les trois domaines d'étude PISA
Le journal suédois Expressen (circulation de 270,900 exemplaires) affirme qu’un grand nombre d'élèves nés à l'étranger ont été incorrectement retirés de l'échantillon des élèves de 15 ans qui participent aux tests PISA.
De la sorte, la Suède aurait violé les règlements officiels de l'OCDE. Les chiffres indiquent également que des élèves nés en Suède ayant de faibles compétences linguistiques ont également été retirés des échantillons soumis aux tests PISA.
Pour le quotidien stockholmois, si les règles avaient été suivies, les résultats suédois auraient été bien pires et la Suède serait probablement revenue aux bas niveaux des années précédentes dans les trois sujets étudiés (compréhension de la lecture, mathématiques et sciences) .
Pour le journal Expressen, il semble y avoir ici de graves erreurs de méthode qui ont systématiquement amélioré la moyenne. Depuis lors, l'Agence nationale pour l'éducation a utilisé cette moyenne gonflée pour donner une image trop positive de la performance de l'école suédoise, explique Magnus Henrekson, professeur d'économie qui se penche sur le rendement de l'école suédoise.
Dans le même temps, des voix critiques se sont élevées contre la Suède qui aurait le "taux d'exclusion" le plus élevé du monde. Après avoir décidé qui allait passer l'examen, onze pour cent des étudiants ont été retirés de l'échantillon, soit en raison d'un handicap, soit parce qu'ils étaient des immigrés récents avec de trop faibles compétences linguistiques pour participer.
Selon le quotidien suédois, conformément aux règles des tests PISA, à laquelle tous les pays participants doivent se conformer, seuls les élèves nouvellement arrivés en Suède qui ont suivi un enseignement en suédois depuis moins d'un an sont autorisés à ne pas participer à l’étude. Les étudiants qui ont suivi des cours en suédois depuis un an ou plus doivent passer l'examen.
La liste des écoles participant au PISA est tenue secrète par l'Agence nationale suédoise pour l'éducation, mais l’Expressen est parvenu à en retracer certaines.
Le quotidien s’est entretenu avec trois directeurs écoles participantes, ils sont tous responsables de rendre compte à l'Agence nationale pour l'éducation dans le cadre des tests PISA. Chacun fournit des réponses complètement différentes à la question de savoir combien de temps un étudiant nouvellement arrivé aurait dû suivre un enseignement en suédois pour participer aux épreuves.
Un directeur a affirmé que le seuil pour eux est de deux ans, citant la définition de « immigrant récent » de la municipalité. Ulrika Mattsson, directrice du Palmbladsskolan à Uppsala, confirme que son école a violé les règles de l'OCDE et exclu des tests PISA des élèves nouvellement arrivés qui avaient pourtant suivi un enseignement en suédois depuis plus d'un an.
COMMENT FONCTIONNE LA SÉLECTION PISA
PISA est une étude internationale menée dans des pays du monde entier qui mesure chez les jeunes de 15 ans la compréhension et les connaissances en lecture, en mathématiques et en sciences. Le test est effectué tous les trois ans depuis 2000.
La première étape consiste à échantillonner diverses écoles auxquelles étaient inscrits les élèves de 15 ans. Certaines des écoles sont exclues à cette étape sans qu’il soit clair pour nous pourquoi certaines sont exclues à ce stade. Le Québec est d’ailleurs une des juridictions qui élimine le plus des écoles choisies au préalable (20,5% des écoles québécoises d'abord choisies sont remplacées, voir tableau ci-dessous). Parce qu’elles sont d’un faible niveau scolaire ? À forte proportion immigrée ? Ont trop peu d’élèves de 15 ans ?
Chaque pays participant indique son nombre total de jeunes de 15 ans et combien d'entre eux fréquentent la 7e année scolaire ou plus. De ce groupe, un échantillon représentatif d'étudiants est invité à participer au PISA.
Dans chaque école échantillonnée, la liste de tous les élèves admissibles (soit ceux de 15 ans), indépendamment du niveau scolaire, a d’abord été dressée. Les tableaux A.1a et A.1b montrent le nombre total d’élèves exclus par province qui sont classés dans des catégories précises conformément aux normes internationales. Les élèves pouvaient être exclus s’ils faisaient partie de l’une des trois catégories suivantes pour incapacité fonctionnelle ou intellectuelle ou une connaissance limitée de la langue de l’évaluation, habituellement, les élèves ayant bénéficié de moins d’un an d’enseignement dans la langue de l’évaluation.
Chaque école signale ensuite à l'autorité responsable du pays (Agence nationale suédoise pour l'éducation) quels élèves doivent être exclus, de sorte que, pour diverses raisons, ils ne sont pas considérés comme capables de passer le test. Ces étudiants sont considérés comme "exclus". Les élèves qui ont été sélectionnés pour passer le test PISA, mais qui ne se présentent pas au test pour diverses raisons sont plutôt comptés comme n’ayant pas participé.
