mercredi 9 décembre 2020

France — baisse du niveau « ... La loi sur le collège unique [d'abord... puis] on a baissé le niveau pour permettre aux enfants de l'immigration »

Après la publication des résultats de l’étude TEIMS/TIMSS 2019 où la France est arrivé en queue de peloton des pays européens, le commentariat se demande comment on en est arrivé là.

Zemmour : « En France, l’effondrement du niveau scolaire vient de loin… Mais pendant longtemps LeMonde et d’autres nous on dit bêtement le contraire, simplement parce que l’on distribuait plus de diplômes… »

Zemmour : « … La loi sur le collège unique, en mélangeant des élèves de niveaux très différents, a été une hérésie… Puis, dans les années 90, on a baissé le niveau pour permettre aux enfants de l’immigration de suivre l’enseignement scolaire… »

 


L’enquête TEIMS (en anglais TIMSS), réalisée auprès d’élèves de CM1 (10 ans) et de 4e (14 ans), confirme la place inquiétante de la France, « significativement » en dessous des moyennes internationales de pays comparables.

Ce n’est plus une surprise, et depuis longtemps : les élèves français n’ont pas la bosse des maths. Loin de là. D’après les résultats de l’enquête Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS, TIMSS en anglais) réalisée en mai 2019 sur un échantillon de 4 186 enfants de CM1 (4e année du primaire) et 3 874 adolescents de 4e (secondaire 2 au Québec), la France se classe bonne dernière dans les pays de l’Union européenne, avec des résultats similaires à ceux de la Roumanie.

Elle est aussi avant-dernière dans les pays de l’OCDE, devant le Chili. À l’autre extrémité du spectre, on retrouve les pays qui surperforment d’une enquête à l’autre : Singapour, Hongkong, la Corée du Sud, Taïwan, le Japon et la Russie se disputent la tête du classement, en CM1 comme en 4e.

Avec une note de 485 points en mathématiques et de 488 en sciences, les élèves français de CM1 réalisent la même performance que lors de la dernière enquête TEIMS, en 2015 : ils n’ont ni progressé ni régressé, et demeurent « significativement » en dessous des moyennes internationales de pays comparables au nôtre, précise la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’éducation nationale (DEPP), qui publie trois notes d’analyse des résultats.

Décrochage

En revanche, les élèves de 4e n’avaient pas été évalués depuis la première édition de TEIMS, en 1995. L’effondrement du niveau est spectaculaire, avec un score moyen en baisse de 47 points. À l’époque, les élèves de 5e avaient aussi été évalués, et leur score était inférieur de 46 points à ceux de 4e. Pour le dire autrement, les élèves de 4e d’aujourd’hui sont les 5e d’hier. 

 


 

Voir aussi

TEIMS/TIMSS 2019 – Résultats des élèves québécois en maths et sciences stables et dans la moyenne supérieure internationale

Heureusement, le niveau est monté…

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France — Saignées dans l’enseignement du français

 

France — L’école à la maison fait de la résistance : « C’est quoi cette embrouille ? »

Le Nouvel Obs revient sur le projet gouvernemental d’interdiction de l’IEF pour faire valoir les préjugés pesant sur l’école à la maison, source d’innovation pédagogique mais, avant tout, liberté fondamentale dûment protégée par notre Constitution.

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de rendre l’école obligatoire dès l’âge de 3 ans (sauf raisons de santé et exceptions), les parents qui ont choisi l’instruction en famille espèrent un rétropédalage total. Témoignages.

C’est le bon mot qui fuse en ce moment dans les conversations des parents adeptes de l’IEF, ou « instruction en famille » : Emmanuel Macron sait-il épeler les 25 lettres du fameux « anticonstitutionnellement » ? « Pour une fois qu’on peut l’utiliser ! » plaisante Céline sur le groupe Facebook Unschooling en France, qui compte près de 10 000 membres.

Alors que le président annonçait en fanfare, lors de son discours contre le séparatisme, prononcé le 2 octobre aux Mureaux (Yvelines), qu’il allait rendre la scolarisation obligatoire pour tous les enfants de France, il ne pensait sans doute pas se heurter à une fronde parentale, avec manifestations dans des dizaines de villes, pétitions et sondages maison à l’appui, et, surtout, à un avis défavorable du Conseil d’État, rendu le jeudi 3 décembre. « Il n’est pas établi, en particulier, que les motifs des parents relèveraient de manière significative d’une volonté de séparatisme social ou d’une contestation des valeurs de la République », prévenait-il. Avec, qui sait, le risque d’être retoqué par le Conseil constitutionnel ?

 
« On va aujourd’hui restreindre drastiquement [radicalement] l’école à la maison ou les écoles privées alors que l’on sait que 100 % des terroristes sortent de l’école publique. Il n’y a rien dans ce texte sur l’école publique et c’est surprenant après l’assassinat de Samuel Paty. »

« J’ai pris la décision […], sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 (celles de Jules Ferry) et de 1969 (mixité scolaire entre garçons et filles) : dès la rentrée 2021, l’instruction sera obligatoire pour tous dès 3 ans, l’instruction à domicile sera limitée, notamment aux impératifs de santé. Nous changeons donc de paradigme, et c’est une nécessité », a asséné le président le 2 octobre.

Jusqu’à présent, ce n’était pas l’école qui était obligatoire, mais l’instruction. La liberté d’enseignement est reconnue comme « l’un des principes fondamentaux de la République » depuis une décision du Conseil constitutionnel de 1977. 50 000 enfants ne sont pas des élèves classiques (sur 12 millions d’élèves) : environ 25 000 d’entre eux suivent l’enseignement à distance du Cned (centre national d’enseignement à distance) ; les autres 25 000 suivent un apprentissage alternatif, semi-dirigé par les parents, neuf fois sur dix par la mère, selon un sondage représentatif portant sur 6 295 enfants en IEF, réalisé par Félicia (Fédération pour la Liberté du Choix de l’Instruction et des Apprentissages) entre les 13 et 30 novembre 2020, dont « l’Obs » a pu consulter les résultats. L’IEF a actuellement le vent en poupe, notamment depuis le passage à l’instruction obligatoire dès 3 ans (au lieu de 6), à la rentrée 2019. Durant l’année scolaire 2014-2015, ils étaient un peu moins de 10 000 enfants en instruction à domicile, hors Cned (source DGESCO). Le confinement a aussi convaincu certains parents d’enseigner eux-mêmes à leurs enfants à l’avenir.

Un choix de vie légal 

« On est tombé des nues, j’ai pensé : c’est quoi cette embrouille ? » proteste Erika, thérapeute dans la Creuse, et maman de trois enfants de 16, 8 et 3 ans qui n’ont jamais été sur les bancs de l’école de la République. Pour elle, ne pas scolariser est un choix de vie : respecter le rythme de ses enfants, ne pas leur faire entrer au chausse-pied certains apprentissages, ne pas les mettre en échec, passer du temps tous ensemble… Donc, suivre l’éducation la plus bienveillante possible, dans le respect des besoins psychoaffectifs de l’enfant. Ces mères se déclarent d’ailleurs souvent adeptes du « maternage proximal » : le « cododo », l’allaitement long. « Je leur apprends à apprendre, explique Erika. Nous allons chercher l’information ensemble. Les rencontres qu’on fait, les lectures, les reportages qu’on regarde : tout les nourrit. »

« Il faut un village pour élever un enfant », dit un proverbe africain. Et c’est en résumé la philosophie de bien des parents « IEFeurs ». Grâce à une rencontre décisive, sa fille de 16 ans souhaite désormais devenir monitrice d’équitation. « Alors que moi, je n’y connais rien ! » rit Erika. Disciplinée, l’adolescente ne rechigne jamais à se lever à 3 heures du mat’ pour aller au haras s’occuper des chevaux. Elle peint très bien. Bref, elle s’est trouvée. « Clairement, l’école n’aurait pas développé ses passions, car elles relèvent de matières considérées comme secondaires », estime Erika. Et tant pis si la demoiselle ne maîtrise pas à fond une règle de grammaire. Erika a appris que sa fille souffrait de « troubles dys » (dyslexie, dysorthographie, etc.) qui auraient sans doute rendu sa scolarité compliquée.

Emmanuel Macron est-il hors sujet ? 

Selon elle, Emmanuel Macron est donc carrément hors sujet, zéro pointé. L’instruction en famille, ou plutôt « hors les murs », n’a rien à avoir avec le séparatisme. Et l’immense majorité des enfants qui apprennent en famille ne sont pas des petits Français hors système à protéger. Erika précise :

 Franchement, si une famille a quelque chose à se reprocher, elle ne se déclare pas en IEF, car nous sommes pistés avec une inspection par an, une deuxième si la première n’était pas satisfaisante, et une obligation de rescolarisation sous quinze jours si le problème persiste. Et la mairie peut nous contrôler de façon inopinée.

