Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Les entrepreneurs britanniques et français tirent la sonnette d’alarme. Les fautes dans les courriers ou sur les sites leur feraient perdre des sommes folles. En Belgique aussi, les chefs d’entreprise s’inquiètent. L’orthographe reste l’un des principaux critères de sélection.
Une faute d’orthographe dans le courrier envoyé par la secrétaire. Une erreur sur le site internet. Une conjugaison mal maîtrisée dans le communiqué de presse. Autant de détails « techniques » qui peuvent ruiner la réputation d’une entreprise. Et faire plonger son chiffre d’affaires.
De l’autre côté de la Manche, les employeurs ont décidé de s’attaquer à ce véritable fléau.
« Une simple faute d’orthographe sur le portail d’une entreprise peut faire chuter de moitié les ventes en ligne », indiquait récemment à la BBC Charles Duncombe, un homme d’affaires désespéré par les faibles connaissances orthographiques et grammaticales des demandeurs d’emploi qu’il rencontre.
Si toute l’économie britannique est concernée, Charles Duncombe estime que les conséquences sont particulièrement lourdes pour le commerce en ligne. D’après ses calculs, « on perd, chaque semaine, des millions de livres sterling sur internet à cause de simples fautes d’orthographe ».
Des perles rares
Et Charles Duncombe n’est pas le seul à se plaindre et à tirer ainsi la sonnette d’alarme. De récentes recherches menées au royaume de Sa Majesté soulignent que 42 % des employeurs britanniques ne sont pas satisfaits des niveaux de lecture et d’écriture des jeunes diplômés. Près de la moitié des entrepreneurs indiquent avoir déjà fait appel à des professeurs privés.
La francophonie ne semble pas épargnée. « Nos clients ont du mal à trouver des assistants et secrétaires avec un bon niveau d’orthographe », confiait au quotidien Le Figaro la responsable du marché tertiaire chez Adecco-France, Valérie Guibout.
Dans le même article, Pascal Brouaye, directeur de la prestigieuse École centrale d’électronique (ECE), se plaignait du niveau de certains élèves, insuffisant pour pratiquer le métier d’ingénieur. « La majorité de nos étudiants ont pourtant eu la moyenne au bac français et une mention au bac », précisait-il.
Le sociologue Mathieu Bock-Côté s’entretenait ce mardi midi avec M. Dutrizac à propos du débat sur le programme obligatoire d’Éthique et de culture religieuse (ECR) qui n’aura pas lieu à l’UQAM (université du Québec à Montréal) à la suite de menaces ainsi que du sujet plus vaste de la censure dans nos universités instituée par des groupuscules extrémistes de gauche. Mathieu Bock-Coté est une redoutable critique du programme ECR en ce que programme contesté et néanmoins imposé à tous les élèves incarne une mise en œuvre du multiculturalisme.
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Entretemps du côté de l’AFESH, on publie sur Facebook :
La censure, c’est la liberté d’expression. Apparemment. Retour sur la controverse de l’UQAM.
Un peu beaucoup malgré moi, j’ai été plongé dans une controverse agaçante cette semaine, portant sur la liberté d’expression à l’UQAM. D’abord les faits. Le 13 février, un étudiant au baccalauréat en enseignement au secondaire du cours ECR, m’écrivait pour m’inviter à participer à un débat sur le cours ECR à l’UQAM. Je lui ai dit que j’étais disponible la semaine du 7 avril. Ne recevant pas de nouvelles de sa part ensuite, je lui ai réécrit le 4 mars pour lui demander où nous en étions. Il m’a alors répondu ainsi : « Je suis vraiment désolé des délais, mais je dois lutter pour la liberté d’expression dans ma propre université (quelle honte). Car bien que je ne sois pas d’accord avec vous sur certains points j’ai envie de débattre avec vous. Je respecte la divergence d’opinions ce qui n’est pas le cas de tous (AFESH). » Il me demandait quelques jours de délais. Le 9 mars, il me revenait avec sa réponse : « Suite à de fortes pressions de la part d’une association étudiante de l’UQAM, je suis dans le regret d’annuler la conférence. Je suis sincèrement désolé que la liberté de parole soit à ce point obsolète entre les murs de notre université, mais je ne pouvais tenir une conférence avec autant de menaces de perturbations ». Ma présence posait problème.
On connaît la suite : l’organisateur de l’événement a annulé la conférence par crainte de le voir déraper. Sur Facebook, Normand Baillargeon, qui a eu vent de l’affaire, a rendu publique l’annulation en se désolant de ces pratiques et du climat de censure qui s’installe peu à peu à l’UQAM. Et c’est là que l’histoire devient intéressante. Sur la page FB de Normand Baillargeon, mais ailleurs sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont applaudi l’annulation. Je résume leur position : la liberté d’expression ne doit pas permettre l’expression publique d’idées en contradictions avec celles défendues par la gauche radicale. Je cite l’AFESH : elle est en lutte contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté académique lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». La liberté d’expression ne devrait pas « justifier le droit de prononcer des discours ou d’exercer des actions haineuses ou dégradantes particulièrement lorsque celles-ci sont racistes, colonialistes, xénophobes, transphobes, homophobes, sexistes, misogynes, antiféministes, classistes ou capacitistes ». Un esprit un peu curieux serait en droit de demander qui définira ces termes et concepts, qui relèvent du jargon de la gauche radicale la plus sectaire, au nom desquels on se donne désormais le droit de permettre ou d’interdire une conférence dans l’université. Nous sommes ici en continuité avec la pensée de Herbert Marcuse, la grande figure du gauchisme d’il y a quelques décennies, qui jugeait légitime de réprimer les idées en contradiction avec « l’émancipation ».
