lundi 18 janvier 2016

L’avenir des élèves québécois hypothéqué par des enseignants incompétents indéboulonnables ?

Peut-on congédier un enseignant incompétent au Québec ? Au cours des cinq dernières années, sept enseignants permanents sur un total de près de 60 000 travaillant pour les commissions scolaires de la province ont été congédiés pour incompétence, révèle aujourd’hui une publication de l’Institut économique de Montréal (IEDM).

Cette proportion de 0,01 % apparaît dérisoire puisque les congédiements d’enseignants incompétents sont aussi rares que les congédiements d’enseignants violents ou criminels, ou encore pour des agissements de nature sexuelle, des motifs qui comptent aussi sept cas. Pour obtenir ces données, l’IEDM a envoyé une demande d’accès à l’information aux 72 commissions scolaires québécoises.

Est-il possible que la compétence des enseignants québécois soit telle qu’elle explique ces résultats? « Nous croyons que la grande majorité des enseignants et enseignantes au Québec sont compétents, mais il ne s’agit pas d’une explication plausible selon des professionnels du milieu », explique Youri Chassin, économiste et auteur de la publication. « Il est plus probable que ce très petit nombre, sur une période de cinq ans, illustre la difficulté de parvenir à congédier un enseignant incompétent s’il jouit de la permanence. »

En effet, un mécanisme de congédiement existe en théorie, mais le processus est long et complexe. De plus, les procédures habituelles font en sorte qu’après l’octroi de la permanence, une majorité d’enseignants ne sont plus évalués sur la qualité de leur enseignement. En définitive, les congédiements sont presque inexistants.

Pourtant, la profession serait valorisée si une plus grande flexibilité permettait aux commissions scolaires de remplacer certains professeurs dont les compétences ne sont pas à la hauteur. « Les enseignants eux-mêmes souffrent de la présence d’un collègue incompétent. Ils profiteraient d’une reconnaissance sociale accrue si les cas problématiques étaient mieux pris en charge », dit M. Chassin. « Ce sont les élèves qui doivent cependant être la première préoccupation de l’éducation. La qualité de leur apprentissage et la lutte au décrochage en dépendent », insiste l’auteur, qui rappelle que la qualité du personnel enseignant est considérée par la population québécoise comme le critère le plus important de la réussite des élèves.

Il est parfaitement normal et souhaitable que les enseignants puissent faire appel à leurs syndicats pour les défendre dans certaines circonstances. Cela dit, ce sont les excès qui posent problème, explique M. Chassin, qui soutient qu’un mécanisme permettant de congédier les enseignants dont les compétences sont déficientes renforcerait la relation de confiance entre les parents, les directions d’école et les enseignants.



« Les syndicats s’y opposeront sûrement, mais les moyens de remédier à cette lacune sont pourtant connus », ajoute Michel Kelly-Gagnon, président et directeur général de l’IEDM. « Les écoles pourraient faire des évaluations périodiques des enseignants, par exemple aux cinq ans, comme en Ontario. Des épreuves uniformes plus fréquentes permettraient aussi de mieux mesurer la qualité de l’enseignement et des apprentissages. Enfin, la rémunération au mérite basée sur des évaluations régulières, une pratique courante dans la vaste majorité des professions, devrait aussi faire partie des solutions. »




Soulignons que durant la dernière année scolaire, en 2014-2015, un seul congédiement pour incompétence a été relevé dans l’ensemble des commissions scolaires québécoises.

La Note économique intitulée « Valoriser la profession enseignante en congédiant les enseignants incompétents » est signée par Youri Chassin, économiste et directeur de la recherche à l’IEDM. Cette publication est disponible sur son site.





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samedi 16 janvier 2016

Le Québec qui ne sait pas lire

Texte de Mathieu Bock-Côté sur l'analphabétisme fonctionnel de trop nombreux Québécois :

La nouvelle aurait dû être accueillie comme un scandale: à peu près la moitié des adultes québécois peinent à lire. Mais la nouvelle a vite été déclassée par une autre.