En gros, tout l’arsenal serait déjà à disposition pour intervenir. Et 93 % des premiers contrôles en IEF sont positifs, selon le sondage Félicia. L’injonction à rescolariser concerne 0,13 % de l’issue des seconds contrôles. Le sondage le précise enfin : seuls 7 % des familles mettent, entre autres, en avant le fait de transmettre des valeurs morales et un mode de vie conformes à leur religion. Ce qui, sur 25 000 enfants, donnerait un chiffre de 1 750, sans que l’on puisse pour autant les affirmer radicalisées.

L’exécutif veut désormais éviter le camouflet d’une rebuffade du Conseil constitutionnel et tend déjà à annoncer plus de souplesse, c’est-à-dire de multiples dérogations à la scolarisation obligatoire : pour les sportifs, pour les familles itinérantes, pour les parents qui peuvent présenter un solide programme éducatif… « Il faudra trouver les bonnes exceptions », a déclaré le chef de l’État lors de son interview au média en ligne Brut, vendredi 4 décembre. le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, dans un entretien sur CNews, dimanche 6 décembre, a ainsi précisé :

Cela doit être beaucoup plus encadré que cela ne l’était jusque-là, de façon à ce que l’on assure les droits de l’enfant. On a parlé du fondamentalisme islamique, mais ça peut être aussi des phénomènes sectaires, un trop grand laisser-aller des enfants…

Dans l’entourage du ministre, on indiquait hier vouloir finalement passer à « un système encadré, avec des demandes d’autorisation auprès du rectorat » plutôt que le système « très libéral » actuel, et intégrer notamment dans les dérogations « un critère plus général qui sera fondé sur un projet pédagogique pour l’enfant ». Les parents restent sur leurs gardes, choqués d’être soupçonnés de « mauvaise citoyenneté » voire de laxisme. « Pourquoi faire de l’interdiction la règle, alors ? », clame Isabelle, ancienne pâtissière et mère d’une aînée de 13 ans et de jumelles de 9 ans et demi, dans la Creuse. « Quels seront les critères, les limites pour obtenir les dérogations ? Et un des enfants de la fratrie peut-il en avoir une, tandis que son frère ou sa sœur devrait aller à l’école, au risque de jalousies ? »

L’instruction en famille victime de nombreux préjugés

Océane, comptable à temps partiel à Saint-Étienne, maman de deux enfants de 5 ans et demi et 3 ans et demi, ironise : ces enfants « enfermés entre quatre murs », dont parlait le chef de l’État dans son discours [il faisait allusion à des enfants découverts dans une école islamiste clandestine, démantelée à Saint-Denis (93), NDLR], la font surtout penser aux écoliers classiques. « Ceux qui sont le plus entre quatre murs, ce sont quand même eux ! Nos enfants sont très souvent dehors, en contact avec la nature, et ont de multiples activités extérieures, avec une vie sociale riche. Ils ne sont pas du tout enfermés ni désociabilisés, bien au contraire ! » clame-t-elle. Selon le sondage, 94 % des enfants non scolarisés ont une ou des activités extrafamiliales.

Pour elle aussi, il y a donc maldonne, avec beaucoup de préjugés sur l’instruction en famille. « J’en avais moi-même au début, je pensais qu’il s’agissait de familles un peu marginales, avec des enfants trop gâtés. » Sa petite fille de 5 ans et demi a donc commencé par aller à l’école. Mais Océane et son mari ont tiqué quand ils se sont rendu compte que leur enfant, qui savait lire à 4 ans, se mettait à régresser volontairement pour être au niveau de ses camarades. « Alors qu’elle avait une lecture fluide, elle s’est mise à déchiffrer, en me disant que c’était comme ça qu’il fallait faire avec la maîtresse. Le soir et le week-end, nous devions sans arrêt répondre à ses incessantes questions car l’école ne la nourrissait pas assez intellectuellement, même si elle y était heureuse. » Finalement, sa fille a été diagnostiquée à « très haut potentiel intellectuel » (THPI).

Pédagogies alternatives Ces parents sont souvent des adeptes des méthodes pédagogiques alternatives, type Montessori. Un tiers d’entre eux ont par ailleurs une profession en lien avec l’éducation ou l’enfance. Ils s’appuient plus sur le concret, l’expérience, le sensoriel, le mouvement. « En ce moment, mon fils apprend les maths en construisant un meuble avec un menuisier ébéniste », se réjouit Éléonore, maman de deux enfants de 4 ans et demi et 18 mois, en Gironde. « Des écoles alternatives existent, sauf qu’elles coûtent 500 euros par mois, donc nous préférons le faire nous-même », explique Isabelle.

Les associations et multiples groupes sur les réseaux sociaux permettent des échanges de conseils pédagogiques. Ces parents, souvent calés, jonglent avec les termes, parlent de la méthode des « Alphas » pour apprendre à lire, du « socle commun » à acquérir, des « fenêtres attentionnelles » pour se concentrer, se penchent sur les neurosciences pour comprendre l’épatant petit cerveau de leur enfant.

« Et puis, on adapte le programme à l’humeur du jour, ce qui n’est évidemment pas faisable à l’école, note Éléonore. On finit par faire tout le programme de l’année, mais pas dans le même ordre. » L’instruction en famille pointerait avant tout les défauts de l’institution scolaire, et c’est ce qui dérange, pensent ces parents. « Quelque part, nous mettons en exergue les problèmes de l’école, pointe Erika. Il faudrait une vraie grande réforme. Dans les pays nordiques, l’école est obligatoire mais pas avant 6-7 ans, et pas l’après-midi. Il y a des matières à la carte, et une vraie éducation à l’humanité. » Et combien d’enfants à difficultés particulières patientent pour obtenir un auxiliaire de vie scolaire (AVS) ? « Il faut du temps pour avoir un diagnostic. Et il faudrait laisser l’enfant en souffrance en attendant, avant d’obtenir les certificats médicaux ? » interroge Isabelle. Car l’IEF n’est pas toujours un choix, mais aussi une décision prise en catastrophe, pour préserver un élève qui va mal, notamment pour des problèmes de harcèlement.

Cette maman qui fait de l’artisanat sait de quoi elle parle. Isabelle a dû sortir sa fille de l’école, en CE1.

« Céline faisait beaucoup de crises d’angoisse, de cauchemars. Une fois, elle avait eu, comme toute la classe, une pastille orange en comportement. Elle s’est mise dans un état hallucinant. Elle ne voulait plus dessiner. Elle s’est même mise à bégayer. » Depuis qu’elle reste à la maison, la petite fille a retrouvé sa joie de vivre. Elle apprend sans pression. Elle est désormais suspectée de « troubles du spectre autistique » (TSA) avec haut potentiel. « Cette nuit, il y a eu les premières neiges. Donc ce matin, c’était neige au programme. »

Source : Nouvel Obs


mardi 8 décembre 2020

TEIMS/TIMSS 2019 – Résultats des élèves québécois en maths et sciences stables et dans la moyenne supérieure internationale

L’étude Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS, TIMSS en anglais) est une évaluation internationale qui mesure les tendances dans le rendement des élèves en mathématiques et en sciences au niveau de la 4e année et à celui de la 8e année (2e secondaire au Québec). L’étude est menée sous l’égide de l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (AIE), consortium indépendant d’instituts de recherche et d’organismes gouvernementaux. L’AIE regroupe désormais plus de 60 pays, dont le Canada.

La TEIMS 2019 constitue le septième cycle d’évaluation de la TEIMS. Plus de 330 000 élèves ont participé à l’évaluation de 4e année dans le monde, et 250 000 élèves environ ont participé à l’évaluation de 8e année. Au Canada, plus de 13 000 élèves de 4e année ont participé à l’évaluation, en anglais ou en français, dans cinq provinces différentes : Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec, l’Ontario, le Manitoba et l’Alberta. Aucun résultat n’a été obtenu au niveau du Canada dans son ensemble pour les élèves de la 8e année.

Rendement moyen en mathématiques (4e année)

Le Québec au même niveau que la Flandre (en Belgique) et la Finlande, mais loin derrière l’Asie de l’Est et la Russie

Les élèves du Québec continuent de se situer à un niveau supérieur à la moyenne internationale, même si les résultats indiquent que le Québec est nettement en deçà des pays les mieux classés. En outre, l’écart de rendement entre les filles et les garçons est significatif à la fois en mathématiques et en sciences.