Ce qu’on comprend, cela dit, c’est que les militants de la gauche radicale uqamienne (mais nous savons que ce phénomène ne se limite pas à l’UQAM) se présentent comme les gardiens d’un nouveau dogme, apparemment porteur d’émancipation, qu’il serait interdit de transgresser. Ils se permettent donc de décider à la manière d’un tribunal idéologique, quelles positions sont en droit de s’exprimer et lesquelles doivent être tues. Ils veulent donc définir les contours du débat public et en garder fermement les frontières : ils se donnent le droit d’exclure ceux qui ne voient pas le monde comme eux. Il faut lire les théoriciens-militants de cette mouvance : ils jouent à la guerre civile et transforment leurs adversaires en ennemis — je me permets de dire qu’ils réservent en ce moment un traitement odieux à Normand Baillargeon, présenté comme un traître à la gauche servant désormais de caution aux « dominants », et pour cela insulté vertement par ceux qui pensent en slogan. Ceux qui s’imaginent que j’exagère devraient aller lire la discussion qui a suivi l’entrée Facebook de Normand Baillargeon ou celle suivant cette récente déclaration de cette association bizarre qu’on appelle l’AFESH. Cet homme absolument courtois qui plaide pour une civilisation du débat public est aujourd’hui grossièrement diabolisé.
Complètement enfermés dans un système idéologique parallèle, fondé sur l’inversion du réel, ces militants ne sont même pas conscients de heurter la liberté d’expression. En fait, ils disent même la défendre ! Leur argument est le suivant : la perturbation d’une conférence est justement une des modalités de la liberté d’expression, surtout pour ceux qui n’ont pas de tribunes publiques — ce serait une révolte admirable contre la parole des dominants. Empêcher ou limiter les perturbations visant à troubler et empêcher une conférence, telle serait la véritable négation de la liberté d’expression, et elle serait d’autant plus scandaleuse qu’elle piétinerait la liberté des sans-pouvoir. Inversement, ceux qui sont ainsi « perturbés » et qui s’en désolent publiquement ou privément sont accusés de se victimiser. Voyons-y une théorisation vertueuse de la censure au nom d’une forme de puritanisme idéologique qui s’exprime aussi avec la quête de safe space à l’université : on veut faire de l’université un espace aseptisé où les discours nous contrariant ne seront plus entendus, ou même possibles. On connait la célèbre formule d’Orwell dans 1984 : la liberté, c’est l’esclavage. Apparemment, aujourd’hui, la censure, c’est la liberté d’expression.
Que dirait-on si des groupuscules nationalistes décidaient de censurer pratiquement une conférence organisée par des fédéralistes sur l’avenir du Canada ? Que dirait-on si des fédéralistes décidaient de faire l’inverse ? Que dirait-on si des masculinistes décidaient de perturber une conférence féministe jusqu’à rendre impossible sa tenue ? Que dirait-on si des militants libertariens décidaient de perturber une conférence organisée par un syndicat social-démocrate ? On pourrait poursuivre longtemps la liste. Chaque mouvement a ses propres valeurs, ses propres dogmes, ses propres idéaux, ses propres points non-négociables. Aucun, pourtant, n’est en droit de juger ses idées si exceptionnelles qu’il se donne le droit de faire taire ceux qui feraient valoir un autre point de vue sur la cité. On ne cesse, dans notre société, de vanter la tolérance de l’autre, mais le premier « autre à respecter », c’est celui qui ne pense pas comme moi. Faut-il ajouter que la discussion démocratique repose sur le bannissement de la violence, et qu’on ne saurait la réhabiliter au nom de la « diversité des tactiques ».
On identifiera un autre paradoxe : en laissant ainsi des groupuscules fanatisés s’emparer d’une institution comme l’UQAM, on accepte pratiquement de privatiser un bien public. Un groupuscule décide d’imposer dans une université les termes du débat public et ceux qui ne s’y soumettent pas n’y seront pas les bienvenus. On se demande même comment perturber les cours de certains professeurs. Je résume : un petit groupe s’empare d’une institution publique et se la réserve pour elle-seule, à la manière d’un territoire libéré qui vivrait désormais selon les codes idéologiques du monde nouveau que nous promettent nos militants de la gauche radicale. Nous sommes bien loin de la tradition humaniste qui voyait dans l’Université un lieu où des philosophies concurrentes pouvaient être discutées rationnellement. Il faut dire que nos petits révolutionnaires condamnent la légitimité même de la discussion, qui ne serait qu’une illusion libérale au service des dominants. Ils s’enferment dans une vérité absolutisée qui devient indiscutable et dont la simple remise en question relève de ce qu’on appelait autrefois l’hérésie. Il serait temps qu’on s’intéresse à ce fanatisme progressiste qui prend de l’ampleur dans des lieux qui devraient justement symboliser la discussion rationnelle et civilisée, selon les codes élémentaires de la civilité démocratique. Il serait temps que la direction de l’UQAM s’y intéresse, notamment.
Le Journal de Québec informe que les parents bénévoles qui souhaitent retaper l’école de leurs enfants ne courront plus le risque d’être mis à l’amende.
La ministre responsable du Travail, Dominique Vien, a promis mercredi que des modifications seront apportées rapidement. «Dès cette semaine, le règlement en question sera sur mon bureau et [...] il franchira les étapes nécessaires», a assuré la ministre au Salon bleu.
«Nous sommes derrière les parents du Québec qui souhaitent effectivement s’impliquer, s’engager dans la vie communautaire de leur école», a ajouté Dominique Vien
Billet du 2 mars 2017
Chronique de Lise Ravary dont nous partageons l'étonnement. Nous soupçonnons que l'école en question était « publique » (gouvernementale) :
En apparence insignifiants, certains petits scandales en disent long sur la capacité des Québécois de plier l’échine face à la bêtise bureaucratique. D’accepter la petite dictature de fonctionnaires qui appliquent des règlements stupides avec autant de zèle que d’absence de jugement.
