mercredi 25 mai 2016

Chantal Delsol : Les démiurges contre les jardiniers de ce monde




Philosophe, historienne des idées et romancière, Chantal Delsol est membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Elle vient de publier un essai puissant et sans compromission intitulé : « La haine du monde » aux Éditions du Cerf. Pour l’auteur, le clivage traditionnel gauche/droite s’estompe en faveur d’un autre, plus récent, mais durable : la séparation entre démiurges et jardiniers, représentant deux courants de pensées adverses. Les démiurges, les enfants des Lumières, possèdent le pouvoir. Ils veulent émanciper l’homme des particularismes, des emprises familiales, religieuses, nationales ou culturelles. En cela, ils se situent dans la continuité des totalitarismes du XXe siècle.

L’esprit ultime du démiurge est le transhumanisme, l’homme amélioré qui rêve d’immortalité. Par opposition au démiurge, Chantal Delsol fait appel à l’image du jardinier « qui ne cherche pas l’efficacité, mais la fécondité ». Chantre de l’enracinement, le jardinier s’apparente à la représentation de la contre-culture face au pouvoir et aux puissants. Le but du jardinier n’est pas de créer un nouveau monde, mais parfaire celui qu’il a trouvé en arrivant. Plus observatrice que militante, Chantal Delsol se garde bien de choisir son camp. Haut et fort, elle prône un équilibre nécessaire entre l’enracinement et l’émancipation. Cependant, au fil des pages, elle finit par affirmer qu’elle ne croit pas au triomphe de la démiurgie. L’auteur s’écrit : « jamais les pensées absurdes n’ont gagné ! ».

Présentation de l'éditeur
Le XXe siècle a été dévasté par la démiurgie des totalitarismes qui, espérant transfigurer le monde, n'ont abouti qu'à le défigurer. Mais il serait faux de croire que ces illusions totalitaires nous ont quittés. Car nous avons rejeté avec force le totalitarisme comme terreur, mais tout en poursuivant les tentatives de transfiguration du monde. Au point de l'histoire où nous en sommes, le débat et le combat opposent ceux qui veulent encore remplacer ce monde, et ceux qui veulent le défendre et le protéger. La conviction de Chantal Delsol est qu'une partie de l'Occident postmoderne, sous le signe d'un certain esprit révolutionnaire, au sens de radicale utopie, mène une croisade contre la réalité du monde au nom de l'émancipation totale. La philosophe définira ainsi le projet de la modernité tardive : une démiurgie émancipatrice dans le sillon des Lumières françaises de 1793 et du communisme, œuvrant sans la terreur et par la dérision, toujours barbare mais promue par le désir individuel et non plus par la volonté des instances publiques. Un essai cinglant et sans compromission par l'une des meilleures philosophes de notre époque.

Biographie de l'auteur

Philosophe, membre de l'Institut, Chantal Delsol poursuit une œuvre majeure à la croisée de la philosophie et du politique. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages dont, aux Éditions du Cerf, L'Âge du renoncement (2011), Les Pierres d'angle (2014) et Le Nouvel âge des pères (2015).

La haine du monde : Totalitarismes et postmodernité
de Chantal Delsol
paru le 5 février 2016
aux éditions du Cerf
à Paris
237 pages
ISBN-13: 978-2204108065




États-Unis — Tous les jeunes ne travaillent pas dans une « jeune pousse »

Quand la presse évoque la génération Y, elle ne s’intéresse qu’aux diplômés de la classe moyenne aisée, relève cette jeune journaliste américaine. Il est temps de s’intéresser aussi aux autres.

Je me souviens du jour où j’ai compris à quel point le terme « génération Y » [qui désigne les jeunes nés entre le début des années 1980 et le milieu des années 1990] était bidon. C’était en 2013, j’étais à Milwaukee dans le Wisconsin pour interviewer les employés d’une jeune entreprise typique avec tireuse à bière, fresques et longue planche [planches à roulettes plus longues que la planche ordinaire] de marque accrochées aux murs.

Tous âgés d’une vingtaine d’années, mes interlocuteurs usaient sans modération des expressions « génération Y », « notre génération » ou « les gens de notre âge ». Ils étaient aux prises avec toutes les grandes problématiques associées dans les médias à leurs préoccupations : la peur du déclassement, les diplômes qui ne valent rien, la quête du sens au travail, la nécessité de maîtriser les technologies pour réussir. Ils me vantèrent les charmes du lac Milwaukee et firent l’éloge de leur ville, à l’ambiance si favorable aux affaires. S’ils n’avaient pas un sou de côté, je ne doutais pas une seconde qu’avec leur optimisme ils n’auraient aucun mal à tirer leur épingle du jeu.

