samedi 19 septembre 2026

Les trois scénarios démographiques de la France au XXIe siècle

L’Obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a modé­lisé la trans­for­ma­tion de la popu­la­tion d’ici à 2100. Trois scé­na­rios se des­sinent en fonc­tion de l’évo­lu­tion des flux migra­toires et de la nata­lité. (L’inté­gra­lité de l’étude ainsi que sa métho­do­lo­gie seront dis­po­nibles sur le site de l’OID à par­tir du lundi 21 sep­tembre.)

D’ici à 2100, com­ment évo­luera la confi­gu­ra­tion de la popu­la­tion française selon les choix poli­tiques posés ? Quelle sera la part de la popu­la­tion pré­sen­tant des ascen­dances immi­grées euro­péennes ? Extra-euro­péennes ? Autant de ques­tions néces­saires à l’anti­ci­pa­tion de l’ave­nir, utiles à la com­pré­hen­sion de tous – citoyens comme déci­deurs – mais long­temps esqui­vées. Comme toute pro­jec­tion, celles pro­po­sées cia­près demeurent incer­taines mais donnent un aperçu des pos­si­bi­li­tés futures sui­vant une logique de scé­na­rios dif­fé­ren­ciés. Au regard du carac­tère très sen­sible du sujet, nous avons fait le choix de rete­nir des hypo­thèses métho­do­lo­giques pru­dentes, pou­vant conduire à mino­rer les pers­pec­tives réelles d’évo­lu­tion. 

En effet, la réa­li­sa­tion de pro­jec­tions démo­gra­phiques pour la popu­la­tion de la France consti­tue un exer­cice com­plexe et se heurte à deux prin­ci­pales dif­fi­cul­tés : 
  1. Les don­nées dis­po­nibles ne per­mettent pas d’esti­mer ou de pro­je­ter par­fai­te­ment les deux variables majeures du chan­ge­ment démo­gra­phique en France : les flux migra­toires et la fécon­dité ; 
  2. Il serait illu­soire de sup­po­ser que cer­taines don­nées démo­gra­phiques obser­vées récem­ment, qu’il s’agisse de la fécon­dité ou de la mor­ta­lité, se main­tiennent à l’iden­tique dans les décen­nies à venir, tant leur évo­lu­tion est sou­mise à de mul­tiples incer­ti­tudes. 
Ainsi, la pré­sente étude cherche à modé­li­ser un sys­tème dyna­mique d’une grande com­plexité à par­tir de don­nées impar­faites. Néan­moins, elle se veut cohé­rente avec les don­nées dis­po­nibles et s’ins­crit dans le champ maxi­mal du plau­sible. Notre objec­tif est de répondre au mieux à cette ques­tion : quelle sera l’évo­lu­tion migra­toire de la popu­la­tion de la France, durant notre siècle, selon les poli­tiques mises en œuvre ?

Scénario haut

350 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à la pour­suite des dyna­miques migra­toires enga­gées en France, mar­quées par des niveaux d’arri­vées his­to­ri­que­ment éle­vés et une ten­dance haus­sière des­si­née depuis vingt-cinq ans. Dans sa réponse à une ques­tion par­le­men­taire publiée le 5 août 2025, le minis­tère de l’Inté­rieur indique, au sujet des flux d’immi­grés, que « le chiffre de 500 000 entrées sur le ter­ri­toire natio­nal est une esti­ma­tion très proche de la réa­lité » en 2024. 

Le pos­tu­lat selon lequel les deux tiers d’entre eux consti­tuent des arri­vées per­ma­nentes appa­raît rai­son­nable. Pour sa part et sur cette même année, l’Insee avance une esti­ma­tion signi­fi­ca­ti­ve­ment plus basse de 313 000 entrées d’immi­grés au total – mais en recon­nais­sant une « rup­ture de série » dans sa méthode, sou­le­vant des doutes très sérieux quant à la fia­bi­lité de cette éva­lua­tion « sur échan­tillon ». Les chiffres ici rete­nus sont donc cré­dibles et même pru­dents, dans la mesure où l’immi­gra­tion semble méca­ni­que­ment vouée à croître dans l’ensemble de l’OCDE – comme le pré­voit l’Agence française de déve­lop­pe­ment – si des mesures poli­tiques contra­cy­cliques ne sont pas mises en oeuvre pour répondre à la « forte aug­men­ta­tion des pres­sions migra­toires ». 

Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2040. Leur part connaît ensuite une sta­bi­li­sa­tion vers 2070 à 65 % des nais­sances puis une légère baisse (voir expli­ca­tion infra). Dans la popu­la­tion géné­rale, les per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires au milieu des années 2070. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent quant à elles mino­ri­taires vers 2050. Ce scé­na­rio reflète l’évo­lu­tion pro­bable de la com­po­si­tion démo­gra­phique de la popu­la­tion du pays, si les obser­va­tions récentes se confirment. 