Une fois encore, parce qu’une personne, une seule, a porté plainte.
Des parents de l’école primaire Capitaine-Luc-Fortin en Montérégie ont dû abandonner leur projet de repeindre une partie de l’établissement pendant la semaine de relâche quand des inspecteurs de la Commission de la construction du Québec (CCQ) se sont pointés sur le «chantier» pour les menacer d’amendes de 200 $ par jour s’ils persistaient dans leur action bénévole illégale.
Au Québec, un citoyen a seulement le droit de peindre sa maison.
Peindre les murs d’une école est le privilège exclusif de personnes détenant une carte de compétence de peinture en bâtiment. Rien à redire sur le principe quand il s’agit de grands chantiers commerciaux, mais il faut savoir faire la part des choses.
Il y a quelque chose de noble et grand dans le geste de ces parents qui ont voulu contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de leurs enfants à l’école, mais aux yeux de l’État tentaculaire, et des syndicats victimaires, des papas et des mamans armés de seaux de peinture, de rouleaux et de pinceaux constituent une intolérable menace à la justice sociale.
Comment le bon peuple québécois, qui a survécu pendant des siècles grâce à l’entraide, peut-il accepter d’être gouverné par des gens qui trouvent acceptable d’interdire un tel geste de solidarité sociale?
Selon la CCQ, l’affaire est entre les mains du Directeur des poursuites pénales et criminelles. Vous avez bien lu.
L’auteur français Jean Sévillia était de passage où il a donné deux conférences. Il a été reçu par Mathieu Bock-Côté au micro de Radio Ville-Marie. Il y aborde le terrorisme intellectuel et l’historiquement correct, et comment éviter ces pièges quand on écrit l’histoire. Pour Sévillia, en France, l’hégémonie de la rectitude politique est en recul dans certains domaines, un exemple : le communisme peut désormais être critiqué, mais il y a de nouveaux tabous comme le multiculturalisme que l’on ne peut critiquer sans s’exposer à l’anathème de la part de la cléricature politiquement correcte.
M. Sévillia y traite aussi de l’orientation très « progressiste » des professeurs et des journalistes.
Enfin, il y évoque les persécutions des prêtres catholiques en France « laïque » au début du XXe et dont bénéficièrent grandement les écoles québécoises.
On voit ainsi les pouvoirs publics sortir des inconnus de l’obscurité
historique la plus totale afin d’étayer une conception moderne et
souvent importée de l’histoire du pays (par exemple, le mois de
l’Histoire des Noirs importé des États-Unis).
À tel point, par exemple, que Postes Canada « a voulu mettre en avant
un personnage historique qui a captivé et émerveillé les esprits, dont
l’auréole continue d’étonner les chercheurs, historiens et autres
auteurs. » L’émerveillement et l’auréole sont tels qu’il s’agit d’un
personnage, Mathieu Da Costa, dont on ne connaît en pratique quasiment
rien (on ne sait pas, par exemple, s’il est même venu au Canada,
ni s'il était métis plutôt que noir). On comprend l'étonnement... On n’a
pour tous documents que de très courtes et vagues mentions à cet homme.
Selon L'Encyclopédie canadienne,
«[l]e seul fait connu et vérifiable sur Mathieu da Costa est un
document révélant qu’il se trouve en Hollande en février ou mars 1607. »
Par un autre document, « plusieurs historiens ont spéculé que da Costa
accompagne Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de
plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint-Laurent.
Cette hypothèse est plausible, mais dans les premiers mois de
l’exécution de son contrat, il est certain qu’il n’est pas à bord d’un
navire à destination de l’Amérique du Nord. Au printemps 1609, il se
trouve plutôt à Rouen en Normandie et le 15 juin de cette même année,
Bauquemare met fin à son contrat sous prétexte « que ledict n---- s’est
deffaict de moi ». En conséquence de quoi « certains historiens remettent en cause sa venue au Canada en raison du manque de preuves historiques
». C'est bien maigre pour un timbre, mais bon il fallait bien trouver
quelqu'un pour illustrer l'histoire des minorités ethniques en
Nouvelle-France...
Voir comment Radio-Canada décrit cette initiative difficile de Postes Canada de rendre hommage en 2017 à ce personnage historique « énigmatique ». On attend le timbre commémoratif historique sur le 375e
anniversaire de la fondation de Montréal de la part de Postes Canada,
plutôt qu’un timbre qui célébrerait par exemple le multiculturalisme
moderne. À notre connaissance, aucun timbre à caractère historique n’est
prévu pour ce 375e anniversaire.
Portrait imaginaire de Mathieu da Costa.
Bien que l’histoire de Mathieu Da Costa demeure incomplète [grand prix de l'euphémisme],
l’intérêt pour sa vie et pour le lien unique qu’il avait noué avec
notre pays nous rappelle les valeurs de respect, de tolérance et de
diversité que les Canadiens chérissent tant.
– Deepak Chopra, Président-directeur général de Postes Canada
Extraits d’une chronique intéressante de Louis Corneiller (que nous avons éreinté pour ses dérives d’un étatisme crispé par ailleurs) sur les objectifs du cours d’histoire à l’école. Nous sommes d’accord avec lui que l’école ne doit pas d’abord chercher à former des historiens, mais d’abord à faire connaître une histoire honnête du pays ou du monde où les élèves grandissent. Notons également que nous ne sommes pas non plus pour un cours d’histoire dont la méthodologie ou les moindres lignes seraient prescrites par l’État. Il est légitime de demander aux écoles d’apprendre les grandes lignes de l’histoire du pays où elles se trouvent, mais pas de leur dire comment l’enseigner en détail.
