Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Le projet de loi sur l’éducation à domicile sera déposé d’ici quelques semaines ! Nous avons contacté le bureau du ministre vendredi et nous sommes parvenus à avoir plus d’information sur les délais du dépôt du projet de loi sur l’éducation à domicile. Ce projet de loi qui comprendra aussi les écoles [décrétées par le Monopole de l'Éducation] illégales [parfois uniquement au Québec comme pour l'école mennonite de Roxton Falls et après plus de 50 ans de légalités comme des yéchivas de Montréal !] et les sans-papiers va être déposé d’ici quelques semaines à l’Assemblée nationale. C’est le temps d’agir ! C’est une occasion à ne pas manquer pour que cette loi s’accorde à nos espoirs les plus audacieux !
Ce que fait l’AQED
Nous restons en contact étroit avec l’équipe du ministre de l’Éducation. Nous rencontrons les députés qui siègent à la Commission de la culture et de l’éducation afin qu’ils comprennent la réalité des familles éducatrices. Ces députés auront un rôle décisif sur le projet de loi à venir et il est essentiel qu’ils prennent des décisions éclairées. Nous ajustons notre mémoire en fonction des rencontres avec les députés et nous nous préparons à témoigner à la commission. Nous augmentons nos effectifs dédiés à l’action politique en recrutant des bénévoles et en ajoutant une nouvelle avocate à notre équipe. Nous préparons une campagne de relations publiques pour sensibiliser la population. Nous lançons une campagne d’envoi de courriels à nos élus.
Nous informons nos membres — Cinq actions que vous pouvez faire
Plus que jamais, votre aide est cruciale. Il n’y a que le poids du nombre qui permettra de nous faire entendre :
Envoyez un courriel déjà préparé à votre député
Parlez-en à vos proches et encouragez votre réseau à diffuser le message et à rallier du soutien. Vos parents, amis, voisins, tous ces gens qui ne vivent pas nécessairement l’éducation à domicile, mais qui veulent soutenir la liberté de choix en matière d’éducation peuvent contribuer à notre cause. Ils n’ont qu’à faire exactement les mêmes démarches que vous et à envoyer la même lettre à leur député.
Devenez membre de l’AQED et incitez vos amis à le devenir. Ceci nous donne de l’aide financière pour continuer nos actions. Votre adhésion en grand nombre donne aussi plus de poids moral à nos actions auprès du ministre.
Portez-vous bénévole pour aider l’action politique en indiquant votre intérêt à actionpolitique@aqed.qc.ca
Continuez à rester au courant
Les prochaines étapes avant l’entrée en vigueur de la loi
Présentation
Le gouvernement en est à cette étape. L’équipe du ministre a remis son projet aux juristes de l’État qui sont en train de traduire les idées en langage juridique. Une fois le travail des juristes terminé, le projet de loi sera présenté à l’Assemblée nationale pour évaluation. Cette étape devrait être complétée d’ici « quelques semaines ». Le texte recevra alors un numéro de projet de loi et devrait être disponible en ligne sur le site de l’Assemblée nationale pour consultation. Nous vous informerons dès que nous aurons le lien.
Consultation parlementaire
Cette étape est facultative, mais elle permet aux membres de la commission d’entendre le point de vue de gens directement affectés par le projet de loi. On vise à s’assurer qu’il y aura des consultations publiques assez longues pour que les députés comprennent bien la réalité et les besoins des familles.
Adoption du principe
Les députés débattront et voteront les grandes lignes du projet de loi.
Études détaillées en commission
Les députés membres de la commission examinent tous les articles spécifiques du projet de loi. Leur rapport servira à le modifier.
Prise en considération du rapport de la commission
L’Assemblée nationale doit adopter le rapport de la commission.
Adoption du projet de loi
Lorsque le projet de loi aura reçu la sanction du lieutenant-gouverneur, le projet de loi sera intégré dans la loi sur l’instruction publique et deviendra la nouvelle loi en vigueur. Avant cette étape, la loi reste celle qu’on connaît.
Un État tatillon en éducation est-ce mieux ? (Est-ce qu’il y a des preuves que les États qui sont les plus sourcilleux en matière de normes « minimales » en éducation obtiennent de meilleurs résultats ? La réponse en bref : non.)
Le nombre d’enfants québécois officiellement scolarisés à la maison n’a jamais été aussi élevé. En un an, l’augmentation a été de 50 %. De plus en plus de parents font ce choix parce que l’école ne convient pas aux besoins particuliers de leurs enfants, selon plusieurs. Il y a dix ans, environ 800 enfants étaient scolarisés à la maison, alors qu’on en retrouve maintenant près de 2 000, selon les chiffres du ministère de l’Éducation. La majorité d’entre eux sont de niveau primaire. Ce nombre est toutefois beaucoup plus élevé en réalité, puisque plusieurs parents n’inscrivent pas leur enfant auprès d’une commission scolaire chargée de superviser la scolarisation à domicile, explique Christine Brabant, professeure en éducation à l’Université de Montréal. « On peut estimer qu’au moins la moitié des enfants scolarisés à la maison n’y sont pas inscrits », affirme-t-elle.
Manque de services, raisons diverses
L’augmentation constatée au cours de la dernière année s’explique, en bonne partie, par une nouvelle entente permettant à des enfants de la communauté juive hassidique d’être scolarisés à la maison, mais aussi parce qu’un nombre grandissant de parents sont forcés de retirer leurs enfants à besoins particuliers de l’école par manque de services, explique Noémie Berlus, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile. « Je vois de plus en plus de parents qui sortent leurs enfants de l’école dans un contexte d’urgence » à cause de troubles d’apprentissage ou de comportement, affirme Mme Berlus, dont l’association a fait le plein de 25 % de nouveaux membres depuis un an. Brigitte Dubé, présidente de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, le confirme. Elle parle même d’une « épidémie ». « Il y en a énormément, pour différentes raisons. C’est révélateur de quelque chose qui ne fonctionne pas dans notre système scolaire. Ce n’est pas normal que des parents en arrivent à envisager ça, non pas par choix, mais parce que la situation les amène à réfléchir à ça. C’est assez frappant », affirme-t-elle.
Tendance mondiale
De son côté, Christine Brabant souligne que l’augmentation de la scolarisation à domicile n’est pas un phénomène propre au Québec. « On voit une augmentation partout dans le monde », qui peut s’expliquer par une vision de plus en plus individualisée de l’éducation, qui préconise un enseignement adapté à chaque enfant selon ses besoins, plutôt qu’une formule unique pour tous, dit-elle.
Notons également que cette augmentation accompagne d’autres phénomènes comme le raidissement des gouvernements qui tentent de plus en plus de centraliser l’enseignement, d’y imposer des contenus idéologiques (multiculturalisme, théorie des genres, laïcisme militant, éducation à la sexualité non plus clinique, mais axée sur hédonisme, un enseignant de l’histoire dénationalisée, etc.)
« L’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là »
Depuis septembre, Karine Léveillé fait l’école à la maison à ses deux jumeaux de 6 ans, qui sont dyspraxiques et dysphasiques. Un choix qui n’en est pas vraiment un puisque « l’école n’est pas adaptée pour ces enfants-là », affirme Mme Léveillé. Éloïse et Félix sont entrés en maternelle l’an dernier, alors qu’ils étaient déjà suivis en ergothérapie et en orthophonie au privé. Après avoir multiplié les rencontres avec la direction, et les plans d’intervention, il n’a pas été possible d’avoir suffisamment de services en classe, même si une pédopsychiatre avait recommandé un accompagnement régulier avec une technicienne spécialisée, raconte Mme Léveillé. L’école a même refusé de collaborer avec les professionnels qui suivaient ses enfants en privé, ajoute-t-elle. Épuisés par les nombreuses démarches faites auprès de l’école, Karine Léveillé et son conjoint, Vincent Boisvert, ont finalement décidé de scolariser leurs enfants à la maison. « On avait eu notre dose de péripéties et de perte de temps. Le système est lourd, il épuise aussi les parents », affirme M. Boisvert. Des sacrifices
Mme Léveillé, qui est elle-même technicienne en éducation spécialisée, a laissé tomber son emploi à temps plein pour enseigner à ses enfants. Elle travaille toujours comme éducatrice les fins de semaine pour aider à boucler le budget familial. Ses jumeaux sont toujours suivis chaque semaine par deux professionnels au privé. « On fait des sacrifices, lance M. Boisvert. Mais pour les enfants, c’est génial ! » Éloïse et Félix « ont rattrapé beaucoup de retard » et ils ont appris à lire, ajoute Mme Léveillé. Karine Léveillé et Vincent Boisvert espèrent que leurs enfants puissent réintégrer le réseau scolaire, à long terme, dans une formule qui serait mieux adaptée à leurs besoins. C’est pourquoi Mme Léveillé se fait un devoir de leur enseigner de façon plus traditionnelle, à partir de manuels scolaires. Mais, pour l’instant, ils sont loin de regretter ce choix, qui n’en est pas tout à fait un, soulignent-ils.
