jeudi 22 décembre 2022

Jésus a-t-il réellement existé ?

 

Chaque année, à Noël, nous célébrons la naissance de Jésus. Mais est-ce que le fondateur du christianisme est réellement venu au monde ? Le Christ est-il un personnage historique ou une création mythologique ?

La question n’est pas secondaire. Car le christianisme, religion de l’incarnation, n’est pas qu’un système de valeurs et de symboles qui donne sens à la vie. Il se présente plutôt comme une bonne nouvelle fondée sur des faits historiques : la vie, les enseignements, les miracles, la mort et la résurrection d’un homme, Jésus de Nazareth, qui prétendait non seulement parler au nom de Dieu, mais être Dieu lui-même.

Le pape Benoît XVI a plus d’une fois rappelé ce principe :

L’Histoire du salut n’est pas une mythologie, mais une véritable Histoire, et c’est pour cela qu’elle doit être étudiée avec les méthodes de la recherche historique sérieuse.

Bref, plus qu’une histoire, le christianisme est de l’histoire. Il peut et doit donc être étudié comme tel.
 

Hors de tout doute raisonnable

La science historique peut démontrer l’existence d’une personne à partir de l’analyse critique de documents. Quand ceux-ci sont suffisamment fiables, nombreux et convergents, il est possible d’arriver à une véritable certitude. Ainsi, les historiens peuvent conclure hors de tout doute raisonnable à l’existence de Socrate, de Cléopâtre ou encore d’Alexandre le Grand.

Or, lorsqu’il est question de Jésus de Nazareth, les documents historiques ne manquent pas, aussi bien de la part des chrétiens que des non-chrétiens.

Les preuves des adversaires

Plusieurs auteurs juifs, grecs et romains ayant écrit peu de temps après la mort de Jésus parlent de lui dans leurs ouvrages. Pour la science historique, ces mentions convergentes par des adversaires du christianisme constituent des éléments de preuve hautement crédibles.

Flavius Josèphe, historiographe juif né autour de l’an 37 et ayant travaillé pour l’empereur romain Vespasien, parle de Jésus comme d’un « sage » dans ses Antiquités juives rédigées en 93-94 et ajoute :

 Sa conduite était juste et on le connaissait pour être vertueux. Et un grand nombre parmi les Juifs et les autres nations devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples continuèrent de l’être. Ils disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant : ainsi, il était peut-être le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles.
    Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, 93-94 apr. J.-C.

Le Talmud de Babylone, un recueil d’anciennes traditions juives, évoque aussi la condamnation à mort un vendredi d’un homme appelé Jésus de Nazareth : « La veille de la Pâque, on pendit [à la croix] Yeshû le Nazaréen […] parce qu’il a pratiqué la sorcellerie, a séduit et égaré Israël. »

Tacite, historien et sénateur romain né en 58, mentionne quant à lui l’existence du Christ à l’époque de Ponce Pilate ainsi que sa crucifixion : « Ce nom [de chrétiens] leur vient de Christos (Christ), que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice » (Annales 15, 44, 5).

Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien, écrit vers 120 à propos de l’empereur Claude : « Il chassa de Rome les Juifs, qui s’agitaient d’après les excitations d’un certain Christus. »


Le plus grand complot de l’histoire ?

Les évangiles, les lettres du Nouveau Testament et tous les écrits des premiers théologiens qui ont connu des témoins oculaires du Christ constituent un vaste corpus de documents attestant l’existence de Jésus. Ils sont en fait si nombreux et concordants que l’on ne peut rationnellement les suspecter tous de tromperie sans prétendre au plus grand complot de l’histoire de l’humanité. Et encore, les complotistes devraient expliquer pourquoi les nombreux auteurs non chrétiens mentionnés précédemment auraient aussi été dans le coup.

Les évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean ont été écrits entre les années 60 et 100, à une époque où il existait encore de nombreux témoins oculaires du Christ. Saint Paul ose même affirmer que le Christ ressuscité est « apparu à plus de cinq cents frères à la fois » et que « la plupart sont encore vivants » (I Cor 15, 6).

Si ces « biographies de Jésus » étaient un tissu de mensonges ou de fables religieuses, nous aurions bien des critiques qui ridiculiseraient l’existence même du fondateur de ce nouveau mouvement religieux. Ce n’est pourtant pas le cas.

« Soyons sérieux ! », lance l’historien Jean-Christian Petitfils, auteur de deux livres phares sur Jésus aux éditions Fayard et Plon. « Si une pieuse conspiration avait monté de toute pièce une telle affaire, celle-ci aurait été bien mal préparée ! »

Or, à la différence des écrits de type mythologique qui placent habituellement leur héros dans un temps et un lieu très lointains, les évangélistes racontent au contraire l’histoire d’un homme ayant vécu dans le même siècle et la même région que leurs premiers lecteurs. C’est sans aucun doute la pire des stratégies pour lancer un grand complot !

La preuve par la négative

Avant le XIXe siècle et l’émergence de la thèse mythiste par quelques athées (Bruno Bauer, Salomon Reinach, Prosper Alfaric, puis au 20e siècle Paul Louis Couchoud et plus récemment, Michel Onfray), personne n’avait jamais sérieusement remis en doute l’existence de Jésus de Nazareth. On pouvait douter de ses miracles ou de sa nature divine, mais jamais qu’il ait tout simplement existé.

Pourtant, si un amateur du Seigneur des anneaux affirmait aujourd’hui, qu’il y a une quarantaine d’années à Montréal, vivait un magicien appelé Gandalf, faisant des miracles et attirant de grandes foules sur le Mont-Royal, il serait étonnant que personne ne le critique sur cette affirmation. Parce que ce sont les personnes les plus près d’un fait historique qui sont les plus susceptibles de contester qu’il ait réellement eu lieu.

Étonnamment, l’une des plus fortes preuves en faveur de Jésus est l’absence de documents remettant en doute son existence pendant 1800 ans. Dans l’Antiquité, on ne retrouve en effet aucun opposant au christianisme qui attaque ce nouveau mouvement religieux en niant l’existence même de son fondateur.

Le philosophe platonicien Celse, un des plus grands critiques du christianisme au 2e siècle, ne conteste jamais que Jésus soit vraiment né et mort crucifié en Palestine. Pourquoi ? Parce qu’il sait très bien que cette thèse est indéfendable, alors que de nombreuses personnes encore vivantes peuvent attester que leurs grands-parents ont vu cet homme de leurs propres yeux.

À vrai dire, ceux qui ridiculisent les premiers chrétiens préfèrent nier sa résurrection, sa divinité et sa doctrine.