[...]
« L’enseignement de l’histoire à l’école publique sème la controverse depuis plus de cent ans un peu partout dans le monde. Le Québec ne fait pas exception à cette règle », écrivent justement Marc-André Éthier et David Lefrançois dans l’introduction de Quel sens pour l’histoire ?, un ouvrage collectif qui se penche sur le nouveau programme (2016) d’histoire du Québec et du Canada au secondaire.
Les six didacticiens ou enseignants qui signent ce manifeste aiment l’histoire autant que moi et souhaitent, eux aussi, que cette matière occupe une place centrale à l’école. Toutefois, sur la manière, nos conceptions divergent.
Un enseignement scientifique
Éthier, Lefrançois et leurs collègues plaident pour un enseignement scientifique de l’histoire. Pour eux, il importe surtout d’apprendre aux élèves à « penser un peu comme le font les historiens », c’est-à-dire, ainsi que le résument Yelle et Déry, « à faire un travail d’analyse critique des sources selon une question posée pour établir des faits historiques et les organiser afin de mieux répondre aux questions d’aujourd’hui » dans une démarche d’enquête. Pour Éthier et Lefrançois, « c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien ».
Cette approche, plus axée sur les compétences que sur les connaissances, s’oppose à l’enseignement traditionnel de l’histoire nationale, fondé sur la transmission d’un récit chronologique des grands événements du passé. Cette histoire-récit, selon les didacticiens, aurait pour défauts d’être anecdotique, d’imposer une banale mémorisation et de reposer « sur la soumission à l’autorité extérieure », alors que la pratique de la pensée historienne qu’ils prônent permettrait le développement de l’esprit critique et de l’autonomie.
Boutonnet déplore d’ailleurs que le nouveau programme reproduise « des formes traditionnelles, conservatrices et obsolètes de l’enseignement de l’histoire nationale qui ne s’appuient sur aucune donnée probante de la recherche récente en didactique ». Demers, quant à elle, s’inquiète du tour nationaliste que prend ce programme aux allures de « roman national ».
Dans Le bonheur d’apprendre (Points, 1997), le journaliste français François de Closets exprimait son désaccord, que je partage, avec cet enseignement scientifique de l’histoire, qui veut faire acquérir aux élèves « les fondements d’un savoir universitaire dans une pure logique de chercheur ».
L’histoire-récit traditionnelle, reconnaissait-il, a des défauts (elle véhicule quelques clichés), mais elle a « le double mérite de passionner les enfants et de leur fournir d’indispensables repères chronologiques ». Elle s’est d’ailleurs bonifiée, depuis, en intégrant à sa narration principalement politique des thèmes relevant de l’histoire sociale (économie, religion, classes sociales, histoire des femmes et des minorités [Note du carnet : ce n’est pas nécessairement une bonification, car on voit bien l’exploitation politique qui en est faite...†]) et en reconnaissant le pluralisme interprétatif (au sujet de la Conquête, des patriotes, de la Confédération).
Éthier et Lefrançois ont peut-être raison de dire que c’est en faisant de l’histoire que l’on devient historien. Toutefois, on peut penser que le rôle de l’école n’est pas de former des historiens, mais des citoyens qui ont une connaissance honnête de l’histoire, comme on n’enseigne pas la littérature pour former des écrivains, mais des lecteurs.
De même, avoir un regard critique sur notre histoire nationale est certes nécessaire, mais encore faut-il d’abord avoir une bonne connaissance de cette dernière avant de la déconstruire, pour ne pas se complaire dans un procès intempestif du passé.
† On voit ainsi les pouvoirs publics sortir des inconnus de l’obscurité historique la plus totale afin d’étayer une conception moderne et souvent importée de l’histoire du pays (par exemple, le mois de l’Histoire des Noirs importé des États-Unis).
À tel point, par exemple, que Postes Canada « a voulu mettre en avant un personnage historique qui a captivé et émerveillé les esprits, dont l’auréole continue d’étonner les chercheurs, historiens et autres auteurs. » L’émerveillement et l’auréole sont tels qu’il s’agit d’un personnage, Mathieu Da Costa, dont on ne connaît en pratique quasiment rien (on ne sait pas, par exemple, s’il est même venu au Canada, ni s'il était métis plutôt que noir). On comprend l'étonnement... On n’a pour tous documents que de très courtes et vagues mentions à cet homme.
Selon L'Encyclopédie canadienne, «[l]e seul fait connu et vérifiable sur Mathieu da Costa est un document révélant qu’il se trouve en Hollande en février ou mars 1607. » Par un autre document, « plusieurs historiens ont spéculé que da Costa accompagne Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint-Laurent. Cette hypothèse est plausible, mais dans les premiers mois de l’exécution de son contrat, il est certain qu’il n’est pas à bord d’un navire à destination de l’Amérique du Nord. Au printemps 1609, il se trouve plutôt à Rouen en Normandie et le 15 juin de cette même année, Bauquemare met fin à son contrat sous prétexte « que ledict n---- s’est deffaict de moi ». En conséquence de quoi « certains historiens remettent en cause sa venue au Canada en raison du manque de preuves historiques ». C'est bien maigre pour un timbre, mais bon il fallait bien trouver quelqu'un pour illustrer l'histoire des minorités ethniques en Nouvelle-France...
Voir comment Radio-Canada décrit cette initiative difficile de Postes Canada de rendre hommage en 2017 à ce personnage historique « énigmatique ». On attend le timbre commémoratif historique sur le 375e anniversaire de la fondation de Montréal de la part de Postes Canada, plutôt qu’un timbre qui célébrerait par exemple le multiculturalisme moderne. À notre connaissance, aucun timbre à caractère historique n’est prévu pour ce 375e anniversaire.
