vendredi 7 mai 2021

Madrid — Musées, Opéra, restaurants, cafés et cinémas sont tous restés ouverts, sans que contamination augmente


La victoire de la droite madrilène aux régionales pourrait être le « kilomètre zéro » de la longue route qui mènera à la reconquête de la Moncloa, le palais du Premier ministre.

La victoire d’Isabel Diaz Ayuzo, reconduite à la tête de la région autonome de Madrid, ne devrait pas passer inaperçue des droites dans le monde. La jeune Espagnole de 42 ans a accompli un parcours qui force l’admiration en si peu de temps. Au sein de l’assemblée de la région autonome, la droite est passée de 30 élus en mai 2019 à 65 élus ces jours-ci, en faisant disparaître Ciudadanos, le parti du centre droit qui avait tenté de s’unir contre elle avec le PSOE (parti socialiste espagnol), ce qui a déclenché cette élection surprise où elle a pris tout le monde de court. Le patron du Partido Popular (PP, droite modérée), Pablo Casado, 40 ans, a eu le talent de deviner le potentiel de cette ancienne journaliste, qui fut un temps chargée du service de presse du parti. Ils incarnent à eux deux la renaissance de la droite espagnole. Une droite libérale, entrepreneuriale, qui défend la Constitution — et donc la monarchie constitutionnelle — et dénonce le coup de force de l’indépendantisme catalan. Une droite qui a toujours été plus décomplexée que dans les autres régions espagnoles.

Une droite, surtout, qui a pris ses responsabilités face à la pandémie en poussant le curseur de la liberté de circuler et travailler le plus loin possible. Musées, Opéra, restaurants, cafés, bars et cinémas sont tous restés ouverts, sans que le niveau de contamination augmente de manière excessive. L’avant-veille des élections, les réseaux sociaux ont partagé le long hommage très ému que lui a rendu le compositeur de musique de variété Nacho Cano, très connu en Espagne, lors d’une remise de décorations : « Je vous remercie, nous vous remercions tous pour ce que vous avez fait. » Elle a essuyé une larme.

On comprend mieux le sens du slogan « Liberté ! », qui pavoisait les rues de la ville, ou de la formule « La liberté, ou le socialisme ! » (et non « Liberté ou communisme », comme on a pu lire ici ou là). Ses adversaires l’ont aussitôt caricaturée en candidate trumpiste. Comparaison paresseuse, et inexacte. Isabel Diaz Ayuso a toujours préconisé une prophylaxie rigoureuse, contrairement à l’ex-président américain. Elle a aussi contribué à imposer les tests PCR à l’aéroport de Madrid et fait construire un hôpital de campagne en quelques semaines. Le vote des électeurs doit donc être compris comme un raz de marée qui plébiscite l’audace pionnière d’une femme politique qui décide de favoriser l’économie dans un Occident globalement abrité derrière sa complaisance folle pour l’endettement et son idéologie de la précaution.


Les lumières médiévales supérieures aux lumières du XVIIIe siècle ?

Pour Éric Zemmour, Gérald Sfez nous présente une analyse fine et équitable de la pensée de Leo Strauss. Aux sources du lien entre Athènes et Jérusalem, pour nous projeter vers nos enjeux contemporains. Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. Le penseur y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés.

Il est des filiations encombrantes. Dans l’équipe du président américain George W. Bush, qui décida de l’intervention armée contre l’Irak en 2003, il y avait au sein de ses conseillers, connus sous le nom de « néoconservateurs », de nombreux élèves d’un grand professeur de philosophie politique de l’école de Chicago : Leo Strauss. Il n’en fallut pas davantage pour qu’on attribue à la pensée de celui-ci la paternité de cette guerre pour « le droit et la démocratie ». Dans son célèbre essai Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, l’inénarrable Daniel Lindenberg établissait avec gourmandise ce rapprochement. Comme souvent, Lindenberg et la gauche française tapaient à côté : Leo Strauss n’était ni un autoritaire fascisant ni un thuriféraire de la diplomatie des droits de l’homme imposée par un tapis de bombes. Mais la gauche n’en avait cure, car, derrière ce professeur inconnu du grand public, elle visait ses émules américains, comme Allan Bloom, ou français, comme Alain Finkielkraut.

Alors qui est ce Leo Strauss ? C’est à quoi Gérald Sfez tente de répondre. Notre professeur de philosophie politique ne fait pas dans la gaudriole. Sa prose est austère, mais pédagogique. Sa biographie est sommaire, mais suffisante : on connaît à grands traits le destin commun de ces grands intellectuels nés au début du XXe siècle dans des familles juives allemandes et qui ont fini leurs jours dans une université américaine pour échapper à la menace hitlérienne. Sfez nous plonge dans la pensée straussienne, comme un prof à l’ancienne : avec scrupule et équité. Le plaisir intellectuel est indéniable, même si parfois on se perd dans les méandres des complexités, voire des contradictions, de notre professeur de Chicago.

Leo Strauss décentre le discours habituel sur notre héritage des Lumières. Les Lumières [du XVIIIe siècle] n’ont pas été, selon lui, la victoire de la raison, mais celle de l’athéisme : « Les Lumières ont imposé un nouveau monde. Leur cible fondamentale était la foi en la transcendance de la Loi révélée au Sinaï, opposée à la volonté autonome de l’homme et à sa volonté de toute-puissance. »

