dimanche 23 août 2015

Finkielkraut : « L’école des savoirs cède la place à l’école de la thérapie par le mensonge »

Extrait d’un entretien publié dans le Figaro du 11/05/2015 avec le philosophe Alain Finkielkraut sur l’école :

[La ministre de l’Éducation française] Najat Vallaud-Belkacem a affirmé dans Le Point : « il y a une différence essentielle entre les progressistes et les conservateurs. Les premiers combattent les inégalités quand les seconds en théorisent la nécessité ». [...]

Alain FINKIELKRAUT. — Il n’appartient pas à l’école républicaine de combattre toutes les inégalités, mais d’assurer, autant que faire se peut, l’égalité des chances pour donner à chacun sa juste place selon ses aptitudes et son mérite. Mais il ne s’agit plus de cela : c’est au scandale ontologique d’un partage inégal de la pensée entre les hommes que s’attaque, depuis quelques décennies, l’Éducation nationale. Confondant l’ordre de l’esprit, où prévaut la hiérarchie la plus stricte, et l’ordre de la charité, où règne l’amour universel, elle promet la réussite pour tous et rabaisse continuellement le niveau d’exigence afin de ne pas déroger à son serment. Les sociologues lui ayant de surcroît révélé que les « héritiers » avaient accès par droit de naissance à la culture que l’école a pour mission de transmettre au plus grand nombre, l’institution a pris le taureau par les cornes et décidé à mettre l’essentiel de cette culture au rebut. L’école est devenue la nuit du 4 août permanente de ce que Malraux appelait « l’héritage de la noblesse du monde ».

Voici, une fois cet héritage liquidé, la liste d’objectifs assignés aux classes de français de 4e et de 3e : « se chercher, se construire » ; « vivre en société, participer à la société » ; « regarder le monde, inventer des mondes » ; « agir sur le monde ».

La culture générale est détrônée par une culture commune faite de tout ce dont le jeune a besoin pour s’orienter dans son environnement. Et François Dubet, l’un des initiateurs de ce remplacement, prévient : « On ne peut concevoir que certains élèves aient plus de culture commune que d’autres. »La réforme proposée par Najat Vallaud-Belkacem, qui accélère un processus engagé bien avant elle, n’est ni conservatrice hélas — qu’est-ce qu’enseigner sinon transmettre ce qui mérite d’être conservé ? — ni progressiste, mais destructrice. Sa fureur anti-élitiste déloge, une fois pour toutes, la République de l’école qui porte encore son nom.

— Au sujet du latin, notre ministre assure que la réforme va contribuer à « démocratiser cet enseignement »…

— « Démocratiser » est en train de devenir un synonyme d’« anéantir ». Intégrer comme l’écrit Cécilia Suzzoni, « l’enseignement des langues anciennes dans les enseignements pratiques interdisciplinaires au prétexte de familiariser les collégiens avec des expressions grecques ou latines est une triste caricature ». Les langues mortes et les humanités en général sont un fardeau inutile pour notre hypermodernité numérique et niveleuse. On ne va tout de même pas faire ingurgiter les derniers reliefs d’un enseignement de classe à nos « nés dans le numérique » si merveilleusement égaux devant leurs téléphones portables et leurs écrans d’ordinateur.


— L’interdisciplinarité a pour objet d’apprendre aux élèves à « mener ensemble des projets ». Les disciplines appartiennent-elles au passé ?

— Ce ne sont pas les disciplines qui appartiennent au passé, c’est le passé qui appartient aux disciplines. C’est à l’histoire, à la littérature, à la philosophie, aux matières scientifiques qu’il incombe de donner corps à ce droit fondamental de l’homme souligné par Ortega y Gasset : le droit à la continuité. L’interdisciplinarité fait tout le contraire. Elle néglige le besoin vital du passé et va au plus facile : les sujets d’actualité. Au lieu d’enseigner le goût des belles choses, elle suit, docilement, le goût du jour. La télévision a donné en exemple deux professeurs d’histoire et d’espagnol invitant ensemble leur classe à rédiger un tract sur les vertus du développement durable. Là où il y avait les œuvres, il y a maintenant les tracts. Mais on aurait tort de s’inquiéter : c’est pour la bonne cause.

— Cette réforme est critiquée pour son aspect « jargonnant ». Que révèle, selon vous, cette novlangue que l’on retrouve dans les rapports administratifs, l’école, la politique et les médias ?

— « Plus c’est savant, plus c’est bête », disait Gombrowicz du formalisme ultrasophistiqué de la théorie littéraire. Je dirai à mon tour du pédagogisme : « Plus ça fait le vide, plus ça prend l’air savant. » Le néant s’habille en jargon. Les éradicateurs de la culture se donnent, par l’apparence de la scientificité, l’illusion d’être des chercheurs.
[...]

— Les programmes d’histoire conservent l’étude obligatoire de l’islam quand celles de la chrétienté médiévale et des Lumières deviendront facultatives. Que vous inspire ce choix ?

— Il ne s’agit pas simplement d’imposer l’étude de l’islam, mais de lutter contre « l’islamophobie », à travers une présentation embellissante de la religion et de la civilisation musulmanes. Convaincus, avec Emmanuel Todd, que Mahomet est « le personnage central d’un groupe faible et discriminé » et que le vivre-ensemble passe par le redressement de l’image de ce groupe dans l’esprit des autres Français, nos gouvernants proposent, en guise de formation, un endoctrinement aussi précoce que possible des élèves. On ne veut plus les instruire, mais les édifier afin de les rendre meilleurs. Le reste — l’essor des villes, l’éducation au Moyen Âge ou la pensée humaniste — est facultatif.

— L’accent est mis aussi sur les périodes sombres de l’histoire de France. Comment aimer et faire aimer un pays toujours coupable ?

— Les nouveaux programmes ne se préoccupent absolument pas de faire aimer la France. Ils appliquent à la lettre le dogme de la critique sociale : le mal dans le monde résulte de l’oppression ; c’est l’inégalité qui est la source de toute violence. Le fanatisme islamique, autrement dit, est le produit de la malfaisance coloniale et de sa continuation postcoloniale. Si l’on aborde l’histoire du XVIIIe et du XIXe siècle sous l’angle : « Un monde dominé par l’Europe, empires coloniaux, échanges commerciaux, traites négrières », le nouveau public scolaire retrouvera son « estime de soi », l’ancien perdra son arrogance et tous les problèmes seront réglés. L’école des savoirs cède ainsi la place à l’école de la thérapie par le mensonge.

— Manuel Valls dans le mensuel L’Œil estime que la culture et la gauche sont consubstantielles. Il recommande l’installation de cours d’improvisation à l’école « à la Jamel Debbouze ». Faut-il adapter la culture aux goûts et aux désirs de la jeunesse ?

