dimanche 27 août 2023

Au lieu du seuil de 50 k nouveaux venus au Québec, il y en a eu 155 k sans compter les « réfugiés » en très forte hausse

Les enjeux liés à l’immigration au Canada et au Québec n’ont pas fini de faire la manchette. Au Québec, l’an dernier, en 2022, selon l’Institut de la statistique du Québec, il y a eu 80 700 naissances et 78 400 décès.  [...]


Quand on considère le problème aigu de la pénurie de logements, le manque de places dans les services de garde et l’état précaire de notre système de santé et de services sociaux, sans parler des défis engendrés par une croissance de ce type dans le dossier de l’avenir du français au Québec[, il n'est pas évident qu'une forte immigration soit un bienfait]

Pour réfléchir rigoureusement et sereinement à cette question, Anne Michèle Meggs est la personne toute désignée. D’origine ontarienne, Meggs est diplômée en études canadiennes et vit en français, à Montréal, depuis des décennies. Elle a dirigé le cabinet du ministre ontarien des Affaires francophones avant de travailler comme directrice de la planification au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec.


Dans L’immigration au Québec. Comment on peut faire mieux (Renouveau québécois, 2023, 204 pages), un recueil de chroniques d’abord parues dans L’aut’journal depuis 2019, elle montre avec efficacité que le dossier de l’immigration au Québec est complexe, souffre d’une gestion désordonnée et charrie son lot de mythes.

Meggs ne s’oppose pas à l’immigration. Cette dernière, note-t-elle, « fait partie de l’histoire de l’humanité » et n’a rien de condamnable. On migre pour avoir une meilleure qualité de vie, pour fuir les conflits, la persécution ou les catastrophes naturelles, et ça se comprend. « L’immigration est un projet foncièrement humain », écrit Meggs.

[...]

D’abord, les idées fausses entretenues au sujet de l’immigration nuisent à la rigueur du débat. Non, redit Meggs en citant des experts, l’immigration n’est pas une solution à la pénurie de main-d’œuvre et au vieillissement de la population. Non, ajoute-t-elle, le déclin du français n’est pas d’abord le résultat de l’immigration, mais celui du faible taux de natalité des francophones, de leur anglicisation et de leurs comportements linguistiques : engouement pour la culture et pour les cégeps anglophones, indifférence à l’égard du statut du français, exigence de l’anglais en entreprise, etc.

[Comme le souligne Frédéric Lacroix, l'immigration est bel et bien une bonne partie du problème, mais pas la seule, la faible démographie des francophones, la faible assimilation au français, notamment, en étant d'autres:
 
]

« La société d’accueil, écrit Meggs, a le devoir de créer un espace propice à l’intégration en français [des personnes immigrantes]. » Elle est souvent loin d’être à la hauteur de cette mission. Les efforts de francisation déployés par le gouvernement du Québec, notamment en milieu de travail, ne méritent pas non plus la note de passage.

Le principal obstacle à une bonne compréhension du dossier de l’immigration au Québec est toutefois le tripotage des chiffres. Alors qu’on se demande si notre capacité d’accueil — une notion qui n’a jamais été rigoureusement définie — est de 30 000 ou de 70 000 immigrants, le Québec en accueillait, en 2022, 155 400, c’est-à-dire 68 700 personnes admises à la résidence permanente et 86 700 personnes détentrices d’un permis de séjour temporaire (étudiants étrangers et travailleurs), cela sans compter les demandeurs d’asile.

Tout le débat, dans ces conditions, est faussé puisque les temporaires, plus nombreux que les permanents, échappent à la réflexion sur les seuils et aux efforts d’intégration en français qui devraient être déployés par le gouvernement du Québec.

En vertu de l’Accord Canada-Québec sur l’immigration signé en 1991, explique Meggs, le Québec pourrait exiger que les immigrants temporaires soient inclus dans le calcul annuel du nombre d’immigrants qu’il veut recevoir. Il pourrait aussi ajouter des conditions linguistiques à cet accueil, mais il ne le fait pas, sauf quand il déplore, mollement, le refus fédéral des demandes de permis d’études pour de jeunes Africains francophones.

Pour avoir une politique d’immigration efficace et humaine, le Québec devrait pouvoir gérer seul l’ensemble du dossier, c’est-à-dire être indépendant, note justement Meggs. En attendant, Justin Trudeau et François Legault disent et font un peu n’importe quoi.

Source : Le Devoir

Les demandeurs d’asile liés à une hausse record des assistés sociaux au Québec

En un an, le nombre de demandeurs d’asile prestataires de l’aide sociale au Québec est passé de 17 544 à 40 142. 

Le nombre de ménages prestataires de l’aide sociale au Québec a enregistré cette année sa plus forte augmentation en plus de 25 ans. Une hausse en grande partie provoquée par l’afflux record de demandeurs d’asile dans la province et aux délais d’Ottawa pour leur délivrer des permis de travail.

 


Cet afflux de réfugiés au pays entraîne des dépenses supplémentaires pour le gouvernement du Québec. Uniquement en prestations du Programme d’aide sociale, qui s’élèvent en moyenne à 850 $ par mois, la prise en charge des demandeurs d’asile a coûté environ 35 millions de dollars en juin. [Il y a d'autres frais à ajouter : ceux liés par exemple à la santé ou à la scolarité des enfants.]

Au Canada, l’accueil des demandeurs d’asile relève d’abord de la responsabilité du gouvernement fédéral. C’est la raison pour laquelle depuis 2017, Québec demande à Ottawa le remboursement de l’ensemble des dépenses encourues pour leur prise en charge.

Canada — immigration de masse ou État-Providence, il faut choisir

Alors que le cabinet fédéral récemment remanié se réunissait il y a deux semaines à l’Île-du-Prince-Édouard, le gouvernement libéral du Canada s’est retrouvé pris dans un terrible dilemme : essayer de concilier ses objectifs « ambitieux » en matière d’immigration avec ses efforts pour maîtriser la crise nationale du logement abordable. En effet, même les plus hauts responsables du parti semblent ignorer délibérément la corrélation évidente entre la croissance démographique record du Canada, alimentée par l’immigration, et la grave pénurie de logements abordables. Ils refusent également de reconnaître le fait mathématique que l’arrivée de plus d’un demi-million de nouveaux immigrants au Canada chaque année ne fera qu’aggraver le problème.

Prenons, par exemple, la logique circulaire proposée par le nouveau ministre de l’Immigration Marc Miller il y a deux semaines. Répondant à une question sur l’accessibilité du logement, M. Miller a déclaré : Le gouvernement fédéral rend le logement plus abordable :
Le gouvernement fédéral rend le logement plus abordable et fait venir les travailleurs qualifiés nécessaires pour construire plus de maisons. Sans ces travailleurs qualifiés venant de l’étranger, nous ne pouvons absolument pas construire les logements et répondre à la demande actuelle.
Démêlons cette logique déconcertante : le ministre affirme que pour sortir de la crise du logement, il faut augmenter la demande en faisant venir davantage d’immigrants alors que ces travailleurs qualifiés auront besoin d’un endroit où se loger pendant qu’ils construisent des maisons pour le reste d’entre nous… Le refus abject de son gouvernement de considérer l’immigration autrement que comme une panacée rappelle le vieil adage : « Si le seul outil dont vous disposez est un marteau, tout ressemble à un clou ».

Mais alors que notre gouvernement reste profondément dans le déni, de nombreuses personnes au Canada (y compris à gauche) remettent ouvertement en question l’orthodoxie pro-immigration de longue date. Des articles demandant si nous accueillons « trop » d’immigrants — une question que peu de personnes en dehors de la blogosphère de droite osaient poser jusqu’à récemment — apparaissent de plus en plus fréquemment, même dans les médias de gauche. Il est tout à fait stupéfiant de voir les grands pontes débattre aussi ouvertement de ce sujet autrefois tabou.

Ce changement de ton est peut-être aussi le signe que le « dilemme du progressiste », qui se pose depuis des décennies dans une grande partie de l’Occident, est enfin arrivé au Canada.

D’une manière générale, le dilemme du progressiste pose une tension insoluble entre l’immigration de masse et le maintien des liens de solidarité sociale nécessaires pour soutenir les politiques sociales de redistribution. Cette thèse repose sur la logique selon laquelle les citoyens se sentent moins obligés de contribuer au bien collectif lorsqu’ils se reconnaissent moins dans leurs concitoyens (c’est-à-dire en ce qui concerne la langue, la race, l’appartenance ethnique, la religion et d’autres marqueurs d’identité).

