mardi 12 novembre 2013

Mémoire de Loyola auprès de la Cour suprême du Canada

On trouvera ici le mémoire (en anglais) que le collège Loyola a déposé auprès de la Cour suprême du Canada en prévision de son audience qui devrait se tenir le 24 mars 2014 à Ottawa. Cette date avait précédemment été fixée provisoirement au 23 avril 2014.






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Calgary Herald sur Loyola : la Cour suprême doit mettre fin aux empiètements de Québec

Extraits de l'éditorial du Calgary Herald de ce jour sur l'affaire qui oppose le collège Loyola au Monopole de l'Éducation du Québec (MELS).


« Le recours, introduit par l'école secondaire Loyola de Montréal, une école privée jésuite pour garçons, conteste le droit que la province de Québec s'est arrogé qui interdit aux écoles religieuses d'enseigner le programme scolaire à partir de leurs perspectives confessionnelles. Le cours en question se nomme Éthique et culture religieuse. Le gouvernement du Québec l'a imposé à toutes les écoles il y a cinq ans. Une vive opposition s'était élevée dans la province à l'introduction du cours parce que certains parents estimaient que le cours malmenait leur liberté de religion protégée par la Charte. Le cours a été décrit comme un genre de cours de religion comparée. On a dénoncé son zèle égalitaire envers toutes les croyances qui impose, notamment, qu'on y traite avec les mêmes égards et le même sérieux la délirante secte Raël et les trois religions abrahamiques. La Cour suprême a statué plus tôt que le gouvernement du Québec a le droit constitutionnel d'imposer ce programme dans les écoles publiques.

Toutefois, l'affaire Loyola contient un élément inquiétant qui est directement lié aux principes de la controversée Charte des valeurs déposée à l'Assemblée nationale jeudi dernier. La province interdit à cette école catholique d'enseigner le cours ECR d'un point de vue catholique, même si les parents ont bien évidemment inscrit leurs enfants à Loyola — fondée en 1896 — parce qu'ils veulent qu'ils reçoivent une éducation catholique.

Si la Cour suprême devait pencher en faveur du gouvernement québécois, elle légitimerait le point de vue de la province selon laquelle la religion est un simple choix de vie et non une question d'identité personnelle profondément enracinée, selon Peter Stockland, directeur des publications et des médias Cardus, un réseau pensant de Hamilton qui se penche sur le croisement entre la foi et la vie quotidienne des Canadiens. Cardus soutient Loyola dans son combat. Deux de ses membres, accompagnés du directeur de Loyola Paul Donovan, ont récemment rencontré le comité de rédaction du Herald dans le cadre d'une tournée de sensibilisation à travers le Canada.

Stockland a expliqué que l'attitude du gouvernement du Québec consiste à écarter toute la richesse intellectuelle que les religions ont accumulée au fil des siècles, les réduisant à une question superficielle de mode de vie. Il agit comme si les croyances religieuses, au lieu d'être ancrées au plus profond de l'homme et une part essentielle de son identité, n'avaient guère plus d'importance que le choix de garnitures proposées dans un buffet à salades.

Le droit à la liberté de religion n'est pas unilatéral, il n'équivaut pas à la laïcité [...]. Les écoles religieuses doivent enseigner le programme provincial — Loyola ne conteste pas ce point —, mais elles doivent également bénéficier totalement de la liberté de religion. Cela signifie liberté d'enseigner leurs préceptes religieux, sans ingérence déraisonnable de l'État, aux enfants dont les parents les y ont inscrits pour cette raison précise.

La liberté de religion garantie par la Charte est attaquée de maintes façons ces jours-ci au Québec. Cette liberté doit être rétablie. Nous espérons que, dans sa sagesse la Cour suprême la restaurera.