À titre d’exemple, Lucien de Samosate (120 — vers 180), un écrivain satirique grec, rapporte sans le nommer l’existence du chef des chrétiens : « … celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes… » Et il continue à se moquer des chrétiens en disant d’eux :

 Ces malheureux se figurent qu’ils sont immortels et qu’ils vivront éternellement. En conséquence, ils méprisent les supplices et se livrent volontairement à la mort. Leur premier législateur leur a encore persuadé qu’ils sont tous frères. Dès qu’ils ont une fois changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs, et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois. Ils méprisent également tous les biens et les mettent en commun, sur la foi complète qu’ils ont en ses paroles.
    Lucien de Samosate

Un doute douteux

Les historiens et philologues ne remettent point en doute l’authenticité d’autres textes majeurs de l’Antiquité tels que ceux de Sophocle, de Thucydide, de Cicéron, de Virgile et de Platon, dont nous possédons incomparablement moins de manuscrits qui prouvent leur existence. « Je ne vois aucun autre personnage dont on nie l’existence alors qu’elle est si parfaitement établie par les faits », a déclaré au National Geographic l’archéologue et professeur d’histoire Byron McCane.

En plus d’être certain que Jésus ait existé, les historiens savent aussi qu’il était juif, qu’il était reconnu comme le messie par ses disciples, qu’il attirait les foules par son charisme extraordinaire et ses enseignements à contrecourant, et surtout qu’il a été crucifié à Jérusalem par ordre de Ponce Pilate autour de l’an 33.

Mais qui était cet homme exactement ? Était-il le Fils de Dieu comme il le prétendait ? A-t-il fait de nombreux miracles comme ses disciples l’affirment, et surtout, est-il réellement ressuscité des morts ? Ce sont d’excellentes questions sur lesquelles la science historique a aussi le droit de s’interroger. Mais on ne peut prétendre être sérieux scientifiquement en niant la simple existence de Jésus-Christ. Tous les experts, croyants ou pas, l’admettent aujourd’hui.

« Je ne connais aucun chercheur important qui doute du personnage historique de Jésus », assure pour sa part Éric Meyers, archéologue et professeur émérite à l’université Duke en Caroline du Nord.  « On pinaille sur des détails depuis des siècles, mais nulle personne sérieuse ne met en doute son existence. »


Le Jésus de l’histoire et de la foi

Faut-il pour autant opérer une distinction nette entre deux Jésus, celui de l’histoire et celui de la foi, comme s’il s’agissait de deux personnages différents ?

Il s’agit d’une séparation confuse et douteuse.

D’abord, parce que la science historique procède toujours par mode de foi humaine. Personne de vivant aujourd’hui n’a connu Jules César, Napoléon ou même le Premier ministre du Canada Wilfrid Laurier. Nous connaissons avec certitude leur existence en croyant des documents historiques crédibles.

Ensuite, parce que l’histoire et la foi renvoient toutes deux aux mêmes personnes, quoique selon des rapports différents. Je peux historiquement savoir que saint Augustin et Mahomet ont bel et bien existé, mais croire ou pas à leurs écrits, adhérer plus ou moins à leur exemple de vie.

Enfin, parce que la foi divine est une attitude subjective qui s’appuie sur une connaissance historique objective. La vertu théologale de foi consiste à croire aux révélations et aux promesses de Jésus, de lui faire confiance et de fonder sa vie sur lui.

La véritable question n’est donc pas si Jésus a réellement existé ou pas, mais si son existence peut ou pas changer ma vie.

Car le christianisme ce n’est pas « une belle histoire » qui donne sens à notre vie. Le christianisme, c’est Dieu qui entre réellement dans l’histoire pour venir changer concrètement nos vies.


Source : Le Verbe

Voir aussi 

ECR — Élève : à Noël on fête la naissance de Jésus, enseignant : c’est faux 

Jésus n’a jamais existé… dit le professeur de cégep. Vraiment ?

ECR — Marie s’est fait violer, elle a inventé l’histoire du Saint-Esprit, Joseph a gobé son histoire

mardi 20 décembre 2022

Faut-il dé-genrer les jouets ?

Faut-il dé-genrer les jouets ? Eugénie Bastié répond à tous les parents qui en ont marre que l'Etat leur dise ce qu'il faut mettre sous le sapin:


lundi 19 décembre 2022

Climat : on a cueilli des fraises mûres à Noël à Liège au Moyen-âge (en 1116)

 

À l’heure du réchauffement climatique, devenu changement climatique (c’est plus sûr, ça marche à tous les coups, le climat changeant sans cesse), puis dérèglement climatique pour certains militants afin de « mobiliser » les bourgeois assoupis, il est grand temps de lire l’excellent livre d’Olivier Postel-Vinay, Sapiens et le climat, une histoire bien chahutée, consacré aux changements climatiques qu’a connu notre espèce.

Olivier Postel-Vinay montre que notre espèce fut confrontée tout au long de son histoire à des changements climatiques brutaux de durées et intensités sans commune mesure avec ceux de notre époque. 


Sapiens et le climat

Une histoire bien chahutée
par Olivier Postel-Vinay,
paru aux Presses de la Cité,
à Paris,
le 8 septembre 2022,
352 pp,
ISBN-13 : 978-2258200937

 

Résumé de quelques changements climatiques récents mentionnés par Olivier Postel-Vinay

L’Optimum Romain est marqué par un climat d’une stabilité exceptionnelle avec des siècles chauds bien arrosés et des pluies de printemps abondantes, favorisant l’essor de Carthage et de Rome, sur le pourtour méditerranéen.

C’est au cours de cet Optimum qu’Hannibal traversa (en 218 av. J.-C) les Alpes avec ses éléphants, situation impensable aujourd’hui. Cet Optimum climatique romain (OCR) connu depuis assez longtemps (au moins depuis 1999 avec la première mention dans un article de Nature) est resté assez discret dans la littérature, cette dernière se portant plus volontiers sur l’Optimum climatique médiéval (autour de l’an mil), plus proche de nous. Pourtant de nombreux articles suggéraient que l’OCR est l’Optimum le plus chaud de la période récente, du moins pour les deux ou trois derniers millénaires. Un article récent de Maragritelli et coll. (2020), en Open Access dans Nature, a montré que c’est bien le cas, à savoir que l’OCR fut la période la plus chaude de ses 2000 dernières années (de plus 2 °C, en moyenne par rapport à aujourd’hui dans la région étudiée de la Sicile et de la Méditerranée occidentale) et que l’augmentation de température fut principalement le fait de l’activité solaire (Margaritelli et coll., 2016).