Cette logique convaincante explique pourquoi des pays relativement homogènes comme la Suède et la Norvège ont des États-providence plus importants que des pays très diversifiés comme le Royaume-Uni et la France. Elle explique également comment certains des partis politiques européens les plus prospères associent le soutien à des politiques sociales généreuses à une xénophobie et un nativisme manifeste. (Le parti hongrois Fidesz est peut-être le meilleur exemple de cet archétype).

On a longtemps pensé que le Canada était à l’abri de cette dynamique, conciliant depuis des décennies des niveaux élevés d’immigration avec un État-providence relativement solide. En fait, il existe une littérature assez importante dans le domaine des études migratoires qui réfléchit aux fondements de l’« exceptionnalisme canadien » à cet égard. 
 
Mais le récent changement de ton concernant la politique d’immigration du gouvernement libéral, et en particulier le discours de plus en plus répandu selon lequel cette politique exacerbe la crise du logement, suggère que nous sommes peut-être sur le point de vivre notre propre dilemme progressiste « made in Canada ».

Les critiques de la politique d’immigration des libéraux se sont abstenues de cibler les Néo-Canadiens eux-mêmes. Au contraire, de récents articles de presse ont présenté les nouveaux arrivants sous un jour favorable, estimant qu’ils avaient été trompés par une campagne nationale de recrutement trop zélée (et carrément trompeuse). Une récente série d’articles a relaté les difficultés rencontrées par des dizaines de demandeurs d’asile contraints de vivre dans des campements de rue pendant des semaines en raison du manque de places dans les centres d’hébergement d’urgence de Toronto. De nombreux médias ont également fait état de la tendance des nouveaux immigrants à quitter le Canada et à retourner dans leur pays d’origine.

Le discours public évite également l’omniprésence de l’image de l’immigré « profiteur ». Au contraire, les médias et les politiciens dépeignent la plupart des immigrants Canadiens comme des contributeurs potentiels enthousiastes à l’économie canadienne qui sont trop souvent empêchés de saisir les occasions économiques par la faute de barrières réglementaires. Ainsi, des dirigeants politiques de tous bords ont demandé aux organismes professionnels d’accélérer le processus de reconnaissance des diplômes étrangers parfois de manière démagogique (est-ce qu’un diplôme congolais vaut vraiment un diplôme suisse ?).
 
Dans l’ensemble, les Canadiens anglais semblent encore satisfaits du caractère multiethnique du pays, et nombre d’entre nous considèrent encore le multiculturalisme comme une source de fierté nationale. En fait, l’une des répliques les plus applaudies du chef du parti conservateur, Pierre Poilievre, est « Peu importe… si vous vous appelez Smith ou Singh, Martin ou Mohammed ». Est-ce un signe que le Canada reste à l’abri de certains des courants nationalistes qui sous-tendent les politiques anti-immigration dans d’autres pays ?

Dans l’ensemble, les Canadiens anglais semblent encore satisfaits du caractère multiethnique du pays, et nombre d’entre nous considèrent encore le multiculturalisme comme une source de fierté nationale. En fait, l’une des répliques les plus applaudies du chef du parti conservateur, Pierre Poilièvre, est « Peu importe… si vous vous appelez Smith ou Singh, Martin ou Mohammed ». Est-ce un signe que le Canada reste à l’abri de certains des courants nationalistes qui sous-tendent les politiques anti-immigration dans d’autres pays ?

Après des décennies de maintien d’un équilibre relativement harmonieux entre des niveaux élevés d’immigration et de protection sociale, le Canada semble enfin se trouver au bord du dilemme du « choix de Sophie » qui a longtemps frappé les autres sociétés occidentales : un conflit à somme nulle entre le maintien de niveaux élevés d’immigration et la préservation de la protection sociale pour les Canadiens de tous les jours.

Le gouvernement pro-immigration et pro-protection sociale de Trudeau pourrait bientôt découvrir qu’il ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.

samedi 26 août 2023

« Sur l’immigration, les chiffres sont manipulés »

Le consultant international sur l’Afrique et les migrations regrette l’absence, à gauche comme à droite, d’approche purement scientifique du rapport coût/bénéfices de l’immigration. Extrait issu du « Figaro Magazine.



— Vous dénoncez une « désinformation » sur la question du coût de l’immigration. Qui en est responsable ?

Jean-Paul GOURÉVITCH. — En 2010, l’économiste Xavier Chojnicki, de l’université de Lille-III, a mené à la demande de l’État une évaluation du rapport coûts/bénéfices de l’immigration pour notre système social pour l’année 2005. Il laissait de côté les coûts régaliens, sécuritaires, sociétaux, humanitaires, le surcoût des migrations irrégulières… Surtout il ne prenait pas en compte les coûts engendrés par les descendants directs d’immigrés. Sa première étude, qui aboutissait à un solde positif de 12 milliards, ayant provoqué un tollé, il en a refait une dans laquelle ce solde n’était plus que 3,9 milliards.

Et finalement en 2018, dans l’étude du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), il a admis que le solde était négatif. Je ne remets pas en cause son honnêteté intellectuelle, mais celle des médias et des politiques qui ont manipulé son travail pour dire que l’immigration rapportait plus qu’elle ne coûtait. Une partie de la presse a décidé que ces sujets n’étaient pas prioritaires, et que les drames individuels ou collectifs des migrants étaient beaucoup plus importants.

— La question ne fait toujours pas consensus aujourd’hui…

— Aucun économiste scientifique, quelle que soit son orientation politique, ne vous dira que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte, pour une raison précise : le nombre d’immigrés qui travaillent est très inférieur à celui des immigrés qui ne sont pas encore en âge de travailler ou qui ne travaillent pas. Prenons l’exemple des descendants directs des immigrés d’Afrique subsaharienne : selon l’Insee, 56 % sont mineurs, donc ne travaillent pas, et une partie de ceux qui pourraient travailler est au chômage.

— Vous parlez de manipulation à gauche. Et à droite ?

Arabie séoudite — Deux cours de chinois par semaine au secondaire

Des supporters de football séoudiens apprennent à écrire des caractères chinois à l’extérieur du stade Lusail au Qatar, le 22 novembre 2022
 
Les autorités éducatives d’Arabie séoudite auraient demandé à toutes les écoles secondaires publiques et privées d’assurer deux cours de chinois par semaine. Des experts ont déclaré jeudi que cette mesure aurait des « conséquences importantes » en offrant aux élèves la possibilité d’apprendre le chinois et de découvrir une culture différente. Elle témoigne également de l’intensification de la collaboration entre les deux pays dans le domaine de l’éducation.

La quatrième période de chaque dimanche et de chaque lundi sera consacrée à l’enseignement du chinois, a rapporté mardi la Saudi Gazette. 

Il s’agit d’une nouvelle « positive » pour l’enseignement du chinois en Arabie séoudite, car les écoles ont accueilli plus de 7 millions d’étudiants au cours du nouveau semestre, a déclaré Chen Ming, un professeur qui enseigne le chinois à l’Université du Roi Séoud, au Global Times jeudi.

Selon les médias, plus de 7 millions d’étudiants séoudiens ont repris le chemin des écoles et des universités le 20 août, premier jour de la nouvelle année académique. 

Le plan d’enseignement a des « répercussions importantes » et constitue également une autre « initiative majeure » depuis que l’Arabie saoudite a accepté d’inclure la langue chinoise dans le programme des écoles et universités séoudiennes en 2019, a déclaré jeudi au Global Times Li Bowen, professeur de langue chinoise à l’Université du roi Abdoulaziz et directeur adjoint du Centre de test de compétence en chinois à Riyad.

 
 En 2019, les deux pays ont convenu d’inclure la langue chinoise dans le programme d’études à tous les stades de l’éducation dans les écoles et les universités d’Arabie saoudite, afin d’enrichir la palette culturelle des étudiants.

La popularisation des cours de chinois dans les écoles primaires et secondaires peut « offrir davantage de débouchés » aux étudiants qui se spécialisent en chinois, et encourager davantage de personnes à apprendre le chinois, selon M. Li.

Bien que l’enseignement du chinois en Arabie séoudite soit entré dans une période de développement accéléré, il demeure inégal dans les différentes régions du pays. Par exemple, dans les 13 régions d’Arabie saoudite, la population étant principalement concentrée à Riyad et à Djeddah, les cours de chinois sont aussi principalement offerts dans ces deux villes, a expliqué M. Li.

À la fin de l’année 2022, 11 universités séoudiennes au total auront mis en place des cours de chinois. Parallèlement, le nombre d’établissements d’enseignement et de formation en chinois augmente rapidement, a ajouté M. Li.  

