L’Observatoire de l’immigration et de la démographie a modélisé la transformation de la population d’ici à 2100. Trois scénarios se dessinent en fonction de l’évolution des flux migratoires et de la natalité. (L’intégralité de l’étude ainsi que sa méthodologie seront disponibles sur le site de l’OID à partir du lundi 21 septembre.)
D’ici à 2100, comment évoluera la configuration de la population française selon les choix politiques posés ? Quelle sera la part de la population présentant des ascendances immigrées européennes ? Extra-européennes ? Autant de questions nécessaires à l’anticipation de l’avenir, utiles à la compréhension de tous – citoyens comme décideurs – mais longtemps esquivées. Comme toute projection, celles proposées ciaprès demeurent incertaines mais donnent un aperçu des possibilités futures suivant une logique de scénarios différenciés. Au regard du caractère très sensible du sujet, nous avons fait le choix de retenir des hypothèses méthodologiques prudentes, pouvant conduire à minorer les perspectives réelles d’évolution.
En effet, la réalisation de projections démographiques pour la population de la France constitue un exercice complexe et se heurte à deux principales difficultés :
Scénario haut
350 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à la poursuite des dynamiques migratoires engagées en France, marquées par des niveaux d’arrivées historiquement élevés et une tendance haussière dessinée depuis vingt-cinq ans. Dans sa réponse à une question parlementaire publiée le 5 août 2025, le ministère de l’Intérieur indique, au sujet des flux d’immigrés, que « le chiffre de 500 000 entrées sur le territoire national est une estimation très proche de la réalité » en 2024.

D’ici à 2100, comment évoluera la configuration de la population française selon les choix politiques posés ? Quelle sera la part de la population présentant des ascendances immigrées européennes ? Extra-européennes ? Autant de questions nécessaires à l’anticipation de l’avenir, utiles à la compréhension de tous – citoyens comme décideurs – mais longtemps esquivées. Comme toute projection, celles proposées ciaprès demeurent incertaines mais donnent un aperçu des possibilités futures suivant une logique de scénarios différenciés. Au regard du caractère très sensible du sujet, nous avons fait le choix de retenir des hypothèses méthodologiques prudentes, pouvant conduire à minorer les perspectives réelles d’évolution.
En effet, la réalisation de projections démographiques pour la population de la France constitue un exercice complexe et se heurte à deux principales difficultés :
- Les données disponibles ne permettent pas d’estimer ou de projeter parfaitement les deux variables majeures du changement démographique en France : les flux migratoires et la fécondité ;
- Il serait illusoire de supposer que certaines données démographiques observées récemment, qu’il s’agisse de la fécondité ou de la mortalité, se maintiennent à l’identique dans les décennies à venir, tant leur évolution est soumise à de multiples incertitudes.
Scénario haut
350 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à la poursuite des dynamiques migratoires engagées en France, marquées par des niveaux d’arrivées historiquement élevés et une tendance haussière dessinée depuis vingt-cinq ans. Dans sa réponse à une question parlementaire publiée le 5 août 2025, le ministère de l’Intérieur indique, au sujet des flux d’immigrés, que « le chiffre de 500 000 entrées sur le territoire national est une estimation très proche de la réalité » en 2024.