En sortant de leur charmant bureau-loft du centre-ville, je me suis retrouvée nez à nez avec des employés de restaurant-minute qui manifestaient pour être payés 15 dollars l’heure. La plupart d’entre eux avaient moins de 30 ans. Ils étaient noirs ou latinos et n’avaient pas du tout les mêmes problèmes que mes jeunes employés de la jeune entreprise. Après avoir échangé quelques mots avec eux, je me suis rendu compte qu’ils se demandaient surtout comment nourrir leurs enfants, qu’ils s’inquiétaient de l’insécurité dans leur quartier et qu’ils devaient jongler entre leurs études et trois boulots désagréables.

Pauvreté. C’est à ce moment que j’ai mesuré à quel point les médias, quand ils parlent de la génération Y, se concentrent exclusivement sur les jeunes diplômés de la classe moyenne aisée, quand bien même ces derniers ne représentent nullement la majorité.

Non pas que l’on n’entende jamais parler de leurs problèmes financiers : une étude du Pew Research Center — qui définit les « génération Y » comme les personnes nées entre 1981 et 1997 — estime qu’un sur cinq vit dans la pauvreté. Près de la moitié sont sans emploi ou occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés. Les deux tiers sont endettés sur le long terme.

Et pourtant, quand ils évoquent ces difficultés, les médias ne parlent que de « retards à l’allumage », et non de symptômes révélateurs d’un fossé économique béant. Ces études ne font pas de différence entre les jeunes issus de milieux pauvres et les autres. Sachant que la moitié des baby-boomers [la génération d’après-guerre] n’ont pas épargné pour leur retraite et que seuls 35 % des Américains de la génération X [nés entre 1960 et 1980] ont un diplôme universitaire, statistiquement, il est fort probable qu’un grand nombre de jeunes d’aujourd’hui ont grandi dans des familles pauvres ou modestes.

Ce n’est pourtant pas ce que nous racontent les journalistes quand ils nous parlent de la génération Y. Si les médias sont fascinés par la génération Y (aussi appelée la génération millénaire), c’est peut-être parce qu’ils sont dirigés par des gens relativement âgés qui nous en veulent. Quelle qu’en soit la raison, leur acharnement est particulièrement palpable depuis la fin des années 2000. Une litanie d’insultes circule, visant spécifiquement les jeunes de la classe moyenne : ils sont narcissiques, se comportent comme si tout leur était dû et n’arrêtent pas de se plaindre. Vissés à leur portable, ils refuseraient de grandir. Les articles les plus bienveillants leur prédisent un réveil difficile après leurs études. À l’opposé, les « grands penseurs » et les orateurs des conférences TED [destinées à diffuser en ligne, gratuitement, des « idées qui en valent la peine »] glorifient l’idéalisme des abeilles ouvrières du secteur technologique qui votent pour le Parti démocrate — là encore, une catégorie de jeunes hautement diplômés et plutôt aisés.

C’est comme si les millions de jeunes pauvres nés de parents pauvres n’existaient pas. Pire, on les accable. Dans « La génération moi, moi, moi », un papier qui a fait la couverture du magazine Time en 2013, Joël Stein consacre à ce groupe une phrase - raciste de surcroît : « Ce ne sont pas là que des problèmes de gamins de riches : dans leur fabuleux ghetto, les membres pauvres de la génération millénaire sont encore plus narcissiques, matérialistes et accros à la technologie. »

Les enquêtes sur la pauvreté évoquent rarement les questions de génération. Pourtant, nombre des salariés exploités des salons de manucure dont nous parle Sarah Maslin Nir, dans un article [publiée par The New York Times en mai 2015] qui a fait beaucoup de bruit, entrent dans la catégorie statistique de la génération Y. Même chose pour la mère de Dasani [une fillette de 11 ans], qui apparaît dans le portrait sensationnel d’une famille de sans-abri à New York qu’Andrea Elliott a publié en 2013 [dans The New York Times]. Dans les articles consacrés aux jeunes Noirs en prison et aux jeunes qui vivent dans la rue, on ne trouve jamais le terme « génération Y ».

Étiquettes. Aussi choquante soit-elle, cette incohérence n’est pas nouvelle. Le traitement médiatique de la génération X et des baby-boomers était tout aussi déséquilibré, concentré uniquement sur les mieux nantis.

Dans mes propres reportages, j’ai été tentée d’abandonner le concept même d’identité de génération, notamment pour celle-ci, qui est probablement la plus hétéroclite de notre histoire. En pratique pourtant, ces dénominations jouent un rôle important. Les étiquettes et les affinités permettent de rassembler et de créer des mouvements qui finissent par acquérir un certain poids politique. Aucun candidat à la présidentielle ne peut se faire le champion d’un groupe invisible et silencieux dont on ne parle à peu près jamais dans les médias.