Allemagne — juge interdit l'émigration de parents qui veulent éduquer leurs enfants à leur guise

Les cadettes Wunderlich à leur rentrée
des classes
Un juge allemand qui avait ordonné en août que la police enlève les enfants d'une famille qui les instruisait à la maison a refusé à cette famille qu'elle puisse émigrer vers un autre pays européen où l'instruction à domicile est permise, selon l'association américaine de défense juridique pour l'instruction à la maison (HSLDA). Le 29 août 2013, un peloton de 20 travailleurs sociaux, de policiers et d'agents spéciaux a pris d'assaut la résidence de la famille Wunderlich près de Darmstadt, en Allemagne, pour en extraire par la force les quatre enfants de la famille, âgés de 7 à 14 ans.

Le prétexte invoqué pour cette action violente : les parents, Dirk et Petra Wunderlich, avaient continué d'instruire leurs enfants à la maison malgré une interdiction complète de cette forme d'instruction en Allemagne (sauf cas de force majeure, notamment, pour un enfant grabataire). Les autorités allemandes — y compris la Haute Cour du pays — ont exprimé à plusieurs reprises leur ferme détermination d’éradiquer les « sociétés religieuses ou philosophiques parallèles » et ceci comprend pour elles l’éducation à la maison.

Les enfants ont été rendus à leurs parents trois semaines après leur enlèvement, à la suite de protestations internationales.

Le tribunal n'a rendu les enfants qu'à l'expresse condition que les parents promettent que leurs enfants fréquenteraient l'école gouvernementale.

Dirk Wunderlich a déclaré que ses avocats demandèrent alors que les travailleurs sociaux confirment que ceux-ci n'interviendraient pas si sa famille décidait d'émigrer dans un pays voisin où l'instruction à domicile est légale. Mais le juge a fait savoir aux avocats de la famille que, si elle quittait l'Allemagne avant une audience prévue en décembre, il s'assurerait qu'elle y serait ramenée pour faire face à des sanctions pénales.

Les deux aînés de la famille devant l'école
que le gouvernement les oblige à fréquenter

Les parents ont précisé qu'ils n'avaient d'autre choix que d'accepter. « Quelle autre option avions-nous ? », de demander Dirk Wunderlich. « Ils avaient nos enfants. Nous étions ébranlés par l'action du gouvernement. Nous ne voulons pas que nos enfants aillent à l'école gouvernementale, mais nous n'avons pas le choix, nous ne pouvons pas partir et si nous ne nous conformons pas à leurs demandes ils enlèveront nos enfants. Nous allons faire de notre mieux parce que nous savons que si nous essayons de partir, les autorités nous sépareront de nos enfants et nous pourrions ne les revoir que dans beaucoup de temps. Nous avons une audience prévue en décembre et nous espérons alors obtenir à nouveau la garde complète de nos enfants et d'être permis de déménager dans un pays où l'instruction en famille est tolérée », a déclaré le père de famille.


Écrire à l'ambassade d'Allemagne

Au Canada :

L'Ambassade de la République fédérale d'Allemagne
C.P. 379,
SUCC. A
Ottawa (Ontario)
K1N 8V4

Télécopieur: +1 613 594 9330

En France :

Ambassade de la République fédérale d’Allemagne,
13-15, avenue Franklin D. Roosevelt,
75008 Paris.
Télécopieur: +33 (0)1 53 83 45 02

En Belgique :

Ambassade de la République fédérale d'Allemagne
Rue J. de Lalaing, 8 - 14
1040 Bruxelles
Télécopieur: 02/787.28.00


Voir aussi

Police allemande enlève les enfants d'une famille instruits à la maison

École à la maison en Allemagne — « Accompagnez-nous maintenant de gré ou plus tard de force »

Juge américain accorde le statut de réfugiés politiques à des parents-éducateurs persécutés en Allemagne

Famille allemande exonérée de négligence criminelle envers ses enfants qu'elle enseignait à la maison

École à la maison : les familles fuient l’Allemagne

Allemagne — Mère de douze enfants emprisonnée : elle refuse pour ses enfants le cours d'éducation sexuelle au primaire

Marie Geiss-Galimard : « Pour les Allemands, les enfants sont la propriété de l’État »

Parents allemands demandent l’asile au Canada.