Portrait imaginaire de Mathieu da Costa.
Bien que l’histoire de Mathieu Da Costa demeure incomplète [grand prix de l'euphémisme], l’intérêt pour sa vie et pour le lien unique qu’il avait noué avec notre pays nous rappelle les valeurs de respect, de tolérance et de diversité que les Canadiens chérissent tant.
– Deepak Chopra, Président-directeur général de Postes Canada
La prévalence de la dépression chez les femmes a doublé en 40 ans, selon une vaste étude publiée par le Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) à l’occasion de son congrès annuel qui s’est tenu à Paris en 2011.
Cette étude, menée par Hans-Ulrich Wittchen de l’Université de Dresde (Allemagne) et ses collègues pendant 3 ans dans 30 pays (ceux de l’Union européenne plus la Suisse, l’Islande et la Norvège) montre que le taux de dépression chez les femmes, âgées de 16 à 42 ans, a doublé depuis les années 1970. La plus grande partie de cette augmentation s’est produite dans les années 1980 et 1990. Les taux sont maintenant stables.
Les femmes ont un risque de dépression évalué de 10 % à 13,4 %, soit deux fois plus élevé que les hommes.
Les chercheurs attribuent cette augmentation aux changements sociaux : cumul du travail extérieur au foyer et de la famille, divorce... Ce serait celles qui sentent qu’elles ne réussissent pas bien à s’occuper de leurs enfants qui seraient plus susceptibles de vivre la dépression. (Étape suivante : une campagne gouvernementale pour déculpabiliser les femmes qui s’occuperaient mal de leurs enfants ?)
Les enfants dont la mère reste à la maison ont de meilleurs résultats à l’école
Rappelons qu’une métaétude, publiée à la fin 2010 par le Macalaster College au Minnesota et l’Université de Californie à partir de 69 enquêtes menées dans le monde entier depuis les années 1960, révèle que les enfants ont tendance à moins bien réussir à l’école si leur mère retourne au travail moins d’un an après leur naissance.
La recherche tendait à affirmer jusqu’ici que la garde non maternelle de l’enfant — quoiqu’ayant un impact négatif sur son bien-être émotionnel et pour son comportement — avait néanmoins des aspects positifs quant au développement cognitif.
La métaétude citée par le Daily Mail de Londres contredit cette affirmation et montre en même temps que les résultats varient selon la classe sociale et la structure familiale.
Ainsi, les enfants de classes moyenne et supérieure qui vivent avec leurs deux parents ont même, en moyenne, de moins bons résultats scolaires que leurs congénères de même classe sociale si leur mère retourne au travail dans les trois ans après leur naissance.
Peu de Hollandaises travaillent à plein temps, elles se disent très heureuses
En 2001, près de 60 pour cent des femmes néerlandaises qui travaillent travaillaient à temps partiel, contre seulement 20 pour cent des femmes canadiennes. Aujourd’hui, le nombre est encore plus élevé, oscillant autour de 75 pour cent. Certaines y voient un progrès, la preuve d’un supplément de liberté personnelle et l’adoption d’un mode de vie équilibré.
Pour d’autres, toutefois, il s’agirait d’une statistique alarmante puisqu’elle tend à indiquer que les femmes hollandaises ont abandonné la lutte à l’égalité dans le domaine de l’emploi salarié. L’économiste Heleen Mees prétend ainsi que la Néerlandaise typique se satisfait désormais de son sort : « Même à l’Université d’Amsterdam, l’université la plus “progressiste” que nous ayons, un de mes étudiants de 22 ans m’a déclaré : En quoi ça vous concerne si ma femme veut préparer des biscuits ? Et les étudiantes étaient d’accord avec lui ! Mais qu’est-ce qui se passe ici ? »
Mme Mees dirige une organisation qui s’appelle Les femmes au sommet dont le but est de pousser les Néerlandaises à entreprendre des carrières ambitieuses. Son slogan : « En finir avec le féminisme à temps partiel ! » Mme Mees souligne que le travail à temps partiel est un des principaux facteurs dans l’écart salarial persistant entre les hommes et les femmes. Notons qu’il n’y a écart qu’à travail égal, ce n’est pas le cas ici, comme le rappelait le Wall Street Journal : « Il n’y a pas d’écart salarial hommes-femmes ». Pour Heleen Mees, il s’agit également d’une question de principe : « Je pense que les femmes instruites ont une obligation morale d’assumer des positions importantes, pour donner l’exemple à leurs filles. »
Mais les Hollandaises semblent rester sourdes à l’appel des sirènes de l’entreprise. Interrogées pour savoir si elles aimeraient augmenter leurs heures, seuls quatre pour cent d’entre elles ont répondu oui, comparées à 25 pour cent pour les Françaises.
Pour Ellen de Bruin, auteur du succès de librairie Ces Hollandaises qui ne ne dépriment pas... Comment font-elles ? (Un clin d’œil au Ces Françaises qui ne grossissent pas... : Comment font-elles ? de Mireille Guiliano) la Néerlandaise typique est naturellement belle, n’est pas esclave de la mode, enfourche son vélo pour faire ses courses, passe beaucoup de temps avec ses enfants et son mari, suit des cours d’art en milieu de semaine, passe avec décontraction l’après-midi à boire du café avec ses amies. Elle aime travailler à temps partiel, gagne moins que son mari, mais ça lui va parfaitement : il paie les factures.
Le livre d’Ellen de Bruin soulignait ensuite que les femmes néerlandaises, comparées aux autres femmes occidentales, se retrouvent constamment au bas des palmarès qui classent les pays en fonction du taux de femmes qui occupent des postes supérieurs dans les entreprises et l’administration, mais qu’elles sont systématiquement classées en haut de ces listes sur le plan du bonheur et du bien-être. En fait, presque tout le monde aux Pays-Bas semble content du statu quo. En 2009, les Pays-Bas arrivaient en tête de tous les pays de l’OCDE pour ce qui est du bien-être global...