— « Ce qui est désirable, disait Hegel, est inversement proportionnel à la proximité dans laquelle il se tient et qui le relie à nous. La jeunesse se représente comme une chance de quitter son chez-soi et d’habiter, avec Robinson, une île lointaine. » Cette chance, l’école contemporaine la lui refuse. Ceux-là mêmes qui professent avec ostentation le culte de l’Autre combattent sous le nom d’ennui ce grand dépaysement qu’est la fréquentation des chefs-d’œuvre du passé. Pour eux, l’humanisme est mort : on n’a pas besoin, pour accéder à soi-même, de faire un détour par les signes d’humanité déposés dans les œuvres de culture ; on se connaît par intuition immédiate. Plutôt que d’aller voir chez les morts ce qu’il en est de la vie, on demandera donc aux élèves de mettre la leur en scène.

— Que peuvent encore dire à notre temps Racine, Baudelaire ou Mauriac ? Quand la connaissance est accessible en un « clic », l’idée de transmission n’appartient-elle pas au passé ?

— Ce que peuvent dire à notre temps Racine, Baudelaire ou Mauriac c’est qu’il y a autre chose que lui-même : d’autres mots, d’autres formes, d’autres visages. Ce temps qui se prétend si ouvert ne veut rien savoir. Allergique à l’altérité, il ordonne aux enseignants de choisir des « problématiques » proches des élèves.

« Être jeune, écrivait justement François Mauriac, c’est être épié, c’est entendre autour de soi craquer les branches. » Les jeunes d’aujourd’hui sont épiés sans trêve. On guette leur moindre démangeaison. On va au-devant de toutes leurs convoitises. Il y avait un lieu autrefois où ils pouvaient échapper à ce destin, se quitter et, pour le dire avec les mots de Hegel, « rechercher la profondeur dans la figure de l’éloignement ». Cette école n’existe plus.

— Beaucoup de professeurs s’opposent à cette réforme. Comment expliquer le décalage entre ceux qui enseignent dans les classes et les théoriciens de l’éducation que l’on qualifie souvent de « pédagogistes » ?

— La désintellectualisation du métier de professeur dont témoigne, entre autres, l’abandon progressif du cours magistral, blesse au plus intime d’eux-mêmes ceux qui se conçoivent encore comme les représentants « des poètes et des artistes, des philosophes et des savants, des hommes qui ont fait et qui maintiennent l’humanité ». Cette formule, empruntée à Péguy, est emphatique, mais l’heure est grave et réclame qu’on monte sur ses grands chevaux.

(1) Voir Marie-Claude Blais, « Au principe de la République, le cas Renouvier », Gallimard.

Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée

Grâce à des études cliniques et épidémiologiques de qualité, publiées dans les meilleures revues scientifiques, les préoccupations sanitaires prennent désormais le pas sur le débat idéologique. La dernière en date, parue en ligne le 27 août dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS), est particulièrement frappante.


Après avoir suivi un millier d’individus pendant vingt ans, des chercheurs néo-zélandais et anglo-saxons concluent qu’une consommation régulière et prolongée de cannabis, commencée à l’adolescence, peut entraîner une altération des performances intellectuelles. Avec une baisse du quotient intellectuel (QI) à l’âge adulte allant jusqu’à 8 points. Ce niveau est loin d’être anodin, insistent les auteurs de l’article. « Les personnes qui perdent 8 points de QI à l’adolescence ou dans la vingtaine peuvent être désavantagées par rapport à leurs pairs du même âge, dans la plupart des aspects importants de la vie et pour les années à venir », écrivent-ils. Et de rappeler que le QI est corrélé à de nombreux paramètres : accès à des études supérieures et à un bon emploi, performances au travail, niveau de revenus, mais aussi tendance à développer des maladies cardiaques ou un alzheimer, risque de décès prématuré...

Sur le fond, les conclusions de l’étude néo-zélandaise ne sont pas vraiment surprenantes. Des atteintes cognitives — troubles de mémoire, de l’attention et de la concentration, manque de motivation — ont été décrites depuis longtemps chez les consommateurs de cannabis au long cours. Mais Madeline Meier et ses collègues enfoncent le clou sur la vulnérabilité du cerveau adolescent à cette drogue. Et la démonstration est d’autant plus crédible qu’elle s’appuie sur une méthodologie béton, et inédite. Jusque-là, les données provenaient surtout d’enquêtes rétrospectives comparant les performances intellectuelles de fumeurs de cannabis à celles de sujets témoins, non consommateurs. Ici, les participants ont été enrôlés avant qu’ils ne goûtent au haschich, et ont été suivis régulièrement pendant deux décennies. Tous appartiennent à la cohorte dite de Dunedin (du nom de la ville néo-zélandaise où ils résident), qui étudie de façon prospective plusieurs aspects de la santé et du comportement de 1 037 individus, depuis leur naissance — en 1972-1973.

Pour ce volet cannabis, les volontaires ont été interrogés, de façon confidentielle, sur leur consommation et leur dépendance, à cinq reprises : à 18, 21, 26, 32 et 38 ans. Des tests neuropsychologiques ont été pratiqués à l’âge de 13 ans et 38 ans. Un déclin marqué du quotient intellectuel (jusqu’à 8 points entre les deux mesures) a été retrouvé chez ceux qui ont commencé leur expérimentation dans l’adolescence, et qui sont ensuite devenus des fumeurs réguliers — au moins quatre fois par semaine —, pendant une longue période. « L’altération était globale, portant sur les cinq domaines du fonctionnement neuropsychologique, et elle ne pouvait pas être expliquée par d’autres facteurs comme un moindre degré d’éducation ou l’usage d’alcool ou d’autres drogues », précisent les auteurs. Au-delà des tests, elle semble avoir eu un impact sur leur existence puisque les amis et membres de la famille de ces consommateurs réguliers initiés très tôt au cannabis ont remarqué chez leurs proches des troubles de mémoire et des pertes d’attention.

Autre point important, l’arrêt ou la réduction de la consommation de la drogue n’a pas restauré complètement les capacités intellectuelles. Une initiation plus tardive, à l’âge adulte, ne s’est en revanche pas accompagnée d’une baisse des performances aux tests de QI, soulignent Madeline Meier et ses collègues.

« Certains pensaient que les troubles de la mémoire et de l’attention disparaissaient à l’arrêt de la prise de cannabis. Cette étude montre que les perturbations sont peut-être irréversibles, et suffisamment importantes pour être gênantes dans la vie quotidienne », commente Philippe Arvers, médecin épidémiologiste et addictologue (Centre de recherche du service de santé des armées, Grenoble). « C’est un très beau travail, dont l’intérêt majeur est dans la démonstration de l’interaction du cannabis avec le développement cérébral, renchérit le professeur Mickaël Naassila, directeur du Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances (Inserm, Amiens). Cela renforce l’idée qu’il faut retarder le début de la rencontre avec cette drogue. »

Dans cette cohorte néo-zélandaise, le sous-groupe des sujets les plus vulnérables aux effets du cannabis sur le QI (début précoce, usage régulier et prolongé de la drogue) correspond à un effectif modeste : une quarantaine de personnes, soit 5 % de la population étudiée, note de son côté Jean-Luc Martinot, pédopsychiatre et directeur de recherche à l’Inserm (unité imagerie et psychiatrie ; CEA, universités Paris-Sud et Paris-Descartes). « Cet élément incite à la prudence dans l’interprétation des résultats, tout comme le fait que seuls des comportements ont été mesurés. Il n’y a pas eu d’analyses objectives au niveau cérébral, en imagerie par exemple », insiste le chercheur français.