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lundi 11 novembre 2013

Lecture — la catastrophe québécoise

Chronique d'Alain Dubuc dans la Presse:

« Environ 1,2 millions de Québécois ont une maîtrise si faible de la lecture, ce qu'on appelle maintenant la littératie [alphabétisation naguère], qu'ils ne peuvent pas fonctionner normalement. Un autre 2,2 millions n'a pas le niveau de littératie suffisant pour pleinement se développer.

C'est une catastrophe. Pour les individus eux-mêmes, dans leur vie personnelle et dans leur travail. Pour la société, qui a besoin de travailleurs qualifiés mais aussi de citoyens bien adaptés à un environnement de plus en plus complexe.

Et pourtant, un avis du Conseil supérieur de l'éducation sur la littératie, en septembre, est passé largement inaperçu. [Pas sur ce carnet.] Tout comme les résultats d'une vaste étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques en octobre.

Cette étude, le Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), réalisée par l'OCDE dans 22 pays, mesure les aptitudes des personnes de 16 à 65 ans en lecture, la littératie, dans le maniement des chiffres, la numératie [notions de calcul], et dans la maîtrise des nouvelles technologies.

Le Canada, avec un score de 273,5 sur 500 aux tests de compétence en lecture, est très légèrement au dessus de la moyenne de l'OCDE et se classe 10e sur 22 [ce qui n'est pas glorieux!] Mais au Canada, le Québec, avec 268,6, est la 8e province sur 10, ne devançant que le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve. Le Québec se retrouverait ainsi au 17e rang du classement international, tandis que l'Alberta serait au 7e rang. Ce sont des résultats extrêmement troublants. [Quoi des rednecks conservateurs en tête ?]

Mais il ne s'agit pas d'un concours. L'étude, à travers une série de tests, a pour but d'évaluer la capacité « de comprendre, d'évaluer, d'utiliser et de s'approprier des textes écrits pour participer à la société, réaliser ses objectifs et développer ses connaissances et son potentiel ».

Les résultats permettent de classer les citoyens d'un pays selon leur niveau de compétences. On découvre alors que ceux dont les aptitudes en littératie sont trop faibles pour fonctionner normalement, les niveaux 1 ou inférieur à 1 dans le jargon de l'étude, sont plus nombreux au Québec que partout ailleurs au Canada, à l'exception de Terre-Neuve.

19 % des Québécois sont au bas de l'échelle, ce qui donne 1,2 millions d'adultes qui, sans être analphabètes, ne peuvent décoder que des textes extrêmement simples. Cette proportion est très élevée. Elle n'est que de 15 % en Ontario, de 12,8 % en Australie, de 11,9 % aux Pays-Bas, ce qui place le Québec 20e sur 22 à l'échelle internationale, devant l'Italie et l'Espagne.

On retrouve aussi au Québec une proportion élevée de citoyens, 34 %, qui sont au niveau 2, fonctionnels mais pas assez pour vraiment s'épanouir dans une société moderne. C'est ainsi que le Québec compte 53 % de ces citoyens qui n'ont pas les compétences souhaitables, soit 3,4 millions de personnes. Encore là, en tête de queue canadienne.

Même chose pour la maîtrise des outils technologiques, où le Canada fait un peu mieux, mais où le Québec est également parmi les dernières provinces. Pour la numératie, toutefois, le Québec est dans la moyenne canadienne.

Comparaison des résultats autochtones/immigrés dans l'ensemble de l'OCDE
 Qu'est ce qui fait que le Québec se trouve dans le camp des provinces démunies? En partie l'immigration, quoiqu'il y a encore plus d'immigrants dans les provinces qui font mieux. En partie, les lacunes passées du système scolaire, quoique l'étude porte sur les 65 ans et moins. Mais il faut surtout regarder du côté d'un bagage scolaire insuffisant, notamment à cause du décrochage. Mais aussi la déperdition progressive des aptitudes après la sortie de l'école, parce que les Québécois lisent trop peu, qu'il n'y a pas assez d'éducation permanente pour les stimuler. »

Comparaison des résultats autochtones/immigrés pour le Canada : malgré sa politique déclarée d'immigration choisie les résultats des immigrés qui n'ont pas comme langue maternelle le français ou l'anglais sont très deçà de ceux des Canadiens de naissance ou des francophones ou anglophones de naissance.
 Alain Dubuc prend les choses à l'envers et ignore la question culturelle : quels immigrés, quelle est la valeur de la lecture chez les immigrés et les Québécois, plutôt quels sont les  programmes gouvernementaux d'éducation permanente en place...