Les jeunes pauvres, dont on ne parle que dans des articles traitant de la pauvreté, méritent qu’on leur consacre des reportages nuancés. Plus de vingt ans après sa création par les sociologues [américains] Neil Howe et William Strauss, le terme « génération Y » n’est pas près de disparaître. Il serait donc temps de s’intéresser aussi à ceux qui ne correspondent pas à cette vision stéréotypée.


Source : Extraits adaptés de Fusion (Floride) du 10 février

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lundi 23 mai 2016

Le mythe de la violence religieuse

William Cavanaugh a publié un ouvrage intéressant sur la violence religieuse. Ce livre publié d'abord en anglais aux Presses de l'Université d'Oxford s’attache à critiquer le préjugé largement répandu dans l’Occident moderne selon lequel la religion serait intrinsèquement porteuse de violence et d’une violence nécessairement pire que la violence séculière. On retrouve cette critique de Voltaire (sur ce personnage lire ici et ) à John Rawls, figure tutélaire de George Leroux, un des pères du controversé cours d’éthique et culture religieuse. C’est sans doute pourquoi Georges Leroux avait écrit en oubliant sans doute la Première Guerre mondiale, le nazisme et le stalinisme : « Alors que la période prémoderne se caractérisait par la recherche de l’hégémonie religieuse et par le prosélytisme qui conduisit l’Europe aux guerres les plus meurtrières de son histoire, la période moderne se caractérise par la sécularisation, la tolérance et le respect mutuel dans l’aire occidentale. » (page 24 de son Rapport d’expert présenté dans la requête Suzanne Lavallée et Daniel Jutras relative au programme d’éthique et culture religieuse, février 2009). Il assènera la même assertion dans son expertise remise dans l’affaire Loyola c. le Monopole de l’Éducation du Québec.


Violence des idéologies séculières

La critique de William Cavanaugh consiste d’abord à mettre en lumière la violence des idéologies séculières qui déchaînent la haine au nom de la nation, de l’État, de la race, de la révolution, de la démocratie, de la lutte des classes, etc. Chacun conviendra en effet aisément que la Terreur de 1793, les crimes du communisme ou du nazisme, les bombardements de Dresde ou d’Hiroshima n’ont rien à envier en cruauté et en barbarie aux croisades ou à l’Inquisition. Mais Cavanaugh va plus loin.

Il montre que l’idée d’une violence spécifiquement religieuse qui serait par principe plus à craindre que la violence séculière repose sur un contresens historique. Les auteurs qui défendent cette thèse prennent en effet comme point de départ de leur réflexion une définition de la religion comme système de croyances nettement distinct des préoccupations et des motivations séculières qui n’a tout simplement pas de sens en dehors de l’ère culturelle moderne et occidentale.

Les prétendues « guerres de religion »

Cavanaugh se sert notamment de l’étude de ce que l’on appelle de manière selon lui relativement impropre, les « guerres de religion » du XVIe siècle en Europe, pour montrer qu’il est absolument impossible d’isoler dans ces conflits les mobiles que l’on qualifierait aujourd’hui de séculiers de ceux que l’on qualifierait de religieux. Mieux encore, il nous convainc que l’État moderne n’a pas résolu les guerres de religion en faisant triompher une forme de rationalité laïque sur les passions religieuses mais que c’est l’émergence de ce même État moderne qui est l’une des causes principales de ces guerres. Et de fait, le protestantisme en favorisant la nationalisation de la religion a permis à de nombreux princes d’éliminer cette forme d’allégeance concurrente à celle exigée par l’État que représentait l’universalisme catholique. À l’inverse, dans un pays comme la France, la conversion d’une partie de la noblesse au protestantisme n’est pas sans rapport avec une forme de résistance féodale à la mise en place de la pleine souveraineté royale.

Légitimation de l’État, diabolisation de l’ennemi


Victimes de la famine organisée en URSS (la dékoulakisation)
Après avoir servi de discours de légitimation à l’État moderne puis à l’État libéral, le mythe de la violence religieuse sert aujourd’hui à diaboliser les sociétés non occidentales. Cavanaugh s’intéresse particulièrement à l’utilisation du mythe par les néo-conservateurs américains. Ceux-ci ont tendance à considérer que les Arabes sont par nature incapables d’agir selon des mobiles rationnels et que leur unique motivation est une haine absurde et viscérale de l’Amérique et de ses valeurs. Toutes les autres interprétations, notamment celles qui mettent en avant la responsabilité américaine (soutien à la colonisation des territoires palestiniens par Israël, aux différentes dictatures du monde arabe, aux groupes islamistes les plus radicaux, au djihad quand il prenait pour cible les Soviétiques...), sont par avance disqualifiées.