Les cyniques diront: nous le savions déjà. De fait, c’est une nouvelle qui revient en boucle. C’est ce qui explique peut-être notre incapacité à rugir.

La Révolution tranquille, amorcée en 1960, s’était donné pour objectif de démocratiser l’éducation au Québec. On y voyait le principal moyen de développement social. [Rappelons qu'en réalité le Québec a accumulé du retard comparé à d'autres provinces depuis la prétendue Révolution tranquille.]

Analphabétisme

Cinquante ans plus tard, il faut bien convenir de son échec relatif. Nous tardons à nous l’avouer, tellement nous tenons à sa légende dorée.

Imaginons un instant la vie d’un analphabète fonctionnel: les portes de la vie civique lui sont fermées. Dans le cadre d’une élection, il peinera manifestement à distinguer entre les programmes ou, du moins, à les approfondir minimalement.

Il sera aussi limité dans sa vie professionnelle et économique. Les promotions lui seront généralement interdites.

Mais l’origine de ce mal est peut-être plus profonde.

Les Québécois accordent-ils vraiment de la valeur à l’éducation? La réponse est trop souvent non. Cela nous vient d’un vieux passé où l’essentiel était de vite gagner sa vie sans s’encombrer des fioritures culturelles ou livresques.

L’éducation, c’était un luxe de snob ou le privilège de rares esprits.

La langue

On le voit encore dans notre rapport à la langue. À la télévision ou à la radio, celui qui parlera rigoureusement le français passera pour hautain.

Mieux vaut parler de manière relâchée pour avoir l’air authentique.

Évidemment, la lecture est traitée comme une passion exotique.

Retour aux analphabètes. Ils représentent un tiers-monde intérieur. C’est un morceau de notre peuple qu’on abandonne à la misère culturelle.

Mener à terme l’alphabétisation des Québécois en une génération devrait être une corvée nationale. Sinon, la solidarité ne voudra rien dire.


Rappel

Selon les derniers chiffres du rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, au Québec, la proportion d’analphabètes fonctionnels est plus élevée chez les 16-24 ans (49  %) que chez les 25-44 ans (42 %). Dans la population en général, cette proportion est de 53 %.

Comparativement aux anglophones et aux allophones, les francophones pratiquent moins fréquemment des activités de lecture, d’écriture ou de mathématiques en dehors du travail.

Les anglophones de 16-24 ans sont les plus nombreux, en proportion, à avoir déclaré avoir eu plus de 100 livres à la maison à 16 ans (58 % par rapport à 28 % de francophones et 28 % d’allophones).

Au Québec, en 2012, les immigrants, récents ou de longue date, ont globalement des compétences moins élevées en littératie (alphabétisme), en numératie (s'en tirer avec des calculs simples) et en résolution de problèmes dans des environnements technologiques (RP-ET) que les Canadiens de naissance. Étant donné que les immigrants ne constituent pas un groupe homogène, ce constat général doit être nuancé. En effet, les écarts de compétence entre les immigrants et les natifs du Canada concernent seulement les immigrants des catégories «réfugiés» et «regroupement familial». Par contre, les immigrants économiques présentent des compétences en littératie,
en numératie et en RP-ET globalement comparables à celles des personnes nées au Canada.

Exemples de question pour évaluer les compétences de compréhension de texte (littératie) et de manipulation de concepts arithmétiques simples (numératie) :


(détail de l'image précédente)


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jeudi 14 janvier 2016

Angleterre — École apprendra que parmi les premiers occupants de l'île se trouvaient des Africains

La communauté académique a qualifié d’«endoctrinement» le nouveau programme d’histoire à destination des élèves de troisième concernant l’immigration en Grande Bretagne, qui adopte un point de vue inédit sur l’origine de la population britannique.