Selon Olivier Postel-Vinay, « les années 21-50 apr. J.-C. représentent les trente années les plus chaudes de notre ère jusqu’aux années 2000, avec des températures de juillet d’au moins 2 °C supérieures à celles du milieu du XXe siècle. Une détérioration du climat a lieu vers 150 apr. J.-C. et le climat devient plus instable à partir de 250 apr. J.-C. avec refroidissement et sécheresse. Le grand glacier d’Aletsch en Suisse recommence à grossir. Il existe une coïncidence entre “la crise climatique” du IIIe siècle et la première chute de Rome. Cette crise du climat en Méditerranée et en Europe de l’Ouest a aussi affecté l’Europe centrale, et une terrible sécheresse entre 338 et 377 apr. J.-C. dans les steppes d’Asie centrale sera à l’origine d’une migration des Huns vers l’Europe ». Notons également, sur d’autres continents, « une sécheresse centenaire, par exemple dans le bassin de Mexico vers 550 apr. J.-C., à l’origine de migrations de populations à la recherche de meilleurs pâturages, suivie par trois siècles de grande sécheresse qui verront l’abandon des populations mexicaines de Monte Alban ». 

L’épisode PEGAT (ou Petite ère glaciaire de l’Antiquité tardive) marque un refroidissement avec multiplication des famines. La température de la Méditerranée baisse, deux énormes éruptions volcaniques dans l’hémisphère Nord font des années 536 apr. J.-C. et 540 apr. J.-C. des années « sans été ». Les cernes des arbres des Alpes autrichiennes et de l’Altaï suggèrent que la décennie 540 apr. J.-C. est dans cette région du monde la plus froide de tout l’Holocène. Une synthèse est proposée par Büntgen et coll. (2016) pour la période de 536 apr. J.-C. à 660 apr. J.-C.

L’Optimum médiéval est la dernière période la plus chaude proche du XXe siècle. Le premier Viking arrive accidentellement en Islande en 860 apr. J.-C. à la faveur d’une tempête au large des Hébrides, au nord-ouest de l’Écosse. Ensuite Erik le Rouge découvrira le Groenland en 982 apr. J.-C.. Lors de cet Optimum, il faisait un peu plus chaud qu’aujourd’hui et aussi chaud (voire plus) que lors de la première partie de l’Optimum romain, de 230 av. J.-C. à 40 apr. J.-C.. Vers 1100 un chroniqueur de Liège note que les fraises sont mûres à Noël… Tous les hivers ne sont pas aussi doux, ils furent par exemple plus froids qu’aujourd’hui entre 1070 apr. J.-C. et 1179 apr. J.-C.. La Meuse gèle à Waulsort (près de Dinant) en 1143 apr. J.-C.. La tendance générale pendant deux siècles au moins, jusqu’en 1300 apr. J.-C., est qu’il faisait aussi chaud qu’aujourd’hui.

En se basant sur les différents types de cultures, les dates de moissons et vendanges, etc., les historiens ont accumulé de nombreuses données paléoclimatiques et par exemple montré que le vignoble européen s’étendait à l’époque de 500 km au-delà de sa limite septentrionale actuelle (Lamb, 1964, Le Roy Ladurie, 1967, Deconinck, 2009). La vigne était cultivée dans des régions où elle était absente auparavant, comme la Belgique, l’Angleterre, l’Allemagne dès le IXe siècle. Elle disparaîtra de ces régions vers l’an 1350. Durant l’Optimum climatique médiéval, on note aussi la faible extension des glaciers alpins bien en dessous des valeurs actuelles (Le Roy Ladurie, 1967). Une des premières études détaillées de cet épisode est celle de Lamb (1964) de l’Office Météorologique d’Angleterre. Il estima à partir de données historiques, faunistiques, botaniques, glaciologiques et météorologiques que la température en Angleterre fut de 1,2-1,4 °C supérieur à « la température moyenne globale » actuelle et que les précipitations étaient de 10 % supérieures. À l’échelle mondiale, des températures plus élevées d’environ 1-2 °C étaient la règle, et localement jusqu’à 4 °C de plus le long de la côte du Groenland.

La vigne est remontée vers le nord, à la suite de la petite période chaude de Charlemagne en 800, ensuite le climat se refroidit jusqu’en 1200 avec des tempêtes monstrueuses (Van Vliet-Lanoë et coll. 2014) en relation avec une forte instabilité des courants-jets (contraste thermique entre Arctique froid et tropiques chauds, comme actuellement). Ensuite la vigne remontait jusqu’au sud du Danemark. Le glacier du Théodull à côté du Cervin dans les Alpes n’existait plus et le col qu’il recouvrait servait de passage pour les échanges commerciaux avec l’Italie.

Le Groenland connaissait des « températures moyennes annuelles » de 2-4 °C supérieures à l’actuelle. Il faut simplement retenir que l’OCM était caractérisé par des températures élevées, au moins égales aux actuelles, probablement supérieures. De nombreux indicateurs historiques montrent clairement que l’OCM était en effet une période particulièrement chaude, mais instable. 

Terminons cet Optimum Médiéval avec la question très discutée des températures. Selon Olivier Postel-Vinay (p.207) « Après des décennies de débats parfois houleux, les paléoclimatologues confirment que les étés entre 1100 apr. J.-C. et 1320 apr. J.-C. étaient chauds et secs, avec des températures de 1 °C à 2 °C supérieures à celles de la période de référence des années 1961-1990 ».

La Petite Ère glaciaire met un terme à l’Optimum climatique médiéval avec l’apparition d’une période de plus en plus froide illustrée dans les tableaux de Brueghel et caractérisée par une forte poussée des glaciers alpins. Emmanuel Le Roy Ladurie (1967, 2009) en a donné une excellente description résumée ci-dessous. 

 
Paysage hivernal (1565) près d’Anvers (Belgique). Il ne gèle plus ainsi depuis longtemps en Flandre belge. Peinture de Pierre Brueghel l’ancien.