Au début des années 2000 quand la Finlande menait dans les classements internationaux, les journaux et les experts pédagogues faisaient la file pour aller dans ce pays nordique, y découvrir leurs recettes modernes gagnantes et s'en inspirer. Étrangement, personne au Québec ces jours-ci ne semble vouloir aller en Asie ou en Russie pour s'inspirer de leurs méthodes pédagogiques gagnantes... Parce que ces méthodes sont trop conservatrices ?

Notez que certains pédagogues, comme Nathalie Bulle déclaraient déjà en 2010 : Les traits du système finlandais que copie l'étranger n'expliquent pas le succès finlandais, ils sont au contraire source de problèmes.


INT (dernière rangée) est la répartition internationale

 


Le Québec a l’un des écarts les plus prononcés entre les sexes en faveur des garçons en mathématiques (523 pour les filles, 541 pour les garçons) et il figure parmi les pays, au nombre de sept seulement, où les garçons ont des résultats significativement supérieurs à ceux des filles en sciences. En outre, les résultats des élèves du Québec restent relativement inchangés en mathématiques et en sciences entre le cycle précédent de l’étude TEIMS 2015.

 

Résultats en mathématiques (4e année)

 

Résultat en sciences (4e année)

Bons résultats des élèves québécois comparés à celui des élèves canadiens

Les élèves de 4e année du Québec se situent au-dessus de la moyenne canadienne, les élèves de l’Ontario se situent à la moyenne canadienne et les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Manitoba et de l’Alberta se situent à un niveau significativement inférieur à celui des élèves du Canada dans son ensemble.

Résultats en mathématiques (8e année, secondaire 2)

Résultat en sciences (8e année, secondaire 2)

 

Résultats dans la moyenne canadienne des élèves québécois en sciences

Au total, 16 pays ont un score significativement supérieur au score moyen de 523 points du Canada. Les élèves de Terre-Neuve-et-Labrador, du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta se situent à la moyenne canadienne en sciences, tandis que les élèves du Manitoba se situent à un niveau inférieur à la moyenne canadienne.

Les garçons obtiennent de meilleurs résultats que les filles en mathématiques et en sciences

Sur l’ensemble du Canada, en mathématiques, plus de garçons que de filles atteignent le seuil repère bas, à savoir le niveau de base de rendement (94 % contre 91 %), et atteignent le seuil repère avancé, à savoir le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 4 %). En sciences, la proportion de filles et de garçons atteignant le seuil repère bas est identique (95 %). En revanche, une plus grande proportion de garçons que de filles atteint le niveau de compétence le plus élevé (8 % contre 6 %, respectivement). À la prise en compte des scores moyens, au Canada et dans 27 autres pays, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en mathématiques. Il faut noter que le Canada enregistre l’un des écarts les plus élevés entre les sexes en faveur des garçons (19 points). En moyenne, dans les pays participant à l’évaluation en sciences de l’étude TEIMS en 4e année, les garçons ont des résultats de quatre points supérieurs à ceux des filles. Cependant, si, dans sept des pays, dont le Canada, les garçons ont de meilleurs résultats que les filles en sciences, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons dans 16 pays. Au niveau provincial, les garçons ont de meilleurs résultats en mathématiques que les filles dans toutes les provinces. En sciences, les garçons obtiennent de meilleurs scores que les filles au Québec et en Alberta, tandis qu’il n’y a pas d’écart entre les sexes à Terre-Neuve-et-Labrador, en Ontario et au Manitoba.

(Résultats des garçons en noir, des filles en bleu, en mathématiques, 4e année)

(Résultats des garçons en noir, des filles en vert, en sciences, 4e année)

 

Un quart ne parle pas la langue du test à la maison, mais sans lien avec rendement en mathématiques, mais bien en sciences

Le Canada est un pays plurilingue et multiculturel composé de diverses populations issues de l’immigration et d’Autochtones. Au Canada, un élève sur quatre environ ne parle pas la langue du test à la maison. C’est au Québec que la proportion d’élèves ne parlant pas la langue du test à la maison est la plus élevée, à 26 p. 100, tandis que c’est à Terre-Neuve-et-Labrador qu’elle est la plus faible, à 8 p. 100. Les élèves qui parlent parfois ou qui ne parlent jamais la langue du test à la maison ont des scores légèrement inférieurs en sciences à ceux des élèves qui la parlent toujours ou presque toujours, tandis que l’écart de rendement en mathématiques entre les deux groupes n’est pas statistiquement significatif.

Le préscolaire améliore-t-il vraiment les résultats ?

Les élèves qui fréquentent un programme préscolaire pendant trois ans ou plus obtiennent le rendement le plus élevé en mathématiques en 4e année Au Canada, la scolarité formelle au primaire commence en 1re année, généralement quand l’enfant est âgé de six ans. Cependant, bon nombre de familles choisissent d’inscrire leurs enfants à un programme préscolaire. Au Canada, 46 p. 100 environ des parents disent que leur enfant a suivi un programme préscolaire pendant trois ans ou plus. Les scores en mathématiques des élèves de 4e année ayant fréquenté un programme préscolaire pendant trois ans ou plus sont de 14 points supérieurs à ceux des élèves ayant fréquenté un programme préscolaire pendant deux ans et de 29 points supérieurs à ceux des élèves n’ayant pas fréquenté de programme préscolaire. En sciences, il n’y a pas de différence entre la fréquentation pendant un ou trois d’un programme préscolaire.

Peut-on dire cependant que c’est la fréquentation d’un programme préscolaire qui améliore le rendement ? C’est possible, mais pas nécessaire En effet, le recours au préscolaire est nettement supérieur dans les catégories socioprofessionnelles supérieures dont les enfants avaient déjà des résultats scolaires supérieurs à la moyenne avant la généralisation de ces services de garde préscolaires. En effet, selon l’Indice de défavorisation matérielle et sociale, Québec, 2009, la proportion de familles ayant des enfants de moins de 5 ans utilisant la garde régulière était de 78,6 % pour les nantis (en jargon aux conditions matérielles et sociales les plus favorables), mais de 65,4 % chez les moins nantis.

Pas de lien entre accès à des ordinateurs pour les cours et rendement plus élevé en mathématiques et en sciences 

 Selon le personnel enseignant, la moitié environ des élèves de 4e année a accès à des ordinateurs pour les cours de mathématiques, tandis que près des deux tiers ont accès à des appareils numériques pendant les cours de sciences. L’accès à des ordinateurs pour les cours n’a aucun lien avec le rendement en mathématiques et en sciences au niveau provincial, tandis que le lien est négatif en mathématiques au niveau du Canada (figure 6). 


 Voir aussi 

TEIMS/TIMSS 2015 : le Québec s’en sort bien en maths, les garçons encore mieux, mais faible participation québécoise

La justice britannique recommande l’arrêt des transitions de genre avant 16 ans

Les enfants britanniques ne pourront plus commencer de transition de genre avant 16 ans, en prenant des « inhibiteurs de puberté ». Sauf s’ils en comprennent les conséquences « immédiates et à long terme », a statué la Haute Cour britannique, qui estime par ailleurs qu’il est « hautement improbable » qu’un enfant de cet âge soit en mesure de le faire. « Compte tenu des conséquences à long terme des interventions » et du caractère « encore innovant et expérimental » du traitement, les juges demandent donc aux médecins de demander l’avis d’un tribunal avant de commencer tout traitement. Cette décision, rendue le 1er décembre, était très attendue (cf. Royaume-Uni : un projet de loi pour protéger les enfants des processus irréversibles de changement de sexe).

Keira Bell, la première requérante est une jeune femme de 23 ans qui a pris des inhibiteurs de puberté à 16 ans et a subi une double mastectomie à 20 ans. Elle espérait que cette transition vers une identité masculine l’aiderait à « atteindre le bonheur ». Aujourd’hui elle a fait machine arrière, et elle attaque en justice le Tavistock and Portman NHS Trust, le service britannique de transition de genre des mineurs (cf. Royaume-Uni : une jeune femme poursuit la clinique où elle a subi une « transition de genre »). « Je suis ravie de voir que le bon sens a prévalu » a-t-elle commenté à l’annonce du verdict. « Ce jugement n’est pas politique, il s’agit de protéger les enfants vulnérables ».