« C'est extrêmement grave »
L'Expressen a compilé des statistiques de l'Agence nationale pour l'éducation, de l'Agence suédoise des migrations et de Statistiques Suèden avec l'aide du professeur Magnus Henrekson de l'Institut de la recherche commerciale pour les analyser.
Sur base de ces calculs, le quotidien affirme pouvoir montrer à quoi auraient ressemblé les résultats des élèves suédois au PISA 2018 si les règles avaient été suivies.
Selon les calculs de l’Expressen montrent que les résultats suédois en compréhension de la lecture auraient été inférieurs d'au moins 5 à 13 points si la Suède avait suivi les réglementations de l'OCDE. En effet, un grand groupe d'étudiants nés à l'étranger, qui auraient obtenu des
résultats bien inférieurs à la moyenne, ont été retirés de l'échantillon du PISA pour des motifs incorrects.
Cinq points de compréhension en lecture correspondent à la quasi-totalité du gain de la Suède depuis le PISA 2015.
« C'est extrêmement grave, d'autant plus que les résultats du PISA ont été utilisés dans la pratique pour comparer l'école suédoise actuelle par rapport à d'autres pays et son évolution au fil du temps », explique Magnus Henrekson.
Des résultats inférieurs de 13 points auraient entraîné une nette baisse par rapport aux résultats précédents et une dégringolade de plus de dix places dans le classement international du PISA 2018.
Selon l’évaluation du professeur Magnus Henrekson, une baisse de 13 points pourrait même être optimiste, car elle est basée sur l'hypothèse que les élèves exclus auraient fait assez bien en moyenne.
Même dans les deux autres matières, mathématiques et sciences, les résultats suédois auraient été bien pires si les règles de l’OCDE qui organise les tests PISA avaient été suivies et auraient probablement entraîné une baisse par rapport aux résultats précédents.
L’Agence nationale pour l’éducation suédoise se défend en indiquant que ce grand nombre d’exclusions s’explique par à l’accueil important de réfugiés en Suède ces dernières années, qu’elle pensait pouvoir légalement exclure de l’échantillon selon certaines recommandations de l’OCDE.
Les médias de grand chemin en sont coutumiers. Notre très chère Radio-Canada (plus d’un milliard de dollars de subventions par an) en est un bon exemple. Il faut faire très peur au sujet de la Covid-19 et n’annoncer que de mauvaises nouvelles en ce qui concerne la chloroquine, un traitement potentiel. Nous nous perdons en conjectures sur les raisons de cette ligne éditoriale, est-ce parce que Trump est optimiste et s’est déclaré en faveur de la chloroquine ? Et qu’il faut donc prendre le contre-pied ? Est-ce parce que cette panique pourrait permettre de remettre en cause l’ordre économique et politique considéré comme injuste ?
Nous ne prenons pas ici position sur le traitement à la chloroquine associée à de l'azithromycine
(est-elle efficace ou non), mais sur la sélectivité des médias comme la SRC qui tend à l'alarmisme et à ne publier rapidement que des nouvelles négatives de la chloroquine, un traitement potentiel, que Trump a dit privilégier.
2. Dans le même journal télévisé, Radio-Canada interroge un expert, il est extrêmement pessimiste. Le Téléjournal soulignait par deux fois les propos apocalyptiques de cet expert (sans contrepartie plus optimiste).
Le correspondant radio-canadien résume : « cela équivaut aux pires moments de la grippe espagnole, et il prévient ce n’est qu’un début : “Aussi tragique qu’ait été la situation, ce n’est que le début”. » La Grippe espagnole, rien que cela. Une époque sans antibiotique, des populations affaiblies au sortir de la Première Guerre mondiale, avec de nombreux cas empoisonnement à l’aspirine. Radio-Canada n’interroge aucun expert qui pourrait modérer cette prédiction apocalyptique.
Cette étude trouve bien que moins de gens ont été infectés dans le groupe traitement à la chloroquine, mais la différence n’était pas statistiquement significative. Pas d’effets secondaires graves à la chloroquine non plus.
Notons que comme on le verra le titre est faux, l'étude trouve une faible efficacité à l'hydroxychloroquine, celle-ci n'est pas statistiquement significative, mais elle ne prouve nullement l'inefficacité car sa puissance statistique est minée par des erreurs de mesure potentielles. Bref une étude peu informative, non concluante dont les médias interprètent mal les conclusions. Mais bon, comme on pense qu'elle est défavorable à la chloroquine on en fait grand bruit.