Et Alain Dubuc de conclure par un poncif obligatoire : « Mais derrière, on retrouve un problème de valeurs d'une société qui ne valorise pas la lecture et qui, 50 ans après la Révolution tranquille, n'a toujours pas réussi à complètement effacer le poids du passé. » Rappelons que le nombre de grands lecteurs diminuent en Occident, que l'immigration actuelle n'a rien à voir avec la Grande Noirceur et que le Québec a, par exemple, reculé sur le plan de la diplomation par rapport à l'Ontario après la Révolution tranquille alors qu'il le rattrapait sous l'ère Duplessis... Eh, non ! Tout ne s'explique pas par la Grande Noirceur et son ombre rétrograde sans cesse brandie.

Source

Voir aussi

Nombre de « grands lecteurs » en baisse

Baisse relative du nombre de diplômés par rapport à l'Ontario après la Grande Noirceur

Québec — Près de la moitié des adultes ne sauraient pas lire de manière fonctionnelle

Europe — lecture des moins de 15 ans, une « situation alarmante »

Très forte chute des résultats en lecture pour les élèves québécois francophones entre 2007 et 2010


30% d'illettrés et de semi-illettrés de lecteurs inefficaces et lents en France ?


Résultats en lecture du français très médiocres, on impose l'anglais intensif de manière « brutale »

Le « mythe » de la Révolution tranquille





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Comment la science se trompe....


Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ».

On y apprend:

— qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. Voir ainsi la controverse récente sur les calculs de Reinhart et Rogoff sur le poids de la dette et leur oubli de 5 lignes dans un tableau Excel qui a mené à un contresens, produisant un article brandi comme justification pour des politiques d'austérité par plusieurs gouvernements européens.

— que le système d'« examen critique de confrères » ou de « contrôle par les pairs » est loin d’être infaillible : un journal ayant testé des chercheurs en insérant volontairement des erreurs dans les articles à relire, a découvert que la plupart d’entre eux ont raté les erreurs en question, alors même qu’ils étaient prévenus qu’on éprouvait leur aptitude à relire.

— que la pression à publier (« publiez ou périssez ») incite à trouver à tout prix une conclusion positive aux travaux, même lorsque la raison inciterait à conclure « qu’on ne peut rien conclure des résultats ». Ainsi les publications de « résultats négatifs » ne totalisent plus que 14 % du total aujourd’hui alors qu'ils étaient encore de 30 % en 1990.

— que les travaux réalisés ne sont pas toujours reproductibles, tant s’en faut. Ainsi Amgen a découvert l’année dernière que parmi 53 études de référence sur le cancer, seulement 6 étaient reproductibles. De même, Bayer n’a réussi à reproduire les résultats que d’un quart des 67 études de références dans son domaine.

Parmi les causes :

— la compétitivité en science. Dans les années 1950, quand la recherche universitaire moderne a pris forme après ses succès durant la Seconde Guerre mondiale, elle n'était encore qu'un rare passe-temps. L'ensemble des savants, comme on disait à l'époque, ne s'élevait guère à plus de quelques centaines de milliers. Au fur et à mesure que leurs rangs ont grossi — le nombre de chercheurs actifs se situe aujourd'hui entre 6 et 7 millions —, les scientifiques auraient perdu leur goût pour l'autosurveillance et le contrôle de qualité. La concurrence pour les emplois a transformé l'université en coupe-gorge. Les professeurs titulaires en Amérique gagnaient en moyenne 135.000 dollars en 2012, plus que les juges. Chaque année, les universités américaines produisent six docteurs pour un poste universitaire disponible. Aujourd'hui, la vérification (la reproduction des résultats des autres) ne compte guère dans l'avancement d'un chercheur universitaire.