Thomas entre Pauline Moreno et Debra Lobel qui affirment qu’il n’a pas subi de pressions dans sa décision de devenir une fille

La deuxième requérante est la mère d’une jeune fille de 15 ans, autiste, qui veut changer de genre. « Ma crainte (…) c’est qu’elle se trompe » explique-t-elle. Elle juge « effrayant » qu’il y ait eu « si peu d’enquête sur les raisons pour lesquelles un enfant pourrait se sentir du mauvais sexe avant que les bloqueurs de puberté ne soient donnés ».

Selon Paul Conrathe, leur avocat, cette décision des juges est « un jugement historique qui protège les enfants qui souffrent de dysphorie de genre », qui montre « qu’une culture de l’irréalité s’est installée dans le Tavistock ». Il pense que « cela a pu conduire à ce que des centaines d’enfants reçoivent ce traitement expérimental sans leur consentement dûment informé ». Le National Health Service, système de santé britannique, a déclaré qu’il « se réjouissait de la clarté » que cette décision apportait.

Le Tavistock and Portman NHS Trust envisage de faire appel de cette décision.

Sources : BBC (01/XII/2020) ; Le Monde (01/XII/2020), traduction Généthique

lundi 7 décembre 2020

Les Canadiens français deviendraient minoritaires au Québec en 2042

Une étude prévoit que les Québécois d’ascendance canadienne-française, couramment appelés les Québécois « de souche », deviendront minoritaires dans la province d’ici 2042. Quels enjeux d’intégration des immigrants cela pourrait-il poser dans une optique de protection de la langue française ? Le poids démographique des Canadiens français dans la province aurait déjà chuté de 79 % à 64,5 % entre 1971 et 2014, selon une étude du chercheur indépendant Charles Gaudreault. Mise en ligne l’an dernier, celle-ci paraîtra prochainement dans l’édition papier de la revue universitaire Nations and Nationalism.

Charles Gaudreault a publié un résumé en français de ce travail. Nous en reproduisons de larges extraits ci-dessous, ainsi que quelques commentaires succincts.

INTRODUCTION

[…]

Dans cette publication, j’annonce que l’ethnie canadienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, glissera sous la barre de 50 % en 2042 sous la pression de l’immigration de masse.

Les faits saillants de cette étude sont les suivants :

  • Le poids démographique des Canadiens français était ou sera de :
    • 79 % en 1971
    • 64,5 % en 2014
    • 50 % en 2042
    • 45 % en 2050
  • De 1971 à 2014, les immigrants et leurs descendants sont responsables de 74 % de la croissance démographique québécoise
  • Les taux d’immigration actuels sont à un niveau tel que même si le taux de fécondité des femmes Canadiennes françaises augmentait à 2,6 enfants par femme, le poids démographique des Canadiens — français continuerait de descendre au même rythme.
  • L’effet d’une baisse des seuils d’immigration a un effet substantiel sur l’année de mise en minorité des Canadiens français ; un seuil de 30 000 immigrants par année, par exemple, repousse l’échéance de 2042 à 2056.
  • Des seuils migratoires de 5 000, 10 000, 20 000 et 40 000 immigrants par an prendront au maximum 24, 13, 7 et 3 ans respectivement pour faire chuter le poids démographique des Canadiens français de 1 %.

Le contexte de mes travaux est le suivant : j’étais, au départ, intrigué par le rapport existant entre nos seuils d’immigration et le nombre de naissances au Québec. Pour l’année 2016, on compte 52 000 immigrants pour 85 000 naissances. Il m’apparaissait évident que le groupe canadien-français se dirigerait vers une éventuelle marginalisation. J’ai voulu valider cette intuition, puis explorer l’évolution de ce phénomène démographique. J’ai trouvé mes résultats suffisamment intéressants pour qu’ils vaillent la peine d’être publiés.

[…]

MÉTHODE

Cette section étant de nature assez technique, les plus pressés pourront passer directement à la section résultats pour entrer dans le vif du sujet !

Pour réaliser cette étude, j’ai utilisé principalement les données démographiques de Statistique Canada. Le point de départ de mon étude est l’année 1971, basé sur le recensement de cette même année. Le recensement de 1971 est particulier. En effet, la quantité et la qualité des données recueillies dépassent largement les recensements antérieurs et, du point de vue ethnique, c’est sans doute le dernier recensement dont la définition est suffisamment rigoureuse pour élaborer des calculs précis. Lors des recensements subséquents, les répondants sont libres de s’identifier à plusieurs groupes ethniques différents en même temps, ce qui empêche l’élaboration d’une méthodologie rigoureuse.

Avant d’aller plus loin, il m’importe de préciser l’ascendance de cette population canadienne-française qui composait 79 % de la population québécoise en 1971, selon le recensement. On entend régulièrement des affirmations douteuses par rapport à ce groupe ethnique, visant à conforter les dogmes idéologiques de droite comme de gauche. Parfois, on entend dire que le Québécois de souche n’existerait plus, que le sang français aurait été fortement dilué sous les vagues successives d’immigrants ou encore par métissage avec les Amérindiens. À l’autre extrême, certains croiraient en une certaine « pureté de la race ». La réalité objective se [moque] bien des idéologies ! Selon les excellents travaux publiés en 2005 par la chercheuse Hélène Vézina, les Canadiens français nés entre 1945 et 1965 ont un bagage héréditaire qui provient à 95 % de la France et le reste de la Grande-Bretagne (1,5 %), des Amérindiens (1,4 %), des autres pays européens (2 %). Les 0,6 % restants sont inconnus. J’ai reproduit les principaux résultats des travaux de la chercheuse dans le tableau 1 de mon article présenté ci-dessous.

Tableau 1. Origine génétique des individus nés entre 1945 et 1965

Contribution génétique
des ancêtres (%)
Hommes    Femmes
France 90,8 88,7
Grande-Bretagne 1,9 1,0
Allemagne 0,5 0,2
Irlande 0,6 0,5
Autre pays européen 1,4 0,6
Acadie 3,6 6,4
Premières Nations 0,8 1,9
Inconnue 0,5 0,8

Pour calculer l’évolution de la population canadienne-française ainsi que son poids démographique pour la province de Québec, j’ai séparé la population québécoise en trois sous-populations. En premier, le groupe EFC pour ethnic French-Canadian ou ethnie canadienne-française, dont le poids était de 79 % en 1971. En second, le groupe NFC pour non -French Canadian ou groupe non canadien-français qui regroupe les descendants des îles britanniques, les autochtones et les immigrants arrivés avant 1971 ; le poids de ce groupe est de 21 % en 1971. Enfin, j’ai établi un troisième groupe, appelé IAD pour immigrants arrived after 1971 and their descendants, soit les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants. Naturellement, ce groupe est à 0 % pour l’an 1971.

Les groupes étant maintenant séparés, le reste des calculs s’effectue individuellement sur chacun des groupes, selon les règles de l’art de la démographie, en se basant sur un modèle de cohortes et composantes. Ainsi, on subdivise chacun des trois grands groupes de population en cohorte d’un an d’âge que l’on fait évoluer année après année, de manière itérative, en calculant les naissances, les décès, l’émigration et l’immigration. Évidemment, chacun des groupes comporte des facteurs leur étant propres : mortalité, fécondité, taux de rétention dans la province, etc. Pour les années 1971 à 2014, la mortalité, la fécondité, l’immigration dans la province, l’émigration et la rétention provinciale sont accessibles par cohorte d’âges. Pour les années 1971 à 2050, ces facteurs ont été établis selon des hypothèses réalistes (vous en trouverez le détail dans mon étude).

La principale embûche de la méthodologie concernait initialement le métissage et les mariages (ou union mixte) entre Canadiens français et immigrants. En effet, même si l’on connait, avec une relative précision, le pourcentage d’immigrants qui est en union mixte pour les années passées, il est difficile d’évaluer comment ce taux évoluera. De plus, il peut être ardu de statuer dans quel groupe classer les enfants en provenance des unions mixtes. Pour contourner cette difficulté, à la fois méthodologique et identitaire, j’ai choisi de coller ma définition de l’ethnicité à la définition du recensement de 1971 : « À quel groupe ethnique ou culturel est-ce que votre ancêtre, du côté paternel, appartenait-il avant d’arriver sur ce continent ? » Ainsi, les enfants nés d’une mère immigrante et d’un père canadien-français sont placés dans la catégorie des Canadiens français et les enfants nés d’un père immigrant et d’une mère canadienne-française sont placés dans le groupe des immigrants. Il va de soi que cette définition n’a aucun sens d’un point de vue individuel, alors que pour la population québécoise, elle permet de quantifier précisément le poids démographique des individus d’ascendance canadienne-française. Évidemment, cette simplification n’est valide que selon deux conditions : premièrement, que les immigrants arrivent dans un rapport homme/femme équilibré et deuxièmement, que les immigrantes en couple avec des hommes canadiens-français aient à peu près la même fécondité que les Canadiennes françaises en couple avec des hommes immigrants. Ces deux conditions sont respectées en ce qui concerne le Québec. L’élégance de la méthode est également due au fait qu’elle évite de tracer la ligne entre qui est un Canadien français et qui ne l’est pas puisque la définition n’a pas de sens pour l’individu. Ceci permet donc d’éviter le risque de dérapage vers un débat sur les sensibilités raciales.