Le chapeau sous le titre de la SRC est aussi erroné : l’étude indienne (6.) publiée plus tôt est bien randomisée (par tirage aléatoire) et en double aveugle.
Elle est tout de suite vivement critiquée (mais Radio-Canada ne s’en est pas fait l’écho), car elle n’a pas utilisé de tests PCR pour évaluer si le personnel était atteint de la Covid-19, mais s’est basé sur les symptômes souvent communs à la grippe.
Bon, j’ai maintenant lu cette étude [Boulware et al.] et, roulement de tambour, c’est encore une merde qui n’apporte rien et n’aurait jamais dû être publiée dans le NEJM et encore moins faire l’objet d’articles de presse avant même sa publication.
Notez d’abord que l’étude porte sur la question de savoir si l’hydroxychloroquine a un effet prophylactique en protégeant les personnes à risque d’être infectées.
Ce n’est donc pas la question qui fait l’objet du débat le plus intense, à savoir si l’hydroxychloroquine a un effet thérapeutique chez les gens déjà malades, mais en soi ce n’est pas grave, c’est aussi une question intéressante.
Il y aurait pas mal de choses à dire sur le moment choisi de l’intervention et est-ce que ça permet vraiment de tester un effet prophylactique, mais ça n’aurait pas grand intérêt parce que cette étude souffre d’un défaut tellement énorme qu’à côté tout le reste n’a pas d’importance.
Le problème en question c’est que, en raison du manque de tests à l’époque, l’immense majorité des participants n’ont pas pu être testés par PCR. Parmi ceux qui ont été jugés positifs, l’infection a été confirmée en laboratoire dans moins de 20 % des cas.
Les autres ont été diagnostiqués comme souffrant de COVID-19 parce qu’ils avaient des symptômes compatibles avec la maladie. Les participants recevaient le traitement par la poste et répondaient à un questionnaire en ligne...
Or, l’étude a été réalisée en mars, à une époque où il y avait a priori encore plein de grippes et de rhumes, donc l’absence de test PCR dans l’immense majorité des cas a forcément introduit énormément d’erreurs de mesure.
Cette erreur de mesure a pour effet de réduire la puissance statistique du test en noyant tout signal éventuel, donc leur calcul de puissance pour déterminer la taille de l’échantillon dont ils avaient besoin ne vaut rien puisqu’il ne prend pas en compte l’erreur de mesure...
J’ai fait une petite simulation dans la nuit pour me faire une idée de l’effet que cette erreur de mesure a pu avoir sur la puissance statistique selon les hypothèses qu’on fait sur la taille de l’effet et les autres paramètres.
J’ai mis le code en ligne sur GitHub pour que vous puissiez essayer vous-même avec différentes hypothèses et vérifier que je n’ai pas fait d’erreur quelque part vu que j’ai fait ça rapidement à 2 h du mat.
[...]
Je pense que les hypothèses que j’ai faites sont déjà très optimistes, mais par acquit de conscience j’ai essayé avec d’autres combinaisons d’hypothèses et, dans tous les cas, la puissance statistique restait bien en dessous de ce qui est désirable.
Je sais déjà que, pour défendre les auteurs et le NEJM, on va me dire que les auteurs ont pris soin de noter les « limitations » de l’étude dans le papier, mais franchement c’est une blague.
Ils notent en effet comme une « limitation » le manque de tests PCR, mais ne font aucun effort pour estimer les conséquences de l’erreur de mesure que ça introduit et font un calcul de puissance purement théorique et détaché de la réalité.
La presse s’est bien sûr empressée d’obtempérer puisque, comme Trump a admis prendre de l’hydroxychloroquine à titre prophylactique, c’était l’occasion de lui taper dessus... C’est le cas du NYT et j’ai vu que le Washington Post avait fait de même.
L’article du NYT mentionne en passant que « tous les participants n’ont pas pu être testés », mais je n’avais jamais imaginé en lisant ça que la proportion était si basse !
Bref, encore une fois, c’est un cas d’école en termes de mauvaises pratiques scientifiques et journalistiques, mais bien sûr ni les auteurs de l’étude, ni le NEJM, ni le NYT ou le Post n’en souffriront, parce que tant que ça permet de taper sur Trump ce n’est pas grave.
Honnêtement, cette histoire d’hydroxychloroquine devient un gag, je commence à me demander si on n’a jamais une étude là-dessus qui n’est pas complètement pourrie... Ce n’est pourtant pas *si* compliqué à faire, mais apparemment personne n’a envie.
Si on fait l’analyse comme les auteurs l’on fait, sur 1 jour à 4 jours indépendamment on trouve des différences non significatives. Cela veut dire que l’écart de mesure entre les deux chiffres ne peut pas être considéré comme pouvant entrainer une conclusion comme quoi le traitement fonctionne mieux que le placebo. Les bases statistiques apparaissent fiables même si les échantillons sont un peu petits et donc cela rend les tests statistiques plus délicats.