Analyser les cerveaux d’une cohorte d’adolescents en IRM anatomique et fonctionnelle, c’est justement ce qu’est en train de faire Jean-Luc Martinot, dans le cadre d’un projet européen, dont le but est de rechercher des liens entre les facteurs biologiques et d’environnement qui influencent la santé mentale et les addictions des jeunes.

Terra incognita avant l’an 2000, le cerveau des adolescents commence seulement à livrer quelques secrets sur son développement. « On sait maintenant, grâce aux examens d’imagerie, que la maturation cérébrale normale s’accompagne d’une diminution de l’épaisseur de la substance grise, qui correspond à une sélection des circuits neuronaux contrôlant les régions sous-corticales, explique Jean-Luc Martinot. Cette perte de volume commence dans la partie postérieure du cerveau, siège de fonctions sensorielles, puis elle gagne les régions antérieures, qui contrôlent l’impulsivité, les émotions, les interactions sociales... Il y a aussi des modifications au niveau de la substance blanche, avec un renforcement de la connectivité entre les neurones. » Pour ce spécialiste, l’adolescence est une période sensible : « Les facteurs environnementaux, affectifs ou toxiques comme les drogues, ont des interactions encore méconnues avec les stades de maturation du cerveau. »

Selon Mickaël Naassila, ce processus dure jusqu’à environ 20-25 ans, mais le cerveau adulte garde ensuite une certaine plasticité, avec formation en permanence de nouveaux neurones. Que se passe-t-il quand cet organe en plein remaniement rencontre des substances addictives ? Ont-elles toutes les mêmes effets ? Certains sont-ils prédisposés plus que d’autres à sombrer dans une addiction ?

« Le seul produit réellement neurotoxique est l’alcool, qui attaque directement les membranes des cellules cérébrales, précise le psychiatre Michel Reynaud, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital universitaire Paul-Brousse, et coauteur d’Addiction au cannabis (Médecine-Sciences Flammarion, 2009). Le tabac, le cannabis, l’héroïne et les autres drogues ont en commun de perturber le fonctionnement de récepteurs qui modulent la transmission dopaminergique. Ils agissent ainsi sur les voies de la récompense, de la gestion des émotions, de la motivation... » Un mode d’action qui, selon l’addictologue, explique la particulière vulnérabilité à ces produits dans l’adolescence.

Les dégâts de l’alcool sur le jeune cerveau sont les mieux connus, grâce à des expériences sur des modèles animaux et des études cliniques. Il a ainsi été établi que l’alcoolisation précoce, sous forme de « bitures express » (binge drinking des Anglo-saxons), entraîne des lésions anatomiques, et notamment une réduction du volume de l’hippocampe, une petite structure qui a un rôle majeur dans l’apprentissage et les processus de mémorisation. Mickaël Naassila, qui étudie le cerveau de centaines d’étudiants en collaboration avec une équipe britannique, s’attend aussi à trouver chez les bitureurs (buveurs excessifs) une hyperactivité dans les noyaux amygdaliens — impliqués dans les émotions — et un retard de maturation cérébrale.

Quid du cannabis ? « Des études chez des consommateurs adultes ont permis de détecter des déficits anatomiques de régions contribuant aux émotions et à la mémoire (hippocampe, amygdale), indique Jean-Luc Martinot. Nos propres travaux, chez des adultes dépendants au cannabis et au tabac, ont mis en évidence une baisse de 20 % des transporteurs de la dopamine. C’est presque de l’ordre de ce que l’on peut voir dans des maladies neurologiques. Chez l’adolescent, on manque encore de données, y compris sur le développement normal. » L’étude européenne en cours devrait permettre d’en savoir plus.

Chiffres

En 2010, un collégien français (12-16 ans) sur dix a déjà expérimenté le cannabis, selon des données de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). La tendance est surtout marquée chez les élèves de quatrième (11 %) et de troisième (24 %). La consommation est plus rare en sixième (1,5 %) et en cinquième (4 %).

24 % des jeunes de 16 ans ont fumé du cannabis au moins une fois par mois en 2011, estime la dernière enquête de European school survey project on alcohol and other drugs (Espad, uniquement en anglais puisqu’« européen »...). Soit une augmentation de 60 % par rapport à 2007.

La France a repris la tête du classement des pays européens pour la consommation de cannabis chez les jeunes.

Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la résine de cannabis coûte de 5 à 7 euros le gramme et l’herbe une dizaine d’euros le gramme.


Source, renseignements 

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jeudi 20 août 2015

Les étudiants seraient moins bons en orthographe que leurs aînés

Rares sont ceux qui auront fait des dictées sur la plage pour préparer leur rentrée à l’université dans quelques semaines. Et pourtant les étudiants en auraient bien besoin, comme l’a constaté Loïc Drouallière, enseignant-chercheur à l’Université de Toulon et auteur d’Orthographe en chute, orthographe en chiffres1. Ce dernier a étudié les copies d’examen de fin de première année d’étudiants de sciences économiques sur les 20 dernières années. Et les résultats sont accablants : la moyenne des fautes est passée de 2,73 % en 1994 à 5,92 % en 2012. « La moitié des erreurs sont des fautes d’orthographe pures et l’autre moitié des erreurs grammaticales. Mais je n’ai pas pris en compte les fautes de syntaxe et de ponctuation, ce qui aurait abouti à un constat bien pire », explique l’enseignant-chercheur.

Selon lui, aucune filière universitaire n’est épargnée. « Le français est malmené à l’écrit par les étudiants. Mais les titulaires d’un bac [DEC] technologique ou professionnel éprouvent encore plus de difficultés dans ce domaine », souligne Loïc Drouallière.

Les dictées moins à la mode

Pour expliquer ce phénomène, Jean Maillet, grammairien et auteur de Langue française Arrêtez le massacre2 pointe d’abord la moindre place consacrée à l’orthographe dans le système scolaire : « La dictée est moins pratiquée et elle se résume parfois à une suite de mots ».

Un avis partagé par Loïc Drouallière qui souligne la baisse du volume horaire hebdomadaire du français au collège et au lycée depuis vingt ans. « Par ailleurs, les programmes ont évolué et demandent aux enseignants de privilégier le fond sur la forme ».

Autre responsable de la situation, selon Jean Maillet : l’objectif fixé en 1985 par Jean-Pierre Chevènement de mener 80 % d’une classe d’âge au niveau bac [DEC au Québec] pour l’an 2000 : « Il a tiré les enfants vers le bas, car les enseignants se sont montrés moins exigeants, notamment sur la maîtrise de la langue écrite ». La preuve, selon Loïc Drouallière : « Les correcteurs du bac ont des consignes de tolérance vis-à-vis des fautes d’orthographe. Il faut vraiment faire vingt fautes par page pour se voir retirer des points. Et à l’université, la sévérité dans ce domaine est laissée à la discrétion des enseignants, qui n’en font pas souvent montre », constate-t-il.