Nombre d’élèves reconnus officiellement comme scolarisés à la maison
Année scolaire
Nombre
2007 – 2008
788
2008 – 2009
937
2009 – 2010
1 012
2010 – 2011
1 057
2011 – 2012
1 037
2012 – 2013
1 114
2013 – 2014
1 181
2014 – 2015
1 275
2015 – 2016
1 928*
* De ce nombre, 236 élèves proviennent de la communauté juive hassidique et sont scolarisés à la maison en vertu d’une entente avec la commission scolaire English-Montréal. D’autres minoritaires religieuses dont les écoles comme les mennonites ont été déclarées « illégales » (mais le Québec est le seul endroit en Amérique à ce faire...) ont également grossi ces chiffres depuis quelques années.
Sources : Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et le Journal de Québec
Trois femmes ont transmis la syphilis à leur nouveau-né en 2016. Pourtant, cette forme de la maladie, appelée syphilis congénitale, était pratiquement éradiquée depuis 30 ans au Québec. Devant la flambée d’infections transmissibles sexuellement (ITSS) enregistrée depuis quelques années, un comité se penchera d’ailleurs sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage, notamment pendant la grossesse. Même si toutes les femmes enceintes sont en principe soumises à un test de dépistage en début de grossesse, ce sont des « failles potentielles » qui ont mené à la naissance de trois nouveau-nés atteints de syphilis en 2016, indique le plus récent numéro du bulletin Flash vigie. Publié par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) vendredi dernier, ce dernier précise que les trois mères étaient âgées de moins de 30 ans et provenaient de régions distinctes. Tous les bébés ont été traités avec des antibiotiques. Dans un premier cas, la femme enceinte n’avait eu aucun suivi prénatal jusqu’à ce qu’elle se présente avec des contractions à l’hôpital. Elle a reçu un traitement antibiotique, mais ce dernier était trop tardif et la maladie a ensuite été détectée chez son poupon. Une deuxième femme avait bel et bien été testée pour la maladie en début de grossesse, mais le résultat (positif) avait échappé à son médecin traitant. Une révision de son dossier deux semaines avant son accouchement a révélé l’erreur. Malgré le traitement antibiotique qui a été administré immédiatement, l’infection a été transmise au nouveau-né. Dans le cas de la troisième femme, le test de dépistage était négatif en début de grossesse. Ce n’est que lorsque le bébé a eu six mois qu’il a présenté des symptômes. Il a alors été traité, tout comme la mère.
Vieille maladie
La femme enceinte est plus sensible aux infections, explique le Dr Marc Steben, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Chez le bébé, les symptômes varient d’une affection cutanée à une atteinte du foie, de la rate, des os, ou même des troubles neurologiques, et voire, dans les cas les plus graves, la mort. « Lorsque le bébé vient au monde, on peut avoir l’impression qu’il a le rhume en raison des écoulements nasaux et les lésions cutanées ne sont pas nécessairement reconnues tout de suite », explique-t-il. Les plus récentes données disponibles montrent qu’il y a eu 942 cas de syphilis infectieuse au Québec en 2016, indique la conseillère scientifique à l’INSPQ Karine Blouin. C’est une augmentation de 28 % par rapport à 2015. L’infection se propage surtout chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, mais les femmes ne sont pas à l’abri pour autant, avec 41 cas en 2016. La syphilis congénitale était pratiquement éradiquée au Québec. Depuis quinze ans, il n’y avait eu que 4 cas. « La majorité des médecins n’en ont jamais vu, le réflexe de poser des questions sur cette infection est affaibli. On doit redoubler de vigilance », constate le Dr Steben. Un comité devait déjà se pencher sur la révision des lignes directrices en matière de dépistage des ITSS. Le dépistage pendant la grossesse figurera au sommet de ses priorités, indique le Dr Steben. Une première rencontre est prévue en avril. Le Dr Steben croit qu’on pourrait être plus proactifs avec la répétition des tests de dépistage en cours de grossesse en cas de facteurs de risques. « Compte tenu du fait qu’il y a eu près de 1000 cas en 2016, on peut s’attendre à ce que d’autres cas chez des femmes enceintes échappent au dépistage, d’où l’importance des appels à la vigilance chez les professionnels de la santé », constate aussi Mme Blouin.
Hausse des cas de toutes les maladies vénériennes malgré toutes les campagnes d’information
Toutes les ITSS sont en hausse depuis quelques années. La chlamydia est la plus fréquente, avec près de 25 000 cas en 2016 et une hausse moyenne d’environ 5 % par an. Avec près de 5 000 cas l’an dernier, l’infection gonococcique suit en termes d’incidence. La transmission de ces autres ITSS pendant la grossesse est-elle observée ? On l’ignore, répond en substance la Dre Isabelle Boucoiran. « On voit augmenter l’incidence de ces infections chez les femmes en âge de procréer, mais on n’a pas de bonnes statistiques sur leur prévalence pendant la grossesse », observe la gynécologue-obstétricienne au CHU Sainte-Justine et spécialiste des maladies infectieuses. « C’est difficile d’évaluer le risque. Dans notre bureau, nous avons la femme enceinte devant nous, mais pas ses partenaires sexuels, explique-t-elle. Sans compter que certaines personnes vont se trouver complètement en dehors du système de soins, sans suivi, et souvent, ce sont les personnes plus à risque de contracter une ITSS. »
Note du carnet : on peut déplorer l’absence d’analyse sur les raisons de cette recrudescence dans la population (les gens ne savent-ils vraiment pas que la promiscuité et certaines pratiques, anales par exemple sont plus dangereuses que d’autres ?) ni de détails sur les populations touchées (jeunes, vieux, homosexuels, immigrés, urbains, diplômés de l’université, mariés ou non, etc.)
Ci-dessous, la cinquième et dernière partie de la série consacrée aux effets de l’État-providence sur le tissu social et moral aux États-Unis selon Charles Murray (voir le premier volet, le deuxième, le troisième et le quatrième).
L’État-providence est aujourd’hui en quasi-faillite sur le plan financier dans presque tous les pays où il existe. Mais cette situation financièrement intenable ne doit pas nous cacher que la principale faillite de l’État-providence est morale. L’État-providence a réellement dégradé la situation des catégories de la population qu’il était censé aider, et la négation de la responsabilité individuelle qui lui est consubstantielle diffuse son poison dans l’ensemble du corps social.
Est-il possible de sauver l’État-providence de cette faillite morale ? Si nous retrouvions miraculeusement les ressources nécessaires pour prolonger son existence, serait-il souhaitable de le faire ? Autrement dit, dans quelles conditions pouvons-nous espérer que les « transferts sociaux », monétaires et non monétaires, produiront plus de bien que de mal ?
À cette question, Charles Murray répond sans faux-fuyants qu’il est presque impossible que les programmes sociaux ne fassent pas plus de mal que de bien. En un mot, la raison en est qu’il est presque impossible que ces programmes ne finissent pas par augmenter le nombre de gens affectés par les problèmes qu’ils soient censés guérir.
Pour soutenir cette affirmation, Charles Murray présente trois « lois » qui, selon lui, affectent tous les programmes sociaux.
Loi n° 1 : La loi de la sélection imparfaite. Toute règle objective visant à définir les bénéficiaires d’un programme social exclura certaines personnes de manière irrationnelle.
Tout programme social doit d’abord définir ses bénéficiaires. Mais tout critère de sélection exclura inévitablement des gens qui auraient en réalité besoin d’être aidés, et inclura des gens qui en réalité n’auraient pas besoin de l’être. La règle, qui est nécessairement générale, ne peut pas être adaptée à l’infinie diversité des cas concrets.
Le caractère imparfait de toute définition des « défavorisés » est connu depuis fort longtemps. Traditionnellement on répondait à ce problème en préférant une sélection trop stricte plutôt que trop laxiste. Il était préférable, pensait-on, de refuser d’aider des gens qui en auraient eu véritablement besoin, plutôt que d’aider des gens qui ne le méritaient pas. La raison pour préférer la sévérité était que toute aide accordée indûment a pour effet de miner le sens des responsabilités à la fois du bénéficiaire de l’aide et de la communauté tout entière. La sévérité aidait à maintenir l’honnêteté de tous, elle servait donc le bien commun même s’il pouvait arriver qu’elle en pénalise injustement certains.
Aujourd’hui les agents de l’État-providence ont l’attitude inverse. Ils répugnent à distinguer entre les « défavorisés » et préfèrent donner à tous ceux qui se présentent plutôt que de refuser à quelqu’un qui en aurait besoin. La raison en est qu’ils ne croient pas qu’il existe un coût moral dans le fait d’aider de manière indiscriminée. Les « défavorisés » ne sont, de toute façon, pas responsables de leur situation, donc, en pratique, la seule limite à l’aide accordée est le budget alloué à l’État-providence, budget qui, cela va sans dire, est toujours insuffisant par rapport aux « besoins ».
À l’heure actuelle, la loi de la sélection imparfaite conduit fort logiquement à des programmes sociaux qui incluent toujours plus de bénéficiaires.
Loi n° 2 : La loi des bénéfices involontaires. Tout transfert social accroît l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qui justifie le transfert.