Leur arme favorite n’a pas été la raison, mais la raillerie. « Ils ont chassé leur adversaire par le rire. » Les Français héritiers de Voltaire comprennent très bien ce que Strauss veut dire : c’est le « hideux sourire » de Voltaire dont parlait Musset. Leo Strauss en pince, lui, pour ce qu’il appelle, les « Lumières médiévales ». Les Lumières avant les Lumières. Celles qui, autour de Maïmonide, dans l’Espagne du XIIe siècle, ou la Sorbonne dans la France capétienne, élaborent un commentaire rationnel de la Loi divine sans rompre avec elle. Pour Leo Strauss, ces Lumières médiévales sont supérieures, car elles ne détruisent pas l’héritage antique, mais tentent de « sauver la tradition sans renoncer à l’éclairement ». Elles réussissent la suprême quête de Strauss, le mariage harmonieux entre la pensée grecque et la pensée juive, entre la philosophie et la Loi. Strauss ne méconnaît pas les oppositions entre Athènes et Jérusalem, entre « le règne de la philosophie sur la religion » et « le règne de la religion sur la philosophie » ; mais il estime que cette tension créatrice est le fondement de la pensée occidentale : « Les philosophes juifs et musulmans du Moyen Âge sont plus “primitifs” que les philosophes modernes, parce qu’ils ne sont pas comme eux guidés par l’idée du droit naturel, mais par l’idée originelle, antique, de la Loi comme d’un ordre unifié et total de la vie humaine, en d’autres termes parce qu’ils sont les disciples de Platon et non les disciples des chrétiens. »

Nous sommes, nous, les enfants de la rupture chrétienne : « C’est peut-être le Nouveau Testament, c’est certainement la Réforme et la philosophie moderne qui ont amené la rupture avec la pensée antique. » Le Nouveau Testament, qui a rompu le lien entre loi religieuse et loi politique : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. » Et le protestantisme, qui a autorisé chaque individu à interpréter à sa guise la Révélation. Avant la Réforme, l’interprétation de la révélation divine était limitée à quelques cercles de lettrés sous le contrôle étroit des autorités religieuses et politiques. À partir du moment où la Réforme protestante (et l’invention de l’imprimerie) démocratise ce droit à l’interprétation, l’harmonie préexistante explose et les différences s’accusent en divergences irréconciliables : la Loi juive accepte l’interprétation, car elle est depuis l’origine l’objet d’une discussion entre Dieu et Moïse, puis entre Dieu et le peuple, pour élaborer une Loi sujette au changement. En revanche, l’islam refuse toute interprétation et s’enferme dans une lecture littéraliste de la Révélation divine. De son côté, le christianisme est attaqué par la modernité athée des Lumières.

Leo Strauss est mort en 1973. Il n’a pas vu la suite de l’histoire qu’il avait analysée. La modernité occidentale a retourné sa filiation catholique en un vague humanitarisme universel : les fameuses « vertus chrétiennes devenues folles » de Chesterton. En face, l’islam a repris seul le flambeau de la résistance de la « Loi divine », la lutte du Désert contre la corruption de la Cité. Mais l’islam, rejetant l’héritage grec, et même le goût juif pour la discussion et l’interprétation, s’est enfermé dans une approche, sinon totalitaire, du moins totalisante de la Loi, comprise comme un ensemble insécable de morale, de religion et de politique. L’islam, d’instinct, ne veut pas connaître le sort du catholicisme, tombé sous le coup de la raillerie athée. La rédaction de Charlie Hebdo en sait quelque chose.

Ce combat inexpiable aurait désolé Leo Strauss. Il y aurait vu la conséquence de ces « sociétés ouvertes » qu’il avait dénoncées, de ce « relativisme libéral » qui nous a laissés désarmés. Il aurait plaidé pour le retour à des « sociétés closes sans être fermées sur elles-mêmes ou leurs traditions ancestrales », c’est-à-dire avec des frontières et un État, où la « politique de l’humanité ne peut supplanter le droit des nations ».

« L’homme moderne est un géant aveugle », nous avait-il dit. Il ne savait pas qu’il était également devenu sourd.

« Strauss »,
de Gérald Sfez,
publié le 6 mai 2021
aux Belles Lettres,
à Paris
293 pp.,
19 euros
ISBN-13 : 978-2251450698




mercredi 5 mai 2021

France — Victoire pour le bac hors contrat

VICTOIRE !

Le ministre Blanquer vient d’annoncer ce soir, au journal de France 2, qu’il accédait enfin à la requête de Créer son école - Educ'France de traiter plus équitablement les candidats au bac des établissements privés hors contrat ! Concrètement, cela veut dire que les élèves du hors-contrat ne passeront en présentiel que les 2 spécialités, la philo et le grand oral. Et non plus ce terrible mur de 9 à 14 épreuves terminales, là où ceux du public n’avaient à passer que 2 épreuves : la philo et le grand oral.

Jean-Michel Blanquer vient de l'annoncer à l'issue de deux journées de manifestations, de deux recours au Conseil d'Etat où nous avons fédéré pas moins de 235 requérants, de multiples échanges et notes avec le ministre et son cabinet de la part de la coalition que nous avons montée, et d'un grand plan de sensibilisation médiatique que nous avons conçu et appliqué. Je pense notamment au témoignage très important de Joséphine qui interpelait avec justesse le président de la République. Voir la vidéo ci-dessous.

Tout cela a payé. C’est une vraie victoire, et c’est grâce à vous qu’elle a pu être obtenue !

Par la coalition inédite qu’elle a construite et fédérée autour d’elle, Créer son école - Educ'France a réussi le pari de mobiliser de nouveaux soutiens, et de nouveaux relais médiatiques au bénéfice de la liberté scolaire, liberté sacrée de pouvoir donner à nos enfants l’éducation qui leur convient et non celle d'un moule unique. Afin que leurs spécificités et leurs talents soient pris en compte avec respect.

Pour les jeunes lycéens et futurs citoyens qui se sont mobilisés, cette lutte aura été l'occasion d'apprendre concrètement que la justice n'est jamais acquise, que nos libertés doivent être défendues sans cesse et qu’on ne perd que les combats qu’on ne mène pas jusqu’au bout et avec tout son cœur et son intelligence !

Les écoles privées hors contrat apportent une contribution fondamentale et nécessaire à la France, à la République, à la jeunesse. Ces mois de combat auront permis de le montrer, comme les mois de débat concernant la loi sur le séparatisme auront permis de faire connaître largement à quel point la liberté d'enseignement est un bien précieux que nous avons tous intérêt à préserver et à défendre.

Il est temps que l’État tourne la page de la guerre scolaire pour reconnaître pleinement ce que d'autres approches et cadres d’enseignement que l'Education nationale peuvent apporter à la France.