Des cours de remise à niveau à l’université

Les nouvelles technologies sont aussi incriminées dans cette piètre orthographe des étudiants : « Le langage SMS a causé des ravages, car les jeunes écrivent et lisent des mots mal orthographiés. Et comme ils lisent de moins en moins de livres, c’est le mauvais usage du français qui s’imprime dans leur mémoire », observe Loïc Drouallière. Enfin, selon Jean Maillet « l’anglicisation à outrance de notre langue conduit à des confusions entre l’orthographe de certains mots dans les deux langues ».

Orthographe : « Faire des fautes n’est pas lié à l’intelligence »

Bien conscientes du problème, certaines universités ont pris le taureau par les cornes : « Des remises à niveau en orthographe sont proposées dans plusieurs d’entre elles aux étudiants sur la base du volontariat, en présentiel ou à distance », souligne Loïc Drouallière. À l’université de Nanterre (Hauts-de-Seine), un atelier de langue française est même obligatoire pour tous les étudiants de première année de licence et sanctionné par un examen. Mais selon Loïc Drouallière, il faut aller plus loin : « les enseignants d’une même université doivent s’entendre sur l’application d’une sanction dans les copies truffées de fautes », estime-t-il. Pour Jean Maillet, les progrès en orthographe viendront aussi si l’on parvient « à intéresser à nouveau les jeunes à la langue française, en leur parlant d’étymologie par exemple ».

Bibliographie

1 — Orthographe en chute, orthographe en chiffres par Loïc Drouallière aux éditions L’Harmattan, 2015, 25,65 € (papier) et 20,99 € (version numérique).

2 — Langue française Arrêtez le massacre par Jean Maillet aux éditions de L’Opportun, 2014, 9,90 €.

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La rentrée de l'instruction à domicile

De plus en plus de familles choisissent de faire l’éducation à leurs enfants à domicile. En six ans, on estime que le nombre d’enfants québécois scolarisés à la maison a augmenté de presque 50 %. À quelques jours de la rentrée scolaire, Patrick Masbourian de la radio de la SRC discute d’éducation à domicile avec trois mamans, Marie-Jo Demers, Julie Lapierre et Édith Chabot, qui ont fait ce choix éducatif.

Approche très Radio-Canada. La première raison donnée en introduction pour ce choix grandissant : le manque de « spécialistes » dans les écoles parce qu’« il y a des ressources qui... disparaissent ».

Écouter l’émission (23 minutes).

À partir de la 16e minute, bonne discussion sur la « socialisation » des enfants et sur « le jugement » des autres parents (la pression sociale) dans cette société qui prétend ne plus juger.


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Rentrée des « classes inversées »

À l’aube de la rentrée scolaire, la Presse Canadienne nous apprend de plus en plus de parents se montreraient intéressés par la « classe inversée », une nouvelle tendance dans le milieu de l’éducation dans laquelle l’enfant apprend ses leçons à la maison et fait ses devoirs à l’école.

Dans le cadre de ce programme, les élèves visionnent une vidéo en ligne qui lui permet de maîtriser les notions et après, il se rend en classe pour mettre en pratique ces apprentissages.

Cette méthode d’enseignement est de plus en plus répandue au pays alors que les vidéos sont facilement accessibles, en l’occurrence à l’aide du site YouTube ou par un téléchargement quelconque.

L’école secondaire Sir William Mulock, à Newmarket, en Ontario, a décidé de faire le saut. Dans ce qu’ils appellent communément l’école « Apportez vos appareils personnels », chaque étudiant doit avoir en main un ordinateur portable ou une tablette pour avoir accès à la technologie.

Donna Green, professeure de mathématiques, a opté pour ce virage dans sa classe de 10e année (l’équivalent de la quatrième année du secondaire au Québec). Elle utilise un logiciel qui lui permet de capter ce qu’elle fait sur son propre écran et d’enregistrer sa voix en simultané.

Les vidéos sont généralement plus courtes qu’une leçon en classe parce qu’il n’y a pas de perturbations, a-t-elle indiqué.

« Ce que j’aime avec cela, c’est que je passe plus de temps avec les étudiants qu’à écrire au tableau. Ce que je n’aime pas, c’est que quand ils regardent la vidéo à la maison et qu’ils ont une question dans l’immédiat, il n’y a personne pour (leur répondre) », a-t-elle expliqué.

Mme Green tente de palier cette difficulté en demandant aux étudiants d’écrire leurs questions, et elle s’y attarde au tout début de la séance en classe.

Malgré les lacunes soulevées par certains — notamment du fait que certains parents n’ont pas les moyens d’acheter un ordinateur portable ou une tablette à leur enfant — Mme Green et d’autres enseignants croient qu’il s’agit d’un meilleur programme que les cours traditionnels pour les enfants.

Certaines preuves confirment leur point de vue. Une école du Michigan qui était l’une des pires de l’État quant aux aptitudes des étudiants a adopté elle aussi la « classe inversée » et a vu son taux d’échec diminuer considérablement alors que le taux de diplomation est monté en flèche.

Mme Green et sa collègue Amanda Bélanger ont interrogé leurs élèves sur le nouveau système à l’aide d’un questionnaire en ligne et les deux tiers ont répondu qu’ils le préféraient à la méthode en classe avec la craie et le tableau.

Les étudiants apprécient le fait de fonctionner à leur propre rythme ; ils peuvent appuyer sur « pause », reculer la séquence, et la revoir plusieurs fois s’ils ne comprennent pas, souligne Mme Green.

Les cours de mathématiques et de sciences se prêtent naturellement à cet exercice, mais un professeur d’anglais du même établissement a tenté l’expérience quelques fois avec ses étudiants, notamment pour qu’ils apprennent la mythologie.

« Ils regardaient la vidéo à l’avance et ensuite, nous avons déconstruit [Note du carnet : déconstruit la mythologie ?] l’idée en classe. Après, nous l’avons appliquée à un film, à une nouvelle, à un roman ou à une pièce de théâtre », a souligné Derrick Schellenberg.

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mercredi 19 août 2015

Le progrès, valeur en berne ?

Dans son ouvrage Apocalypse du progrès, Pierre de La Coste rappelle que son préfacier, Frédéric Rouvillois, fait remonter « l’invention du progrès » à la fin du XVIIe siècle. C’est l’époque de la querelle entre les Anciens et les Modernes. En raison de la sécularisation du christianisme, mais également sous l’influence de Galilée, Bacon et Descartes, Frédéric Rouvillois note justement : « Le progrès, tout comme l’utopie, est foncièrement artificialiste : depuis le XVIIe siècle, on considère que la technique est l’objet par excellence de l’accumulation quantitative du savoir, et que c’est donc aux ingénieurs que revient le pouvoir d’asservir la nature. »

Au XXe siècle, le progrès emprunte la voie d’une hypermodernité spectaculaire et technomarchande décrite par Pierre de La Coste comme délétère pour les sociétés : « Les différents processus techniques qui permettent la reproduction des images de la télévision, des magazines, des affiches dans la rue se sont tendus comme une sorte de filet pour recueillir tous les rêves de bonheur conçus par l’Humanité moderne [...] : consommation infinie, plaisir sexuel sans borne, beauté parfaite, jeunesse éternelle, jouissance de toutes sortes, émotions fortes, violences fascinantes... » Pour l’auteur, l’hypertrophie matérielle et virtuelle évacue le mal de la représentation humaine. Le mystère chrétien et le péché originel sont remplacés par l’optimisme technicien et le « meilleur des mondes ».