Les transferts sociaux cherchent à remédier à certains manques — trop peu d’argent, trop peu de nourriture, trop peu d’instruction — ou bien à changer certains comportements indésirables — dépendance à la drogue, chômage, délinquance. Dans tous les cas il est absolument inévitable que le transfert social en question augmente l’intérêt qu’il y a à être dans la situation qu’il cherche à changer, soit en augmentant les bénéfices qu’elle procure, soit en diminuant les inconvénients qui l’accompagnent.
Bien entendu cela n’est pas vrai pour ceux qui se trouvent de manière tout à fait involontaire dans cette situation. Il serait absurde de dire que donner une allocation à un paraplégique augmente l’intérêt qu’il y a à être paraplégique. L’existence d’une allocation pour les paraplégiques n’augmente pas le nombre de paraplégiques (à moins, peut-être, qu’elle se compte en millions de dollars).
Mais il est très peu de cas comme celui-ci. Dans la plupart des cas, les situations qui justifient le transfert social sont au moins partiellement volontaires. Le cas le plus typique est sans doute celui du chômeur qui perçoit une allocation. Notre chômeur n’a pas fait exprès de perdre son emploi et il préférerait sincèrement travailler plutôt que de toucher une allocation, mais il ne parvient pas à retrouver de travail. Sa situation pourrait donc sembler totalement involontaire. Mais en réalité son comportement est bien affecté par l’existence d’une allocation. Cette allocation lui permet d’être plus discriminant dans sa recherche d’emploi. Il pourra, par exemple, refuser une offre qui l’obligerait à déménager à l’autre bout du pays, alors qu’il l’aurait accepté s’il avait eu le couteau sous la gorge. On peut parfaitement penser qu’il est bien que notre chômeur ne soit pas obligé de se déraciner brutalement pour retrouver un emploi, mais cela ne change rien au fait que son chômage n’est plus complètement involontaire. Il restera peut-être chômeur plus longtemps, tout simplement parce que l’existence d’une allocation a réduit les inconvénients qui accompagnent le chômage.
Les situations prises en charge par les politiques sociales s’étalent sur un continuum qui va de purement volontaire à purement involontaire, avec très peu de cas appartenant à ces deux extrêmes.
Mais dès lors que la situation ciblée n’est pas totalement involontaire, toute aide a pour effet pervers de rendre cette situation plus attractive ou moins pénalisante, et par conséquent d’augmenter le nombre de ceux qui s’y trouvent.
Pourtant, dira-t-on, ne serait-il pas possible de mettre au point des programmes sociaux dont les bénéfices involontaires sont toujours très faibles, trop faibles pour provoquer une augmentation du nombre de leurs bénéficiaires ?
C’est à ce point que doit être prise en compte la troisième loi.
Loi n° 3 : La loi du préjudice net. Moins il est probable qu’un comportement indésirable change volontairement, et plus il est probable que le programme visant à le changer cause plus de mal que de bien.
Un programme social visant à modifier un comportement doit faire deux choses. Il doit d’une part amener ceux qu’il vise à y participer et il doit d’autre part produire le changement désiré chez les participants. Le problème est que, dans un régime démocratique, il est pratiquement impossible de contraindre les « défavorisés » à participer aux programmes qui leurs sont destinés, et plus impossible encore de les contraindre à changer leurs habitudes. La participation et le changement doivent être volontaires, c’est à dire motivés par l’espérance de quelque bien. Dans une démocratie libérale les programmes sociaux ne peuvent guère utiliser que la carotte, pas le bâton.
Cela implique que le taux de réussite sera très faible, particulièrement avec les plus « défavorisés », c’est-à-dire avec ceux qui sont depuis le plus longtemps dans la situation que l’on cherche à changer. Modifier des habitudes invétérées est très difficile et ne peut guère se faire sans recourir à la punition aussi bien qu’à la récompense. Mais la gamme des punitions dont disposent les agents de l’État-providence est très limitée, et d’autant plus limitée que ceux dont l'on veut modifier le comportement sont considérés comme des « victimes ».
En pratique, un programme social qui s’adresse au noyau dur des « défavorisés » — les chômeurs de longue durée, les délinquants récidivistes, les lignées de mères adolescentes, etc. — doit inclure des récompenses très substantielles pour espérer avoir un effet sur le public visé. Mais plus les récompenses sont substantielles, plus la situation en question devient désirable, et plus le nombre de ceux qui s’y trouvent grandira.
Au total, le programme social aura causé un préjudice net à la société, et sans doute aussi aux « défavorisés » dans leur ensemble.
La conséquence pratique de tout ce qui précède est assez claire et Charles Murray n’hésite pas à la tirer, sans bien entendu se faire d’illusions sur la possibilité que ses propositions soient un jour adoptées. Puisqu’il est impossible de défaire le nœud gordien de l’État-providence, la seule solution est de le trancher, c’est-à-dire de supprimer l’État-providence. Plus précisément, Charles Murray en vient à la conclusion qu’il serait préférable de supprimer toute forme d’aide gouvernementale pour les personnes valides en âge de travailler, à l’exception d’une assurance chômage aux prestations bien délimitées. Les personnes valides en âge de travailler se retrouveraient donc sans autre recours que le marché du travail, leur famille, leurs amis, et la charité publique organisée au niveau local, en général au niveau de la commune.
Cette charité publique locale est en effet largement exempte des inconvénients inhérents à la charité publique nationale et peut beaucoup plus facilement être modifiée dès lors qu’elle s’avère contre-productive.
Cette proposition de supprimer l’État-providence n’a pas pour objectif, il faut bien le souligner, d’équilibrer les comptes publics ou de punir ceux qui abuseraient de la charité publique. Elle est motivée par la reconnaissance du fait que l’État-providence fait plus de mal que de bien, précisément à ceux qu’il est censé aider.
Ce sont les « défavorisés » qui seraient les premiers à bénéficier du démantèlement de l’État-providence.
Pourtant, objectera-t-on, supprimer les programmes d’aide aboutira inévitablement à plonger certains dans la misère. Et immédiatement viennent à l’esprit les fantômes de Gavroche et de la petite marchande d’allumettes.
Il est effectivement possible que la suppression de l’État-providence ait pour conséquence que certains se retrouveront sans aucune ressource sans avoir démérité, même si rien n’indique que leur nombre serait élevé, et il est très légitime de se préoccuper du sort des enfants déshérités. Mais nous devons garder à l’esprit que les enfants n’ont pas besoin que de pain. Il est très important de donner à manger à ceux qui ont faim, mais il n’est pas moins important de faire en sorte que les enfants grandissent dans une société qui ne les encourage pas à rester pauvres et dépendants.
Supposons que nous sachions que demain nos enfants seront orphelins et que nous ayons le choix de la famille à laquelle nous allons les confier. Nous pouvons confier nos enfants à une famille très pauvre, si pauvre que nos enfants auront parfois faim et seront toujours mal vêtus. Mais nous savons que dans cette famille pauvre les parents ont toujours travaillé dur, qu’ils feront en sorte que nos enfants aillent à l’école, étudient, qu’ils restent dans le droit chemin, et qu’ils leur apprendront qu’être indépendant est la condition du respect de soi. Ou bien nous pouvons confier nos enfants à une famille dont les parents n’ont jamais sérieusement travaillé, qui seront incapables de superviser l’éducation de nos enfants, mais qui disposent en abondance de nourriture et de vêtements, fournis par autrui. Devant une telle alternative, notre choix ne serait pas douteux. Mais si pour nous-mêmes le choix est évident, quelle légitimité avons-nous pour bâtir un système qui, en pratique, fait un choix différent pour les enfants des autres ?
Nous pouvons évidemment toujours souhaiter ne pas avoir à faire un tel choix. Nous pouvons toujours souhaiter avoir un système de charité publique qui à la fois aide les plus démunis et les aide à s’aider eux-mêmes. Mais cela restera de l’ordre du souhait. Nous avons déjà essayé de bâtir un tel système de charité publique. Il a échoué, et il était inévitable qu’il échoue.
Nous devons faire face à cette réalité désagréable. Nous aimerions tant pouvoir aider tout le monde sans nuire à personne. Mais cela n’est pas possible.
Comme le dit fort justement Charles Murray en conclusion de son livre, le vrai débat au sujet de l’État-providence n’est pas entre les comptables qui voudraient réduire les déficits et les compatissants qui voudraient aider les pauvres. Si l’État-providence se réforme un jour, cela ne sera pas parce que les avares l’auront emporté, mais parce que les gens généreux auront cessé de se raconter des histoires.
Épilogue.
En 1962, Michael Harrington publiait The Other America. Avec ce livre, la notion de pauvreté structurelle faisait son entrée dans le débat public américain. Le livre fut un énorme succès, tout particulièrement auprès des décideurs politiques. Le président Kennedy, après avoir lu The Other America, lança les prémisses de ce qui, quelques années, plus tard allait devenir La Grande Société.
En 1996, le président Clinton signait, avec le soutien des élus républicains au Congrès, une loi qui réformait en profondeur une partie du Welfare State et notamment le système d’aide à destination des mères célibataires. Le succès fut spectaculaire. Pour la première fois depuis des décennies, un nombre considérable de gens quittèrent les registres de l’État-Province pour retrouver le monde du travail.