Et je crois que cela commence ce soir ! :-))

Merci encore !

Anne Coffinier
Président de Créer son école


Californie veut retarder l'inscription des élèves dans des classes de mathématiques avancées

Le ministère de l’Éducation de Californie travaille sur un nouveau programme de mathématiques de la maternelle à la 12e année qui décourage les élèves doués de s’inscrire à des cours accélérés qui étudient des concepts avancés comme le calcul intégral et différentiel.

Le projet-cadre fait des centaines de pages et couvre un large éventail de sujets. Mais sa principale préoccupation est l’iniquité. Le département craint que trop d’élèves ne s'inscrivent dans des classes différentes de mathématiques en fonction de leurs aptitudes ou intérêt, ce qui conduit certains à étudier le calcul différentiel et intégral avant la fin de l’école secondaire (12e année) tandis que d’autres élèves se contentent de n’étudier que l’algèbre de base. La solution du ministère est d’interdire toute sélection jusqu’à l’inscription au lycée (15/16 ans) en s’assurant que les enfants doués restent dans les mêmes classes que leurs camarades moins enclins aux mathématiques et cela jusqu’à au moins la neuvième année.

« L’iniquité des classes différenciées en mathématiques en Californie peut être contrecarrée grâce à une approche coordonnée de la 6e à la 12e année », lit-on dans une ébauche de janvier 2021 du projet-cadre. « Bref, les élèves du collège sont mieux servis par un enseignement dans des classes hétérogènes. »

Le document conclut que l’importance du calcul intégral et différentiel est surévaluée, même pour les élèves doués. « La priorité accordée au calcul différentiel et intégral en douzième année est en soi malavisée », affirme le projet.

Comme preuve de cette affirmation, le document cite le fait que de nombreux étudiants qui prennent cette matière finissent par devoir la reprendre à l’université de toute façon. Bien sûr, réduire l’importance de l’enseignement du calcul intégral au secondaire ne résoudra pas vraiment ce problème — et en fait, l’aggravera probablement — mais le ministère ne semble pas trop inquiet. La philosophie du cadre proposé est que l’enseignement des sujets difficiles est l’apanage de l’université : le système de la maternelle à la 12e année devrait se préoccuper de faire en sorte que chaque enfant aime les mathématiques de base.

De manière générale, cela implique de rendre les mathématiques aussi faciles et non mathématiques que possible. Selon le document du ministère, les mathématiques tournent en réalité autour de la langue, la culture et la justice sociale. En outre, personne ne serait naturellement meilleur que quiconque dans ce domaine.

« Tous les élèves méritent des mathématiques puissantes […] ; nous rejetons les idées de dons et de talents naturels », lit-on en exergue dans le premier chapitre. « La croyance que “je traite tout le monde de la même façon” est insuffisante : des efforts actifs dans l’enseignement des mathématiques sont nécessaires pour contrer les forces culturelles qui ont conduit aux inégalités actuelles et les perpétuent. »

L’ensemble du deuxième chapitre du cadre est consacré au lien entre les mathématiques et les concepts de justice sociale tels que les préjugés et le racisme : « Les enseignants peuvent soutenir les discussions axées sur le raisonnement mathématique plutôt que sur les questions de statut et de préjugé en définissant intentionnellement ce que signifient faire et apprendre les mathématiques ensemble de différentes manières qui incluent et mettent en évidence les langues, les identités et les pratiques des communautés historiquement marginalisées. » Désolé pour le jargon… Les enseignants devraient également réfléchir de manière créative à ce que les mathématiques impliquent : « Pour encourager des classes de mathématiques vraiment équitables et stimulantes, nous devons élargir les perceptions des mathématiques au-delà des méthodes et des réponses afin que les élèves en viennent à voir les mathématiques comme une matière connectée et multidimensionnelle qui concerne la création de sens et le raisonnement, à laquelle ils peuvent contribuer et appartenir. »

« Un objectif important de ce cadre est de remplacer les idées de “talent” et de “don” en mathématiques innées par la reconnaissance que chaque élève est sur une voie de croissance », déclare le document. « Il n’y a pas de seuil à partir duquel un enfant est » doué « et un autre ne l’est pas. »


Voir aussi 

 Le juteux marché de l’éducation et de la formation diversitaires 

États-Unis — Suppression de classes « avancées » au nom de l’« équité » (trop de blancs et d’asiatiques y sont inscrits)

La Virginie considère aussi imposer un tronc commun plus long (plus de classes avancées les premières années du secondaire, les classes avancées ne seraient plus qu'en 11 et 12 années).

 

Oui, c'était mieux avant !

Patrick Buisson vient de publier La Fin d’un monde, pur livre d’histoire et premier tome de plus de 500 pages d’une œuvre qui s’annonce monumentale.

Le bandeau rouge sur la couverture avec l’inscription « Oui, c’était mieux avant ! » donne le ton. La Fin d’un monde s’inscrit dans une tradition réactionnaire assumée. Naufragé hors de son époque, Buisson remonte le temps pour mieux éclairer notre modernité, à ses yeux déshumanisée.

La grande fracture temporelle date, selon lui, d’un demi-siècle : tout se serait déroulé en l’espace de quinze ans, entre 1960 et 1975. La révolution soixante-huitarde, entamée dès le début des années 1960, sous ses dehors de révolution libertaire, aurait été, en réalité, une « révolution petite-bourgeoise » consacrant l’avènement d’une nouvelle civilisation marchande. La destruction des repères traditionnels (famille, religion), des lieux de sociabilité anciens (cafés, églises) et des ancrages locaux, qui étaient autant de protections collectives pour les plus humbles, a contribué à l’atomisation de la société, en particulier des classes populaires. La thèse n’est certes pas nouvelle, et l’on pourrait discuter de son caractère systématique.

L’ouvrage de Buisson se distingue cependant par son style éblouissant, sa richesse et sa densité. Pour préparer son livre, l’ancien directeur de la chaîne Histoire s’est notamment plongé dans les archives télévisuelles de l’époque (émissions, feuilletons…), en extrayant foison d’images et luxe de détails.