Le nouveau programme d’histoire proposé aux élèves de 14 à 16 ans sera proposé dans les établissements scolaires du Royaume-Uni à partir de septembre. Intitulé «Migration vers la Grande-Bretagne de 1000 à 2010» («Migration To Britain c. 1000 to c. 2010»), le cours a été développé en collaboration avec les professeurs de l’Association d'études sur l'Asie et l’Afrique et couvre les flux migratoires vers les îles depuis l’époque romaine jusqu’à l’immigration moderne.


Cependant, c’est l’histoire des premiers locataires des îles britanniques qui a suscité le mécontentement des historiens. Le nouveau programme suggère que des Africains y résidaient avant même les anglo-saxons, en se référant à une légion romaine de nord-africains stationnés brièvement près du mur d'Hadrien, qui marquait la frontière avec les territoires du nord, soit l’actuelle Écosse.

Alors qu’il est reconnu qu’environ 500 maures géraient ce fort près de Carlisle, il n’y a aucune preuve de leur installation de façon permanente, s’insurgent les experts, en accusant les auteurs de cette mise à jour de distorsion des faits au profit du «politiquement correct».

Quel est l’objectif de ce nouveau programme ?


Certaines voix prétendent que de tels cours visent à traiter les problèmes contemporains, plutôt qu’enseigner l’histoire.

«Cela semble relever plutôt de l’endoctrinement que de l’éducation. C’est dangereux parce qu’une société soudée dépend de l’opinion partagé d’une histoire commune», a noté le professeur Alan Smithers de l’Université de Buckingham et conseiller du comité d’Education.

L’historien Roy Strong, a également trouvé gênant que «nos enfants aient à apprendre quelque chose qui est clairement conçu pour alimenter des problèmes contemporains au lieu de raconter correctement l’histoire de notre île».

Ray Finch, du parti britannique UKIP, estime que l’histoire est réécrite pour être politiquement correcte. «Cela fait partie de cette idéologie particulière, intimement liée aux perspectives politiques», a-t-il indiqué, ajoutant que cela vise à modifier l’histoire pour poursuivre d’autres objectifs.

Il a également noté que les enfants ne doivent pas être «utilisés comme des moyens de propagande», puisque c’est «faux, immoral et absolument honteux». Pour lui, avec cette proposition, «ils essaient d’éliminer la perception du Royaume-Uni comme d’un pays souverain».


Source

mercredi 13 janvier 2016

La famille nombreuse, antidote au vieillissement ?

Une étude menée par des chercheurs canadiens de l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, indiquerait que les mères de familles nombreuses vieilliraient moins vite que les autres :

« D'après les résultats de leur étude, tout serait une question de télomères, les extrémités des chromosomes, connus pour raccourcir avec l'âge et le stress. Les scientifiques ont étudié les télomères de 75 femmes de communauté rurale du Guatemala à 13 ans d'écart. Après toutes ces années, il apparaît que les sujets qui ont eu le plus d'enfants ont aussi conservé des télomères plus longs.

Les femmes concernées vivent dans une société où les mères de famille nombreuse reçoivent l'aide de la communauté et sont donc moins sujettes à la fatigue et au stress, ce qui peut expliquer le phénomène. Une autre hypothèse, plus médicale, met en avant le rôle de l'œstrogène. Cette hormone secrétée en grande quantité par les femmes enceintes possède en effet des vertus anti-oxydantes et pourrait ainsi limiter l'usure des télomères. »

Source

Québec — Les chiffres démographiques pour 2015 seront probablement mauvais

Nous avons désormais les chiffres démographiques provisoires sur les dix premiers mois de 2015 : notamment le nombre de naissances et de décès.

Ces chiffres de 2015 devraient être mauvais.

En effet, malgré une population croissante (environ +50.000 en un an) grâce surtout à l'immigration, le nombre des naissances au Québec est à nouveau en recul­. Pour les dix premiers mois, on est passé en 2014 de 73 700 naissances à 72 750 en 2015, soit une baisse de -1,28 %. Ces chiffres sont bruts et absolus, une fois mis en rapport avec la population croissante, la baisse de la natalité et de la fécondité devrait être plus importante. Les chiffres officiels de la natalité et de la fécondité en 2015 devraient être publiés en avril 2016.