Pour la première fois depuis des décennies, le taux de pauvreté se mit à décliner pour les catégories de population touchée par la réforme. (voir par exemple ici).
Derrière cette réforme, Losing Ground, de Charles Murray. De la même manière que The Other America peut être considéré comme le point de départ intellectuel de La Grande Société, Losing Ground fut le point de départ intellectuel d’un vaste mouvement politique qui aboutit à la réforme de 1996.
Les réformes mises en œuvre en 1996 étaient bien loin d’être aussi radicales que celles que suggérait Charles Murray dans son ouvrage, mais elles étaient basées sur le diagnostic qu’il avait établi dix ans plus tôt. Leur succès a prouvé, autant qu’il est possible, à quel point ce diagnostic était juste.
Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx (PLQ, mais ex-ADQ où il s’était inquiété de ce programme), exclut sans surprise cette solution. Après tout, ECR distille une vision philosophique multiculturelle qui satisfait pleinement le PLQ. « Il n’est pas question pour moi de penser à abolir le cours maintenant », a-t-il précisé mercredi, à l’Assemblée nationale.
L’évaluation de cette matière obligatoire tout au long du cursus scolaire, qui a remplacé l’enseignement confessionnel et moral dans les classes du Québec depuis 2008, portera principalement sur le contenu du cours et le matériel utilisé, insiste M. Proulx.
Pas question non plus pour le ministre de l’Éducation d’obliger les écoles à hausser le temps alloué au programme d’éthique et culture religieuse, comme le réclament des enseignants d’ECR. Si le contenu du cours est imposé par le ministère, les heures qui y sont consacrées sont sous la responsabilité des conseils d’établissement, plaide Sébastien Proulx.
Des professeurs d’ECR demandent que toutes les écoles secondaires allouent plus d’une heure par semaine à ce cours. Leur représentant, Sylvain Fournier, déplore que près de la moitié des établissements scolaires de la province ne respectent pas le régime pédagogique, qui recommande que 50 heures en moyenne par années soient consacrées au programme. Une enquête de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse corrobore les échos que nous avons du milieu scolaire : près de la moitié des écoles (100/211) réduisent sensiblement le temps d’enseignement recommandé par le ministère. À Montréal, ce taux grimpe aux deux tiers. Il semble aussi que des écoles placent officiellement ce cours à l’horaire, mais, dans les faits, lui substituent un autre cours. [Voir Québec — Le programme ECR est peu enseigné (et souvent sans respecter le programme officiel).]
« C’est normal que ce soient des décisions prises localement en fonction de toutes sortes d’aléas qui leur appartiennent. Dans la mesure où les contenus sont rencontrés, donc ont été enseignés, ça répond au régime pédagogique actuel », rétorque le ministre.
L’agence de presse Presse canadienne et de nombreux médias ont indiqué que le prochain programme d’éducation à la sexualité serait obligatoire.
Mais voilà, la contestation monte.
Elle est d’abord venue des syndicats (mieux structurés que les parents isolés). « On est en colère. Car ce projet laisse faussement croire à la population que le gouvernement s’occupe de ce dossier, alors que ce n’est pas le cas », dénonce Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). « La façon de faire est inacceptable. On ne fait pas plus de place dans l’horaire pour ces cours. Mais on demande aux enseignants de se débrouiller pour trouver du temps et le donner. Tout va encore reposer sur les épaules des enseignants », de critiquer Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).
Depuis quelque temps, sans jamais émettre de communiqué officiel, les porte-parole du Monopole de l’Éducation du Québec affirment aux opposants (ou aux journalistes qui relaient ces critiques) que le prochain programme d’éducation à la sexualité serait facultatif...
Le ministre de l’Éducation du Québec a refusé d’accorder un entretien à Global News, mais un porte-parole a expliqué que le programme d’éducation sexuelle sera facultatif.
[Bryan] St-Louis [porte-parole du Monopole de l’Éducation] a déclaré à LifeSiteNews que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx analysera les résultats du projet-pilote, une fois celui-ci terminé, et décidera alors si le programme éducation sexuelle sera obligatoire dans toutes les écoles.
« On me dit que conformément à l’article 461 de la Loi sur l’éducation, le ministre peut prévoir des conditions d’exemption du programme d’éducation sexuelle, » a déclaré M. Saint-Louis. [Cela dépendrait en quelque sorte du bon vouloir des gens ont la bonté de nous diriger et qui, eux, savent ce qui est bon pour les enfants des autres et non d’un droit des parents...]
Pourtant quand le projet pilote avait été lancé, quand le ministre de l’Éducation était alors François Blais, le ministère avait affirmé qu’il n’y aurait pas d’exemption, comme LifeSiteNews l’avait rapporté à l’époque.
« L’éducation sexuelle est prévue pour tous les élèves du Québec », avait alors déclaré Ouellet Pascal du ministère de l’Éducation à la Presse canadienne.
Finalement, le mécontentement des syndicats, des professeurs et des parents (pour des raisons diverses et parfois contradictoires) aurait-il réussi à assouplir quelque peu l’attitude psychorigide du Monopole de l’Éducation qui ne voulait même pas entendre parler d’exemption ?
À moins qu’il ne s’agisse d’assoupir la contestation en disant aux mécontents, oralement et uniquement dans des médias à faible portée au Québec, que leurs craintes sont mal fondées puisque le programme pourrait être facultatif...?
Les politiques de l’Université de Toronto prévoient que l’étudiant choisisse lui-même le pronom qu’il souhaite qu’on utilise dans ses communications avec lui.
En cela, l’université a cédé à la coterie LGBTTIQQ2SA (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, transgenres, intersexuels, « queers », en questionnement, bispirituels, asexuels et alliés) qui tente depuis des années d’imposer aux communs des mortels l’usage de nouveaux pronoms personnels neutres en anglais, en plus des usuels « he » or « she », on tente de faire accepter « ze », « e » ou « they » (au singulier !).
En français aussi
En français, le lobby LGBTTIQQ2SA propose parfois les pronoms artificiels « iel », « yel » ou « ille ».
Radio-Canada nous raconte que l’« on peut lire ce type de phrases : “Ile est heureuxe (il/elle est heureux/heureuse)” ou “Ille est créatifve, mais est fâché.e”. » Le lobby LGBTQ++ suggère d’employer la lettre « t » comme terminaison pour les accords de verbes conjugués avec l’auxiliaire être : « Ille est allet ou Iel est aimeT. » Le mélange des genres peut aussi être accepté : « Sam est un étudiante » ou « Sam est une étudiant ».
L’article de Radio-Canada fait ensuite dans le chantage émotionnel. C’est ça ou le suicide des transgenres insinue la société d’État : « Près de la moitié des personnes trans vont tenter de se suicider. De 70 % à 80 % ont ou ont eu des pensées suicidaires. Ce n’est pas dû à leur identité [affirmation assénée ici sans preuve], mais bien aux barrières auxquelles elles font face », rappelle la coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres de l’Université Concordia, Gabrielle Bouchard. »
En revanche, pour le linguiste de Radio-Canada Guy Bertrand : « Ça n’a aucun bon sens [d’imposer artificiellement un pronom neutre] parce que c’est complètement artificiel. Il n’y a pas de logique. Ce n’est pas possible. Ça ne verra jamais le jour. Il n’y a personne qui va s’astreindre à un exercice mental aussi difficile pour ménager la susceptibilité d’une [ultra-] minorité. Ce n’est tellement pas nécessaire. On exagère dans la rectitude politique. [...] Ce qui est important, c’est de se battre pour que les gens les respectent. Avoir du respect, ça ne veut pas dire changer la langue pour les accommoder. Avoir du respect, c’est être respectueux envers eux. À mon avis, ce n’est pas dans un changement en profondeur de la langue qu’on va être plus respectueux. C’est dans l’attitude et l’inclusion sociale que ça se fait. »
Imposition dans les universités nord-américaines
Certaines universités américaines, comme l’Université du Wisconsin-Milwaukee, publient des guides pratiques à l’intention des étudiants pour qu’ils utilisent les « pronoms appropriés » lorsqu’ils se réfèrent à d’autres étudiants et aux professeurs...
Un tableau sur le site Web des lesbiennes, des gais, des bisexuels de cette université (LGBTRC) répertorie douze pronoms approuvés à utiliser, y compris « fae », « æ », « e », « ey », « per », « ve », « xe », « ze » et « zie », en plus des traditionnels « he », « she » et « they » mais qui peuvent être utilisées au singulier ou au pluriel. Le tableau répertorie également les variations possessives et réfléchies de chaque pronom. Le tableau est reproduit ci-dessous.
Toutefois, le site souligne qu’il ne s’agit « pas d’une liste exhaustive » de tous les pronoms approuvés. Le site indique, toutefois, que certains élèves préfèrent qu’on utilise leur nom en tant que pronom, tandis que d’autres préfèrent qu’on utilise le « they » pluriel (épicène en anglais, contrairement au français ils/elles) même quand on s’adresse à eux au singulier.