Et si la plupart des penseurs déclinistes contemporains insistent sur les questions européenne et d’immigration, Buisson met l’accent sur la transformation des mœurs, des coutumes et des croyances. L’homo religiosus céderait la place à homo œconomicus : là est, selon lui, le vrai « grand remplacement ». La presse de gauche se moquera de sa nostalgie de la messe en latin et de son aversion pour les cheveux longs. Oubliant son côté anar et populaire. Car la France de Buisson, c’est aussi celle de Brassens et de Ferré, de Gabin et de Blondin. Celle d’Audiard.

Féroce, l’écrivain ne dédaigne pas de jouer les tontons flingueurs lorsqu’il s’agit de se moquer du « féminisme » lesbien du MLF, de la « génération papa poule » ou encore des prêtres défroqués. Mais c’est sa puissance d’évocation mélancolique, lorsqu’il narre le grand déracinement des paysans ou la disparition des bistrots, qui hante longtemps après la lecture. « La vérité est dite par les ruines », écrit-il. Tel un archéologue, Buisson exhume les ruines pour ressusciter la beauté d’une civilisation disparue.


La Fin d’un monde
Une histoire de la révolution petite-bourgeoise
de Patrick Buisson
publié le 5 mai 2021
chez Albin Michel
à Paris
528 pages
ISBN-13 : 978-2226435200


Extrait

Vatican II

La pandémie de la Covid-19 aura fait en France environ 65 000 morts pour l’année 2020. Soit une surmortalité de 9 % par rapport à 2019. Sans doute les historiens s’interrogeront-ils devant le désarroi si ce n’est la panique qui se sont emparés des pouvoirs publics et d’une grande partie de la population face à un phénomène aux effets, somme toute, limités, sans commune mesure en tout cas avec les grands fléaux qui avaient jusque-là accablé l’humanité. Il est vrai qu’au-delà des polémiques qui incriminèrent l’impuissance et l’impéritie de l’État, les questions que posait l’expansion du virus n’étaient pas de celles auxquelles la classe politique avait l’habitude de répondre. Métaphysiques ? Probablement. Anthropologiques ? Sans aucun doute. Civilisationnelles ? À coup sûr. 

Le problème à résoudre tenait de la quadrature du cercle. Comment faire en sorte que le risque puisse être ­accepté par le plus grand nombre pour ne pas avoir à désorganiser ou à interrompre trop longtemps toute vie sociale quand la mort n’était plus considérée comme le terme naturel de l’existence, mais comme un dysfonctionnement d’ordre technique, un accident possiblement évitable ? Question de masques et de respirateurs, de gestes barrières et de distances sociales. 

Comment proposer aux Français une lecture rassérénante de l’événement quand avaient disparu, en l’espace de quelques décennies, les principaux pourvoyeurs de sens, ces messianismes qui ravitaillaient, hier ­encore, la multitude en espérance ­disaient les uns, en utopies cinglaient les autres, mais qui tous, à travers un grand récit, avaient eu au moins le mérite jusqu’à un passé récent d’approvisionner les hommes en raisons de vivre et surtout — c’était là le plus difficile — en raisons de mourir ? 

Jamais le fameux « désenchantement du monde » mis en avant par le sociologue Max Weber pour décrire le processus de recul des croyances au profit des explications scientifiques n’avait paru aussi lourd à porter qu’au moment où la science semblait vaciller dans ses certitudes et que le nombre de morts égrené par le directeur général de la Santé infligeait au corps médical une leçon d’humilité quotidienne. Jamais la panne de sens n’avait été ressentie de façon aussi accablante depuis la Seconde Guerre mondiale. 

[…] 

Comme l’écrivait Marcel Gauchet, « nous étions voués à vivre désormais à nu et dans l’angoisse, ce qui nous avait été épargné depuis le début de l’aventure ­humaine par la grâce des dieux ». Vivre à nu ? N’était-ce pas là déjà la cause profonde de la crise morale, politique et ­intellectuelle qui, en Europe, préexistait à la pandémie et que la Covid n’avait fait qu’amplifier ? L’hypothèse la plus probable, bien qu’irrecevable pour un esprit progressiste, était que ce mal-être collectif avait partie liée avec la liquidation du monde ancien. 

[…]

Les conséquences de Vatican II 

Vieux d’environ cent mille ans, l’homo religiosus est entré en phase terminale. La croyance en un au-delà de la mort s’estompe en parfaite synchronie avec le désir de transmettre la vie qui, lui aussi, est en chute libre. 

En l’espace de quelques années, une rupture d’affinité se produit entre l’éthos chrétien et les nouvelles normes de l’économie. C’est le moment où le « bon pape » Jean XXIII décide de convoquer le concile Vatican II. Le défi qu’elle se lance alors d’« entrer en conversation avec le monde » engage imprudemment l’« Église éternelle » dans l’exposition aux changements du monde contemporain, autrement dit au risque de devenir abusivement temporelle et d’accélérer ainsi la sortie du religieux de la durée historique. 

En abaissant la verticalité du ­sacré vers une immanence humanitaire qui valorise le salut terrestre, en réduisant leurs exigences doctrinales à la ­demande effective du siècle, les pères conciliaires pensent pouvoir endiguer le processus de déchristianisation dont les prodromes, en Occident, sont déjà perceptibles. C’est tout le contraire qui va se produire. 

Désacralisée, l’Église se prive de l’intransigeance qui avait fait historiquement sa force. Ce n’est plus la « splendeur de la vérité » qu’elle propose aux foules, juste une offre de biens symboliques en concurrence sur le marché des croyances, avec les nouvelles religions séculières que sont l’accomplissement de soi ou l’idolâtrie de la marchandise. En France, un décrochage massif de la pratique catholique vient déjouer le pari de ceux qui avaient misé sur les ­réformes conciliaires, sinon pour l’enrayer, du moins pour l’amortir. 