Quant aux décès, ils ont augmenté pour passer de 51 200 pour les dix premiers mois de 2014 à 53 100 en 2015, soit un nombre de morts en augmentation de 3,7 %.

Source : Institut de la statistique du Québec

mardi 12 janvier 2016

Les Italiens, un peuple en voie d’extinction

Pour la première fois depuis 1919, la population d'Italie a diminué l'année dernière, et les experts craignent que les Italiens ne soient un peuple en voie d’extinction, le taux de fécondité dans le pays étant l’un des plus bas du monde avec 1,37 enfant par femme.

Un symbole de l’Italie est en train de disparaître : la Mamma. Les nouvelles mères n’ont jamais été aussi peu nombreuses. Pour la première fois les naissances sont tombées en 2015 sous le seuil psychologique des 500 000, à peine 400 000 si les deux parents sont italiens. Le taux de fécondité est l’un des plus bas du monde avec 1,37 enfant par femme. Ce n’est pas le record de 1,19 atteint en 1995, mais le même chiffre qu’en 1986. Pour la première fois depuis 1919, la population de la péninsule a diminué l’année dernière. Selon les prévisions de l’ISTAT, pas plus de 495 000 nouveau-nés verront le jour dans la péninsule en 2016. 8 naissances pour mille habitants, contre 10 naissances pour mille dans l’Union européenne. Une chute de la natalité qui fait écho à une hausse de 10 % de la mortalité en 2015 par rapport à 2014.

Une véritable démographie de temps de guerre pour le pays le plus âgé du monde après le Japon. Et alors même que les jeunes diplômés italiens quittent toujours davantage le pays. Elle produit en effet des classes creuses et les femmes en âge de procréer sont aujourd’hui beaucoup moins nombreuses qu’il y a vingt, trente, ou quarante ans. Environ 25 % des Italiennes n’ont pas d’enfant, tandis que 25 % n’en ont qu’un seul. Une spirale de la dénatalité dont l’Italie aura bien du mal à s’extraire. D’autant plus que les immigrés sur lesquels elle comptait sont de plus en plus nombreux à partir et font eux aussi de moins en moins d’enfants. Certains évoquent d’ailleurs un « suicide démographique », puisque 2 % des femmes et 4 % des hommes âgés de 18 à 40 ans déclarent ne pas vouloir fonder une famille.


Source : Les Échos

lundi 11 janvier 2016

Grande-Bretagne — David Cameron pour des cours parentaux

Le gouvernement britannique va proposer aux parents de suivre des cours pour apprendre à mieux élever et discipliner leurs enfants, annonce l'hebdomadaire The Observer.

Selon le journal, le premier ministre David Cameron doit détailler la mesure lors d'un discours sur la famille lundi. « Évidemment, ils [les enfants] ne viennent pas avec un mode d'emploi. Mais est-ce normal que nous disposons tous de si peu de recommandations ? », doit dire le Premier ministre conservateur.

« Nous avons fait beaucoup de progrès. Nous avons développé le suivi à domicile après la naissance. Mais cela ne concerne que les premières semaines et mois. Qu'en est-il plus tard, lorsque se posent les problèmes de communication, de comportement, de discipline ? Nous avons tous besoin d'aide sur ces sujets. C'est pourquoi nous devons réfléchir comment rendre normal et même attractif le fait de participer à des cours de parentalité", doit ajouter le Premier ministre.

En pratique, le gouvernement compte distribuer des bons aux familles pour participer à ces classes, sans doute en fonction des ressources. Mais David Cameron veut surtout mettre l'accent sur le fait qu'elles ne s'adresseront pas seulement aux foyers en difficulté mais « à tous ».