L’apprentissage du chinois connaît actuellement un engouement de la part des Séoudiens, car beaucoup d’entre eux pensent qu’ils auront plus de perspectives à l’avenir s’ils parlent chinois, a noté Chen. Entre-temps, de nombreux enseignants comme Chen travaillent dans ce domaine pour promouvoir l’enseignement du chinois en Arabie séoudite et faciliter la coopération entre les deux pays. 
 
La Chine et l’Arabie séoudite ont convenu de continuer à faire de leurs relations bilatérales une priorité et de construire un modèle de solidarité et de coopération mutuellement bénéfique pour les pays en développement, selon une déclaration commune publiée par les deux pays en décembre 2022.
 
L’Arabie saoudite intéressée par les centrales nucléaires chinoises
 
L’information est sortie juste au lendemain de l’annonce de l’entrée de l’Arabie saoudite dans le club des BRICS ( (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Riyad évaluerait une offre chinoise pour la construction d’une centrale nucléaire, selon le Wall Street Journal.
 
La portée de cette éventuelle collaboration industrielle dépasse de loin le seul domaine de l’énergie atomique, car si elle se concrétisait, elle aurait une longue portée géopolitique. On peut y voir l’importance que l’alliance des Brics, renforcée par six nouveaux pays accueillis jeudi au sommet de Johannesburg, veut se donner, comme un bloc anti-G7. La construction de réacteurs chinois en Arabie saoudite confirmerait aussi, puissamment, la prise de distance de Riyad par rapport à Washington, son protecteur historique. Enfin, elle alimenterait, via le royaume wahhabite, l’affrontement politico-commercial qui oppose depuis 2018 la Chine et les États-Unis.

Le grand écart : ce fossé qui se creuse entre les valeurs « occidentales » [progressistes] et celles du reste du monde

On a longtemps pensé que les différences culturelles entre les grandes civilisations allaient s’estomper avec le temps et le développement économique. Mais tel n’est pas le cas.

 
The Economist  (voir la traduction de la majorité de l’article ci-dessous) souligne, en s’appuyant sur le World values survey, que contrairement à ce qu’on a longtemps pensé, les valeurs occidentales divergent du reste du monde. À quel point ce phénomène est-il marqué ?

Vincent Tournier — On a longtemps pensé que les différences culturelles entre les grandes civilisations allaient s’estomper avec le temps et le développement économique. Telle était la thèse optimiste qui a été avancée par Francis Fukuyama au début des années 1990, au moment de la chute de l’URSS et au début de la mondialisation. Le politologue américain Ronald Inglehart, décédé récemment, qui est le concepteur des World Values Survey (WVS), est allé dans le même sens. Sa réflexion a été fortement influencée par le contexte français puisqu’il est venu en France lors des événements de Mai-1968. Il a pensé qu’une profonde transformation des valeurs était à l’œuvre qui se caractérisait par le déclin du nationalisme, de la religion et du consumérisme au profit de ce qu’il appelait les valeurs post-matérialistes : l’autonomie individuelle, la recherche du bien-être, l’engagement civique. Pour désigner cette mutation, il parlait d’une « révolution culturelle ». Ses principaux ouvrages datent des années 1990, au moment où l’optimisme était à son maximum.

Assez rapidement toutefois, les données ont indiqué que son schéma évolutionniste ne marchait pas complètement. Alors que les pays occidentaux connaissent toujours un processus de libéralisation des mœurs, ce que vient de confirmer une équipe française dirigée par Pierre Bréchon qui travaille sur les données européennes des WVS, les comparaisons internationales montrent que les zones de fracture sont toujours très nettes. Même si la plupart des pays évoluent, il y a toujours des différences très fortes entre les grandes ères civilisationnelles : l’Asie, l’Amérique latine, l’Europe et ses divisions (protestants, orthodoxes et catholiques), le monde musulman.

— Concrètement, quelles sont les valeurs où l’on observe les écarts se creuser ?

Vincent Tournier Les principaux points de clivage portent sur le rapport à l’autorité, aux hiérarchies sociales, à la religion et aux mœurs. Ce dernier point occupe une place particulièrement saillante, notamment la question de l’homosexualité. Le rapport à l’homosexualité cristallise les antagonismes. Les pays occidentaux voient l’homosexualité comme une situation légitime qui mérite de recevoir une pleine reconnaissance sociale et juridique, alors que le reste du monde, à des degrés divers, considère que l’homosexualité est une situation anormale qui doit rester tabou ou cachée [ou punie…]. Précisons que cette divergence ne concerne pas seulement les hommes, car, dans la plupart des pays, les deux sexes ont généralement des opinions assez proches sur les mœurs.

— Y a-t-il néanmoins des thématiques où une convergence s’opère ?

Vincent Tournier — Les convergences se font plutôt au sein des zones civilisationnelles. C’est particulièrement le cas en Europe occidentale : les pays du sud, traditionnellement plus catholiques, ont tendance à se rapprocher des pays protestants du nord sur les questions de société.

Pourquoi pensait-on, notamment Inglehart, que, avec le temps, les valeurs allaient converger ?

Vincent Tournier — La thèse de Ronald Inglehart est que la sécurité matérielle conditionne les valeurs individuelles : plus la sécurité progresse, plus les individus ont tendance à adhérer aux valeurs post-matérialistes. Ce schéma n’est pas faux : le développement des valeurs individualistes à partir des années 1960 doit beaucoup à la hausse du pouvoir d’achat et du niveau d’éducation, ainsi qu’à la mise en place de la sécurité sociale et au bouclier américain, autant de facteurs qui ont créé un environnement rassurant, ce qui permet par exemple aux individus de prendre leurs distances avec la religion.

Mais Inglehart a sous-estimé plusieurs éléments. Il a d’abord eu une vision radicale de l’opposition entre les valeurs matérialistes et les valeurs post-matérialistes. Non seulement le consumérisme n’a pas disparu en Occident, y compris dans les milieux éduqués, mais dans le reste du monde, la hausse du niveau de vie n’a pas toujours fait reculer les valeurs traditionalistes. Ensuite, Inglehart n’a pas vu que, en Occident, la sécurité matérielle pouvait s’accompagner d’une insécurité psychologique et existentielle, ce qui se manifeste notamment par de nouvelles formes de religiosités telles que les croyances ésotériques ou complotistes. Même la Silicon Valley semble gagner par un technomessianisme empreint de religiosité.

Enfin et surtout, Inglehart a mal évalué les réactions de rejet que pouvaient susciter les valeurs post-matérialistes. Il en a pris conscience tardivement, dans un ouvrage intitulé Cultural backlash, que l’on pourrait traduire par « retour de balancier ». En voulant trop analyser les valeurs à partir de la psychologique individuelle, il a oublié que les valeurs ont aussi une dimension politique, ce qui signifie qu’elles peuvent se politiser et devenir un objet de conflit. On l’a vu en France lors de la loi sur le mariage gay et on le voit aujourd’hui avec les débats sur la GPA ou l’euthanasie. C’est aussi le cas avec l’immigration qui est devenue un point de polarisation très important dans beaucoup de pays occidentaux.

— Qu’est-ce qui peut expliquer que, plutôt que de converger, les valeurs divergent ? Faut-il s’en inquiéter ?

Vincent Tournier — L’économie ne fait pas tout. Le développement économique n’a pas d’effets mécaniques et systématiques. Malgré les progrès, beaucoup de régions du monde sont loin de bénéficier d’un environnement aussi sécurisé que celui que connaît l’Occident, lequel constitue finalement une exception dans le monde actuel.

De plus, il ne faut pas sous-estimer la dimension répulsive des valeurs individualistes. Les polarisations que l’on observe au sein des pays occidentaux se retrouvent aussi au niveau international. Le libéralisme des mœurs ne s’exporte pas facilement. Il est d’autant moins attractif qu’il est perçu comme le symbole de l’Occident. Les pays occidentaux sont fiers de leurs valeurs et ils sont tentés d’en faire une référence universelle. Curieusement, alors que l’histoire coloniale de l’Europe est regardée avec horreur, cette ambition moralisatrice n’est pas perçue comme une forme de néo-colonialisme. Or, pour beaucoup de pays, ces injonctions moralisatrices relèvent d’un interventionnisme inacceptable. Du Brésil à la Russie sans oublier les pays musulmans, le sentiment se développe que les Occidentaux veulent imposer un modèle de société qui n’est pas forcément conforme à leur culture. 

Repoussoir pour beaucoup dans le Tiers-Monde : Macron reçoit à l’Élysée des « artistes » pratiquant une danse urbaine qui trouve son origine dans la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) noire américaine.

