mercredi 1 avril 2020

Le confinement généralisé, une mesure moyenâgeuse pour pallier nos carences ?

Le confinement général, une mesure moyenâgeuse pour pallier nos carences ?


Pourquoi la Suède et les Pays-Bas ne confinent-ils pas entièrement ? Les écoles suédoises (le primaires et le secondaire inférieur/collège en France) ne sont par exemple pas fermées... Les Pays-Bas confinent cependant de plus en plus.



Ci-dessous reportage allemand sur la Suède qui privilégie l'immunité de groupe, le confinement des seules personnes à risques (vieux, autres personnes en mauvaise santé). On voit des terrasses pleines, des classes d'école normales. Une des raisons données en Suède : il faut penser à quand il faudra rouvrir les écoles et les bureaux, or en augmentant l'immunité de groupe cela sera d'autant plus rapide, le pari est que cette souplesse n'augmentera pas le nombre de décès par rapport aux pays où l'activité économique s'est arrêtée.



lundi 30 mars 2020

Mise en ligne de ecoleouverte.ca, la plateforme scolaire québécoise en ligne

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a mis en ligne lundi un site vers lequel les parents et étudiants peuvent se diriger pour trouver certains outils éducatifs.

Pour l’instant, « L’école ouverte » (ecoleouverte.ca*) est essentiellement d’un répertoire de sites internet qui ont été vérifiés par le ministère. En sciences et technologies, par exemple, on renvoie les élèves du secondaire vers le site Allô Prof ou encore sur la section pour les étudiants du site de l’Agence spatiale canadienne.



« Ça facilite la navigation des élèves et des parents, ça empêche de tomber sur des sites plus ou moins fiables, plus ou moins appropriés, et ça classifie les apprentissages en fonction du niveau des élèves et de la matière dans laquelle ils souhaitent faire des exercices », explique en entrevue le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

Ce site sera « enrichi de jour en jour », ajoute le ministre.

À compter de la semaine prochaine, les élèves de la province doivent recevoir des « listes d’activités hebdomadaires » qui seront adaptées à leur niveau. Elles seront envoyées par courriel ou par la poste.

Ces activités ne sont pas obligatoires et ne peuvent faire l’objet d’évaluations.

* Notons que les accents sont permis dans les noms de domaine depuis plus de 10 ans (écoleouverte.ca est donc permis), Québec semble l’ignorer...

vendredi 27 mars 2020

L’école à l’heure du coronavirus

Anne Coffinier s’entretient avec Guillaume Bonnet de l’hebdomadaire France Catholique, au sujet des mutations de l’école...

Et si la crise du Covid-19 était l’occasion de repenser le système éducatif ? La fermeture des établissements ouvre de multiples perspectives, estime Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école.

Depuis le 16 mars, 12 millions d’élèves travaillent à domicile. Quels fruits ce confinement peut-il porter ?


Anne Coffinier : Notre vision sera nécessairement modifiée en profondeur. Nous allons sans doute comprendre que huit heures de cours par jour ne sont pas forcément nécessaires, que la structuration des journées n’est pas intangible, que les parents doivent redevenir décideurs dans le domaine éducatif en tissant des relations nouvelles avec les professeurs, que le fameux socle éducatif [la partie imposée par l’État à toutes les écoles, mêmes celles dites libres] est en réalité un mammouth qu’il serait souhaitable de réduire à l’indispensable pour cultiver les passions de l’enfant. Les pistes sont très nombreuses.

Le confinement peut-il rendre les Français plus pragmatiques ?

Le cas français est atypique, voire bizarre. Ne pas choisir l’école publique serait faire montre d’antirépublicanisme et menacerait le «  vivre-ensemble  ». Cette approche idéologique pourrait être fragilisée par ce confinement qui rend obligatoire l’école à la maison, pourtant considérée en France avec méfiance par l’État… C’est l’occasion de changer les regards et de rappeler qu’il existe mille manières de faire l’école à la maison et d’articuler ce mode éducatif avec les autres approches.

Du pragmatisme, mais aussi de la souplesse ?

Observons l’approche anglo-saxonne. C’est souvent en utilisant les passions des enfants qu’on développe le goût du dépassement et de l’excellence, qu’il est ensuite plus simple de décliner dans les autres disciplines. Il s’agit aussi d’un univers dans lequel les jeunes sont responsabilisés tôt et invités à participer à la vie de leurs établissements. Enfin, l’école y est considérée comme une communauté de valeurs à part entière qui prépare à servir la communauté nationale une fois adulte.