L’autre intérêt du livre de Cavanaugh est de rectifier notre vision des rapports de l’Amérique avec la religion. Il nous invite en effet à ne pas confondre les références à Dieu qui participent à la religion civique américaine (In God we trust) et les églises proprement dites. Les unes et les autres ne vont pas forcément de pair comme le prouvent par exemple les lynchages, dans les années quarante, de témoins de Jéhovah qui refusaient le salut au drapeau, à leurs yeux idolâtres, ou les différentes tracasseries dont sont régulièrement victimes les catholiques. Il nous rappelle aussi, à rebours des préjugés qui ont cours en France sur les Américains, que la prière est interdite dans les écoles publiques au nom de la séparation des églises et de l’État.

Le Mythe de la violence religieuse intéressera donc autant les historiens que les observateurs des conflits contemporains et ceux qui réfléchissent aux rapports entre la religion et l’État dans les sociétés modernes.

Présentation de l’éditeur

C’est une idée dominante : la religion promeut la violence, car elle est absolutiste, source de divisions et irrationnelle. Mais peut-on séparer la violence « religieuse » de la violence « séculière » ? C’est la question que pose William Cavanaugh dans cet essai magistral publié simultanément aux Presses de l’Université d’Oxford et en France.

Au cœur du problème, l’invention d’un concept universel de « religion » accompagnant l’émergence de l’État moderne, la marginalisation de l’Église puis la colonisation. L’examen historique des « Guerres de religion » révèle qu’il est impossible d’isoler le facteur religieux de la résistance des élites locales face aux menées centralisatrices des souverains. L’État-nation s’est approprié le sacré, devenant lui-même l’objet d’une nouvelle « religion » exigeant une loyauté exclusive conduisant à la guerre. En Occident, le mythe de la violence religieuse est une arme pour limiter le rôle public des chrétiens. En politique étrangère, il légitime la « guerre libérale de libération » contre les sociétés non séculières.

William Cavanaugh déconstruit brillamment un mythe fondateur de la modernité et ouvre de nouvelles voies à la réflexion sur l’origine de la violence. William Cavanaugh enseigne à l’Université Saint-Thomas (Saint-Paul, Minnesota, États-Unis).


Le mythe de la violence religieuse
par William Cavanaugh
Éditions de L’Homme nouveau
Paris, 2009
382 pages
ISBN-13 : 978-2915988291


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Les Religions de la politique. Entre démocraties et totalitarismes par Emilio Gentile

« Le multiculturalisme tue toute identité commune enracinée dans une histoire » (m-à-j entretien)

George Leroux : L’État doit viser à déstabiliser les systèmes absolutistes de croyance [que les parents pourraient transmettre à leurs enfants...]

dimanche 22 mai 2016

Vidéo : les écoles publiques autonomes en Angleterre



En Angleterre, des écoles libres et autonomes sont expérimentées depuis quelques années. Elles sont financées par l’État et révolutionnent le système public d’éducation britannique. Uniforme, cravate, méthodes quasi militaires et un mot d’ordre : la discipline.

Liberté est maître-mot

Ici, on marche droit, au sens propre, car dans les couloirs, ordre de se déplacer à droite de la ligne et le silence est d’or. La loi permet à n’importe quel groupe de parents ou n’importe quel enseignant qui en a les compétences de fonder sa propre école avec des subventions publiques et une liberté d’organisation presque totale. Liberté de recrutement des professeurs, de salaires aussi. Ici, un enseignant débute à 2 600 euros nets par mois contre 1 600 en France, mais présence obligatoire de 7 h à 18 h. L’État n’impose qu’une seule obligation : pas de sélection des élèves, ils viennent du quartier selon la carte scolaire. Quatre ans après leur lancement, près de 400 « écoles libres » ont ouvert leurs portes.


jeudi 19 mai 2016

Québec — Loi 59, censure partout !



Extrait de sa colonne du jour sur le sujet :

On le sait, sous prétexte de lutter contre les discours haineux, il étouffera comme jamais la liberté d’expression et créera une police de la pensée et de l’opinion.

Probablement que le gouvernement Couillard sait au fond de lui-même qu’il fait fausse route. Depuis qu’il a été déposé, ce projet de loi a été si critiqué qu’il a été profondément remanié. Mais la deuxième mouture est aussi toxique que la première.

C’est que le principe de base est vicié.

Est-il possible, dans une société démocratique, de critiquer une religion ou une culture sans être immédiatement accusé de tenir des propos haineux?

La réponse du PL59, c’est non. Et ce projet de loi crée les conditions pour que se généralise la censure.

On sait à quel point la question religieuse est sensible aujourd’hui.

Dans chaque communauté, il suffira que les radicaux, qui détestent se faire critiquer, se plaignent d’être victimes de propos haineux pour que s’enclenche la machine à censurer.