— le carriérisme encourage également l'exagération et la sélectivité dans les résultats. Pour conserver leur caractère élitiste, les principales revues savantes rejettent plus de 90 % des manuscrits soumis. Les résultats les plus frappants ont donc plus de chances d'être publiés. Il n'est donc pas étonnant qu'un chercheur sur trois dise connaître un collègue qui a « amélioré » une étude, en éliminant par exemple des données inopportunes « sur une intuition ».





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dimanche 10 novembre 2013

Vivre ensemble...


« Vivre ensemble  »

« La fréquence du mot traduit le désarroi d’une société qui voit la disparition de la chose »

Alain Finkielkraut
Paru chez Stock
à Paris
le 9 octobre 2013



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France — La charte de la laïcité « promulguée » ne suffira pas


Extrait du Spectacle du monde d'octobre 2013 :

Les quinze articles de cette charte [de la laïcité] seront désormais affichés en bonne place dans tous les établissements, auprès de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Il y est rappelé, notamment, qu’« aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question du programme ». Et, comme le prévoit la loi de 2004, que « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » à l’école.

Le ministre de l’Éducation nationale a beau répéter qu’il ne s’agit pas du tout de pointer du doigt l’islam, les autorités musulmanes ont réagi vivement à la diffusion de ce texte. « 90 % des musulmans vont avoir l’impression d’être visés par cette charte alors que, dans 99 % des cas, ils ne posent pas de problème », affirme ainsi Dalil Boubakeur, qui redoute la « stigmatisation » de ses coreligionnaires. Une crainte partagée par une poignée de sociologues, comme Jean Baubérot, « expert » en laïcité : cette charte, prévient-il, ne doit pas devenir « un cache-sexe pour dissimuler l’islamophobie ».

Stigmatisation. Islamophobie. Discrimination. Et pourquoi pas racisme ? Autant de mots lâchés dans un seul but : interdire tout débat sur les revendications communautaires qui menacent non seulement l’école mais aussi la nation. Créé en 1989, à la suite de la première « affaire du voile » dans un collège de Creil, le Haut conseil à l’intégration (HCI) s’en est fait l’écho dans divers rapports, mais ses avertissements n’ont pas été entendus. En veut-on des exemples ?

« À tous les niveaux de la scolarité, les témoignages recueillis par le HCI font état d’obstacles croissants », lit-on dans un rapport remis à François Fillon en 2010, « Les défis de l’intégration à l’école ». Dès le primaire, « des enseignants se voient systématiquement opposés un refus de parents musulmans à l’étude, par leurs enfants, de la christianisation » du monde gallo-romain ou de l’histoire des Croisades au Moyen Âge. Les cours d’éducation physique, de sciences naturelles, d’éducation civique et même de musique n’échappent pas à cette pression religieuse. L’antisémitisme « peut se manifester lors des cours consacrés à l’enseignement du génocide des juifs […] Les tensions viennent souvent d’élèves qui s’affirment musulmans », notent les rédacteurs de ce rapport.

Le sentiment de ne pas appartenir à la communauté nationale est largement partagé dans certains quartiers : « Chacun se définit par la nationalité de ses parents avant de se sentir français. » Ce constat, c’est aussi celui que dresse la démographe Michèle Tribalat dans son nouveau livre, Assimilation : la fin du modèle français (éditions du Toucan).

De cette enquête, nourrie par un appareil statistique solide, il ressort que l’immigration reste toujours très soutenue en France : près de 200 000 nouveaux titres de séjour sont délivrés chaque année. [En proportion par rapport à sa population, le Québec en délivre plus du double.]

« Depuis 1999, écrit-elle, la population immigrée a augmenté de 24 % en dix ans [soit 1 million d’invididus]. Le nombre de natifs n’a progressé, lui, que de 5 % sur la même période. La proportion d’immigrés est donc passée de 7,4 % en 1999 à 8,5 % en 2009. »