Déroutée ou scandalisée par l’« esprit du concile », une partie importante du peuple des fidèles vote avec ses pieds et déserte les églises à mesure qu’elle se pénètre de l’idée qu’« on a changé la religion ». Prônant une foi déritualisée et entièrement polarisée par la rationalité, le nouveau clergé se pose en antagoniste du vieux catholicisme de clocher, familial et festif, autant que d’une religiosité populaire mue par les sentiments et les forces instinctives du sensoriel. 

En fait, la déchristianisation massive des années soixante n’est que partiellement imputable aux facteurs socio-économiques externes, quoi qu’en disent les tenants d’un certain inéluctabilisme avant tout soucieux de sanctuariser idéologiquement le ­concile. Ce sont bien, au contraire, les valeurs citadines intellectuelles promues par Vatican II et les transformations ­internes de l’Église qui sont principalement à l’origine d’un vaste processus d’« exchristianisation » des masses, ­selon la pertinente analyse de François-André Isambert pour qui les fidèles des milieux populaires attachés aux fonctions rituelles et festives du culte ont été repoussés à l’extérieur du christianisme par la conjonction de l’avènement d’un intellectualisme religieux et d’un sectarisme souvent dicté par un réflexe inconscient de classe.  

 […]

 

La messe transformée en spectacle avec musique populaire contemporaine. On y applaudit le prêtre qui pousse la chansonnette avec sa guitare.

La fin des paysans 

Une hécatombe silencieuse, une mort par asphyxie, une saignée ininterrompue : les images se bousculent, aucune n’est véritablement appropriée pour rendre compte du phénomène. En trente ans, de 1946 à 1975, l’agriculture française a perdu les trois quarts de ses effectifs. En trente ans, la population ­active agricole est passée de 7,5 millions à 2,1 millions et la main-d’œuvre masculine a été divisée par trois, celle des femmes par six. 

Au-delà du bilan chiffré, Jean Giono y a vu l’œuvre d’un implacable tri sélectif : « Si je fais une différence entre le paysan et le reste de l’humanité, c’est qu’à ce moment le départ s’est fait entre ceux qui voulaient vivre naturellement et ceux qui désiraient une vie artificielle. » 

[…]

« À chaque départ, soupire le Vendéen Jean Yole en observateur ­morose de la déliquescence du monde rural, si nous regrettons le semeur de blé, l’éleveur des troupeaux, le créateur de ­richesses, nous regrettons aussi le disciple en qui la terre avait mis ses complaisances, le continuateur d’une tradition. Son départ, pour nous, c’est un froc jeté aux orties, un décès dans la garde, un coup porté à la solidité des réserves. » Il en est des villages voués au dépeuplement comme du bétail marqué pour l’abattage : une fatalité les habite et ne les quitte plus. Dès lors, le diagnostic de « viabilité sociale » est aisé à établir, comme dans le cas de la commune de Ferrières-La Verrerie située dans les collines du Perche normand. L’absence d’esprit coopératif, en empêchant le ­remembrement et les regroupements d’exploitants, a maintenu les exploitations de ce pays d’élevage et d’herbages en deçà du seuil de rentabilité. Pas d’égouts, pas de service des ordures, un habitat dispersé, un isolement qui confine à l’enclavement : les enfants font jusqu’à huit kilomètres pour se rendre à l’école, les jeunes doivent en parcourir vingt-cinq pour trouver une salle de ­cinéma à Mortagne ou à Merlerault. Au bourg, un café et un boulanger ont fermé boutique et le boucher qui va prendre sa retraite ne trouve personne pour reprendre son commerce. Pas de travail, pas de distraction : la dévalorisation communale s’accompagne d’un sentiment de déchéance collective chez ceux qui restent, ces laissés-pour-compte reclus dans un pays moribond et retranchés du monde des vivants. « Un monde rural est profondément ­malade, écrivait déjà Simone Weil, quand le paysan a le sentiment qu’il est resté paysan parce qu’il n’a pu être autre. » 

[…] 

Une enquête réalisée au printemps 1964 par un thésard parisien, Michel Charasse, futur ministre de François Mitterrand, et par un responsable d’un mouvement catholique agricole, Pierre Brossot, développe, le paradoxe qui veut que trois jeunes agriculteurs sur cinq doivent quitter la terre lors même que les trois quarts d’entre eux, selon les études d’opinion, souhaiteraient y rester. Plus méditative et d’apparence moins scientifique, l’observation d’un agriculteur sarthois en éclaire le sens : « Nous savons bien que, si nous partons, nous serons ­déracinés, et un arbre déraciné, ça ne pousse pas fort. »

[…]

Du bistrot à la télévision 

Le bistrot était dans les trente-six mille communes de France le plus répandu des clubs masculins, chapelle profane plantée au cœur du village, le plus souvent en face de l’église pour mieux se ­poser en institution autonome de la ­culture populaire. On l’a longtemps cru indestructible en raison même des ser­vices de toutes natures qu’il rendait à une clientèle de toutes conditions, mais prioritairement aux plus humbles et aux plus défavorisés. 

[…] 

L’apéritif du soir attire une clientèle à la fois plus nombreuse et plus populaire composée d’ouvriers ocriers, d’artisans et de paysans. On n’y boit que du pastis jusqu’à épuisement des tournées générales ou jusqu’à l’arrivée des fils qui, envoyés par les ­mères, viennent tirer par la manche les récalcitrants arrimés au comptoir comme à un quai par un filin invisible. Au fond de la salle se trouve le coin des solitaires où s’acagnardent les vies ­concassées : célibataires, veufs, petits ­retraités qui ont fait du café un foyer de rechange, une salle d’attente avant le passage de la Camarde. On y tape le carton, on y joue à la belote ou au tarot, on y sirote parcimonieusement un canon ou une anisette qu’on fera durer aussi longtemps que possible. 