Évidemment, dans leur tête un peu parano, ils verront des propos haineux partout.

Même si un individu n’est pas personnellement visé par une critique, il pourra porter plainte à la Commission des droits.

Il s’autoproclamera représentant de sa communauté offusquée et pourra jouer au persécuté en réclamant qu’on fasse taire ceux qui critiquent ses convictions.

D’ailleurs, ce projet de loi nous vient de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ). Officiellement, elle incarne la vertu. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Sauf qu’il suffit de lire ses travaux pour constater qu’elle porte bien mal son nom.

Nous sommes devant une commission très radicale qui vise à contrôler la parole publique et qui rêve de devenir une police de la pensée et de l’opinion.
Elle veut faire de ses goûts et dégoûts la norme publique. Nous ne devrions pas lui accorder ce privilège.



Histoire — 1914

Yves-Marie Adeline nous plonge dans l'incroyable succession d'événements de l'année 1914 : le début de la première guerre mondiale et le commencement des bouleversements qui changeront pour toujours la France, l'Europe et le monde. Une fresque passionnante !



mercredi 18 mai 2016

Le Revenant : « dénigrement anti-Québec » à Hollywood

En complément à notre article « The » Revenant, Hollywood et le Canadien français, voici des extraits d’un article de Christian Néron, avocat québécois et historien du droit, qui dresse la liste de ces mensonges qui ne font pas honneur au cinéma hollywoodien…

Malgré ses trois oscars, le film Le Revenant trahit sans vergogne la vérité historique sur les Canadiens français.

Il est rarement question des Canadiens français dans le cinéma américain.

Le Revenant fait exception, mais en présentant un groupe de « trappeurs » canadiens-français comme une bande de dégénérés.

Ce film oscarisé, qui a fait le tour du monde (*), noircit notre réputation en offrant une image répulsive des « vrais » méchants dans l’histoire de l’Amérique du Nord.

Mais qu’en est-il de cette histoire présentée comme vraie ? Examinons les faits.

Les voyageurs et coureurs des bois sont des figures emblématiques d’une épopée qui a beaucoup fait rêver. Leur odyssée en Amérique du Nord n’a rien d’une légende ; elle constitue l’une des grandes aventures de l’histoire du monde.

Elle débute avec d’audacieux explorateurs français et se poursuit sur plus de deux siècles avec leurs enfants et leurs descendants qui ne tarderont pas à affirmer par ailleurs leur identité en prenant le nom de Canadiens.

Il est ironique que ce film ait cherché à faire passer les Canadiens pour des brutes racistes à l’endroit des Indiens alors que l’histoire a clairement démontré le contraire.

De tous les Européens à avoir pris racine en Amérique, les Français ont été les seuls à respecter le droit international de cette époque à l’endroit des Indiens, c’est-à-dire les seuls à n’avoir jamais cherché à les asservir et à les exterminer.

Comment expliquer cet écart de civilisation qui distingue tant les Français des Anglais, des Espagnols et des Portugais ? La réponse réside en grande partie dans un état d’esprit que l’on pourrait résumer par une curiosité débordante et un sens marqué de la justice.

[...]

Des pacificateurs

Le sens de la justice des Canadiens deviendra même un sujet d’intérêt, entre 1764 et 1773, lorsqu’il sera question de changer la constitution du Canada. Les nombreux rapports rédigés à ce sujet ne manqueront pas de le faire ressortir et de mentionner l’avantage qu’il représentait pour le maintien de la paix avec les Indiens.

Ainsi, lorsqu’il sera discuté, en décembre 1773, des nouvelles frontières de la province de Québec, les lords du Conseil privé conviendront à l’unanimité de faire confiance au sens de la justice des Canadiens, et de se méfier de celui des Anglo-américains, trop avides du bien d’autrui.

La paix générale dans l’arrière-pays indien en dépendait. Pour ce motif, les lords du gouvernement prolongeront les frontières de la province jusqu’à la rivière Ohio au Sud, et jusqu’au Mississippi à l’Ouest.

Le sens de la justice des Canadiens continuera de les honorer lorsqu’ils traverseront le Mississippi pour aller du côté de la Louisiane. Dans les années 1780, ils parviendront jusqu’au Haut-Missouri, là où se passe l’intrigue du Revenant.

Ils vont trouver cette région dans un grand désordre, les Indiens étant en conflits violents au sujet de leurs territoires de chasse. Conformément à leur tradition de diplomatie commerciale, les traiteurs (ou négociants) canadiens vont s’appliquer à concilier leurs différends, à les convaincre des avantages de la paix et du commerce.

En fait, toute cette violence les laissait dans un état d’insécurité constant. À chaque nouvelle guerre, la chasse s’arrêtait et les guerriers s’exterminaient mutuellement. Dans les villages, les réserves de nourriture s’épuisaient ; la survie du groupe tout entier se voyait mise en péril.