Une initiative gouvernementale similaire, proposée après les émeutes urbaines de 2011 à des familles issues d'un environnement socio-économique défavorable, s'était soldée par un échec, rappelle The Observer. 2.956 parents, dont seulement 9 % d'hommes, y avaient participé, loin des 20.000 attendus. Le coût pour l'État avait grimpé à 1.088 livres (1.450 euros) par parent.



En élargissant le programme aux familles plus aisées, David Cameron espère le rendre plus populaire, sur le mode des cours prénataux. Sur le plan politique, la mesure pourrait l'aider à occuper le centre de l'échiquier [et donc virer en peu plus à gauche], vacant depuis l'effondrement du parti libéral-démocrate et le virage à gauche opéré par le parti travailliste sous l'impulsion de son nouveau leader Jeremy Corbyn.

Source : Le Figaro

jeudi 7 janvier 2016

France — Augmentation des incidents dus à la drogue dans les écoles

Selon un rapport de l’Éducation nationale, c’est l’augmentation de la consommation de drogues, et notamment de cannabis. Dans les lycées [fin secondaire puis cégep], elle représente aujourd’hui 10 % des incidents en 2014, contre 4 % en 2013. Les collèges [début du secondaire] sont également concernés par ce phénomène.



Les adolescents sont donc de plus en plus nombreux à consommer des stupéfiants, à l’intérieur comme à l’extérieur des établissements scolaires. Lors de la journée citoyenneté-défense, un jeune sur deux a reconnu ainsi avoir déjà pris du cannabis et près d’un sur dix a avoué en consommer régulièrement.

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Rémi Brague sur les « phobies » et la censure modernes

Extrait d’un entretien avec le philosophe Rémi Brague :

Après les attentats de janvier, vous aviez déclaré « en France, on a le droit de tout dire, sauf ce qui fâche ». À quoi faisiez-vous référence ?

Tout dépend de ceux qu’il ne faut surtout pas fâcher. Qui sont aujourd’hui les vrais puissants, ceux qui sont véritablement influents ? Cette question a été valable, quelle que soit l’époque. Ainsi, les jésuites, au XIXe siècle, pour des gens comme Edgar Quinet, la cinquième colonne pour l’armée, les juifs pour les antisémites, les francs-maçons ou la synarchie pour la droite française, le Comité des forges pour la gauche, ont représenté le fantasme d’une toute-puissante araignée dont la toile est partout.

Cela étant, l’existence de groupes de pression, de lobbies, d’amicales de toutes sortes, le tout plus ou moins discret dans ses affiliations comme dans ses buts, est une évidence. Il serait naïf de nier leur existence et leur intention tout à fait avouée de défendre leurs intérêts ou de promouvoir leur vision de la société, comme il serait naïf de leur attribuer tout ce qui nous déplaît.

Concrètement, pourquoi certains sujets seraient-ils inabordables ?

D’abord, parce qu’ils sont, en soi, difficiles à traiter. Ils demandent une culture que tout le monde n’a pas pris le temps d’acquérir. Et plus encore peut-être le courage intellectuel de briser les cadres de réflexion habituels pour voir les phénomènes en face. Bien des journalistes à qui on demande des rythmes de travail intenables n’ont pas le temps d’apprendre, et certaines écoles les ont formatés si efficacement qu’ils s’imaginent déjà en possession des clefs conceptuelles qui ouvrent toutes les portes.

Ensuite, parce qu’il n’est pas toujours facile de résister à certaines pressions ; le refus poli de publier ou de faire traduire chez de grands éditeurs, le refus poli de relayer une information pourtant bien attestée, tout cela est efficace, et d’autant plus que c’est discret.