[…] 

Au comptoir, l’affaire est autrement sérieuse. C’est là que se tient en station (provisoirement) verticale la confrérie des leveurs de coude, où princes de la cuite, prolos de la biture et boit-sans-soif se côtoient pour hausser la vie d’un ton dans un ­tohu-bohu fraternel. « Une religion avec des bourrades, des coups de poing, des coups de gueule et des coups de vin, note l’historien Louis Chevalier, en familier du Paris bistrotier, une exubérance de tout le corps, une mise en branle des vis­cères et de tous les muscles. » De façon encore plus marquée qu’à la campagne, le bistrot est à la ville le lieu par excellence de la parole masculine, du discours pour le discours, l’endroit où la virilité prolétaire trouve l’arène publique dont elle a besoin pour se déployer. Gabin porte à la perfection cette parole éruptive de tribun de comptoir dans des films comme Rue des prairies (1959), Archimède le clochard (1959), Les Vieux de la vieille (1960) ou Un singe en hiver (1962), tous dialogués par Michel Audiard dont le registre oscille entre l’anarchisme de droite et la littérature populiste. C’est l’heure où le café, selon le mot de Balzac, prend des allures de « salle de conseil du peuple », où le verbe haut des grandes gueules réalise l’utopie du gouvernement de la plèbe à coups de sentences définitives et de « remettez-nous ça, la patronne », où toutes les résistances, toutes les déviances sont non seulement autorisées, mais légitimes, où la turbulence des uns et la folie des autres, bouillonnant dans la chaleur sociale des vieilles solidarités, s’acharnent contre les bourgeois et « ceux qui nous gouvernent. 

[…]

Quelque chose, cependant, a commencé de changer. Insensiblement. Subrepticement. À partir de 1963 et de Mélodie en sous-sol, le bistrot du coin a disparu ou ne joue plus le même rôle social dans les films de Gabin. Les statistiques le confirment : 249 000 cafés en 1946, 191 000 en 1975. Les Trente Glorieuses auront été les trente piteuses du comptoir. Le rade est en rade ou menace de l’être. Lancée dès avant-guerre, la politique sanitaire et ­hygiéniste de l’État est en plein essor 

[…] 

Aucune des politiques répres­sives qui suivront n’égalera l’impact qu’aura eu sur la fréquentation des cafés l’équipement des ménages en postes de télévision. En l’espace d’à peine dix ans le “phénomène télé” a pulvérisé le biotope bistrotier. Les salles se vident un peu avant l’heure des journaux télévisés, les relations entre “connaissances” se distendent, se fragmentent, se parcellisent. L’ère de la télévision inaugure celle du confinement, du repli domes­tique et de la désaffection pour la maison des hommes.

Source : Le Figaro Magazine

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lundi 3 mai 2021

Biden ne peut prétendre être un catholique fidèle et être un champion de l'avortement

De Catherine Hadro dans le National Catholic Register :

Les actions du président Joe Biden sur l’avortement au cours de ses 100 premiers jours suivent un schéma prévisible pour les récents présidents démocrates, mais vont directement à l’encontre des enseignements de l’Église catholique sur la vie. 

L’administration Biden a travaillé à rythme effréné pour annuler les protections antérieures en faveur de la vie et adopter des politiques agressives en matière d’avortement — des mesures applaudies par Planned Parenthood et déplorées par les fidèles catholiques américains ; le deuxième président américain d'origine catholique s’est directement opposé aux appels des évêques américains à protéger les enfants à naître.

Dès la deuxième journée de sa présidence, le 22 janvier, que Biden a publié une déclaration célébrant le 48e anniversaire de Roe c. Wade. Il s’agit de l’arrêt de la Cour suprême de 1973 responsable de la mort de plus de 60 millions de fœtus à cause de l’avortement. Puis, le 28 janvier, un peu plus d’une semaine après son investiture, l’administration Biden-Harris a publié un décret abrogeant la politique de protection de la vie de l’administration Trump. Cette nouvelle disposition oblige dans les faits les contribuables américains à financer des groupes qui promeuvent l’avortement à l’étranger.

Lorsque l’équipe Biden-Harris a commencé à constituer son cabinet, elle est passée des décrets pro-avortement au personnel pro-avortement. Après avoir été confirmé au poste de secrétaire d’État, Antony Blinken s’est empressé d’annoncer qu’il considérait l’avortement, souvent voilé sous le terme de « droits reproductifs », comme un droit de l’homme. Shalanda Young, qui est maintenant la directrice adjointe confirmée du Bureau de la gestion et du budget, a qualifié l’avortement de « justice raciale ».

Mais le Secrétaire à la Santé et aux Services sociaux des États-Unis, Xavier Becerra, qui se dit catholique, est le membre du Cabinet le plus préoccupant en ce qui concerne la question de la vie.

Becerra était considéré comme le pire scénario de nomination pour la plus grande agence de santé du pays, car il a un passé conflictuel avec les pro-vie. Lorsqu’il était procureur général de Californie, M. Becerra a affronté des centres de soins de grossesse pro-vie et les Petites Sœurs des Pauvres devant la Cour suprême. Il a perdu les deux affaires. Lors de ses auditions de confirmation au Sénat pour le poste de Secrétaire  à la Santé et aux Services sociaux, Becerra a esquivé les questions concernant sa position exacte sur l’avortement, refusant même de répondre à la question de savoir s’il soutiendrait une quelconque limite à cette horrible procédure. Mais une fois confirmé, le secrétaire Becerra a agi rapidement pour faire avancer les objectifs de l’administration.

Le jour même de la confirmation de Becerra, en mars, le secrétariat à la Santé et aux Services sociaux a annoncé qu’il prévoyait de réécrire de nouvelles règles pour le Titre X du programme fédéral de planification familiale. Ces nouvelles règles annuleraient la loi sur la protection de l’enfant et les droits de l’enfant. Ces nouvelles règles annuleraient la règle de protection de la vie et permettraient à nouveau que les fonds du Titre X aillent à des organismes qui pratiquent ou encouragent les avortements. Le programme d’avortement de Biden-Harris a continué à se dérouler de manière prévisible, exactement comme le lobby de l’avortement l’avait espéré et comme les pro-vie l’avaient craint.

Mais ce qui rend les 100 premiers jours de cette administration d’autant plus flagrants — et franchement, d’autant plus scandaleux — c’est le fait que le président Biden n’est pas simplement un autre président pro-avortement. Il est seulement le deuxième président d'origine catholique de l’histoire des États-Unis et, par conséquent, les Américains catholiques, comme moi, exigent plus de lui et de son administration.