Les premières manifestations apparaissent à la fin de XVIe siècle, précisément en 1588 dans les Alpes suisses où le glacier de Grindelwald défonce sa moraine terminale. Dès lors, la fin de la décennie et les trois siècles suivants verront les glaciers descendre de plus en plus bas dans les vallées avec tous les dégâts que cela suppose. Une chronologie des poussées glaciaires « agressives » est établie à partir de nombreux documents historiques (dates des vendanges, datation des arbres fossiles pris sous les moraines, avancées morainiques et modifications des topographies). Les maxima historiques des glaciers alpins se situent en 1599-1600 et entre 1640 et 1650. Dès 1660 un reflux modéré a lieu dans les Alpes témoignant d’une variabilité du climat à l’échelle décennale. Ces périodes d’avancées (« crues glaciaires ») et de reflux sont la règle tout au long de ces siècles de période globalement plus froide. Ces reflux sont également moindres que les reflux de notre époque plus chaude : par exemple le retrait alpin à la fin du XVIIe siècle et à l’extrême début du XVIIIe siècle est limité à 500 m au plus, au lieu de 1 à 2 km au XXe siècle. Il faut noter que ces oscillations présentent un caractère local à l’échelle pluridécennale (entre 25 et 50 ans) comme le montrent notamment les positions des langues glaciaires terminales (Lliboutry, 1964). Pour cet auteur, ce décalage serait plus le fait de facteurs météorologiques (locaux) que des caractéristiques intrinsèques des glaciers (temps de réaction, dimension, débit). Au final les phases paroxysmales des glaciers alpins de la Petite Ère Glaciaire se sont individualisées en 1660-1610, 1628, 1640-1650, 1676-1680 et 1716-1720 avec la plupart du temps des glaciers nettement plus importants qu’au XXe siècle. Des périodes de décrue secondaire ont parfois lieu avec par exemple 200 à 300 m de retrait horizontal à Chamonix en 1784-1790. La période paroxysmale des glaciers est autour de 1740-1750 pour l’hémisphère Nord.

Le reflux commencera ensuite dès les années 1860-1870 et concerne tous les glaciers alpins : l’ampleur du recul est considérable, et pour la première fois depuis trois siècles un point de non-retour est assez rapidement atteint. La mer de Glace (Chamonix) recule de 150 m en un an (1867-1868) et de 757 m en dix ans (4 nov. 1868 – 27 sept. 1878), soit 76 m par an. La phase multiséculaire de crue glaciaire est donc terminée et inaugure la période actuelle. Le réchauffement se marquera par de premières neiges plus tardives et de dernières neiges plus précoces, traduisant le raccourcissement de la saison froide. Pour visualiser ces oscillations, se reporter à Emmanuel Le Roy Ladurie (2007) retraçant l’histoire complexe des grands glaciers alpins du XVIe au XXe siècle.

Ces événements sont documentés par Olivier Postel-Vinay qui en élargit la géographie hors Europe : « famines, pandémies, tempêtes de sable et neige récurrentes (1368, 1587, 1618) en Chine à Pékin et dans le delta du Yang Tsé (fleuve Bleu). En 1587, la population du fleuve Jaune se nourrit d’herbes et de plantes sauvages… Dans le Guangxi (Kouang-Si) les gens se mangent les uns les autres et les cadavres jonchent le sol… le froid s’accentue en décembre 1633 et le cours moyen du fleuve Jaune est pris par les glaces… les affamés mangent jusqu’aux graines trouvées dans les excréments des oies.. ». Une éruption volcanique aux Philippines accentue les effets de la Petite Ère glaciaire. En Europe, « le vin gèle dans les caves, il faut le casser à la hache… l’encre gèle dans les encriers… le Rhin et le Rhône gèlent jusqu’au fond de leur lit… le port de Marseille gèle… il pleut des grêlons de 600 grammes… ». L’éruption en 1815 du Tambora en Indonésie injectant des aérosols soufrés dans l’atmosphère, est ressentie dans de nombreuses régions : « année sans été appelée année du mendiant en Allemagne… famine et épidémie en Irlande… destruction des récoltes aux États-Unis… sécheresse dramatique en Afrique du Sud… famine dans le Yunnan… ».

Hors Europe où il fut défini, la Petite Ère glaciaire a connu aux XIVe et XVe siècles une série de fortes sécheresses, sans équivalent actuel, pendant plusieurs années et décennies (presque un siècle) en Asie, dans le nord de Chine, l’Inde centrale et le Vietnam Sud. Elles étaient liées à un régime des moussons particulièrement actif (Sinha et al. 2010).   

• La Période Moderne connaît aussi de nombreux aléas climatiques. Citons quelques événements repris par Olivier Postel-Vinay : « dans les années 1930, le Dust Bowl, dans les plaines centrales des États-Unis, représente la plus grande catastrophe climatique de ce pays. L’arrivée de tsunamis de particules de terre et de sables hauts comme un gratte-ciel ou davantage ensevelit tout… Les cultures étaient anéanties par la couche de poussière, ou “blizzards noirs”, jusqu’à 6 m par endroits, et le bétail mourrait… ». L’événement est lié à plusieurs années de sécheresse de grande étendue accompagnée par une forte augmentation des températures. « D’autres sécheresses encore plus sévères étalées sur des décennies avaient déjà affecté ce territoire, et par exemple avaient conduit à la disparition de la civilisation des Pueblos à la fin du XIIIe siècle ». L’URSS « connaît dans les années 1930 une série de sécheresses catastrophiques de l’Ukraine à l’Oural ». Un refroidissement « est sensible dans tout l’hémisphère Nord, de l’Europe à la Chine… En 1956, la lagune gèle à Venise et en France les ceps gèlent… En Angleterre, c’est l’hiver le plus froid depuis 1740… ».

Les alertes à un mini retour de la Petite Ère glaciaire ou d’un refroidissement planétaire firent la une de la presse américaine (Newsweek, New York Times, Time). Citons l’exemple du « The Coming Ice Age » annoncé par Stephen Schneider, 1978. Olivier Postel-Vinay mentionne un rapport de la NASA (1971) montrant que la densité d’aérosols dans l’atmosphère l’emporte de beaucoup sur le réchauffement de l’augmentation du gaz carbonique : « ce rapport conclut qu’un accroissement seulement d’un facteur 4 de la concentration moyenne d’aérosols peut suffire à entraîner une baisse de température de 3,5 degrés ».

Les températures étant redevenues clémentes, la thèse du refroidissement global passe aux oubliettes. Elle est remplacée à partir de 1988 par la thèse du réchauffement climatique sans précédent d’origine anthropique (Hansen, 1988). Depuis lors le réchauffement est entièrement expliqué par le « bouton CO2 », toute autre explication pour le phénomène complexe qu’est la variabilité du climat reçoit une fin de non-recevoir.

Voir aussi 

Regain du nombre de monarques au Mexique  

Pressions pour qu’un grand éditeur censure une étude relativisant la « crise climatique »

Le 18 juin 1429, dans une chaleur accablante, la victoire décisive de Patay

Bureau de l’environnement de l’ONU en 1989 : Plusieurs pays risquent de disparaître sous les flots

Catastrophisme — la SRC et le palais de Buckingham sous eau

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète… Est-ce grave ? [détails sur la hausse du niveau de la mer sur les côtes canadiennes et québécoises]

Facebook censure Bjorn Lomborg pour avoir écrit que la hausse des températures sauve 166 000 vies/an (un fait) 

« 340 millions menacés par la hausse du niveau de la mer en 2050 », quand les gros médias prennent l’eau    

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?