Mais avec la science statistique, allons plus loin.
Quand on regroupe les échantillons en personne ayant été exposées 1 à 2 jours ou 1 à 3 jours [à une autre personne infectée] donc avec des échantillons plus grands et donc plus fiables, là les tests deviennent significatifs.
Ainsi la conclusion de l’étude Boulware est erronée. Ce qui plaiderait en faveur de l’hydroxychloroquine et changerait les conclusions de cette étude.
(Pour reprendre l’interprétation avec des mots simples, dans le cas du rédacteur de l’étude, ils ont testé s’il y avait un effet significatif entre le groupe placebo et le groupe traitement. En faisant cela par tranche d’exposition au traitement ils arrivent à la conclusion que ce n’est pas statistiquement différent. L’analyste aurait dû vérifier sur des bases plus importantes en regroupant comme nous l’avons proposé. Avec ces regroupements le résultat devient statistiquement significatif. C’est-à-dire qu’il y a un effet positif de l’hydroxychloroquine)
Encore une fois le diable se trouvait dans le détail acte II.
Le docteur Gibson McDonald nous l’a confirmé « nous n’avons pas fait ces analyses statistiques ».
En d’autres termes, plus on considère les gens qui ont pris le traitement tôt dans l’étude Boulware, plus l'effet positif de la chloroquine devient significatif !
Les hypothèses de ce modèle étaient douteuses dès le début, le prof. Raoult l’avait évoqué très tôt en prenant l’exemple du Princess Diamond ce navire de croisière où avait éclos la Covid-19 en février 2020. On avait affaire à une clientèle confinée très âgée (âge médian de 69 ans). Sur les 3711 personnes à bord (équipage + croisiéristes), un peu plus de 700 personnes furent contaminées dont 14 moururent (dernier décès en avril), toutes des passagers, soit environ 2,5 % de mortalité des passagers infectés (567) avec un âge moyen d’environ 74 ans parmi les décès (on ne connaît pas l’âge exact de tous les décédés). Ce taux de 2,5 % parmi ces personnes âgées, nettement plus vulnérables que la moyenne de la population, est relativement faible et augurait une mortalité nettement moins forte dans la population en général que le taux de létalité de 3,4 % que l'OMS indiquait le 3 mars 2020.
Un article du 20 mars 2020 dans Nature mentionne les résultats de l'équipe de Timothy Russell, épidémiologiste mathématique à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Son équipe avait utilisé les données de la princesse Diamond — où presque tout le monde a été testé — et les a combinées avec plus de 72 000 cas confirmés en Chine, ce qui rend leur estimation de leur taux de mortalité par cas détectés (CFR) plus robuste. Le groupe estimait que le taux de mortalité par infection (IFR) en Chine — la proportion de toutes les infections, y compris les infections asymptomatiques, qui entraînent la mort — est encore plus faible, à environ 0,5 % dans la population totale.
Le modèle de l’Imperial College utilisera pourtant un taux de létalité assez pessimiste avec un taux de 0,9 % de décès par personne infectée et assumera que 81 % des personnes seraient infectées (VoirHow One Model Simulated 2.2 Million U.S. Deaths from COVID-19).
La contagiosité semble avoir été mal estimée dans de nombreux modèles alors que beaucoup croyaient que les enfants étaient très contagieux, le professeur Raoult a très tôt indiqué que les enfants que son équipe marseillaise avait testés étaient au contraire très peu contagieux. D’autres études appuient désormais ces dires (voir le prof. Robert Cohen ci-dessous ou une étude pratiquée en Islande).
En outre, autre erreur dans l’estimation de contagiosité, il semblerait qu’une bonne partie de la population bénéficiait d’une immunité acquise. Voir ci-dessous, l’ancien ministre de la Santé Douste-Blazy et le professeur Raoult.
Enfin, selon le professeur Karl Friston, dans chaque pays, il semble y avoir une partie de la population qui « n’est même pas dans le jeu » - c’est-à-dire qui n’est pas sensible à la Covid-19. Cela varie énormément d’un pays à l’autre. Au Royaume-Uni, le professeur Friston estime que cette portion est d’au moins 50 %, et probablement plus comme 80 %. Selon lui, les résultats de mortalité similaires entre la Suède (pas de confinement strict) et le Royaume-Uni (confinement strict) s’expliquent mieux par le fait qu’en réalité il n’y avait pas de grande différence dans la contagion. L’impact du confinement strict obligatoire dans les modèles du professeur Friston « disparaît littéralement ».
Cela commence à faire beaucoup d’hypothèses erronées.