À de rares exceptions près, les Canadiens parviendront à les persuader de renoncer à ces violences meurtrières. Cependant, lorsque les Anglo-américains arriveront, suite à la vente de la Louisiane, ils vont tout remettre à l’envers ; ils vont même exploiter les causes de conflits pour amener les Indiens à s’exterminer entre eux.

Le film


On rapporte que le réalisateur du film aurait bénéficié de l’expertise des meilleurs historiens pour l’aider à comprendre l’époque du commerce des fourrures. Or, malgré cette expertise, les traiteurs et voyageurs canadiens y sont dépeints comme les résidus d’un âge des ténèbres. Les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents, vicieux.

Le spectateur n’en a pas davantage besoin pour comprendre que la vente de la Louisiane aux Anglo-américains a permis d’éviter d’indicibles malheurs. La fin de cet âge des ténèbres ne pouvait qu’en annoncer un autre, plus lumineux, plus résolument tourné vers le progrès et l’avenir.

Le héros du film incarne d’ailleurs superbement la force et le courage de cette vague de pionniers qui vont bientôt affluer pour construire cette Amérique nouvelle, fleuron de la civilisation anglo-saxonne.

Toutefois, la fiction du film cache une immense tragédie qui commence à l’été 1823 dans le Haut-Missouri. L’arrivée des traiteurs et trappeurs anglo-américains ne fait qu’annoncer l’intervention de la cavalerie américaine qui, elle, va s’occuper de soumettre les Indiens à la volonté de l’homme blanc.

Au cours du mois de mai de l’été 1823, un groupe de traiteurs et trappeurs anglo-américains décide d’emprunter la rivière Missouri pour se rendre à la rivière Yellowstone plus à l’ouest. À la hauteur des villages arikaras, ces intrus passent tout doucement sans se soucier de personne ; ils ignorent, ou font semblant d’ignorer, que les Arikaras forment le groupe dominant de la région, qu’ils luttent depuis des temps immémoriaux pour maintenir leur autorité sur cette rivière et les alentours.

Les Indiens n’ont rien de plus précieux à protéger que leur souveraineté sur ce territoire ; leur survie en dépend. Cette intrusion des Anglo-américains est assimilable à un crime de lèse-majesté ; elle touche des intérêts vitaux.

Les traiteurs et trappeurs anglo-américains ont cependant leur propre conception du droit et de la souveraineté ; ils n’envoient aucune ambassade aux Arikaras ; ils ne s’arrêtent pas pour leur parler, pour les rassurer, pour les informer de leurs intentions, pour leur offrir leur amitié, pour les inviter à faire du commerce.

Bref, conformément à leurs préjugés sur la suprématie de la force, les Anglo-américains se comportent comme des maîtres en pays conquis ; une souveraineté des Arikaras sur le Haut-Missouri est une idée qui n’effleure même pas leur esprit. Pire encore, ils ont l’imprudence, voire l’arrogance, de s’amener avec des guides sioux, ennemis mortels des Arikaras.

Indien Arikara portant une peau d’ours — Photographie Edward S. Curtis, 1908. Par cet outrage à la paix publique, les Anglo-américains se faisaient agresseurs ; ils mettaient au défi la souveraineté et la sécurité du groupe tout entier.

Leurs intérêts ainsi menacés, les Arikaras n’avaient d’autre choix que de s’incliner ou de rétablir la justice selon leurs propres coutumes.

En matière de guerre, ils ne connaissaient — comme tous les Indiens d’ailleurs — qu’une seule et même tactique : attaquer par surprise pour provoquer la panique dans les rangs de l’ennemi. C’est ce qu’ils vont faire.

Les Anglo-américains ont ainsi été attaqués au petit matin du 1er juin 1823. Ils n’étaient pas d’innocentes victimes agressées par de méchants barbares ; ils étaient des intrus, des étrangers hostiles ; ils étaient armés et accompagnés des pires ennemis des Arikaras ; ils se comportaient comme des maîtres en pays conquis ; ils remettaient en question la souveraineté ancestrale des Arikaras sur le Haut-Missouri. Injure suprême, des Sioux en étaient témoins.

Pourtant, sur une période de deux siècles, les traiteurs et voyageurs canadiens avaient parfaitement réussi à tisser des liens de confiance, à maintenir la paix, à commercer avec les Indiens.

Le secret de leur réussite a toujours résidé dans leur sens de la justice et de la diplomatie. Jamais ils n’ont méprisé la souveraineté des Indiens sur leurs territoires, toujours ils les ont entretenus des avantages de la paix et du commerce. Cette stratégie a été heureuse ; elle leur a permis d’établir d’innombrables liens de confiance indispensables à la prospérité du commerce.