Quels conseils donneriez-vous aux parents confinés et à la peine ?


Ce n’est pas un drame si les élèves ne parviennent pas à suivre tous les cours et à réaliser l’ensemble des exercices. Cette parenthèse est l’occasion de se concentrer sur les bases comme le calcul et la dictée, souvent fragiles, en utilisant les bons vieux classiques comme le Bled ou le Bescherelle. Pour les collégiens et lycéens, on peut lire du théâtre en famille ou apprendre de la poésie. C’est l’occasion de transmettre ce qui fait la force de notre patrimoine culturel. J’invite enfin les parents à se rendre sur le site educfrance.org pour y découvrir de nombreuses vidéos pour apprendre à faire de l’exercice sans matériel et dans un espace restreint.

Face à cette crise sans précédent, certains élèves sont moins égaux que d’autres…

Les écoles hors-contrat [privées non subventionnées] ont été fermées, comme les autres établissements, sur décision gouvernementale. Mais nous faisons face à une rupture d’égalité. Souvent, ces écoles ne disposent pas d’espaces numériques de travail (ENT) et n’utilisent que les courriels pour communiquer. Nous demandons donc au ministre un accès gratuit au CNED et à ses «  classes virtuelles  » ou l’octroi de subventions pour équiper les écoles hors-contrat avec des ENT classiques. Enfin, nous demandons un soutien pour équiper les familles avec des ordinateurs et des tablettes durant la durée de la crise. Sur le site educfrance.org, chacun peut signer la lettre ouverte que nous avons adressée en ce sens au ministre.

Source : france-catholique.fr, « L’école à l’heure du coronavirus », entretien avec Anne Coffinier, présidente de Créer son école. Propos recueillis par Guillaume Bonnet.

dimanche 22 mars 2020

Pandémie : la TÉLUQ prête à admettre de nouveaux étudiants

L’université à distance du Québec (TÉLUQ) dit être en mesure d’accueillir de nouveaux étudiants dans le contexte où le gouvernement du Québec autorise les institutions d’enseignement supérieur à maintenir la formation à distance.



«En tant qu'université entièrement à distance et leader dans ce créneau depuis près de 50 ans, notre corps professoral, nos personnes tutrices et chargées d'encadrement sont en mesure de poursuivre notre mission d'enseignement auprès de nos étudiants», a dit vendredi le directeur général par intérim, André G. Roy, par communiqué.

«Avec nos 125 programmes et plus de 450 cours, nous permettons déjà à des milliers de personnes d'obtenir un diplôme universitaire à distance», a-t-il ajouté.

Les admissions et les inscriptions à la TÉLUQ peuvent se faire à tout moment, et les cours se déroulent sans contrainte de distance et d'horaire, rappelle-t-on. Les étudiants peuvent donc faire leur formation à leur propre rythme.

La TÉLUQ rappelle par ailleurs qu’elle «offre son soutien à toute autre université au Québec, au Canada, et même ailleurs dans le monde».

«Nous accueillons annuellement plusieurs milliers d'étudiants par entente interuniversitaire et nous croyons que notre formule d'admission, d'inscription et de cours en continu offre une flexibilité unique qui permettrait d'accueillir rapidement des étudiants qui souhaitent éviter les impacts des situations exceptionnelles comme celles causées par la COVID-19», a-t-on indiqué.

Québec — Un réseau collégial de plus en plus anglophone

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie du Devoir.

L’annonce au début du mois de mars de la création d’un nouveau cégep [fin du lycée] bilingue à Vaudreuil-Dorion a suscité une levée de boucliers dans certains milieux au Québec. Un mois plutôt, la pression avait été mise sur le cégep de la Gaspésie et des Îles pour qu’il revoie le fonctionnement de son antenne montréalaise, qui offre depuis 2015 des cours uniquement en anglais à des étudiants étrangers venus surtout de l’Inde et de la Chine. Certains voient là une pente très glissante vers l’anglicisation de Montréal et la relégation du français au Québec.

Une situation d’autant plus tendue que l’on constate depuis plusieurs années qu’un nombre grandissant d’étudiants francophones optent pour les cégeps de langue anglaise, déjà très prisés des allophones. Entre 2013 et 2018, selon le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, tous les établissements francophones de Montréal ont vu leur effectif étudiant à temps plein diminuer (en excluant la formation continue).