Finalement, l’estimation la plus défavorable de l’Imperial College de 2,2 millions de décès aux États-Unis si tout le monde ne faisait « rien » ne signifie pas que pour éviter de ne rien faire il fallait un confinement strict qui empêche de sortir de chez soi et de travailler. Cela signifiait que personne n’évitait ni les ascenseurs bondés, ne portait des masques faciaux, ne se lavait les mains plus souvent et n’évitait les rassemblements, etc.« Rien » signifait que tout le monde ne faisait littéralement rien pour éviter le danger, ne changeait aucune de ses habitudes. L’équipe de Ferguson savait que c’était irréaliste, mais leur estimation fantasmatique de 2,2 millions en dépendait.Comme ils l’ont reconnu avec réticence, « il est fort probable qu’il y aurait un changement spontané significatif dans le comportement de la population, même en l’absence d’interventions gouvernementales. »
Note économique de l’IEDM montrant qu’il est possible que le Canada et d’autres pays aient pris des actions trop draconiennes en se fondant sur une mauvaise prévision.
Le déconfinement continue à s’opérer de façon graduelle au Canada. Mais alors que certains parlent d’une deuxième vague, il est plus important que jamais de se questionner sur le bien-fondé du confinement. Cette publication de l’IEDM offre une critique du modèle épidémiologique du professeur Neil Ferguson ayant mené au confinement du pays.
* * *
Cette Note économique a été préparée par Peter St. Onge, chercheur associé senior à l’IEDM, avec la collaboration de Gaël Campan, économiste principal à l’IEDM. La Collection Santé de l’IEDM vise à examiner dans quelle mesure la liberté de choix et l’entrepreneuriat permettent d’améliorer la qualité et l’efficacité des services de santé pour tous les patients.
Avant la mi-mars, la plupart des Canadiens considéraient la COVID-19 comme un problème affectant l’étranger. L’accent était mis sur le retour des Canadiens coincés en Chine, et il y avait eu un seul décès du coronavirus au Canada, soit un Britanno-Colombien de plus de 80 ans avec des problèmes de santé sous-jacents.
Puis, soudainement, le monde a changé. En deux semaines, presque toute l’économie canadienne était mise sur pause. Les rassemblements étaient interdits, les écoles et les garderies fermées, et toutes entreprises dites « non essentielles » fermées afin de ralentir la propagation du virus. Des pertes d’emploi historiques suivirent, dont 500 000 la première semaine seulement. Au 13 avril, près de 6 millions de Canadiens avaient demandé l’aide d’urgence (1).
Que s’est-il produit ? Le 16 mars, le professeur Neil Ferguson du Imperial College London a lancé un modèle épidémiologique qui a fait le tour du monde (2). Selon le rapport, des dizaines de millions de personnes pourraient mourir dans une pandémie comparée à la Grippe espagnole, l’épidémie la plus meurtrière des temps modernes.
Selon le rapport, l’unique option serait des mesures de distanciations physiques radicales de la population entière, pour une période pouvant atteindre 18 mois, jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible. La publication estimait que des mesures moins contraignantes, comme l’isolement des gens infectés, des personnes âgées et des personnes à risque réduiraient seulement les morts de moitié. Il fallait donc un isolement intégral. Deux jours plus tard, la frontière canado-américaine était fermée aux déplacements « non essentiels » et, une semaine plus tard, le Premier ministre Trudeau annonçait une aide de 82 milliards $ pour aider les travailleurs mis à pied en raison du confinement.
Deux mois plus tard, des experts ont découvert des erreurs graves dans la publication du Imperial College.
De plus, il est désormais connu que le professeur Ferguson traîne un historique de surestimation importante des décès — une appréhension confirmée par les données provenant des pays présentement non confinés. Il est donc possible que le Canada et d’autres pays aient pris des actions trop drastiques à cause d’une mauvaise prévision.
Les prévisions derrière le confinement
Dans sa publication [jamais publiée dans une revue] du 16 mars, le professeur Ferguson prédit 510 000 morts du coronavirus au Royaume-Uni et 2,2 millions aux États-Unis en 2020. Dix jours plus tard, son équipe fournit de sombres prévisions pour plusieurs pays, dont le Canada. Ferguson prévoit que, sans mesures prises, la COVID-19 pourrait tuer 326 000 Canadiens cette année (voir Tableau 1). Avec une diminution de 75 % de la fréquence des contacts, sa prévision tombait à moins de 46 000 décès. Selon lui, sans la moindre intervention, la COVID-19 infecterait 7 milliards d’individus et en tuerait 40 millions (40 000 000).
L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui avait affirmé quelques mois plutôt que les quarantaines n’étaient pas efficaces contre les maladies infectieuses, a rapidement changé son fusil d’épaule et fait la promotion des mesures coercitives mises en place en Chine, dont les quarantaines obligatoires, le traçage des contacts par les autorités et, finalement, le confinement (4).