RÉSULTATS

Entrons dans le vif du sujet !

Évolution des populations

En termes de population absolue, on observe que la population canadienne-française augmente lentement jusqu’en 1990 où elle devient relativement stationnaire jusqu’en 2020 (4 760 000 en 1971, 5 200 000 en 1990 et 5 240 000 en 2020). Pendant ce temps, la population québécoise augmente de façon continue (6 030 000 en 1971, 6 900 000 en 1990, 8 465 000 en 2020). Ensuite, l’ethnie canadienne-française amorce un déclin prononcé, si bien qu’en 2039, cette population reviendra au nombre de 1971, soit 4 760 000 habitants lorsque la population québécoise atteindra 9 126 000 habitants.

Le contingent des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants augmente de façon soutenue, passant de 460 000 en 1990 à 1 980 000 en 2020 et à 3 210 000 en 2039. Ainsi, pour l’an 2050, on trouve une population québécoise de 9 500 000 individus, dont 4 310 000 Canadiens français, 4 140 000 immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants et 1 000 000 individus descendants du groupe « non-Canadiens français », en accord avec la méthodologie citée précédemment. [En cohérence avec la méthodologie décrite plus haut, si l’ethnie canadienne-française (EFC, de l’anglais ethnic French-Canadian) composait 79 % de la population québécoise en 1971, le reste de la population, soit 21 %, est issue du groupe des non canadiens français (NFC, de l’anglais non -French Canadian).]

Également, dans l’histoire récente, les courbes de population nous apprennent que l’immigration est responsable de 74 % de l’accroissement démographique de la province pour la période allant de 1971 à 2014. En effet, la population québécoise passe de 6 030 000 à 8 210 000 citoyens, un gain de 2 180 000, dont 1 620 000 sont des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants.

La figure 4, tirée de mon étude et présentée ci-dessous, montre ces phénomènes.

Figure 4 — Population pour l’ethnie canadienne-française (EFC), pour les non-Canadiens français (NFC) et pour les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).

Évolution du poids démographique des Canadiens français

Si l’ethnie canadienne-française était largement majoritaire en 1971 (79 % de la population québécoise selon le recensement de 1986), elle décline à 64,5 % en 2014 (recule de 14,5 % en 43 ans, 0,3 % par ans pour la période). La disparition des baby-boomers, une cohorte d’âges très nombreuse dans la pyramide des populations accélère ce déclin, si bien qu’en 2042, le poids démographique de l’ethnie canadienne-française se situe à 50 % (un recul de 14,5 % en 28 ans, 0,5 % par an pour cette période). En 2050, ce poids démographique est maintenant de 45 % (recule de 5 % en 8 ans, 0,6 % par an pour cette période).

En parallèle, les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants forment 20 % de la population en 2014, 38 % en 2042 et 44 % en 2050. Le reste du poids démographique est occupé par les « non -Canadiens français » de 1971 et leurs descendants, en accord avec la méthodologie citée précédemment. La figure 3, tirée de mon étude et reproduite ci-dessous, présente cette évolution.

Sous la pression d’une immigration massive et continue, comme présentée dans la section précédente, l’ethnie canadienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, chute à 64,5 % en 2014, glissera sous la barre de 50 % en 2042 et atteindra les 45 % en 2050.

Figure 3 — Poids démographique de l’ethnie canadienne-française (EFC), des non-Canadiens français (NFC) et des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).

Démographie de l’an 2042

Pour illustrer ce à quoi ressemblerait démographiquement l’an 2042, année où les Canadiens français perdent le statut de majorité ethnique, je présente la figure 6. Je montre en juxtaposition, pour de grandes cohortes d’âges, les cohortes de population de l’ethnie canadienne-française et celles des immigrants et de leurs descendants.

On constate rapidement que les immigrants et leurs descendants (en gris) sont légèrement plus nombreux que les Canadiens français (en noir) chez les jeunes de 0 à 18 ans et pratiquement à égalité chez les 19-36 ans. Le premier groupe compte 820 000 jeunes de 0 à 18 ans, alors que le second en compte 725 000. Dans le cas des 19-36 ans, le premier en dénombre 880 000, alors que le second en compte 850 000.

Le rapport s’inverse pour les cohortes des 37 à 54, des 55-72 et des 72 ans et plus où les Canadiens — français sont plus nombreux. Ceux-ci présentent des cohortes de 980 000, 985 000 et 1 105 000 respectivement, alors que les immigrants arrivés après 1971 présentent des cohortes de 855 000, 655 000 et 300 000 pour les tranches d’âge respectives mentionnés plus haut. Ainsi, les Québécois âgés (72 ans et plus) sont en écrasante majorité représentés par le groupe Canadien-français, alors que les immigrants et leurs descendants sont très minoritaires. Cette figure présente une fracture ethnogénérationnelle : le portrait type [de la population] pour 2042 risque d’être un vieux Canadien français [et d’] un jeune descendant d’immigrants.

Notez bien que le groupe « non canadien-français » n’est pas représenté sur le graphique. Ainsi, même si les Canadiens français glissent sous les 50 %, ils sont plus nombreux que les immigrants et leurs descendants.

Figure 6 — Nombre de Canadiens-français (en noir), nombre d’immigrants et leurs descendants (en gris) — pour différentes cohortes d’âges pour l’an 2042

Analyse de sensibilité

Une analyse de sensibilité a été effectuée pour évaluer quels facteurs avaient le plus d’impact sur le déclin de l’ethnie canadienne-française. À partir de 2014, j’ai fait varier les facteurs suivants pour évaluer en quelle année l’ethnie canadienne-française glisserait sous la barre des 50 % : l’indice synthétique de fécondité (TFR pour total fertility rate) des individus nés au Canada et de ceux nés à l’étranger, le taux d’immigration et le taux de rétention des immigrants.

L’analyse montre qu’en augmentant la fécondité des Québécois de 1,6 enfant par femme à 2,1 enfants par femme, on ne fait que repousser l’échéance d’un an (2043). De l’autre côté, si la fécondité des immigrants baisse de 2,0 à 1,5 enfant par femme, l’échéance est reportée de 3 ans (2045). Quant au taux de rétention des immigrants, si celui-ci baisse de 87 % à 77 %, l’échéance est repoussée de 3 ans (2045). Par contre, si les taux d’immigration étaient réduits à 30 000 immigrants par an au lieu des seuils projetés, les Canadiens français glisseraient sous les 50 % en l’an 2056 au lieu de 2042 (report de 14 ans) ! À l’inverse, augmenter ce taux à 70 000 par an — ce qui n’est pas très loin des 60 000 immigrants annuels qui avaient été proposés dans les dernières années du régime libéral de Philippe Couillard — devance l’échéance de 2 ans (2040). Cette analyse permet de comprendre que le recul du poids démographique des Canadiens français est principalement expliqué par nos taux d’immigration élevés ; éviter la question des seuils d’immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondité pour maintenir notre poids démographique serait inutile. L’analyse est présentée dans le tableau 2, ci — dessous, tiré de mon article.

Tableau 2 — Analyse de sensibilité sur l’indice synthétique de fécondité (TFR, total fertility rate), le taux d’immigration et le taux de rétention des immigrants — analyse sur la plage 2014-2060 pour déterminer en quelle année l’ethnie canadienne-française glissera sous la barre des 50 %.

Analyse détaillée de l’impact des seuils migratoire sur le déclin des Canadiens français

Afin de mesurer l’impact du taux d’immigration sur le déclin de l’ethnie canadienne-française, le nombre d’années nécessaire pour que le poids démographique des Canadiens français baisse de 1 % a été compté pour neuf taux d’immigration différents. Chacun des seuils migratoires a été évalué pour cinq taux de fécondité différents. Ainsi, l’analyse comporte quarante-cinq scénarios.