Au sein du champ présidentiel démocrate de 2020, Joe Biden était largement considéré comme le candidat le plus modéré sur la question de l’avortement. En fait, tout au long de sa longue carrière politique, Joe Biden a fait des déclarations sur l’avortement qui ressemblaient à ce que l’on pourrait entendre lors d’une conférence pro-vie. Lors d’une interview en 2006, par exemple, l’ancien vice-président a déclaré : « Je ne considère pas l’avortement comme un choix et un droit. Je pense que c’est toujours une tragédie ».

L’homme politique d'origine catholique a également soutenu pendant longtemps l’amendement Hyde, qui empêche l’argent des contribuables de financer les avortements. Il est devenu difficile de savoir exactement quelle était sa position sur la question au début de sa campagne présidentielle de 2020, car il a fait volte-face à plusieurs reprises en 2019. À un moment donné, la campagne de Biden a réitéré son soutien à Hyde et il a fait face à une réaction rapide du lobby de l’avortement. NARAL a critiqué Joe Biden en déclarant : « Se différencier du peloton de cette façon ne fera pas gagner de points politiques à Joe Biden. » En bon soldat qu’il est pour le lobby de l’avortement et le parti démocrate, Joe Biden a rapidement changé d’avis et a déclaré qu’il voulait abroger l’amendement même s’il l’a soutenu pendant plus de 40 ans.

Peut-être que les actions de l’administration Biden-Harris sur l’avortement dès le départ sont une tentative d’apaiser le lobby de l’avortement, de les rassurer qu’il est de leur côté. Mais le président Biden ne peut pas prétendre être à la fois un catholique fidèle et un champion de l’avortement. Il ne peut pas jouer sur les deux tableaux.

Le soir de l’investiture du président Biden, au cours de ce qui était le premier point de presse de son administration, le correspondant de EWTN News Nightly à la Maison-Blanche, Owen Jensen, a demandé au porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, ce que le président avait l’intention de faire concernant la politique pro-vie de Mexico. [La politique de Mexico, parfois désignée par ses détracteurs comme la règle du bâillon mondial, était une politique du gouvernement des États-Unis qui bloquait le financement fédéral américain pour les organisations non gouvernementales (ONG) qui fournissaient des conseils ou des références en matière d'avortement, préconisant de dépénaliser l'avortement ou élargissement des services d’avortement, plus particulièrement à l'étranger.]

Psaki a répondu que Biden « est un catholique fervent et quelqu’un qui va régulièrement à l’église ». Alors que le fait d’être dévoué à une Église qui déclare clairement que l’avortement « est gravement contraire à la loi morale » devrait signaler un soutien à la politique pro-vie, l’administration Biden a annulé la politique de Mexico huit jours plus tard.

[...]

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samedi 1 mai 2021

Écart salarial entre les hommes et les femmes

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vendredi 30 avril 2021

Le juteux marché de l’éducation et de la formation diversitaires

En Californie, les affrontements idéologiques autour du controversé programme d’études ethniques sont enfin terminés, du moins pour l’instant. Le programme contesté a été approuvé par la législature de l’État en mars. Bientôt les lignes directrices destinées aux écoles secondaires seront diffusées aux conseils scolaires locaux à travers l’État.

L’été dernier, cependant, alors que les choses étaient encore indécises, les professeurs d’études ethniques et des bureaucrates de l’éducation, principaux instigateurs du nouveau programme, étaient furieux qu’il y ait la moindre résistance au programme d’études ethniques. « Je suis furieuse », avait alors déclaré Allyson Tintiangco-Cubales, professeur d’études ethniques à l’université d’État de San Francisco et principal architecte du programme controversé. Elle s’adressait à une réunion Zoom, rejointe par des collègues inquiets issus de tout l’État. Ils étaient en colère au sujet des révisions alors proposées au programme, qui, à leur avis, auraient porté atteinte à l’essence politique du programme. « Nous gifler ainsi au visage ! Ce n’est pas sympa. »

Les révisions imposées furent minimes et la législature aux mains des démocrates était presque certaine d’adopter le projet de loi — une loi qui exige que chaque école secondaire publique de l'État mette en place des classes d’études ethniques, en utilisant leur programme comme modèle. Ils étaient sur le point de réaliser leur rêve. Alors pourquoi la panique ?

Malgré tout le discours selon lequel ce programme serait un mouvement pour le bien social, une nouvelle aube pour les étudiants américains et une solution à l’oppression, les études ethniques sont aussi, surtout même, une industrie de service naissante. En effet, alors que les preuves de sa valeur éducative ou même sociale sont vivement débattues, ce qui n’est pas contesté, c’est que cette révolution éducative commence à être rentable — juteuse même.

En Californie, cela se traduit par des millions de dollars que le ministère de l’Éducation de l’État investira dans l’embauche de nouveaux professeurs d’études ethniques, de nouveaux administrateurs d’études ethniques et, surtout, d’une armée de consultants experts qui mettront en œuvre et superviseront le nouveau programme dans des milliers de salles de classe de Californie. En outre, les principales figures du mouvement ont déjà commencé à monétiser leur expertise, avant même la ratification du nouveau programme, en facturant leurs conseils auprès des écoles californiennes qui ont été les premières à adopter les programmes d’études ethniques.

La professeure Tintiangco-Cubales elle-même co-dirige un cabinet de conseil appelé Community Responsive Education Corp., qui a facturé 11 000 $ pour la formation des enseignants du district scolaire unifié de Poway (Sud de l’État), 65 000 $ pour un discours liminaire et une série d’ateliers de développement professionnel pour l’équipe de direction de l’école élémentaire de Chula Vista et 40 000 dollars « pour faciliter le développement d’unités et de cours d’études ethniques » au district scolaire élémentaire Jefferson, au sud de San Francisco. Mme Tintiangco-Cubales, qui n’a pas répondu à la demande du journaliste de Tablet de discuter de ses honoraires, travaille également en dehors de la Californie, notamment en tant que formatrice principale pour un consortium d’éducateurs de Boston dans le cadre d’un projet financé en partie par la Fondation NoVo de Peter Buffett.