Il semble, au vu de la hausse ten­dan­cielle des flux, de l’émi­gra­tion de per­sonnes sans ascen­dance migra­toire, de la limite des trois géné­ra­tions et de la forte baisse de l’indice de fécon­dité (ICF) des femmes nées en France (paral­lè­le­ment à la hausse de l’ICF des immi­grées issues d’Afrique hors Magh­reb), que cette esti­ma­tion demeure très pru­dente et minore sans doute la part pro­je­tée des immi­grés et des­cen­dants au sein de la popu­la­tion.

Scénario intermédiaire

250 000 entrées per­ma­nentes par an. Il s’agit d’une esti­ma­tion cor­res­pon­dant à une baisse modé­rée des nou­veaux flux migra­toires, au regard des élé­ments par­ta­gés ci-des­sus. En ne se fon­dant que sur l’immi­gra­tion légale, extra-euro­péenne et adulte (soit une par­tie de l’ensemble), l’OCDE comp­ta­bi­li­sait déjà autour de 300 000 entrées per­ma­nentes en 2024.




Ana­lyse des résul­tats : dans cette confi­gu­ra­tion, les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans les nais­sances peu après 2050, pour se sta­bi­li­ser vers 2080 autour de 55 % des nais­sances avant de connaître un léger reflux, lié au décompte « sans ori­gines migra­toires » des des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion – créant un effet de seuil. Les per­sonnes d’ori­gine immi­grée extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions deviennent majo­ri­taires dans la popu­la­tion géné­rale dans les années 2090. Les per­sonnes sans ascen­dance migra­toire deviennent mino­ri­taires vers 2060.

Scénario restrictif

Immi­gra­tion extra-euro­péenne divi­sée par 4 par rap­port au scé­na­rio inter­mé­diaire. 

Cette confi­gu­ra­tion cor­res­pon­drait à une res­tric­tion draconienne des flux migra­toires extra-euro­péens (les flux intra-UE demeu­rant libres sur le conti­nent). Une dimi­nu­tion de cette ampleur ne pour­rait résul­ter que de déci­sions poli­tiques très volon­ta­ristes, impli­quant une révi­sion du cadre consti­tu­tion­nel et euro­péen – notam­ment sur l’asile ou les flux fami­liaux. 

Ana­lyse des résul­tats : les ori­gines extra-euro­péennes sur trois géné­ra­tions attein­draient leur pic dans les nais­sances en 2050 (près de 35 %), avant de décroître en rai­son du fort taris­se­ment des flux migra­toires extra-­eu­ro­péens – et du pas­sage de nom­breux des­cen­dants d’immi­grés de 4e géné­ra­tion dans la caté­go­rie « sans ascen­dance migra­toire ». Dans la popu­la­tion géné­rale, la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne sur trois géné­ra­tions se sta­bi­li­se­rait vers 2070 autour de 30 %.

Conclusion

Les scé­na­rios explo­ra­toires abor­dés dans cette étude per­mettent d’ima­gi­ner la com­po­si­tion démo­gra­phique du pays à l’hori­zon 2100, sui­vant diverses hypo­thèses de varia­tion des flux migra­toires (et des indices de fécon­dité). 

Comme spé­ci­fié dès le début du pré­sent docu­ment : des incon­nues demeurent, notam­ment sur la baisse de l’ICF des femmes sans ascen­dance migra­toire, l’émi­gra­tion des natifs ou encore la hausse ten­dan­cielle des flux, qui minorent méca­ni­que­ment la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne et de leurs des­cen­dants dans cha­cune des confi­gu­ra­tions. 

Ce tra­vail inédit pré­sente néan­moins l’avan­tage de quan­ti­fier – quoique de manière néces­sai­re­ment incer­taine – les effets démo­gra­phiques de l’immi­gra­tion à moyen et long terme, et de don­ner une idée des effets que diverses actions poli­tiques pour­raient pro­duire. 

Les divers scé­na­rios explo­rés dans le cadre de cette étude per­mettent de démon­trer que la com­po­si­tion de la popu­la­tion de la France variera très sen­si­ble­ment, dans les décen­nies à venir, selon les poli­tiques qui seront mises en œuvre – d’abord et avant tout sur le plan des flux migra­toires, mais aussi sur la fécon­dité dans une moindre mesure. Entre le scé­na­rio « haut » et le scé­na­rio « res­tric­tif », la part des per­sonnes d’ori­gine extra-euro­péenne connaît une dif­fé­rence de 30 points – net­te­ment majo­ri­taire dans un cas, net­te­ment mino­ri­taire dans l’autre.

La France de 2100, la com­po­si­tion de sa popu­la­tion et sa capa­cité de cohé­sion natio­nale se construisent donc dès main­te­nant, sur le fon­de­ment de choix poli­tiques struc­tu­rants.



Source : Le Figaro Magazine

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