Enfin, nous avons de plus en plus de mal à pratiquer certaines distinctions qui sont pourtant de la logique tout à fait élémentaire. Ainsi, entre les personnes, d’un côté, et, de l’autre côté, leurs croyances ou leurs pratiques. Le suffixe « phobie », qui a connu depuis quelques années une inflation remarquable, sert à rendre impossible cette distinction : dire que les pratiques homosexuelles sont des perversions, ce serait de l’homophobie et « stigmatiserait » (encore un mot dont l’inventeur a dû se retirer fortune faite...) les homosexuels ; dire que le Coran, les hadiths et la vie de Mahomet contiennent de quoi justifier le meurtre, le viol et le vol, ce serait de l’islamophobie et « stigmatiserait » les musulmans. Mais dire que le tabac augmente les risques de cancer, est-ce de la « fumeurophobie » ? Est-ce « stigmatiser » les fumeurs ? N’est-ce pas plutôt leur rendre service en les avertissant des risques qu’ils courent ?

Source :  Valeurs actuelles du 6 janvier

mercredi 6 janvier 2016

L’école privée profite à tous les élèves québécois

Un texte de Michel Kelly Gagnon dans le Journal de Montréal de mardi 5 janvier.

Les résultats d’une étude récente du professeur Pierre Lefebvre, de l’UQAM, démontrent que la présence accrue du secteur privé dans le système d’éducation profite à tous les élèves québécois, autant ceux qui étudient dans des écoles privées que ceux qui étudient dans des écoles publiques.

« Les résultats suggèrent que la minorité considérable des élèves qui fréquentent l’école privée au secondaire explique en partie les résultats supérieurs du Québec aux tests PISA, tant dans les écoles privées que publiques (par effet de concurrence).

Selon les estimés conservateurs, l’école privée ajoute approximativement une année d’études en termes des scores de lecture et math. De façon plus importante, pour le développement du capital humain, les résultats soutiennent l’existence d’un effet causal important de l’école privée sur les niveaux (hiérarchie) des compétences mesurées par PISA. »

Selon le professeur, la différence s’explique par plusieurs facteurs, dont l’autonomie plus grande des écoles privées et le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l’allocation des ressources, notamment l’embauche et le congédiement des enseignants (l’Institut économique de Montréal, IEDM, publiera dans les prochains jours une Note économique sur ce sujet précis).

Le chercheur souligne également que l’effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficie à tous. Ces résultats ne devraient pas surprendre. Déjà en 2005, l’IEDM recensait les résultats d’expériences internationales sur la concurrence entre écoles, notamment en Suède et aux États-Unis, et les effets étaient similaires.

« En fait, sur sept analyses qui ont examiné la question, cinq montrent un effet positif sur les résultats (notamment en lecture et en mathématique) des élèves des écoles publiques rattaché à une hausse de la proportion des inscriptions à l’école privée, alors que deux ne notent aucun effet significatif.

Les impacts de la concurrence sur d’autres mesures de performance des écoles, comme le taux de diplomation au secondaire, sont également positifs. La concurrence des écoles privées a aussi pour effet indirect de hausser le nombre d’années de scolarité des individus et leur salaire à 24 ans. »

Certains souhaitent que le gouvernement mette fin au financement public des écoles privées. Pourtant, il n’existe aucune preuve que la présence de ce secteur nuit à la performance des écoles publiques. Au contraire, une majorité d’études le démontrent : la présence d’écoles privées performantes entraîne un effet d’émulation par les écoles publiques qui profite à tous.

Source

Mise en contexte


Rappelons les chiffres : au Québec, environ 22 % des ados fréquentent le privé au secondaire, trois fois plus qu’ailleurs au Canada. En Ontario, cette proportion n’est que de 3 %. L’écart s’explique parce que le Québec subventionne fortement le privé, un financement dont le principe a été maintenu par tous les gouvernements depuis les réformes des années 60.

Dans une récente étude, l’économiste Pierre Lefebvre, de l’UQAM, tente d’éclaircir le débat en utilisant les fameux résultats de PISA depuis l’an 2000, soit le Programme international pour le suivi des acquis.

Ce programme, rappelons-le, compare les résultats des élèves de 15 ans de partout dans le monde à des tests de mathématiques, de lecture et de sciences. De plus, PISA pose des questions aux répondants sur leur profil socioéconomique.