Si l’on regarde les seuils migratoires pour un indice de fécondité constant, on constate directement l’effet des seuils sur le déclin des Canadiens français. Prenons, par exemple, les résultats pour un indice de fécondité de 1,6 enfant par femme. On observe que pour 1 250 immigrants par an, il faudra 58 ans pour obtenir un déclin de 1 % ; avec 5 000 immigrants par an ce même déclin de 1 % se produit en 24 ans ; à 10 000 par an, il faudra attendre 13 ans. Puis, pour les seuils de 20 000, 40 000 et 80 000, on attendra, au maximum 8, 7, 3 et 2 ans respectivement.

Maintenant, observons l’effet simultané des seuils migratoires et de l’indice de fécondité des Québécoises. Prenons par exemple 1 250 immigrants par an. On constate que pour un faible seuil migratoire, lorsque l’indice de fécondité des Québécoises est de 1,6, il faut 58 ans pour que le poids démographique des Canadiens français chute de 1 %. Lorsque l’indice de fécondité est de 2,6 enfants par femme, il faut attendre 95 ans pour obtenir un déclin équivalent. Lorsque les seuils deviennent modérés, on constate curieusement que l’indice de fécondité n’a presque plus d’effet dans l’intervalle étudié. Pour 5 000 immigrants par an, un déclin de 1 % du poids démographique des Canadiens — français est obtenu en 24 ans lorsque l’indice de fécondité est de 1,6, alors qu’il est obtenu en 26 ans pour un indice de 2,6 enfants par femme. Lorsque les seuils migratoires deviennent importants, l’effet de l’indice de fécondité sur le déclin du groupe d’intérêt est imperceptible : pour 20 000 immigrants par année, le poids démographique des Canadiens français diminue [tous les] sept ans, indépendamment du fait que la fécondité soit de 1,6 ou 2,6 enfants par femme.

Ce constat recoupe les conclusions de l’analyse de sensibilité réalisée préalablement, soit que le recul du poids démographique des Canadiens français est exclusivement expliqué par nos taux d’immigration élevés. Éviter la question des seuils d’immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondités pour maintenir [le] poids démographique [des Canadiens français] est inutile. 

[Il est vrai que le nombre d’immigrants (près de 50 à 60 000/an) est tellement important qu’il approche désormais le nombre de naissances au Québec (environ 80 000/an). Dans ces circonstances, un indice de fécondité « occidental » moderne typique ne permet pas de corriger la situation. En outre, si l’indice de fécondité des Canadiennes françaises au Québec est similaire, en réalité légèrement inférieur, à celui des non Canadiennes françaises déjà installées au Québec, la hausse de l’indice général de fécondité au Québec ne change pas grand-chose à la composition ethnique préexistante, puisque toutes les catégories voient leur nombre augmenter et qu'il y a déjà tellement de non-Canadiennes françaises. Il en va autrement si l’indice de fécondité des Canadiennes françaises venait à être bien plus important que celui du reste de la population et adoptait un indice de fécondité similaire à celui des années 60 au Québec (2,8 enfants/femme en moyenne sur la décennie) ou mieux encore à l’israélien (3,1 enfants/femme, avec 2,2 enfants/femme laïque, 2,7 enfants/femme traditionaliste, 4 enfants/femme orthodoxe et 7,1 enfants/femme ultraorthodoxe en 2018). Cela semble peu réaliste actuellement quand on considère les valeurs transmises par l’école et les médias québécois francophones qui n’accordent que peu d’importance à la natalité. Nous pensons qu’il faut à la fois, au plus tôt, diminuer l’immigration et favoriser la natalité des francophones.]

L’analyse est présentée dans le tableau 3 de mon article, reproduit ci-dessous.

Tableau 3. Nombre d’années requises pour réduire le poids démographique de l’ethnie canadienne-française de 1 % selon différents niveaux d’immigration et de fécondité — analyse à partir de l’an 2014

SYNTHÈSE

Le but de cette recherche est d’[examiner] l’impact de l’immigration sur le poids démographique des groupes ethniques locaux en présentant une étude de cas. Dans cette étude, l’ethnie canadienne-française, un groupe formant la majorité dans la province de Québec, a été étudiée pour évaluer l’impact de l’immigration sur son poids démographique. Il a été découvert que l’ethnie canadienne-française est passée de 79 % en 1971 à 64,5 % en 2014. Les projections indiquent que ce groupe glissera sous la barre des 50 % en 2042, puis à 45 % en 2050. De plus, il a été démontré que, passé un certain seuil d’immigration, le taux de fécondité des Québécoises n’a plus d’impact sur le déclin de l’ethnie canadienne-française. Une fois atteint le cap des 20 000 immigrants par année, l’augmentation de la fécondité de 1,6 à 2,6 enfants par femme ne parvient pas à ralentir le déclin du poids démographique des Canadiens français. Au-delà d’un certain seuil migratoire, le déclin démographique des Canadiens français est strictement dicté par l’immigration. Ainsi, s’il est projeté que les Canadiens français glisseront sous les 50 % en 2042, selon les tendances actuelles réduire l’immigration à 30 000 immigrants par an permet de repousser cette échéance à 2056. Ces résultats sont sans surprise puisqu’ils s’expliquent principalement par le rapport existant entre les seuils d’immigration actuelle et le nombre de naissances au Québec. Par exemple, en 2016, le Québec comptait 52 000 nouveaux arrivants pour 85 000 naissances [dont de nombreuses non canadiennes françaises].

RÉFÉRENCE :

Charles Gaudreault (2019), The impact of immigration on local ethnic groups’ demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec, Nations and Nationalism (article sous presse, disponible en ligne)

L’article en HTML : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/nana.12568 

L’article en version PDF : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/nana.12568

dimanche 6 décembre 2020

Bobard — Selon le Wall Street Journal la Suède abandonne son modèle et met désormais en place des restrictions obligatoires

Le journaliste Bojan Pancesvski prétend dans son article du Wall Street Journal que la Suède, longtemps un bastion contre les restrictions antiCovid a dû abandonner son expérience solitaire.

Le gouvernement impose des mesures obligatoires après avoir échoué à contenir une nouvelle poussée d’infections

L’expérience Covid-19 en Suède est terminée.

Après qu’une recrudescence des infections à la fin de l’automne a entraîné une augmentation des hospitalisations et des décès, le gouvernement a abandonné sa tentative — unique parmi les pays occidentaux — de lutter contre la pandémie par des mesures volontaires.

Comme d’autres Européens, les Suédois se dirigent maintenant vers l’hiver, confrontés à des restrictions allant de l’interdiction des grands rassemblements à la réduction des ventes d’alcool et des fermetures d’écoles — le tout visant à empêcher le système de santé du pays d’être submergé par les patients et de plafonner ce qui est déjà parmi les taux de mortalité par habitant les plus élevés au monde.

La répression, qui a commencé le mois dernier, a mis fin à sa stratégie de laisser-faire (sans intervention) qui avait fait de la nation scandinave un modèle dans le débat souvent houleux entre les opposants et les champions des confinements comme mesures antipandémiques. […] Avec son changement de stratégie, le gouvernement se range désormais du côté de ceux qui préconisent au moins certaines restrictions obligatoires.

Il est FAUX de dire que la Suède n’a jamais imposé de mesures contraignantes : au printemps 2020, les écoles supérieures (lycées, cégep) et les universités ont été contraintes de fermer. Affirmer comme l’article le fait que la fermeture de ces lycées/cégeps cette fin d’automne est un exemple de nouvelles contraintes (sans rappeler qu’ils avaient déjà été fermés) et d'abandon du modèle suédois est tout simplement de la désinformation.

En réalité, ce n’est pas la Suède qui a abandonné son modèle, mais plutôt le reste des pays occidentaux qui ont abandonné leur modèle de confinement strict du printemps pour adopter cet automne le modèle suédois beaucoup moins restrictif (les écoles primaires et du secondaire inférieur sont généralement restées ouvertes en Occident cet automne comme en Suède lors du printemps et cet automne, les gens sont retournés travailler partout, etc.) Cette inversion de la réalité des choses témoigne de la façon dont l’idéologie des journalistes influence leur perception car les mesures automnales de la Suède sont dans l’ensemble celles du printemps avec quelques additions et quelques soustractions.

Il est d’ailleurs possible que ces nouvelles mesures arrivent alors que cette épidémie automnale (bien moins mortelle que la première) est déjà en déclin.