D’autres universités, dont l’Université Harvard, ont aussi des politiques permettant à l’étudiant d’imposer au personnel de l’université le pronom personnel et le genre qu’il choisit.
La CSDM déclare ainsi que « Les élèves ont le droit de s’auto-identifier. Ainsi, tout élève a le droit qu’on s’adresse à lui ou à elle par un prénom et un pronom choisis qui correspondent à [ce qu’il dit être] son identité de genre. » Et gare aux rétifs ! « Le refus intentionnel ou persistant de respecter l’identité de genre d’un élève constitue un déni de son identité et peut être considéré comme une forme de harcèlement ou de discrimination. »
Dans un texte adopté en conseil des commissaires le 23 mars 2016, on lit : « L’élève [qui se déclare] transgenre a le droit d’exiger qu’on s’adresse à lui en utilisant le prénom et le pronom (il, elle ou autre pronom neutre [?]) qui correspond à [ce qu’il dit être] son identité de genre, et ce, indépendamment du fait que l’élève ait obtenu un changement de nom officiel et nonobstant l’impossibilité pour un mineur d’obtenir le changement de mention de sexe au registre de l’état civil [le projet de loi 103 a changé cela, voir la section qui y est consacrée ci-dessous]. Par conséquent, les membres du personnel de l’établissement scolaire doivent systématiquement employer le prénom et le pronom choisis par l’élève. »
Le cas Jordan Peterson
Le professeur Jordan Peterson enseigne la psychologie à l’Université de Toronto depuis 1998. Avant d’y être embauché, il avait été professeur à Harvard. Ce qui est en jeu pour lui, c’est d’abord son emploi et son permis d’exercer la psychologie. Il s’expose également à d’éventuelles poursuites judiciaires.
Le professeur Peterson réclame, au nom de la liberté d’expression et de la liberté de l’enseignement, d’utiliser les pronoms traditionnels. Lors d’une émission de la CBC, il s’est exprimé en ces termes : « Je ne reconnais le droit à personne de choisir les mots que j’emploierai, d’autant que, d’une part, les mots qu’on veut que j’emploie sont des éléments non réguliers de la langue anglaise et que, d’autre part, ces constructions sont la création d’une petite coterie d’idéologues. »
Pour cet universitaire, ce serait céder au correctivisme politique que de se soumettre aux caprices d’une poignée d’activistes, qui ne représentent qu’une infime partie de la population : « J’estime que les mots artificiellement construits comme les pronoms prétendument “neutres” du point de vue du genre, sont la manifestation d’une vague de rectitude politique dont les racines historiques me troublent (marxisme) et dont les motivations psychologiques m’apparaissent douteuses (car elles reposent sur la volonté d’infantiliser et sur un ressentiment intense à l’égard de la réussite, quelle qu’en soit l’origine). » Seuls les États totalitaires ont essayé de régenter de la sorte la langue et le savoir.
Pour Peterson, l’argument du respect dû à la personne transgenre n’est pas convaincant pour imposer une telle réforme linguistique. Non qu’on ne doive pas la respecter ; c’est plutôt que cela n’a rien à avoir avec la question des pronoms : « Le simple fait qu’[une personne transgenre] veuille qu’on s’adresse à elle au moyen d’un pronom particulier ne signifie pas que je sois tenu d’utiliser ce pronom. Cela ne veut pas dire que je nie son existence ou que je nie l’existence de personnes qui ne correspondent pas parfaitement aux catégories binaires de genre. »
Courts extraits de la défense de Jordan Peterson (en anglais)
Rejet de la théorie du genre
Peterson répète qu’il n’est pas un ennemi des personnes transgenres. Il ne nie pas qu’elles peuvent vivre des situations difficiles. Il s’oppose, toutefois, à l’idéologie qui sous-tend l’action des militants LGTBQ++. Il réfute ainsi la conception du genre exagérément malléable qu’elle met de l’avant et qu’on retrouve dans les textes de loi en Ontario et au niveau fédéral canadien : « Je ne crois pas, dit-il, qu’il soit raisonnable pour notre société de saper intégralement le concept de polarité entre les genres, afin de potentiellement satisfaire une infime minorité de la population. »
Il ajoute : « Il n’y a pas assez de preuves permettant d’affirmer que l’identité de genre et la sexe biologique soient des constructions indépendantes l’une de l’autre. En fait, tout porte à croire le contraire. En fait, les personnes transgenres font le même raisonnement que moi. Elles soutiennent qu’un homme peut être né dans le corps d’une femme ; c’est donc un argument qui établit un lien biologique entre l’identité de genre et le sexe biologique. Je ne suis pas hostile aux personnes transgenres. Je m’oppose simplement à des lois mal rédigées et à la promulgation, pour des raisons idéologiques, d’une législation que la population n’est pas prête à accepter. »
Le 30 septembre dernier, lors d’une entrevue radiophonique, le professeur Peterson mettait en garde : « Je dois vous faire part d’une chose qui m’effraie terriblement et à laquelle vous pouvez réfléchir. Je pense que les diktats continus et inconsidérés des radicaux militants de la gauche auront pour effet de réveiller les mouvements droitiers. Vous pouvez considérer cela comme une prophétie de ma part si vous le voulez. Une bête sommeille dans notre société et cette bête a des griffes. Si vous réveillez la bête, la violence éclatera. Je redoute que cette poussée constante par les militants radicaux n’ait comme conséquence de réveiller cette bête. »
Diktats de la hiérarchie, lâché par ses collègues
Dans deux lettres distinctes rendues publiques par Jordan Peterson, ses supérieurs lui ont expressément demandé de ne plus résister aux diktats des lobbys LGBTTIQQ2SA et d’arrêter d’utiliser la langue anglaise comme elle existe, mais de se soumettre aux désirs linguistiques de ces lobbies. La hiérarchie de l’Université de Toronto prétend que le débat qu’il a soulevé — oubliant que la coercition initiale vient de cette même hiérarchie — aurait valu des menaces à des étudiants qui se disent transgenres.
« Nous sommes convaincus que vous n’avez pas souhaité avoir ce genre d’impact. En raison de cela, en raison aussi de vos obligations [légales], nous vous demandons d’arrêter d’y aller de telles déclarations. »
— Extrait d’une lettre envoyée à Jordan Peterson
Pour Althea Blackburn-Evans, porte-parole de l’Université de Toronto, le Code des droits de la personne en Ontario interdit toute discrimination liée à l’identité sexuelle. L’Université de Toronto l’interdit aussi.
Près de 250 collègues du professeur Peterson l’ont dénoncé, l’accusant de discrimination envers une minorité vulnérable. Un professeur de l’Université de Toronto, A.W. Peet, rattaché au département de physique, qui est lui-même transgenre, l’a traité de « bigot » et a porté plainte contre lui auprès des autorités universitaires. Peet a déclaré que, bien qu’il soit d’avis que Peterson ait le droit d’exprimer ses idées, il doit assumer, en tant que professeur, certaines responsabilités, notamment celle de prendre soin de l’ensemble du corps étudiant : « Je refuse de passer mon chemin et de le laisser blesser des membres “genderqueer” vulnérables de la communauté universitaire […]. La liberté universitaire n’a jamais été conçue comme un passe-droit qui déchargerait les professeurs des responsabilités qui leur incombent. »
On apprenait cette fin de semaine que, pour la première fois dans sa carrière, le professeur M. Peterson s’est vu refuser des subventions à la recherche. Voir le gazouillis ci-dessous.
La gauche radicale progressiste veut de moins en moins débattre avec la droite conservatrice, elle cherche surtout à la faire taire, selon elle au nom de la tolérance et de la non-discrimination. En réalité, elle use de la force de lois liberticides, de menaces y compris de mettre fin à la carrière d’un professeur jusqu’ici respecté et distingué.
Opposition au projet de loi C-16
Jordan Peterson, dont les nombreuses vidéos sur YouTube sont populaires, utilise aussi sa tribune pour s’opposer au projet de loi fédérale C-16, qui propose de modifier la Loi canadienne sur les droits de la personne afin d’interdire la discrimination envers les personnes transgenres au pays. Une modification au Code criminel serait aussi apportée afin que les éléments de preuve établissant que la haine fondée sur l’identité ou l’expression de genre, lorsqu’elle motive un crime, soit considérée comme une circonstance aggravante.
Une vidéo de Jordan Peterson (vue près de 300 000 fois), sous-titrée en français, utilisez la mollette si le français n'apparaît pas automatiquement
Pour Peterson, avec un projet de loi comme le C-16, « le gouvernement, influencé par les guerriers de la justice sociale de la gauche radicale, a décidé de ce que devons dire, au lieu de nous indiquer ce que nous n’avons pas le droit de dire. Cela me paraît extrêmement mal avisé. Je crois que c’est une limite injustifiée à la liberté d’expression. » La loi, lorsqu’elle entrera en vigueur, pourrait, en raison de la possibilité bien réelle de poursuites judiciaires, empêcher des débats publics légitimes sur les questions de genre et de sexualité et compliquer le travail des chercheurs sur ces sujets. Le professeur de Toronto compare les réformes apportées par le projet de loi C-16 aux restrictions à la liberté d’expression qui existent dans « les pays autoritaires et totalitaires ».