Dans leur ouvrage précis et tonitruant — en référence au livre d’Aldous Huxley —, Résistance au meilleur des mondes, Éric Letty et Guillaume de Prémare soulignent un curieux paradoxe : l’utopie progressiste fait des ravages dans notre monde à mesure qu’elle signe son échec. « Nous vivons une époque paradoxale : tandis que la révolution technologique ouvre à l’homme des horizons de progrès qu’il ressent comme illimités, nous assistons à la fin de l’idéologie du progrès, qui veut que le monde avance continûment du bien vers le mieux. Démentie par les faits, cette forme de matérialisme historique est un échec. L’homme occidental a cru qu’il était inscrit dans l’histoire que chaque génération vivrait mieux que la précédente ; il a cru que la civilisation du loisir et de la consommation ouvrait une ère nouvelle d’accomplissement de soi, d’épanouissement individuel, en un mot de bonheur. Or, les promesses de la modernité ne sont pas tenues : ni celle du progrès matériel continu ni celle d’un bonheur croissant. »

Et les auteurs d’énumérer quelques-uns des stigmates du progrès en cours : effacement des nations et des corps intermédiaires dans la perspective d’une gouvernance mondiale, ébranlement des fondations de la famille, négation de l’identité des individus, production artificielle de l’être humain, transhumanisme, contrôle mondial des naissances et eugénisme. Il en résulte le citoyen du « meilleur des mondes », avant tout un consommateur atomisé, désaffilié et en voie de robotisation. À l’instar de l’ange qui fait la bête, « le meilleur des mondes » s’avère le pire des mondes !

Autre plaie de l’idolâtrie du progrès : le gigantisme. Dans Une question de taille, Olivier Rey remet en cause le culte de la croissance, en matière architecturale, depuis le baron Haussmann et Le Corbusier. Il actualise son réquisitoire contre le gigantisme étendu à toute la modernité en plaidant en faveur d’une harmonie d’ensemble : « Il est hors de doute qu’à l’heure actuelle, dans un monde en proie aux excroissances monstrueuses, à la mondialisation compulsive, à une babélisation effrénée, le sens des proportions réclame, à peu près partout, une réduction d’échelle. Mais cet aspect conjoncturel ne doit pas faire oublier le principe fondamental : non pas l’apologie du petit en tant quel tel, mais la recherche, en toutes choses, de la taille appropriée à l’épanouissement et à la fécondité des existences. »

Face au « no limit » de la postmodernité, Gaultier Bès avec Marianne Durano et Axel Norgaard Rokvam — membres des Veilleurs durant les « manifs pour tous » — préconisent de renouer avec « nos limites, pour une écologie intégrale ». Ce petit essai vif et intelligent défend une écologie humaine, sociale et environnementale. S’insurgeant contre le mariage homosexuel, la PMA, la GPA, l’idéologie du genre et le transhumanisme, les auteurs vilipendent parallèlement la société de consommation et le turbocapitalisme, destructeurs de la nature humaine et de notre écosystème : « L’écologie intégrale, écrivent-ils, ne choisit ni l’humain contre la nature ni la nature contre l’humain. Elle cherche au contraire à réconcilier l’humanisme et l’environnementalisme, à faire la synthèse entre respect absolu de la dignité humaine et préservation de la biodiversité. »
Et de justifier le titre de leur ouvrage par ces mots inspirés d’un aristotélisme de bon aloi aux antipodes de l’individualisme contemporain : « L’invention perpétuelle de soi, fiction chaque jour plus plausible, est le but d’un individu qui, à force de chercher à s’abstraire de ses limites, s’émancipe de sa propre réalité charnelle et sociale, et de la condition commune. Niant sa condition d’être relatif, il s’éloigne de ce qui caractérise et fonde sa dignité propre d’animal politique : sa sociabilité. »

L’idéologie du progrès a été rendue possible — de façon paroxystique — en raison du travail de sape effectué par les philosophes soixante-huitards de la « déconstruction », tels que Gilles Deleuze, Jacques Derrida ou Michel Foucault. Prônant la déconstruction des grandes structures traditionnelles (famille, métier, région, nation, Église, dans leur acception classique), ils ont contribué à renforcer l’individualisme narcissique, le relativisme moral et l’anomie sociale. C’est la raison pour laquelle le grand philosophe camusien, maurrassien et heideggérien Jean-François Mattéi a achevé son œuvre solaire et d’une grande qualité par la publication d’un livre posthume au titre symptomatique : l’Homme dévasté. Son objectif était de déconstruire les déconstructeurs qui demeurent des nihilistes intégraux, voulant éradiquer l’architecture de toute société traditionnelle en Europe. Il résume son propos ainsi : « La déconstruction a donc pour but de désagréger ce qui relève du principe, arché, et de disséminer les figures majeures de l’architectonique : le roi comme origine de la cité, le père comme origine de l’homme, le soleil comme origine de la vie, et finalement Dieu comme origine du monde. On aura compris que les déconstructeurs s’en prennent à tout ce que la culture spirituelle de l’Europe avait réussi à édifier. La déconstruction est l’ennemie mortelle de toutes les formes d’édification. »

Et Mattéi d’ajouter que la nouvelle menace réside dans l’utopie transhumaniste puisque celle du progressisme ne fait plus recette. Il reste néanmoins confiant dans l’homme face à son effacement : « On ne pourra jamais effiler l’humain puisque c’est l’homme lui-même qui en file à chaque moment le tissu. » Une conclusion riche d’enseignement sur les ravages, mais aussi sur les impasses d’un progrès illimité. On n’arrête pas le progrès, assure le dicton... Mais, l’idéologie, qui l’exalte, a du plomb dans l’aile.

Source : Valeurs actuelles

L’Homme dévasté, de Jean-François Mattéi, préface de Raphaël Enthoven, Grasset, 288 pages, 19 €.

Résistance au meilleur des mondes, d’Éric Letty et Guillaume de Prémare, Pierre-Guillaume de Roux, 224 pages, 19 €.

Une question de taille, d’Olivier Rey, Stock, 288 pages, 20 €.

Nos limites, pour une écologie intégrale, de Gaultier Bès, avec Marianne Durano et Axel Norgaard Rokvam, Le Centurion, 112 pages, 3,95 €.

Apocalypse du progrès, de Pierre de La Coste, préface de Frédéric Rouvillois, Perspectives libres, 254 pages, 22 €.

Afrique du Sud — Mandarin pour tous ?