Le problème est que les pays occidentaux considèrent que ces valeurs libérales ou individualistes sont consubstantielles à la démocratie elle-même. En somme, elles sont censées former un tout indissociable : si vous voulez être démocrate, il faut aussi souscrire au panel de valeurs que les Européens ont défini comme incontournables. Cette confusion entre la politique et la morale n’est pas saine, car elle peut rendre la démocratie moins désirable. Si beaucoup de gens aspirent à vivre dans un régime démocratique, tout le monde n’a pas forcément envie de copier le mode de vie occidental. C’est une des raisons qui peut expliquer le désamour pour la démocratie et le regain d’intérêt pour les pouvoirs autoritaires. En Afrique, les pays qui se présentent comme des contre-modèles occidentaux (Chine, Russie, Turquie, pétromonarchies) rencontrent un certain succès. Dans le cas du Sahel, où plusieurs coups d’État se sont produits (Mali, Burkina Faso, Niger), une partie du sentiment anti-français peut aussi venir de là. Le modèle français fait d’autant moins rêver que les gouvernements africains, soutenus par la France, sont accusés de corruption et d’inefficacité dans la lutte contre le djihadisme. De ce point de vue, la théorie de Inglehart n’est pas totalement dépassée : c’est parce que les habitants de ces régions se sentent en insécurité qu’ils ne sont pas prédisposés à accueillir dans la joie les valeurs post-modernes. 

Source

 

Extraits de l’article de The Economist

EN 1981, plus de 40 % de la population mondiale vivait dans l’extrême pauvreté. Mais la croissance économique commençait à s’accélérer dans les pays en développement. Ron Inglehart, professeur à l’université du Michigan, organise une enquête mondiale pour vérifier la théorie selon laquelle, lorsque les paysans échappent à la pauvreté, ils commencent à penser et à se comporter différemment, comme l’ont fait les gens dans le passé lorsqu’ils ont rejoint les classes moyennes.  

Ils pourraient accorder une plus grande priorité à l’éducation, à l’élargissement des connaissances de leurs enfants, que ne l’avaient fait leurs propres parents. Ils pourraient accorder plus d’importance à leur propre expérience et à leur raisonnement, et moins aux livres religieux ou à l’autorité des rois. Et peut-être que ces nouvelles façons de faire, ces valeurs fondamentales, commenceraient à converger dans le monde entier. Inglehart pensait que l’on pouvait tester ces éléments en posant des questions révélant des valeurs sous-jacentes telles que « Quelle est l’importance de la religion dans votre vie ? », « Seriez-vous heureux de vivre à côté d’un étranger ? » et « Pouvez-vous faire confiance à la plupart des gens ? ».  

 Quarante ans plus tard, seuls 8 % de la population mondiale sont encore en situation d’extrême pauvreté ; plus de la moitié, selon certaines mesures, font partie de la classe moyenne. Le World Values Survey (WVS), le bébé d’Inglehart, est devenu le plus grand réseau de recherche sociale au monde. Tous les cinq ans environ, ses chercheurs se rendent sur le terrain pour interroger, aux dernières nouvelles, près de 130 000 personnes dans 90 pays. Pourtant, la dernière vague de résultats, qui couvre la période 2017-22, ne confirme que partiellement l’idée selon laquelle les valeurs fondamentales tendent à converger à mesure que les gens s’enrichissent. De manière significative, les différences entre les modes de pensée des différentes parties du monde semblent se creuser.
 
Inglehart (décédé en 2021) a soutenu que la sécurité — ou, pour être précis, l’insécurité — est à l’origine de la façon dont les gens pensent et de ce à quoi ils accordent de la valeur. Dans un monde incertain où les enfants ou les récoltes peuvent être anéantis par la maladie ou la sécheresse du jour au lendemain, la famille est souvent le seul rempart contre le désastre, tandis que l’église, la mosquée ou le temple sont les principaux pourvoyeurs de consolation ou d’explication. Mais à mesure que la richesse s’étend, l’insécurité de base recule. Dans un environnement plus stable, les gens peuvent penser davantage par eux-mêmes.
 
Inglehart pensait que ce processus se produisait sous deux formes légèrement différentes. Il a inventé des méthodes pour mesurer chacune d’entre elles.
  

La première évalue l’influence des sources d’autorité coutumières, telles que la famille et la religion. À une extrémité de ce spectre se trouve le respect de la tradition. À l’autre extrémité, on trouve les croyances laïques et une pensée plus scientifique. C’est ce qu’il a appelé l’axe « tradition-laïcité ». Votre position sur cet axe dépend de vos réponses à des questions telles que « Croyez-vous en Dieu ? » et « Quelle est l’importance de l’obéissance chez les enfants ? ».

La deuxième mesure évalue l’attachement des personnes à un groupe d’appartenance. À une extrémité, on trouve une association étroite avec une ethnie, une nation ou une race ; il y a une division nette entre « nous » et « eux ». À l’autre extrémité, on trouve un plus grand individualisme et le fait de penser par soi-même. Cette approche repose sur des questions telles que « Pouvez-vous faire confiance à la plupart des gens ? » ou « Seriez-vous prêt à signer une pétition ? ». Il s’agit d’une sorte d’indice de tribalisme politique, bien que les chercheurs soient trop polis pour l’appeler ainsi. L’ensemble de ces indices crée une carte des valeurs mondiales. 

Les populations voisines se regroupent librement :

  • Les Européens dans une région,
  • les Latino-Américains dans une autre,
  • les pays africains et islamiques dans une troisième, etc.

Et les valeurs ont tendance à ne pas changer rapidement.  Comme le dit Pippa Norris, l’un des coauteurs de l’étude d’Inglehart, « si elles changent, il s’agit d’opinions et non de valeurs ».  Mais au cours des dernières décennies, on a assisté à un changement substantiel — et extraordinaire.

  •  Les pays orthodoxes sont devenus plus traditionnels.
  •  Les pays latino-américains le sont moins.
  •  Les pays anglophones se distinguaient clairement des Européens protestants (dont l’appartenance religieuse est plus forte), mais les deux groupes sont devenus plus difficiles à distinguer.

[Si l’on compare les résultats de l’enquête de 1998 à ceux d’aujourd’hui, on constate que dans les deux cas], les Européens protestants sont les plus laïques et les plus individualistes. Les Européens catholiques ont des opinions similaires, bien que moins marquées. Dans les pays islamiques et africains, la religion et la famille tiennent le haut du pavé. Ce que le WVS appelle les pays « confucéens », dont la Chine, le Japon et la Corée du Sud, sont un mélange. Ils sont aussi attachés aux valeurs laïques que les Européens ; lorsqu’ils répondent à des affirmations telles que « en cas de conflit entre la religion et la science, la religion a toujours raison », ils sont même moins susceptibles d’être d’accord que les Allemands ou les Néerlandais. Mais ils sont loin d’être aussi tolérants que ces nations à l’égard des homosexuels et d’autres minorités.
 

Il y a deux décennies, un groupe de pays combinait les convictions religieuses avec le soutien à l’individualisme et à l’expression de soi, c’est-à-dire une sorte d’hybride de valeurs traditionnelles et modernes. Il s’agissait de l’Amérique, de l’Irlande et de certains pays d’Amérique latine, comme le Venezuela. Cet amalgame les place dans le coin inférieur droit. De nombreux pays orthodoxes (comme la Russie et la Roumanie) présentaient l’inverse : des valeurs religieuses faibles, mais des valeurs « tribales », ou collectives, fortes.
 
[…]

À première vue, cette évolution suggère que les gens pensent différemment lorsqu’ils échappent à la pauvreté et à l’insécurité. La ligne diagonale implique que les pays sont soit traditionalo-collectifs, soit rationalo-individualistes. Les pays les plus pauvres se trouvent (pour la plupart) à une extrémité et les plus riches (pour la plupart) à l’autre. On peut supposer que les pays les plus pauvres finiront par se déplacer le long de la diagonale.
 
 Peut-être. Mais pour l’instant, les résultats du WVS suggèrent que cela ne se produit pas sans obstacle ni détour. Si les pays pauvres convergeaient effectivement avec les pays riches en termes de valeurs, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient ceux où les valeurs évoluent le plus rapidement, tandis que les pays qu’ils rattrapent seraient plus stables. En fait, l’enquête révèle le contraire. Les pays qui sont déjà les plus laïques et les plus individualistes changent le plus rapidement et deviennent encore plus laïques ; ceux qui sont les plus traditionnels et les plus claniques changent moins et deviennent parfois plus traditionnels, et non moins. 