Du côté anglophone, ceux du collège Dawson — le plus gros au Québec — et du collège John Abbott ont plutôt progressé. Seul Vanier enregistrait une petite baisse de moins de 1 %. On retrouve actuellement 19 % des places d’études de niveau collégial dans le réseau anglophone, alors que cette communauté représente environ 8 % de la population québécoise.

Double impact


Pour Yannick Lacroix, professeur de philosophie au cégep de Maisonneuve, cette tendance génère deux effets néfastes. Le premier est quantitatif puisque les deux réseaux se trouvent en concurrence et que la popularité des établissements de langue anglaise tend à réduire le nombre d’étudiants dans les établissements de langue française. Or, le financement se distribue en fonction de l’effectif. Le déclin du réseau francophone s’accompagne donc de sa paupérisation. Le deuxième effet négatif est qualitatif, car les cégeps anglophones peuvent choisir les meilleurs candidats. Les cégeps anglophones comptent sur 20 % de francophones et 38 % d’allophones.

Ce glissement est également de mauvais augure pour l’épanouissement de notre communauté francophone. « Le cégep est le lieu par excellence de la passation de la culture en français au Québec, avance Yannick Lacroix. Le déclin du réseau collégial français m’inquiète donc beaucoup, à la fois comme professeur et comme citoyen québécois. » Il indique qu’au rythme où vont les choses, le préuniversitaire en français risque de devenir minoritaire sur l’île de Montréal d’ici trois ans.

Un argument souvent entendu, notamment de la bouche de l’ex-Premier ministre du Québec Philippe Couillard, est celui selon lequel il est souhaitable que les jeunes Québécois deviennent bilingues. Aller apprendre l’anglais dans un cégep serait donc une bonne chose. Mais Yannick Lacroix rappelle que l’immense majorité des Montréalais du réseau francophone parlent bien l’anglais dès la fin du secondaire. Selon lui, s’ils choisissent le collégial en anglais, c’est pour intégrer cette communauté. « Ils perçoivent l’anglais comme la langue du succès ; elle a pour eux une valeur marchande et symbolique plus élevée », estime-t-il.

Pour contrer cette tendance, Yannick Lacroix juge que le gouvernement du Québec doit intervenir en étendant les dispositions scolaires de la loi 101 aux cégeps. « C’est une question de cohérence, croit-il. La politique linguistique du Québec est d’ériger le français en langue commune, et la promotion de cette langue constitue l’une des missions importantes des cégeps. Or, en ce moment, le système d’éducation public s’en éloigne. »

Financer sa marginalisation

Une position que partage entièrement Robert Laplante, directeur de la revue Action nationale. Cette publication a consacré de nombreux articles à ce sujet, dont un récent signé Frédéric Lacroix qui illustre très bien, chiffres à l’appui, les tendances à l’œuvre dans l’anglicisation de l’enseignement collégial, notamment à Montréal.

M. Laplante s’élève contre un autre argument maintes fois entendu : celui du libre choix des étudiants. « Il ne s’agit pas d’interdire le cégep en anglais, mais d’empêcher l’argent public de servir à la déstructuration du réseau collégial francophone, soutient-il. Nous devons donner le signal clair que la majorité francophone ne financera pas sa propre marginalisation. »

Selon lui, l’offre de services éducatifs en anglais, qu’il ne remet pas en cause, devrait être financée à la hauteur du poids démographique des anglophones et de ceux qui ont droit à ces services, comme défini par la loi 101. Il considère comme une aberration que le collège Dawson constitue le plus gros cégep du Québec en raison d’étudiants francophones et allophones, alors qu’il devrait servir la minorité anglophone.

Il juge que la tendance actuelle contribuera à dévaloriser la langue française et à réduire notre capacité à la préserver comme langue du travail au Québec. Il assure que l’on s’illusionne si l’on croit que les deux langues peuvent se voisiner dans les établissements d’enseignement. « L’histoire l’a maintes fois démontré, lorsqu’une langue dominante cohabite avec une langue minoritaire, cette dernière tend à devenir de plus en plus marginale, affirme-t-il. Le bilinguisme au cégep produira le même effet au Québec. »

vendredi 20 mars 2020

Du sport en famille pendant le confinement !