D’après un important groupement féministe pour l’égalité des salaires des femmes, leNational Committee for Pay Equity, le 12 avril est la date jusqu’à laquelle les femmes doivent travailler en plus de l’année précédente pour avoir un salaire égal à celui des hommes sur un an : d’après les associations féministes représentées par ce Comité, les femmes touchent 20 % de salaires en moins qu’un homme à travail égal… Les faits et la logique montrent pourtant, de façon répétée, qu’il n’en est rien.
À cette période de l’année, on retrouve un peu partout le même genre d’articles, consacré à l’abhôminable différence de salaire entre les hommes et les femmes.
Pour une école libre avait déjà mentionné, en décortiquant les pages d'un cahier d'activités d'ECR particulièrement féministe, des faits peu connus sur le salaire des femmes et des erreurs de méthode qui conduisent à caricaturer les différences salariales entre les sexes.
Une des erreurs de calcul (« les manipulations » si on n'est pas charitable) est simple, elle consiste à prendre, pour un secteur donné, toute la masse salariale des femmes et de la diviser ensuite par leur nombre. On fait de même côté masculin et on compare les deux. On compare et la comparaison ne laisse aucun doute : les femmes gagnent moins que les hommes « en moyenne ».
Il s'agit là d'un procédé très discutable puisqu’on n’a pas tenu compte des anciennetés, des parcours professionnels, des différences de temps de travail à la journée et dans l’année, des éventuels barèmes…
Cette année, un intéressant article du Wall Street Journal nous fournit quelques éléments supplémentaires de réflexion à ce sujet, nourris par la crise récente qui traverse le monde en général et les États-Unis en particulier.
On note ainsi que les taux de chômage actuel aux États-Unis sont plus haut pour les hommes (9,3 %) que pour les femmes (8,3 %). De plus, le taux d’hommes employés a plus chuté pendant l’année (de 71,4 % à 70,4 %) que pour les femmes (de 58,8 % à 58,3 %). Ces chiffres montrent que plus d’hommes sont découragés dans leur recherche d’emploi que de femmes.
La raison structurelle, au moins en cette période de crise, peut être à chercher du côté des secteurs qui emploient traditionnellement les hommes, comme la construction, le BTP ou les transports, secteurs qui ont subi de plein fouet la crise actuelle.
Or, si l’on accepte que les hommes et les femmes travaillent globalement dans des secteurs différents, on ne devrait pas s’étonner de trouver des différences aussi au niveau des salaires. Tout est, finalement, dans la raison invoquée pour expliquer ces écarts.
Si l’on choisit la version féministe, on mettra rapidement ces disparités sur le dos d’une méchante discrimination ardemment défendue par les vilains patrons, majoritairement « turbolibéraux », donc « acoquinés » avec le Démon moyennant un pacte signé avec leur sang ou celui d’une victime tenue en esclavage dans une cave sombre.
Si l'on s’en tient aux éléments statistiques recueillis avec soin, on se rend compte que la thèse Méchants Patrons et discrimination sexiste … ne vaut rien : les femmes employées à temps complet travaillent en moyenne 8,01 heures par jour, à comparer au 8,75 heures pour les hommes … Et cette différence de 9 % pourrait expliquer, au moins en partie, une différence salariale.
Un autre élément à prendre en compte et très vite oublié par certaines activistes est le type de travail qu’occupent les hommes et les femmes. Et voilà !, statistiquement aussi, un nombre de femmes — suffisant pour être visible sur les grandes masses de populations observées — choisit un travail un peu moins bien rémunéré, mais aux horaires plus réguliers et aux conditions mieux adaptées à leurs demandes. Les hommes, a contrario, choisissent des boulots un peu plus risqués, un peu mieux rémunérés, mais plus contraignants. Cela se traduit d’ailleurs directement dans les accidents sur les lieux de travail, avec une surreprésentation masculine.
Mais le pompon, c’est que la différence salariale homme/femmes tend à diminuer voire s’inverser au détriment de l’homme lorsqu’on tient compte de tous les facteurs définissant un poste donné. Une étude faite en 2010 par Reach Advisor a montré que parmi les travailleurs célibataires et sans enfant de 22 à 30 ans, les femmes gagnaient en moyenne 8 % de plus que les hommes. Si l’on se rappelle que le taux d’instruction et la qualité des diplômes est notoirement meilleure chez les femmes que chez les hommes et que l’ensemble des économies occidentales font de plus en plus appel — par tertiarisation — à des travaux plutôt intellectuels, cet écart ne surprend pas tant que ça.
Le professeur Thomas Sowell sur les idées fausses
en matières de différences salariales entre hommes et femmes
Enfin, à ces éléments statistiques s’ajoute un élément de logique : puisqu'il semble de notoriété publique que les femmes touchent donc systématiquement moins que les hommes à travail égal, pourquoi diable les patrons continuent-ils d’employer des hommes, plus cher de 20 à 30 % ? Les employeurs seraient donc assez malins pour discriminer activement les femmes et les empêcher d’accéder aux postes mieux rémunérés, mais trop sots pour le faire avec les hommes. Sauf à rentrer dans le mécanisme intellectuel douteux du complot mondial, on n’explique guère un tel comportement.
Mais ceci est sans importance puisque le mantra principal, qui pose la discrimination sexuelle comme préalable à toute analyse des différences salariales, est devenu absolument indiscutable au point qu’on ne retrouve plus que lui dans tous les articles de la Grosse Presse et des médias conformistes.