En 1998, 38 % des Européens protestants et 32 % des musulmans déclaraient que la plupart des gens étaient dignes de confiance. En 2022, la confiance avait augmenté en Europe (plus de la moitié des Européens déclarant faire confiance aux gens), mais elle s’était effondrée dans les pays islamiques, où seulement 15 % des personnes interrogées déclaraient que les gens étaient dignes de confiance. En 1998, les Européens catholiques et les Latino-Américains avaient des niveaux de confiance comparables. En 2022, la proportion d’Européens catholiques déclarant faire confiance aux gens était trois fois plus élevée que celle des Latino-Américains.
 
Tout comme la méfiance à l’égard des étrangers est une mesure des valeurs collectives, la réticence à signer des pétitions l’est également. En effet, les sociétés claniques ont tendance à ne pas croire que les autorités dirigeantes agiront dans leur intérêt, et ce par crainte de représailles. En 2022, près de la moitié des personnes interrogées en Amérique latine et dans les pays orthodoxes ont déclaré qu’elles ne signeraient jamais une pétition. Il s’agit d’une forte augmentation en Amérique latine depuis 1998, et d’une faible augmentation dans les pays orthodoxes. En revanche, le nombre d’Européens ayant déclaré qu’ils ne signeraient jamais une pétition a nettement diminué, pour atteindre des niveaux inférieurs de moitié à ceux de la plupart des pays du reste du monde. 

 Mesure après mesure, qu’il s’agisse de penser que les enfants doivent être obéissants, de tolérer l’homosexualité ou de convenir que « lorsque la religion et la science s’opposent, la religion a toujours raison », les pays européens ont évolué vers plus d’individualisme et de laïcité au cours des 25 dernières années. C’est également le cas de l’Amérique. Bien que les Américains aient longtemps été un peu plus religieux que la plupart des Européens, ils ont évolué au fil du temps vers plus d’individualisme et de laïcité, au moins autant que les Européens.
 
En 1981, par exemple, 47 % des Américains se décrivaient comme non religieux (déclarant que Dieu n’était pas important dans leur vie, qu’ils n’assistaient pas aux offices religieux, etc.)). En Suède, cette proportion était de 58 %. En 2022, la part des Américains avait augmenté de 14 points, atteignant presque celle de la Suède. Entre-temps, les pays orthodoxes, islamiques et latino-américains ont connu des changements moins importants ou, dans certains cas, une évolution vers plus de traditionalisme et de collectivisme. Cela n’invalide pas nécessairement l’idée que les valeurs mondiales convergeront un jour. Mais cela suggère que ce jour est peut-être [au minimum] encore loin.
    
 Attention à l’écartement

Ces résultats soulèvent trois autres questions. Premièrement, combien de temps cet écart peut-il continuer à se creuser ? En particulier, les Européens et les Américains peuvent-ils vraiment continuer à devenir de plus en plus individualistes et laïques ? « Les gens ne cessent de me demander s’il y a une limite », déclare Christian Welzel, professeur à l’université Leuphana de Luneburg, en Allemagne, et l’un des coauteurs de l’étude d’Inglehart. « Mais je n’ai encore vu aucun signe ». Le Dr Welzel a examiné les données de la WVS par cohorte d’âges. Il constate que, dans chaque région, chaque génération devient plus individualiste et plus laïque que la précédente.
 
 En Europe, l’écart entre les jeunes et les vieux est particulièrement important et bien plus grand que dans les pays islamiques ou orthodoxes. Cela signifie que l’évolution vers une plus grande expression de soi se poursuivra dans la prochaine génération. En Amérique, il existe un écart de valeurs entre les régions les plus religieuses et les plus laïques du pays, ce qui pourrait théoriquement signifier que les régions religieuses (dans le Sud et le Midwest) ne participent pas à la dérive vers la laïcité. Pourtant, même cette hypothèse semble erronée. L’écart entre les États les plus et les moins religieux n’a pas changé de manière significative depuis 1981. Quelle que soit la cause de la polarisation inhabituelle de la politique américaine, il ne s’agit pas, comme le suggère le WVS, d’un changement fondamental des croyances dans les différentes régions du pays.

Deuxièmement, quelles sont les implications politiques et géopolitiques ? D’une manière générale, les valeurs et la politique sont manifestement et intimement liées. Les valeurs traditionnelles semblent être davantage associées aux autocraties ; les systèmes « une personne, une voix » incarnent des valeurs individualistes. Ce n’est pas une coïncidence si, au cours de la dernière décennie, les populistes autoritaires ont particulièrement bien réussi dans deux des régions où le ralentissement ou l’inversion des valeurs séculaires et rationnelles s’est produit : les pays orthodoxes (tels que la Russie et le Belarus) et l’Amérique latine (Brésil, Nicaragua, Venezuela).
 
Dans les pays orthodoxes, latino-américains et islamiques, le soutien à la démocratie s’est également effondré, mesuré par la part de la population estimant qu’il est bon ou assez bon d’avoir un dirigeant fort qui ne s’embarrasse pas de parlement ou d’élections. Dans les trois régions, cette proportion a augmenté d’un tiers à deux tiers entre 1998 et 2022. Cela n’augure rien de bon pour l’avenir de la démocratie.
 

Néanmoins, il n’existe pas de relation simple entre les valeurs et la politique, comme le suggère l’exemple des électeurs religieux américains. La persistance de la droite dévote et traditionaliste en Europe et en Amérique est clairement liée au mécontentement suscité par la diffusion de l’individualisme. Mais il n’est pas évident de savoir si les électeurs ont changé et se sont organisés en partis d’extrême droite plus puissants, ou si les partis ont simplement réussi, avec plus de succès que par le passé, à vendre leur politique à des électeurs qui n’ont pas tellement changé eux-mêmes.
 
 Une remarque similaire peut être faite à propos des valeurs et de la géopolitique. Les conflits internationaux sur les valeurs semblent s’étendre. Il ne se passe pas un jour sans que les gouvernements occidentaux et non occidentaux ne s’affrontent sur la question des droits des LGBT. Après que le président Joe Biden a critiqué l’introduction par l’Ouganda d’une loi anti-homo sévère au début de l’année, Anita Among, la présidente du parlement ougandais, a déclaré : « Le monde occidental ne viendra pas gouverner l’Ouganda ». Et lorsque Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a menacé de bloquer la demande d’adhésion de la Suède à l’OTAN parce qu’un homme avait brûlé des pages du Coran en Suède, il a fait appel aux fortes convictions religieuses des Turcs. Mais pour de nombreux Suédois individualistes, le brûleur de livres avait tout à fait le droit de s’exprimer librement, tant qu’il respectait la loi. 

 Les dissentiments sur les valeurs sont également omniprésents dans la rivalité entre les superpuissances américaine et chinoise. Les dirigeants chinois se plaignent sans cesse que « les soi-disant valeurs universelles de l’Occident » n’existent pas (comme le dit Xi Jinping, le président chinois) et que les appels du gouvernement américain à de telles valeurs ne sont qu’un écran de fumée pour un nouveau type d’impérialisme. Dilma Rousseff, ancienne présidente du Brésil, qualifie le libéralisme occidental de « système de valeurs imposé ».
 
 Néanmoins, bon nombre de ces conflits se seraient certainement produits indépendamment des différences de valeurs. La Chine aurait défié l’Amérique pour des raisons stratégiques et technologiques. La Turquie aurait pu bloquer la Suède pour obtenir des concessions de l’OTAN. Vladimir Poutine, le président russe, affirme avoir envahi l’Ukraine parce que ce pays, qui faisait autrefois partie intégrante du monde orthodoxe, s’imprègne des habitudes de pensée européennes qui, selon M. Poutine, menacent la Russie. Mais M. Poutine avait de nombreuses raisons de prendre sa décision, qu’elles soient paranoïaques ou calculées. Il ne s’agit pas de dire que les différences de valeurs sont artificielles. Mais elles peuvent ne pas être déterminantes. Pour les gouvernements autoritaires, les « valeurs » sont une excuse aussi bien qu’un ensemble de croyances. 

Troisièmement, qu’est-ce que tout cela signifie pour les arguments sur les « valeurs universelles » ? La WVS implique que les valeurs laïques et libérales ne sont pas plus universelles que les valeurs religieuses et autoritaires. Les deux ensembles de valeurs se situent aux extrémités opposées du même spectre d’opinions ; tous deux sont des moyens par lesquels les gens s’adaptent à leurs circonstances, qu’elles soient sûres ou incertaines. En ce sens, M. Xi et d’autres ont raison : ces valeurs ne sont pas universelles. Mais elles ne dépendent pas entièrement de l’histoire ou de la culture politique d’un pays.
 