Le Sénat a donné son premier appui jeudi au projet de loi C-16 au début du mois de mars 2017. Même le conservateur Don Plett, pourtant farouchement opposé à l’initiative, a cru bon donner son feu vert pour que se poursuive la réflexion. M. Plett espère démontrer les risques d’ériger en loi le constructivisme social en citant le cas d’un Torontois cinquantenaire qui se présente maintenant comme une fillette de six ans aimant jouer à la poupée avec les petits-enfants de ses parents adoptifs. Le sénateur Plett fait valoir que « les transgenres sont déjà protégés » par la Charte des droits et libertés qui interdit toute forme de discrimination. Selon lui, l’adoption de C-16 est dangereuse, car elle met « prématurément un terme à un débat sur les genres qui n’est pas réglé et qui repose sur une théorie sociale erronée » à savoir qu’il existe « un spectre infini de genres ». Il estime que le C-16, loin de servir à protéger une minorité, sert surtout à promouvoir un agenda social qui obligera les gens à accepter toutes les identités qu’une personne choisira d’endosser. Il a alors donné l’exemple de Stefonknee Wolscht, un homme qui a quitté sa femme et ses sept enfants pour assumer ce qu’il dit être sa véritable identité : celle d’une fillette de six ans. À 54 ans, il s’habille en enfant, avec sucettes et couettes en prime. « Avec ce projet de loi, nous légitimons et protégeons son faux sentiment d’être une femme, mais pas celui d’être un enfant. Qui sommes-nous pour dire que l’un est plus légitime que l’autre ? », a demandé M. Plett.
Maxime Bernier s’oppose désormais à C-16
Le très libertarien Maxime Bernier, candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, avait approuvé le projet de loi C-16 à l’automne, car, en ses mots, « je m’oppose à ce que quelqu’un soit victime de haine et de discrimination au motif qu’il fait partie d’un groupe identifiable. [...] Cependant, en plus des nombreux Canadiens qui ont abordé cette question avec moi, j’ai eu l’occasion la semaine dernière de discuter avec le professeur Jordan Peterson de l’Université de Toronto au sujet de ce projet de loi et des conséquences qu’il aura sur la liberté d’expression. Et franchement, j’en ai été consterné. [...] Ce sont plutôt des activistes de la gauche radicale qui tentent de déconstruire les normes sociales traditionnelles et d’imposer leur perspective marginale à tout le monde, y compris en nous forçant à changer notre façon de parler. Et ils semblent avoir une influence indue sur les campus universitaires à travers l’Amérique du Nord, y compris ici, au Canada.
[...]
La liberté d’expression est l’un des droits les plus fondamentaux que nous avons en tant que Canadiens. Le professeur Peterson croit que, si elle est adoptée, la loi C-16, conjointement avec le Code des droits de la personne de l’Ontario, menacera ce droit de manière importante. Chaque fois qu’un droit est violé, notre Constitution exige qu’une telle violation puisse raisonnablement être justifiée dans une société libre et démocratique. [...]
La loi C-16 ne respecte pas ce critère. Elle pourrait forcer les Canadiens à restructurer leur façon de parler et à dire des choses en lesquelles ils ne croient pas.
Nous devons protéger les groupes minoritaires contre la haine et la discrimination. Mais nous devons également nous assurer de protéger nos libertés les plus fondamentales, y compris notre liberté de dire ce que l’on pense et d’utiliser un langage courant sans craindre des conséquences juridiques.
Je regrette ma décision d’avoir voté en faveur du projet de loi C-16. Si le vote était tenu de nouveau aujourd’hui, je voterais contre. J’encourage mes collègues du Sénat à l’empêcher de devenir une loi. Et si cela devient une loi, en tant que Premier ministre conservateur du Canada, je l’abrogerai. »
Maxime Bernier au micro de Mark Steyn sur son le fait qu’il a changé d’avis sur C-16 (à partir de 9 min 7 s, en anglais)
Entretemps au Québec, jamais en reste, le projet de loi 103 adopté sur les chapeaux de roue
Au Québec, le projet de loi 103, adopté en juin, modifie le Code civil du Québec afin de permettre à un enfant mineur d’obtenir le changement de la mention du sexe figurant à son acte de naissance. Adopté à toutes vapeurs, le projet de loi a fait sourciller. Quatorze ans, n’est-ce pas tôt pour changer sa mention de sexe ? Rappelons qu’il n’est pas rare que des transgenres passés sous le bistouri regrettent ce qu’ils perçoivent comme une mutilation peu satisfaisante. Il existe même un site consacré à des témoignages empreints de regrets (http://www.sexchangeregret.com/). On relira aussi à ce sujet l’histoire touchante de Bruce/Brenda/David Reimer. Comme le disait Alan Finch, un ex-transgenre, dans les colonnes du Guardian en 2009 : « Le transsexualisme a été inventé par des psychiatres... Vous ne pouvez pas fondamentalement changer de sexe... La chirurgie ne vous modifie pas génétiquement. C’est une mutilation génitale. Mon “vagin” était juste le sac de mon scrotum. C’est comme une poche, comme un kangourou. Ce qui est effrayant c’est que vous avez toujours l’impression d’avoir un pénis lorsque vous êtes excité sexuellement. C’est comme le syndrome du membre fantôme. Tout cela fut une épouvantable mésaventure. Je n’ai jamais été une femme, je suis tout simplement resté Alan. »
Notons que cet empressement des politiciens québécois à adopter les dernières modes progressistes soutenues par la coterie LGBTQ++ n’est en rien neuf. Rappelons que la gouvernement libéral a déjà adopté en 2009 un plan interministériel de lutte contre l’hétérosexisme (l’idée que l’hétérosexualité serait plus normale que l’homosexualité) et qu’il y a consacré des millions de dollars, notamment dans la rééducation des élèves qui pourraient penser autrement en argüant de la lutte contre « l’homophobie ». À notre connaissance, aucun parti politique ne s’est opposé à cette lutte gouvernementale contre ce qui était encore naguère considéré comme la norme sexuelle, l’hétérosexualité.
Enfin, le nouveau programme d’éducation à la sexualité publié sur le site du Monopole de l’Éducation du Québec se lamente que les jeunes qui sont ouverts et « flexibles » au niveau de l’identité sexuelle sont ramenés par la pression sociale « grandissante » à des rôles et identités stéréotypées « traditionnels » et « nuisibles » (voir ci-dessous). Rappelons qu’« identité » « traditionnelle » veut dire ici « se sentir homme ou femme » et que les versions « traditionnelles » de la masculinité et féminité ont des effets « nuisibles ». Sympa pour les parents traditionnels. On ne sait trop si cette critique va jusqu’à soutenir qu’il existerait une large gamme d’identités sexuées comme le soutient le lobby LGBTTIQQ2SA et qu’il est bon d’en parler à de jeunes adolescents (12 à 15 ans). Mais tout ceci ressemble à s'y méprendre à des jugements de valeur en fonction d’une certaine conception de l’homme et donc à de l’idéologie distillée par un programme d'éducation sexuelle qu’on essaie de vendre en faisant peur aux parents en parlant des ravages (réels) de la pornographie ou les sextos sur les relations des jeunes. La lecture du programme gouvernemental donne parfois l’impression de lire un programme concocté par des officines militantes...
Article de Jean-François Nadeau dans le Devoir sur un sujet que nous avons déjà abordé ici (voir les liens connexes en bas d’article) : la censure universitaire.
Peut-on discuter de tout à l’université ? De moins en moins, apparemment. Nous entrons dans une ère « de déclin de l’argumentation, de la rationalité et du politique », pense l’historien des sciences de l’UQAM Yves Gingras. « Et l’on n’a encore rien vu ! » ajoute-t-il.
À l’Université McGill, deux professeurs de théologie n’ont pu aborder la question des transgenres, muselés par une trentaine d’étudiants qui les ont interrompus au point où la menace de devoir appeler la police a fini par être brandie. « Dans un monde idéal, l’événement aurait été aboli », a expliqué un des protestataires au journal étudiant McGill Daily.
À l’UQAM, deux débats ont été annulés parce que les organisateurs ont craint des pressions de la part de l’AFESH, une association étudiante. La présence à ces conférences du nationaliste conservateur Mathieu Bock-Côté indisposait des étudiants.
L’association étudiante se refuse à porter le blâme. Dans une déclaration publiée en ligne, l’AFESH affirme avoir un mandat contre « l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté universitaire lorsque celle-ci sert à tenir des propos oppressifs ». Autrement dit, l’association défend ceux qui, par les moyens de leurs choix, empêchent que soient entendues sur le campus des personnes qui disposent déjà d’« une tribune publique importante » quand « leurs propos sont haineux, appellent à la violence, justifient la violence […] ou remettent notre existence en question ». L’affaire a provoqué un véritable emballement sur les réseaux sociaux. La haute direction de l’UQAM n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.
Sentiments et châtiments
On empêche désormais des gens de parler à l’université « au nom de sentiments que l’on craint de froisser », explique le sociologue Jean-Philippe Warren, de Concordia. À son sens, cette situation n’est pas très présente encore dans les universités francophones, mais percole rapidement vers les universités anglophones, influencées par les États-Unis. « Il y a une incapacité de plus en plus grande à se sentir heurté, à être ébranlé », observe le professeur Warren.