L’intérêt de cet ouvrage réside aussi dans la démolition d’idées sans cesse répétées mais fausses. Par exemple, contrairement à ce que prétendent ses partisans, l’immigration ne changera pas grand-chose aux conséquences du vieillissement sur le marché du travail et, partant, sur le maintien des retraites : l’essentiel dépend des taux d’emploi. « Soit nous arriverons à faire progresser les taux d’emploi aux deux bouts de l’échelle des âges actifs, et alors l’immigration donnera un très léger coup de main pour retrouver en 2060 une situation voisine de celle d’aujourd’hui […] Soit nous n’y arriverons pas, et alors l’immigration ne nous aidera en rien. »

Surtout, ce livre met en évidence la responsabilité des élites intellectuelles et politiques dans le démantèlement du modèle français d’assimilation. Plusieurs raisons expliquent leur désertion. Une haine de soi qui se nourrit de l’histoire coloniale et du drame de la Shoah (« Les heures les plus sombres de notre histoire menacent à chaque instant ») ; l’adhésion à la construction européenne qui passe les nations par pertes et profits (« La persistance des nations est plus une gêne qu’une facilité pour l’Union européenne, car elles ont tendance à freiner ses velléités d’extension ou d’approfondissement ») ; enfin, des considérations électorales : abandonnée par les ouvriers qu’elle a cessé de défendre, la gauche parie sur la coalition des bobos diplômés et des minorités de la « diversité » pour se maintenir au pouvoir, selon l’analyse de la fondation Terra Nova dont le vice-président, Jean-Philippe Thiellay, est aussi conseiller de Jean-Marc Ayrault (« La vocation transformatrice de la gauche semble maintenant se réduire à accompagner ce qui vient », constate Michèle Tribalat).

Mais la fin de l'assimilation ne résulte pas seulement de la confusion des élites. Alors que les partisans de l’immigration prévoyaient une sécularisation des nouveaux venus au contact des populations européennes, la démographe souligne au contraire le « retour vers l’islam » des jeunes adultes qui pratiquent une forte endogamie religieuse, tout particulièrement dans les familles soucieuses de « sécuriser la transmission » de leur foi dans un environnement indifférent aux religions.

Et Michèle Tribalat de conclure : « Nous avons péché par excès d'optimisme en imaginant avoir résolu une fois pour toutes la question des prétentions religieuses sur la vie politique. » Il ne suffira pas de la charte de [la laïcité de ] Monsieur Peillon pour la résoudre...






À lire

Assimilation: la fin du modèle français
par Michèle Tribalat
éditions du Toucan,
Paris
354 pages, 20 €.






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vendredi 8 novembre 2013

Priorités des Québécois si une élection devait être déclenchée



L'éducation derrière la santé, l'économie et la lutte à la corruption. L'adoption de la Charte des valeurs est moins importante aux yeux des Québécois que les deux premières questions sur l'éducation...





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Débat sur l'anglicisation de Montréal


L'anglicisation du Québec étant au cœur du documentaire La langue à terre, OPEN télé a invité les deux réalisateurs du film ainsi que plusieurs intervenants, dont Pierre Curzi, Christine St-Pierre, Mathieu Bock-Côté et Beryl Wajsman, à débattre sur la question de la semaine: Faut-il s'inquiéter du recul du français au Québec ? Sophie Durocher les invitera également à répondre à d’autres questions telles que : « Jusqu'où la Loi 101 protège-t-elle le français au Québec? À partir de quand la tolérance peut-elle s’apparenter à de l’inertie ? La réalité est-elle la même partout au Québec ? »

Si la vidéo n'apparaît pas : http://matv.ca/montreal/mes-emissions/open-tele/videos

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jeudi 7 novembre 2013

Loyola : le ministère nous empêche d'être ce que nous sommes


Le directeur de Loyola, une école secondaire privée anglophone de Montréal impliquée dans une bataille juridique que la Cour suprême entendra le 24 mars 2014, a récemment effectué une tournée à travers le Canada. Objectif de cette tournée : discuter du laïcisme crispé croissant au Québec qui, selon lui, forcera les chrétiens à taire leurs opinions religieuses dans l’espace public et même, dans le cas du programme d’éthique et de culture religieuse (ECR), dans les écoles privées.