En outre, il est tendancieux de prétendre que le gouvernement suédois a prétendu qu’un second épisode de Covid-19 ne se produirait pas. Anders Tegnell, l’épidémiologiste principal en Suède, déclarait en septembre (dans un entretien vidéo avec le Spectator, à partir de la 12e minute) qu’il « ne savait pas » pourquoi la Suède ne connaissait pas le regain de cas Covid-19 qui frappait alors l’Espagne (« peut-être s’agit-il d’un décalage, d’un retard, comme lors de l’épisode printanier »). Ensuite, Tegnell affirme que les autorités « espèrent » que la Suède échappera à une seconde vague importante grâce à plusieurs éléments (meilleure stratégie de tests, d’isolement et de traitements des cas positifs, ainsi qu’une plus grande immunité acquise à la maladie en automne qu'au printemps). Il espère donc que la maladie se limitera à des éclosions régionales. C’est bien différent de dire, comme le fait ce journaliste, que les autorités suédoises ont affirmé que la seconde vague ne se produira pas (« authorities said won’t happen »).

Pourquoi la culture, et non l'économie, détermine la politique américaine

Pour la plupart, les électeurs républicains soutiennent leur parti non pas en raison de ce qu’il peut offrir économiquement, mais pour des raisons culturelles. Dans une large mesure, les républicains bénéficient simplement de ne pas être des démocrates ceux-ci s’étant tellement déplacés à gauche ces dernières années sur les questions identitaires et culturelles. Une étude récente a montré que les Américains blancs se détournent en grand nombre d’un candidat démocrate si celui-ci a parlé du privilège blanc, que ce candidat se présente ou non comme un modéré sur les questions économiques (voir ici).

De nombreux aspects de l’ordre du jour social progressiste demeurent extrêmement impopulaires. Même en Californie, les électeurs ont rejeté l’instauration de la discrimination ethnique de façon décisive lors d’un référendum de novembre. Malgré le fait que les républicains ne parlent plus de cette question ou n’incluent plus cette question dans leur programme. En outre, le camp conservateur a nettement moins dépensé que les démocrates lors de cette élection. Certains éléments de preuve suggèrent que le virage hispanique vers Trump en 2020 pourrait avoir été motivé par la résistance de cette communauté envers les discours démocrates sur la politique liée au « genre » (voir ici).

Les sondages indiquent que l’écart de salaire entre les sexes en 2020 était plus important chez les Hispaniques que dans toute autre catégorie raciale. Bien que l’on considère généralement qu’un « écart entre les sexes » se fasse au détriment du camp qui fait le moins bien chez les femmes, l’augmentation de la polarisation entre les sexes chez les Latinos a été à l’avantage des républicains en 2020, car les pertes chez les femmes ont été largement compensées par les gains des hommes (voir ici).

Analyser ce qui a permis ces gains parmi les hommes hispaniques, et dans une moindre mesure les femmes, peut fournir de meilleures pistes pour de futurs succès politiques que de débattre des nuances de la politique commerciale.

Sur l’économie, les nouvelles pour les républicains sont plus mitigées ; les électeurs n’aiment pas beaucoup certaines suggestions libérales économiques, mais récompensent néanmoins des politiciens pour la croissance économique que de telles politiques peuvent apporter. Cela signifie que le succès électoral des républicains sera davantage influencé par certaines questions culturelles que par détails de politique économique. Les nationaux populistes peuvent continuer de soutenir des politiques redistributives s’ils croient que c’est la bonne chose à faire. Néanmoins, ils devraient le faire en sachant que cela peut nuire au parti républicain lors des élections si de telles politiques entravent la croissance économique, aliènent les donateurs ou détournent l’attention des questions culturelles qui leur permettent de mieux gagner aux élections.

La figure ci-dessous montre comment les Américains blancs ont répondu à une question sur la sympathie qu’ils ressentaient à propos de Trump, alors candidat lors des primaires républicaines de 2016, sur la base d’une régression qui incluait des variables liées à diverses attitudes, catégories d’identité et statut socio-économique. Comme on peut le voir, les attitudes culturelles sous forme de sentiments envers le politiquement correct, l’immigration et l’identité blanche ont les effets les plus importants. Viennent ensuite les variables démographiques, à savoir le sexe, l’âge et la religion d’un individu. Enfin, il y a le niveau d’instruction, puis le revenu, qui n’ont en pratique aucun effet perceptible.

Source

Voir aussi

 États-Unis — Le vote républicain caché : les diplômés opposés au politiquement correct

États-Unis — district scolaire exclut élèves asiatiques des personnes de couleur et les classe avec les Blancs

Comment publier un article scientifique en 2020

La manière dont les articles scientifiques sont publiés et approuvés par comité de lecture est remise en question. Des chercheurs américains ont ainsi reproduit une centaine d’études pour les vérifier. Résultat, moins de la moitié des contre-études sont arrivées aux mêmes conclusions que les recherches originales.

Récemment The Lancet et le New England Journal of Medicine, les deux revues érudites les plus prestigieuses dans le domaine médical, ont dû retirer deux articles bidons sur le prétendu danger que présentait l’hydroxychloroquine. Pourtant ces articles avaient été révisés par un comité de lecture… La critique s’est organisée sur Twitter puis dans des articles publiés directement sur Internet, sans passer par des revues renommées. C’est cette critique très rapide qui a conduit les deux prestigieuses revues à retirer ces deux articles en un temps inédit.

Plus récemment, un autre billet a jeté le doute sur une étude publiée dans le prestigieux Nature qui affirmait que les confinements ont sauvé 3 millions de vies en Europe lors de la première vague. Mais les auteurs de l’article de Nature ont utilisé, occulté par des formules complexes et un langage rebutant, un facteur propre à chaque pays très sujet à caution. Cet effet spécifique par les auteurs pour la Suède par exemple (qui n’a pas mis en œuvre de confinement strict) est gigantesque ! Apparemment, ce facteur est énorme pour la Suède pour que le modèle parvienne à la réponse souhaitée : le confinement est la mesure politique qui sauve des millions de personnes. Une fois le modèle corrigé pour éliminer ce biais exorbitant, le critique de l’article paru dans Nature estime à 200 000 le nombre de personnes sauvées par les confinements en Europe (si le modèle initial est correct, ce qui n’est pas prouvé).

Pour ce site, le mode de fonctionnement du milieu universitaire tend à ne pas favoriser l’accumulation et la diffusion des connaissances auprès d’un large public.

Imaginez que vous ayez une théorie sur les raisons pour lesquelles Trump a eu de meilleurs résultats auprès des Hispaniques en 2020 par rapport à 2016. À l’ère d’Internet, n’importe qui peut expliquer sa théorie, recueillir des données qui la soutiendraient ou la réfuteraient, puis l’utiliser dans un billet de blogue ou dans un fil Twitter. D’autres peuvent alors examiner la théorie et les preuves présentées et déterminer si le raisonnement avancé tient la route.

Mais voilà, ce n’est pas du tout ainsi que cela fonctionne dans le milieu universitaire ! Si vous êtes un étudiant diplômé ou un professeur qui cherche à propulser votre carrière, vous pouvez commencer par établir une théorie, recueillir les données qui étayent celle-ci, tout comme le profane. Mais ce n’est que le début du processus et la partie la plus facile. Si vous voulez publier votre papier dans un journal renommé, votre analyse devra faire environ 10 000 mots, que ce soit nécessaire ou pas. Vous devrez citer au moins plusieurs dizaines d’autres articles. Savoir qui citer est affaire d’expérience ; les examinateurs pourraient rejeter votre article si vous n’insérez pas votre article dans une question plus large même si ce n’est pas vraiment utile dans votre cas. Les considérations politiques joueront un rôle important dans les citations que vous utiliserez et votre document devra être (ré) écrit de sorte que son contenu corresponde aux travaux que vous venez de décider de citer. Vous devrez également considérer :

  • Qui seront les critiques/réviseurs de votre article. C’est très important, car ne pas citer leur travail peut les offenser.
  • Avez-vous de vos travaux précédents que vous pourriez citer ? Ça aidera à augmenter le nombre de références à ces articles (une mesure quantitative souvent utilisée pour déterminer facilement leur importance dans le domaine).
  • Y a-t-il des gens particulièrement importants que vous pourriez citer pour ajouter du sérieux intellectuel à mon papier ? Le sexe et la composition raciale des personnes citées sont-ils assez représentatifs, « diversifiés » ?

Être bon à ce jeu signifie être en mesure de fournir le bon nombre de citations, du bon type et réécrire le texte pour donner l’impression que ce processus est fondé sur une sorte de mérite intellectuel. Cela mènera à quelques sophismes et digressions sans rapport avec la question étudiée. En plus de la longueur et des citations exigées, vous devrez également écrire le document en « patois universitaire », ce qui signifie prétendre à la fois que votre argument est plus compliqué qu’il ne l’est vraiment et qu’il a des applications plus importantes que ce n’est le cas en réalité.