De courtes vidéos, en partenariat avec l'association Georges Hébert et le Centre hébertiste d'Orléans. Retrouvez aujourd'hui un premier entretien avec Audry Huguet du Lorin et une première vidéo d'entraînement







mercredi 18 mars 2020

La moitié des écoliers dans le monde privée d'établissement scolaire

Plus de 850 millions de jeunes dans le monde, soit près de la moitié de la population d’écoliers et d’étudiants, devaient rester chez eux, sans accéder à leurs établissements d’enseignement, en date de mardi, a annoncé mercredi l’UNESCO.

Avec des fermetures d’établissements scolaires et universitaires totales dans 102 pays, partielles dans 11 autres en raison de la pandémie de COVID-19, le nombre d’apprenants privés d’école a plus que doublé en quatre jours et devrait encore augmenter, a précisé l’organisation de l’ONU responsable de l’éducation, des sciences et de la culture, basée à Paris.

« L’ampleur et la vitesse des fermetures d’écoles et d’universités représentent un défi sans précédent » pour le secteur de l’éducation, a-t-elle ajouté, en soulignant que, partout dans le monde, les autorités responsables de l’éducation cherchent à pallier les fermetures d’établissements par des solutions d’enseignement à distance, qu’il s’agisse de solutions requérant des moyens technologiques perfectionnés (classes en direct par vidéo) ou moins élaborés (programmes éducatifs à la télévision ou à la radio).

« La situation actuelle impose aux pays d’immenses défis pour être en mesure d’offrir un apprentissage continu à tous de manière équitable. Nous renforçons notre action sur le plan mondial en créant une Coalition pour assurer une réponse rapide et coordonnée. Au-delà de l’urgence, cet effort est l’occasion de repenser l’éducation, de développer l’apprentissage à distance et de rendre les systèmes éducatifs plus résilients, plus ouverts et plus innovants », a déclaré la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay.

Dès que les écoles ont commencé à fermer à travers la planète, l’UNESCO a affirmé soutenir la mise en œuvre de programmes d’apprentissage à distance à grande échelle, recommandant des applications et des plateformes éducatives en accès libre. L’organisation a mis en place un groupe de travail chargé de conseiller et d’aider les gouvernements à trouver des solutions alternatives.

Elle a aussi lancé une « coalition planétaire pour l’éducation » avec le secteur privé, dont Microsoft et GSMA, pour aider les pays à se doter des instruments qui leur font défaut.

Elle entend enfin continuer d’organiser des réunions virtuelles d’échanges d’expérience entre pays membres, dont plus de 70 avaient participé la semaine à une visioconférence qu’elle avait organisée sur les moyens d’assurer la continuité de l’éducation.

À cette occasion Mme Azoulay avait dit redouter que la situation ne soit surtout préjudiciable aux enfants pauvres : « Les enfants défavorisés et plus vulnérables sont plus susceptibles d’y perdre dans leurs apprentissages et de manquer des soutiens adéquats ».

dimanche 15 mars 2020

Covid-19 : groupe Hachette Livre propose un accès gratuit à 600 manuels en ligne

En prévision de la fermeture de tous les établissements scolaires à dater du lundi 16 mars jusqu’à nouvel ordre dans le cadre de l’épidémie de coronavirus, les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre ont décidé de mettre à disposition gratuitement les manuels scolaires en ligne.

Les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre (Hatier, Hachette Éducation, Istra, Foucher et Didier) s’associent au plan de continuité pédagogique mis en place par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épidémie de covid 19 et de la fermeture des établissements scolaires à dater du lundi 16 mars en proposant un accès gratuit à tous leurs manuels en ligne, afin que les élèves puissent continuer à travailler de chez eux plus facilement pendant cette période.


MESMANUELS.FR/ALAMAISON : UNE ADRESSE OÙ RETROUVER 600 MANUELS SCOLAIRES EN LIGNE DU CP À LA TERMINALE

Ainsi, 600 manuels, du CP à la Terminale, sont librement accessibles aux élèves depuis leurs domiciles à ce lien : mesmanuels.fr/alamaison

Soutien au personnel hospitalier et au peuple italien

Soutien au personnel hospitalier et au peuple italien. Les parents qui instruisent à la maison peuvent continuer comme de coutume.


Quelques vidéos.

D'abord triste, sur les conséquences du covid-19 à Bergame, un des foyers de la pandémie.



Puis, la solidarité des Italiens confinés chez eux.