En règle générale, à mesure que la prospérité s’étend, que l’espérance de vie augmente, que les taux de fécondité diminuent et que l’éducation se développe, les gens tendent à se rapprocher de l’extrémité laïque/rationnelle du spectre. M. Welzel décrit ce phénomène comme un changement d’état d’esprit, passant d’une « orientation vers la prévention » (dans laquelle la principale préoccupation des gens est de prévenir les dommages et les pertes pour eux-mêmes et leur famille) à ce qu’il appelle une « orientation vers la promotion » (dans laquelle les gens recherchent l’expression de soi et la liberté de choisir la manière de vivre leur vie).
 
 Le WVS constate toutefois que la vitesse à laquelle ce changement se produit varie considérablement d’un pays à l’autre. Dans certains endroits, le processus s’inverse même. Les différentes générations s’adaptent plus ou moins facilement. Les gouvernements interviennent pour ralentir les choses si cela les arrange. Et il est clair que l’enrichissement n’est pas nécessairement suffisant pour déclencher le changement de valeurs, car les pays qui s’enrichissent peuvent souvent se sentir moins en sécurité. 

 
Pour toutes ces raisons, les modes de pensée traditionnels persistent et la convergence des valeurs qui devrait accompagner la croissance économique est loin d’être achevée. Pourtant, l’impact d’une plus grande sécurité sur les valeurs des gens ne disparaît pas. Lentement, sans certitude, les valeurs religieuses et autoritaires tendent à perdre de leur attrait, tandis que les valeurs laïques et libérales tendent à en gagner. La bataille des valeurs se joue entre ces deux pôles. 

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jeudi 24 août 2023

Jordan Peterson : « Je savais que le pouvoir judiciaire au Canada avait été saisi politiquement », « les thérapeutes sont obligés de mentir sur l'identité de genre »

Le psychologue fait salle comble. Mais il risque de se voir retirer sa licence clinique à cause de ses tweets. 
    

Le Dr Jordan Peterson a reçu l’ordre de suivre un programme de formation pour « réfléchir et améliorer » sa conduite dans ses déclarations publiques.

Jordan Peterson ne manque pas de gens qui sollicitent ses conseils. La chaîne YouTube du psychologue compte plus de sept millions d’abonnés. Son émission en différé (balado/podcast) a été téléchargée plus de 55 millions de fois. Et son livre, 12 règles pour une vie, s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires.

Mais un tribunal canadien vient de décider que s’il ne suit pas une formation obligatoire sur les médias sociaux — ce que M. Peterson appelle une « rééducation forcée » — il pourrait perdre sa licence clinique et, avec elle, tout droit de conseiller ses patients. 

« Je savais que le pouvoir judiciaire au Canada avait été saisi politiquement », a déclaré Peterson au Free Press mercredi. « Mais je n’avais aucune idée de l’ampleur de ce phénomène.
»

« Les documents fondateurs que nous avons mis en place [imposés par Trudeau au Québec] dans les années 1980 valent à peine le papier sur lequel ils sont écrits », a-t-il ajouté.

M. Peterson a fait valoir que l’ordonnance portait atteinte à sa liberté d’expression. Mais la Cour divisionnaire s’en est remise au collège, un organisme créé par la législation provinciale, et a conclu que l’ordonnance constituait un exercice raisonnable du pouvoir de l’organisme de réglementation de la profession. À l’ère de la déférence judiciaire à l’égard de l’État administratif, les droits constitutionnels ne signifient pas ce que de nombreux Canadiens pensent qu’ils signifient selon Brude Pardy, professeur de droit à Queens.

La Cour suprême du Canada est en grande partie responsable de cette situation. Dans la plupart des cas, les organismes de réglementation ne sont pas tenus d’appliquer la loi correctement, a déclaré la Cour suprême, mais seulement « raisonnablement ». En d’autres termes, dans certains contextes, un organisme de réglementation peut se tromper juridiquement s’il ne se trompe pas de manière déraisonnable. La « justice administrative » ne ressemblera pas toujours à la « justice judiciaire », a écrit la Cour en 2019 dans sa principale affaire de droit administratif, Canada (ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration) c. Vavilov, « une cour […] ne demande pas quelle décision elle aurait prise à la place de celle du décideur administratif […] ou ne cherche pas à déterminer la “bonne” solution au problème ».

 
Réaction de Jordan Peterson (en anglais, sous-titrage traduit automatiquement disponible), les thérapeutes sont obligés par la loi de mentir sur l'identité de genre. Le tribunal dit que je bénéficie du droit à la liberté d'expression, mais que je dois me conformer aux règles de l'Ordre des psychologues. Et cet Ordre, apparemment, a décidé que je peux même plus parler de la météo. [...] Je ferai appel et je suis prêt à aller jusqu'en Cour suprême. Sa fille n'est pas convaincue que la Cour suprême dont 6 des 9 juges ont été nommés par Trudeau renversera ce jugement. Je ne regrette pas mes tweets sur la transition de genre des mineurs (ablation de seins, castration, prise d'hormones), je pense que c'est pire que les lobotomies des années 30.
 
Mais il y a pire. Dans les affaires relevant de la Charte des droits et libertés, les organismes de régulation professionnels peuvent porter atteinte aux droits garantis par la Charte s’ils le font de manière « proportionnée ». Dans sa décision de 2012 dans l’affaire Doré c. le Barreau du Québec, la Cour suprême a déclaré que les organismes de réglementation doivent mettre en balance les protections de la Charte et les objectifs statutaires qu’ils tentent d’atteindre. Lorsqu’un tribunal examine une décision susceptible d’enfreindre un droit garanti par la Charte, comme dans l’affaire Peterson, les autorités de régulation ont droit à la déférence si la décision « se situe dans une gamme de résultats possibles et acceptables ».

Plus grave encore. La Cour a permis aux organismes de régulation d’ignorer complètement les droits garantis par la Charte s’ils mettent en balance des « valeurs de la Charte » imaginaires, mentionnées nulle part dans le texte, et par lesquelles ils entendent des idéaux progressistes tels que l’équité, la justice sociale et la dignité des groupes. En 2018, par exemple, la Cour a autorisé les barreaux de l’Ontario et de la Colombie-Britannique à refuser d’approuver le projet d’école de droit de la Trinity Western University en raison de son pacte communautaire religieux, permettant ainsi aux régulateurs de rechercher l’équité au nom de l’intérêt public comme supérieure à la liberté de religion.

Le gouvernement n’est pas censé fonctionner de cette manière. En principe, la branche administrative n’a aucun pouvoir, sauf dans le cadre de mandats statutaires spécifiques. Le contrôle juridictionnel supervise les agences gouvernementales, y compris les organismes de régulation professionnels, afin de s’assurer qu’elles restent dans les limites des pouvoirs conférés par la loi. « Je ne connais aucun devoir du tribunal qu’il soit plus important d’observer, ni aucun pouvoir du tribunal qu’il soit plus important de faire respecter, que son pouvoir de maintenir les organismes publics dans leurs droits », a écrit Lindley M.R. dans une affaire britannique datant de 1899. « Dès que les organismes publics outrepassent leurs droits, ils le font au détriment des particuliers et en les opprimant. »

Mais le socle juridique s’est lentement déplacé sous nos pieds. Nous nous sommes éloignés de l’État de droit pour revenir à un régime par décret de l’exécutif. La déférence judiciaire accorde le contrôle non pas à un monarque, mais à une classe de gestionnaires professionnels. Un large pouvoir discrétionnaire entre les mains des organes administratifs est devenu le fondement de notre système moderne de gouvernement.
 
La déférence des tribunaux rend possibles les chasses aux sorcières réglementaires, lorsqu’elles sont soigneusement élaborées sous couvert de « conduite non professionnelle », de « civilité » ou d’« atteinte à la confiance du public dans la profession ». Les régulateurs professionnels peuvent se détourner de la garantie de la compétence et de la pratique éthique pour se concentrer sur la conformité politique. Dans le cas de Peterson, les plaintes ne provenaient pas de clients et n’étaient pas liées à sa pratique de la psychologie, qu’il a arrêtée en 2017. Elles visaient plutôt les tweets de M. Peterson sur des sujets politiques tels que Justin Trudeau et son chef de cabinet, un conseiller municipal d’Ottawa, le programme de lutte contre le changement climatique et l’activisme transgenre.