Marieka Klawitter de l’Université de Washington s’est penchée en 2015 sur 29 études portant sur les salaires et l’orientation sexuelle. Elle a publié un compte rendu de sa recherche dans Industrial Relations : A Journal of Economy and Society.
En moyenne, ces études révèlent que les lesbiennes bénéficient d’une prime salariale de 9 % par rapport aux femmes hétérosexuelles. Cet écart a été confirmé par des recherches aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas. L’écart persiste même en ajustant les résultats pour prendre en compte le fait que les lesbiennes sont en moyenne plus instruites que les femmes hétérosexuelles, et moins susceptibles d’avoir des enfants.
Ces résultats semblent battre en brèche l’idée que les lesbiennes seraient discriminées en raison de leur orientation sexuelle. Notons que les hommes homosexuels gagnent en moyenne 11 % moins que les hommes hétérosexuels.
L’étude ne donne pas de raisons à cet avantage salarial pour les lesbiennes. Plusieurs hypothèses circulent.
Certains auteurs supputent que les femmes qui se déclarent ouvertement lesbiennes sont plus compétitives que leurs consœurs hétérosexuelles. Des études révèlent que les hommes sont plus compétitifs que les femmes, ce qui pourrait expliquer, selon certains, une partie de l’écart salarial entre les sexes. Mais un document de travail publié l’an dernier a révélé que, alors que les hommes homosexuels se comportent de façon moins compétitive que les hommes hétérosexuels et que ceci expliquerait environ 40 % de leurs écarts salariaux, il n’y avait aucune différence sur le plan de la compétitivité entre les lesbiennes et les autres femmes.
Mais les lesbiennes n’ont pas nécessairement besoin de se comporter différemment pour gagner plus. Elles pourraient bénéficier de discrimination positive, si les employeurs leur donnent plus de responsabilités en faisant l’hypothèse qu’elles n’auront pas d’enfant et qu’elles pourront ainsi consacrer plus de temps à leur carrière que leurs collègues hétérosexuelles.
Enfin, il se pourrait que les couples de lesbiennes ne se sentent pas obligés de consacrer autant de temps aux tâches ménagères et à la garde d’enfants (qu’elles ont très rarement, voir le graphique ci-contre), ce qui leur donnerait plus de latitude pour réaliser leur potentiel dans le milieu professionnel. Les couples de lesbiennes ont tendance à travailler plus d’heures par semaine, même quand elles ont des enfants, et plusieurs études montrent que les ménages de même sexe partagent les tâches ménagères plus uniformément que les ménages hétérosexuels.
Extraits d’un article de Valeurs actuelles du 7 avril 2016 :
[...]
« Il serait temps que ces militantes qui n’ont été mandatées, que l’on sache, par aucune espèce de “peuple féminin” qu’elles auraient seules vocation à représenter, aient l’obligeance d’exprimer leur ressentiment haineux en leur nom propre et non en celui de toutes les femmes de France et de l’univers qui ne leur ressemblent heureusement pas », écrivait pourtant Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-I. Tel est, en effet, le point crucial : des milliers de femmes ne se sentent pas représentées, ni même seulement concernées, par les combats des féministes. Des milliers de femmes ont envie de leur crier « pas en mon nom ».
C’est à toutes ces femmes (mais aussi aux hommes) que s’adressent trois ouvrages récemment parus, trois ouvrages consacrés chacun à sa manière à la question du féminisme et qui font souffler sur ce sujet un air profondément rafraîchissant.
Il y a Adieu Simone !, de la journaliste Gabrielle Cluzel, dont le titre dit assez bien qu’il s’agit de solder l’héritage du féminisme incarné par Simone de Beauvoir, « une femme rompue, à la plume talentueuse, mais qui donnait la nausée ».
Sous une étonnante similitude de titre, on trouvera aussi Adieu mademoiselle, d’Eugénie Bastié (ci-contre), journaliste au Figaro, déjà épinglée par le magazine l’Express comme nouvelle jeune figure de la « droite réac » et qui se propose d’analyser en quoi la situation présente procède « de ces idées féministes devenues folles ». Enfin, se centrant davantage sur la question de la sexualité, en particulier la sexualité des jeunes, l’une des grandes « conquêtes » de la révolution initiée par Mai 68, on lira Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) de la philosophe et sexologue Thérèse Hargot (lire ci-dessous).
Trois ouvrages. Trois regards de femmes. Un même constat : ce qu’on appelle couramment le féminisme a mené les femmes, les jeunes, la société en général dans une impasse mortifère. « Qu’en est-il réellement de la femme européenne, attaque Gabrielle Cluzel. Qu’a-t-elle vraiment gagné depuis cinquante ans ? Qu’a-t-elle surtout perdu ? Quelles sortes de lendemains qui ne chantent pas se prépare-t-elle ? » Pour répondre à cette question, les principaux articles du catéchisme féministe et progressiste en vigueur sont passés au crible d’une analyse lucide, incarnée, souvent drôle malgré la gravité du sujet.
Le travail des femmes, par exemple. Pour Cluzel, il s’agit d’un combat « plein de bonnes intentions, mais qui se révèle étrange, rigide, coercitif, visant à changer en profondeur la femme. Dans ses habitus et sa nature ». Après la servitude volontaire, la libération forcée. « Plutôt que d’adapter l’économie au destin physiologique des femmes, la potentialité d’être mères, la préoccupation des féministes est d’adapter les femmes à la technostructure de l’économie », reprend Eugénie Bastié qui rappelle la phrase de Chesterton : « Le féminisme pense que les femmes sont libres lorsqu’elles servent leurs employeurs, mais esclaves lorsqu’elles aident leurs maris. »
Le contrôle de la fertilité, ensuite. Si les auteurs concèdent volontiers que pouvoir éviter les grossesses multiples a permis de préserver le corps des femmes et leur a offert de davantage disposer d’elles-mêmes, la banalisation des outils de contrôle - pilule, stérilet - a beaucoup nui à la femme. « Le féminisme a voulu libérer la femme d’elle-même : et ce faisant, il l’a niée », écrit Gabrielle Cluzel. Aujourd’hui près d’une jeune fille de 15 à 19 ans sur deux a déjà pris la pilule du lendemain — une prise de risque étonnante, surtout à l’époque du principe de précaution, et à laquelle de très jeunes personnes se soumettent, totalement à l’insu de leurs parents.