« Le Québec se dirige maintenant vers une « laïcité fermée » où le gouvernement se dit non seulement laïc, mais où la société elle-même doit aussi être laïque. La religion doit alors se cantonner à la maison et à l’église et totalement disparaître de l’espace public », a déclaré Paul Donovan (ci-dessus), directeur de l'école secondaire Loyola, dans un entretien avec le National Post.

Le collège Loyola se bat depuis cinq ans devant les prétoires contre le gouvernement du Québec afin de conserver le droit d'enseigner un cours obligatoire provincial sur les religions du monde et la morale appelé éthique et culture religieuse (ECR) d'un point de vue conforme à son identité catholique.

La Cour d’appel du Québec a récemment confirmé que l'école devait enseigner le programme ECR dans sa version « laïque » gouvernementale. Elle a aussi statué que le gouvernement était dans son droit quand il a refusé de déclarer équivalent au programme ECR le cours de religions du monde et de morale du collège catholique.

Le gouvernement du Québec prescrit que le programme ECR doit s’enseigner de manière « neutre » tant dans le domaine de la religion que de la morale. L’enseignant n’a plus qu’un rôle d’animateur « objectif » impartial qui ne peut intervenir que dans de rares cas où les limites de la civilité ou du politiquement correct seraient dépassées. Dans son volet éthique, par exemple, le cours devra aborder l'homosexualité en la présentant comme un choix parfaitement normal. Même dans une école catholique. Le programme ECR est obligatoire pour toutes les écoles primaires et secondaires, publiques et privées, et — en théorie — pour les enfants qui sont scolarisés par leurs parents à la maison.

Loyola a fait appel à la plus haute cour du Canada en février après la décision de la Cour d'appel du Québec.

Le directeur Paul Donovan a déclaré dans une vidéo YouTube que la décision de justice qui interdit à son école d'enseigner un programme équivalent signifie que le gouvernement prétend qu’une école confessionnelle est « incapable d'enseigner la reconnaissance de l’autrui – la tolérance et la compréhension – et la recherche du bien commun. » Le ministère du Québec pour sa part dit que son programme doit être enseigné de manière laïque dans toutes les écoles, mais que rien n'empêche que Loyola revoie des thèmes dans une perspective catholique, mais dans un cours séparé.

« Du point de vue du ministère de l’Éducation, confirmée par la Cour d'appel, nous ne pouvons [enseigner ces choses] qu’en tant que laïcs, que dans une perspective laïque », a ajouté M. Donovan.

Dans sa tournée pancanadienne, Donovan parle de la situation dans laquelle se trouve Loyola et insiste sur la pertinence de son cas pour tous les Canadiens qui croient que la liberté religieuse est un droit assuré, protégé et irrévocable.

Apparaissant lors d'un colloque organisé par l'Université McGill à Montréal, Donovan a déclaré à ses auditeurs que l'action de Loyola devant la Cour suprême est un dernier recours devant le refus persistant du gouvernement de permettre à son école de fonctionner en conformité avec son caractère, ses valeurs et sa mission catholiques.

« Le Québec veut exclure toute explication lors [d’un cours ECR sur] les raisons pour lesquelles les gens croient ce qu'ils croient », a déclaré Donovan au National Post.

« Vous êtes censé dire voilà ce que les gens croient et c'est tout. Le gouvernement exige que, lorsqu’on discute d’autres religions en classe, l'enseignant se désolidarise complètement de toute perspective religieuse ou de toute valeur religieuse. On ne peut donc jamais dire: "En tant que catholiques, nous voyons cela comme ceci..." »

« Le gouvernement veut que les enseignants présentent les croyances religieuses de façon absolue. Il ne faut pas en discuter, les remettre en question. Il ne faut pas les considérer comme rationnelles. Pourtant, dans la tradition catholique, saint Thomas d'Aquin dit que la raison est la première étape de la foi. Nous ne sommes donc pas autorisés à être qui nous sommes. »

Pour le gouvernement, « si vous avez une vision religieuse, vous ne pouvez pas servir le bien commun. En tant que catholique vous êtes donc incapables d’informer vos élèves au sujet des autres religions », de déclarer le directeur de Loyola.