C’est ainsi que si j’écrivais un article sur les raisons pour lesquelles les électeurs Hispaniques ont voté en plus grand nombre pour Trump en français normal, je pourrais commencer par ces deux premières phrases :

« Pourquoi les Hispaniques se sont-ils tournés vers Trump lors de l’élection de 2020 ? Je présente ci-dessous des données qui montrent que ce changement peut être lié à la gestion de l’économie par le président. »

Ça ne passera pas dans un journal universitaire ! Il faudra plutôt écrire :

« Dans quelles conditions les minorités soutiennent-elles un mouvement politique culturellement dominant ? En m’appuyant sur les données de 2020 établies au niveau des circonscriptions et des comtés, je montre que le déplacement des électeurs américains hispaniques vers Trump peut s’expliquer d’une manière compatible avec le modèle sociotrope des élections. »

Ces deux descriptions sont équivalentes (cela ne veut pas dire que cet argument particulier sur les Hispaniques et Trump est correct, ce n’est qu’un exemple !). La première, cependant, est écrite de manière à communiquer la connaissance tandis que la seconde cherche à la cacher à tous, sauf à quelques initiés. Élargir votre argument (le document dit porter sur les « minorités soutenant un mouvement politique culturellement dominant » et non plus les Hispaniques aux États-Unis) vous permettra d’ajouter des citations d’articles sur des sujets sans rapport, par exemple sur les habitudes de vote des autochtones au Mexique dans les années 1980, mais bien sûr dans votre conclusion vous mettrez en garde les lecteurs que l’on ne peut pas trop généraliser les leçons tirées du vote des Hispaniques pour Trump, tout en ajoutant que plus de recherche est nécessaire dans le domaine. Il aurait été préférable de tout simplement éviter d’élargir d’emblée le thème, mais « inscrire son article dans la littérature du domaine » permet à la fois d’ajouter des citations et plus de mots à votre papier, les véritables buts de la manœuvre.

Rien de tout cela n’est gratuit. Dans l’expérience de nombreux universitaires, la partie absurde dans l’écriture d’articles — l’affichage moral, les complications inutiles, la portée excessive initiale que l’on minimise ou sur laquelle on revient par la suite, trouver les bonnes citations et les mettre dans le bon format, rallonger l’article jusqu’au nombre minimum de mots — prend plus de temps et d’énergie que la partie qui implique réellement la production ou la communication de la connaissance.

Une fois que vous avez transcrit votre proposition ou argument et que vous l’avez transformé en un papier universitaire, vous pouvez vous attendre à ce qu’il passe par un processus grâce auquel il sera publié, évalué par les pairs et deviendra disponible pour consommation publique dans un an ou deux. Il ne sera d’ailleurs probablement accessible qu’à des abonnés, disponible uniquement aux universitaires ou ceux prêts à payer des frais exorbitants.

Chaque étape de ce processus crée des obstacles à la diffusion. Dans le meilleur des mondes, cela signifie que la discussion ne se déroule qu’entre une communauté de chercheurs les mieux placés pour juger le travail de leurs pairs. Souvent, ces chercheurs ne font que jouer au jeu des citations et à faire taire les critiques potentielles quant à la valeur même d’un programme de recherche particulier.

Ce sont de graves problèmes qui vont au-delà des questions sur « la culture d’annulation » ou la « rectitude politique ». Les obstacles à l’entrée rendent difficile l’acquisition des connaissances et ils empêchent la propagation de ce qui est réellement découvert. Dans une certaine mesure, c’est inévitable. Le terme « modèle sociotrope de scrutin » qui décrit les personnes qui votent en fonction de l’état général de l’économie est en fait utile pour le distinguer du vote intéressé, dans lequel les gens votent en fonction de leur propre situation économique. D’autres aspects du modèle universitaire, comme le processus d’examen par les pairs lui-même, sont par contre complètement inutiles. Il n’est absolument pas logique de retarder jusqu’à deux ans la publication d’un travail important, période pendant laquelle l’article est soustrait aux critiques du grand public, afin de répondre aux préoccupations de 2 à 3 examinateurs qui se soucient sans doute autant des citations incluses dans l’article que du fond de celui-ci.

Voir aussi

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Hydroxychloroquine : The Lancet dans de sales draps…


Comment la science se trompe... (The Economist)

 

samedi 5 décembre 2020

Clivage entre les critiques professionnels et le public : les cas Mignonnes et Une Ode américaine

Nous avons déjà vu que la critique a éreinté Une Ode américaine, alors que ce long métrage a été publicité par le public. Il s’agit du portrait sans concession d’une famille américaine originaire des Appalaches qui lutte contre ses démons : la drogue et la violence, mais elle connaît aussi ses réussites et ses victoires. 

Plusieurs ont vu dans cette Amérique blanche ouvrière déclassée une partie de l’électorat de Trump. 

Le site Rotten Tomatoes permet d’illustrer ce clivage. Voici les notes d’Une Ode américaine (Hillbilly Elogy dans la VO). À gauche la note des critiques (25 %, c’est très mauvais), alors qu’à droite on a la note du public qui a vu le film (83 %, c’est très bon).

Un « mélodrame insipide » pour la critique

À l’opposé, le film Mignonnes est lui encensé par la critique, mais ne plaît pas au public.

Ce film écrit et réalisé par Maïmouna Doucouré  qui signe ici ses débuts en tant que réalisatrice est présélectionné pour représenter la France aux Oscars (avec 5 autres films). Le film met en vedette Fathia Youssouf, Médina El Aidi-Azouni, Esther Gohourou, Ilanah Cami-Goursolas et Maïmouna Gueye. L’intrigue tourne autour d’une jeune fille sénégalo-française avec une éducation musulmane traditionnelle qui est prise entre les valeurs traditionnelles et la culture Internet. Les cinéastes affirment que leur intention est de critiquer l’hypersexualisation des préadolescentes. Le film a été présenté en première à la Compétition mondiale de théâtre dramatique du Festival du film de Sundance 2020 le 23 janvier, où Doucouré a remporté le prix de la réalisation.

La critique a adoré « Mignonnes » : un film poignant et plein de nuances, le public l’a détesté.

Tout en bénéficiant de critiques généralement très positives de la part des critiques, le film est devenu le sujet de controverses aux États-Unis, à partir de l’affiche et de la bande-annonce du film diffusées par Netflix. Le 23 septembre 2020, Netflix a été inculpé par un grand jury du comté de Tyler, au Texas, pour avoir « dépeint l’exposition obscène des organes génitaux ou du pubis d’un enfant habillé ou partiellement habillé de moins de 18 ans. .. et n’a aucune valeur littéraire, artistique, politique ou scientifique sérieuse. » En réponse, Netflix a continué à défendre le film dans une déclaration disant : » Cuties est un commentaire social contre la sexualisation des jeunes enfants. Cette accusation est sans mérite et nous soutenons le film. «

Dans un sondage réalisé par Screen Engine/ASI auprès de 96 abonnés Netflix  (c’est très peu) aux États-Unis, 52 % des personnes ont déclaré n’avoir regardé le film qu’en raison de la controverse, tandis que 29 % ont déclaré que c’était une raison importante. Après avoir regardé le film, 72 % ont déclaré que la controverse était “exagérée” alors 38 % étaient tout à fait d’accord avec cette proposition. Dans l’ensemble, 48 % étaient tout à fait d’accord pour dire que le film ne devrait pas être sur Netflix, tandis que 17 % étaient plutôt d’accord.

Heureusement, le niveau est monté...

Que lis-tu ? Est-ce que tu comprends bien ce que tu lis ? Est-ce que tu penses que lire c’est plus destiné aux filles qu’aux garçons ? Questions posées à une classe d’enfants en 1972.

Les difficultés d’expression qu’avaient les enfants en 1972 sont sidérantes. Heureusement que le niveau est monté à force de réformes pédagogiques, de dépenses en hausse et d’enrichissement culturel et ethnique.

Le 11 juillet 1975 (les mauvais coups législatifs se portent toujours pendant l’été), Haby, ministre de l’Éducation de Valérie Giscard d’Estaing décrète le « collège unique ». 

Pour Jean-Paul Brighelli « Giscard » c’est l’an 01 de l’apocalypse scolaire.

Voir aussi 

France — Sur 30 ans, le niveau en calcul des élèves de 11 ans est en baisse, selon étude  

France — Le niveau en orthographe des écoliers français est en chute libre depuis 30 ans

Moins d'heures de français à l'école : le niveau de grammaire et d'orthographe baisse

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France — Saignées dans l’enseignement du français