La publication du professeur Ferguson a eu un impact énorme sur le débat. Les médias lui ont affublé le sobriquet de « Professeur Confinement » (5). Johan Giesecke, ancien scientifique en chef du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, a qualifié le modèle de « publication scientifique la plus influente » dont il se souvienne, mais également de « l’une des plus erronées » (6).
Pourquoi une telle influence ? Mark Landler et Stephen Castle ont écrit dans le New York Times : « Ce n’est pas tant les chiffres eux-mêmes, aussi terrifiants soient-ils, que le messager : le Imperial College London ». Les auteurs soulignent que grâce aux liens du professeur avec l’OMS, Imperial College était perçu comme « étalon d’or, ses modèles mathématiques informant directement les politiques des gouvernements ». Selon le Times, la publication a poussé les États-Unis et le Royaume-Uni à agir, les Britanniques délaissant l’immunité de masse pour le confinement (7).
La panique frappe ensuite rapidement le Canada. Le directeur médical des soins intensifs d’un hôpital torontois met en garde contre un écroulement complet du système de santé ontarien. « C’est la Troisième Guerre mondiale. Cela pourrait être un désastre total. C’est le temps de surréagir. »(8)
Prévisions et réalité
Aujourd’hui, le monde est différent. Loin d’une « Troisième Guerre mondiale », des sections des hôpitaux autrefois occupées sont fermées. Les médias rapportaient au début du mois d’avril que la capacité accrue de l’Ontario en respirateurs était inutilisée à 78 % et le volume de patients dans les hôpitaux était nettement inférieur à celui du meilleur scénario envisagé par la province. Fin avril, le médecin hygiéniste en chef ontarien annonçait des dizaines de décès de malades cardiaques évitant les hôpitaux par crainte d’attraper la COVID-19 (9).
La pandémie a eu ses pires conséquences au Québec, particulièrement à Montréal, malgré un confinement parmi les plus agressifs au pays. Considérant que plus de 82 % des morts canadiens étaient en résidences pour personnes âgées, il est possible qu’une meilleure gestion de ces centres ait été plus utile que le confinement (10).
Pendant ce temps, les modèles épidémiologiques ont été fortement révisés à la baisse, comparés aux extrêmes du professeur Ferguson. Le 9 avril, le Canada établissait ses projections de décès à entre 11 000 et 22 000, plutôt que les 8000 à 326 000 du professeur. Le 14 avril, le Royaume-Uni publiait une estimation de 23 000 décès, comparativement aux 22 000 à 602 000 de Ferguson. Les États-Unis, partiellement ouverts durant la pandémie, ont fait part d’une estimation de 134 000 décès (le double de la grippe de 2017) le 4 mai, plutôt que les 84 000 à 2 654 000 de son modèle (11).
Peu de pays ont confiné précisément au moment suggéré par le professeur Ferguson, rendant les comparaisons difficiles. Le Canada a confiné après quatre décès, soit beaucoup plus tôt que sa première marque suggérée de 750 (12).
Une comparaison plus adéquate nous vient des pays qui ne se sont pas confinés, dont la Suède, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Ces pays sont essentiellement l’exemple du pire scénario du professeur Ferguson : restaurants et bars ouverts, le gouvernement qui n’émet qu’une recommandation de distanciation physique — largement ignorée même au Japon, où les bars et restaurants sont demeurés bondés jusqu’au soir (13).
Bien que l’épidémie ne soit pas terminée, la différence est déjà frappante. Ferguson prédisait 1,4 million de morts au Japon, alors que le nombre de décès au 12 mai était de 657. En Corée du Sud, il prédisait 381 000 morts, comparativement à 258 au 12 mai. À Taïwan, 212 000 morts plutôt que le nombre réel de sept. Même en Suède, il a prédit 85 000 morts alors que le total au 12 mai était de 3313 (14).
Au Canada, le coronavirus est jusqu’à présent légèrement pire qu’une mauvaise grippe saisonnière : 5169 décès au 12 mai comparativement aux 3500 estimés au pays par le ministère de la Santé ontarien pour une saison typique (15). La situation n’est pas résolue et une courbe en cloche pourrait voir les décès doubler, ou plus encore. Mais jamais nous n’envisagerions de mettre 6 millions de Canadiens sur l’aide sociale pour éviter même une très mauvaise grippe saisonnière.
Que s’est-il passé ? Étrangement, la ligne de code [programme informatique] ayant menée au scénario apocalyptique de Ferguson n’était ni publique ni révisée par les pairs. Il a admis que le code contenait de milliers de lignes « non documentées », donc invérifiables. Un ingénieur logiciel chevronné de Google y a recensé des erreurs évidentes, dont le fait que les résultats puissent varier selon la puissance de calcul d’un ordinateur donné. Cela rend les résultats invérifiables, et donc vides de sens (16).