Des îles du Pacifique résistent au réchauffement climatique (2019)

Les atolls du Pacifique ne seraient pas menacés par le réchauffement climatique (2010)

Climat — Le point de rupture à nouveau reporté ? (2018)

Bjorn Lomborg : « Le changement climatique n’est pas la fin du monde » (2021)

La religion woke, une taxonomie 

Quarante-neuf prédictions écoapocalyptiques qui ne se sont jamais réalisées

En Australie, l’état de la Grande Barrière de corail s’améliore. Selon l’Institut australien des sciences marines, les parties situées au nord et au centre de la Grande Barrière de corail ont, l’an passé (2021), enregistré une nette croissance de la couverture corallienne, pour la première fois depuis 36 ans, date de la mise en place d’une surveillance de ce vaste site classé au patrimoine de l’Unesco.

 

 

 

dimanche 18 décembre 2022

Emmanuel Macron et Justin Trudeau, élus pires défenseurs de la langue française

Comme chaque année, l’académie de la Carpette anglaise récompense deux membres des élites qui, selon le jury, se sont distingués par leur « acharnement à promouvoir la domination de l’anglais en France ». Fait rare, ils ont nommé le président.

« Regardez ce que font notre président de la République et ses ministres au gouvernement ! ». Réunis ce jeudi 15 décembre autour d’une table de la brasserie française Lipp, située dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés, les membres de l’académie de la Carpette anglaise écoutent fulminer l’un d’entre eux. Les jurés de ce prix, créé en 1999, ont pour but d’élire un membre des élites françaises qui s’est distingué par son « acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française ».

Au sein des membres du jury figurent une dizaine de personnalités littéraires et amoureuses de la langue française : Philippe de Saint Robert, président de l’institution, Marc Favre d’Échallens, son secrétaire, mais aussi la journaliste du Figaro Eugénie Bastié, l’écrivain Benoît Duteurtre, l’ancien ambassadeur Albert Salon, l’ancien député Paul-Marie Coûteaux, Marie-Josée de Saint Robert et Guillemette Mouren. Parmi ces membres, certains sont également engagés dans des associations de défense et de promotion de la langue française : Avenir de la langue française, Association pour l’essor de la langue française (ASSELAF), Défense de la langue française (DLF) et le Droit de Comprendre (DDC).

Les candidats en lice pour l’année 2022 sont l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), la SNCF (dont le PDG Guillaume Pepy était déjà lauréat en 2013) pour le nom de sa nouvelle application « SNCF Connect ». « Pourquoi le mettre en anglais alors qu’il s’agit d’un service adressé aux Français ? », s’interroge Eugénie Bastié. Sont également cités la ville de Nice pour son « I Love Nice », et enfin le président de la République, Emmanuel Macron.

« Cette règle de ne pas désigner le président était élégante, lance à la cantonade, Julien Köberich du cercle littéraire des cheminots français. Ce pacte de non-agression doit être rompu. Car on n’a jamais vu un président de la République à ce point s’attaquer à notre langue. » Jusque-là, l’académie s’était toujours fixé la règle de ne pas désigner un président en exercice. Des principes que le jury décide exceptionnellement de lever.


Dominance de l’anglais au sein de l’UE

« Le président a accepté la prédominance de l’anglais dans les institutions européennes alors qu’il s’était engagé à ne pas le faire », commente Philippe de Saint-Robert. Deux autres raisons sont évoquées en défaveur d’Emmanuel Macron : le fait d’avoir confié la direction de l’OIF à Louise Mushikiwabo, « une ancienne ministre qui avait exclu le français comme langue d’enseignement dans son propre pays », mais aussi pour avoir nommé marraine du prochain sommet de la Francophonie — qui se tiendra en 2024 en France — une artiste, Yseult, « qui chante essentiellement en anglais ».

Par ce vote, le jury souhaite rappeler au président l’article II de la Constitution qui stipule que « la langue française est la langue de la République » et aussi qu’il s’agit de « la langue officielle de la plupart des institutions internationales ». Il n’accepte pas la dominance de l’anglais au sein des institutions européennes alors même qu’elle n’est la langue nationale d’aucun pays membre (le Brexit étant passé par là). Le prix spécial du jury à titre étranger a, lui, été décerné au Premier ministre canadien Justin Trudeau pour avoir nommé Mary Simon au poste de gouverneur général du Canada, alors qu’elle ne parle pas français, seconde langue officielle du pays, bien qu’elle soit née au Québec. Elle a fait ses classes primaires en anglais au Québec et a enseigné pendant quatre ans à l’université anglophone McGill à Montréal (1969 à 1973).

Alors que le niveau des élèves en français baisse en France, le ministre de l’Éducation de Macron, Pap Ndiaye, pense d’abord à améliorer le niveau d’anglais.

L’an dernier, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait été distingué pour avoir mis en service une nouvelle carte nationale d’identité sous-titrée en anglais. En 2017, c’était la maire de Paris Anne Hidalgo qui avait été élue pour l’utilisation prioritaire de l’anglais comme langue de communication de la ville de Paris à destination des touristes et des étudiants étrangers. Elle avait fait projeter en février 2017 sur la tour Eiffel le slogan « Made for Sharing » de la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024.

Quant au prix étranger, il était décerné en 2021 à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour avoir décidé seule de promouvoir l’anglais au rang de langue unique de travail de l’institution, au détriment des autres langues européennes et, notamment, de la langue française, en dépit du Brexit.

Voir aussi E. Macron : « Son idée pour le français » et les nôtres pour le sauver !


jeudi 15 décembre 2022

« Immigration, notre pays s'enfonce dans la tiers-mondisation »

Guillaume Bigot revient sur le déclin de la qualité des services publics.

« En dollars constants, le revenu par tête des Français était de 45.000 $ en 2008, cela a dégringolé à 38.000 $ en 2020. »

« Les étrangers consomment 62 % de services sociaux de plus » que les Français.

De nombreux étrangers sont souvent comme des resquilleurs au niveau des services publics : ils ne contribuent pas assez et cela a un effet sur la qualité des services qui se dégradent et le prix augmente pour les autres. On parle aussi dans ce sens économique de passagers clandestins ou de parasitisme.

Voir aussi  

Pierre Brochand : « Pourquoi l’immigration est l’enjeu central de notre vie publique »  

Noël — députée écologiste belge suggère-t-elle de brûler les églises ?