Dans son établissement d’enseignement, dit-il, on a vite intériorisé cette nouvelle façon tout américaine d’envisager la scène universitaire : « Lors d’une présentation, on demande par exemple à l’assistance si quelqu’un risque d’être heurté par la projection d’une image montrant un étal de boucher. Si quelqu’un répond “oui”, on enlèvera sans hésitation l’image », explique le sociologue. Ce discours contrôlé « est parfaitement intériorisé chez les plus jeunes ».
Il est d’abord intégré chez les professeurs, observe l’historien Yves Gingras, citant l’exemple récent d’une jeune professeure de Calgary. En projetant des diapositives de modèles anatomiques en cire centenaires, elle a pris soin de masquer les parties génitales, « par anticipation, à la simple idée que ça pourrait choquer ! »
Une vague
Depuis dix ans aux États-Unis, cette sensibilité aux sentiments privés, inspirée par la psychologie, s’impose peu à peu dans les établissements d’enseignement supérieur. « On commence juste à sentir l’effet de cette vague américaine au Québec », soutient le professeur Warren. Avant d’utiliser certains mots ou certaines images en classe, il y a désormais en classe, avant le début des séances, une mise en garde — le « trigger warning » — pour des objets qui pourraient susciter des réactions, expose Yves Gingras, qui a aussi enseigné à l’Université de Toronto.
À Middlebury, petite ville du Vermont située à 200 km de Montréal, des étudiants en colère s’en sont pris il y a quelques semaines à Charles Murray, politologue qui défend des thèses libertariennes considérées comme racistes. Murray a été empêché de parler d’un tout autre sujet. Un membre de la faculté a été blessé. Plus de cent professeurs de l’établissement ont dénoncé ce coup de force : « Aucun groupe de professeurs ou d’étudiants n’a le droit de déterminer pour toute la communauté si une question n’est pas ouverte aux fins de discussion. »
Longtemps professeur à l’UQAM, Normand Baillargeon a montré du doigt la situation à plusieurs reprises. Il est invraisemblable, soutient Normand Baillargeon, qu’on veuille interdire la parole à des gens à partir d’un jugement a priori. Pour lui, l’université est le lieu dans la société où il doit être possible de discuter de tout. Cette position lui a valu récemment, dit-il, d’être submergé par un torrent de haine, dont une menace de procès et l’annonce de sa mort en ligne sur le site Wikipédia. Joint par Le Devoir à l’étranger, Normand Baillargeon a affirmé qu’il ne voulait plus être cité dans le cadre de cette histoire, désolé de n’avoir pas été davantage soutenu par l’université sur cette question.
Inégalités
Dans une position publiée en ligne, l’AFESH affirme que c’est plutôt la liberté d’expression de ses membres qui est menacée « dans un contexte où nos services sont coupés, où les violences sexuelles sont constantes et impunies et où l’extrême droite raciste s’organise de plus en plus ». En revanche, « celles de Normand Baillargeon et Mathieu Bock-Côté […] nous semblent en très bon état ».
Pour Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire en sociologie des conflits sociaux à l’UQAM, il est faux de penser que toutes les positions jouissent d’une tribune égale. Il reproche notamment à Normand Baillargeon de ne pas tenir compte d’un ensemble d’inégalités préalables. « Si l’on se soucie réellement du pluralisme dans les débats intellectuels et publics, il faut prendre en compte ces éléments. » Refuser d’entendre ceux qui jouissent déjà d’une telle chambre d’échos dans la société ne porte pas spécialement à conséquence, plaide-t-il. « Je ne dis pas qu’il faut interdire la parole de certaines personnes. Je dis que cette parole étant déjà omniprésente, le débat ne souffrira pas forcément d’une manifestation dénonçant cette prise de parole », précise Ancelovici.
Instrumentalisation ?
Sur le thème « Fuck la libârté d’expression », l’AFESH a lancé en mars une campagne d’affichage qui synthétise en une formule-choc cette idée que la liberté d’expression peut être manipulée au profit de ceux qui ont toujours la parole. Ses affiches ont toutes été approuvées pour l’affichage par l’université.
Au même moment, à l’Université de Montréal, un comité organisant une Semaine contre l’apartheid israélien (SAI) a vu son affiche refusée par l’établissement. Les organisateurs plaident que la direction universitaire a toujours entretenu des relations d’opposition avec leur groupe. Au contraire, affirme Geneviève O’Meara, porte-parole de l’Université de Montréal : « On encourage le débat d’idées à l’université, une université, c’est fait pour ça. […] En accord avec notre politique sur l’affichage, on a proposé que le visuel de l’affiche de ce groupe “ne soit pas diffusé tel qu’il est”. » L’affiche montrait des belligérants représentés par de petits personnages aux traits plutôt naïfs et enfantins. L’Université a dit ne pas tolérer les représentations de luttes armées.
L’historien des sciences Yves Gingras insiste : « Ce n’est que la pointe de l’iceberg et ce n’est certainement pas à l’UQAM que c’est le pire. »
Ci-dessous, la quatrième partie de la série consacrée aux effets de l’État-providence sur le tissu social et moral aux États-Unis selon Charles Murray (voir le premier volet, le deuxième, le troisième).
Toutes ces modifications des règles du jeu — certaines légères, d’autres plus importantes — allaient dans la même direction. Il était plus facile de s’en sortir sans travailler. Il était plus facile pour un homme d’avoir un enfant sans être responsable de son entretien et de son éducation. Il était plus facile pour une femme d’avoir un enfant sans avoir de mari. Il était plus facile d’échapper à la sanction pour les délinquants. Il était plus facile de se procurer de la drogue. Parce qu’il était plus facile de vivre sans travailler il était aussi plus facile de ne rien faire à l’école. Parce qu’il était plus facile de vivre sans travailler il était plus facile de quitter son travail au moindre caprice et de négliger les comportements et les habitudes qui vous font apprécier d’un employeur.
Sur le long terme, la voie la plus facile se révélait une impasse. Celui qui, à vingt cinq/trente ans, s’est bâti un CV montrant qu’il n’est pas un employé fiable et travailleur restera probablement toute sa vie en bas de l’échelle salariale. L’adolescente qui a un enfant et qui vit des aides du Welfare State est presque sûre de rester toute sa vie dépendante de ces aides. Et ainsi de suite.
Mais pour comprendre que cette voie facile est une impasse, il faut une capacité à percevoir les conséquences à long terme de certains comportements qu’il ne serait pas raisonnable d’attendre de la part de gens sans qualités particulières, comme Harold et Phyllis.
En 1960, Harold aurait gardé son travail au pressing, bien que ce travail soit pénible et inintéressant. Au bout de quelques années, parce qu’il se serait montré un employé sérieux, son patron lui aurait peut-être proposé un poste un peu plus intéressant et mieux payé. Petit à petit, en accumulant de l’expérience, en développant quelques compétences, en se bâtissant une bonne réputation, Harold aurait sans doute grimpé dans l’échelle salariale et serait passé d’un emploi précaire, mal payé et pénible, à un emploi relativement sûr, mieux rémunéré et moins désagréable. Sa vie et celle de Phyllis n’auraient pas été une success-story pour autant. Tous deux auraient sans doute continué à vivre petitement jusqu’à la fin de leurs jours. Leur vie aurait simplement été celle d’innombrables générations de travailleurs américains, qui commencent très bas et finissent moins bas, avec l’espoir raisonnable que leurs enfants s’élèveront plus haut qu’eux.
En termes purement économiques, il n’est pas sûr que leur comportement responsable aurait beaucoup rapporté à Harold et Phyllis, même dans le scénario modérément optimiste esquissé ci-dessus.
La vérité est que les motivations tangibles que la société, n’importe quelle société, peut offrir à de jeunes gens pauvres et sans talents pour bien se conduire sont essentiellement basées sur la crainte : « si tu n’étudies pas à l’école, nous t’expulserons ; si tu commets un délit, nous te mettrons en prison ; si tu ne travailles pas, nous rendrons ta vie si misérable que n’importe quel emploi te paraitra préférable. » Promettre davantage serait mentir.
Pourtant nous aurions tort de conclure que la vie d’Harold et Phyllis serait plus heureuse à l’ombre du Welfare State. À partir des années 1970, la charité publique a certes permis à presque tous les Harold et Phyllis de vivre en travaillant moins, voire plus du tout, mais elle a en même temps dégradé la qualité de leur vie d’une manière que les indicateurs économiques ne peuvent pas mesurer. Et nous touchons là au second effet — psychologique — pervers du Welfare State.
La prémisse essentielle qui a guidé la transformation de la charité publique en un État-providence tentaculaire est, nous l’avons vu, la négation de la responsabilité individuelle : ceux qui sont pauvres ne sont pas responsables de leur situation.