Il faut dire que la feuille de route du professeur Ferguson est mauvaise (voir le Tableau 2). En 2002, il prédisait jusqu’à 150 000 morts de l’ESB (« maladie de la vache folle ») — soit 55 fois le bilan final de 2704 décès. En 2005, il prédisait que la grippe aviaire pourrait tuer jusqu’à 200 millions de personnes. Le bilan fut de 455 (17).
Recoller les pots cassés
Le premier défi est de se sortir de l’hécatombe économique. Il faut prendre en considération tant les risques sanitaires que le fait bien établi que le chômage de masse et la pauvreté tuent, que ce soit à cause des suicides, de la toxicomanie ou de la malnutrition chez les plus vulnérables (18).
Afin d’éviter la pensée unique, ce compromis devra être élaboré tant par des économistes que des épidémiologistes. Des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas ont déjà mis en place une réouverture balisée (19), et plusieurs provinces canadiennes emboîtent le pas. Si d’autres décideurs canadiens n’agissent pas rapidement, le remède pourrait s’avérer pire que la maladie.
Dans un deuxième temps, la COVID-19 a exposé le manque de marge de manœuvre de notre système de santé. Après des années à s’inquiéter de l’achalandage de nos hôpitaux et des listes d’attente (20), il est temps d’augmenter dramatiquement la capacité de notre système de santé afin de parer les menaces.
La libéralisation inclurait des options entrepreneuriales afin de jeter du lest sur le secteur public même en temps normal, mais surtout en temps de crise. Cela comprendrait une modernisation du cadre réglementaire pour les fournisseurs de soins et les manufacturiers, dont le fait de rendre plus facile l’introduction de nouveaux médicaments et, bien entendu, de nouveaux vaccins.
En troisième lieu, nous devons être en mesure d’analyser les modèles sur lesquels nos décideurs se basent. Les universitaires ne vérifient pas régulièrement les lignes de code des modèles, ce qui serait jugé inacceptable dans le domaine de l’assurance automobile. Aux États-Unis, des sceptiques accusent l’Environmental Protection Agency d’avoir recours à de la « science secrète » lorsqu’elle utilise des données inaccessibles ou des modèles opaques afin d’approuver les demandes des écologistes (21).
Au minimum, des données anonymisées et les lignes de code devraient être disponibles afin d’être contre-vérifiées par le public lorsqu’elles sont utilisées pour justifier des politiques publiques, que ce soit le confinement ou les taxes sur le carbone. De plus, ces études doivent se fonder sur des faits vérifiés et utiliser des codes qui font ce qu’ils disent faire. Le processus décisionnel doit être transparent et ouvert au public.
Un ancien fonctionnaire indien résumait bien l’enjeu : « Les situations d’urgence comme cette pandémie demandent beaucoup plus, et non moins, de contre-vérifications », puisque les décisions ont de grandes conséquences. “Cela suggère que les démocraties doivent renforcer leur capacité à la réflexion critique en créant une institution indépendante de type ” Black Hat” afin de remettre en question des fondations techniques des décisions gouvernementales » (22).
En ce qui concerne la crise actuelle, le maintien ou la réapparition éventuelle de mesures de confinement et de restrictions devra se fonder sur des données scientifiques transparentes et vérifiables. Nous sommes en droit de nous attendre à ce que toute politique qui met en péril le gagne-pain et les libertés civiles de millions de Canadiens soit prise en fonction des informations scientifiques les plus rigoureuses qui soient.
Références
(1) Andy Riga, « COVID-19 updates March 12: Quebec starts shutting down to slow spread of coronavirus », Montreal Gazette, 12 mars 2020 ; Shelly Hagan et Kait Bolongaro, “500,000 Jobless Claims Send Canada’s Labor Market Into Freefall”, Bloomberg, 20 mars, 2020; Kathleen Harris, « Nearly 6 million people have applied for COVID-19 emergency benefits », CBC News, 13 avril 2020.
(2) Neil M. Ferguson et al., “Impact of Non-Pharmaceutical Interventions (NPIs) to Reduce COVID-19 Mortality and Healthcare Demand”, Imperial College London, 16 mars 2020.
(3) Patrick G.T. Walker et al., “The Global Impact of COVID-19 and Strategies for Mitigation and Suppression”, Imperial College London, 26 mars 2020; MRC Centre for Global Infectious Disease Analysis, “COVID-19”, Imperial College London, 2020.