En math, les ados du Québec se classent parmi les meilleurs au monde depuis plusieurs années et Pierre Lefebvre croit que la présence accrue du privé y est pour quelque chose.

Pour tenter d’y voir clair, l’économiste a comparé les résultats des ados au privé et au public en fonction de certains indicateurs socioéconomiques. Un enfant avec les mêmes caractéristiques socioéconomiques obtient-il de meilleurs résultats au privé ? Et globalement, cet effet du privé rehausse-t-il les notes moyennes de l’ensemble des ados du Québec par rapport au reste du Canada ?

Voyons voir. Les deux variables les plus significatives sondées par PISA à cet égard sont l’indice du statut professionnel (ISP), d’une part, et le nombre de livres à la maison, d’autre part. L’ISP est le niveau d’emploi le plus élevé des parents, rapporté sur une échelle de 10 (1 correspondant aux travailleurs sans qualification et 10 aux travailleurs très qualifiés, comme les juges, les médecins, etc.).

Pierre Lefebvre a constaté que, de deux élèves dont les parents ont le même ISP ou le même nombre de livres à la maison, celui qui fréquente le privé obtient des résultats nettement meilleurs aux tests PISA, en moyenne.

Par exemple, aux tests PISA de mathématiques, ceux qui ont un ISP de 8 obtiennent une note de 543 (sur 650) au public, mais de 589 au privé. Les écarts entre le public et le privé par échelon d’ISP varient de 27 à 58.

Écart semblable entre le privé et le public lorsqu’on tient compte du nombre de livres à la maison. Les enfants de foyers où il y a plus de 200 livres obtiennent de meilleures notes aux tests de maths du PISA (605) que ceux qui vont au public (561).

Cet écart d’environ 40 points dans les notes entre le privé et le public est observé également dans les tests de lecture. Selon les analystes de PISA, un écart de 30-40 points équivaut à environ une année d’étude supplémentaire.

Fait étonnant : en maths, les élèves de 15 ans du public obtiennent une note aussi bonne que la moyenne des élèves du reste du Canada (531 contre 526). C’est donc dire que les ados québécois sont plus forts en maths qu’ailleurs, même en excluant les « calés » du privé.

Pierre Lefebvre conclut qu’à « statut socioéconomique semblable, les élèves obtiennent de meilleurs résultats à l’école privée ». De plus, il estime que ce phénomène a globalement contribué à donner au Québec des élèves mieux formés.

Selon lui, cette différence peut s’expliquer par une série de facteurs mesurés lors des tests PISA. Trois ressortent du lot. Premièrement, il y a l’autonomie plus grande des écoles privées. Deuxièmement, les analystes notent le degré plus grand de responsabilité (et donc de reddition de comptes) du privé dans l’allocation des ressources (embauche et congédiement des profs, répartition des budgets, etc.). Troisièmement, il est question de l’impact du meilleur climat scolaire (moins de retards aux cours, plus grand respect des profs, moins d’intimidation, etc.).

Dans sa logique d’économiste, Pierre Lefebvre croit également que l’effet de la concurrence du privé force les écoles publiques à se surpasser, ce qui bénéficierait à tous.

Cela dit, l’étude ne mesure pas à proprement parler l’effet sur les résultats de la sélection des élèves dans certaines écoles. De plus, la forte croissance du privé au secondaire ces dernières années au Québec devrait avoir un impact sur les résultats moyens des élèves, ce que l’étude ne capte pas.

Enfin, on ne sait pas jusqu’à quel point la composition de plus en plus difficile des classes du public tire les résultats vers le bas et contrebalance négativement les effets du privé.

À cet égard, un comité d’experts concluait, en juin 2014, que la ségrégation des élèves en fonction de leurs aptitudes ou de leurs origines socioéconomiques est nuisible.

« De nombreux chercheurs arrivent à la conclusion qu’une plus grande mixité des élèves au regard de leur genre ainsi que de leur origine sociale et ethnique influence positivement la réussite de tous les élèves. Ainsi, les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. »