Les écoliers sud-africains auront un nouveau programme linguistique dès janvier 2016, le mandarin. « La Chine est le principal partenaire commercial de l’Afrique du Sud et nous pensons qu’il est important que nos enfants maîtrisent la langue de Confucius et développent une connaissance de la culture chinoise », argumente le ministère de l’Éducation, selon le quotidien Mail and Guardian. Le journal explique que la réforme n’est pas du goût du puissant syndicat Sadtu (Union démocratique des enseignants sud-africains). « Pour nous, c’est de la colonisation », a déclaré Mugwena Maluleke, son secrétaire général.

Que se passera-t-il lorsque la laïcité ne suffira plus pour nous définir ?

La justice l’a décidé : il n’y aura pas de menus de substitution dans les cantines scolaires de Chalon-sur-Saône. Mais pour Mathieu Bock-Côté le débat va bien au-delà de la laïcité et interroge sur la vision de la France.

Faut-il ou non multiplier les accommodements « raisonnables » dans les cantines scolaires ? Dans quelle mesure doit-on proposer des menus pour répondre aux exigences particulières de certaines communautés religieuses qui voudraient voir leurs interdits alimentaires reconnus par la puissance publique ? La question se pose actuellement à Chalon-sur-Saône et trouve un écho dans la France entière. C’est bien évidemment parce qu’elle ranime le débat sur la conversion ou non du pays au multiculturalisme, ce nouveau régime politique fondé sur l’inversion du devoir d’intégration. On pourrait facilement la transposer dans les autres sociétés occidentales.

Les uns veulent en finir les menus de substitution au nom d’une laïcité dont il faudrait cesser de tordre le principe. Les religions doivent prendre le pli de la République, pas le contraire. Dans le cas présent, cela veut dire en finir avec le menu de substitution au porc. Surtout qu’on ne saurait tolérer une ségrégation religieuse implicite dans les écoles. Les autres, au nom d’une conception « inclusive » de la laïcité, croient nécessaire d’aménager publiquement un espace pour toutes les croyances. Pratiquement, cela implique de multiplier les concessions à l’islam, apparemment nécessaires pour faciliter son acclimatation en France.

On l’aura compris, le débat se situe presque exclusivement sous le signe de la laïcité, référence obligée dans la culture politique française. C’est à qui saura le mieux l’interpréter, la comprendre, la définir ou la redéfinir. On comprend pourquoi : elle représente un principe politique doté d’une légitimité supérieure. Celui qui parvient à s’en emparer parviendra à s’approprier un des principes que les Français considèrent le plus positivement. Il déterminera les termes de la respectabilité politique, sociale, et médiatique. On aura néanmoins compris que derrière cette bataille sémantique se cachent des philosophies politiques contradictoires.


La presse laïcarde ne donnait pas dans la dentelle au début du XXe siècle en France
« Échappe-lui, petit ! », va à l’école laïque.

Contrairement à ce que veut la légende urbaine, la laïcité ne s’est pas imposée paisiblement en France. Et elle a été infiniment plus brutale à l’endroit d’un catholicisme dont elle voulait arracher les racines qu’elle ne le sera jamais à l’endroit de l’islam. Et pourtant, si la laïcité est aujourd’hui plébiscitée, c’est parce qu’ils sont nombreux à croire qu’on ne peut contenir la poussée politique de l’islam qu’en son nom. Elle représente une digue politique, en quelque sorte, moins contre l’infiltration du religieux dans la vie publique que contre la formation d’un communautarisme qui inquiète la conscience nationale.

Si on se demande, selon la formule rituelle, ce dont la laïcité est le nom, on dira qu’elle en est venue à traduire politiquement la prédominance légitime de la culture française en France. Elle n’est plus seulement un principe, mais un mode de vie. C’est pourquoi, d’ailleurs, elle peut prendre la forme d’une catho-laïcité, qui ne mérite pas la mauvaise réputation qu’on lui colle, dans la mesure où elle fait la synthèse entre deux parts de l’identité française qu’il serait sot de monter l’une contre l’autre. Une nation ne nie pas son identité, même dans ses aspects paradoxaux, sans se mutiler intimement.

Couverture d’un journal anticatholique de 1906
« Achetez du Sang du Christ, garanti pur, à 5 francs le litre »


Il y a plus de dix ans, dans son très beau livre, Quand les catholiques étaient hors la loi, Jean Sévillia posait une question délicate : que se passera-t-il lorsque la laïcité ne suffira plus pour nous définir ? Il se questionnait alors sur la part irrépressible de l’héritage catholique dans l’identité française. On pourrait la reprendre en parlant plus largement de la place de la culture au cœur du lien social. Mais la démocratie contemporaine fonctionne au déni des cultures. Elle ne sait plus qu’en faire et ne veut même plus les voir. Pour emprunter les mots de Philippe d’Iribarne, il s’agit du « déni postmoderne » de la culture des peuples. La société n’apparaît plus qu’à la manière d’une association d’individus seulement réunis par les droits qu’ils se reconnaissent entre eux. Elle n’est plus qu’un artifice juridique et on présentera la part du réel qui résiste à l’absolutisation des droits de l’homme comme autant de stéréotypes et de préjugés. Les individus n’ont plus rien en commun, sinon des principes universels auxquels il suffirait de souscrire pour se voir reconnu comme un membre à part entière de la communauté nationale. La philosophie politique contemporaine ne veut plus entendre parler de la question des mœurs, comme si ceux-ci du seul domaine de l’intimité. Il n’y a plus de culture, sinon celle des étrangers, qu’il faut accommoder, mais des styles de vie.

Les congrégations enseignantes
sont chassées de France.
De 1901 à 1904, plus de 30.000 moines
sont contraints à l’exil,
leurs biens confisqués.
La condition première pour qu’un immigré soit accueilli positivement, c’est qu’il manifeste un désir ostentatoire d’intégration ou d’assimilation. En un mot, il doit travailler à faire de lui un Romain. Publiquement, il doit montrer qu’il s’intègre. Dans la vie privée, il conservera naturellement une tendresse pour ses origines. Qu’il s’agisse de la place des femmes dans la société, de la conversion des églises en mosquées, du regroupement spontané des immigrés dans des quartiers où ils en viennent à former la majorité ou de la multiplication des demandes d’accommodements ethnoreligieux, c’est néanmoins la question des mœurs qui se pose. Une illusion se dissipe : on croit de moins en moins à la possibilité d’une société sans repères identitaires. Quoi qu’on en pense, des populations exagérément contrastées, trop différentes culturellement, en quelque sorte, peuvent difficilement cohabiter sans tension. Tout l’a’t politique consiste aujourd’hui à rebâtir du commun. On ne voit pas pourquoi l’identité historique du pays d’accueil n’en représenterait pas le socle.