Aujourd’hui, dans tout le pays, les programmes scolaires « antiracistes » sont très recherchés. À New York, les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) prospèrent dans les écoles privées élitistes. Conçus pour les écoles et les entreprises, ces programmes sont issus du même mélange de théorie critique de la race, de culpabilisation de la « fragilité blanche » et de mots à la mode sur lesquels sont fondées les études ethniques des écoles publiques.

 
Rien d’étonnant à ce que Tintiangco-Cubales ait semblé frustrée lorsque le ministère de l’Éducation de Californie menaçait de ralentir le processus d’approbation du programme qu’elle défendait. Elle et ses collègues avaient plus que leur réputation en jeu.

Le retour du racialisme, la vengeance de Gobineau ?

Les libéraux classiques craignent la gauche woke, le racialisme et  la décomposition de la société occidentale qu'ils produisent. C’est le cas de Douglas Murray dans sa Grande Déraison qui tente de sonner le tocsin philosophique : la philosophie woke est souvent contradictoire et nous mène vers de graves conflits. Certains comme Eric Kaufmann, auteur de Whiteshift, pensent qu’une prise en compte des intérêts culturels de la majorité blanche, même ou surtout parce qu’elle est déclinante, et un lent métissage pour intégrer les minorités dans une majorité blanche qui glisse (d’où le titre) et se métisse peuvent sauver les meubles et assurer une stabilité culturelle et politique durable.

Mais quels avantages les racialistes auraient-ils dans l’immédiat à adopter cette vision assimilationniste libérale ? 

Les personnes racisées (non blanches donc) n’ont-elles pas tout à gagner de la création de chasses gardées pour elles et d’un terrain multiculturaliste dans les domaines encore blancs ? On verra donc une reine bien blanche interprétée dans un film par une noire (ouverture à la diversité) mais il sera exclu qu’une traductrice blanche traduise une poétesse noire (ce serait de l’appropriation culturelle). Bref, le beurre et l’argent du beurre.

La recette semble fonctionner alors que les « blancs » sont culpabilisés, se taisent de peur d’être catalogués fascistes, racistes ou encore de suprémacistes blancs et que la démographie et le temps jouent contre eux, non seulement parce que les blancs sont de moins en moins nombreux et mais aussi parce qu’ils sont de plus en plus vieux et donc moins dynamiques, moins revendicateurs, moins belliqueux…

Pour le libéral classique Nicolas Baverez, les idéologies du racialisme et du décolonialisme qui promeuvent « la construction d’un homme nouveau, assigné à résidence par sa race, son ethnie, sa religion ou son sexe » et souhaitent une humanité « déchirée en races et en communautés irréductiblement opposées » n’ont d’autre point de départ que la doctrine politique du racisme établie au dix-neuvième siècle par Arthur de Gobineau.

Arthur de Gobineau publia L’Essai sur l’inégalité des races humaines entre 1853 et 1855. Sa thèse consistait à affirmer que l’histoire se confond avec celle des races, qui obéissent à une classification et un ordre stricts et immuables : « L’humanité est divisée en races selon une hiérarchie logique, permanente et indélébile. » Il en déduisait trois conclusions : la critique radicale de la démocratie fondée sur l’égalité entre les individus ; le bien-fondé de la colonisation qui assurait la domination de la race blanche censément supérieure ; la course inévitable des sociétés et des civilisations vers le néant du fait du métissage de la population.

Les idées de Gobineau, restées marginales en France, ont prospéré en Allemagne, notamment à travers son amitié avec Wagner, et aux États-Unis, où elles furent utilisées par les partisans de l’esclavage. Elles contribuèrent à la violente crise de la démocratie de la fin du XIXe siècle, marquée par une double poussée populiste et antisémite, puis à l’émergence du totalitarisme nazi.

L’ironie veut que les idées de Gobineau reviennent aujourd’hui en force sous le masque du racialisme et du décolonialisme, dont les tenants donnent raison à Pascal, qui rappelait que « qui veut faire l’ange fait la bête ». Certes, la hiérarchie des races, des sexes, des cultures ou des civilisations se trouve inversée : les Noirs, les métis, les femmes, les anciennes colonies, les pays du Sud ou l’islam sont érigés en modèles politiques et moraux ; les Blancs, les hommes, les Églises et l’Occident sont voués aux gémonies comme autant de figures de domination. Mais sous cette inversion des pôles pointe un raisonnement identique : les races et la colonisation seraient des structures permanentes et intangibles qui constitueraient le véritable moteur de l’histoire.

Dès lors que le racisme et le colonialisme sont présumés systémiques, les libertés fondamentales — à commencer par la liberté d’expression — sont formelles et se réduisent à un masque de l’oppression, comme chez Marx : ceci justifie de poursuivre la mort sociale et intellectuelle — voire physique — de ceux qui ne partagent pas ces idées à travers les mobilisations de la « woke culture », qui entend régir toutes les facettes de la vie intellectuelle, mais aussi économique, sociale et politique. La déracisation et le décolonialisme passent dès lors par la réécriture de l’histoire, par la censure.

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Silos raciaux ou chasses gardées ? 

Gunnar Heinsohn : jeunesse de la population et index de belligérance

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Maboula Soumahoro : le blanc ne peut pas être antiraciste, il ne peut avoir raison contre une Arabe ou une noire

Maboula Soumahoro, née le 3 février 1976 à Paris, est une angliciste française d'origine ivoirienne. Maître de conférences à l'université de Tours, elle inscrit son champ de recherche dans le cadre des « French diaspora studies »... (Ah, l'anglomanie, c'est d'un chic!) Elle travaille notamment sur les diasporas africaines aux États-Unis.

Cette brillante universitaire apparaissait dans un débat récent avec Mathieu Bock-Coté, elle n'est en rien marginale en France.

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Mathieu Bock-Côté : « Le racialisme est un totalitarisme »

Le retour du racialisme, la vengeance de Gobineau ?