Au moment de la vente de la Louisiane aux Anglo-américains, en 1803, la diplomatie canadienne avait fait son œuvre partout. Il n’y avait plus un village où les Canadiens n’étaient accueillis en amis pour faire du commerce. Plus encore, ils étaient de remarquables conciliateurs ; partout où ils arrivaient, ils reprenaient les mêmes arguments pour convaincre les Indiens à renoncer à la vengeance et à la guerre pour le règlement de leurs conflits.

De la façon la plus simple du monde, ils ont été les Casques-bleus de l’Amérique amérindienne avant que l’idée et le mot n’existent. Après 1803, avec l’irruption de la civilisation anglo-américaine, les Indiens des Plaines vont vite apprendre que l’homme blanc pouvait se montrer férocement avide du bien d’autrui.

Sur la rivière Missouri, la situation va irrémédiablement basculer lors des évènements de l’été 1823. Depuis des années déjà, toute forme de diplomatie avait disparu.

Non seulement les Anglo-américains étaient imperméables à toute discussion, mais ils convoitaient sans vergogne tout ce qui se présentait à eux : pas de lois ! Pas de morale ! Pas de justice ! Pire encore, dans un déferlement sauvage qui sera qualifié de « destinée manifeste », l’homme blanc ne reculera devant aucune cruauté pour affamer les Indiens, les affaiblir, les exproprier, les exterminer.

Ce que le film s’abstient surtout de montrer, c’est que suite à l’attaque du 1er juin 1823, la cavalerie américaine, appelée en renfort, va traverser le Mississippi pour se mettre à la poursuite des Arikaras.

Le 9 août 1823, elle arrivera à la hauteur des villages du Haut-Missouri ; elle sera accompagnée de 750 guerriers sioux, ennemis héréditaires, ravis de prendre leur revanche en si belle compagnie. Les Arikaras ne seront pas immédiatement écrasés, mais ils connaîtront leur première défaite. Celle-ci incarnera d’ailleurs le début de la fin pour tous les Indiens des Plaines.

Quelques dizaines d’années plus tard, avec le chemin de fer et l’extermination du bison, ils seront tous soumis et parqués dans des réserves ; même les Sioux subiront le même traitement.

Il y a donc beaucoup d’ironie, de cynisme et de mépris de la vérité dans ce film. Alors que les Canadiens avaient témoigné d’une diplomatie remarquable pendant plus de deux siècles, ils y sont présentés comme les épaves d’un âge des ténèbres ; les images nous les montrent dégénérés, cruels, violents et vicieux. Quant aux Anglo-américains, qui symbolisent l’arrivée de l’âge des lumières, ils vont faire preuve des pires sauvageries dans l’expropriation et l’extermination des Indiens des Plaines.

On objectera que le film visait d’abord à divertir, mais il n’est pas nécessaire de mentir pour divertir. Au pays de la liberté, ils auraient dû se souvenir que le mensonge enchaîne, et que la vérité libère !

Anglo-saxons, Anglo-américains et Anglo-canadiens ont tous le même petit côté tordu : ils ne peuvent jamais laisser filer une bonne occasion de noircir tout ce qui est français.

Source

lundi 16 mai 2016

Olivier Postel-Vinay : Comment se fâcher en famille autour du réchauffement climatique




Conférence donnée par Olivier Postel-Vinay le 5 mars 2016 devant le Cercle Frédéric Bastiat

Olivier Postel-Vinay est philosophe de formation, journaliste. Il a été, entre autres, rédacteur en chef de Science et vie, de La Recherche et de Courrier international.

Lors de son passage au Grand Journal de Canal+




Olivier Postel-Vinay déclare que la plupart des climatologues, des journalistes, des politiques sont « climatocroyants » et que c’est devenu une sorte de doxa, d’opinion reconnue par tous. Les médias nous inondent de cette opinion dominante. Le « réchauffement climatique » est devenu une véritable croyance collective, alimentée par les climatologues, pour qui c’est aussi une croyance, alors que l’on pense que les scientifiques vont consacrer leur vie à chercher la vérité et à creuser en toute objectivité ce qui peut l’être. Olivier Postel-Vinay n’est pas un adepte de la théorie du complot. Il suit l’affaire du réchauffement climatique depuis les années 80 de par son métier de journaliste scientifique. Il est arrivé à la conclusion que les climatologues prétendent en savoir plus qu’ils n’en savent vraiment. Il souligne les conflits d’intérêts des chercheurs qui travaillent sur le climat, conflits financiers, mais aussi intellectuels où en prétendant faire de la science on fait de l’idéologie. Il conclut par « Cette question du changement climatique, elle est mal posée, elle est mal gérée, elle est mal traitée et ça devient de l’intox ! »

Olivier Postel-Vinay présente ainsi son livre : « Le changement climatique fournit à mes yeux un matériau de choix pour analyser la comédie du pouvoir et des croyances dans le monde contemporain. Autour de la thèse : la Terre se réchauffe du fait des activités humaines, l’affrontement est violent. D’un côté, les “climatozélotes” qui pensent qu’il n’y a plus de doute et qui ont fait de cette thèse une croyance absolue. De l’autre, les “climatosceptiques” qui pensent avoir relevé suffisamment d’incohérences dans les présentations et les chiffres pour afficher un scepticisme argumenté.