(4) Organisation mondiale de la santé, Non-Pharmaceutical Public Health Measures for Mitigating the Risk and Impact of Epidemic and Pandemic Influenza, octobre 2019; Organisation mondiale de la santé, « Considerations for Quarantine of Individuals in the Context of Containment for Coronavirus Disease (COVID-19) », 19 mars 2020.
(5) Bill Bostock, « How ‘Professor Lockdown’ Helped Save Tens of Thousands of Lives Worldwide—and Carried COVID-19 into Downing Street », Business Insider, 25 avril 2020.
(6) John Fund, “‘Professor Lockdown’ Modeler Resigns in Disgrace”, National Review, 6 mai 2020.
(7) Mark Lander et Stephen Castle, “Behind the Virus Report That Jarred the U.S. and the U.K. to Action”, The New York Times, 2 avril 2020.
(8) Mike Crawley, “‘The impact on the health care system could be total collapse,’ warns ICU doctor”, CBC News, 21 mars 2020.
(9) Avery Haines et Alexandra Mae Jones, « “All of our rooms are empty” : Hospital ERs vacant during pandemic », CTV News, 29 avril 2020 ; Tom Blackwell, “‘That is a surprise’: Doctors still waiting for feared surge of COVID-19 patients in Canadian ICUs”, National Post, 11 avril 2020; Allison Jones, “Delayed cardiac surgeries due to coronavirus may have caused 35 deaths in Ontario: minister”, Global News, 28 avril 2020.
(10) Tonda MacCharles, “82% of Canada’s COVID-19 deaths have been in long-term care, new data reveals”, Toronto Star, 7 mai 2020.
(11) Amanda Connolly, “With strong controls, Canada could see 11,000 to 22,000 coronavirus deaths: officials”, Global News, 9 avril 2020; Samuel Osborne, “Coronavirus : Experts lower projection of UK death toll, but still predict 23,000 to die from Covid-19 by August”, Independent, 14 avril 2020; Eric Levenson et Madeline Holcombe, « Coronavirus model projects 134,000 deaths in US, nearly double its last estimate », CNN, 4 mai 2020.
(12) Shelly Hagan et Kait Bolongaro, « 500,000 Jobless Claims Send Canada’s Labor Market Into Freefall », Bloomberg, 20 mars 2020; Matt Burgess, “When will lockdown end? The UK’s lockdown rules, explained”, Wired, 26 mai 2020; Sarah Mervosh et al., “See How All 50 States Are Reopening” The New York Times, 26 mai 2020; Worldometers.info, Coronavirus Update, 27 mai 2020 ; Neil M. Ferguson et al., op. cit., note 2.
(13) Motoko Rich, “Tokyo, in a State of Emergency, Yet Still Having Drinks at a Bar”, The New York Times, 19 avril 2020.
(14) Patrick G.T. Walker, et al., op. cit., note 3; Worldometers.info, Coronavirus Update, 12 mai 2020.
(15) Worldometers.info, Coronavirus Canada, 12 mai 2020 ; Ministry of Health of Ontario, “The Flu”, Ontario Government, 20 novembre 2019.
(16) Terence Corcoran, “We are at the mercy of two data problems with COVID-19 response”, Financial Post, 3 avril 2020; Sue Denim, “Code Review of Ferguson’s Model” Lockdown Sceptics, 10 mai 2020.
(17) Lee Elliot Major, “BSE-infected sheep a ‘greater risk’ to humans”, The Guardian, 9 janvier 2002; National CJD Research & Surveillance Unit, “Disease in the UK (By Calendar Year)”, University of Edinburgh, 4 mai 2020; Phillip W. Magness, “How Wrong Were the Models and Why?”, American Institute for Economic Research, 23 avril 2020; James Sturcke, “Bird flu pandemic ’could kill 150m’”, The Guardian, 30 septembre 2005; Organisation mondiale de la santé, « Cumulative Number of Confirmed Human Cases for Avian Influenza A (H5N1) reported to WHO, 2003–2020 », 20 janvier 2020.
(18) Kevin Milligan, “Are Opioid Deaths Affected by Macroeconomic Conditions”, National Bureau of Economic Research, Bulletin on Aging and Health, no. 3, 2017.
(19) Sabine Siebold et Andreas Rinke, « Germany to reopen all shops, allow soccer matches: sources », Reuters, 4 mai 2020.
(20) Peter St. Onge et Patrick Déry, « Canada’s Health Care Woes: Waiting Lists, Outdated Equipment, Staff Shortages », Institut Économique de Montréal, Note économique, 18 décembre 2019.
(21) Sue Denim, op. cit., note 16; Kelsey Brugger, “Trump administration expands reach of EPA secret science proposal”, Science, 4 mars 2020.
(22) Sanjeev Sabhlock, “A critique of Neil Ferguson’s (the Imperial College) pandemic model”, Times of India, 29 avril 2020.