Et dans le registre tragico-comique, une « explication » de M. Justin Trudeau. Au Canada, Justin Trudeau tergiverse et esquive (« esquisse », comme il a déjà dit). Tout cela dans un mauvais français au débit hésitant et où il semble confondre « voyageur étranger » et « travailleur outremer » (overseas traveller?)... Au moins 4 fautes de français en une longue phrase ondoyante en langue de bois avec force appels aux experts, à la science et aux mesures vagues.



mercredi 11 mars 2020

Aller au cégep anglais pour apprendre l'anglais ? Vraiment ?

Frédéric Lacroix est un chercheur essentiel sur les questions qui touchent à la démographie et à l’avenir linguistique du Québec. Dans un contexte politique où la question du cégep français, je l’ai interviewé pour mieux comprendre les motivations des jeunes Québécois francophones qui passent à l’anglais. Comment l’expliquer ? De quoi est-elle symptomatique ? Entretien avec Mathieu Bock-Côté.

Mathieu Bock-Côté : Pour la première fois depuis des années, on a beaucoup parlé, ces derniers jours, de la place de plus en plus compromise du français au niveau collégial, au point même où certains veulent y appliquer la loi 101, une idée qui était disparue du radar depuis plusieurs années. Mais il faut néanmoins poser la question correctement : qu’est-ce qui explique le désir de plus en plus fort des jeunes francophones et allophones de passer à l’anglais au cégep ? Est-ce, comme on l’entend souvent, parce qu’ils veulent parfaire leur anglais ? Ou doit-on repérer d’autres motivations derrière cette tendance ?

Frédéric Lacroix : La tendance qui ressort des statistiques d’inscription au collégial est en effet très claire : de 1995 à 2018, le nombre de francophones (langue maternelle) qui étudie en anglais au collégial au Québec est passé de 4150 étudiants à 7686, soit une augmentation de 3536 (85 % d’augmentation). Et cette tendance à la hausse s’accélère nettement depuis 2007. L’augmentation du nombre d’allophones dans les cégeps anglais depuis 1995 est aussi nette : ils sont passés de 6383 en 1995 à 8820 en 2018, soit une augmentation de 2437 (ou 38 %). L’augmentation du contingent francophone et allophone au collégial anglais représente donc 5973 étudiants depuis 1995. Ce n’est pas négligeable : ceci est presque équivalent de la taille de John Abbott College (parmi les plus gros cégeps au Québec), par exemple.

Et ceci, soit l’effectif collégial, ne recense que les étudiants qui ont la moyenne générale requise pour entrer dans un cégep anglais. Comme les cégeps anglais sont en mesure d’écrémer seulement les meilleurs étudiants, les statistiques d’effectif collégial ne donnent pas une idée juste du désir d’études en anglais parmi les jeunes.

Nous apprenions il y a quelques semaines que Dawson College acceptait seulement 30 % des demandes d’admission qui lui sont adressées. Ce qui signifie que Dawson reçoit grosso modo 10 000 demandes d’admission par année et refuse environ 6000 étudiants qui auraient aimé s’y inscrire. Ce chiffre, absolument renversant, donne une bonne idée de la situation du français au collégial. Le désir d’études en anglais est absolument massif.

La question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi, après 11 années de cours d’anglais à chaque année de la première année du primaire à la fin du secondaire, un francophone ressent-il le besoin d’aller dans un cégep anglophone pour apprendre une langue qu’il devrait déjà savoir ? Les cours d’anglais au Québec seraient-ils si mauvais, si catastrophiques, qu’il faille absolument passer par des études en anglais (et non seulement des cours d’anglais) pour maîtriser cette langue ?

Un lecteur perspicace, Akos Verboczy, me fait remarquer que la chose peut aussi être vue à rebours : plutôt qu’un déficit de maîtrise, n’est-ce pas plutôt la maîtrise grandissante de l’anglais chez les jeunes francophones (et allophones scolarisés en français) qui les incite à poursuivre leurs études postsecondaires en anglais ?

Il faut « inverser, toujours inverser » disait Charlie Munger, le partenaire d’affaires de Warren Buffet dans le conglomérat multimilliardaire Berkshire Hathaway, qui affirmait que cette technique était son outil de travail le plus important pour résoudre des problèmes. Ceci permettait souvent, selon lui, en changeant complètement de perspective, de voir et de comprendre les choses sous un éclairage nouveau.