La comédie du climat
de Olivier Postel-Vinay
chez JC Lattès
paru le 28 octobre 2015
à Paris
250 pages
ISBN-10: 2709647001


Voir aussi

Le crépuscule du mouvement réchauffiste ?

dimanche 15 mai 2016

Pays-Bas— Une victime de viol obtient d'être euthanasiée pour mettre fin à son traumatisme

La jeune femme avait subi plusieurs abus sexuels durant son adolescence. En expliquant que le traumatisme était insurmontable, elle a obtenu d’être euthanasiée par l’État néerlandais.

La décision crée la polémique. La Commission néerlandaise à l’Euthanasie (CNE) a autorisé l’année dernière une jeune femme victime d’abus sexuels à mourir grâce à l’assistance de médecins. Ce cas vient seulement d’être rendu public par la commission, soulevant un vif débat quant à l’opportunité d’une telle décision. Les spécialistes ont estimé que son traumatisme était incurable, et que l’euthanasie serait pour elle une forme de libération.

Plusieurs abus sexuels pendant l’enfance

La jeune femme, âgée d’une vingtaine d’années, mais dont l’identité n’a pas été révélée, avait subi plusieurs abus sexuels alors qu’elle avait entre cinq et 15 ans. Selon plusieurs psychiatres, qui ont longuement examiné la jeune femme, son traumatisme était « insupportable » et « incurable » comme l’explique CBS News. La jeune femme souffrait d’anorexie, de dépression chronique, de tendances à l’automutilation, d’hallucinations et restait alitée en permanence.

Conformément au droit hollandais, qui a légalisé l’euthanasie en 2002, la jeune femme a donc reçu une dose létale de médicament. Selon les juristes de la CNE, lui refuser l’euthanasie aurait été illégal, la loi de 2002 autorisant l’euthanasie pour les personnes dont les souffrances sont jugées « sans solution ».

56 personnes en 2015

D’après les statistiques publiées par la Commission, cette jeune femme fait partie des 56 personnes dont l’euthanasie a été légalement autorisée en 2015 aux Pays-Bas. Un nombre qui comporte une proportion élevée de citoyens étrangers, venus spécialement dans le pays pour bénéficier d’une mort assistée.

Si aux Pays-Bas la nouvelle est passée quelque peu inaperçue, elle a relancé un débat difficile au Royaume-Uni ou les pro-euthanasie réclament une loi de longue date. Le député travailliste Robert Flello a balayé cette idée, en argumentant que ce cas était l’exemple type de ce qu’il refusait. Il a expliqué que c’était comme dire aux victimes de viol « vous devez être punie par la peine de mort ».


Source

samedi 14 mai 2016

Alsace — Les protestants étudient la Bible, les catholiques font du jardinage et cultivent « l’ouverture sur les différentes religions »...?

En Alsace et en Moselle, des cours particuliers sont dispensés dans les écoles. À Bischwiller (Bas-Rhin), les écoliers reçoivent un enseignement religieux. Il peut être axé catholique, protestant ou israélite. Les élèves dispensés à la demande des parents suivent de leur côté un cours de morale.



Une heure par semaine, les enfants plongent dans les références bibliques avec l'intervenante du cours protestant. « J'ai appris qu'on doit vivre ensemble, qu'on doit se serrer les coudes et que Jésus nous soutient », récite une élève. L'intervenante du cours catholique se défend de tout prosélytisme : « le but est de leur apprendre différentes choses et d'avoir une ouverture d'esprit sur les différentes religions ».

« Un enseignement complémentaire, un autre point de vue »

Pour Myriam Eber, directrice de l'école élémentaire Erlenberg, ces cours font partie de l'identité alsacienne. « Ce n'est pas en opposition avec la laïcité. C'est un enseignement complémentaire, un autre point de vue », confie-t-elle à France 3. De nombreux parents apprécient, d'autres s'y opposent et estiment que cet enseignement n'a pas sa place à l'école. Il y a 15 ans, 70 % des élèves suivaient ces cours. Ils ne sont plus que 53 % aujourd'hui.

Le reportage ne dit pas combien de ces enfants sont désormais musulmans ni quels cours ils suivent, s'ils en suivent un.