Hier considéré comme une réponse douloureuse donnée à un échec, l’avortement est aujourd’hui le droit « féministe » par excellence, un combat sur lequel il faudrait avancer toujours plus loin, quand bien même il s’en pratiquerait déjà plus de 220 000 par an [en France]. Revenant sur la décision récente visant à supprimer tout élément de réflexion, comme si l’IVG était « le seul acte de la vie d’un être humain pour lequel la réflexion serait une régression », Eugénie Bastié analyse : « Il faut donc à la fois ériger l'avortement en principe fondamental et le fondre dans la pure banalité, les deux objectifs n'étant pas antithétiques, puisque le droit n'a désormais d'autre fonction que de canoniser la tendance. »
Ce que nos deux auteurs pointent aussi du doigt avec un mélange d'humour et de commisération, c'est le caractère dérisoire de toutes ces luttes : voilà un féminisme qui forme des comités, rédige des dépêches, fomente des « actions coup de gueule » pour corriger une langue jugée toujours trop sexiste ou faire interdire des jouets encore trop "genrés", mais ne se soucie pas du sort des femmes en terre d'islam, sauf pour dénoncer une improbable "extrême droite musulmane" responsable, par exemple, des agressions de Cologne. Un féminisme qui lutte contre la publicité. Contre les "violences symboliques" (et assez peu contre les violences réelles, comme l'excision ou les mariages forcés, trop exotiques). Qui traque "le sexisme bienveillant" de la politesse, de la galanterie, de la phrase "les femmes et les enfants d'abord", qui veut débaptiser les écoles maternelles...[...]
Mais une ère nouvelle s'ouvre. Comme l'écrivait déjà Élisabeth Lévy, qui exerce son talent critique sur ce sujet depuis longtemps déjà : « Le prochain combat féministe, c'est celui qu'il faut livrer à ce faux féminisme qui, sous couvert de défendre les femmes, veut les assigner à une norme. » La voilà désormais entendue.
Presse féminine Zélie contre la pensée unique
[...] Pour Solange Pinilla, littéraire passée par le journalisme, aujourd'hui jeune mère de famille, rien dans la presse dite "féminine" n'était à même de saisir la femme de manière plus globale : dans ses dimensions physique, intellectuelle, affective, spirituelle. De fait la lecture, même superficielle, de cette presse est édifiante. Son credo tient en trois mots : consommation, hédonisme, air du temps. Ou en "3M" : mode, maquillage, mecs. « Hé, les gars ! C'est comment d'avoir un pénis ? » (Biba, mars 2016). « Sexe : oublier un bon coup... c'est possible ? » (Cosmopolitan, mars 2016), « Bisexualité des stars, la fin d'un tabou » (Elle), etc. Comment changer les choses ? « Je ne voulais pas mener une réflexion théorique sur la femme, reprend Solange Pinilla, mais proposer des sujets qui concernent les femmes d'aujourd'hui et d'hier, des sujets incarnés, avec des exemples concrets. » Ce sera Zélie, un magazine "100 % féminin, 100 % chrétien", sous forme d'un mensuel gratuit sur Internet. Zélie, en hommage à Zélie Martin, la mère de sainte Thérèse, récemment canonisée avec son époux Louis. Zélie, mère de famille, mais également chef d'entreprise et qui fit même travailler son mari - comme une façon d'échapper à tout cliché. Après sept numéros, le magazine compte déjà plus de huit mille lectrices (et sans doute quelques lecteurs). On y parle de tout : de femmes n politique, de décoration, des méthodes naturelles, des dominicaines, de l'accueil de l'enfant, des chrétiennes d'Orient, de la relaxation... Pour une autre image de la femme. www.magazine-zelie.com
Sexualité Une jeunesse libre et perdue
Il faut lire l'ouvrage de Thérèse Hargot (ci-contre en classe). Non parce que l'auteur est qualifiée de « nouveau visage du puritanisme » par l'hebdomadaire [très bobo] Les Inrockuptibles, ce qui serait déjà l'indication d'une personne de qualité, mais parce que ce livre donne parfaitement à voir le désarroi dans lequel la libération sexuelle voulue par Mai 68 a jeté la jeunesse d'hier et d'aujourd'hui.
Avec énormément d'empathie, Thérèse Hargot, elle-même enfant de la pilule,du divorce, de l'avortement de masse (elle est née en 1984), et maintenant mère de famille, donne à voir et à comprendre les questions, les angoisses, les névroses de jeunes hommes et de jeunes femmes que l'on a voulu, depuis trois générations, "libérer"des "tabous" liés à la sexualité. Elle les a écoutés, elle est intervenue auprès d'eux dans les classes, elle raconte : la banalisation de la culture porno, l'obsession de l'orientation sexuelle, la confusion identitaire, la déshérence affective et, malgré tout, l'aspiration du plus grand nombre à l'amour, au couple, à l'équilibre. Édifiant et salutaire.
À lire
Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), de Thérèse Hargot, Albin Michel, 224 pages, 16 €.
Adieu mademoiselle, d'Eugénie Bastié, Les Éditions du Cerf, 224 pages, 19 €.
Adieu Simone ! , de Gabrielle Cluzel, Le Centurion, 128 pages, 11,90 €.