On aime bien se moquer aujourd’hui de ceux qui disent « À Rome, fais comme les Romains ». On veut y voir une conception rétrograde de l’hospitalité. À tort, naturellement. La condition première pour qu’un immigré soit accueilli positivement, c’est qu’il manifeste un désir ostentatoire d’intégration — ou d’assimilation, selon la formule qu’on choisira. En un mot, il doit travailler à faire de lui un Romain. Publiquement, il doit montrer qu’il s’intègre. Dans la vie privée, il conservera naturellement une tendresse pour ses origines. Mais il ne doit pas chercher à convertir ses désirs, et encore moins ses caprices alimentaires, en droits fondamentaux que la société d’accueil devrait obligatoirement satisfaire.

Source


Contexte 

 Il n’y a pas eu de pacte laïque en France, elle fut imposée et engendra des morts

« Contrairement à la formule popularisée par Jean Baubérot, il n’y a pas eu de “pacte laïque” en 1905 (Jean Baubérot, Vers un nouveau pacte laïque ?, Le Seuil, 1990). La loi de séparation de l’Église et de l’État n’a jamais été négociée avec la hiérarchie catholique. Ce n’est donc pas parce qu’aujourd’hui, la laïcité passe pour le summum de la tolérance qu’il faut occulter sa violence antireligieuse initiale » 
(Jean Sévillia, Quand les catholiques étaient hors la loi, Perrin, 2005, p. 20).

Le 2 janvier 1906, une circulaire du ministère des Finances décrétant que les fonctionnaires devront se faire ouvrir les tabernacles des églises met le feu aux poudres.

Les croyants craignaient des profanations bien réelles. D’innombrables incidents eurent lieu à l’occasion de ces inventaires. Certaines églises sont prises d’assaut par l’armée, la gendarmerie, les pompiers. Les bagarres font des dizaines de blessés et même des morts.

Gery Ghyseel, dans le Nord à Boescheppe, fut abattu d’un coup de revolver le 6 mars 1906. Gery Ghyseel, ouvrier boucher de 35 ans, laissa une veuve et trois orphelins. La Flandre catholique l’enterrera le 10 mars. Trois jours auparavant, ce drame a provoqué la chute du gouvernement. L’autopsie révéla que la balle mortelle venait du calibre 6 du fils du percepteur M. Caillet qui s’était présenté le 6 dans l’église de Boeschepe, un village du Nord, non loin de la frontière belge, accompagné de son fils, étudiant en droit à Lille et de M. Benoist, commissaire de Bailleul, le chef-lieu du canton. Un détachement du 8e d’Infanterie, une dizaine de dragons et cinq gendarmes. Leur mission : assurer la protection de l’inventaire des biens ecclésiastiques qui doit avoir lei à Boeschepe comme dans les 36 000 communes de France en application de la Loi de séparation des Églises et de l’État...

Depuis un mois, ces inventaires donnent lieu à de multiples incidents. Ce jour-là 6 mars, la bagarre éclate dans l’église de Boeschepe. Coups de poing, coups de pied, les chaises volent. Le percepteur roule à terre. Son fils, armé d’un revolver prend peur, il tire. Un homme s’effondre mort. Gery Ghyseel est la première victime de la Loi des inventaires.

Voir aussi

France — « L’école laïque, gratuite et obligatoire » constitue un mythe fondateur

Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit

Jules Ferry : « nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, non plus que la neutralité politique »

France — L’instruction gratuite et universelle ne date pas de Jules Ferry ni de la République

France — la « gratuité » de l’école laïque visait à assécher les écoles privées

Grand exil des congrégations religieuses françaises 

Des centaines de couvents, collèges et écoles, des milliers de religieux et religieuses, et bon nombre de leurs élèves, gagnent les pays limitrophes de la France, mais aussi l’ensemble de la Méditerranée, le Canada, les États-Unis, l’Amérique latine et jusqu’au Japon ou l’Australie. Exil planétaire, vécu dans la douleur, mais aussi l’esprit missionnaire, et qui répand en deux traînées parallèles le catholicisme à la française, la langue et les livres nationaux. Il arrive, du reste, que la France soutienne, au Levant, des enseignants dont elle ne veut plus sur le sol métropolitain. On n’avait jamais pris la mesure de cet exil méconnu, le dernier qui ait marqué l’histoire politico-religieuse tourmentée de la France. Ce livre, Grand exil des congrégations religieuses françaises, impose de comprendre la législation de 1901-1904 et les réponses que les congrégations lui ont apportées, avant d’inviter le lecteur à entamer un véritable tour du monde sur les traces des religieux en exil.

Grand exil des congrégations religieuses françaises 1901-1914 (Le)
Collection Cerf Histoire
2005, Paris,
496 pages
ISBN : 9 782 204 074 698


Député britannique préconise l’utilisation de la loi anti-terroriste contre profs chrétiens trop conservateurs

Selon certaines associations britanniques militant pour la liberté d'expression, l’antiterrorisme a toujours été une notion très vague puisque le « terrorisme » n’a jamais été clairement défini.

Sous prétexte de lutter contre le terrorisme islamiste, les gouvernements passent en effet des lois qui menacent finalement la liberté d’expression de tous les citoyens et particulièrement celle des chrétiens qui s’opposent à la doctrine libérale-libertaire en vogue. Les opposants à cette forme de « lutte contre le terrorisme » se sont toujours inquiétés de lois qui ne définissent pas clairement l’objet de leur lutte, à savoir le « terrorisme ». Un député conservateur britannique vient de leur prouver une fois encore qu’ils ont eu raison. Pour lutter contre « la radicalisation », le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé plusieurs mesures antiterroristes en mai dernier. Le député conservateur Mark Spencer (ci-dessus) a affirmé, dans une lettre envoyée à un électeur, que ces nouvelles mesures prises contre la propagande terroriste devraient également être utilisées contre les professeurs chrétiens qui apprennent à leurs élèves que le « mariage » homosexuel est un « faux » mariage.

Un député britannique vise les professeurs opposés au « mariage » homosexuel dans le cadre des « lois » antiterroristes

Mark Spencer souhaite que les professeurs qui exposent leur position sur le mariage traditionnel tombent sous le coup des Extremism Disruption Orders (EDO), pris par David Cameron et Theresa May au nom de la lutte contre la radicalisation des djihadistes. Dans sa lettre, Mark Spencer, député de Sherwood dans le Nottinghamshire, se veut rassurant : les professeurs chrétiens seront toujours « parfaitement autorisés » à exprimer leur avis sur le « mariage » homosexuel… mais seulement dans « certaines situations ». Le député explique exactement ce qu’il préconise : « Les EDO ne vont pas servir à limiter (la liberté d’expression), mais plutôt à la garantir : ce sont ceux qui cherchent à empêcher les autres d’exprimer leurs croyances qui seront visés. Laissez-moi vous donner un exemple, à propos duquel un grand nombre d’électeurs m’ont écrit – le mariage gay dans les écoles. » Le député poursuit en insistant sur le droit des professeurs à exprimer leur position sur le sujet. Il précise en revanche que la loi doit viser les professeurs qui expliqueraient que le « mariage » homosexuel est un « faux » mariage à leurs élèves…

Pour la National Secular Society, ces EDO sont la plus grande menace contre la liberté d’expression