Margaux De Ré, députée au Parlement de Bruxelles, présidente de la Commission égalité, écologiste a affiché la semaine passée sur Instagram cette photo d'une banderole « Que votre vieux monde brûle » apposée contre la façade d'une église. La photo est accompagnée de deux émojis de son crû : 🔥 (feu) et 💪 (biceps contracté, force). Depuis, cette photo a disparu de son compte Instagram.

Voir aussi 

Soixante-huit églises incendiées ou vandalisées au Canada, timide réaction du PM Trudeau qui organise un sommet sur l'islamophobie (m à j)

mercredi 14 décembre 2022

La patience comme facteur de réussite scolaire et économique

Les tests internationaux PISA (Programme international pour le suivi des acquis) qui mesurent les performances scolaires des élèves dans le monde donnent à voir des différences marquées entre les pays. 


Beaucoup se sont déjà demandé à quoi ces différences sont attribuables. Un article récent, signé notamment par Eric Hanushek (Université de Stanford), jette un éclairage nouveau. Il met en évidence le rôle de la patience, c’est-à-dire de la capacité à renoncer à des gratifications immédiates.
 
Ce seul facteur pourrait expliquer jusqu’à deux tiers de la variation des résultats PISA : moins la culture d’un pays est tournée vers l’immédiateté, plus la performance de ses élèves est élevée.

Cette étude complète de nombreux autres travaux plus anciens qui lient la patience au processus de civilisation : la patience permet de ne pas tout consommer immédiatement, donc d’accumuler des ressources, et requiert le développement de facultés cognitives nécessaires à la projection vers l’avenir.

Les plus patients sont les plus riches

Mais pourquoi la patience ne serait-elle bénéfique que dans le domaine scolaire ?

En utilisant un sondage couvrant 76 pays, les auteurs montrent que les différences de patience entre pays expliquent jusqu’à 40 % des variations en matière de richesse. 

Le même résultat vaut au sein de chaque pays : les individus les plus patients sont ceux qui acquièrent le plus haut niveau d’éducation et de richesse. 

À l’heure où l’aptitude paraît en chute, on est en droit se s’inquiéter.

Si ces résultats sont intéressants, ils appellent une autre question plus difficile : d’où proviennent les différences de patience entre pays et régions du monde ? N’y a-t-il que des facteurs culturels en jeu ?

mardi 13 décembre 2022

France — Orthographe, grammaire, calculs… chez les aspirants professeurs aussi, le niveau a baissé

Les résultats au concours 2022 de recrutement des professeurs des écoles sont tombés et, pour certains, ils ne sont pas bons du tout. Grammaire, orthographe, conjugaison, syntaxe et mathématiques : les correcteurs décrivent des candidats à « la langue pauvre », peu cultivés, qui citent des programmes de téléréalité ou des films Disney.


Alors qu’on se désole régulièrement de la baisse du niveau des élèves, les aspirants professeurs des écoles ne font pas beaucoup mieux, si l’on en croit les rapports des jurys du Concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE). Que ce soit à Lille, Besançon, Clermont-Ferrand, Strasbourg ou Marseille, les correcteurs s’inquiètent du manque de culture générale des candidats et de leurs lacunes de base en orthographe, grammaire ou encore en mathématiques. « Très peu de candidats citent des sources qui permettraient de démontrer une culture personnelle déplore par exemple le rapport de l’académie de Lille. Certains le font en se trompant d’auteur, en citant une émission de téléréalité ou des dessins animés de Disney. Une petite minorité est en mesure de citer quelques lectures personnelles. »

La forme n’est pas en reste : « Beaucoup de correcteurs s’étonnent encore du manque de maîtrise de la langue française, relèvent énormément d’erreurs orthographiques (accords de base), des fautes de syntaxe et des expressions familières, note le même rapport. La ponctuation est absente de certaines copies, les virgules, d’une manière générale, sont peu utilisées. »

Des connaissances « chancelantes »

Un exemple édifiant du niveau de certains candidats : la définition du mot « chancelant », que « très peu de candidats » sont en mesure de donner « au grand étonnement des correcteurs, puisque le contexte était fortement aidant ». Dans la grande majorité des cas, les candidats de l’Académie de Lille relient cet adjectif (qui signifie « vacillant ») au radical « chance » ou « chant » : « Il en découle donc que des enfants “chancelants” sont des enfants qui ont de la chance, qui sont joyeux, innocents, insouciants… » Le jury de Besançon fait, pour sa part, remarquer que « les mots familiers tels que “cool” n’ont pas lieu d’apparaître dans une copie de concours qui vise à recruter de futurs experts qui auront responsable d’enseigner la langue française aux plus jeunes élèves ».

À Marseille, la moyenne générale des aspirants professeurs des écoles dans la partie « lexique et compréhension lexicale » est de 1,84/4. Une note assez basse pour faire dire aux jurys « que le point faible des candidats demeure le lexique. Cela avait déjà été observé l’année dernière, mais le constat est à nouveau alarmant cette année, en atteste la moyenne obtenue à cette partie. » Ces mêmes correcteurs dénoncent l’« inculture littéraire et artistique » de « nombre de candidats ». À Limoges, les correcteurs alertent sur le nombre de pénalités infligées pour des problèmes de langue, « dans toutes les épreuves puisque toutes les copies sont pénalisées, avec des caractéristiques plus fortes en français (45 % obtiennent la pénalité maximale) et en épreuve d’application (41,4 % obtiennent la pénalité maximale) qu’en mathématiques (26,4 % obtiennent la pénalité maximale) ».

« Des propos vagues et sans consistance »

À Clermont-Ferrand, même constat. Un nombre « significatif » de copies accuse une expression qui « n’est pas bonne, voire fautive à l’excès » ; certaines « ont mis en évidence une faiblesse des connaissances dans le domaine de la langue française. » Des candidats, note le jury, répondent « à peu près au hasard aux questions posées. Ce sont aussi l’identification et l’analyse de l’emploi des temps verbaux qui ne sont pas du tout réussies, collectivement. » Les correcteurs se désolent que « plusieurs copies […] se soient contentées de généralités passe-partout, souvent empruntées à l’expérience personnelle, et donc sans réelle pertinence dans un développement de cette sorte » soit « de propos vagues et sans consistance, semblables à ceux que l’on pourrait entendre dans une conversation relâchée ».