En vertu de l’ordonnance de l’Ordre, M. Peterson doit payer lui-même les mesures de rééducatives. Les séances prendront fin lorsque le « coach » déterminera que M. Peterson est rééduqué de façon appropriée. Pourtant, l’Ordre insiste sur le fait que l’ordre n’est pas disciplinaire. En fait, le comité de l’Ordre n’a pas tenu d’audience disciplinaire et n’a jamais conclu que M. Peterson avait commis une faute professionnelle. Néanmoins, l’Ordre a promis que le fait de ne pas terminer le programme pourrait donner lieu à une allégation de faute professionnelle et à l’ouverture d’une procédure disciplinaire.
 
En principe, les mesures correctives et les sanctions ne doivent être imposées qu’après qu’une affaire a été jugée et qu’un accusé a été reconnu coupable. Toutefois, les tribunaux s’en remettent aux autorités de régulation dans ce domaine également. Et cette pratique se développe. Le Barreau de l’Ontario propose de donner à son comité d’autorisation des procédures des pouvoirs similaires pour exiger des avocats qu’ils se soumettent à une rééducation, même si le comité conclut qu’il n’y a pas lieu de tenir une audience disciplinaire.

M. Peterson n’est pas le seul. Dans tout le Canada,
les organismes de réglementation insistent de plus en plus sur la conformité idéologique. Les barreaux instituent des exigences de « compétence culturelle » à forte connotation politique. Les organismes de réglementation médicale ont sanctionné des médecins pour avoir exprimé des opinions médicales contraires aux récits COVID approuvés. Les infirmières et les enseignants ne peuvent pas exprimer en toute sécurité leurs doutes sur le transgenrisme ou les programmes « antiracistes » au sein de leurs institutions. La déférence renforce la tyrannie de l’État administratif.
 
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Liberté scolaire dans l’Iowa : 18 600 comptes d’épargne éducation pour les enfants

La législation sur le choix scolaire de l’Iowa a connu un succès retentissant avec l’approbation de 18 600 comptes d’épargne éducation (ESAs). Plus de 29 000 étudiants avaient demandé à bénéficier de ce programme. Moins de 1 000 demandes sont encore en cours d’examen. Les ESAs restituent aux parents une partie de leur impôt sur l’éducation pour l’utiliser dans l’éducation de leurs enfants. L’allocation par élève en Iowa est d’environ 7 600 dollars. Après avoir payé les frais de scolarité, les parents peuvent acheter d’autres supports pédagogiques par le biais d’Odyssey, une entreprise basée à New York qui fournit le programme scolaire en Iowa.

C’est la première année du programme, qui n’a pas de plafond budgétaire et chaque demandeur approuvé reçoit un financement. L’État prévoyait d’approuver 14 000 demandes, mais les résultats ont largement dépassé cette estimation. La gouverneure républicaine Kim Reynolds a passé trois ans à défendre cette politique pour étendre le choix scolaire quel que soit le revenu. “La réponse considérable des familles de l’Iowa démontre qu’il existe à la fois un besoin et un fort désir de choix scolaire dans notre État”, a déclaré Reynolds en juillet après la clôture des candidatures. “Permettre aux parents de choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants égalise les chances et crée des chances égales pour les étudiants de l’Iowa”. Seuls les républicains ont soutenu cette législation en janvier. Un membre du parti démocrate, qui a qualifié les ESAs de “chèques-éducation”, a soutenu que donner aux parents la possibilité de choisir où utiliser l’argent de leurs impôts sur l’éducation “risquait de fermer les écoles publiques”. Cependant, lors de la cérémonie de signature, Reynolds a précisé que, malgré les accusations de ses détracteurs, elle soutenait fermement les écoles publiques de l’État. “Les écoles publiques sont le socle de notre système éducatif et, pour la plupart des familles, elles continueront d’être l’option de choix”, a-t-elle déclaré. “Mais elles ne sont pas la seule alternative. Et pour certaines familles, un chemin différent peut être meilleur pour leurs enfants”. Environ 33 700 étudiants de l’Iowa fréquentent des écoles privées, tandis que 486 500 fréquentent des écoles publiques. La loi de l’Iowa fait suite à d’autres États, comme la Floride et l’Arizona, qui ont approuvé des comptes d’épargne éducation face à une demande croissante de choix scolaires. De nombreux États, dont l’Utah, le Tennessee, l’Arkansas, le Nebraska et l’Alabama, ont mis en place d’autres formes de législation pour promouvoir le choix scolaire.
 
Les parents qui instruisent leurs enfants à domicile ne sont pas éligibles à ces comptes d’épargne éducation (ESAs), seuls les élèves inscrits à temps plein dans une école non publique accréditée sont éligibles.

Source

mercredi 23 août 2023

Crise du logement et ses ramifications économiques (notamment sur la productivité) et démographiques

La pénurie de logements au Canada est au cœur de la crise du logement.

Avec le plus faible nombre de logements pour 1 000 habitants de tous les pays du G7, un ratio qui n’a fait qu’empirer depuis l’augmentation de l’immigration ces dernières années, le Canada est confronté aux prix les plus élevés du G7 pour le logement. 

La crise du logement au Canada a fait l’objet de nombreux reportages et analyses, notamment sur la manière dont elle alimente le phénomène des sans-abri, pousse les familles à quitter les grands centres urbains et conduit de plus en plus de personnes à vivre chez leurs parents.

Toutefois, ces points de vue ne se sont concentrés que sur la manière dont elle affecte le logement des personnes. En réalité, la pénurie de logements touche tout. En effet, selon un trio d’analystes écrivant dans la revue Works in Progress, la pénurie de logements a également un impact sur bon nombre des problèmes les plus urgents du monde occidental, parmi lesquels la baisse de la fécondité, les maladies chroniques endémiques, les inégalités brutales, la productivité atone et la faible croissance.
 
Ils ont baptisé ces phénomènes « la théorie du logement de tout » et, avec la pénurie la plus aiguë de tous les pays occidentaux, le Canada est victime d’un grand nombre de ses maux en particulier.

Par exemple, comme on l’a noté récemment, même si la productivité économique du Canada est inférieure à celle des États-Unis depuis des décennies, l’écart ne cesse de se creuser. Si le coût élevé du logement ne semble pas, à première vue, être un facteur de cette tendance, il joue un rôle sous-estimé.

Étant donné que de nombreuses villes canadiennes à forte productivité affichent également des coûts de location parmi les plus élevés, de nombreux travailleurs sont exclus des zones où sont concentrés les emplois bien rémunérés. Il est donc plus difficile pour les travailleurs possédant les bonnes compétences d’obtenir un emploi dans un poste vacant approprié et cela limite leur capacité à accumuler un capital social qui pourrait leur offrir de meilleures perspectives d’emploi.

Une étude estime que dans la région métropolitaine de Sydney, en Australie, le déplacement vers l’extérieur des jeunes ménages — qui, à l’instar de nombreux Canadiens, s’éloignent des grandes villes — vers des terrains et des logements plus éloignés et moins coûteux a entraîné des pertes de productivité significatives pour les économies de Sydney et de la Nouvelle-Galles du Sud.
 
En outre, les coûts du logement ont un impact sur la manière dont de nombreuses entreprises allouent leurs ressources et leurs investissements. Si les prix continuent d’augmenter, les coûts du logement absorberont de plus en plus de capitaux et évinceront les investissements non résidentiels. Étant donné que l’investissement dans le logement peut être un secteur à haut rendement et à faibles retombées technologiques, de nombreuses sociétés non immobilières consacreront leurs flux d’investissement au logement au détriment d’autres activités plus productives, telles que la création ou l’expansion d’entreprises.
 
La productivité peut sembler une idée économique abstraite sur la manière dont les travailleurs et les entreprises peuvent gagner plus, mais la pénurie de logements a également un impact important sur l’inégalité. Alors que la plupart des débats politiques sur l’inégalité portent généralement sur les personnes ayant des revenus plus ou moins élevés, on parle moins de l’inégalité entre les locataires et les propriétaires.

Selon un rapport de la Banque TD datant de l’année dernière, l’inégalité des richesses a diminué au cours des dernières années, en partie grâce à la hausse des prix de l’immobilier qui a permis à de nombreux Canadiens de voir leur bien le plus précieux s’apprécier. Toutefois, la hausse des coûts a exacerbé l’écart entre les ménages propriétaires et les ménages locataires. Par exemple, la valeur nette moyenne des propriétaires nés entre 1955 et 1964 est aujourd’hui 6,3 fois plus élevée que celle des non-propriétaires nés au cours de la même période.
 
Alors que les prix de l’immobilier ont augmenté de manière significative au cours de la dernière décennie, le taux d’accession à la propriété a chuté, car de nombreuses personnes ne disposant pas d’un revenu élevé ou ne bénéficiant pas de l’aide financière de leurs parents ont du mal à pouvoir payer la mise de fonds.