Avec cette transformation, les pauvres furent homogénéisés, d’un point de vue moral. Plus de distinction entre les pauvres méritants et les pauvres non méritants. Entre les travailleurs et les paresseux, entre ceux qui s’en sortent par eux-mêmes et ceux qui se laissent aller à dépendre de l’aide sociale, entre ceux qui se conduisent de manière responsable et ceux qui se conduisent de manière irresponsable : les pauvres sont tous des victimes.
Les agents de l’État-providence se mirent donc en devoir d’apprendre aux pauvres que ceux qui sont sans ressources ne sont pas responsables de leur situation, que l’aide sociale est un droit, et qu’il ne faut pas avoir honte de réclamer ses droits.
Mais si être aidé cesse d’être honteux, alors s’en sortir par soi-même cesse d’être honorable. Si ceux qui vivent des aides sociales ne doivent pas être considérés comme responsables de leur situation, alors ceux qui parviennent à se suffire à eux-mêmes ne peuvent pas non plus retirer de fierté du fait d’être indépendants. Autrement dit, l’État-providence a peu à peu ôté aux pauvres honnêtes et travailleurs la principale récompense de leur honnêteté et de leur labeur.
Outre le salaire, la satisfaction morale qui s’attache au fait de subvenir par soi-même à ses besoins et à ceux de sa famille est en effet, la plupart du temps, la seule satisfaction que peuvent procurer les emplois situés en bas de l’échelle salariale. Des emplois qui, en plus d’être mal payés, sont aussi, le plus souvent, répétitifs, salissants, pénibles, voire dangereux.
Cette satisfaction, cette fierté légitime de ne pas dépendre d’autrui, a beau être immatérielle elle n’en est pas moins très réelle, et elle était traditionnellement renforcée par les louanges accordées par la communauté à ceux qui se conduisaient de manière responsable — revers de la désapprobation qui attendait ceux qui se conduisaient de manière irresponsable.
Un homme qui occupait un emploi très subalterne, et qui grâce à cela subvenait aux besoins de son épouse et de ses enfants, pouvait avoir l’impression justifiée qu’il accomplissait quelque chose de réellement important. Qu’il était quelqu’un qui comptait, si bas que puisse être son statut social.
Mais dans la nouvelle configuration de l’État-providence, le message implicite est que celui qui persiste à exercer un emploi au bas de l’échelle plutôt que d’accepter des aides sociales est réellement un naïf ou un idiot, une dupe du « système ». Non seulement il est désormais possible de vivre sans travailler, mais en plus vivre sans travailler a cessé d’être déshonorant.
Cette dé-moralisation de l’indépendance et de la responsabilité individuelle produisit ses effets principalement sur les plus jeunes générations. Les plus âgés étaient relativement immunisés contre le nouveau chant des sirènes par les habitudes contractées au cours d’une vie laborieuse. Les plus jeunes, en revanche, étaient naturellement plus ouverts à la nouveauté et un nombre croissant d’entre eux cessa d’écouter les admonestations démodées de leurs parents. Comme le remarque Charles Murray, l’ironie amère de tout cela est que les parents les plus attachés à la vieille moralité étaient aussi, en général, ceux qui apprenaient à leurs enfants à prendre pour modèles les gens instruits et ayant réussi ; ces mêmes gens instruits qui venaient maintenant répandre la bonne nouvelle qu’il n’est pas honteux de dépendre de la charité publique.
L’État-providence est en général envisagé en termes purement économiques. Il ne s’agit, pensons-nous, de rien d’autre que de demander aux uns une portion de leur superflu pour accorder aux autres le nécessaire, pour reprendre les termes de Tocqueville. Envisagés en ces termes il est effectivement difficile d’opposer des objections sérieuses à l’État-providence. Pour quels justes motifs refuserions-nous d’aider nos frères dans le besoin alors que nous sommes dans l’abondance ? Nous pouvons discuter du montant du chèque, mais guère de son principe.
Cependant les statistiques et les analyses présentées par Charles Murray nous obligent à réaliser que cette manière de concevoir l’État-providence est largement trompeuse. Les transferts opérés par l’État-providence sont en partie des transferts monétaires des catégories plus aisées de la population (en pratique essentiellement les classes moyennes) vers les catégories moins aisées. Mais, bien plus souvent, les transferts sont non monétaires, et ils ont lieu à l’intérieur des catégories défavorisées. Les catégories les plus favorisées ordonnent ces transferts, mais ce sont les pauvres qui doivent en payer le prix.
Prenons le cas de la modification des règles scolaires. Ces modifications, rendant beaucoup plus difficile de punir et d’expulser les élèves perturbateurs, étaient motivées officiellement par le désir d’aider ces élèves perturbateurs, qui étaient considérés avant tout comme des victimes. Leur comportement s’expliquait, disait-on, par la situation socialement défavorisée qui était la leur et les punir pour ce comportement revenait à les punir pour être pauvres. Les élèves indisciplinés devaient donc rester à l’intérieur de l’école. La conséquence évidente est que la discipline à l’intérieur des salles de classe accueillant ces élèves « issus de milieux défavorisés » s’est beaucoup dégradée, pour ne pas dire que dans trop de cas elle a purement et simplement disparu et qu’il y est devenu impossible d’enseigner et d’apprendre.
Cette modification des règles ne coûte a priori pas d’argent à la collectivité, et cependant un transfert a bien été effectué. Pour améliorer la situation des élèves perturbateurs, nous dégradons la situation des élèves travailleurs et disciplinés. Nous opérons un transfert immatériel des bons élèves vers les mauvais élèves. Les mauvais élèves restent à l’école, mais les bons élèves ont plus de difficulté à apprendre puisque l’ambiance de la classe s’est dégradée.
En pratique ce transfert a presque toujours lieu des enfants issus des catégories défavorisées vers d’autres enfants des catégories défavorisées. Le fils de pauvre, qui est disposé à écouter ses professeurs, à travailler et à apprendre, doit abandonner l’occasion de s’instruire et de s’élever par l’école pour que le fils de pauvre qui n’est pas disposé à travailler et à apprendre puisse rester dans la même école que lui. Il ne saurait en effet être question de bâtir des filières différentes pour ces deux types d’élèves : les mêmes principes qui ont conduit à modifier les règles de la discipline scolaire conduisent aussi à refuser toute « ségrégation » scolaire, c’est-à-dire à séparer les bons élèves des mauvais.
Ces transferts des pauvres vers les pauvres sont au cœur de l’État-providence.
Lorsque des délinquants issus de milieux défavorisés, selon l’expression consacrée, sont laissés en liberté sous prétexte qu’ils sont avant tout des victimes du « système », les risques d’être victime de la criminalité augmentent avant tout pour les gens pauvres qui vivent dans les mêmes quartiers que ces délinquants. Ce sont eux, et non pas les catégories favorisées de la population, qui doivent abandonner une large part du bien que l’on nomme « sécurité » afin que les jeunes délinquants n’aient pas à être punis. Lorsque les programmes de formation professionnelle sont conçus en fonction des capacités des plus médiocres, ce sont les pauvres les plus capables qui doivent abandonner l’opportunité de développer leur potentiel professionnel. Lorsque les politiques sociales instillent l’idée que certains emplois sont trop dégradants pour être occupés, ce sont les pauvres qui préfèrent occuper ces emplois plutôt que de dépendre de la charité publique qui doivent abandonner une partie de ce qui faisait leur dignité personnelle.
D’une manière générale, l’État-providence, à partir du milieu des années 1960, a effectué des transferts considérables entre les pauvres, des pauvres les plus capables vers les pauvres les moins capables, des pauvres les plus honnêtes vers les pauvres les moins honnêtes, des pauvres les plus responsables vers les pauvres les moins responsables. En retour, l’État-providence a uniquement donné à ces pauvres méritants la seule chose qu’ils n’auraient jamais demandé : un accès plus facile à la charité publique.
Dans le texte intitulé « La nouvelle croisade », paru le 28 mars, le journaliste [du Devoir] Michel David donne des chiffres peu fiables, voire inexacts et susceptibles de fausser le débat sur le financement des écoles privées.
Il s’appuie d’abord sur le rapport Champoux-Lesage (2013) pour affirmer que les écoles privées au Québec sont subventionnées à 75 %. Or, selon les données du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), la contribution de l’État représente plutôt environ 42 % des revenus totaux des écoles privées (Indicateurs de gestion 2013-2014 : établissements d’enseignement privés, page 8). Dans les faits, l’État verse aux écoles privées subventionnées 60 % de ce qu’il verse aux commissions scolaires pour les services éducatifs. Mais, une école dépense plus que des services éducatifs, par exemple, le coût d’entretien des bâtiments et équipements, les frais des divers services de soutien aux élèves, etc. D’où le 42 % du MEES.
Plus loin, le journaliste écrit que l’école privée n’est financée par l’État que dans quatre autres provinces canadiennes, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick ne donnant aucune subvention. Effectivement, le rapport de Pierre Fortin et Marc Van Audenrode (sept. 2013) met le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique dans la même catégorie que le Québec, mais pour dire qu’elles subventionnent de 40 % à 50 % des coûts totaux des écoles privées (page 14). Et en Ontario, les écoles privées ne reçoivent rien, mais tout le réseau des écoles séparées (Roman Catholic Schools) est subventionné à 100 %.