En mathématiques, le niveau ne semble guère meilleur. Le jury de Besançon note même que « le nombre de copies affichant des non-réponses est en nette augmentation » ; alors que le sujet est jugé « accessible » et que les « formules de calcul sont données », les résultats très faibles des candidats interrogent les correcteurs « sur la qualité de maîtrise par les candidats des contenus des programmes de l’épreuve et des notions mathématiques convoquées ». Et même ici, le niveau de langue « relâché » semble poser problème, puisque « des expressions familières, une grande impropriété lexicale, une langue pauvre, au lexique répétitif et sans pertinence, ainsi qu’une mauvaise orthographe » émaillent les copies de mathématiques. À Strasbourg, de « très nombreux candidats ne connaissent pas la définition d’un nombre décimal ». Difficile dans ces conditions de faire monter le niveau.

Source : Marianne


lundi 12 décembre 2022

Pierre Brochand : « Pourquoi l'immigration est l'enjeu central de notre vie publique »

Le 15 novembre, l’ancien patron des services secrets et ambassadeur a prononcé un discours sur l’immigration à l’Amicale gaulliste du Sénat. Un texte exceptionnel que Le Figaro s’est procuré. Pierre Brochand y résume tous les enjeux que fait peser une immigration incontrôlée et propose des solutions.

Pierre Brochand a été directeur général de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2002 à 2008, ainsi qu’ambassadeur de France, notamment, en Hongrie et en Israël. Il est intervenu lors d’un colloque de la Fondation Res Publica sur le thème : « Pour une véritable politique de l’immigration ».

Immigrés qui ont pris un taxi pour arriver à la frontière du Québec en provenance des États-Unis et se disent « réfugiés ». Ils sont acceptés à grands frais par le Canada et le Québec.
 
 AMICALE GAULLISTE DU SÉNAT

Intervention de Monsieur Pierre Brochand, Ambassadeur de France
15 novembre 2022 — Salons de Boffrand de la Présidence du Sénat
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Amicale gaulliste,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Je vous remercie de votre invitation. Elle est un grand honneur, pour quelqu’un qui a commencé à servir la France sous le Général de Gaulle et en garde, évidemment, une admiration inconditionnelle.

Vous m’avez demandé de parler d’immigration et j’ai suggéré qu’on ajoute « enjeu central ». J’aurais pu aussi bien proposer « enjeu principal ».

Pour deux raisons :

  •  D’un côté, j’estime que, de tous les défis qu’affronte notre pays, l’immigration est le seul qui menace la paix civile et, à ce titre, j’y vois un préalable à tous les autres.
  •  D’un autre côté, l’immigration exerce sur l’ensemble de notre vie collective un impact transversal, que je tiens pour globalement négatif.

Mais, faute de temps, je négligerai ce second aspect, qui se traduit concrètement par une tiers-mondisation rampante de la société française et sa régression continue dans des domaines clés, tels que l’éducation, la productivité, les services publics, la sécurité, la civilité, etc.

En d’autres termes, si tout ce qui va mal en France n’est pas la faute de l’immigration, tant s’en faut, elle y participe dans une mesure, à mon avis, très sous-estimée.

Disant cela, je précise aussitôt que mon sujet n’est pas l’immigration en général, laquelle n’est pas du tout un mal en soi, mais bien l’immigration très particulière que nous subissons depuis 50 ans.

Qui suis-je pour sonner le tocsin ?

A priori, je n’y étais pas destiné, puisque j’ai suivi un parcours exclusivement extérieur. Mais, avec le temps, je me suis aperçu, non sans angoisse, que les dures leçons, tirées de mes expériences au-dehors, s’avéraient de plus en plus pertinentes au-dedans, dès lors que, par le jeu de l’immigration, ce « dehors » était devenu notre « dedans ».

Quels sont ces enseignements ou ces vérités pas toujours bonnes à dire ?

D’abord, que le réel du monde n’est ni joli ni joyeux, et qu’il est suicidaire de l’insulter, car, tel un boomerang, il se venge au centuple. Ensuite, que, dans l’action, le pire des péchés est de prendre ses désirs pour des réalités. Que, si le pire n’est pas toujours sûr, il vaut mieux le prévoir pour le prévenir. Que les sociétés « multi » sont toutes vouées à se déchirer. Que nous ne sommes pas plus « malins » que les Libanais ou les Yougoslaves, pour faire « vivre ensemble » des gens qui ne le souhaitent pas.

Et, enfin surtout, que, dans les relations entre groupes humains, personne ne fait de cadeaux à personne, que les conseilleurs — fussent-ils le New York Times ou SOS Méditerranée — ne sont jamais les payeurs et que, si nous ne prenons pas en charge nos intérêts vitaux, nul ne le fera à notre place.

Deux indications complémentaires :

  • D’une part, je ne m’embourberai pas dans les chiffres. Car, avec près d’un demi-million d’entrées annuelles et un taux de 40 % d’enfants de 0 à 4 ans d’origine immigrée, la cause me paraît entendue sur ce plan.
  • D’autre part, il est clair qu’à ce niveau-là, nous ne sommes plus dans l’addition de cas individuels — tous singuliers —, mais bien dans la réactivation de puissantes forces collectives, ancrées dans l’Histoire. Si bien que procéder à des généralisations raisonnables — ce que l’on conspue en général sous le nom d’amalgames — n’a en fait, pour moi, rien de scandaleux.

Ceci posé, je diviserai mon intervention en trois parties :

  1.  D’où venons-nous ?
  2.  Où en sommes-nous ?
  3. Où allons-nous ?

dimanche 11 décembre 2022

« Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel »

Selon un récent recensement dans plusieurs grandes villes britanniques, on peut désormais évoquer une « minorité blanche » : ainsi de Birmingham, Manchester ou Londres. L’essayiste anglais Douglas Murray (ci-contre) analyse cette mutation à l’œuvre et ses conséquences. Entretien publié dans Le Figaro.
 
 — Selon un recensement, la part des « Blancs » en Angleterre et au pays de Galles est en forte baisse depuis vingt ans. De même, les chrétiens représentent désormais moins de 50 % du pays, tandis que les musulmans augmentent rapidement. Est-ce un changement dans l’histoire de la Grande-Bretagne ?

Douglas MURRAY. —   C’est un changement, mais il s’inscrit dans une trajectoire déjà ancienne. Dans les années 1990, la migration nette moyenne vers le Royaume-Uni était de quelques dizaines de milliers de personnes par an. Dans les années qui ont suivi la victoire des travaillistes au pouvoir en 1997, ce chiffre est passé à des centaines de milliers par an. L’année dernière, il a atteint le chiffre record d’un demi-million. Bien sûr, ces phénomènes ont un effet et avec le temps, la population change. J’ai décrit cela après la publication du dernier recensement, il y a dix ans, et j’ai écrit sur les effets plus larges pour la Grande-Bretagne et notre continent tout entier dans L’Étrange Suicide de l’Europe. Mais les gens ne savent toujours pas quoi faire en matière d’immigration. C’est la même chose partout dans le monde développé. Les politiciens sont trop faibles pour faire appliquer la loi, la population change et quiconque dit qu’il n’aime pas cela est dénoncé comme raciste. Je trouve remarquable que nous ayons fait si peu de chemin face à des changements aussi énormes. Nous avons l’impression d’être coincés dans le même piège, partout et toujours.