Comme le soulignent les auteurs du rapport, « il est simpliste de définir l’inégalité des richesses au Canada comme une opposition entre riches et pauvres. Au fil du temps, il s’est avéré qu’il s’agissait plutôt d’une inégalité entre les propriétaires et les non-propriétaires ».

Il est possible que même les conflits politiques et culturels qui se déroulent dans de nombreux pays occidentaux trouvent leur origine dans la pénurie de logements, comme l’affirme un rapport récent de The Economist. Les élections dans le monde anglophone se divisent de plus en plus entre, d’une part, les citoyens relativement prospères et instruits des villes et de leurs banlieues et, d’autre part, les habitants du reste du pays — les zones rurales et les villes économiquement défavorisées — qui n’apprécient pas le sentiment que le système est truqué en faveur des personnes déjà bien loties. Selon l'hebdomadaire anglais qui néglige totalement la composant ethnique de ces divisions, les Britanniques et les Français vivant dans des régions où les prix de l’immobilier stagnent sont plus enclins à voter pour le Brexit ou pour le Rassemblement national, respectivement.
 
De nombreux jeunes ont dû retarder la fondation d’une famille et acceptent souvent des emplois mal rémunérés et précaires qui couvrent à peine le loyer et le coût de la vie, car c’est le prix à payer pour vivre dans des villes culturellement attrayantes. Ils considèrent que les perspectives sont limitées et que la croissance est à peine perceptible. La natalité s’en ressent autant en France qu’au Québec.

Voir aussi
 

France — Le nombre de naissances a encore baissé de 7 % au premier semestre

Québec — janvier-mai 2023, baisse de 5,3 % des naissances p/r à 2022, plus de décès que de naissances
 

L’afflux de « demandeurs d’asile  » dans le pays exerce une pression sur le réseau scolaire québécois

Trudeau a fermé la porte de Roxham pour ouvrir grand la fenêtre des aéroports en assouplissant les règles

« Malgré » une forte immigration, le niveau de vie au Canada est à la traîne : rapport de la TD

Immigration et niveau de vie ne riment pas

À Montréal, le nombre d’élèves allophones est si élevé que les cours de français virent aux cours de français langue étrangère

Coïncidence — Immigration : Le Québec fracasse un record, loyers records à Montréal, pénurie et surcharge de travail à l’école

Il se bâtit au Canada entre 200 000-300 000 unités de logement par an, en 2022 1 million de personnes s’est ajouté à la population

Hydro-Québec au pied du mur : l’exportation d’électricité en porte-à-faux avec le développement économique et l’immigration de masse

« Trop et trop vite » : des économistes mettent en garde contre la politique d’immigration libérale « pro-affaires »

mardi 22 août 2023

Canada — Le gouvernement fédéral envisage de plafonner le nombre d'étudiants étrangers

Le gouvernement fédéral envisage de plafonner le nombre d’étudiants étrangers afin d’alléger la pression sur le marché du logement, a déclaré l’homme chargé de s’attaquer à la crise du logement au Canada.

« Je pense que c’est l’une des options que nous devrions envisager », a déclaré le ministre fédéral du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Sean Fraser, aux journalistes lors de la réunion du cabinet libéral à Charlottetown lundi.

Le ministre Sean Fraser interrogé par la presse

« Je pense que nous devons réfléchir sérieusement à la question. »

Le Canada a accueilli plus de 800 000 étudiants étrangers l’année dernière, selon les chiffres du gouvernement. 

M. Fraser, qui était ministre de l’Immigration jusqu’au remaniement ministériel du mois dernier, a déclaré qu’il envisageait de s’asseoir avec les établissements d’enseignement supérieur pour déterminer ce qui pouvait être fait pour faciliter la recherche d’un logement pour ces étudiants dans un marché locatif tendu.

« S’ils continuent à accueillir un nombre record d’étudiants, ils doivent également faire partie de la solution en s’assurant qu’ils ont un endroit où vivre », a-t-il déclaré.

Il s’en prend également aux institutions qu’il accuse d’exploiter les étudiants et d’exacerber la crise du logement.

« Quand on voit certains de ces établissements qui ont cinq ou six fois plus d’étudiants inscrits qu’ils n’ont de places pour eux dans le bâtiment… il faut commencer à se poser des questions assez difficiles », a-t-il déclaré.

« Il existe de bons établissements privés et séparer le bon grain de l’ivraie sera au cœur du travail que j’ai essayé de faire avec [le nouveau ministre de l’Immigration Marc] Miller. »

La lutte contre la crise du logement est l’un des principaux objectifs du nouveau cabinet du Premier ministre Justin Trudeau, qui se réunit pour la traditionnelle retraite avant la reprise des travaux parlementaires le mois prochain.

Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le Canada doit construire 5,8 millions de nouveaux logements — dont deux millions de logements locatifs — d’ici à 2030 pour résoudre le problème de l’accessibilité au logement.

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La possibilité d’immigrer au Canada à travers un établissement privé était l’un des principaux arguments de vente de certains collèges québécois. 

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Ces autres Églises ou religions que l’ouverture à marche forcée à la modernité a… tuées

Juste avant les Journées mondiales de la jeunesse, le pape a confirmé sa volonté d’inscrire l’Église dans une vision qui ne soit plus conservatrice, mais progressiste et au diapason des évolutions de la société moderne. Cette tentative de réforme est doublement dangereuse pour l’Église selon Michel Maffesoli et Bertrand Vergely interrogés par Atlantico.

– Juste avant les Journées mondiales de la jeunesse, le pape a confirmé sa volonté de réformer l’Église, notamment, dans sa vision qui ne doit plus être conservatrice, mais progressiste et au diapason des évolutions de la société moderne ainsi que de transformations voulues comme « irréversibles ». Cet engagement progressiste est-il un progrès ou une dérive pour l’Église ?

Michel Maffesoli — Le pape François est un Jésuite, il a été formé dans cet ordre dont on sait que, de tradition, il considère que l’Église doit s’accorder au monde et non pas le monde à l’Église, ce qui était la conception traditionnelle de l’Église depuis les premiers siècles et qui l’a été tout au long des deux millénaires passés.  [Romains 12:2 « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »]

Il n’est donc pas étonnant que ce pape cherche à réformer l’Église pour l’adapter à la société, pour qu’elle épouse les valeurs qu’il pense fondamentales de cette société.

Ceci dit, cette conception n’est pas nouvelle dans l’Église. La querelle « du modernisme » a couru tout au long des XIXe et XXe siècles. Cependant les réformes envisagées par le pape François et pour lesquelles il met en place une véritable stratégie de pouvoir, comme un politicien qui cherche à se faire réélire (ou faire élire un successeur du même bord que lui) vont plus loin qu’une acceptation du monde profane, comme cela a été le cas pour l’acceptation de la République, par Léon XIII, dans l’encyclique Rerum Novarum (1891) ; il cherche à faire évoluer l’Église pour que celle-ci se conforme aux valeurs modernes : démocratisation, banalisation du statut du clergé, indifférenciation des rôles masculin et féminin, etc.

Cette tentative de réforme est doublement dangereuse pour l’Église : d’une part elle parachève le mouvement de sécularisation, de désacralisation qui conduit à la fin de la religion catholique et d’autre part, paradoxalement, cette tentative d’adapter l’Église au monde est tout simplement anachronique : de fait le monde actuel ne correspond pas du tout à ce qu’imagine qu’il serait un vieil homme perdu encore dans le climat révolutionnaire et marxiste de sa jeunesse. Les catholiques, dans leur grande majorité cherchent dans l’Église une institution qui justement soit une alternative à un modernisme laïciste, politiste et rationaliste.

Bertrand Vergely — Quand le pape François parle de réformer l’Église en permettant l’ordination des hommes mariés et le diaconat des femmes, il plaît à bon nombre de catholiques en Europe. Quand, dans son encyclique Fratelli Tutti ! Tous Frères ! il parle d’amour universel, de fraternité, d’ouverture à l’autre, de partage, d’action sociale et politique, il dit exactement ce que les médias occidentaux, globalement à gauche, ont envie d’entendre. Quand, enfin, il appelle à ouvrir les frontières aux migrants, il dit exactement ce que la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ainsi que toute une partie de la jeunesse adepte du No Borders, Plus de frontières, a envie d’entendre. Ainsi, dès qu’il parle modernisation, d’ouverture des frontières et d’amour universel, le pape réussit sa communication en étant reconnu comme bon pape parce que de gauche.