« Je pense qu’on est en réalité plus objectif quand on avoue honnêtement ses a priori ou son point de vue que lorsqu’on prétend ne pas en avoir », a-t-il précisé.

La possibilité d’être neutre est une chose, l’opportunité de l’être en est une autre d’ajouter Donovan. « Ne pas être neutre ne signifie pas que vous n'êtes pas juste. Aucun être humain ne vit de manière neutre, mais l’on peut être équitable dans nos échanges. Vous pouvez tout à fait être en désaccord avec quelqu'un, tout en le respectant et en le traitant équitablement. »

Loyola ne s’oppose pas au cadre conceptuel du programme ECR dont l’objectif, selon Paul Donovan, est de fournir un minimum de culture religieuse, de prendre en compte l'histoire religieuse du Québec et de garantir le respect et la tolérance entre les religions. Mais il s’oppose à l’insistance du programme ERC qui impose que les enseignants soient « neutres » et muets quant à leurs opinions.

Pour le directeur de Loyola, cette façon de faire dans un domaine moral ou religieux reviendrait en classe de mathématiques à lancer un tas de nombres en l'air et à demander aux élèves de les trier tout seuls.

L'école Loyola enseigne depuis 35 ans un programme de religions du monde. La province prétend que le «  seul moyen d’atteindre le cadre conceptuel est de le faire est à la manière imposée par ECR », de déclarer Donovan. « Si le concept est celui du pluralisme, il existe un problème quand on souhaite promouvoir le pluralisme tout en insistant que tout le monde doit penser et agir d’une manière précise. »

« Ce que nous enseignons déjà présente une vision d’ensemble plus complète [que le programme ECR] de ce que sont les religions », précise le professeur montréalais. Ce que Loyola enseigne sur le bouddhisme ou le judaïsme serait considéré comme un portrait objectif par un moine bouddhiste ou un rabbin », ajoute-t-il.

Le programme ECR entend enseigner les différentes religions en comparant de petites « facettes » de celles-ci, telles que les vêtements religieux, les rituels ou les jours fériés, sans les mettre en contexte, et « beaucoup des éléments religieux finissent de la sorte par avoir l’air idiot. »

Même quelque chose comme l'Eucharistie peut paraître ridicule si, comme dans le cours ERC, on ne parle que de personnes qui reçoivent une hostie ou un morceau de pain sans expliquer la nature des sacrements ou l'importance de l'Eucharistie dans la vie de Jésus, d’expliquer Donovan.

Selon le procureur général du Québec, ces arguments ne sont pas pertinents puisque Loyola serait une entreprise et qu’elle ne jouirait donc pas de liberté religieuse.

Pour Paul Donovan, l'affaire Loyola pourrait aboutir sur une décision de la Cour suprême qui établit que des institutions bénéficient également de liberté religieuse ou, au contraire, que seuls les particuliers en jouissent.

« Depuis le début, le procureur général du Québec a fait valoir que Loyola n'a pas droit à la protection constitutionnelle sur la liberté religieuse parce que notre école est une personne morale et que seules les personnes physiques jouissent de ce droit ou de cette liberté », de rappeler le directeur de l’école.

L'issue de cette affaire pourrait avoir des conséquences importantes à travers le Canada pour la liberté religieuse des écoles, églises, synagogues, mosquées, organismes de bienfaisance ou autres institutions religieuses constituées en entreprise, en personne morale, d’avertir Paul Donovan. L'archidiocèse de Montréal, par exemple, une personne morale, pourrait très bien être considéré comme ne bénéficiant d’aucune liberté religieuse en tant que telle.

« C’est important pour notre pays », a constaté le directeur de Loyola.

Historiquement, la liberté religieuse est un droit collectif ainsi qu'un droit individuel, affirme-t-il. La Cour suprême du Canada n’a toutefois jamais statué directement sur ce sujet. Cette décision pourrait affecter la  place des religions dans la société.

Considérer la liberté religieuse comme un droit qui ne s’applique qu’aux particuliers consisterait à émasculer ce droit, opine Donovan.

Sept cent quarante garçons de la 7e à la 11e année fréquentent Loyola. Sur les 100 employés de l’école, 60 sont des enseignants.

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