[Immigration nette d’un demi-million cela signifie qu’au cours de l’année se terminant en juin 2022 : 1,1 million de personnes ont migré vers le Royaume-Uni et 560 000 personnes en ont émigré, laissant une migration nette de 504 000 personnes.  Les Anglais quittent donc en grand nombre leur pays et sont remplacés par deux fois plus d’étrangers. Voir aussi Angleterre : le nombre de musulmans a doublé en 10 ans, les chrétiens ne sont plus majoritaires]

 — N’est-ce pas une évolution logique puisque la Grande-Bretagne est un ancien empire et conserve le Commonwealth ?

Douglas MURRAY. —  Pas nécessairement, bien que certaines personnes aiment avancer cet argument, généralement avec délectation. Ils disent « L’empire contre-attaque », comme si la citation d’un film de La Guerre des étoiles était suffisamment spirituelle pour repousser une véritable discussion. Je ne vois aucune raison pour expliquer le laxisme de la Grande-Bretagne à l’égard de ses frontières à partir des années 1950. Avant cela, nous avons eu une population très homogène pendant un millier d’années. Mais une fois que les politiciens ont perdu le contrôle de l’immigration — et dans certains cas l’ont favorisée — ils n’ont jamais pu le reprendre. Puis deux choses se sont produites en même temps. Nous avons largement sous-estimé le nombre de personnes qui voulaient venir sur nos côtes et nous avons largement surestimé notre capacité à intégrer ces personnes.

— La mutation démographique actuelle s’accompagne-t-elle de bouleversements culturels et politiques ?

Douglas MURRAY. — Bien sûr. La migration affecte tout. Elle affecte les modes de scrutin, les modèles sociétaux, les attitudes, l’harmonie sociale et les décisions que le pays est en mesure de prendre. Par exemple, il est bien connu (depuis une fuite du ministère de la Défense, il y a quelques années) qu’il y a certaines questions de politique étrangère dans lesquelles la Grande-Bretagne — comme la France — ne pourra jamais s’impliquer. En raison des populations qui existent aujourd’hui dans notre pays, si le Pakistan entre en révolution par exemple — ce qui pourrait tout à fait arriver — que pourrait ou voudrait faire le gouvernement britannique, compte tenu de la population de notre pays ? Sur un plan national, lorsqu’un film a été projeté dans certains cinémas au début de l’année et a été accusé de blasphémer l’islam, des foules de musulmans en colère ont protesté et le film a été retiré. La police pense que c’est une grande victoire pour la paix. Je pense que c’est une terrible capitulation devant des gens qui ne devraient pas être ici s’ils ne comprennent pas la liberté d’expression.

Mais il s’agit aussi de l’âme d’une nation. Une telle âme ne se transmet pas du jour au lendemain. Les personnes qui ont grandi dans un pays, qui ont une relation profonde avec ce pays, ont un lien différent de celui de quelqu’un qui est arrivé hier. C’est inévitable. Donc, plus il y a d’immigration, plus votre pays change, plus ses attitudes changent — et cela inclut ses vertus, soit dit en passant. Je suis seulement surpris que les gens soient si réticents à reconnaître cela. Je ne peux que supposer que c’est parce qu’ils souhaitent qu’il n’en soit pas ainsi. Mais souhaiter qu’une chose soit vraie n’est pas la même chose qu’elle le soit. Nos pays parlent de l’intégration comme s’il s’agissait d’une science bien comprise. En fait, l’intégration est une non-science très instable.

— Le porte-parole du Premier ministre Rishi Sunak — lui-même de religion hindoue et d’origine indienne — a déclaré : « De toute évidence, le Royaume-Uni est un pays diversifié, c’est quelque chose qui devrait être salué », « cela inclut la diversité des religions ». Certains peuples occidentaux expriment la crainte de voir leur héritage culturel et politique disparaître.

Douglas MURRAY. — Je ne vois pas pourquoi les gens n’auraient pas le droit de s’inquiéter de leur héritage politique et culturel. Le reste du monde l’est. Si un recensement venait d’être effectué en Inde et qu’il révélait que Delhi, Jaipur, Mumbai et Bangalore avaient désormais des populations indiennes minoritaires, je pense que les Indiens se demanderaient pourquoi. Bien sûr, c’est compliqué. D’une certaine manière, c’est une bonne chose que notre système soit ouvert et diversifié. Je suis fier qu’une personne d’origine indienne puisse devenir Premier ministre au Royaume-Uni, même s’il est impossible d’imaginer qu’un homme blanc d’origine britannique puisse atteindre le même poste en Inde. Pourtant, comme je l’ai souvent dit, et comme on me l’a reproché à l’infini, les avantages de la diversité ne sont pas inépuisables. Il y a un stade où vous avez effectivement dilué votre culture à tel point que vous n’êtes plus ce que vous étiez. Ou même reconnaissable. Certaines personnes s’en réjouissent. Ce n’est pas mon cas, en grande partie parce que j’aime mon pays et ma société, et ce que nous étions, et que je n’apprécie pas que ce qui s’est passé avec l’immigration se soit produit contre les souhaits clairs, déclarés et répétés à chaque élection, de l’opinion publique.

— Même si les flux migratoires sont maîtrisés à l’avenir, la question de l’intégration se pose dans la plupart des sociétés occidentales. Comment relever ce défi ?

Douglas MURRAY. — Trois choses seulement comptent en matière d’immigration : la vitesse, la culture et le nombre. Si la vitesse et le nombre sont trop importants, vous ne pouvez pas y faire face et tous les politiciens transfèrent simplement le problème à leurs successeurs. La question de la « culture » est difficile. Personnellement, je préférerais que l’immigration provienne de cultures similaires plutôt que de cultures très différentes. Mais ceux d’entre nous qui avaient ce point de vue ont manifestement perdu, dans la vaste mêlée d’activistes de gauche et d’autres qui ont déclaré publiquement qu’ils aimaient le désordre de l’immigration du XXe siècle parce que (comme l’a dit un apparatchik travailliste) il « met le nez de la droite dans la diversité ». Nous verrons assez rapidement s’ils continuent à apprécier ce spectacle et s’ils pensent toujours que les risques qu’ils ont fait courir à l’avenir de notre société en valaient la peine.