Certaines associations chrétiennes ont affirmé que les remarques du député conservateur confirmaient la légitimité de leurs craintes sur la loi antiterroriste : ils avaient mis en garde contre une loi qui pourrait taxer d’« extrémisme » les opposants au « mariage » homosexuel. Cette crainte venait d’un constat : est considéré comme « extrémiste » dans la loi tout ce qui « s’oppose aux valeurs britanniques », sans que ces « valeurs » ne soient précisément définies si ce n’est pas les ministres qui ont brandi des notions aussi vagues que « démocratie », « tolérance » et « État de droit ». De son côté, la National Secular Society, une association britannique dont l’objet est de défendre la « laïcité » et qui soutient la légalisation du « mariage » homosexuel, a affirmé que ces décrets pourraient constituer l’une des pires menaces contre la liberté d’expression que la Grande-Bretagne n’ait jamais eu à affronter. Le directeur général de cette association, Keith Porteous Wood, a affirmé : « Si les EDO peuvent réellement être utilisés pour interdire aux professeurs de parler du mariage homosexuel alors qu’ils n’incitent pas à la violence, ils sont une menace pour la liberté d’expression encore plus grande que ce que j’avais craint. »

Le député Mark Spencer préconise d’interdire l’expression de certaines croyances chrétiennes

Simon Calvert, directeur du Christian Institute a commenté cette lettre du député : « Je suis profondément choqué que nous ayons un député qui soutienne l’idée selon laquelle des professeurs devraient être taxés d’extrémisme parce qu’ils enseignent que le mariage concerne un homme et une femme. C’est exactement le genre de choses contre lesquelles nous avons mis en garde », a-t-il insisté. « Le gouvernement a affirmé que nous n’avions rien à craindre de sa nouvelle loi contre l’extrémisme, mais nous avons là un député qui écrit à un électeur en disant que les EDO devraient interdire les professeurs d’enseigner certaines croyances chrétiennes communes », a-t-il encore ajouté. La menace est réelle, et ce n’est pas la première fois que des autorités le prouvent. Plus tôt dans l’année, le chancelier George Osborne avait écrit à ses électeurs que les EDO pourraient être utilisés contre ceux qui « répandent la haine sans violer la loi. » Il avait alors insisté pour dire que ces interdictions viseraient tous ceux qui « justifient la haine » contre les personnes en raison de leur religion, de leur orientation sexuelle, de leur genre ou de leur handicap. Il restait encore à définir ce que signifie un « discours de haine ». Le député conservateur Mark Spencer vient de le faire en l’appliquant aux personnes opposées au « mariage » homosexuel.

Source

vendredi 7 août 2015

Le syndicat CSQ suggère des livres homosexuels et transgenres aux garderies et écoles primaires (Rediff estivale)

M-à-j : Le Devoir a défendu cette initiative en une, le 5 août 2014 (voir notre billet qui y est consacré).





La Centrale des syndicats du Québec, abrégé en CSQ, est un syndicat québécois surtout présent dans le domaine de l'éducation, mais aussi présent, notamment, chez d'autres fonctionnaires dans les domaines de la santé, des services sociaux, des loisirs et des communications. La CSQ s'appelait auparavant la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ). En 2012, elle représente 193 000 employés, dont 100 000 travaillent dans le domaine de l'éducation.

La CSQ a publié en mai 2014 une liste de livres suggérés aux centres de la petite enfance, le préscolaire et le primaire au Québec. Ils promeuvent tous une vision de la famille LGBTQ (lesbien, gay, bisexuel, transsexuel et queer). Le niveau de lecture en français baisse dans les épreuves interprovinciales et internationales, les résultats en sciences dégringolent également, les élèves sont incultes, ils ne lisent plus de classiques, le cours d'histoire, d'univers social et d'ECR sont critiqués par plusieurs observateurs (voir liens en bas de page) comme étant politisés et en rien objectifs, mais, voilà, pour ce syndicat des enseignants ce qui est très important dès avant le primaire c'est de normaliser l'homosexualité. Se pourrait-il que cette priorité soit imposée à des enfants dont les parents s'y opposent ?

Voici donc la liste de livres suggérés par la CSQ pour les garderies, le préscolaire et le primaire avec l’appréciation fournie par le syndicat :



Comité pour la diversité sexuelle et l’identité de genre (CSQ)
(Centrale des syndicats du Québec)
9405, rue Sherbrooke Est,
Montréal (Québec),H1L 6P3







LITTÉRATURE JEUNESSE

pour les Centres de la petite enfance,
pour le préscolaire et le primaire

Des suggestions de livres à acquérir
dans les bibliothèques scolaires

Mai 2014

Livres s’adressant au niveau des Centres de la petite enfance, du préscolaire et du primaire


  • ALEMAGNA, Béatrice, « Le secret d’Ugolin », 2000
  • BARSONY, Piota, « Papa porte une robe », 2004
  • BLAKE, Stéphanie, « La fille qui voulait être un garçon », 2001
  • BOUTHILLON, Béatrice, « Tango à deux papas et pourquoi pas ? », 2010
  • BRETOUILLE, Ariane et FAVREAU, Marie-Claude, « Ulysse et Alice », 2006
  • BRETOUILLE, Arianne, « Ulysse alias Easy Loup Galop », 2012
  • BRIÈRE-HAQUET, Alice, « La princesse qui n’aimait pas les princes », 2010
  • CHRISTOS, « Dînette dans le tractopelle », 2009
  • DE LUCA, Françoise, « Jason et la tortue des bois », 2011
  • DOURU, Muriel, « Cristelle et Crioline », 2011
  • DOURU, Muriel, « Dis… maman », 2003
  • DOURU, Muriel, « Un Mariage vraiment gai », 2004
  • HONORÉ, Christophe, « Je ne suis pas une fille à papa », 1999
  • LABELLE, Sophie, « Le Comité infernal des ordres ténébreux », 2014
  • LATIFA, Alaoui M. et POULIN, Stéphane, « Marius »,
  • LENAIN, Thierry, « Je me marierai avec Anna », 2004
  • LENAIN, Thierry, « Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? », 2011
  • LESAFFRE, Laetitia, « Je veux un zizi », 2007
  • DE MANLÉON, Jean-Vital et DAUTHERMER, Rebecca, «Les deux mamans de Potirou », 2001
  • MAZURIE, Jean-Christophe, « Philomène m’aime », 2011
  • MORGANE, David, « J’ai deux papas qui s’aiment », 2007
  • TURIN, Adela et BOSNIA, Nella, « Camélia et Capucine », 2007
  • TEXER, Ophélie, « Jean à deux mamans », 2004

ALEMAGNA, Béatrice Le secret d’Ugolin
2000, Éditeur Seuil Jeunesse, 36 pages
N° ISBN : 9782020395274 (2020395274)

Livre pour enfant à partir de 4 ans.

Un album simple pour réfléchir sur le thème du droit à la différence.« À papa. On est tous différents, mais certains sont plus différents que d’autres. » La dédicace de ce bel album en est sans doute la phrase la plus explicite. Le thème est la différence en général, et chaque petit lecteur y trouvera une réponse à ses préoccupations du moment, que ce soit le racisme ou le végétarisme.