Le postulat selon lequel les deux tiers d’entre eux constituent des arrivées permanentes apparaît raisonnable. Pour sa part et sur cette même année, l’Insee avance une estimation significativement plus basse de 313 000 entrées d’immigrés au total – mais en reconnaissant une « rupture de série » dans sa méthode, soulevant des doutes très sérieux quant à la fiabilité de cette évaluation « sur échantillon ». Les chiffres ici retenus sont donc crédibles et même prudents, dans la mesure où l’immigration semble mécaniquement vouée à croître dans l’ensemble de l’OCDE – comme le prévoit l’Agence française de développement – si des mesures politiques contracycliques ne sont pas mises en oeuvre pour répondre à la « forte augmentation des pressions migratoires ».
Analyse des résultats : dans cette configuration, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2040. Leur part connaît ensuite une stabilisation vers 2070 à 65 % des naissances puis une légère baisse (voir explication infra). Dans la population générale, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires au milieu des années 2070. Les personnes sans ascendance migratoire deviennent quant à elles minoritaires vers 2050. Ce scénario reflète l’évolution probable de la composition démographique de la population du pays, si les observations récentes se confirment.
Il semble, au vu de la hausse tendancielle des flux, de l’émigration de personnes sans ascendance migratoire, de la limite des trois générations et de la forte baisse de l’indice de fécondité (ICF) des femmes nées en France (parallèlement à la hausse de l’ICF des immigrées issues d’Afrique hors Maghreb), que cette estimation demeure très prudente et minore sans doute la part projetée des immigrés et descendants au sein de la population.
Scénario intermédiaire
250 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à une baisse modérée des nouveaux flux migratoires, au regard des éléments partagés ci-dessus. En ne se fondant que sur l’immigration légale, extra-européenne et adulte (soit une partie de l’ensemble), l’OCDE comptabilisait déjà autour de 300 000 entrées permanentes en 2024.
Analyse des résultats : dans cette configuration, les personnes d’origine immigrée extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2050, pour se stabiliser vers 2080 autour de 55 % des naissances avant de connaître un léger reflux, lié au décompte « sans origines migratoires » des descendants d’immigrés de 4e génération – créant un effet de seuil. Les personnes d’origine immigrée extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans la population générale dans les années 2090. Les personnes sans ascendance migratoire deviennent minoritaires vers 2060.
Scénario restrictif
Immigration extra-européenne divisée par 4 par rapport au scénario intermédiaire.
Cette configuration correspondrait à une restriction draconienne des flux migratoires extra-européens (les flux intra-UE demeurant libres sur le continent). Une diminution de cette ampleur ne pourrait résulter que de décisions politiques très volontaristes, impliquant une révision du cadre constitutionnel et européen – notamment sur l’asile ou les flux familiaux.
Analyse des résultats : les origines extra-européennes sur trois générations atteindraient leur pic dans les naissances en 2050 (près de 35 %), avant de décroître en raison du fort tarissement des flux migratoires extra-européens – et du passage de nombreux descendants d’immigrés de 4e génération dans la catégorie « sans ascendance migratoire ». Dans la population générale, la part des personnes d’origine extra-européenne sur trois générations se stabiliserait vers 2070 autour de 30 %.
Conclusion
Les scénarios exploratoires abordés dans cette étude permettent d’imaginer la composition démographique du pays à l’horizon 2100, suivant diverses hypothèses de variation des flux migratoires (et des indices de fécondité).
Comme spécifié dès le début du présent document : des inconnues demeurent, notamment sur la baisse de l’ICF des femmes sans ascendance migratoire, l’émigration des natifs ou encore la hausse tendancielle des flux, qui minorent mécaniquement la part des personnes d’origine extra-européenne et de leurs descendants dans chacune des configurations.
Ce travail inédit présente néanmoins l’avantage de quantifier – quoique de manière nécessairement incertaine – les effets démographiques de l’immigration à moyen et long terme, et de donner une idée des effets que diverses actions politiques pourraient produire.
Les divers scénarios explorés dans le cadre de cette étude permettent de démontrer que la composition de la population de la France variera très sensiblement, dans les décennies à venir, selon les politiques qui seront mises en œuvre – d’abord et avant tout sur le plan des flux migratoires, mais aussi sur la fécondité dans une moindre mesure. Entre le scénario « haut » et le scénario « restrictif », la part des personnes d’origine extra-européenne connaît une différence de 30 points – nettement majoritaire dans un cas, nettement minoritaire dans l’autre.
La France de 2100, la composition de sa population et sa capacité de cohésion nationale se construisent donc dès maintenant, sur le fondement de choix politiques structurants.
Source : Le Figaro Magazine





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